CONCERNANT LA MARINE D'ANGLETERRE
( Minute autographe. )
Les Anglois n'ayant presque point de places fortes et mettant leur principale défense dans la force de leurs armées navales , ils ont toujours esté fort soigneux de leur
' Il existe aux archives de In Marine (Mss. originaux, Colbert et Seignelay, n** tis) une pièce intitulée Béponae à mon imtruction iur la nuarined* Angleterre, oii Seignelay, reprenant article par article ce qu'il s'est proposé d'étudier en Angleterre, fait suivre chaque point des observations qu'il a recueillies.
Celte pièce, adressée à son père aussitôt après le voyage de Cbatham , a fourni tous les matériaux du mémoire que nous publions , avec lequel elle ferait double emploi. Nous
nous bornerons donc à en donner ici le préambule et quelques passages asseï intéressants que ne reproduit pas le mémoire :
«Après avoir satisfait autant qu'il m'a este possible à ce que je m'eslois proposé d'éaire sur la marine de Hollande, en rangeant ensemble les points qui regardoient les mesraes choses, je pense qu'il vaut mieux que je m'y prenne présentement d'une autre sorte pour ce qui regarde celle d'Angleterre, puisque, en prenant mon instruction telle que je l'ay dre»-
e; et les boas succès qu'ils ont eus en différaites occasions leur ont fait mesme prétendre une supériorité sur tous les Estats de l'Europe, dans les mers qu'ils appellent iVinrov seas, on mers étroites ; ce qui ne s'estendoit autrefois que danj» la Manche britanoiqiie; mais depuis ils ont porté leur prétention jusqu'au cap Finisljb^. Ils prétendent esire souverains de tdie mer, que tous ceux qui y naviguent doivent baisser le pavillon et leur rendre tous les honneurs de la mer, qu'ils peuvent visiter, si bon leur semble, les Yaitseoux qu'ils rencontrent, enGn qu^ils peuvent traiter comme sujets tous ceux qui y naviguent.
lée avant de partir d''Ath et la suivant dans un plus grand détail et en questions séparées, il ftuflra que je réponde plus précisément et plus aetlemeot, au lieu que la liaison qu'on fait quelquefois des matièi^es les unes avec les autres peut faire ou qu'on en oublie quelqu'une oa qa'oD passe trop légèrement sur toutes. . .
«Après avoir visité tous ces vaisseaux et avoir marqué tout ce que j'ay ouy dire sur leurs construction au maistre charpentier de Chalam,je suis monté sur deux desdibt vais- Mai, sçavoir sur lê Souverain et sur le Prmcf.
t J'ay esté sur le Souoeram avec le commandaot de Cbalam, qui est un des principaux offioende la marine d* Angleterre. Il s'est trouvé aux deux batailles qui ont esté données contre les Hollandois, et il commandoit à la dernière le mesme vaisseau qu'il me montroit II se nomme Jean Cox. 11 nie faisoit remarquer que ce vaisseau, bien qu'il fust très-grand et monté de 110 pièces de canon, ne laissoit pas d'aller fort bien à la voile. . . Cependant je ne Teiaminay pas si bien que h Princêf sur lequel je montay seul ; car, dans celuy-cy, le capitaine m^enlretenoit toujours de ce qui regardoit la guerre, ce que j'ay remarqué ailleurs. Il me làisoit voir les coups de canon qu'il avoit reçus dans son bord et à ses masls. 11 m'en montra un eotre les autres qui avoit esté lire de si près que l'estoupillon avoit mis le feu au bordage. n en reçut cependant beaucoup qui ne purent percer son vaisseau ; ce qui marque bien qu'ils IwiiaKot plus solidement que les Hollandois, les vaisseaux desquels sont percés d'un bord à TaDire quand on leur tire d'une distance raisonnable. . .
