‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 84 sur 258 · III.- 2* ai · texte numérisé non relu

III.- 2* ai

prennent garde que iesdites gens de journée travaillent incessamment; ces quatre officiers sont entretenus sur chaque vaisseau du roy, aussy bien en temps de paix qa'en temps de guerre, et, outre cela , il y a encore un maistre, un pilote et un maistre canonnier entretenus. Ils demeurent toujours sur le vaisseau pour le nettoyer, le conserver et préserver de tout accident, y faisant le quart lun après Tautre, ce qui seK non-seulement au maintien des vaisseaux du roy, mais mesme h entretenir un nombre oonsidérabie de gens expérimentés tant à Texercice du canon qu'à la manœuvre des vaiâseaax.

Les ouvriers quittent le travail le samedy, deux heures plus tost qu'à Tordinaire, pour arrester le compte de ce qui est deu aux gens de journée, ce qui se fait en leur présence par le survoyeur ou inspecteur assisté de tous les autres oiBciers du lieu. L'estat estant arresté par le survoyeur et le contrôleur, le payement s'en faisoit autrefois de mois en mois, mais présentement il ne se fait que de trois en trois mois et quelquefois * mesme ils attendent jusqu'à six mois.

Le payement se fait toujours sur le lieu de construction, où l'un des commissionnaires du navy-office se doit rendre pour y présider et est assisté de tous les officien du lieu; chaque ouvrier reçoit ce qui luy est deu dans une petite botte qui lient justement la somme qui doit luy estre payée, à un schelling près, et de cette manière on espai^ela peine de compter.

Quoyque j'aye desjà tiré quelques éclaircissemens de ce qu'on paye par jour à toutes sortes d'ouvriers employés à la construction et au radoub des vaisseaux du roy d'Angleterre, néanmoins, comme j'espère en prendre encore. des connoissances plus certaines en visitant les lieux où ils travaillent, j'ay cru devoir remettre cet article au retour de cette visite.

Pour les marchandises, il faut sçavoir le lieu d'où elles viennent et le prix qu'elles coustent; quoyque je me promette de sçavoir plus en détail toute chose, après que je seray de retour de mon voyage de Chatam , je ne laisseray pas de dire ce que j'ay pu apprendre jusqu'à présent :

Pour les bois, tout le chesne se prend dans les forests du roy, et il y en a assez en Angleterre pour n'avoir pas besoin des pays estrangers. Les pays de Sussex, Somerset, Comouailles eti fournissent la plus grande quantité. Il se charrie dans les ports à un prix réglé selon la distance des lieux, et, avant que de le transporter, ils en ostent l'écorce dont ils se servent pour passer les cuirs. Le bois ordinaire pour le bordage se vend à une certaine mesure appelée load^, qui fait 5a pieds carrés, et elle couste 35 à ko scfaellings.

Tous les bois de sapin , les masts et goudron viennent du Nord; ils les prennent à Gnltembourg, Lubeck et Hambourg; autrefois ils les faisoient venir de la Nouvelle- Angleterre, et ils esloient aussy bons que ceux qui viennent de Norwége. Le roy peut toujours trouver chez les marchands toute la quantité de ces marchandises dont il peut avoir besoin pour l'équipement de sa force , sans estre obligé d'en faire des provisions ; néanmoins tous les arsenaux et magasins en sont à présent bien remplis.

Quant au fer, il y a assez de mines en Angleterre pour en fournir toute la quantité nécessaire; mais, comme il n'y auroit pas assez de bois pour le fondre , on. fait venir des canons de fer de Suède , quoyqu'ils n'en estiment pas le fer si bon que oeluy d'Angleterre. Le roy m'a assuré que le fer qui se tire des mines de son royaume est si bon qu'un canon de vingt-quatre livres de balle ne pèse pas plus qu'un canon de fonte et tire mesme plus loin et fait plus d'effet; il est vray qu'un des principaux maistres fondeurs qui a esté consulté aujourd'huy sur cette matière n'en tombe pas d'accord; ainsy * Charge ou voie.

MARINE DANGLETERRE. 323

je remets eneore h \e traiter plus amplement dans Tarticle des fonderies, après que j auray bien examiné à fond tout ce qui s'observe et en dépend.

La plus grande partie du chanvre dont on se sert dans les corderies du roy vient de Moecovie; on en apporte aussy de France, mais le premier est estimé beaucoup meilleur et est aussy plus cher de 3 ou 6 schellings par quintal.

La plus grande partie des toiles noyales et toiles de Mélie ^ vient de Bretagne ; ils se ser* Tant aassy quelquefois de canevas double dlpswich , qui est une ville dans le pays de SuffolL

U faut observer que les Anglois mettent beaucoup moins de fer dans la construction de leurs vaisseaux que nous n'en mettons en France; ils se servent de chevilles de bois de chesne qu'ils disent lier leurs navires beaucoup mieux que le fer, les rendre plus léger et darer plus longtemps sans que le vaisseau fasse de Tcau , comme il en fait d ordinaire quand le fer des chevilles vient à se manger par la rouille. Le bois dont ils se servent pour les chevilles vient du pays de Sussex ; il est extrêmement dur, et ils ne Feoiployent jamais qu après Tavoir laissé sécher deux ans dans leurs magasins.

La levée des matelots se fait ordinairement par le maistre et pilote du navire, en Tertn de Tordre qu'ils en reçoivent de l'amiral, ces officiers connoissant ordinairement mieux les bons matelots et estant bien plus capables de les disposer de gré à gré à venir servir que ne peuvent estre les capitaines et lieutenans.

Lesdits maistres et pilotes ne donnent pomt d'argent aux matelots pour les arrester, dncnn d'eux estant payé de leur gage le jour qu'ils entrent dans le vaisseau ; mais lorsque l'on est pressé et que les officiers de la cour où s'équipent les vaisseaux reconnoissent que cette levée ne se fait pas avec toute la diligence que le service du roy requiert, ils en doDoeot avis è l'amiral , qui donne au capitaine un mandement qu'ils appellent varronr, en vertu duquel il peut contraindre tous ceux qu'il juge propres à servir sur son bord à s'y rendre incessamment en leur donnant unschelling d'avance, dont on iuy tient compte; que si les matelots k qui le capitaine a donné le schelling ne se trouvoient pas à jour Dommë dans le bord, on proeéderoit contre eux comme contre des déserteurs.

Le capitaine n'est point chargé de ravitaillement de son vaisseau, y ayant un munitionnaire qu'ils appdent victualler ', qui est obligé de fournir les vins à raisons de 8 pence par homme, qui reviennent à près de 9 sols, monnoye de France. La ration ordinaire pour chaque homme est une livre de biscuit et un gallon de bière par jour^ qui revient à deux pots de France; le lundy et jeudy à chacun une livre de bœuf, le dimanche et marlyune livre de lard avec des pois; le mercredy, vendredy et samedy une deraymorae h quatre hommes et h chacun d'eux un quarteron de beurre et de fromage.

Tout ce qu'il y a d'hommes sur le vaisseau sont traités également, les capitaines nKsmcs n'ayant pas plus que les simples matelots; il est vray que le munitionnaire leur donne un peu plus de viande fraische et embarque quelquefob des poules pour eux , et comme ils ont beaucoup plus de gages que les autres, le jntrser ou écrivain , qui a tous les vivres de* chaque vaisseau et qui en embarque de frais, leur fouinit, en payant, M ce qu'ils désirent, aussy bien qu'aux volontaires et à tous ceux qui veulent estre mieux traités que les matelots.

Le munitionnaire n'a d'auti*e soin que de fournir les vivres bien conditionnés axLpur- «er^ qui est un écrivain du vaisseau qui ne dépend point dudit munitionnaire, mais seu-

' La toile de Mélisou Mélie suit en qua- * Pourvoyeur, munitionoaire. Seigoelay,

iil^ b loile noyale , elle sert à faire les menues trompé par la prononciation , écrit : Witlair. ïoiles.

lement de Tamiral qiii ie ooimnet et députe. Api^ès avoir examiné l'estat des vivres en présence du survoyeur du magasin , du capitaine, des maistres, pilotes et autres officiers du vaisseau , il s'en charge et en donne toujours au steward* ou maistre valet ia quantité nécessaire pour la nourriture des officiers et équipage du vaisseau.

n est à remarquer qu'on ne commence à fournir les vivres qui sont embarqués dans le vaisseau que du jour qu il se met à la voile, et, pendant qu'ils sont en rade ou dans le port, le mmiitionnaire fournit de la viande fraische, de laquelle fourniture on ne luy tient compte qu'à raison de 5 pence par ration , et c'est ce qu'ils appellent en Angleterre estre au petit warrant.

Lorsque le vaisseau est obligé de relascher en quelqu'un des trois ports du royaume tel que ce puisse estre et qu'il y demeure quelque temps pour se radouber ou pour quelque autre raison, il est aussy obligé de fournir le petit warratU par ses oorrespondans.

Ouoyque le capitaine ne soit point chargé des vivres, il est néanmoins obligé par son instruction de prendre garde qu'il y en ayt toute la quantité nécessaire pour la nourriture de son équipage pendant tout le temps qu'il doit estre à ia mer, et qu*ils soyent de bonne qualité. Il doit empescher aussy que les vivres destinés pour servir à la mer ne soyent consommés dans le temps que le vaisseau est encore dans ie petit warrant, c'està-dire tant qu'on luy en fournil de la terre. 11 doit aussy tenir un registre, conjointement avec les autres officiers dudit vaisseau , de ceux qui meurent à la mer, qui ont leur congé ou qui sont renvoyés à terre.^

Le purser vend compte au retour du voyage par-devant les snrvoyeurs, oontrUeors et autres officiers de la distribution qu'il a faite des vivres dont il estoit chargé , et , quant au munitionnaire , il n'est obligé , pour la justification de ses comptes , que de rapporter le mémoire de la fourniture qu'il a faite certifiée bonne par la signature des survoyeurs et contrôleurs et signée aussy du purser.

Outre l'inspection que le capitaine doit avoir sur la fourniture des vivres , ainsy qa'ii est dit cy-dessus, il doit faire avec le survoyeur, les maistres et pilotes du vaisseau une revue de ceux qui doivent servir sous ses ordres et diviser conjointement avec eux son équipage , selon l'habileté et l'expérience de chacun , le roy d'Angleterre faisant payer les matdots de trois différentes manières, sçavoir : les matelots capables et expérimentés qui ont esté sept ou huit ans à la mer ont a A schellings par mois; les autres sont ceax qui ont servy trois ans et qui ont i8 schellings par mois de paye; les troisièmes sont les grooms, qui sont les jeunes matelots assez forts pour bien servir, mais sans expérience, et ceux-cy ont 1 6 schellings par mois.

U y a encore de jeunes garçons qui ne sont que pour nettoyer les vaisseaux, et qu ils appellent boys, qui ne reçoivent aucune paye.

Après que le service est fait, le capitaine donne à chacun des matelots des certificats de service qui sont imprimés et remplis des noms desdits matelots désignés par le capitaine et par les maistres et pilotes de chaque vaisseau. D se pratique ordinairement que les capitaines ont cinq ou six hommes passés pour leurs valets et trois ou quatre hommes pour les petits mousses du vaisseau.

Il est à remarquer que tous les officiers du vaisseau reçoivent leur payement par certificat de service de la mesme manière que les matelots et soldats, et le capitaine mcsme prçnd son certificat des maistres et pilotes du vaisseau et eux de luy.

* Econome, commissaire. Seignelay écrit : Stuard,

D n*y a aucun capitaine entretenu et l'amiral ne les nomme que quand la flotte est aroH^. Il choisit les officiers de service et ceux qui sont plus intelligens. Dès que la campagne est finie, ils se retirent chez eux jusqu'à ce qu'ils soyent employés en cas d'armement. Pendant ce temps ils n'ont aucune pension , et souvent un capitaine qui aura oommandë un vaisseau de premier rang en commandera un du quatrième et cinquième, saus qu'on y ayt ^ard à l'amiranfé. Ce n'est pas que, quand un capitaine a bien fait son devoir, on ne compte comme une r^mpense de luy faire monter un vaisseau d'un raogplos élevé.

Après avoir parié de la marine des Hollandois et remarqué une partie de ce qu'ils ont fait pour se rendre anssy puissans qu'ils le sont à la mer, et pour vaincre les difficulté qo'ils ont trouvées dans la situation de leur pays , où il a fallu que l'art et l'industrie ayent eu tonte la part', sans que la nature ayt rien contribué de son costé que pour apporter des difficultés qui auroient paru insurmontables à des gens moins habiles et moins appliqués que les Hollandois, je me propose de parier des forces de mer du roy d'Angleterre, qui sont les plus grandes et les plus considérables du monde, plus encore par Teipérienoe et l'habileté des officiers et matelots que par le nombre des vaisseaux , quoyqa'9 soit fort considérable.

