LETTRES ANTÉRIEURES AU MINISTÈRE DE COLBERT
Munit.- autographe.)
Rouen [7 février i65o].
Monseigneur, le Roy arriva hier à cinq heures du soir en relie ville, où il fut reçu avec les mesmes acclamations et cris de joye qu'à son retour àe Coinpiègne à Paris. Toute la nuit s'est passée en feux de joye, les fenestres éclairées de lanternes, et les passans criant : Vive le Roy! Il ne se peut rien ajouter à la joye que tesmoigne tout le peuple de voir son prince1, et elle ne peut estre bien exprimée que par celle que tesmoignèrent les Parisiens au mois d'aoust dernier. .
M8' le Cardinal envoya hier matin MM. de Gourville2 et le chevalier de
1 On lil, à ce sujet, dqps le Registre capilulairede l'église de Rouen, à la date du 6 février i65o : «Jusque dans Notre-Dame, apn'-s que *le haut doyen eust harangué le Roy au grand 'portail, se fit une acclamation universelle du -peuple dont toute l'église esloit remplie , -criant m haulte voix : Vive le Roy!» (HUtoire dm Vnrb-mrnt ,ie Normandie, par M. Floquet, V, hhh.)
' Jean Héranld de Gourville, né à la Roche-
foucauld en i6a5, fut d'abord secrétaire du duc de la Rochefoucauld, puis du prince de Coudé, et successivement intendant des vivres . de l'armée de Catalogne et receveur général de la Guyenne. Compromis et exilé par suite de la disgrâce de Fouquet, il fut chargé de missions à l'étranger, et obtint de rentrer en France. Mort à Paris en 1703. /Auteur de Mémoires intéressants, qui vonl de 1 6ft 1 à
COKHESPONDANCE
Montaigu1 à M. de Chamboy *, au Pont-dc-l'Arche. Le second retourna fort tard et rapporta que Chamboy ne dernandoit que jusqu'à demain pour sortir de la place avec tout son bagage. L'autre y est demeuré, pour empescher qu'il change de résolution. Mais Son Eminence, qui n'a pas encore change* la maxime que je vous ay ouy dire quelquefois, que tout accommodement luy estoit facile, pourvu qu'il le pust faire pour de l'argent, luy donne 20,000 livres (des 5o,ooo qui sont icy à la suite du Roy) pour ajuto di cmta5.
J'ay reçu ce matin vos dépesches du 6 de ce mois. A l'instânt mesme, j'ay rendu à M. le mareschal de Villeroy* celle qui estoit pour luy. Je n'ay pas encore pu prendre le temps d'instruire Son Eminence de ce que vous m'ordonnez louchant la demy-monstre 5 des troupes et les 900 livres pour le prisonnier de Ponloise (?). Je luy demanderay aussy heure pour luy faire voir les projets de l'artillerie, et vous feray sçavoir sur le tout ce qu'il m'aura ordonné. On attend dans deux heures [des] nouvelles do l'exécution de la promesse du sieur de Chamboy, pour laquelle je fis hier compter à un marchand de cette ville les a 0,000 livres qui luy ont esté promises. On parle à présent d'envoyer les troupes et conduire l'artillerie à Dieppe pour battre le chasteau, où madame de Longueville6 a i,qoo ou i,qoo hommes de garnison. Pour la ville, les députés sont icy, et assurent de sa fidélité, et demandent un homme de commandement pour empescher que les troupes du chasteau ne se saisissent de la ville.
Son Eminence fit donner hier à M. le comte de Granccy7 9,000 livres pour la levée des 5oo hommes de pied, pour servir dans les occasions,
1 Le chevalier de Montaigu servit en qualité de volontaire au siège de Rethel en i65o. Nommé gouverneur de Rocroy , il se vit forcé de rendre cette place le 1 1 octobre 1 653. Il fut lieutenant du roi en Guyenne et gouverneur du Château-Trompette, à Bordeaux. Mort à Paris, le a3 novembre 1686.
1 ].'■■ marquis de Rozevinin de Chamboy , dévoué au duc de Longueville. ( Hùtoire du Parlement de Normandie, par M. Floquel, V, 436 et Û96.)
3 Gratification, pot-do-vin.
■ Nicolas de Neuville, marquis, puis duc de Yilleroy, né en 1697, fut placé près de Louis UI1, comme enfant d'honneur. Il fit ses premières armes en Piémont , sous Lesdiguières. Nommé gouverneur de Louis XIV en 1 64 o , il fut créé maréchal de France la même année, et devint chef du conseil des finances
en 1 66 1 . Duc et pair en 1 663. Mort le 08 février 1 685. Père du maréchal de Villeroy, gouverneur de Louis XV.
1 Montre , revue des troupes. La montre s'entendait aussi du payement des troupes pendant les revues. C'est dans ce sens que Colbert ein ploie ici ce mot.
• La fameuse Anne-Geneviève de Bourbon, sœur du Grand Condé et du prince de Conti, née à Vincennes, le g g août 1610, mariée en i6/ia au duc de Longueville, morte le i5 avril
7 Jean Rouxel, comte de Grancey , né le 7 juillet i6o3 , fut nommé maréchal de camp en i636 , lieutenant général des armées en 1666, et gouverneur de Normandie en i65o. L'année suivante, il eut le bâton de maréchal. Mort le so novembre 1680.
elles envoyer fortifier la garnison de Gravelines. Âinsy, Monseigneur, il ne reste plus que 5oo livres des 3 00,000 qui ont esté apportées icy.
(BihL lap. Manuscrits , Fond* Baliue , Papwrn de* Armoire» , Lettres , paquet 3 . n" i et 9 , vol. 33 1 , M. g8 .)
(Minute autographe.)
* [Rouen,] 9 février i65o, 4 10 heures du :
Le sieur de Chamboy, après estre sorty de Pont-de-1' Arche, au lieu de s'en aller chez luy, se rendit , avantr-hier, au chasteau de Dieppe , près de madame de Longueville , où il trouva le sieur de Varennes, ordinaire du roy, que la Reyne lui avoit envoyé, avec ordre de Sa Majesté de se rendre à Trie ou à Coulommiers, à son choix. A quoy elle fit réponse qu'estant indisposée, elle ne pou voit, pour le présent, obéir aux ordres de Sa Majesté: mais aussytosl que sa santé seroit meilleure, elle ne manquerait pas de le faire.