«Le jugement que les Anglois font de nostrc marine est plus avantageux que celuy qu'on en fait en Hollande. Ils croyent que nous pourrons devenir entièrement habiles, mais que nous n'avons pas encore assez d'expérience, ^'étonnent des forces du iloy sur mer, et ont
peine à comprendre de quelle sorte nous avons pn avoir en anssy peu de temps un aussy grand nombre de vaisseaux. Quelques-uns d'entre eux en doutent, et ceux qui le croyent en paroissent un peu jaloux; car, qui semble vouloir disputer l'empire de la mer aux .inglois les touche dans la partie la plus sensible. Cette nation ne s'est rendue abondante que par le commerce , ni redoutable que par les forces qu'elle a eues de tout temps sur mer. Ainsy, quand ils parlent de nostre marine par rapport à eux , ils disent, sur la manière de nos constructions, que nos vaisseaux sont plus pesons que les leurs f trop élevés sur l'eau, plus difficiles A conduire que ceux d'Angleterre, et qu'ainsy, n'estant pas si adroits qu'eux , nos mariniers estant moins habiles et nos officiers moins entendus pour les manœuvres , nous aurions peine à nous bien servir de nos vaisseaux en temps de guerre. Cependant ils nous croyçnt très-braves; ce que La Roche fit sur leurs costes leur ayant donné bonne opinion de nos gens de mer. Ainsy ils nous louent assex et pensent que , si l'on continue en France à cultiver la marine, elle y sera aussy bonne qu'ailleurs. C'est beaucoup faire pour eux que de ne point nous blasmer en cela, et de nous traiter avec honneur, car, lorsqu'ils parlent des Hollandois, ils les traitent avec un mépris et une hayne implacable. .."
Nous ne publions pas non plus les' pièces n** 58 et 6o qui sont aux archives de la Marine dans le même manuscrit ( Colbert et Seignelay), La première a pour titre : Répon$e$ faite$ par M. Uam à quMquêi pointa de /'matntction donnée par Monaeignevr à M, le marquis de Seignelay. Ce mémoire est de la main d'Isarn, et il traite de la police du port et des arsenaux, ainsi que de la navigation et de l'action en temps de guerre.
La pièce n** 6o est un mémoire sur les ports de Woolwich et de Dcplford.
Cependant les forces qu'ils ont eues pour maintenir ces prétentions et pour d^endre leur pays de toute attaque n'estoient, dans la vingt-quatrième année du règne d'Elisabeth, suivant la revue générale, que de treize vaisseaux de guerre appartenant à la couronne et cent trente-cinq navires de haut bord appartenant à tous les sujets d'Angleterre.
En Tannée 1600, il n'y avoit aussy que trente-six vaisseaux de guerre et seize ou dixsept pinasses. Lie plus grand vaisseau esloit alors de miUe tonneaux et portoit trois cent quarante matelots, cent trente soldats et quarante pièces de canon, ce qui fait bien voir qu'on mettoit en ce temps les sabords fort éloignés, puisque présentement les vaisseaux du mesme port sont d'ordinaire de soixante pièces de canon. Dans le nombre des trentesix vaisseaux estoient comptées plusieurs frégates d'avis de cent tonneaux , qui n'avoient d'équipage que quarante ou cinquante matelots et sept ou huit soldats et qui n'estoient percées que pour huit pièces de canon.
Dans la huitième année du règne du roy Jacques, ceux de Liondres firent bastir un vaisseau de mille deux cents tonnes, appelé V AccroUBement-du-Commerce , lequel s'est perdu dans les Indes orientales. Le mesme roy en fit faire un jutre de quatorze cents tonneaux, qui estoit le plus grand vaisseau qui eust encore esté vu à la mer; il fut donné au prince Henry et fut appelé le Prince.
Charles I'' en fit bastir plusieurs et, entre autres, il en fit bastir un, en 1687, qui fut appelé le Royal-Souverain, qui est encore à présent à Chatam et qui sert d'amiral d'Angleterre, comme le plus grand et le plus beau vaisseau qu'ils ayent. Il est du port de deux mille tonneaux, percé pour cent pièces de canon; la batterie basse est de quarante-quatre livres de balle, la seconde de trente-quatre et la troisième de vingt-deux, qui sont des calibres extraordinaires et dont on ne fait qu'en Angleterre; toute l'artillene de ce vaisseau est de fonte. Il a cent trente-sept pieds de quille portant sur terre, et quarante-sept pieds de largeur de maîstre bau; il a quarante-neuf pieds de creux ' et lire vingt et un pieds d'eau. Son grand mast a cent treize pieds de long , trente-huit pouces de diamètre; sa grande vergue cent cinq pieds de longueur et vingt-trois pouces de diamètre. Il porte six ancres, dont la plus grosse est de six mille livres et la moindre de quatre mille trois cents livres. Il a quatorze tant câbles que greslins, dont le plus gros est de vingt et un pouces et pèse neuf mille livres , le moindre a huit pouces et pèse environ treize cents.