D^êrence de la êiUtation de la Hollande et de l'Angleterre. — L'Angleterre est sitnée si avantageusement et a tant de facilité pour tous les establissemens de marine , qu'elle n'a presque rien h faire qu'à suivre ce que la nature a si bien commencé; en qooy elle est fort différente de la Hollande qui l'a eu à combattre. Us estoient dans un pays ou il sembloit qu'aucun vaisseau ne pust aborder; la mer, qui est plate à cet enànÂt plus qu'en aucun autre lieu de l'Océan , à peine ponvoit porter les plus petits vaisseaux; il n'y a ni port, ni rade pour les mettre à couvert; enfin tout paroist opposé à l'entreprise qui leur a si bien réussy de mettre un nombre considérable de vaisseanx À la mer. L'Angleterre au contraire, outre les ports qu'elle a par toutes ses costes, qui bot que les vaisseaux sont en seureté en quelque endroit presque qu'ils abordent, a encore un grand nombre de rivières, qui sont assez creuses pour tenir les vaisseaux de guerre et où ils sont en seureté; et la Tamise, qui passe à Londres, est assez profonde pour porter les plus grands vaisseaux jusqu'à quatre milles de la ville.

Estât du nombre des vaisseaux de guerre anglais, de leur nom, leur port, le nombre des estions et de l'équipage qui est nus sur chacun quand ils sont armés. — Le rey d'Angleterre a présentement vingt-deux vaisseaux à la mer, tant en convoy des marchands que sous le commandement d'Edouard Spraag, dans la mer Méditerranée. Il y a quatre endroits ou il retire les vaisseaux quand ils sont désarmés, savoir : Woolwich, Deplford , Portsmouth et Chatam. Il a , en ces quatre endroits ou à la mer, cent trente-deux vaisseaux eo comptant plusieurs assez petits bastimens ^

i" rang.

iraisscaux.

6a 0 pièces

do

canon.

5,150 hommes d'équipage

ai

at6

Total i3a 5,66o 28,590

Tous les vaisseaux du 6' rang servent de brusiots et de Irégates d'avis. Ce qui est * Seignelay donne ici la liste détaillée des vaisseaux , mais nous nous bornons à la résumer.

à remarquer, c'est qu'il arrive assez rarement qu'ils bastissent un navire entièremeni neuf, parce qu'ils ont accoustumë ou de faire de fort grands radoubs, ou, si le vaisseau est entièrement niind , de bastir sur les vieux fonds et de luy donner le mesme nom que devant; c'est ce qui fait qu'ils ont des vaisseaux qui ont cent ans et plus, comme le vaisseau VAre-tnrCiêl, qui a esté basty du temps de la reyne Elisabeth et qui est encore présentement à Chatam. La facilite qu'ils ont pour le radoub, par le moyen de leurs docks ou formes, produit ce bon effet, qui fait que les vaisseaux en durent beaucoup davantage et qui espaigne assurément une dépense fort considérable. Mais nous parlerons de leurs docks et de la manière dont ils radoubent leurs vaisseaux en un autre lien.

Du gabarit de leurs vaùseaux, de la maniire de leur amstruelim et de la d^érenee qu'il y a entre leurs vaisseaux et ceux du Roy. — Le gabarit de leurs vabseanx est fort différent des nostres , et il seroit à souhaiter que nous suivions leur manière, qui est assurément fort bonne. La nostre a plus de rapport avec odie de la Hollande , ce qui vient sans doute de ce que nous nous sommes servis de Hollandois dans les conunencemens pour bastir nos vaisseaux, qui ont appris à bastir comme eux h ceux qui ont travaillé sous leur direction.

Ils font leurs vaisseaux nums ehargis d'œuores mortes ou fhusjrigates que Us noires, — En général les Anglois frégatent beaucoup davantage leurs vaisseaux qu'en Hollande, ni en France; ils mesnagent jusqu'à un pouce de hauteur, et font en sorte qu'un vaisseau de deux mille tonneaux ne paroist guère davantage à la mer qu'un vaisseau de France ou de Hollande de mille deux cents. Tous leurs vaisseaux du t" rang sont à trois ponts, deux gaillards et une dunette; ceux du 9*, à trois ponts, les plus grands, et un gaillard d'arrière ; les autres à deux ponts et deux gaillards; ceux du 3* et du &', à deux ponts et un gaillard d'arrière; ceux du 5* et du 6*, à un pont et un gaillard. Ils évitent, sur toutes choses, tout ce qui peut charger un vaisseau d'oeuvres mortes, et, s'ils mettent quelques Bgures pour l'ornement de la poupe , ils l'aplatissent de manière qu'elles ne chargent point le vaisseau et ne le retardent point dans la navigation.

Qu'ils donnent moins d'élévation que nous entre deux ponts, — Letf raisons poorqooy leurs vaisseaux paroissent beaucoup plus bas qae les nostres sont :

1* Le mesnagement qu'ils observent dans l'élévation d'entre deux ponts, ne donnant que six pieds et six pieds et demy de hauteur dans la batterie basse k leurs vaisseaux da premier rang de deux mille deux cents tonneaux et de cent dix pièces de canon, au lieu que le Royal-Louis en a sept et quelques pouces ;

9* La maxime qu'ils ont qu'un vaisseau basty au tiers est trop court, qui est cependant la mesure ordinaire de tous les charpentiers de Hollande et d'une grande partie de ceux de France. Ils donnent, par exemple, cent trente-deux pieds de quille au JVinee^ qui est le plus beau vaisseau qu'ils ayent; ils ne luy donnent que quarante et un pieds de maistre bau, et ainsy des autres vaisseaux h proportion;

3* Le grand élancement qu'ils donnent à l'élrave; l'étrave du Prince ayant vingtcinq pieds de queste , ce qui fait que le vaisseau paroist beaucoup plus long.

La 6* cause qui fait que leurs vaisseaux paroissent plus frégates, c'est que les allonges de revers rentrent beaucoup davantage que celles de France, ce qui étrécit le haut du vaisseau et qui le soulage davantage que quand lesdites allonges sont plus droites.

Ils prétendent que cette manière de construction est beaucoup meilleure parce qu'elle rond le vaisseau plus léger et que, outre cela, étrécissant le pont, il faut moins de

rnoode pour faire lears manœuvres. Le seul ioconvénienl qui pourroil arriver de cette momère de bastir seroit que le vaisseau , estant plus étroit , devroit moins bien porter sa Yoile, paroe que les vaisseaux sont plus ou moins bons voiliers selon qu ils sont plus ou moins larges à 1 endroit de Tamure; mais ils y remédient en faisant le ventre du vaisseau plus large, et ils prétendent mesme que ie vaisseau est d'ordinaire meilleur voilier et roule moins h la mer, parce que, ce qui est près de Teau estant plus large, quand la mer est agitée , il a plus d'assiette et luy résiste mieux que quand le bas du vaisseau est plus étroit.

Les raisons qu'ils ont pour pi^endre garde avec tant de précaution à ne pas charger leurs vaisseaux d'oeuvres mortes sont que, dans un combat, un vaisseau plus bas donne moins de prise au canon des ennemis qu'un vaisseau plus élevé ; que le canon venant à donner dans les œuvres mortes envoyé des éclats qui font souvent plus de mal que le canon mesme. Ces raisons, qui sont fort bonnes pour la guerre, sont cncoi'e meilleures pour la navigation. Un vaisseau qui a moins d'œuvres mortes et qui présente plus de voile au vent en est beaucoup plus vite, outre que, quand il est en volume, il est beaucoup plus pesant et cette pesanteur le retarde considérablement.

Qu*ili rejetieni le poids du vaisseau mr l'avant, — Ils croyent que plus un vaisseau est diai^ sur l'arrière plus il est retardé dans la navigation. C'est pourquoy ils rejettent, autant qu'ils peuvent, tout le poids sur l'avant, afin que le vent rencontre moins de résistance sur l'arrière et qu'il pousse \e vaisseau avec plus de facilité. C'est pour cette raison qu'ils ne mettent point du lout de gakries ni de balcons sur l'arrière et qu'ils n'admettent mesme que des omemens de sculpture assez légers. C'est pour cela aussy qu'ils donnent moins de queste h l'estambot que nous n'en donnons en France , et qu'ils eo donnent davantage à l'étrave, en quoy ils manquoient assurément autrefois, donnant trop d'ëlancemrat à l'étrave et afToiblissant par ce moyen lem*s vaisseaux , qui , sur cent vingt pieds de quille portant sur terre, avoient cent cinquante pieds de l'étrave à l'estambot Mais ils ont reconnu eux-mesmes ce défiiut, et le dernier vaisseau qu'ils ont fait, qu'ils prétendent estre la règle de la bonne construction et qui s'appelle le Prince, sur cent trente-deux pieds de quille portant sur terre n'a que cent soixante pieds de l'étrave à l'estambot, dont il y a six pieds pour la queste dudit estambot.

Qu'ils ont leurs poupes plus étroites que nous. — La crainte qu'ils ont de charger trop leurs vaisseaux sur l'arrière fait qu'ils étrécissent extrêmement leurs poupes, en sorte que h Souverain , qui est le plus grand vaisseau qu'ils ayent , a la poupe si étroite qu'on diroit presque de loin que c'est une fluste. Cependant, bien que la poupe soit extrêmement droite par en haut, elle ne laisse pas d'avoir en bas la largeur raisonnable; et sur ce que je dis an commissionnaire avec qui j'estois, qui est le principal officier de Chatam et qui a servy longtemps de capitaine, qu'il me paroissoit que cette manière de faire les poupes si étroites n'estoit pas agréable, il me répondit que c'estoit l'ancienne manière de bastir qui avoit esté corrigée, et effectivement la poupe du Prince est beaucoup plus large, quoyqu'elle le soit beaucoup moins que celle des vaisseaux de France. Qu'Us arrondissent leurs potées par derrière, — Il y a une autre différence fort grande entre les Angiois et nous, pour les poupes de leurs vaisseaux. Celles de France , depuis la sainte-barbe en bas, sont carrées; les leurs, au contraire, viennent en arrondissant jusqu'à l'estambot auquel le bordage est attaché. Les raisons qu'ils ont pour bastir de cette manière sont que, les poupes estant rondes, le gouvemaU a plus de liberté et fait loumer le vaisseau plus facilement, parce que l'eau ne {'encontre rien qui la rompe et qu'ainsy le gouvernail a plus de force. Ils disent, de plus, que lorsqu'on navigue au

plus près da yeni la poupe ronde ne donne aucun retardement à la navigation , ne rompant Teau en aucune sorte, au lieu que les poupes carrées la rompent avec violence et retardent le vaisseau par la résistance, que la mer fait. Quoy qu'il en soit, je trouve que les poupes faites de cette manière ont beaucoup meilleure grâce que les carrées.

Qu*iU ne mettent point de galerie à Varrihre, — Pour les galeries, as n'en mettent aucune à Tarrière du vaisseau, et apportent les mesmes raisons que j'ay deqà mises dans les mémoires concernant la marine de Hollande. Je n'en ay vu aucun en Angleterre qui en eust, et ne trouve pas mesme que les poupes sans galeries en soyent moins agréables, quand elles sont bien proportionnées et quand les omemens en sont bien entendus; car, pour les omemens, quand ils ne seroient pas d'un ancien usage, je voudrois en faire un nouveau, estant, ce me semble, de la grandeur du Roy que les nations les plus Soignées ne reconnoissent pas seulement sa puissance par le nombre et la force de ses vaisseaux, mais qu'ils connoissent encore sa richesse et sa magnificence par la beauté de leurs omemens. Ce qui me semble se pouvoir fort bien aeoommoder avec les choses qui sont nécessaires pour la nav^ation , en ne faisant rien qui soit trop de relief et trop massif.

Qu'ili mettent des galeries aux castes, — Pour les galeries des costés, ils s'en servent et les font mesme plus grandes qu'en Hollande , mais ils ne leur donnent point tant de saillie, à beaucoup près, que nous en donnons en France, et les mettent tout d'une autre manière. Elles se raplatissent extrêmem^t sur l'avant, et elles viennent en diminuant insensiUement par en haut. Ils ne leur donnent que trois pieds de sailKe aux plus grands vaisseaux. Elles font un effet fort agréable par dehors, et embellissent extrêmement la chambre en dedans, parce qu'dles ne sont point séparées des chambres par une cloison comme elles le sont dans nos vaisseaux , mais elles sont tout ouvertes de manière qu'elles donnent un grand air aux chambres du capitaine et des volontaires.

De la disposition du dedans du vaisseau. — Après avoir parlé de leur conslractioo en Ce qui paroist au dehors^ il est bon d'entrer un peu plus avant et de voir la différence qu'il y a de leurs vaisseaux aux nostres, tant en ce qui est de la position des membres, qu'en ce qui regarde la disposition du dedans du vaisseau. J'ay monté dans tons ceux de Chatam afin de pouvoir connoistre cette différence, qui est assurémoit fort considérable.

