‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 71 sur 258 · SÉJOUR A VENISE · texte numérisé non relu

SÉJOUR A VENISE

DEPUIS LE MERCREDT l3 MAY, JUSQU'AU SAMBDY sS DUDIT MOIS.

Du jeudy, là may, — J'ay employé la matinée de cette journée à écrire ce que je remarquay hier aux environs de Venise , principalement sur sa situation , qui paroist toujours surprenante h ceux qui l'abordent pour la première fois. On commence h découvrir cette grande ville, fondée et bastie dans la mer, à près de 3o railles aux environs. Cependant, conune je venois du costé de Ferrare sur la rivière du Pô, j'entray dans les lagunes h ûo milles ou environ, et ne la pus bien voir, à cause que le temps n'esloil pas serein , que lorsque je fus approché d'un des bouts de l'isie de Lido, du costé de Malamocco : cette isle est une langue de terre d'environ 10 milles de long, qui fait commo un demy-cercle autour de Venise et qui la défend et rompt de ce costé la grande mer. On voit du costé opposé à Tisle, à 5 milles de la ville, le territoire de Padoue, qui est le lieu le plus proche de terre feime qui soit autour de Venise. En avançant vers la ville, je remarquay le port de Povége, où les grands vaisseaux se mettent à couvert; c'est une petite forteresse bastie dans la mer comme sont tous les autres bastimens qui sont en dehors de la ville , et qui paroissent aussy comme de petites isles. Après avoir passé Povége, le premier bastiment que je rencontray à 3 milles de Venise estSan-Spirito, qui est un assez beau couvent avec des jardins aussy couverts d*arbres que s'il estoit en terre ferme. Je remarquay aussy de cet endroit-là, environ à A ou 5 mÛles, l'entrée du port de Venise qu'on nomme Saint-Nicolas de Lido ; il est situé à une des extrémités de la ville et à un des bouts de l'isie qui en cet endroit-là vient joindre la ville à un demy-mille près, l'embouchure et l'entrée de ce port ayant cette largeur-là. Il y a d'un et d'autre costé deux chasteaux garnis de grosse artillerie; on les appelle CasteUi; entre ces deux chasteaux, environ 2 ou 3 milles avant dans la mer, on découvre le la-

zaret et la forteresse de Saint-Antoiae : le lazaret est un liea destiné pour la quarantaine qne sont obligés de faire tous ceux qui viennent d'un pays suspect en temps de contagion.

Le reste de cette journée, je lay passé è me promener sur les canaux et aller de chez M. l'ambassadear de France h la place Saint-Marc, qui est Tendroit par où j aborday hier : cest sans contredit un des plus beaux endroits de cette ville. Le palais du doge, qui en fait le principe ornement, n'a pourtant rien de remarquable , estant tout d'une ardiitectore gothique. La place Saint- Marc, au bout de laquelle on voit l'église du mesDie saint, n'a non plus rien de considérable que la masse du bastiment de l'Oise, sesdochers et sa principale entrée estant d'un ouvrage tout k fait gothique. A l'un de sesoostés, est le palais Saint-Marc, au devant duquel finit le grand canal de Venise; c'est en cet endroit on il y a un assez grand espace dans la mer qui est presque basty toot autour, et qui fait conune un amphithéastre. Paimy plusieurs bastimens considérables qui y sont fondés, il y a l'église Saint-Georges-Majenr, qui est une abbaye où sont des religieux de l'ordre de Saint-Benoist et l'église du Redentore, qui est un couvent des Capucins. Je n'ay pas eu le loisir de faire autre chose aujourd'huy que de voir ees lieux par le dehors et me promener dans la place Saint-Marc , où pendant cette suson se tient une foire dans laquelle les nobles et toutes les dames se viennent promener le soir.