On y met ordinairement, tant officiers, soldats que matelots, cent hommes; enfin, par les comptes qui ont esté faits de la dépense, elle monte en gages, munitions, vivres, agrès, consommation, quand il esta la mer, h 3, 5 00 livres sterling.
On assure aussy que la dépense pour bastir un vaisseau de ce rang, avec les canons, agrès et apparaux, monte ordinairement à la somme de 999,600 livres.
Toutes les forces maritimes sont sous le commandement du grand amiral d'Angleterre, qui est une charge si considérable qu'elle a esté ordinairement donnée à un des fils puisnés ou des prosches parens du roy, ou bien a quelqu'un des plus grands seigneurs du royaume. Il a pouvoir de donner commission aux vice-amiraux , contre-amiraux, et h tous les capitaines de navires; il a aussy pouvoir de connoistre et de décider de toutes les affaires de marine, tant civiles que criminelles, de toutes les choses faites sur la mer ou de la mer, et de tout ce qui se passe aux costes de la mer, dans les ports et havres , et sur toutes les rivières où le flux de la mer peut monter.
La loy de l'amirauté d'Angleten*e donne à l'amiral la disposition de toutes les peines
* S'il n'y a pas erreur de cliiiïre, creux est pcis ici dans un autre sens qu'à la page 33 1 .
pécuniaires imposées pour toutes sortes de transgressions qui se font dans iesdits lieux , . comme aussy les biens des pirates et autres condamnés pour des crimes capitaux; il a part à tout ee qui se trouve au fond de la mer, à tout ce qui nage dessus et à tout ce qa'die jette à terre et qui n'appartient point h des seigneurs particuliers qui ayent leurs maisons sur le bord de la mer; la pesche de tous les gros poissons , comme marsouins et autres, Iny appartient aussy, excepté celle des baleines et esturgeons.
11 a des officiers dans les ports pour rendre la justice et nomme aussy des commis^ saires et juges pour la rendre dans la cour de Tamirauté h Londres. Ses officiers ont pouvoir de faire emprisonner, donner mainlevée, etc. On prétend mesme que Tamiral a droit de faire des chevaliers pour des services considérables rendus h la mer. Comme il y a dans chaque province maritime d'Angleterre des amirautés particulières; il y a aussy des amiraux et vice-amiraux et des juges de l'amirauté , nommés tous , comme ceux de Londres, par l'amiral; cependant ces amiraux et vice-amiraux particuliers ne sont dsDsIesdites charges que les chefs de la justice, l'amiral n'en prenant aucun d'entre eux pour servir dans les armées navales en qualité de vice-amiraux , s'il ne s'en rencontre quelqu'un qui ayt eu des commandemens sur mer ou qui ayt une expérience consomma pour la marine. Les charges sont d'ordinaire données h de vieux capitaines qui font bien leur devoir dans les occasions, afin que par ce moyen ils puissent subsister, outre qu'il faut des gens habiles et expérimentés pour ces charges, leurs fonctions estant d avoir soin des constructions, de voir que les magasins soyent bien fournis et de tégier généralement tontes les affaires de marine dans Testendue de leur ressort. Toutes ces amirautés vont par appel à celle de Londres oii toutes les affaires sont décidées en donière instance et les sentences dressées au nom de l'amiral. Les amirautés parti ealières sont au nombre de dix-sept, sçavoir : Bristol, Cheshire et Lancashire, Cornouailles, séparé en deux amirautés, celle du Sud et celle du Nord, Cumberiand et Dorharo, Devonshire, Dorsetshire, Essex, Gloucester, Kent , Lincoln , Northumberland , Somarsetshire, Sussex, Suffolk, Southampton et i'isle de Wigfat, Walles ou Galles, du costé du Nord, York. Toutes ces amirautés particulières répondent à celle de Londres, qui est la principale et cdie oii lamiral préside et oii toutes les affaires se décident souverainement et en dernier ressort; elle se gouverne aussy bien que les autres par les lois de Rhodes , par celles d'Oleron , que Richard I" fit ramasser, et par celles d'Edouard III , qui Gt des ordonnances sur la marine en 1875. On y juge aussy les procès par préjugés, les anciens jugemens de l'amirauté servant de règles pour les nouveaux.