Mais, comme il ne faut pas juger de tous leurs vaisseaux et les prendre pour modtie de la construction, parce que souvent ils sont assujettis au corps d'un vieux vaisseaa qu'ils radoubent, et, de cette sorte, ils sont obligés de le renforcer dans les endroits oii il est le pins foible, sans garder de mesure ni de proportions fort justes, j'en ay pris on pour modèle , qui a esté hasty depuis peu , tout neuf, et qui est assurément le plus beau vaisseau qu'ils ayent

De la construction du Prince, — Après avoir posé la quille, de cent trente-deux pieds de long et de vingt-deux pouces d'épaisseur, ils y joignent l'étrave, à laquelle ils n'ont pas tant donné de queste, à beaucoup près, qu'ils ont accoustumé d'en donner aux autres vaisseaux, par deux raisons : Tune, parce qu'ils ont reconnu que ce grand élancement sortoit hors des mesures et affoiblissoit trop le vaisseau; l'autre, parce que, ce vaisseau estant fort grand, il estoit impossible de luy donner de la queste à proportion des autres plus petits. Cependant, afin d'estre informé de ce qu'ils donnoient autrefob de queste à tous les vaisseaux et de ce qu'ils donnent encore présentement aux petits, il faut sçavoir qu'ils mettoient le tiers de la longueur de la quille h l'élancement de Té-

(rave et de Testambot, en sorte qu'un vaisseau de cent pieds de quille aura trente-trois pieds de queste , dont il y en aura vingt-cinq pour l'étrave et huit pour l'estambot; mais ib ont diminue de beaucoup cette proportion , et ne s'en servent plus que dans les petits vaisseaux de quatre-vingt-douze ou quatre-vingt-quinze pieds de quille , à qui mesme ils ne donnent plus tant de queste à Testambot.

Après avoir donc mis ta quille, ils commencent, comme nous, à mettre les varangues de fond , et ne font point comme en Hollande > où on borde de cinq ou six bordages avant que de poser aucun membre du vaisseau. lis tiennent un milieu entre les HoHandoiset nous, bastissent beaucoup moins h plates varangues que les Hollandois et un peu plus que nous. Ils disent qu'il peut arriver des inconvéniens à tailler trop les vaisseaux comme h ne pas les tailler assez. Quand ils sont trop tailles, ils roulent à la mer et ne portent pas si bien leur voile; quand ils sont à plus plates varangues , ils se tiennent bien mieux à la mer et en portent bien mieux leurs voiles, mais n'en sont pas si l^rs, ni si bons voiliers.

Après que les varangues sont posées, ils mettent les allonges de fond, auxquelles ils donnent dix pieds de liaison. Ce qu'ils observent généralement dans les constructions est de ne charger point trop leurs vaisseaux de bois; ils prétendent que la force et la dnrëe d'un vaisseau viennent beaucoup plus de la liaison des pièces que des mesmes pièces pins ou moins fortes. C'est pourquoy ils prennent garde, sur toutes choses, que les meoibres du vaisseau soyent extrêmement bien liés, et disent qu'ils sont trop pesans qnabd ik sont si chargés de bois. Ce n'est pas que les vaisseaux qu'ils bastissent ne soyent plus forts que ceux de Hollande, mais ils le sont assurément beaucoup moins que ceux de France, et je crois qu'il seroit bon de les imiter en cela , puisque assurément, outre la dépense qui est espargnée par ce moyen , un vaisseau si chai*gé de bois n'est jamais si vite, ni ne va si bien h la voile qu'un qui ne l'est pas tant.

Après que le fond du vaisseau est fait, que la cariingue, les porques, genoux et allonges de porques sont mis à l'ordinaire, en sorte que tous les membres du vaisseau se touchent et qu'il n'y ayt point de jour entre deux, ils bastissent le premier pont lis prennent beaucoup plus de garde que nous à lier les ponts avec le reste du coips du vaisseau; ils mettent quatre courbes à chaque bau, deux posées du haut en bas et deux mises en guirlande , pour joindre les baux avec lesbarots et les lier ensemble. D est vray que ces courbes sont assez minces; mais ils suivent en cela leur maxime ordinaire et ne se soucient pas de la force du bois, pourvu qu'il soit bien lié l'un avec l'autre. Il y a encore, sur le premier pont, une grosse courbe, entre chaque sabord, qni est chevillée dans le bau. Les baux sont plus éloignés qu'en France ; mais les barots qui sont entre deux sont beaucoup plus forts; ainsy cela revient h la mesme chose. Afin qne leurs ponts soyent plus forts, et qu'ils puissent soutenir le canon, ils les étayent arec des piliers de distance en distance, dans les endroits où ils ont un plus grand poids à soutenir, c'est-è-dire au fond de cale, pour soutenir la batterie basse, et au premier pont, pour la seconde batterie. La cause, à mon avis, de ce qu'ils mettent ces étais est que l'artillerie des vaisseaux est extrêmement pesante , mettant assez ordinairement des canons de quarante-huit livres de balle à leur basse , et de trente-six à leur seconde batterie, dans les vaisseaux du premier rang. Ils ont encore un fort bon usage, que nous n'avons point en France , pour lier davantage le vaisseau et faire que les ponts se tiennent mieux et soyent plus forts; ils font partir du fond de cale des poutres fort longues, qni sont cheviUé^ dans les porques et qui passent depuis cet endroit jusqu'aux baux du troisième pont. Ces poutres sont mises en sautoir de dix en dix pieds et sont chevillées

fortemenl au fond de cale el jointes aux baux avec des courbes. Cet usage est assurément fort bon et fortifie beaucoup un vaisseau , sans le rendre trop pesant.

Us ont dans leur fond de cale une chose particulière qui doit estre fort utile pour fortiOer le vaisseau et pour remédier aux coups de canon en cas de combat. Us font une manière de pont fort bas au-dessous de la batterie basse. Ce pont a quatre pieds de haut et est fait de la mesme manière que ceux que les charpentiers de Hollande font quand ils bastissent moitié guerre, moitié marchandise, et dont ils se servent poiumettre les marchandises les plus iines et pour les séparer d'avec les plus grosses. Ce pont sert aux An^ois à deux usages : le premier, à fortifier le vaisseau ; le second et le plus considérable, à donner ordre aux coups de canon dans un combat; les charpentiers et calfats sont dans cet endroit et vont partout pour remédier aux coups de canon donnés à Feau, qui sont les plus dangereux; ils ont des plaques de plomb toutes prestes poui* y mettre et ont bien plus de facilité que nous , parce qu'ils peuvent aller de tous coslés, au lieu que ceux qui nous viennent au-dessous de noslre batterie basse font entrer beaucoup d'eau devant que les charpentiers ayent esté avec des eschelles pour y remédier.

Cotiment ib chmUet\t leurs bordages, — Us mettent beaucoup moins de chevilles de fer que nous, quoyqu'ilsen mettent plus que les Uollandois; ils ne s'en servent presque point sous l'eau ; ils en mettent aux extrémités et au milieu de chaque bordage et dans les endroits où les membres sont joints ensemble. Ils chevillent de fer en l'endroit des {Maintes, des bordages, des courbes, des baux, et partout où deux pièces de bois se joignent ensemble.

Leurs chevilles de bois sont de chesne de Sussex, qui est le meilleur et le plus dur d'Angleterre. Us le coupent en gros bastons carrés et le laissent sécher deux ans dans leurs magasins, après quoy ils le donnent à des ouvriers qui ne font autre chose que des chevilles , et qui les arrondissent à la mesure de certains anneaux de fer, afin qu'eues remplissent justement les trous des bordages. Cet usage d'avoir des ouvriers exprès pour travailler aux chevilles ne me paroist pas mauvais , parce qu'il est certain qu'un ouvrier qui n'a que cela à faire , les travaille bien mieux et avec plus de soin que ne feroit un

S'ils meltent bien leurs sabords plus proches que nous et la manière dont ils les disposent. — Bien que la distance des sabords doive estre toujours dans une proportion réglée, j'en ay vu beaucoup percés de différentes façons; ce qui arrive parce que, quand ils radonbent les vaisseaux, ils sont quelquefois obligés, suivant leur force ou leur foiblesse, de boucher des saboi*ds en un endroit pour les renforcer et d'en ouvrir en d'autres; ce qui souvent fait que, sur un mesme vaisseau, il y aura des sabords de neuf et dix pieds de distance l'un de l'autre, et d'autres qui ne seront qu'à cinq ou six pieds. Cependant quand ils bastissent des vaisseaux neufs ou qu'ils le peuvent faire à ceux qu'ils radoubent, ils observent de les mettre h sept pieds ou sept pieds et demy de distance l'un de l'autre à la batterie basse des vaisseaux de premier rang, et six pieds ou six pieds et demy à la seconde batterie. Pour ceux du deuxième rang et au-dessous, ils les mettent à six pieds et demy ou sept pieds h la batterie basse, et six pieds h la haute.

Us observent de ne mettre jamais les sabords les uns sur les autres , parce qu'ils croyent que, en ouvrant le vaisseau dans le mesme endroit et en droite ligne, ils raflbibliroient davantage qu'en mettant l'ouverture du sabord de la batterie haute entre les deux sabords de la batterie basse.

Comme un des plus grands défauts que nous ayons en nostre marine est de faire la batterie basse trop proche de l'eau et qu'il en airive beaucoup d'inconvéniens , dont l'un

MARINE DANGLETERRE. 331

des principaux est que, la batterie estant disposée de cette manière, on est obligé souvent de fermer les sabords de peur que la mer n*y entre quand elle est agitée, et ainsy cette batterie devient inutile; outre que, quand elle est si basse, cela rend un vaisseau malsain et met souvent la maladie entre les matelots à cause du peu d'air qu'il y a entre deux p<mt8; je crois qu'il n'y auroit rien de si nécessaire que d'y remédier en prenant lei proportions assez justes pour empescher ces accidens. J'ay demandé à plusieurs eharjpentiers anglois leur sentiment là-dessus; plusieurs m'ont dit qu'il falloit ouvrir les sabords k trois pieds de la première précinte; mais je n'ay pu sçavoir au juste cette proportion. Le charpentier qui a basty le vaisseau k Prince m'a dit qu'il croyoit l'avoir tnwvée dans ledit vaisseau; il a vingt pieds de creux, et la batterie est à vingt-quatre pieds trois quarts de la quille. Ce qui est de fait est que ce vaisseau n'a point de défaut; je erois que si nous nous servions de la mesme mesure h proportion du vaisseau et de ee qu'il tire d'eau, nous y pourrions trouver nostre compte.

Ik dedam du vtti$»eau, des hgemens qui s'y pratiquent et de leur dtspoeitian, — I^e ibnd de cale est disposé d'une autre manière que dans nos vaisseaux. Les soutes oecopent plus de place et sont plus grandes que les nostres; le pont dont j'ay parlé, qui est pris sur la profondeur du fond de cale, diminue de beaucoup sa hauteur, et les piliers qu'ils mettent pour soutenir ledit pont, tiennent beaucoup de place, de sorte qn'il n'en reste guère de libre.

Le premier pont est aussy disposé d'une autre manière que celuy de nos vaisseaux. Comme ils font la poupe fort étroite , la sainte-barbe n'a pas la me«ne estendue que les nostres, ce qui n'en est assurément pas mieux, parce que les canonnicrs ont moins d'espace pour manœuvrer le canon. Ce qui étrécit et rapetisse encore leur sainte-barbe, sont les cabinets de planches qu'ils font pour les maistres canonniers et qui , quoyqu'ils s'ostent en cas de combat, ne laissent pas d'estre très-embarrassans et d'une dépense iuatiie; ee qu'ils font dans la sainte-barbe, ils le font aussy entre les ponts, mettant des cabinets aux premier et second ponts, entre chaque sabord. Hais ce qui est de plus eitraordinaire est que le capitaine qui commandoit le Souverain m'a assuré que les cabinets n'avoient point esté défaits le jour du combat contre les Hollandois, quoyqu'ils ne laissent que très-peu de place pour manoeuvrer le canon. Ce qu'il y a encore de particalier, c'est qu'ils ont double bitte pour amarrer le câble; ils prétendent que cela est oëeessaire aBn de le tenir plus ferme et de faire plus de force quand on vire au cabestan.

Le premier pont du Prince a six pieds de haut, à le mesurer de planche à planche; la sainle-barbe a la mesme hauteur. Le second pont est disposé de cette manière : la chambre des volontaires, qui est de six pieds et demy de haut, de vingt de longueur et de dix-neuf de large; elle est fort agréable, et les galeries y font un fort bon effet. La barre du gouvernail est dans la chambre des volontaires en ce vaisseau, au lieu que dans tons les autres elle a accoustumé d'estre dans la sainte-barbe. En sortant de cette diambre, il y a une grande table fort longue pour les officiers, au bout de laquelle est lliabitacle. Il y a des cabinets entre les sabords, à ce pont, comme à celuy d'en bas; la cuisine est entre deux ponts, sur l'avant du vaisseau, au-dessus des bittes; là cuisine de l'équipage est auprès de celle du capitaine, et elles sont beaucoup plus grandes que les autres; la cheminée se va rendre au-dessus du gaillard d'avant; et le trou par oii sort la fumée se tourne h tout vent afin qu'elle n'inconmiode point l'équipage.