Hier, fort tard, sur les six heures du soir, le sieur du Plessis-Bellière 1 arriva dans la ville de Dieppe (par une porte que deux des députés de ladite ville, qui estoient en course, et qui partirent cinq ou six heures de temps avant luy, luy tinrent ouverte), avec des acclamations et des cris de Vive le Roy très-extraordinaires. Les fenestres mesmes estoient éclairées de beaucoup de chandelles, qui chassoient toute l'obscurité de la nuit. A l'heure mesme, tout le peuple courut à l'hostcl de ville pour l'entendre; et ensuite, sans perdre de temps, chacun se mit sous les armes. Après les portes fermées, le major s'estant voulu saisir des clefs pour les porter au chasteau, il en fut erapesché par le majeur des échevins; et sur cela, un soldat ayant voulu mettre l'espée à la main , il fut tué d'un coup de pistolet par un desdits échevins. Ensuite tous les bourgeois ont travaillé, toute la nuit passée, avec toute la chaleur imaginable, à se barricader contre le chasteau et contre le feu du Pollet2.
Ce soir, à quatre heures, ledit sieur de Chamboy est arrivé en cette ville, qui a esté conduit à la Reyne, sur les six heures, par II. le mareschal de Gramont5, à laquelle il a dit que madame de Longueville estoit preste de
1 Du Fleasift-Betiière (Jacques de Rouyé, 1 Faubourg de Dieppe, séparé de la ville
marquis), maréchal de canip en i646, oblinl par les bassins du port.
! Dieppe le 97 février 1600, 3 Antoine de Gramont, né à Hagetmau
et commanda en i653 l'armée de Catalogne. (Landes), en 1 606 , avait épousé en i633
à Castellamare , le i5 novembre i65&, des nièces de Richelieu. Maréchal de France il mourut de ses blessures le 17 du même mois. en 1 64 1 , il commanda en chef plusieurs ar-
'i CORRESPONDANCE
faire rendre le chaslcau de Dieppe entre les mains de qui il plaira au Roy ordonner, et que pour cela elle s'en estoit retirée. Aussytost après un courrier est arrivé, de la part du sieur du Plessis-Bellière, qui a apporté une manière de capitulation faite au sieur de Montions . commandant dans ledit chasteau, par le peuple. 11 promet de sortir de la place demain, à quatre heures du soir, pourvu qu'on luy donne seUreté pour sa personne et quelques autres conditions qu'on luy a desjà promises. On a sç.u par ta mesme courrier que madame de Longueville s'est embarquée la nuit passée dans une frégate qu'elle tenoit toujours preste pour cela, sous ledit chasteau de Dieppe. •
Demain matin, le sieur de Mellaville, enseigne des gardes du corps du roy, doit partir pour aller prendre possession du chasteau de Caen , que le sieur de la Croisetle 1 a promis de remettre à celuy qui luy sera envoyé par le Roy. Ainsy, grâces à Dieu , toute cette province s'en va estre remise dans une profonde tranquillité. Il y a apparence que la cour n'attend plus que l'exécution de toutes ces choses pour s'en retourner à Paris.
(Bibl. Imp. Mm. Baluie, Papier, de Armoires, vol. 33i . fol. k.)
( Minute autographe , en partie. )
De... (?), 1 1
Il arriva hier un courrier de Damvillers2, qui apporta nouvelles que le sieur de Bescherelle, qui estoit lieutenant du roy dans la place avant qu'elle n'ayt esté donnée au prince de Conti3, s'estant transporté vers cette place, par ordre du Roy, pour tascher à gagner quelques-uns des vieux soldats de la garnison, et mesme quelques sergens qui estoient restés, sur qui il avoit crédit, afin de persuader auxdits soldats de se saisir de tous les ofliciers de la garnison , et la remettre entre les mains du Roy, y a si bien réussy, que tous les soldats de cette garnison se sont saisis du chevalier de la Rochefoucauld4 et de tous les autres officiers , et ont donné l'entrée audit sieur de Bescherelle, qui y commande à présent pour le service du Roy. Et
mcoB. Duc et pair en \6hB, colonel des gardes frère du Grand Condé, né à Paris en 1639 : françaises en 166a. Mort à Bayonne, le ia marié avec Anne-Marie Marlinoui , nièce do
juillet 1 678. Matarin ; gouverneur de la Guyenne en 1 65 '1 .
1 Leblanc de la Croisette. créature du duc puis du Languedoc. Mort à Péténas, le 9 1 fo-
de Longueville. ( HUtoirt Hu Parlement deNor- vrier 1 666.
lie, y, 436.) * François II. duc de la Rochefoucauld .
1 Arrondissement de Monlmédy ( Meuse ). prince de Marsillac , né le 1 3 décembre 1 6 1 3 , 5 Armand de Bourbon, princr de Conti, mort le 17 mars i68o; auteur des Maximes.
sur ces entrefaites, Je sieur mareschal deTurenne 1 s'estent transporté devant la place avec quelques troupes, il en a esté* repoussé. (De ta tntiùi de Colbert. jusqu'à la foi.) En sorte que de cinq places sur lesquelles ce mareschal fondoit ses espérances, qui estoient Mouzon, Jainetz, Damvillers, Stenay et Clermont, il ne luy reste plus que les deux dernières, les autres s'estant déclarées pour le Koy.
Le sieur du Plessis-Bellière fut avant-hier maistre absolu du chasteau et fort du Pollet'de Dieppe, le peu qu'il y avoit de garnison en estant sorty et s'estant débandé aussytost. On a appris des olliciers qui estoient dans ces places, qu'aux cris de joye que tout le peuple de cette ville lit à l'entrée dudit sieur du Plessis, les soldats qui estoient en garnison dans ledit chasteau de Dieppe mirent bas les armes et les jetèrent en bas de la muraille pour se sauver, ce qui fit résoudre à madame de Longueville de se retirer. Et se voulant servir du vaisseau qu'elle faisoit tenir à la rade pour cela, elle fut empeschée de se servir de cet esquif par le sieur de Saint- Aignan2, qui avoit un corps de garde de bourgeois contre ledit chasteau. Elle fut contrainte d'envoyer quatre gentilshommes à un petit village à un quart de lieue du chasteau, sur le bord de la mer, pour prendre des matelots et leur faire mettre en mer une barque qui s'y trouva. Dans le temps qu'ils retournèrent pour prendre ladite dame et l'y mener, les matelots eurent la malice de faire un trou à cette barque pour luy faire prendre eau; et de plus, lorsqu'ils portèrent madite dame avec ses filles dans cette barque, ils en firent tomber deux dans l'eau; en sorte qu'en arrivant dans ce meschant bateau, le trouvant fort chargé d'eau, et le temps estant outre cela assez mauvais, elle fut obligée de se remettre à terre, où, après s'esjre séchée, elle monta en croupe avec ses detix filles et prit le chemin de Neufchâtel. On dit que MM. de Tracy3, Saint-Ibal*, Bar-
1 Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, né à Sedan le 16 septembre 1611, fib du duc de Bouillon et d'Elisabeth de Nassau , fille de Guillaume I", prince d'Orange ; maréchal à trente-deux ans, colonel général de la cavalerie du royaume en 1607, et maréchal général dea armées en 1660. 11 mourut le 17 juillet 1675.