Les affaires criminelles y sont jugées et instruites en la forme ordinaire des autres af- &ires criminelles du royaume , Henry VIU ayant réformé la procédure ancienne , qui estoit beaucoup plus r^fulière, puisqu'elle .estoit aux termes du droit civil, le criminel ne pouvant estre condamné que par sa propre confession ou par deux tesmoins oculaires. Mais Henry VIII a entièrement changé ce bon ordre et a voulu que toutes les affaires crimindles sur le fait de la mer se jugeassent de la mesme manière que toutes les autres affaires du royaume qui est sujette à biens des inconvéniens et à beaucoup d abus. Ce qui est à remarquer, c'est que presque toutes les lois de la marine sont sous peine de mort, ce qui est fort rigoureusement observé contre ceux qui n'ont pas fait leur devoir et dont il y a eu un exemple depuis quelque temps en la personne d'un capitaine qui a esté pendu pour avoir laissé échouer son navire de peur de combattre, quoyqu'il eust fort bien servy en d'autres rencontres.
L'esteodue de la juridiction de l'amirauté est sur toutes les affaires de marine, sur tout ce qui est arrivé en mer, sur le rivage et dans les rivières oiî le flux remonte, tant
que ledit flux se pefUt estendre; mais la mer n'est pas plutost retirée que les ofliciers du roy ont droit d'exercer leur juridiction , aussy bien que sur tout ce que ta basse marée laisse de découvert , ce qui fait très-souvent conflit de juridiction entre Tamirauté et la justice ordinaire.
AGn que les officiers de Tamirautë n'employent pas tout leur temps h examiner les difliérends qui naissent entre les marchands et qu'ils n'ayeut que les affaires d'iropoi^ tance sous leur conduite, il y a une autre chambre qui s appelle la Chambre d'équité , cà se terminent tous les différends qui naissent entre les marchands et de toutes les affaires du commerce. Cette chambre est dépendante de celle de l'amirauté , à laquelle on peut appeler quand on n'est pas satisfait du jugement de ladite chambre.
Tous les juges ou lieutenans des amirautés sont mis par l'amiral et doivent avoir des provisions scellées du grand sceau de l'amirauté aussy bien que les vice-amiraux et autres officiers dont j'ay parlé.
Du navy-office, — on cour d'amirauté, qui a pouvoir d'ordonner tout ce qui regarde la construction , radoub , armement et équipement des vaisseaux du roy. Les officiers qui composent cette cour sont :
Le trésorier, qui reçoit de l'échiquier le fonds ordinaire et extraordinaire de la marine , en vertu des ordres du grand trésorier d'Angleterre , et paye ensuite toutes les charges et dépenses de ladite marine, sous les ordres des principaux officiers du mvfoffice et sur certificat des bas officiera, en cette forme:
Le garde-magasin fait son reçu de la marchandise qui luy a esté fournie, le snrvoyeur ou commissaire atteste que ladite marchandise est de bonne qualité, le contrôleur on maistre-attendant signe aussy ledit certificat , sur quoy les deux officiers principaux , qui sont les contrôleurs de la cour de l'amirauté , certifient que le tout a esté fait selon les formes , et le trésorier paye sur toutes ces attestations.
U a de gages par an 9âo livres sterling , et il a 3 deniers pour livre sterling de taxation , ce qui ne laisse pas de monter fort haut dans le temps de la guerre.
Le comte Danglesey possède cette charge , mais elle est présentement exercée par commission par les sieurs Thomas Osbome et Thomas Littlelone, qui avoient beaucoup de pouvoir dans le dernier parlement et à qui le roy a donné ces commissions pour se les attirer dons ses intéi*es(s. Ils ont chacun 5oo livres sterling d'appointemens par an et n'ont pas de taxations.