Les chasteaux d'arrière et d'avant avancent si fort sur le troisième pont qu'ils laissent un assez petit espace; ils prétendent que, le troisième pont estant petit, il ne faut pas

tant de monde pour faire les manœuvres, quen cas d abordage ils se retraDcheroieiit sous les gaillai*ds et feroient grande résistance.

Le chasteau d'avant a six pieds et demy de hauteur, le chasteau de poupe et le couronnement en a vingt et un. La chambre de Tamiral est de vingt-trois pieds de long et dhsept de large; il y a une grande antichambre de treize pieds de long et le corps de garde sur le devant. D y a des cheminées dans les chambres des capitaines qui me paroissent d*un dangereux usage. En sortant de la chambre de lamiral , il y a deux escaliers qui montent à la dunette, oii les officiers sont logés fort commodément. En générantes logemens de leurs vaisseaux sont beaucoup mieux entendus que les nostres et plus propres, mais je trouve qu'ils ont un peu trop d'égards à la commodité du capitaine et des officiers et que cela fait souvent qu*ils font des chambres oii il n'en faudroit point, où mesme il est dangereux d'en mettre.

Combien de canons de fonie ils melteni sur chaque bord, combien de fer, et le Ueu d'ek leur vient le canon de fer. — L'artillerie d'Angleterre est fort différente de la nostre; Os ont des calibres de quarante-deux livres de balle, de trentenieux, de vingt-deux, de seize, de huit et de quatre; mais je ne veux point parier icy de l'artillerie, ranettant d'en parier ailleurs.

Les grands vaisseaux du premier rang sont d'ordinaire tous artill^ de fonte, la batterie basse de quarante-deux livres de balle, la seconde de trente-deux, la troisième de vingt-deux, seize, douze et huit pour les gaillards. Sur les vaisseaux du deuxième et du troisième rang, ils en mettent le tiers en fonte et le reste de fer; quant aux autres vaisseaux , on en met k proportion qu'il y en a dans tes magasins.

Pour les canons de fer, ils en fondent en Angleterre et en font venir quelques-uns de Suède , mais il y a une fort grande différence entre les premiers et les derniers; les canons fondus en Angleterre estant infiniment meilleurs, ce qui se voit à l'œil, le fer estant beaucoup plus uny et plus serré. Ils en ont a,5oo pièces à Chatam, et, pour le canon de fonte, ils en ont environ 1,000 pièces dans leurs magasins.

Du nombre d'équipage qu'ils mettent sur chaque vaisseau^ combien de matelots, de soldats, d'officiers mariniers, etc. — Ayant mai*qué dans l'inventaire des vaisseaux le nombre d'équipage qui se met sur chacun de chaque rang, je diray seulement icy la manière dont il se lève et comment il est disposé h bord.

Après que les officiers du navy-office ont i*eçu l'ordre d'armer le nombre des vaisseaux que le roy veut mettre à la mer, ils envoyent aux maistres entretenus sur chaque vaisseau dans le port la commission de lever tel nombre d'équipage; en vertu de cette commission , les maistres et pilotes des vaisseaux lèvent le nombre d'hommes qu'il faut poiu» servir dans le bord, ils touchent leurs gages du jour qu'ils sont engagés, et s'ils ne se rendoient pas à jour nommé dans le vaisseau, ils seroient traités comme déserteurs.

Quand l'équipage ne se lève pas assez promptement, et que ledit maislre ne trouve pas assez de matelots qui veuillent s'engager volontairement, il en donne avis aux officiers du navy-office, qui donne audit maistre un ordre de l'amiral*, en vertu duquel il peut contraindre tous ceux qu'il juge propres à servir sur son bord , en leur donnant un schelling d'avance.

Le nombre de l'équipage qui se met sur chaque vaisseau est fort différent; quand ou arme seulement l'escorte des marchands ou pour envoyer dans la Méditerranée, on

* 11 a d«^jà élé quoslioii de cet ordre qirils appellent f^wmTant.n (Voir |>age 3 a 3.)

mel beaucoup moins clliommes; en temps de guen*e, on met le nombre porté par Finventaire que j ay fait de tous les vaisseaux. En gënëral, ils mettent le moins de soldats quib peuvent, parce que les matelots servent volontiers de soldats quand loccasioo s en présente, mais les soldats ne peuvent pas servir de matelots. En temps de guerre, ils mettent d^ordinaire les deux tiers de matelots et le tiers de soldats. Ils donnent diiïërente paye aux miitelots, suivant le temps quils ont servy et la bonne opinion qu'ils ont donnée d'eux ou par leur bravoure ou par leur habileté. Mais j'ay desjà parlé des différentes payes des matelots dans le premier mémoire de la marine d'Angleterre,

Le capitaine n'a souvent point de part à la levée de l'équipage et n'est quelquefois nommé pour commander le vaisseau qu'après que la levée est entièrement faite et que le vaisseau est en esttit de sortir du port. S'il est nonuné devant, il doit aussytost aller à son bord, son devoir est, dès qu'il arrive, d'avoir soin que toutes les choses soyent «1 bon estât, que tout c^ qu'il iuy faut d'agrès et de rechange luy soit foumy, de presser les ouvriers et ceux, de qui il doit recevoir les mimilions de bouche et de guerre , et d'avoir soin que tout soit fait avec diligence. S'il trouve que , par la faute de quelque particulier, son vaisseau ne soit pas assez promptement en estât , il en doit avertir les officiers du novy-ofiee, qui ont le soin d'y pourvoir suivant ce qu'ils jugent à propos.

Les lieutenans sont nommés en mesme temps que le capitaine; sur les vaisseaux du premier rang, il y en a jusqu'à trois; sur ceux du deuxième rang, deux; sur ceux des troisième, quatrième et cinquième rangs, un; ils commandent à bord en l'absence du eapitaine et doivent prendre garde que l'équipage travaille h mettre le vaisseau en estât de sortir à la mer. Ce qu'ils ont de meilleur que nous, c'est qu'ils ne demieurent pas si longtemps en rade; et sur ce que j'ay dit à un capitaine, à qui j'ay parlé icy, que souvent 0 arrivoit que nos vaisseaux estoient six semaines en rade sans pouvoir sortir à la mer, à cause du vent, il m'a assuré que les frégates angloises sortoient de tout vent, h moins qu il ne fist tourmente, et que, pour les grands vaisseaux, ils estoient quelquefois longtemps à l'embouchure de la Tamise sans pouvoir avancer davantage, mais que cela leur arrivoit rarement et qu'ils sortoient toujours à la moindre apparence de bon veut, sans attendre que le temps fust parfaitement assuré. Il est certain que ce i*etardement dans les rades est fort préjudiciable et qu'il seroit très-important d'y mettre ordre, puisque, outre que c'est une grande dépense et un grand temps perdu, il est seur qu'on vaisseau espalmé de frais va beaucoup mieux h la mer que quand il a esté un mois ou six semaines h la rade. Les officiers mariniers se lèvent de cette manière : les officiers des cours les choisissent et tirent une caution bourgeoise pour leur pouvoir livrer avec assurance les agrès et ustensiles convenables à la fonction de chacun et dont ib doivent rendre compte à leur retour.

EsUa du nombre des officiers marinière de chaque vaisseau, ensemble leurs gages sui- 9mu la différence du rang de chaque vaisseau, — Comme ce sont toujours les officiers las plus connus qui montent les plus grands vaisseaux et ceux dont l'habileté est la plus éprouvée, ils ont plus de gages que ceux qui en montent de plus petits, chaque rang faisant une différence particulière de payement.

Les capitaines des vaisseaux du premier rang ont 8 livres 1 5 sols de France par jour; ceux du deuxième, 7 livres 16 sols; du troisième, 6 livres 10 sols; du quatrième, k livres 17 sols; du cinquième, 3 livres 18 sols; pour ceux du sixième rang, romme ils n'ont pas le nom de capitaine et que ce ne sont que des maistres qui les

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commandent, ils n'ont que la paye ordinaire desdits matstres, qui est de a livres 1 o sols de France.

Les lieulcnans onl de gage. . . 9* 9* — 1*

Le maistre. h 11 — h

Le pilote h 11 — /i

Sous-pilotes 3 3 — ^^9

Sous-maistres 3 3 — 9

Dans les plus grands vaisseaux, il n y a qu'un maistre et un pilote comme dans les plus petits, trois sous-pilotes et trois sous-maistres ; dans ceux du deuxième et troisième rang, un sous-pilote et un sous^maistre. Outre ces officiers, il y en a d'autres appelé) mendhipes (sic) qui ont soin des principales manœuvres et qui aydentaux maistres et pilotes quand ils en ont besoin. II y en a huit dans les vaisseaux du premier rang, six dans ceux du deuxième, quatre dans ceux du troisième, trois dans ceux du quatrième, et deux pour ceux du cinquième. Ils ont de gages : mendhipes: 1 livre 1 1 pence, — 1 livre 6 pence, — 1 livre, — 1 livre*.

On peut remarquer qu'ils n'ont que deux ou trois canonniers sur chaque vaisseau, ce qui vient de ce que tous les matelots s'appliquent à l'exercice du canon et s'y rendent fort habiles : estant certain que les Anglois sont les meilleurs canonnière du monde et qu'ils tireront toujours cinq coups contre les Hollandois et les François quatre, ce qui est d'une très-grande importance dans les combats de mer, où tout se décide par le canon.

Outre les matelots , il y a sur chaque vaisseau dix ou douxe petits garçons qui s'appelent^oofi»^ qui viennent à la mer pour apprendre leur métier. Us ne reçoivent point de paye, et elle va au profit des officiers à la charge de qui ils sont commis. Outre ces petits garçons, il n'y a aucun batelier sur la rivière, ni aucun maistre de vaissean marchand qui ne soit obligé de tenir deux, trois, quatre apprentis, plus ou moins, selon la grandeur du bastiment , ce qui fait un fort grand nombre de matelots capables de servir le roy. Il faut qu'ils soyent sept ans en apprentissage devant que de recevoir aucune paye, et après qu'ils ont servy sur les vaisseaux du roy sur le pied d'ordinary eeameH, ainsy que j'ay desjà expliqué, ils ont la haute paye et s'appellent abk eeamen.

De la fonction des officiers, tant en guerre qu'en paix, — Après que le capitaine a levé son équipage, qu'il s'est fait fournir tout ce qui est nécessaire pour son vaisseau, il doit tirer des mains du contrôleur de la cour ou arsenal un mémoire de tous les agrès, aimes, munitions de guerre qui sont sur son vaisseau. Il en fait la revue et voit si tout ce qui est porté dans le mémoire est embarqué, si tout est de bonne qualité et si on ne luy a rien donné de vieux de ce qui doit estre neuf.

Il faut aussy qu'il se fasse donner un mémoire de toutes les victuailles du vaisseau , qu'il examine devant le purser si elles sont dans la quantité et la qualité qu'elles doivent estre et, en cas qu'elles soyent mauvaises, il peut les faire jeter à la mer après avoir appelé quatre de ces officiera pour tesmoins de leur pourriture ou autre défaut, ce qui va sur le compte du munitionnaire.

Dès qu'il a levé lancre et qu'il est sorty du port, il doit faire une revue de tout son

* Ici se trouve la liste des prindpaax ofli- sur chaque espèce de bâtiment. Son peu d*imciers mariniers , avec le gage de chacun d^eux portance nous Ta fait supprimer.

MARINE DANGLETERRE. 335

(fqaipage en prétence du survoyeur ou commissaire , prendre 1 avis des raaislres et pilotes sur la distribution qu'il en doit faire en trois parties , afm qu une veille toujours et sait sur le vaisseau pour les manœuvres. Il a ëgard dans cette distribution h Thabileté fie chacun afin de faire en sorte que les trois parties en quoy son équipage est divise soj.ent ^les autant qu'il se peut, non-seulement en nombre, mais en force et en expérience. H se met à la teste de la première partie avec le maistre; le premier lieutenant, à la seconde avec le pilote et le sous-maistre ; le second , h la troisième avec le sous-pilote et un sous-maistre. Il doit faire tous les mois une revue exacte de toutes les victaailles du vaisseau pour voir ce qui est consommé et si les officiers n'en font point Doetrop grande dissipation, ou s'ils ne le trompent point afin de les vendre au retour.

Sil y a quelque rhabillage à faire aux agrès pendant la campagne , il doit prendre garde qu'il soit nécessaire et prendre sur cela l'avis du maistre du vaisseau. Si c'est quelque chose de conséquence, comme de couper un câble ou une grande voile, il ne doit point le faire sans en avertir les officiers du navy-ojice, s'il en a la commodité; dnon, il doit prendre les avis signés des principaux officiers de son vaisseau , afin qu'ils luy servent de décharge quand il sera obligé d'en rendre compte. Il doit tenir registre detoQies les consommations qui se font pendant le voyage et, s'il y a quelque manœuvre, ancre, câble, ou autre chose de perdu, il doit faire mention du lieu et par quel acddent.