1 François de Beauvilliers , duc de Saint- Aignan, né en 1 607. Louis XIV le nomma successivement maréchal de camp et premier gentilhomme de la chambre; gouverneur de Touraine ( 1 66 1 ), du Havre ( 1 663) : mort le 1 6 juin '687. Il était membre de l'Académie française.
1 Alexandre de Prouville , marquis de Trary,
avait été chargé, en 16 '16, de veiller à une levée dp troupes étrangères en Allemagne dont il reçut le commandement. Lieutenant général en 1 65 1 . Envoyé comme tel en Amérique , en l'al>sence du comte d'Estrade, il revint en France en 1 667 et fu! nommé gouverneur du Château- Trompette, où il mourut le a8 avril 1670.
4 Henry d'Escars de Saint-Bonnet , seigneur de Sninl-Ibal , mêlé à toutes les intrigues contre Bichelieu et Mazarin. H est question de lui dans les Mémoires du cardinal de Betx, de Lenet, de lu Bochefoucauld , et dans Tallemant des Béaux, à l'article du cardinal de Bichelieu. 11 existe des lettres de lui signées Sainl-Tibal.
rière1 sont avec elle, avec d'autres gentilshommes. 11 est à remarquer que si elle avoit pu joindre le vaisseau qu'elle avoit à la rade de Dieppe, elle auroit esté prise infailliblement, parce que le capitaine, nommé Daniel, en avoit presté serment, le jour mesme, à un officier que le sieur du Plessis-Rellière luy avoit envoyé aussytost après son arrivée.
{ Bibl. Imp. Mm. Baluzo , Papiers des Arnwiret, vol. 3Si, fol. 5. )
( Minute autographe. )
Dijon, 99 mars i65o.
Depuis l'arrivée du Roy en cette ville, qui fut le 16 de ce mois, on s'est appliqué à faire marcher toutes les troupes d'infanterie et cavalerie destinées pour servir dans l'armée, aux environs de Bellegarde2, et à faire les préparatifs des machines de guerre, et autres nécessaires pour faire le siège de cette place. A présent , on est en estât d'exécuter promptement ce dessein. Il arrive aujourd'huy à Sainl-Jean-de-Losnè 1 1 gros canons et 5 couleuvrines, avec tout leur attirail. Les troupes, qui montent à 700 hommes de pied effectifs et i,5oo chevaux, prennent aussy leurs quartiers aux environs de cette place. MM. de Palluau3, lieutenant général, et Castelnau- Mauvissière\ mareschal de camp, partirent hier d'icy pour s'y rendre. Demain, M. de Vendôme 5 partira avec Son Éminence qui va aller voir commencer ce siège et y demeurera quatre ou cinq jours. Cependant, comme on se propose de bonne façon de contraindre avec force ceux qui se sont enfermés dans' cette place a obéir aux ordres du Roy et à la luy remettre entre les mains, aussy n'omet-oi* rien de ce qui peut les y obliger par la douceur et la clémence. D'Auxerre , Son Eminence y envoya le sieur de
1 Barrière, ancien serviteur d'Anne d'Autriche, devenu plus tard un zélé frondeur. (Voir les Mémoires de M"* de Motteville, de Lrnet et du cardinal de Retz.)
* Aujourd'hui Seurre (Côte-d'Or), arrondissement de Beaune.
3 Philippe de Clérambaut, comte de Palluau, né en 1606, maréchal de France en i653; mort en i665.
4 Jacques de Castelnau - Mauvissière , né en i6ao. 11 se distingua auz batailles de F ribourg et de Nordlingcn, à la prise de Mardick et de Relhel. Blessé au siège de Dunlerque ,
il mourut devant cette ville, le 1 5 juillet 1 6 5 8 , au moment où il venait d'être nommé maréchal.
1 César, duc de Vendôme, fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, né au château «le Coucy, en i5g4. Enfermé de itisfi à t63o, pour avoir trempé dans le complot de Chalai*. En 1 64 1 , il fut accusé d'avoir voulu empoisonner le cardinal de Richelieu et dut se réfugier en Angleterre. En 1 600, il fit sa paix avec Maxarin, et obtint, outre le gouvernement de la Bourgogne, la surintendance générale de I» na>igatiou et du commerce. Mort en iG65.
Tavannes1, beau-frère du sieur de Saint-Micaud2, gouverneur de la place, avec un trompette du roy et un ordinaire de la maison de Sa Majesté. À l'arrivée desquels, ledit Tavannes rapporta qu'il n'avoit rien pu gagner sur l'esprit de son beau-frère, lequel estoit résolu de périr avec tous les officiers et amis de M. le Prince3 qui s'estoient enfermés avec luy. Tavannes4 comuiandoit dans la place, comme premier mareschal de camp, Saint-Micaud demeurant gouverneur. L'ordinaire du roy, avec un autre gentilhomme, qui estoit party avec ledit Tavannes, dirent qu'on ne les avoit point voulu laisser entrer dans la place; et, tandis que Tavannes estoit allé outre pour parlera Saint-Micaud, plusieurs ofliciers les vinrent joindre dans la prairie, et quelques-uns d'entre eux leur ayant fait de grands sermens qu'ils périroient sur la brèche, d'autres leur firent réprimande sur leurs sermens, et le chevalier de Feuquières5 assura qu'il eust bien voulu estre hors de cet embarras. On rapporta dans ce mesme temps qu'il y avoit 700 hommes de pied et A à 5oo chevaux de garnison; et on apprit aussy, en mesme temps, que quelques soldats avoient parlé assez haut dans la place qu'ils ne tireraient pas sur les troupes du Roy, et que M. du Passage 6 estoit arrivé de la part de M. de Turenne.
Avantr-hier, le sieur de la Tivolière7, lieutenant des gardes du roy, 'qui y avoit esté envoyé pour les sommer de se rendre et pour leur promettre à tous le pardon de leur rébellion, en arriva et dit qu'ils ne luy avoient pas voulu permettre d'entrer dans la place, mais l'avoient obligé de lire les ordres dont il estoit chargé, sur le port, en présence de ao ou 2 5 ofliciers, lesquels avoient repoussé, avec coups, quelques soldats qui avoient voulu
1 Tavannes (Henri de Saulx, marquis de); enfant d'honneur de Louis XIII; maréchal de camp en 1699; gouverneur de Bourgogne de 1 63o jusqu'à sa mort (1 653 ) à l'âge de trente-
1 Philippe-Emmanuel de Royer, comte de Saint-Micaud, suivit le prince de Condé dans tontes ses campagnes. Gouverneur de Dijon en 167a, il mourut, l'année suivante, au mois d»; mars.