Du vendredy, i5 may. — J'ay esté voir aujourd'huy trois églises des plus considérables de Venise; la première est celle qui est vis-è-vis de Saint-Marc, qu'on appelle Saint-Georges-Majeur; c'est une abbaye de Saint-Benoist : le couvent est très-beau, d'une assez grande estendue; les jardins en sont assez spacieux; Yég&se est bastie en croix, d'une architecture moderne et assez propre, sans qu'il y ayt pourtant rien de remarquable pour la magnificence du bastiment ni pour la régularité. On montre comme ime chose considérable le chœur des religieux , dont tons les sièges sont faits d'une memnserie assez bien travaillée qui représente l'histoire de saint Benoist. D y a dans le réfectoire un très-beau tableau de Paul Véronèse; il représente les noces de Cana, et comme c'est un fort grand tableau dans lequel il y a un grand nombre de personnages . ce peintre y a mis les portraits des quatre illustres peintres de son temps , dont il en est on hiy-mesme. Les autres sont le Giorgion, le Tintoret et le vieux Bassan. A main droite, en entrant dans l'^se, on voit sur le premier autel une Nativité du vieux BasMn; à costé du grand autel, j'ay vu deiu assez beaux tableaux du Tintoret, l'un (fà rq^résente la Manne, l'autre le Festin de Balthazar. J'ay encore vu dans le diapitre des moines un tableau qui représente la femme prise en adultère. Le peintre qui l'a fait s'appdoit Roche-Marcon.

De cette ^ise, j'ay esté à celle du Redentore, où sont les Capucins, qu'on appdle Gndeeea, parce que l'isle oii elle est bastie s'appelle la Giudecca. Cette église est un vœn que la République fit dans le temps de la peste; elle a esté bastie il y a cent ans. L'arcfaitectore en est très-belle et très-entendue, et c'est une des églises de Venise que f ay trouvée la plus régulière. Pour des tableaux , je n'y en ay vu aucun de remarquable que cehiy qui est dans une chapelle à main droite auprès du chœur, qui représente un Baptesme de saint Jean. Ce tableau a esté commencé par Paul Véronèse et a esté finy par ses enfans.

J'ay encore esté voir aujourd'huy la Madona délia Sainte, qui est un autre vœu de la République : il fut fait du temps de la dernière peste. L'arehitecture en est très-bizarre et mal entendue. Il y a un assez grand dôme sur le grand autel , auquel dôme en est

joint encore on antre piuspetit , qui forme comme le chœur de cette mesme ^ise, mais qui fait un très-meschant effet. J'y ay remarqué pourtant de fort beaux td[>leaux du Titien; entre autres, dans ]a troisième chapdle à main gauche en entrant, un qui représente la Pentecoste , un autre dans ia seconde chapelle è main droite en entrant qui représente T Assomption de la Vierge; trois autres tableaux du mesme peintre dans le plafond de la sacristie , h sçavoir, un qui représente un David qui coupe la teste de Goliath, Tautre le Sacrifice d'Abraham, et Tautre Gain, qui tue son frère; il y a de plas dans la mesme sacristie plusieurs autres tableaux du Titien, un grand tableau des Noces de Gana fait par Tintoret, et un petit tableau du Bassan qui représente une Descente de croix. U y a encore plusieurs tableaux de différens peintres célèbres, comme dans le plafond du mesme lieu; on en voit trois du Salviati, un qui représente la Manne, un autre un Daniel dans la fosse aux lions, Tautre un Élie dans le désert Dans le mesme plafond, il y a encore huit testes de Giorgion, qui sont dans des médailles qui en forment les compartimens.

Du samedy, 16 may. — J'ay esté aujourd'huy à Murano, qui est une petite ville séparée d'environ un mille de Venise, et qui est un lieu où Ton fait toutes les glaces et toutes les verreries qui se font dans ce pays-cy. J'y ay vu travailler aux glaces; les ouvriers qui les font sont plus adroits et plus habiles que ceux que nous avons vos en France. Je n'ay pourtant pas vu faire de plus grandes glaces; mais ce que j'y ay pu remarquer m'a fait comprendre aysément de quelle sorte il se faut prendre h cette nature de travail.

De Murano, j'ay esté chez un noble Vénitien qui a de très-beaux tableaux, dont qodques-uns sont h vendre, entre autres, il y en a un de Paul Véronèse qui représente une Europe ravie par Jupiter transformé en taureau et entourée de petite Amours qui soutiennent des festons de fleurs; les compagnes d'Europe sont peintes affligées sur le bord de la mer; le paysage et tout le tableau est très-agréable; il est de quatre brasses en carré. Il y a encore un tableau de saint Jérôme peint par Tintoret : il est de deux brasses de haut et d'une et demie de large ; un portrait d'une femme k my-corps du Titien et une teste de Marie-Madeleine du mesme , une Ggure de femme à my-corps du Parmesan ^ un dessus de clavecin peint avec soin par le Tintoret, où est représenté le mont Parnasse et les neuf Muses; deux boudiers tout peinte de la main de Jules Romain, sur lesquels sont représentées des batailles; le fond du bouclier est noir, et toutes les figures sont parfaitement bien faites et rehaussées d'or; im dessin de Michel-Ange qui représente le Jugement universel, et plusieurs autres tableaux de peintres modernes.