Il prend un compte toutes les semaines de la consommation qui s'est faite, et les offiden qui sont chargés du soin des agrès et munitions luy doivent fournir ledit compte ; il eo fait un livre exprès , afin de connoistre toujours Testât de ses provisions et pouvoir avec oonnoissance signer les comptes de chacun desdits officiers au retour du voyage.

Si quelque officier chargé des agrès, munitions et provisions du navire, vient a cstre lue, il fait faire un inventaire de ce qui se trouve après sa mort, le fait signer à ses principanx officiers et l'envoyé aux officiers de l'amirauté.

Pour le canonnier qui est chargé de la poudre et de toutes les munitions appartenant à l'artillerie, le capitaine ne luy doit passer en compte que ce qui luy apparoist avoir €9té consommé dans le service ; il doit avoir un compte de la poudre qui se dépense en saints, et quand il a livré combat, il doit aussytost après faire la revue de toutes les mooitions de guerre, en faire un estât et le faire signer par ses officions, afin qu'au retour les officiers du naoy-office sçachent au juste ce qui a esté consommé.

Eq cas qu'il ayt pris un vaisseau ennemy et qu'il eu tire les poudres, boulets et antres munitions de guerre, il les doit donner en compte au canonnier après avoir »gné Testât et l'avoir fait signer aussy par ses principaux officiers.

Il doit tenir la main à ce que l'exercice du canon soit fait sur son bord une ou deux fois la semaine; il se fait sans tirer, parce que cela seroit inutile.

Il doit faire, tous les quinze jours, une revue sur son bord, et, toutes les fois qu'il sort des ports ou rades, il doit marquer ceux qui se trouvent avoir déserté ou qui sont morts dans le service, afin de payer à leurs veuves ce qui leur est deu.

n doit avoir de l'intendant une liste de tout son équipage, où les noms de chacun et kv avances qu'ils ont reçues soyent marqués et le jour auquel ils se sont engagés, afin qu'an retour il puisse marquer on juste sur les billets qu'il donne à tout son équipage, la somme qui est due à chacun et combien de temps ils ont servy.

Outre toutes ces choses qu'il est obligé de faire, il y en a plusieurs autres h quoy il doit prendre garde et dont il est chargé par l'instruction qui luy est donnée.

Il ne doit employer pour caréner et calfater son navire, quand il en a besoin, que les gens de son équipage. Il luy est également défendu d'emprunter des hommes aux autres vaisseaux avec. qui il se trouveroit ou d'en faire venir de ten^, la dépense qu'il feroit pour les payemens ne luy estant point mise en compte.

Il luy est expressément commandé de ne point souffrir de chandelle allumée en aucon endroit de son vaisseau , d'envoyer de temps en temps un officier à qui il se fie dans tous les ponts, aGn d'empescher qu'on ne fume autre part qu'à proue sur un baril d'eau , qui est mis sur le troisième pont. Il doit donner protection à tous les sujets da roy, et les escorter mesme en cas de besoin. II luy est expressément défendu de diarger en son vaisseau aucune marchandise des pays estrangers , excepté de la vaisselle d'argent , de l'argent monnoyé et en barres et ce qui peut eslre pour son usage particulier.

En cas de combat, le capitaine doit aller luy-mesme entre deux ponts pour faire rompre toutes les cloisons qui ponrroient empescher les soldats et matelots de faire ce qu'ils doivent. Il doit disposer tout son monde , mettre les calfats et charpentiers soos la première batterie et sur le petit pont qui sépare le fond de cale d'avec le premier pont; il doit poser ie premier lieutenant et le maislre canonnier à la batterie basse, disposer les canonniers h chaque pièce, mettre deux hommes à la soute aux poudres de la poupe et deux à la soute aux poudres de proue, faire disposer des tonneaux pleins d'eau entre deux ponts, faire jeter des coquilles broyées sur le pont afin d'empescher de glisser ceux qui sont obligés d'aller continuellement de poupe h proue. Au second pont, il dispose toutes choses de la mesme manière, met le second lieutenant avec l'ayde-canonnier pour avoir soin de la seconde batterie. Au troisième pont, il fait mettre les soldats en estât de combattre, leur fait donner des armes, les dispose chacun dans le poste qu'ils doivent tenir dans le combat, et a l'œil k tout ce qui se fait dans le vaisseau, afm que toutes choses soyent en estât de se pouvoir défendre.

Il est, pendant le combat, sur la dunette, d'où il commande; personne que luy ne peut commander de mettre le feu aux canons ; il fait passer parole de la troisième à la deuxième batterie et de celle-là à la première. Il a auprès de luy le maistre qui commande les manœuvres selon l'intention du capitaine, et qui les fait exécuter à l'équipage.

Voilà à peu près toutes les fonctions du capitaine. Pour le lieutenant , il commande son quart avec le pilote, et a les mesmes fonctions en l'absence du capitaine que le capitaine mesme. En cas de combat, il est, comme j'ay dit, à la première batterie avec le maistre canonnier.

Le maistre du vaisseau est celuy qui commande les manœuvres et cpii les fait exécuter à l'équipage; c'est sur luy que roule le soin de la navigation, le capitaine luy dit seulement le lieu où il veut aller, et, du reste, il laisse agir le maistre et le pilote sans se mesler de la navigation, à moins qu'il ne reconnoisse en eux quelque abus oa mauvaise volonté. Il est responsable du vaisseau, et son devoir est de le garder contre les vents, comme le devoir du capitaine est de ie garder contre les ennemis ; ce n'est pas qu'il n'y ayt toute supériorité du capitaine au maistre, et que le capitaine ne puisse commander contre son avis mesme; mais, en ce cas, le maistre se décharge du soin du vaisseau et laisse faire le capitaine sans plus se mesler des manœuvres.

Le pilote a soin de conduire le vaisseau et en est responsable conjointement avec le maistre; il dirige la route et c'est à luy que le capitaine s'en prend quond il a manqué d'aller où il a voit oixlonné qu'on ollast. Il doit faire un journal exact de toute sa navigation, marquer les terres qu'il a vues, par quel vent il a navigué, combien de sillages

il a faits par lel et tel vent , combien il a duré, les ports et rades où il a mouillé , enfin tout œ qui est arrivé dans le cours de son voyage.

Daos le gros temps, le capitaine, lieutenant, maistre et pilote doivent monter sur le tiflic et ne le point quitter que le danger ne soit passé , afin de donner ordre à toutes eboees et de faire que tout Téquipage travaille.

Pour les autres officiers, comme hossemans, charpentiers, calfats, etc. on sçait assez bon fonctions , et je crois que je puis me dispenser d'en parler.

Delà fonction des amiraux, uce-anùraux, cowbre-^miratue et de kvr pavUbm, — n y a dans tontes les armées navales d'Angleterre un amiral, vice-amiral et contreunind; mais ils ne portent pas les mesmes pavillons; toute leur flotte est séparée en trais escadres, dont diacune a son pavillon particulier.

La prière est Tescadre du pavillon rouge, qui est commandée par le grand amiral OQ par ceiuy qui commande toute Tannée en sa place; cette escadre a un vice-amiral et un contr&amiral particulier. Quand le duc dTork y est en personne on que le prince Robert la commande en sa place , il porte au grand mast le grand pavillon royal d'Angielerre, qui sont les armes d'An^eterre sur un fond rouge; au mast d'avant, le pavillon d'union qu'ils appellent, dont le fond est bleu, coupé en quatre par une croix rouge bordée de blanc, avec quatre flammes ou rayons blancs qui partent des quatre coins da pavillon et viennent aboutir au milieu; au mast d'artimon , le pavillon rouge, qui est le signal du combat quand il est déferlé; et, sur le couronnement, il porte un aotre pavillon rouge avec une croix rouge sur un fond blanc dans un des coins, qui est la marque de tous les vaisseaux de l'escadre du pavillon rouge.

Quand un autre qn'im prince du sang monte l'amiral de l'escadre rouge, il porte le pavillon d'union à son grand mast et le pavillon, marque de son escadre, au mast d'artimon; pour le mast d'avant, il est réservé pour faire des' signaux comme pour mettre le pavillon rouge en cas de combat et autres dont je parleray.

Le vice-amiral de l'escadre rouge porte le pavillon d'union au mast d'avant , et le coDtre-amiral au mast d'artimon.

L'escadre blanche suit après l'escadre rouge; l'amiral de cette escadre porte au grand mast on pavillon blanc avec une croix rouge au coin , et sur l'arrière il porte son pa- T31<m blanc avec la croix rouge de la mesme manière qu'au grand mast. Tous les vaisseaux de cette escadre portent le mesme pavillon à l'arrière, le vice-amiral le. porte au mast d'avant et le contre-amiral au mast d'artimon à l'ordinaire.

La troisième escadre est celle du pavillon bleu ; il n'y a de différence de celte escadre au autres que parce que le fond du pavillon est bleu , avec la croix i*ouge sur un fond Uanc à un des coins, de la mesme manière qu'aux autres pavillons.

L'amiral de l'escadre blanche sert de vice-amiral en corps d'armée; il a l'avant-garde, d'ordinaire, et tous les vaisseaux de son escadre le suivent. L'amiral de l'escadre bleue sert de contre-amiral et a l'arrière-garde avec tous les vaisseaux de son escadre. Ce poste change en cas que l'armée prist chasse. Le vice-amiral prend le poste d'honneur, ({uiest l'arrière-garde, et donne l'avant-garde an contre-amiral. L'amiral de chaque escadre a son vice-amiral à sa droite et son contre-amiral à sa gauche. Si l'amiral -de Teseadre ronge estoit tué dans le combat, l'amiral de l'escadre blanche arboreroit d'abord le pavillon d'union et commanderoit à sa place et ensuite celuy de la bleue, si Tamiral de la blanche venoit h manquer.

Chaque escadre observe le mesme ordre en son particnlier que toute l'armée en général. L'amiral commande en chef tous les vaisseaux de son escadre , il donne des signaux

ëcriU qui sont dwtribuÀ h chaqaa vaisseau, chaque signai marque ou commandemeot différent. En corps d*année Tamiral commandant l'escadre rouge envoyé des signau aux vaisseaux de son escadre et aux amiraux des deux antres escadres, qui ont soin de les distribuer h tons les autres vaisseaux; Tamind faisant un signal, tous les aatro vaisseaux , qui sçavent la manœuvre que ce signal ordonne, sont obligés de suivre le commandement et ne connoissent ce qu'ils doivent faire que par ces signaux, n'ayant point de majors dans Tannée pour porter les ordres de Tamiral. Ce n*est pas qne les capitaines des vaisseaux ne soyent obligés autant qu'ils le peuvent d'mivoyer leurs lieutenans à Tordre à bord du vaisseau commandant Quand Tannée se met en batailie, eHe commence à se mettre sur une mesme ligne, après quoy les deux vaisseaux des deux costés s'avancent et se disposent de cette manière, comme en croissant L'amiral se met dans Tenfoncement, immédiatement au mflieu de tous les vaisseaux; le vieeamiral prend la droite et le contre-amiral la gauche.

Dei signoMX en cas de eamhat et dans la navigatum wdmaire. — U est asses difficile de parler bien juste sur les signaux, qui changent h la volonté du commandant delà flotte et qui rarement se trouvent les mesmes. Cependant , comme il y en a qudqne»uns qui ne changent point, je diray ceux qui se font le plus ordinairement.

Signamx de jour. — Pour lever Tancre , luissy tost que Tamiral a déferlé son petit hunier et qu'il a tiré un coup de canon , estant h Tancre, tous les navires de la flotte se mettent è pic, déferlent leurs vofles et lèv^t Tancre pour suivre chacun leur pavillon.

Pour appeler tous les capitaines k bord de Tamiral , il met un pavillon blanc à Farrière du vaisseau et tire un coup de canon , auquel coup les capitaines sont obligés de s^embarquer dans la chaloupe et de venir à bord de Tamiral, et en cas qu'ils ayeot quelque Intime empeschement ils envoyent leur lieutenant pour recevoir Tordre; qoe si qudque capitaine, sans empeschement Intime, se dispensoit d'y aller, il seroit pony par le retranchement d'un jour de ses appointemens.

Lorsque Tamiral veut appeler quelques ofiiciers en particulier, il a différens signaux pour les faire venir.

Quand on met un estendard roi:^ au baston de paviHcm de poupe , les amiraux commandant les escadres, vice-amiraux et contre-amiraux de toute Tarmée doivent venir h bord du vaisseau conmiandant ; si on y met une flamme blanche, les seuls capitames de firégate l^re y doivent aller; si on attache un pavillon blanc aux haubans de Tartimon, le vice-amiral, le contre-amiral et tous les capitaines de Tescadre du pavillon rouge s'y doivent trouver; et si c'est une flamme, c'est marque que Tamiral veut consulter sur quelques manoeuvres ou sur la route qu'il veut tenir, et tous les maistres et pilotes de Tarmée doivent se trouver à bord pour recevoir ses ordres et luy répondre sur ce qu'il leur demande.