} Louis II, prince de Gondé, dit le Grand Condé, né à Paris en 1 6a i , d'abord appelé duc 4'Engkien; mort le il décembre 1686.
• Tavannes (Jacques de Saulx, comte de), neveu du marquis. Né en i6ao. Bailli de Dijon, en t638, i la mort de son père. Premier gentilhomme du prince de Condé, il chercha laineroent, en 1 65o , a entraîner la Bourgogne 'Lms le parti de celui-ci. Auteur de Mémoires
sur la Fronde de i65o à i653. Retiré de la cour, il mourut à Paris, le aa décembre 1 683.
* Isaac de Pas, comte, puis marquis de Feuquières, né le 10 mai 1618, fut nommé gouverneur de Verdun en 16Û0. En i653, îl servit sous Turenne comme lieutenant général. Chargé de missions diplomatiques près des cours allemandes en 167a, il fut envoyé la même annéecomme ambassadeur en Suède, puis en Espagne, en i683. Mort à Madrid, le 6 mars 1688.
* Aimard de Poisieux , marquis du Passage, lieutenant général en i65a, gouverneur du Roussillon en 1668, mort à Lyon le 8 juin
7 Jean de Dorgeoise de la Tivolière était lieutenant des gardes du corps de la Reine mère lorsqu'on le créa maréchal de camp, le ai juin i65a; il se relira en 1667.
sortir de la ville pour les entendre; et que, sur quelques discours indifférons qu'il faisoit à M. du Passage, séparé des autres, il y eut bruit parmy eux et qu'ils pensoient mettre l'espée à la main. Pour toute réponse, ils dirent que la place estoit à M. le Prince, qui la leur avoit confiée, et qu'ils la garderoient pour la rendre à Iuy-raesmc, ou jusqu'à ce que le Roy'fust majeur; cependant, que , comme M. le mareschal de Tu renne estoit chef de ce party, ils deraandoient quinze jours de temps pour luy donner connoissanoe de ce que le sieur de la Tivolière leur estoit venu dire en cette occasion de la part du Roy. On a avis certain qu'il n'y a plus que 3 oo hommes à pied dans la place et 3 à h ou chevaux, et de plus, qu'il y a beaucoup de confusion parmy les principaux officiers.
(Bibl. Imp. Mss. Baluie, Papier» de. Armoire,, vol. 33i, fol
De. . .(?), ta avril i65o.
Monseigneur, je crois n'avoir rien à ajouter à ce que je me suis donné l'honneur de vous écrire par mes précédentes, touchant l'affaire de Brisach , n'ayant rien appris de nouveau depuis ce temps. Celle-cy sera seulement pour vous donner avis de la capitulation de Bellegarde2, comme vous verrez par la relation cy -jointe, et de ce qui s'est passé de principal et en quoy vous pouvez avoir quelque intérest, depuis quelque temps, dans la chambre de Mgr le Cardinal.
L'affaire de Casai est toujours demeurée indécise. Tous les huit jours, il en dit un mot sans résolution, et elle demeure là. Celle du restablissement de l'artillerie de l'armée d'Allemagne est de mesnie. Samedy, il envoya M. Dufer3 vers M. de la Ferlé -Senneterre \ et luy en parla fort long-
1 Cette lettre, de la main d'un secrétaire de Coll>ert, est précédée de trois autres, adressées par Colbert a Le Tellier, les a8, 3 1 mars et 10 avril i65o. Elles sont principalement relatives aux opérations du siège de Bellegarde.
1 II y eut quinte jouis de tranchée ouverte. Sur ces entrefaites, Turenne ayant écrit de Stenay qu'il était dans l'impossibilité de secourir la place, Tavannes consentit à capituler, sous la condition qu'elle serait remise au Hoi en personne, co qui eut lieu le ai avril i65o. Deux ans après, Bellegarde reprit les armes pour In même cause. Assiégée de nouveau, elle fut obligée de se rendre, faute de vivres, après un
mois de tranchée ouverte. Celte fois , les fortifications furent rasées. (Hitl. de» commune* H de» ville» de Fronce, par Girault de Saint-Fargeau, 111,597.)
J II y avait, vers 1660, à la 1" Chambre des Enquêtes du parlement de Paris , un conseiller de ce nom. ( l^orrctparulance admtnùtrative tout IjouU XIV, II , 63.) C'est sans doute de son père qu'il s'agit ici.
* Henri de Senneterre ou Saint-Nectaire , marquis, puis duc de la Ferté-Sennelerre. Né à Paris en 1600, il débuta dans la carrière militaire en 1607, au siège de la Horhelle. En i65o il fut.
temps, et le chargea de voir avec M. Clouy ce qui se peut faire pour lu restablir au meilleur marché qu'il se pourrait, et de dire audit sieur de la Ferlé, de sa part, qu'il avance 9 ou i,aoo pistoles pour cela, et qu'il les paycroit sur le premier avis qu'il en recevroit de luy. ( Voilà une affaire en termes d'cstre bien exécutée. ) Et sur ce que je luy dis que j'avois souvent dit à Son Eminence que j'avois des nouvelles qui la pourraient pleinement instruire de celte affaire, et dont elle avoit esté entretenue, à Paris, par le major de ladite artillerie, il me répondit que le sieur Dufer réglerait cela, et le tout pour gagner du temps et éviter la résolution. C'est une qualité que l'irrésolution, que je luy ay reconnue depuis ce voyage, qu'il possède à un souverain degré. Je ne sçais si cela ne provient pas que deux affaires ne peuvent pas trouver de place, et que quand l'une est un peu pressante elle efface l'autre, et quoy que la mémoire fasse pour l'y remettre de temps en temps, la place estant remplie, elle ne peut mettre le pied que sur le seuil de la porte, d'où elle est rechassée incontinent.