Après cette charge est celle du contrôleur de la marine , qui a le soin de contrôler tous les payemens qui se font, de connoistre de tous les achats et marchés (iaits pour la fourniture des marchandises nécessaires dans les magasins et de tout ce qui sert è la construction ou à l'armement des vaisseaux. Il doit aussy examiner les comptes du tuésorier, ceux des munitionnaires , survoyeurs et garde-^nagasin , afin que tout se fasse avec économie et qu'aucune friponnerie ne se puisse faire.
Les gages sont de 5oo livres sterling par an; le sieur Jean Maines possède cette charge, mais elle est présentement exercée conjointement par myiord Bronkar, sir Jean Maines et sir Jérémie Smith.
Après cette charge suit celle de survoyenr, qui est un mot traduit de l'anglois, mais qui n'a pas assez de force et qui n'exprime pas assez le pouvoir de cet officier, qui est à peu près le mesme que celuy de nos intendans. Il doit connoistre Testât des vaisseaux , des magasins et des marchandises qui sont dedans , donner ordre que ce qui manque soit remis et remplacé. Il doit encore faire trouver et acheter tous les bois nécessaires à la construction des vaisseaux . masts et vergues ; juger des radoubs et des ré-
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paradons qui se doivent faire aux vaisseaux. Il doit charger par écrit les charpentiers de toDsies hois et fers qu'ils reçoivent, examiner si Tusage qu on en fait est bon, et arrester leur compte, comme aussy il doit charger par écrit les maistres et contre- maistrès des navires de tons les agrès, apparaux , etc. qu'ils prennent pour mettre dans leurs vaisseaux, et leur en doit faire rendre et airester les comptes au retour de chaque voyage.
Cette charge est possédée et exercée par le colonel Thomas Midleton, et il a /i9o li< vres sterling de gages par an.
Après cette charge est celle du clerc des actes ou secrétaire , qui a soin d'enregistrer tflos les contrats, ordres, billets, ordonnances et autres choses réglées par les principaux officiers et commissaires du navy-ojke.
Il y a ensuite les commissaires dudit navy-^jfice, dont les fonctions sont semblables à celles de contrôleur, et mesme ceux qui exercent celle de contrôleur sont à présent commissaires, sçaVbir : mylord Bronkar et Jérémie Smith. Il y en a , outre ceux-là , deux autres qui doivent toujours estre l'un h Portsmouth et l'autre à Chatam , pour avoir la direction de tout ce qui regarde la marine du roy dans lesdits ports , et de tous les achats qui s'y doivent faire pour l'équipement des vaisseaux de la flotte. Ceux qui le mit k présent s'appellent sir JeanThippes et Jean Cox, et ils ont 35o livres sterling de gagea par an. Tous les officiers cy-dessus mentionnés sont tous pourvus par le roy pour senrir autant qu'il plaist à Sa Majesté.
Il âiut cependant remarquer que le roy nomme à toutes les charges dn naty-offiee, parce que que , comme c'est le roy qui fait la dépense de la marine , les officiers y doivent estre mis par sa main , outre que le roy rend compte en quelque manière à son parlement de l'argent qu'il employé pour l'entretien de ses vaisseaux. Le fonds principal qui est destiné pour cette dépense est )a grande coustume ou la douane, qu'on prétend qui rapporte 600,000 pièces par an. Ce qui revient h 8 millions de francs.
Après avoir parlé des officiers du navy-ofice de Londres , il faut examiner les magasins de marine, les ports et les lieux où les vaisseaux sont bastis et radoubés.
Le roy d'Angleterre a quatre grands magasins et ports considérables , où il retire ses vauseaux de guerre, sçavoir : Chatam, Deptford, Woolwich et Portsmouth; les trois premiers ports sont si près de Londres, et Porlsmonth en est si peu éloigné, qu'on peut en moins d'un jour y envoyer les ordres nécessaires. Ainsy le navy- office cstably h Londres pent en très-peu de temps donner des ordres paiiout, les faire exécuter en diligence et faire agir en mesme temps en ces quatre endroits différons, dans chacun desquels il y a des officiers particuliers pour l'exécution desdits ordres ; c'est ce qui fait la grande facilité qu'ils ont pour les achats et pour l'économie dans leurs magasins , parce que, comme tous les magasins sont fort proches, les officiers commis par le roy pour avoir soin de ce qui y est et avertir de ce qui y manque, en donnent d'abord leur avis v^naty-offiee, qui fait marché avec des marchands pour fournir ce qui est nécessaire, et de cette sorte, il n'y a point de tromperie et on n'est pas sujet h la bonne foy des officiers qui sont sur les lieux , qui pourroient par de faux marchés divertir les fonds k km profit.