Quand quelque navire de la flotte donne chasse à qudque vaisseau ennemy et que Tamiral veut la faire finir, il tire un coup de canon et abaisse son grand hunier, auquel coup iesdits vaisseaux doivent quitter ceux qu'ils poursuivent; que si les vaisseaux qui sont entre Tamiral et ceux qui donnent chasse jugent qu'ils ne peuvent pas voir les signaux h cause de Téloignement, ils doivent faire les mesmes signaux que Tamiral afin de leur faire entendre ce que Tamiral ordonne.

Quand qudqu'un des navires de la flotte découvre des vaisseaux h la mer, il doit mettre sa flamme et la baisser et la lever autant de fois qu'il voit de vaisseaux; ^ s'il juge la flotte trop éloignée pour voir son signal, il doit tenir le cap vers les navires qu'il voit, carguer ses deux basses voiles et amener et hisser ses deux huniers tant

ifL% ayt eM apcrço de i amifral, qui «mène en mesme tempe née hmiiere poiirluy ré-*

Quand m Yainean fait mie voye d'eau oa qa'9 Iny arrive quelque accident qui Tempoidie de soivre Tannée, il tire denx coups de canon et embrouille ses deui bassea ndes afin qœ quelque vaisseau vienne à son secours.

Gomme tous les signaux qui se font de jour se font par le moyen des pavillons, des Toiles et des flammes, tous ceux qui se font de nuit se font par le moyen des feux et du

SigmHX éê nml. — Les vaisseaux se distiufpient la nuit par leurs Ceux : Famiral commandant Tannée porte trois fanaux à Tavant et un dans sa grande hune, les amiraux des escadres particulières ne portent que les trois fanaux h Tanière , les vice-amiraux en portent deux et les contre-amiraux un.

Lorsque Tamiral lève Tancre la nuit, il idiume un feu dans les haubans du mast de hmie au-dessus du fanal qu'il porte d'ordinaire dans la grande hune, et tire en mesme temps denx coups de canon; les vaisseaux de Tarmée y répondent en allumant un feu nr la hune de Tartimon , qui y demeure jusqu'à ce que Tamiral ayt esté le sien. Outre ce Seu que chaque vaisseau idlume, tant pour répondre à Tamiral que pour empescher iaeottfasion et ne se toucher Tun l'autre, les pavillons répondent à Tamiral de leur canon, sçavoir : les amiraux , de chacun deux coups , et les contre-amiraux , de chacun un.

Quand Tannée estant sous voile il vient à venter gros vent, Tamiral allume deiu nouveaux feux , Tun à la poupe et Tautre au mast de hune , a6n que les vaisseaux ne le perdent pas. S'il veut faire moins force de voile et qu'il amène ses huniers , il diminue M lumières d'une ou de deux , selon ce qu'il amène de voiles , et tous les autres pavil^ loDs doivent répondre è ce signal. Quand il veut reconnoistre où sont tous les vaisseaux et qu'ils luy paroissent trop éloignés, il fait allumer deux feux d'une égaie hauteur au pios haut des masts de hune, è quoy les vaisseaux répondent en s'approchent le plus qa'ib peuvent et tasdiant de luy montrer le feu qu'ils ont à la poupe. S'il revire de bord la nuit, il tire un coup de canon- et met deux lumières plus qu'à Tordinaire sur la poupe; chaque vaisseau luy répond en mettant une lumière sur la poupe, qu'ils n'estent point que quand Tamiral este les siennes.

/}nand quelque vaisseau fait eau ou est endommagé, il met trois lumières sur ses gaihaubans, et s'il est dans la nécessité pressante, il tire un coup de canon pour appeler d'antres vaisseaux à son secours.

Quand quelque vaisseau découvre quelque banc de sable ou quelque autre danger, i tire un coup de canon et dlume autant de feux qu'il luy est possible; si Tamiral et kreste de la flotte est en non-vue, il se met à la cape et tire toutes les heures un coup de canon, à quoy les vaisseaux portant pavillon doivent répondre.

Les signaux, dans les combats^ changent suivant la volonté de Tamiral , qui les envoyé éoîts à tous les vaisseaux, afin qu'ils s'y conforment; ainsy on n'en sçauroit rien dire de certain. Le signai du combat est un pavillon tout rouge sur l'arrière du vaisseau; quand Tamiral veut qu'on se mesle, il met le pavillon rouge sur le perroquet de bogue.

Quand un vaisseau est maltraité dans le combat, qu'il a besom de secours, il met ane flaomie au mast d'artimon, et quand il court risque de couler à fond, il en attache ane à chaque bout de la vergue. Voilà les signaux ordinaires qui se font dans les combats; pour les autres, qui changent comme j'ay desjà dit à la volonté de Tamiral , il me seroit difficile de les rapporter.

De l'ordre de bakUUe, et de eelk qui a esU durnuUe entre /et Anglm et les HoUandoû, $ouê le eammandemera du due d'York, — Comme l'ordre de bataille se doit rëgkr par Tamiral, dans le conseil de tous les officiers de Tarmée qui y soni]a{^ës, sur la force, la disposition et la contenance des ennemis, il n'y a point de r^gle certaine cpi puisse s'observer dans tous les temps; ainsy on ne peut autre chose que rapporter une occasion particulière, afin de juger par li ce qu'ils ont acooustnmë de faire en tous les rencontres.

Le duc d'York ayant rencontré la flotte holiandoise, vers les mers d'Ecosse, allant du nord au sud, qui estoit divisée en trois escadres, il jugea que la flotte, tenant orie route opposée, ne pourroit faire que de leur donner quelques bordées en passant anprès de leurs vaisseaux, et, oonune il les vouloit forcer à un combat plus long et plus décisif, il Gt signal à mylord Sandwich, qui commandoit la troisième escadre et qui faisoit l'ar* rière-garde, de revirer de bord et de prendi'e l'avant-garde, en sorte que, les deux autres escadres faisant la mesme chose, ils suivissent la mesme route que les HoDan* dois et qu'ils les canonnassent incessamment, les empeschant mesme de naviguer vers la Hollande; mais cet ordre fîit si mal exécuté et avec tant de lenteur que la flotte angloise ne put rejoindre les HoUandois que longtemps après, et d'une manière qui ne les erapeschoit pas de naviguer vers leurs oostes. Les deux flottes disputèrent longtemps le vent, qui demeura enfîn aux Anglois; c'est ce qu'on dispute d'ordinaire avec le plos d'opiniastreté et d'adresse; cependant ceux qui sont au-dessous du vent ne laissent pas d'avoir quelque avantage , et de telle sorte que si le vent est frais il y en a qui assurent qu'il est plus avantageux d'avoir le dessous du vent , parce que, quand on a le dessus, le vaisseau carguant du costé qu'il attaque et la mer estant émue, la batterie basse devient inutile; au lieu que, si vous avez le dessous du vent , vous vous servez facilement de vos deux batteries et pouvez donner la bordée entière k l'ennemy. Ce n'est pas que quand les vaisseaux portent bien la voile et que la première batterie n'est pas trop basse cet accident n'arrive plus , et toutes les fois qu'on peut combattre et que le vent n'est pas assez fort pour en empescher, on se sert facilement de la batterie basse, et de cette manière il est avantageux d'avoir le vent.

La flotte angloise attacha le combat, en suivant la route des ennemis et les costoyant le plus près qu'il se pouvoit. Au lieu de se mettre au milieu de l'armée , qui est le posie ordinaire de l'amiral, il se mit à la pointe de l'avantr-gârde, afin de tascher, par ce moyen , de rompre l'ordre de bataille des HoUandois.

Leur maxime n'est pas qu'on doive venir a l'abordage au commencement du combat, non-seulement parce qu'il est fort difficile d'aborder, mais parce qu'on court risque d'estre coulé à fond, et qu'un vaisseau qui se défend a toujours l'avantage sur ceiuy qui attaque.

Ds canonnent incessamment et le plus près qu'ils peuvent, parce qu'il croyenl avoir l'avantage en ces sortes de combats, et parce que, lorsqu'à force de coups de canon ils ont maltraité les vaisseaux ennemis, ils peuvent, en ce cas, aborder et se rendre maistres de ceux qu'ils voyent faire moins de feu, ou les faire brusler, en faisant approcher les brusiots à la faveur des coups de canon.

Ils brusient et coulent h fond autant de vaisseaux qu'ils peuvent au commencement de leur victoire, afin d'avoir moins d'embarras et de n'estre pas obligés d'envoyer de leurs équipages pour garder les vaisseaux qu'ils auroient pris sur les ennemis et de séparer leurs forces, ce qui pourroit eslre de fort grande conséquence, parce que les ennemis , venant à reprendre le dessus , pourroient se rendre les maistres des vaisseaux

qui anroient este aObiUis en ieiir estant leur équipage pour le mettre sur les vaisseaux des ennemis.

D y a toujours dans Farmée plusieurs petits vaisseaux destinés pour le transport des malades et blessés, qui ne reçoivent que le premier appareil par le chirurgien du vaisseau, après lequel ils sont transportés au premier port, où il y a toujours des chiniigiens payés par le roy pour avoir soin desdits blessés. Ils sont logés dès qu'ils arment chez les bourgeois, qui sont obKgés de les nourrir et coucher pour 1 3 pence par jour, lesquels i3 pence sont pris sur la paye desdits matelots et sur le revenant-bon des vivres qui restent au retour de la campagne.

1k f ardre qu'ils Uennentpmir k délestage et des lieux destinés pour jeter le lest. — Après que les vaisseaux sont arrivés dans le port, il y a de grandes gabares de trente ou quarante tonneaux , qu*3s appellent wherry, qui vont prendre le lest de tous les vaisseaux; ils le déchargent ensuite sur le bord de la rivière en certains endroits marqués pour cela, où les bateaux le viennent reprendre pour lester de nouveau les vaisseaux quand ils doivent retourner à la mer. Pour les vaisseaux marchands qui viennent dans la ririère, il y a des endroits marqués pour mettre leur lest, qui ne ressert jamais deux ibis. D y a des gens establis par les officiers de Tamirauté qui vont tirer du fond de la rivière le sable et le lest nécessaires pour chaque vaisseau, dont on paye tant pour chaqœ tonneau, ce qui leur sert à nettoyer le fond de la rivière sans qu'il leur en eoosCerienk

De fareenal de Chatam et de ce qui $'y observe, — L'arsenal ou cour de Chatam est un de ceux où le roy d'Angleterre a le plus de vaisseaux, et où ils se bastissent le plus foavent; tous les autres arsenaux qui sont le long de la Tamise dépendent de celuy-là, et l'ordre qui y est estably s'observe dans tous les autres ports du royaume où le roy d'Angleterre a des vaisseaux de guerre.

Chatam est une petite ville qui joint et fait partie de celte de Rochester. Elle est située sur la rivière de Medway , qui est assez large et assez profonde potu' que les plus grands vaisseaux y montent avec leur lest et leur canon. L'endroit où sont les vaisseaux de guerre se ferme par une chaisne de masts liés ensemble , qui sont enfoncés dans l'eau par le moyen de poids fort pesans que l'on met dessus afin d'empescher qu'on ne rompe ladite chaisne è coups de canon.

Depuis l'action des HoHandois dans cette rivière^, ils y ont fait baslir plusieurs forts et plusieurs batteries qui empeschent entièrement l'entrée de ladite chaisne et il y a UKnjonrs cinq vaisseaux è la teste de ta rivière, qui sont armés pour garder son eminrchure.

L'arsenal est basty sur le bord de la rivière, la cour où se font les constructions est un carré long d'environ cent toises de long et quarante-cinq à cinquante de large. Les bastimens sont dispersés en plusieurs endroits, sans que l'ordre y soit observé. En entnmt dans l'arsenal, du costé du nord, sont les logemens de tous les officiers, qui lienoent un assez grand espace , y en ayant une grande quantité de logés dans ledit arsenal.

Aa bout de ces logemens est la forge des menus ferremens, qui est assez grande et où i y a quatre eheminées; le reste de la face de ce bastiment est occupé par un magasin pour le goudron et un autre pour les clous, chevilles et autres ferremens. De ces maganM, on monte dans une grande galerie qui tient toute l'aile du bastiment qui est au nd; dans cette galerie sont rangées les voiles de trente-neuf vaisseaux de guerre. Il y a tmîs jeux de voiles pour chaque vaisseau ; l'inscription du vaisseau auquel les voiles

U2 ANNEXES DES INSTRUCTfONS.

appartiennent est attachée au ptaneber; les voiies de diaque mast sont attachées ensemble avec une inscription sur chaque paquet qui marque h quel mast elles appartiennent. On ne donne que deux jeux de voiles à chaque vaisseau lorsqu'il va h la mer, ainsy il en reste toujours un dans le magasin. Au-dessous de cette galerie est le magasin des cordages, qui sont rangés par paquets de la mesme manière que les voiles ; è oosté de la galerie des voiles est une antre galerie moins longue, où on les coud; le fil dont ils se servent est de la grosseur ordinaire et couste 10 sols la livre. Ds font venir leur toile de Hollande et de France outre celle d'Angleterre dont ils se servent; cdle de Hollande leur couste aS à 9& sols la verge, celle de France 18 à 90 sols et celle d'Angleterre do à 93 sols. Ils ont un magasin particulier pour mettre leur toile, qui est auprès du lieu où on coud les voiles; ils mettent aussy les pavillons, les flammes, les étoffes de couleur, les compas, les horioges et le reste des menus ustensiles dans le mesme lieu.