Le régiment de Piémont passa à Saint-Jean-de-Losnc lorsque Son Eminence y estoit. Le chevalier de Longuebonne, qui le commandoit, tascha de luy persuader par des larmes la misère des officiers de ce régiment, qui, à la vérité, comme celle de toutes les autres troupes, est trèsgrande. Le lundy, ils députèrent Bellefonds l, capitaine de ce corps, qui a commande dans Lillers'2, pour venir presser Son Eminence de les assister. Il réussit, et elle m'envoya quérir pour leur faire donner 3, 000 livres, me disant qu'ils n'avoient pas touché de demy-monstre pendant l'hyvcr. Je luy repartis qu'il estoit bon de les assister, qu'effectivement leur misère estoit grande, mais qu'elle estoit égale dans tous les corps, et que pour la demy-monstre ils en avoient esté payés d'une façon qui méritoit bien plutost chastiment que récompense : que, de leur autorité, ils avoient forcé la maison du receveur des tailles d'Angoulôme , rompu ses coffres et pris dedans 1 1 ,000 livres, et que, si cela estoit souffert, tirerait de grandes conséquences pour l'avenir. Il ne me ht rien réponse. À quelque temps de là,
ebés, et l'année suivante maréchal de France. «ion de la mort de «on père. L'année suivante,
Fait prisonnier par les Espagnols au siège de il alla en Hollande avec une mission près des
Vaienciennes en 1 656 , le Roi le racheta. Mort États Généraux. Maréchal de France en 1 668.
a La Perte, le 97 septembre 1681 . Premier écuyer de madame la Dauphine en
1 Bernardin Gigault, marquis de Bellefonds, 1680, il obtint, en 168a, le commandement
■au régiment de Piémont, puis de l'armée du Roussillon. Mort a Vincennes,
m«stredecampaurégimentdeGhampagne,fut gouverneur du château, le 4 décembre 169a,
lait maréchal de camp en t65i, et lieutenant Agé de soixante-quatre ans. général en i655. A celte époque, on l'envoya * Arrondissement de Bélhune (Has-de-Ca-
u Espagne complimenter Charles 11 à l'ocra- lais).
on fait entrer Bellefonds, qui reçoit le complément de 3,ooo livres des propres deniers de Son Eininence, reçues pour luy par les mains du commis de l'Extraordinaire. On le met sur la demy-monstre ; il répond hardiment qu'il estoit vray qu'ils l'avoient reçue , et que pour cela ils avoient forcé la maison du receveur des tailles, rompu ses coffres et pris 1 1,000 livres, où il y en avoit plus de 100,000, et que Son Emincnce seroit fort ayse qu'ils en eussent pris une fois autant. Je n'y ajoute pas une syllabe. On l'embrasse, on le prie de travailler avec tous les officiers à bien faire servir le corps. 11 part et raconte la conférence dans l'antichambre, dans la ville, et dans toute l'armée , avec l'étonneraent mesme de tous les officiers intéressés.
Le prosne de n'estre pas soulagé recommence fort souvent.
Le régiment de la Viilette, qui n'est point arrivé dans le temps du siège, où on avait besoin de cavalerie, nonobstant les ordres qu'il [Son Éminence] dit en avoir donnés, luy a fourny des matières très-fertiles, et toujours en présence de M. Le Roi 1 et de moy, avec paroles aigres qui vous désignoient, ce qui a étonné quelquefois mondit sieur Le Roi. Mais pour moy, qui l'ay vu desjà , en trois ou quatre voyages , plein de tendresse ou d'estime , je préfère infiniment la dernière. Sur cette mesme matière, vendredy dernier, me parlant de Brisacb, il continua à parler de Philipsbourg : que cette place estoit en beaucoup plus mauvaises mains que l'autre, le lieutenant en estoit à M. de Turenne, et le major à M. le Prince; qu'il 1 Ta voit jamais sçu cela; que c'estoit de vostre fait et que vous ne luv en aviez jamais parlé; qu'il falloit qu'il pensast 5 tout. Je luy repartis que M. de la Clavière 2 estant gouverneur de la place, et les troupes qui y sont en garnison estant sous sa charge, vous n'aviez pas cru qu'elle fust en aucun péril, puisque Son Eminence avoit esté satisfaite des assurances qu'il luy- avoit données, et qu'il n'estoit question que de ne pas souffrir que ledit sieur de la Clavière demeurast chez luy.
Je crois que vous aurez sçu les insultes qui luy ont esté faites par MM. de Chouppes3 et de Nantouillet 4.
(Bibl. Imp. Mm. Bnlurc, Papier» de» Armoires, vol. 33 1, fol. 99.)
on 1660 à son père dans la lieulenaiice d<* Cent Gentilshommes ordinaires de la maison du roi.
, J Aimard, marquis de Chouppes, page do Louis XIII en i6a5. Lieutenant général d'artillerie en i643; gouverneur de Belle- Ile. Mort en 1677.
* Le marquis de Nantouillet, tué en t65s, au combat de la jwle Saint-Antoine, où il était comme Totalitaire dans les troupes du Roi.
1 Nicolas Le Roi de ChaUogne, capitaine d'infanterie au régiment de la reine en «645, lieutenant du roi et gouverneur à Damvillers en 1660, à Brisach en 1673, et à MeU en . 1677. Mort dans cette dernière viUe, au mois de mars 1690.
1 De la Clavière ( Etienne de Charaboranl) commandait en 1 646 la cavalerie de l'armée do M. le duc d'Enghicn. Lieutenant général en i6/iG, maréchal de camp en iG'47, il succéda
. Dijon, ta avril 1600.
Lundy dernier, le Roy partit de cette ville et alla coucher à Saint-Jeande-Losne, et le lendemain alla disnerau camp devant Bellegarde , au quartier du roy. L'après-disnée se passa à voir l'armée en bataille et à faire les saluts ordinaires. Sur le soir, Son Éminence ayant laissé Sa Majesté , elle alla visiter le quartier du marquis d'Uxelles *, qui est sur le bord de la rivière, du costé de Verdun, proche duquel les ennemis ayant tiré sur luy et sur sa suite cinq ou six coups de canon, quelques officiers sortirent de la ville incontinent, ets'estant approchés , demandèrent à parlementer. Le sieur • de Navailles 3 s'estant avancé, ils firent excuse des coups qui avoient esté tirés, sur l'ivrognerie de quelques canonniers; et, sur cela, la conférence ayant continué, Navailles leur demanda ce qu'ils pensoient faire : que le régiment des gardes estoit en bataille, que l'on alloit ouvrir la tranchée en présence de Sa Majesté, et qu'assurément il n'y avoit qu'à, se perdre. Ils répondirent là-dessus qu'assurément ils seraient secourus par M. de Turenne, et s'ouvrirent que , si on leur vouloit donner un temps suffisant pour sortir de la place avec honneur, ils pourraient entendre à quelques propositions. Navailles les ayant pressés sur ce temps, ils luy demandèrent trois semaines, dont il se moqua et leur dit que s'il n'estoit question que de cinq ou six jours, il leur pourroit bien promettre d'en parler. Sur quoy, ils se séparèrent avec promesse de se revoir à quelque heure de là, au mesme lieu.