Je me suis appliqué le reste de la journée h voir plusieurs tableaux en différens lieux. J'ay esté aux religieuses de l'Humiliation , où j'ay remarqué dans le plafond de cette église trois tableaux de Paul Véronèse : le premier en entrant est une Annonciation , ceiuy du milieu est une Assomption, d'une Vierge, le troisième est une Nativité. J'ay encore vu sur le grand autel un Ghrist du mesme Paul Véronèse , et une Descente de croix du Bassan.

Du dimanche, ly may, — J'ay esté ce matin à la chapelle de Saint-Marc, où le Doge, MM. les ambassadeurs et une partie du sénat de Venise estoient assemblés pour entendre la messe, ce qui s'observe de cette façon toutes les grandes festes de l'année : le Doge estoit assis à la première place à main droite, auprès de la porte par laquelle on entre

' Francesco Miiuiiola, dit le Parmetan, né en t5o5, mort en i5âo.

dans le chœur; il avoit à son oostë M. le nonce, après lequel estoit l'ambassadeur de Fhmoe. Dans le reste du chœur, sur des bancs rang4 les uns devant les autres , estoient ans les nobles véoitiens, vestus de grandes robes ronges; pour le Doge, il portoit une robe de brocart rouge rehausse de grandes fleurs d'or, et sur la teste il portoit un petit b^in de toile fine empesée qui a deux petites oreillettes qui se relèvent auprès de ses oreilles, ce qui est sa coiiFure ordinaire, sur laquelle îi met encore son bonnet ducal, qui est une manière de corne qui avance sur le devant de la teste, et qui forme le bonnet le plus bizarre et le plus particulier qui se puisse voir. J'ay observé encore la mardie avec laquelle il s'est retiré de cette chapelle; je lay vu passer sur un des degrés qui vont au palais Saint-Marc ; il avoit à ses costés Tambassadeur de France et le nonce, qui lont quitté au bas du degré.. Pour le sénat, qui suivoit derrière luy, et pour le prévost qui marchoit devant avec quelques-uns de ses gardes et plusieurs officiers du Doge, ils ont esté tous ensemble le conduire jusque dans sa chambre.

0e lÀ j ay esté voir l'église des Cordeliers nommée Frari, où j'ay vu le tombeau da doge Pesaro' et un mausolée du prince Alméric d'Est. Auprès du tombeau de Pesant, j'ay vu une Vierge sur un autel, un saint Pierre d'un autre costé, et quelques portraits des nobles de la famille de Pesaro faits par le Titien , conmie aussy j'ay vu an delè de la chapelle Saint-Antoine un tableau de Salviati qui représente une Circondsion, et dans la chapelle ensuite une sainte Catherine du Palme, et une Assomption dn Titien.

De cette église, j'ay esté è Saint-Roch, où j'ay vu en entrant à main droite un tableau de la Piscine du Tintoret, et à main gauche un saint Martin è cheval du Pordenone*, comme aussy quatre tableaux du Tintoret dans le chœur de l'^se, dont Ton représente un saint Roch dans un hospital de pestiférés; l'autre le représente en prison, et les deux autres quelques actions de sa vie. La coupole du dôme de cette é^6se est peinte du Pordenone , où est représenté un Dieu le père porté par des anges, et plus bas sont les quatre évangélistes et les quatre docteurs. Les portes mesmes qui ferment les orgues sont peintes de la main du Tintoret; dans le dehors, il a représenté saint Roch, qui baise les pieds du pape, et dans le dedans, une Annonciation. On y voit eoeore on estendard de saint Roch peint de la main du Carrache. J'ay esté ensuite de cela dans l'église ou dans la chapelle des Pénitens Saint-Roch '. Toute une grande salle basse qu'on trouve d'abord est remplie de tableaux du Tintoret où sont représentés : dans le premier à main gauche en entrant, une Annonciation, ensuite une Adoration, ensuite une Fuite en Egypte, ensuite le Massacre des Innocens; du costé de l'escalier, annlessus dn cintre de l'entrée, une Annonciation du Titien; en entrant à main droite dans la salle haute, on trouve d'abord un tableau où le Lazare est ressuscité; ensuite un antre du Mirade des cinq pains; le tableau du maistre-autel est un saint Roch en prière; ensuite est une Gène , un Jardin des olives , une Résurrection , un Baptesme de saint iean, une Nativité, et entre les fenestres un saint Roch et un saint Sébastien dans deux taUeaux séparés; proche du lieu qu'ils afpeWeuiYAlbergo, à main droite, un Christ <|oi porte sa croix; au-dessus du bureau où sont leurs registres, un grand Crucifix; dans le mesme lieu, un tableau de Pilate, qui se lave les mains; au-dessus de la porte,