11 y a auprès de la galerie des voiles un pré qui est de plain-pied, oii de grands masts sont plantés; ils epverguent les voiles et les hissent au haut de ces grands masts après qu'elles sont cousues , afin de voir si elles sont bien taillées et si elles jouent bien au vent; ce qui sert encore pour les sécher an désarmement des vaisseaux devant qae de les mettre dans le magasin. Outre ces bastimens, il y a au milieu de la cour une galerie de planches où sont tous les menuisiers, sculpteurs, poulieurs et antres ouvriers; au-dessous de cette galerie est l'atelier des scieurs. Il y a de la différence dans leur manière de scier et la nostre, en ce qu'ils n'élèvent pas comme nous le bois qn'Ss scient sur des chèvres; il y a des trous en terre où se met celuy qui tient le dessous de la scie , et de cette manière , ils n'ont que la peine de coucher le bois sur lesdits trous au lieu qu'il faut beaucoup de force pour élever une grosse pièce de bois en l'air de la manière dont nous le faisons.

Des docks dont ils se servent pour les constructions et radoubs. — Sur le bord de la rivière, il y a deux formes pour les constructions; ce sont des canaux percés dans la terre, assez longs pour bastirdeux vaisseaux, qui sont entourés et revestus de plandies. Afin que le dock puisse servir, il faut que la marée remonte assez haut pour y porter les plus grands vaisseaux, et que, quand elle se retire, elle ne laisse point d'eau dedans et qu'il n'y ayt point de source au fond dudit dock. Ils bastissent tous leurs vaisseaux dans ces formes, et, toutes les fois qu'ils ont besoin d'estre radoubés, ils ouvrent l'écluse qui ferme ledit dock et font entrer le bastiment dedans, après quoy, ils ferment l'éclnse afin que, la marée revenant, elle n'y puisse pas entrer. Après que le vaisseau est basty ou radoubé, ils laissent entrer la marée qui l'enlève de dessus les tins et le met à flot Cette invention n'est pas de grande dépense, n'y ayant qu'^ ester la terre à la profondeur du port et faire un canal assez large pour tenir un vaisseau, et cependant ne laisse pas d'estre d'une utilité fort grande. On évite tous les préparatils qu'il faut faire et tout TembaiTas que donne un vaisseau pour le mettre è la mer, le danger qu'il court à ce moment de se faire quelque effort à la quOle et la peine qu'il y a de le mettre h Tean, qui est fort grande. Outre cet avantage, il y en a un autre fort considérable, qui est la durée des vaisseaux, estant certain que la facilité qu'ils ont pour les radouber jusqu'à la quille, leur ester les bordages et membres qui sont pourris, fait que leurs vaisseaux en durent beaucoup plus longtemps.

liCs docks, comme j'ay dit, ne se peuvent pas faire en toute sorte d'endroits. Ceux de Chatam mesme, quoyqu'Us servent à bastir les plus grands vaisseaux, ne laissent pas d'estre mcommodés par ime source qui est dans le fond, qui non-seulernenrem-

MARINE DANGLETERRE. 3&3

peache les ouvriers, mais aussy rend Tendroit humide et nuit à la conservation des vaisseaux.

Le bois destiné pour ia construction et radoub des vaisseaux est range dans la cour de Tarsend en assez bon ordre. Tontes les pièces qui sont propres à faire de semblables choses sont mises ensemble, les courbes avec les courbes, etc. et généralement toute nrte d autres pièces de bois. Us ne les mettent point à couvert, et ils croyent qu'elles •ont bien mieux à Tair où elles se sèchent pendfint un an qu*ib les conservait avant «pie de les mettre en œuvre. Pour les planches, ih les conservent à couvert sous des toits qu'ils avancent en manière d*auvents; ils les conservent un an dans le magasin pour les bire sécher. Os ont aussy dans le mesme magasin du bois qu'ils appellent ligmm vUm, qui leur vient des Indes occidentales, et leur sert à faire des poulies et ioir couste quelquefois jusqu'à a sols la livre. C'est un bois fort dur et fort propre à ce à qooy ils l'employent Ds se servent de bois d'orme dans leur construction , ils le conaorvent dans le mesme endroit que les planches et bordages, parce que le bois d'orme se pourrit à la pluie; ils observent quand ils s'en servent dans leurs vaisseaux de ne point le mettre dans des endroits où il peut toucher à l'eau , parce qu'il pourrit aussytost. L'usage le plus ordinaire è quoy ils l'employent est à des courbes, à des empattenens de varangues et à tout ce qui sert de liaison au dedans du vaisseau.

Ds ont un endroit particulier où ils conservent leurs masts. C'est un grand canal de cent toises de long, où ils les mettent dans l'eau avec de grosses planches par-déssus pour les enfoncer et faire que tout le corps du mast soit dans l'eau.

Les charpentiers de France sont persuades que le vieux bois avec le neuf ne peut jamais faire un bon effet, et que les vaisseaux à qui il fiint faire de grands radoubs ne sont jamais bons, parce que le bois neuf ne se lie pas avec l'autre. Les Anglois, au contraire, croyent qu'un vaisseau bien radoubé est aussy bon qu'un neuf, et ib en radoubent souvent à qui ils ne laissent de vieux que le fond du vaisseau ; le Bm^ai-Londres , qui est un de leurs plus beaux vaisseaux, ayant esté basty de cette manière sur le fond d'an vieux vaisseau brusié par les HoUandois. Ils prétendent mesme que, bastissant ainsy, sur le mesme vaisseau et sur les mesmes proportions, ils peuvent corriger les défauts qui se seraient trouvés dans la première construction et qu'ainsy ils font des Taisseaux beaucoup plus parfaits.

Pour les machines qu'ik pourroient avoir pour faciliter leurs constructions, je n'en ay remarqué aucune et je ne crois pas qu'ils en ayant plus que nous.

Ib carènent et calfatent leurs vaisseaux dans leurs formes. Quand elles sont occupées par de grands vaisseaux , ib ne font point de difficulté de baslir ceux du trobième et quatrâme rang à la mode de France, et de les caréner en les couchant sur les pontons.

J'ay parié dans le premier mémoire de la marine d'Angleterre de tous les officiers des cours et arsenaux; j'ay dit qu'il y avoit un commissionnaire dont la fonction répond i celle d'intendant, un survoyeur qui est comme le commissaire de marine, qui a l'œil è tant ce qui se passe et qui ordonne de toutes choses conjointement avec le commissionnaire, n me reste à parier présentement des ouvriers, de la manière dont ib travaillent, è prix fiut ou à journée, et de ceux qui ont le soin de les faire travailler.

Les ouvriers sont en partie pris des matelots entretenus sur les vaisseaux du roy qn travaiHent chacun à leur métier. Ib travaillent presque tous h journée; ib entrent aa travail è six heures du matin en esté; ib ne sortent point de l'arsenal pour dér; il y a une maison où se vendent le pain et la bière nécessaires pour tous les

ouvriers, qui ont une demy-heure pour se reposer après qu'ils ont travaillé Crois heures. Ils sortent de Tarsenal à midy et n*y retournent qu'à une heure et demie, après avoir disnë; ils goustent dans Tarsenal à trois heures et en sortent k six heures et demie en esté et à cinq heures en hyver.

L'ordre qui s'observe pour l'entrée et la sortie des ouvriers est tel : un commissaire se tient h la porte, le matin, et les nomme tous par leurs noms, marque les absens et leur retranche leur paye. Ceux qui viennent une demy-heure trop tard sont obligés de s'aller montrer au commissaire, qui les oblige de travailler pendant que les autres déjeunent, ou qui leur retranche quelque chose du prix de leur journée. Il fait la mesme chose quand ils retournent de disner; et, le soir, il les nomme encore pour voir si ceux qui sont entrés ont travaillé toute la journée, et en cas qu'il en manque quelqu'un, il le marque et luy retient sa journée entière.

Afin que les ouvriers qui sont entretenus dans l'arsenal fassent leur devoir et employent leur temps à l'ouvrage qu'ils doivent faire, le commissaire qui les nomme fait souvent des tours dans les ateliers pour voir s'ils font leur devoir et s'ils sont attachés i leur ouvrage. Le maistre charpentier et les aydes font la mesme chose et se promènent incessamment d'un costé ou d'autre pour examiner ce que les ouvriers font et voir qne tout se passe avec ordre. On prend de plus une antre précaution pour les faire travailler, encore bien qu'ils travaillent et soyent payés ajournée, les aydes charpentiers ne laissent pas de donner à chacun leur tasche, qu'ils doivent avoir achevée avant la fin de la journée, à faute de quoy on leur diminue le prix de leur travail. Cependant, bien qu'il y en ayt quelques d'assez ditigens pour l'avoir achevée, il n'est permis à aucon de sortir avant l'heure, et ils se doivent tous montrer au commissaire, qui les nomme, après que la cloche de la fin de la journée a sonné.

La paye des ouvriers est réglée suivant leur habileté. Le maistre charpentier qui est dans tous les ateliers en est le juge ; c'est un officier considérable et sans le conseil duquel le commissionnaire ne peut rien faire. Il a loo livres sterling de gage, son logement dans l'arsenal et son chauffage. Au-dessous de luy est un assistant qui a 60 livres sterling, et quatre maistres qui n'ont au-dessus de la paye ordinaire, que leur logement dans l'arsenal. Il peut y avoir, dans l'atelier de Chatam, 4 k &00 ouvriers; les charpentiers habiles qui ont servy longtemps, ont 95 sots par jour, qui est la paye ordinaire des maistres; les apprentis ont is sols la première année qu'ils travaillent , et leur paye augmente , tous les ans , de a sols par jour, ou plus s'ils se rident habiles, le tout à l'arbitre du maistre charpentier. Outre ce qu'ils gagnent, on leur permet encore d'emporter, une fois par jour, quelques copeaux ou morceaux inutiles; mais tous, abusant de la liberté qu'on teur donne, se chargent de bois autant qu'ils en peuvent porter, et prennent non-seulement des pièces qui pourroient fort bien servir, mais ne travaillent souvent, pendant toute la journée, qu'à gaster du bois et le réduire en copeaux afin d'avoir permission de l'emporter. Ce n'est pas qu'on ne prenne quelque précaution pour empescher ce désordre; le maistre charpentier et ses aydes visitant souvent les ouvriers pendant la journée, pour empescher la dissipation du bois, et un des aydes du mais(re charpentier se tenant à la porte pour voir si les ouvriers qui se retirent n'emportent point quelque pièce qui puisse servir; auquel cas, ils sont condamnés à une grosse amende, qui leur est imposée par le commissionnaire. Mais toute cette précaution n'empesche pas que souvent ils n'emportent de fort grosses pièces de bois, d'autant plus qu'on n'oseroit user de sévérité parce que ces ouvriers sont mal payés, et qn'ainsy on leur passe souvent des choses h quoy on n'oseroit remédier.

Ils sont payes tous les trois mois; et, pour lors, il vient un commissaii'e du navy-ofiee de Londres qui fait sa ronde en mesme temps dans tous les ports; mais comme les artisans qui ne vivent que de leur travail ne pourroient pas attendre si longtemps leur payement, on fait en sorte que les gens chez qui ils logent leur avancent leur nourritore, estant assurés que, le temps du payement venu, ils recevront, des mains du trésorier ce qui leur est deu par les ouvriers. Les calfats sont payes de mesme que les charpentiers, c'est-à-dire , le maistre a 60 livres sleriing, et les quatre autres maistres qui sont sous luy leur logement dans l'arsenal.

Toutes les constructions qui se font dans les arsenaux du roy se font à journée, de la manière que je viens de dire; quand on est fort pressé et qu'on a une guerre sur les bras, ou qu'on craint d'en avoir une, et que le nombre des vaisseaux n'est pas complet, on passe un contrat avec un maistre charpentier pour fournir le bois et bastir le vaisseau pour un tel prix. Ce marché se fait à Londres, par les officiers du navy -office assemblés, qui ordonnent en mesme temps i un officier qu'ils choisissent de demeiver snr les lieux, de voir et examiner la qualité du bois qui s'employe h la construction du vaisseau, afin que tout soit bien conditionné et que le vaisseau soit aussy fort de bois qu'il est nécessaire. On prétend qu'une fî'égate percée pour cinquante pièces de canon , (oale mastée et agréée et n'y manquant que rartillerie, revient h 8,000 pièces, qui sont io&,ooo livres, monnoye de France. Il faut juger du reste à proportion.