Le Roy et Son Eminence retournèrent à Saint-Jean-dc-Losne , et pendant la nuit on continua cette négociation, en sorte qu'on convint qu'ils deraeu-
1 De la main d'un secrétaire dn Colberl. chargé du commandement général de Tannée
1 Loim (lhalon du Blé, marquis d'Uxelles . d'Italie, et battit Ira Espagnols. Ar
était né le a5 décembre 1 6 1 9. Lieutenant gé- extraordinaire vers les princes d'Italie en 1 658 , néral de Bourgogne et gouverneur de Chaton gouverneur du Havre en 1661, de la Bochellc
«u 1619, il servit comme volontaire en 1637. en t665.il fit, en 1676 , la conquête d'un lié» Créé lieutenant général en i65o, et chevalier grand nombre de places en Franche-Comté.
du Saint-Esprit en ifijii. C'est lui qui prit Nommé maréchal de France en 1675. En 1 683,
IMlefjnrde en t653, lors du second siège que Louis XIV, qui l'estimait, le fil gouverneur,
soutint cette place. Le 9 août i658, il était au premier gentilhomme, et surintendant des
«iégç de Gravelines; blessé dans une attaque, il finances de M»r le duc de Chartres. Mort en
mourut le i3 du même mois. 168a. On a de lui des Mémoires de t635 à
' Philippe de Montant -Bénac, marqua, i683. Sa femme fut dame d'honneur de la
puis duc de Navailles. Mestre de camp d'infan- reine Marie-Thérèse et surveillante des filles
terie ra 1 6A t , il fut , a l'âge de vingt et un ans , d'honneur.
reroient dans la place jusqu'au q o de ce mois, que les troupes du Rov y entreront le q t , et que tous les officiers qui sont dans la place se retireront chacun chez soy, avec liberté aux troupes de prendre party. Son Eininence eut beaucoup de peiné à demeurer d'accord du temps, .Klle v consentit à la fin, et les ostages furent donnés de part et d'autre, savoir: de Bellegarde, le sieur de Coligny-Saligny \ et, de la part du Roy, le sieur de Vallière2.
(Bibl. lœp. Mw». Baluie, Papier» de» Armoire», vol. 33 1, fol. so.)
(Minute autographe.)
Compiègne, î a juin i65o.
Monseigneur, j'ay fait voir ce matin à Mp le Cardinal les deux articles en chiffre de vostrc mémoire du jour d'hier. Sur le second, Son Eminenre m'ordonne de vous écrire que vous preniez la peine de vous informer du Père Le Mérac, ou de quelque autre jésuite, si on ne pourroit pas trouver quelque expédient pour faire changer avec bienséance le Père LallemamP. En ce cas, Son Éminenceen écrira au Père Général.
Pour le surplus des ordres qu'il vous plaist me donner par vos lettres et mémoires du raesme jour d'hier, Son Eininence m'a remis à ce soir ou demain matin. Je la presseray autant que je pourray de résoudre le tout, pour vous le faire sçavoir aussytost. Cependant, je vous dira y que depuis trois jours que le sieur Catelan4 a esté icy, Son Eininence m'a demandé, avec beaucoup d'empressement, toutes les fois qu'elle m'a vu, si vous ne
1 Jean de Coligny-Saligny, comte de Coligny, était né en 1617. D'abord page de Louis XIII , puis de Richelieu ; compagnon de Condé pendant la Fronde; lieutenant général en 166A. M. Monmerqué a publié des Mémoires du comte de Coligny-Saligny, où le prince de Condé est fort maltraité. Mort le 16 avril 168G.
1 II s'agit probablement de Laurent de la Baume le Blanc, seigneur de La Vallière, né en tôt 1. Lieutenant pour le roi au gouvernement d'Amboise en t €S3g , il se distingua aux batailles du Sedan et de Rocroy. En i65o, il obtint l'érection de sa terre de La Vallière en chàtellenie. Père de mademoiselle de La Vallière, maîtresse de Louis XIV. Sa veuve, Françoise Le Prévost, se remaria, la I mars i655,
au marquis de Saint-Remy, premier maitr** d'hôtel du duc d'Orléans.
* Par une lettre antérieure à celle-ci, Le Tellier avait prévenu Colbert que le Père Lallemand, nommé supérieur de Saint-Louis, av«iît besoin d'élre surveillé, parce qu'il était trèsbien avec M. le prince de Conti. Le i5 juin i65o, Colbert lui répondit à ce sujet: <-Son Éminence a esté assurée par le Père Paulin qu'il [le Père Lallemand] ne ferait rien contre les instructions et le bien du service du Roy, et pour plus de précaution , elle vous prie de le faire éclairer de près par quelqu'un de »» amis de celte compagnie, n
* François Catelan, ou Catalan, Gnancur du temps.
m'aviez point fait de réponse sur les 60,000 livres de Bresse, et ajouta toujours : que c'estoit une chose estrange que l'on ne pouvoit avoir d'expéditions pour recevoir un argent qui estoit tout prest, qu'il ne falloitque le prendre, que ce n estoit que pour employer d'un autre costé; et autres discours pleins de chagrin, accompagnés d'un accent aigre et d'une manière de retenue expliquée néanmoins par de petits froncemens de bouche et secouemens de teste, que je trouve beaucoup plus remplis de chagrin et jtlus offensans.
(Bibt. Imp. Mm. Balme, Papier, de* Armoirt», vol. 33i, fol. 46.)
(Minute autographe.)
Compiègne, 1 3 juin i65o.
Monseigneur, Son Éminence m'a envoyé quérir dès six heures du matin, après l'avoir pressée hier de me donner un demy-quart d'heure d'audience pour résoudre toutes les affaires dont vous m'avez chargé, ce qui me faisoit croire que j'allois terminer le tout, et que je pourrois vous faire sçavoir ses résolutions par Saint-Fray. Mais inutilement j'av demeuré dans sa chambre jusqu'à midy, et tout ce que j'espérois sçavoir de Son Eiuinence s'est terminé à deux ordres qu'elle m'a donnés : Le premier, de vous envoyer le récépissé du sieur Vautier, de Troyes, de la somme de 26,000 livres qu'il a en ses mains, afin que vous preniez la peine d'envoyer quelqu'un les prendre et les apporter à Paris , suivant ce que Son Kniinence vous en éewt. Le second concerne M. d'Esclainvilliers1, pour lequel elle désire que vous fassiez expédier une commission de mestre de camp d'un régiment de cavalerie , datée du mois d'octobre ou de novembre 1 645 , encore que la sienne ne soit datée que du mois de février t G 46, laquelle il faut feindre avoir esté perdue. C'est pour aviser à ce qui arriveroit entre luy et M. de Chapes2, s'il y «voit contestation pour le commandement de la cavalerie, la commission de celuy-cy estant datée quinze jours avant l'autre. Son Eminence trouve qu'il y a justice parce que d'Esclainvilliers a esté détaché aux deux compagnies du régiment royal , et a
1 Timoléon de Sériconrt d'Eaclainvilliers garçon boucher. Nommé, a celte occasion, «ait perdu une jambe au siège de Gravclines , lieutenant général. Mort en 1 657.
en i6i4. Maréchal do camp en 16/19. Fait 1 11 est question dans les Mémoires du
prisonnier, le a juillet 1 (..">••, au combat du nai de Richelieu d'un chevalier de Cbappes,
faubourg Saint- Antoine, il s'échappa des qui fut blessé au siège de Chambéry en
un déguisement de 1 63o.
iA
commandé en qualité de mestre de camp, par ordre de Son Altesse Koyale1, dès la campagne 1 645 , au premier siège de Mardick; et, de plus, que cela ne fera aucun tort à M. de Villequier2, ni à son fils, parce qu'ils ne s'attendent pas à commander en présence dudit sieur d'Esclainvilliers.