' Jean Pesaro, éla doge en 1 65 8, mort le lien, il ne peignait qae Tépëe au côté, de

3o septembre 1659. crainte de surprise.

' Le chevaUer Lidnio, dit le Pordenone, ' G^est aujourd'hui la Seuola êi San-Rocû

Bé«n 1&83, mort en lôSg. — Rivai du Ti- (confrérie de Saint-Roch).

un Ecee-Hamo ; dans le plafond, un saint Roch qui monte au ciel; eaasmiedeVAIbergo, dans la salle, une représentation de la Piscine, une Trans6guration. Tout cela est du Tintoret; tout le plafond est encore peint de luy : les trois principaux tableaux représentent la Manne dans le désert, le Serpent d*airain et les Eaux de la pierre d'Oreb.

Du lundy, 18 may. — Aujourd'huy j'ay esté voir le Trésor de Venise et le palais du doge; le Trésor m'a esté montré par ordre du sénat. Il consiste en deux choses différentes , sçavoir : les reliques et les pierreries. Ce qu'il y a de plus considérable parmy les reliques sont sept ou huit grands morceaux de la vraie croix, des cheveux, du lait et un voile de la sainte Vierge, quatre ou cinq pointes de vraies épines et plusieurs autres choses saintes qu'ils conservent avec beaucoup de soin. Pour le Trésor, il consiste en beaucoup de pierreries piutost considérabtçs par leur grand nombre que par leur valeur : les plus remarquables sont quatre escarboudes dont il y en a deux qui sont aussy grosses que des œufs; une tasse, des plus grandes que Ton fasse ordinairement, d'une turquoise; douze couronnes des suivantes de sainte Hélène, leurs hausse-cols ornés de pierreries et faits d'or massif; comme aussy une couronne de cette sainte, qui est plus belle que toutes les autres; le bonnet avec lequel le doge est couronné lorsqu'il est élu : il est d'or massif et il est orné de quantité d'émeraudes, de perles et d'autres pierres d'une très-grande valeur. Après avoir vu le Trésor, j'ay esté voir la salle où s assemble le sénat, qu'on appelle la salle du Grand-Conseil. Du costé du siège du doge, il y a un Paradis du Tintoret, où il y a. un très-grand nombre de figures; connue la partie en laquelle ce peintre excelloit estoit de bien mesnager les ombres et de placer le clair et l'obscur avec adresse , il a eu dans la grandeur de ce tableau un beau champ pour exercer son génie. Tout le plafond est de Paul Véronèse. En sortant de cette sdle je suis entré dans une autre, où j'ay vu la Bataille de Lépante, peinte à firesqueparle Tintoret, et la Bataille des Dardanelles par le cavalier Liberi \ De là , je suis passé dans cinq ou six sdles d'armes qu'on réserve dans le palais Saint-Marc pour les nobles; il y en a pour armer h.ooo gentilshommes en un moment : toutes les armes à feu sont chargées, et au-dessous de chacune sont leurs foumimens , qui sont i*emplis de plomb et de poudre, et de tout ce qui est nécessaire pour charger. Les salles sont très-propres et très-bien tenues; dans quelques-unes, il n'y a que des armes anciennes, des arbalestes, des arcs et .plusieurs choses extraordinaires : on y montre mesme des bagatelles peu dignes de curiosité, comme l'espée de Scanderberg ', la visière du cheval d'Attila, et beaucoup d'autres choses ou fabuleuses ou ridicules. Ce que j'ay remarqué cependant de plus considérable est une machine avec laquelle on peut allumer facilement 9,006 mèches à la fois, et un fanal de galère d'argent avec de grandes glaces de cristal de roche, qui est un très-bel ouvrage.