Les officiers sont, en chacun des quatre ports que j'ay nommés, sçavoir : un comrâBioDnaire,qui a de gages 35 0 livres sterling; un clerc ou commissaire de marine, qui a Tinspeclion des gens de journée, 181 livres steriing; un maistre-^ttendant, qui a soin de toutes les constructions (on met d'ordinaire en cette place ou un maislre char- Portier qui ayt longtemps servy ou quelque vieil officier estropié dans le service), il a
de gages 1 5o à soo livres 8tei4ing; un survoyeur, i so ; un clerc, &6 ; un maistre charpentier, loo; un assistant ou ayde-charpentier, 90; un garde-magasin, 110; un écrivain pour le radoub des vaisseaux, 70 ; un antre pour la construction , t'ifem; et un pour la corderie , idem.
Il y a aussy en temps de guerre un autre magasin , Harowich , où on travaille anssy à la construction, radoub et armement d'une partie de ses vaisseaux, et, en temps de paix, on y laisse un officier qui a 100 livres sterling de gages.
Ayant parlé des gages des officiers du port , il est bon de parler des pensions que le roy avoit accordées depuis son retour à quelques vieux et principaux officiers de marine h qui il avoit donné le titre d*amiraux, vice-amiraux et contre-amii*aux, à cause de leurs bons services.
Deux amiraux: sir Georges Askem, aSo livres sterling; sir Thomas Allen, 3&5;
Trois vice-amiraux : sir Joseph Jordan, qoo livres sterling; sir Edouard Spraag, aSo; sir John Herman, 900;
Trois contre-amiraux : Riches Utbert, i5o livres sterling; sir John Kempton i5o; JohnHubbert, i5o.
Tous ces gages et pensions ont esté retranchés depuis la guerre de Hollande et le roy n'en paye aucuns. Ainsy je n'en ay fait mention en cet endroit que pour marquer les principaux officiers de marine et ceux qui par leurs bons services ont mérité ces récompenses.
Il a esté aussy créé depuis le retour du roy une charge d'amiral-iieutenant en faveur du comte de Sandwich, dont les gages sont d'une pièce par jour et de 10 schellings par mois pour chacun de ses valets , qui luy sont passés au nombre de seize. C'est Iny qui a d'ordinaire le second commandement après l'amiral.
11 y a un secrétaire de la marine, qui expédie tous les ordres et toutes les provisioDs au nom de l'amiral, qui est présentement le sieur Mathieu Wren , dont les gages sont de Soo livres par an.
Après avoir parlé des officiers qui composent le navy-office et de ceux qui sont employés dans les magasins et dans les lieux de construction , il faut ce me semble examiner la bonne conduite qu'ils tiennent pour les armemens et l'économie avec laquelle ils font toutes les dépenses de la marine.
Après que le roy a pris dans son conseil la résolution d'armer un certain nombre de vaisseaux, il laisse le soin et la conduite de toutes choses à l'amiral, après luy avoir expliqué ses intentions ; aussy tosl l'amiral assemble tous les officiers du navy-ojice, leur fait sçavoir la quantité de vaisseaux que le roy a résolu d'ormei* et leur ordonne de bien examiner ce dessein et faire un estât de tout ce qu'il y aura à faire pour cela.
Lesdits officiers se font apporter de leur coslé , par leur secrétaire et contrôleur. Testât des vaisseaux du roy, les devis faits par les maistres charpentiers et attendants pour le radoub nécessaire à chaque vaisseau ; les estais des garde-magasin de tout ce qu ib ont de provisions en leur garde et dont ils sont chargés. Tous lesdits estats sont faciles à trouver, parce que chacun dans son département est obligé d'envoyer au navy^jfiee un estât de tout ce qui a esté consommé et de tout ce qui reste dans les magasins. Ainsy leur secrétaire les leur représente aussylost qu'ils luy sont demandés. Après qu'ils ont examiné tous les estais, ils jugent des marchandises qu'il faut faire acheter, du radoub qu'il faut faire aux vaisseaux et généralement de toute la dépense à faire pour la marine, après quoy ils dressent un estât de tous les achats qu'il faut faille pour Téquipemenl de la flotte et du nombre des vaisseaux neufs qu'il est nécessaire de bastir.