( Bibl. Imp. Mas. Balaze , Papwrêdei Armoire*, vol. S3i, fol. Si. — Cette pièce a été imprimé dan* le Bulletin de la Société de VllUtoire de France , 11* partie , » 835 , II , 1 1 6.)
(Minnte autographe.)
Do...(?) [«3 juin i65o.]
Monseigneur, je me présenta)' encore hier au soir à Son Éminence, qui me reçut de la mesme façon que le matin, en me tournant le derrière, et ne me donnant pas la liberté de l'approcher, ce qui me fit croire qu'il ne vouloit plus que je traitasse d'affaires avec luy , et me fit prendre résolution de faire un grand mémoire de toutes celles dont vous m'avez chargé, et de le faire mettre sur sa table avec le mémoire déchiffré et cacheté qui estoil joint à la vostre du... de ce mois, ce que j'ay exécuté sans effet, m'ayanl renvoyé le tout sans le vouloir voir3. Je vous puis assurer, Monseigneur,
1 Jean-Baptiste Gaston d'Orléans , troisième 61s de Henri IV et de Marie de Médiris, oncle de Louis XIV, Né en 1608, mort en t66o.
* Antoine, duc d'Aumont, marquis de Villequier, né" en 1601, servit, dès l'âge de qninxe ans, comme enfant d'honneur de Louis XIII. Nommé lieutenant général en i6/i5, et maréchal de France en i65i, il obtint, en iG6a, le gouvernement de Paris, et fit avec le Roi, en 1667, la campagne de Flandre. Mort le 1 1 janvier 1669.
3 Le mécontentement de Mazarin contre Colhert avait une cause qui se trouve exposée dans une lettre ci-après du Cardinal à Le Tellier, en date du 5 juin 1600. «Le sieur Colhert me vient de rendre compte que vous demandez l'abbaye de Lannoy, qui avoit déjà été accordée par Sa Majesté à M. de Montrésor, M. le Grand Chambellan m'ayant fait connoître que quoiqu'elle ne fût pas de la valeur qu'on lui avoit promis, il seroit néanmoins bien aise de l'avoir. Il y a deux jours que M. de Menneville vint ici la demander pour son frère, assurant qu'elle ne valoil pas quatre ou cinq mille livres. M. Pévéqiie d'Anxerre est arrivé aussi ce matin pour la demander pour le neveu du 1
auquel la Reine l'a accordée il y a deux ans, lorsque son oncle eut une autre maladie dont on ne croyoit pas qu'il échappât. La sœur du défunt, mère de celui qui la prétend, est venue ici avec ledit évoque, et a fait toutes les instances imaginables pour l'obtenir, représentant que cette abbaye avoit été fondée, il y a plu* de cinq cents ans, par ceux de sa maison, et que depuis elle y étoil toujours demeurée; niais la Reine s'en est excusée, parce qu'elle Ta voit déjà donnée à M. de Montrésor. Je vous avoue qu'ayant cru qu'elle étoit d'un petit revenu, je n'ai pas songé à la demander pour vous, et que je suis marri au dernier point de loir que vous seriez bien aise de l'avoir dans un temps qu'on ne peut pas vous en gratifier. Mais j'ai résolu, avec très-grand plaisir, d'y remédier en vous donnant l'abbaye de Saint-Mare . qui est beaucoup meilleure, et qui est au»i proche de Paris que l'autre. Je désire absolument que vous la preniez, et je vous prie de tout mon cœur que cela soit sans réplique.
« Après cela, je dois me plaindre à vous du pTOOédé dudit sieur Colbcrt qui m'a obligé de me fâcher contre lui , après avoir eu plus de patience que je ne devois; car, lui faisant con-
que toutes ces rebuffades me touchent si sensiblement que, n'estoit l'obéissance aveugle crue je dois à vos commandemens, je me serois retiré, ne pouvant me résoudre à souffrir qu'avec beaucoup de peine et de répugnance ces sortes de traitemens, particulièrement d'un homme pour lequel je n'ay aucune estime. Enfin, cela a finy par le besoin qu'il a eu de sçavoir de raoy en quel temps les i5o chevaux d'artillerie levés à Paris dévoient arriver à l'armée, et pourquoy ils n'y estoient pas encore, comme aussy quand les armes qu'il m'a ordonné de faire acheter à Amiens pourroient arriver à Péronne. Après luy avoir rendu raison de ces deux articles, il a trouvé bon de se radoucir et de permettre que je luy fisse voir vostre mémoire en chiffre, sur lequel il m'a chargé de vous faire la réponse cyjointe. Pour le surplus des affaires contenues au mémoire écrit de vostre main, il m'a remis à demain matin. Je le solliciteray incessamment de me donner sa résolution sur tous les articles qu'il contient pour vous l'envoyer aussytost.
11 m'a encore chargé de vous demander si M. Le Roi a envoyé les expéditions nécessaires pour recevoir les 60,000 livres de Bresse, disant qu'il ne tient qu'à cela que cette somme ne soit reçue. Si vous désirez qu'on le satisfasse, comme je vois qu'il s'attache extraordinairement à l'artillerie, je crois qu'il seroit bien à propos que vous prissiez la peine de faire tirer de Messieurs de l'artillerie et de m'envoyer un mémoire des lieux où ils font rebatlre les cent milliers de poudre pour lesquels on leur a fourny 16,000 livres, et un [mémoire] général de tous les poids et mesures d'artillerie qui sont dans les places de Picardie, Artois et Champagne qui peuvent servir dans les armées; ensemble un mémoire des lieux où ont esté envoyées les pièces et munitions d'artillerie de cette année, achetées pour la Normandie, Bourgogne et Picardie.