Du mardy, ig may. — J'ay esté ce matin à l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, où j'ay vu le tableau de saint Pierre, martyr, qui est le plus beau que le Titien ayt jamais fait; il est à l'entrée de l'église à main gauche, au premier autel. J'ay vu encore le couvent des religieux, qui est très-beau.

De là j'ay esté revoir le palais Saint-Marc, que je n'avois point encore vu avec assez de soin. Après avoir monté le grand escalier où sont les figures de Sansovino ', on monte dans un autre petit escalier peint par Battista Franco S disciple de Raphaël

^ PietroLiberi,néeiii6o5, mort en 1687. ' Jacopo Tatti , dit t7 Sauovino, né en

' Scanderberg, prince d^ Albanie, fendait, 1679, mort en 1570.

dit-on, les hommes en deux d'un seul coup ^ Battista Franco, Vénitien, de cette épée.

fUrbin; en haut il y a quatre tableaux du Tintoret; dans une salle à main droite il y a on tableau du Titien qui représente la Foy; le plafond de cette salle est peint par le TitieD. De là on entre dans la salle du Collège, où le prince donne audience aux ambassadeurs : tous les tableaux qui sont dans cette salle sont du Tintoret. Dans la salle saivante, qui s'appelle la salle des Pregadi\ il y a encore plusieurs autres tableaux du rnesme et du Palme, qui représentent l'abondance de Venise en différentes façons. Dans iachapdle du doge, il y a un tableau qai représente des pèlerins, qui est du Titien; dans son appartement, il y a à l'entrée , sur la porte , un saint Christophe peint h fresque par Titien; dans la salle du Conseil des Dix, il y a un grand tableau de Paul Véronèse oà est peint un Jupiter qui foudroyé les Vices*. Il y a plusieurs autres tableaux dans les oomparlimens et, entre autres, un qui représente Junon, qui jette des couronnes et des trésors sur Venise'; dans une autre salle ensuite, tout le plafond est peint de Paul Véronèse, ou sont représentées la Foy, TEspérance et la Charité. La salle où s'assemblent les sages-grands est encore peinte de Paul Véronèse ; il y a au-dessus du tribunal une Nostre-Dame de Raphaël.

Du mereredy matin, ao may, — J'ay esté ce matin dans l'assemblée du sénat pour voir comme on ballotte et comme on prend les suffrages. Je n'ay pas esté fort édifié de la manière que j'ay vu qu'on se gouverne dans cette assemblée. Les nobles se promènent et causent haut dans cette salle , tandis que le Doge est assis avec ses conseillers dans QDe espèce de parquet, qui est à l'un des bouts de la salle, plus élevé que le reste; des petits garçons portent dans la salle des boîtes qu'ils appellent boussoles, dans lesquelles OD met les balles dont la couleur marque l'avis de celuy qui les met, et, ensuite, ayant porté ces boites à l'endroit où est le Doge , on les vide pour compter s'il y a plus de mi pour élire ou pour exclure celuy qui demande une charge , si c'est pour nue charge qa'on délibère , ou si l'on doit faire ou ne faire pas la chose qui a esté proposée. Dans ees sortes de conseils, ils laissent entrer les estrangers considérables qui passent dans leur ville ; il y a mesme un banc qui est destiné ])our eux , et l'on voit fort commodément tout ce qui s'y passe, et comme ils ballottent et délibèrent des affaires mesme les pins considérables.

Au sortir de cela j'ay esté disner, et l'après-disnée de cette mesme journée je l'ay employée à voir l'arsenal, et le si et le 29 de ce mois je les ay employés à avoir exactement le plan dudit arsenal pour le décrire commodément, aussy à ramasser des mémoires pour sçavoir la manière avec laquelle il est gouverné, ce que j'ay divisé en deux diapitres, dont le premier est la description entière de cet arsenal, et le second la manière dont il est gouverné.

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