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Après qu ils ODt fait cet estât , ils commencent à s'assembler pour faire les marches des marchaDdises qui leur sont nécessaires, comme bois, chanvre, fer, goudron, etc
Les marchands, conformément à leur obligation, font transporter à leurs frais et dépens dans les lieux mentionnés audit marché toutes les marchandées qu'ils remettent entre les mains du garde-magasin, en présence du contrôleur et du survoyeur, tous lesquels signent la décharge, qui est conçue en ces termes : trA... marchand de bois, la somme de. . . la quantité de. . . de bois qu'il a foumy dans la cour de Portsmouth , suivant le marché par luy fait avec les officiers du navy-ojfice, cy. . .n
Le contrôleur et le survoyeur, après avoir examiné ce que le marchand à apporté, signent et certifient que la marchandise est bonne et de bonne qualité; après quoy le garde-magasin signe à la marge et certifie qu elle luy a esté livrée. Le marchand après cda s'en retourne aux officiers du wwy^ffice et leur porte son billet, que le commissionnaire et le contrôleur signent afin que , estant porté au trésorier, le marchand reçoive son ' argent. D le reçoit des mains du commis du trésorier, qui ne garde pour décharge que le billet en la forme susdite , de sorte que tous les achats et payemens se font à Londres, ee qui est d'une très-grande conséquence et qui leur est très-facile à cause de la proximité des lieux.
Les comptes se rendent plus facilement qu'en France, estant moins embarrassans, parce que , au lieu que le ti*ésorier doit apporter, pour justifier un article de son compte , le marché fait avec le marchand , le reçu du garde-magasin , l'ordonnance de l'intendant et la quittance passée par-devant notaire et contrôlée par le contrôleur, icy, dans une demy-fenille de papier, par un seul article en forme de compte , signé par quatre ou cinq personnes, le trésorier justifie sa dépense. Us ne font travailler qu'à la journée à la construction de leurs vaisseaux parce que, comme ils veulent bastir pour durer, ils ne vealent pas s'en fier à un charpentier qui n'employeroit pas autant ni d'aussy bon bois qu'il faudroit, afin d'espargner sur la construction tout ce qu'il pourroit; néanmoins, lorsqu'on est fort pressé , on fait quelquefois des achats de vaisseaux et des marchés avec des maistres charpentiers pour en construire.
On prétend qu'une fr^ate bien faite,. percée pour cinquante pièces de canon, coustç environ 8,000 pièces, qui est 10/1,000 livres, monnoye de France; en comptant ses masts, agrès et apparaux et n'y manquant que le canon. Les autres vaisseaux reviennent au roy dans la mesme proportion ^
Quant aux radoubs et constructions qui se fopt à la journée , il y a , pour chaque vaisseau, un maistre charpentier, qui est payé par jour à raison de 5o pence. D a soin de se rendre tous les jours, à six heures du matin, dans la cour de l'arsenal, où tout ce qu'il y a de gens de journée, soit calfats, menuisiers , charpentiers et autres se trouvent à la mesme heure, et, après avoir esté appelés et marqués sur le registre que les survoyeurs, contrôleurs et maistres-attendans gardent, on les partage à chaque vaisseau, soivant le besoin qu'on en a. Ils travaillent tout le jour jusqu'à six heures du soir; ils ne sortent que deux fois pour manger : l'une à neuf heures du matin, qui ne dure qu'une demy-heare; l'autre à une heure après midy, qui dure une heure. Ils ne sortent point de l'arsenal pour manger; il y a une maison dans laquelle ils vont et où on leur donne ce qu'ils veulent en payant le prix qu'il couste.
Le maistre charpentier a deux assistans et un bosseman ou maistre d'équipage qui
* Seignelay reproduit ce détail et plusieurs autres à propos de Tarsenal de Ghatam. — Voir page 3A5.