Da marchandises qui sont dans l'arsenal, de la manière dont ils les reçoivent, — Tontes les fournitures qui se font poiu* garnir les arsenaux sont sur des marchés faits è Londres par les officiers du navy-office. J'ay expliqué la manière dont ils les reçoivent dans les magasins, quds officiers visitent lesdites marchandises, quels en sont chargés et ce qui se fait pour que les marchandises soyent de bonne qualité et dans la quantité portée par le marché fait.

Ils ont une fort grande quantité de bois dans l'arsenal de Chatam; la facilité qu'ils ont de le faire venir est fort grande; ils le prennent dans les pays de Sussex, Somerset et Comouailles. Ils le font remonter la Tamise pour le porter dans le magasin anqnd il est destiné; il couste d'ordmaire 3o à Ao schdlings le had, qui fait 5a pieds de France en carré.

Le fer vient encore de leur pays par la Tamise, y en ayrâit un quantité fort grande en Angleterre ; mais la peur qu'ils ont de ruiner leurs forests par la grande consommation qni se &it aux forges, est cause qu'ils en font venir souvent de Suède, quoyque celuy d'Angleterre soit meilleur. Le fer en barre leur couste to à 19 schelliugs le cent (le «helling vaat i3 sols de France); ils l'achètent souvent davantage, et le fer ouvragé leor revient souvent ài6,i8et30 schellings. Le goudron leur vient de Norwége et de Suède; il ne s'en fait point du tout en Angleterre. Ils en ont un grand magasin assez fcien foumy; il leur revient à 16 schellings le baril pesant cent vingt livres

Tout le cuivre en rosette vient de Suède; il revient à près de 4 pièces le cent, c'est- Mire, 63 ou 6& livres de France.

Le meifleor estain du monde est en Angleterre; il vaut environ 5o livres de France k cent La facilité qu'ils ont d'en faire venir quand ils veulent est cause qu'ils n'en font pas grande provision; le meilleur est celuy de Cornouailles. Le plomb leur vient aussy de leur pays et couste environ 1 a schellings le cent.

Les boulets viennent de Suède et valent environ 6 schellings le cent; pour les boulets ^ deux testes, ils valent sa à aS schellings le cent.

On peut dire, en général, que les Anglois nç sont pas, à beaucoup près, aussy

habiles que les Hollandois, et qa*ils achètent plus cher, qu'eux , parce que les Hollandois payent beaucoup plus régulièrement leurs ouvriers et tirent, par cette raisoD, beaucoup meilleur marché de toutes choses.

Des anereê et de la tnanière dmU ils les travailiemU. — Les ancres sont toujours données à prix fait, la grosseur de Tancre fait la différence du prix; le maistre forgeron avec qui le marché est fait fournit le charbon, le fer et les ouvriers. D a 36 schdlings pour cent pesant des petites ancres de trois et quatre cents, et le prix augmente suivant la grosseur jusqu'à 80 schellings le cent des ancres de six, sept et huit milliers.

De la longueur, largeur et hauteur du bastiment destiné pour la forge. — Le bastiment destiné pour la forge des ancres doit estre proportionné au nombre des ancres qu'on y veut forger; il doit, sur toutes choses , estre d'une hauteur considérable, et, par-dessus les cheminées , il faut que le couvert ay t plusieurs petites lucarnes couvertes avec des tufles, pour empescher la pluie. Ces lucarnes sont nécessaires pour donner de l'air et laisser évaporer la fumée du charbon, qui étoufferoit les ouvriers; il faut, de plus, qu'il y ayt deux grandes portes vis-à-vis l'une de l'autre, aGn que la fumée sorte encore plus facilement. Supposé que le bastiment soit destiné à forger deux ancres de huit milliers chacune, il faut qu*il ayt environ soixante-douze ou soixante-quinxe pieds de long etvingt^ix h trente de large. U faut. quatre fourneaux, avec chacun son enclume; les deux fourneaux qui servent à la mesme ancre doivent estre vis-à-vis l'un de l'autre; ils sont disposés tous quatre sur la mesme ligne, dans la longueur du bastiment, parce que, s'ils estoient disposés aux quatre coins, outre qu'il faudbroil que le bastiment fiist beaucoup plus grand, afin que les. ouvriers ne s'embarrassent pas, la chaleur seroit encore plus grande qu'elle n'est, pai*ce qu'elle se concentreroit au milieu. Les deux fourneaux, avec leurs soufflets, ne doivent occuper que dix-huit à vingt pieds de la longueur du bastiment, pourvu que les soufflets d'un fourneau soyent placés dans la longueur et les autres dans la lai^ur dudit bastiment La distance d'entre les deux fourneaux ne doit pas estre plus de dix-huit pieds, qui est la longueur que doivent avoir les palans, afin que les bras et la vei^ de l'ancre se puissent transporter facilement et n'aillent pas au delà de l'estendue desdits palans. On fait la verge dans l'un des fourneaux, et les bras, les pattes et l'organau dans l'autre; on pourroit avoir un fourneau à part pour forger l'organau et lesdites pattes , cependant ils ne s'en servent point en aucune forge d'Angleterre, et le fourneau dans lequel on fait les bras sert aux pattes et à l'organau.

Qnnbien il faut d'hommes pour la fabrique d'une ancre de huit milliers et une autre de quatre milliers. — Il faut trente-huit hommes pour faire aller une forge où il y aura quatre fourneaux, dans deux desquels on fabriquera deux ancres, l'une de huit et l'autre de quatra milliers. La division de ces ouvriers se doit faire de cette sorte : il faut huit forgerons au fourneau où se fait la verge de huit milliers et six au fourneau où se font les pattes et oi^anau de la mesme ancre. Il faut deux honunes au soufflet de chaque fourneau, l'un qui soit dessus lesdits soufflets et l'autre qui les lève et baisse par le moyen d'une barre de fer qu'il pousse, et deux hommes à chacun des palans. Il ne faut que huit forgerons pour les deux fourneaux de l'ancre de quatre milliers, et six honunes aux soufflets et palans, comme aux fourneaux de la grosse ancre de huit milliers.

Les manœuvres qui servent aux soufflets aydent à ceux qui sont aux palans quand on tire le fer du feu. Les forgerons les plus forts se mettent aux gros marteaux ; ib n'ont pas plus de paye que les autres, parce que, comme ils ne frappent pas si sou-

veot que les petits, pourvu qu Hs eyent la force de les lever, ils ne se fatiguent pas da fSDtage.

Us ont une mëlhode pour battre qu'ils apprennent plutost en travaillant qu on ne sçauroît leur enseipier. Pour les coups qu'ils frappent, il seroit difficile de les compter ; ib observent seulement de se disposer en sorte, autour de Tenclume, qu'ils ne puissent s'onbarrasser entre eux. Ils ne lèvent jamais guère le marteau plus haut que leur teste et De le jettent pas trop à costé d'eux, parce que, estant rangés fort près, si un d'enx âevoit son marteau en tournant un peu trop à costé, il blesseroit son compagnon. Les . mesmes ouvriers travaillent toujours, et ils ne se reposent que quand le fer est dans le fea, ce qui suffît, une grosse verge d'ancre estant une demy-heure dans le feu avant qo'oo l'en tire pour battre dessus. Après qu'elle est tirée du feu, ils battent dessus pendant une demy-4ieure; après quoy on la remet au feu; ainsy ils se reposent et tra* valent alternativement de demy-heure en demy-heure.

Us sont un mois à faire une ancre de huit milliers. Ils l'assemblent de cette manière : quand les bras sont forgés, que les pattes y sont attachées et que la verge est achevée, OD approche ladite vei^ et les bras, par le moyen des palans de chaque fourneau, on les sonde l'un avec l'autre et on bat beaucoup plus longtemps en cet endroit que dans on autre, parce que c'est d'ordinaire par là que les ancres manquent

Les forgerons ont i & schellings par semaine ; les officiers du roy ne se meslent point de les payer et ils reçoivent leur argent du forgeron qui a entrepris l'ouvrage. On employé cinq charretées de charbon à faire une ancre de huit milliers , et chaque charretée de charbon est de quatre-vingt-seize boisseaux. Le charbon vaut 18 schellings le dmUer, qui est une mesure qui contient trente-six boisseaux. Le déchet du fer est d'un millier sur huit

De la petite ferremente et de la manière dont les mumere eant payée. — Toute la petite ferremente se fait h prix fait; le maistre forgeron a aS et 3o schellings du cent pesant, moyennant quoy il fournit le fer et le charbon et paye la journée des ouvriers. Il est oh^gé de fournir tous les magasins d'autant de clous, chevilles et autres ferremens qui tout nécessaires pour le radoub et construction des vaisseaux. Il y a une forge à trois fimraeaux et une autre à un fourneau, dans lesquelles il fait tous ses ouvrages. U donne 10 schellings par semaine à chacun de ses ouvriers et fournit le fer et le charbon, moyennant 3o schdlings, comme je Tay desjè dit.

Dee carderiee et de ce qtii e'y observe. — Il y a deux corderies à Chatam qui sont basties hors de l'arsenal; elles sont fort basses et ne sont faites qu'avec des planches; elles ont environ cent cinquante toises de long. Elles sont ouvertes par le bout et on continue de filer dehors environ cent toises. On commet et file le cordage dans une de ces corderies, et dans l'autre on ne fait que le filer. Il y a au bout de ces corderies un grand magasin de chanvre qui leur vient de Riga , d'Angleterre et de France. Cduy de Riga et d'Angleterre vaut s 6 schellings le cent pesant, et celuy de France, 30 è 99 sdidlings. Il y a un lieu destiné à le peigner, qui est auprès du magasin; on donne 17 sols aux ouvriers qui le peignent, et i5 sols à ceux qui le battent avant que d'estre peigné. Les cordiers sont payés à journée; les plus habiles ont 30 sols, et ceux qui ne servent pas depuis longtrâips, l ou i5 sols. Après que les cordiers ont fait leur fil , ils le mettent dans le magasin des chanvres; après qu'il a demeuré là trois ou fMtre jours, on le porte dans l'endroit oh il est goudronné , de cette manière : on met cent dix-huit fils ensemble , on les fait passer par un gros tuyau qui va dans une chaudière de goudron chaud, par laqudle il ne fait que passer, sortant par un autre tuyau >

qui est de I*aatre costë de la chaudière; en sortant dudit tuyau il est dévidé par le moyen d*une grande roue qui est tournée par deux hommes. Quand ce fil est goudronne de cette sorte, ils le mettent en cordages et commettent les plus gros câbles sans les goudronner davantage; ils prétendent que Tusage de le goudronner ainsy en fil est meilleur que de le faire lorsqu'il est commis, parce que le goudron pénètre davantage , et , sur ce que je leur ay dit que , ne le mettant point à Testuvé , Thumidité qui reste dans le cordage estoit capable de le pourrir, ils m*ont assuré au contraire que . cette humidité entretenait le cordage et luy servoit de nourriture; ce qui m'a paru une fort mauvaise raison, estant seur qu'il n'y a rien de si nuisible que l'humidité ni qui soit plus capable de pourrir un câble en peu de temps.

Ils ne se servent donc point d'estuve pour les cordages ordinaires; il y en a pourtant en certains endroits , comme à Woolwich ; ils y mettent tes cordages dont ils se servent pour leurs voiles, parce qu'ils disent que le cordage estuvé et goudronné est plus souple et plus aysé à manœuvrer. Après que le cordage est achevé, on le porte dans trois grands magasins qui sont sur le bord de l'eau. 11 y en a un qui est assez petit et deux antres à deux étages qui sont fort grands; ils sont bastis sur cent vingt pieds de longuair et sur trente-cinq à quarante de largeur. On met dans le premier étage les gros câbles et les iunins; à chaque câble est attachée une étiquette sur laquelle est écrite la longueur, grosseur et pesanteur dudit câble , l'année qu'il a esté fait et le jour auquel il a esté délivré dans le magasm. Ce qui s'observe pour les câbles s'observe de la mesme manière pour les haussières , gresiins et petits cordages.

Il y a un clerc ou écrivain qui a soin du chanvre de la corderie. Il a 70 livres sterling de gage et a encore un clerc auprès de luy qui a 9 5 sols par jour. Il est chai^ et doit tenir un registre du chanvre qu'il donne , du fil qu'on luy rend, du déchet qui y arrive, du cordage fait qu'on luy remet et généralement de tout ce qui se passe dans la corderie dont il a la direction.

D n'y a point de prix faits avec les menuisiers; ils travaillent tous à journée. Les maistres menuisiers ont ai sols par jour, et les garçons, 18 et 9 o sols. Les pouliears ont à peu près la mesme chose; il arrive quelquefois qu'on fait un marché avec le maistre pour fournir toutes les poulies d'un vaisseau; mais cela est fort rare.

Pour la sculpture, c'est toujours un prix fait; on sçait que donner h un ouvrier pour un ouvrage de sculpture h tant par figure, suivant sa grandeiu*.

(Bibl. Imp. Mm. Mélangée Cotbert, voL 8&.)

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