(BibL Imp. M». Baloie, Papier» de, Armoire», roi. 33 1, fol. 3o. — NMn de la Société tklHUtoire de France, H* partie, i835, II, lia.)
noUre le déplaisir qae j'avois de l'état où ctoît celle affaire il m'a répondu, par trois fois, avec mie chaleur et des termes si peu proportionnés a ce qu'il est et à ce que je suis, que je n'ai pu nTempècber de me fâcher et de lui dire qu'en aucune occasion vous n'auriez jamais songé à me «lire la centième partie de ce qu'il me disoit, et que j'étois assuré que vous seriez le premier à
le condamner, quand vous sauriez qu'il m'auroit
manqiiede respect. Je ne VOM iiMimle rien ;iiilre
chose par ce courrier, n'ayant aucune nouvelle
long demain au matin sur diverses affaires. » - (Mémoire» du cardinal de /fef: , »étlit. Aimé ChampoUion-Figeac, Appendice, Imtruction»
du cardinal Mazarin, III, 396.)
De. . . (7), juin i65o.
Monseigneur, je trouve enfin que Mgr le Cardinal se radoucit un peu, et qu'il permettra que je traite avec luy à l'ordinaire. Jejuy ay fait résoudre ce matin presque toutes les affaires "dont vous m'aviez chargé, comme vous verrez par la copie de vostre mémoire avec ses réponses que je vous envoyé. J'ay appris de deçà que Son Eminence vous avoit écrit que je m'estois emporté au delà de la charge que j'avois de vous en luy parlant de l'abbaye de Lannoy. Vous en pouvez juger, s'il vous plaist, Monseigneur, puisque je vous puis assurer que dans la déduction que je vous en ay faite, il n'y a point un mot ni omis, ni ajouté. Bien est vray que l'accent, quelques monosyllabes et quelques actions du corps n'y ont pu estre marqués, par l'impossibilité qu'il y a de le faire ; et, de plus , que j'ay rangé les discours de Son Eminence qui ont esté faits avec quelque confusion et mesme galimatias, soit par mesgarde, soit exprès pour tascher à me donner le change.
Hier, sur le soir, en présence de M. de Brienne1, Son Éminence continuant, ce qu'elle avoit commencé dès les cinq heures du malin, à faire force dépeschès pour faire agir l'armée, et se plaignant de temps en temps qu'il estoit obligé de tout faire, à la fin me parla plus précisément, et demanda qui feroit vostre charge, ce que M. Le Roi faisoit au voyage de Bourgogne. Je luy dis que vous croyiez que Son Eminence renverroit les principales dépeschès qui pourroient souffrir quelques retards à Paris, et que celles qui seroient pressées, M. Lamothe2 les expédierait. Il me répondit, avec un dédain, qu'il n'avoit pas ouy dire que la guerre se pust faire de cette sorte; qu'il demeuroil bien d'accord de renvoyer à Paris toul
1 Loménie de Brienne (Henri-Auguste de), né en'i594. Ministre secrétaire d'État aux affaires étrangères pendant la minorité de Louis XIV. Le comte de Brienne raconte dans ses Mémoires qu'au mois de septembre i65i, pendant l'e»l de Mazarin, il lui écrivit, de la part de la Heine, de se retirer en Italie, ce que le Cardinal ne lui pardonna jamais. On voit par une lettre de celui-ci à la Reine, du 19 septembre 1 65 1 , qu'il n'admettait pas qu'elle lui eût donné un pareil ordre. *\l a écrit, dit Malarin, ce qu'a voulh madame d'Aiguillon, avec
qui il est étroitement lié, et c'est la mesme ebow commes'il l'esloitavecChavigny. Je n'ay jamais vu une si grande extravagance, et il est Lien hardy de faire ce qu'il fait sans en avoir d« ordres bien précis de la Reine. Je n'auray plu* aucune confiance en luy puisqu'il esl gouverné par mes plus fiers ennemis... a (I*ttm du cardinal de Mazarin à la Heine éditées par M. Ravenel, p. 287.) De Brienne mourut en ifififi.
* C 'était un employé des bureau* de LeTellier détaché auprès du Cardinal.
ce qui eoncernoit la guerre éloignée, niais que pour celle de la frontière la diligence estoit assez nécessaire pour n'en renvoyer pas les expéditions à Paris.
On croit icy certain que les ennemis vont attaquer Arras, et qu'il sera investy ce soir.
( Bibl. Imp. M «s. Baluie, Papier* de* Armoire*, vol. 33 1 , fol. 99. — HuUetift de la Sorirté de r Histoire de France , II* partir, 1 835 . 1! , lift.)
11 — A LE TELUER.
(Minute autographe)
Compiègne, 17 juin i65o.
Monseigneur, hier, sur les#quatre heures du soir, Son Émînence ayant toujours dans l'esprit le pain de munition de l'armée, qui effectivement va fort mal1, voulut envoyer à Charny un hateau de bleds qui estoit sur ce nort, et, pour cet effet, fit venir les marchands dans sa chambre et entra en pourparlers avec eux sur le prix. Ces gens ne pouvant estre persuadés par vives raisons à donner leurs bleds à bon marché, et au contraire voulant que l'éminente dignité de celuy avec qui ils traitoient leur rapportast quelque avantage , donnèrent quelque dégoust de ce commerce à Son Eminence , et ensuite, après trois bons quarts d'heure de contestations, excitèrent un fort grand chagrin qui s'exhala par beaucoup de discours avec un grand emportement : qu'il falloit qu'il fist tout ; que personne ne le soulageoit; que cela estoit de vostre charge; que vous n'aviez personne icy; que quand vous y estiez, vous aviez vingt personnes qui vous soulagcoient ; que vous les
1 Le 16 juin, Mnxarin écrivait directement i ce sujet a Le Tellier : - J'ai fait un tour à farinée où fai fait le mieux que j'ai pu , quoiqu'à mi dire il «oit bien difficile de rien faire de bon sans argent, sans munitions et sans vivres. Cest une chose étrange comme bien peu on doit »e fier aux promesses que font la plupart des gens dès qu'il y a quelque intérêt d'argent mêlé. Si ceux qui sont charges de la fourniture
blés avoient satisfait à ce qu'ils s'étoîent enr;.w.., pour-la pnn Mon <\>- ms places frontières, nous en pourrions maintenant avoir l'esprit en r*pos, au lieu que je suis en des eitrémes inquiétudes sur ce sujet-là , ayant appris qu'il n'y 1 point de Mes ni à Saint-Quentin , ni a Guise , ni ni aucune autre place. Il importe de faire bien
appréhendera Longuet quelquecbâtiment pour avoir vendu ici, en une seule fois, t,aoosetiers de blés qui étoient destinés pour l'armée, sous prétexte ou qu'elle n'en anroit pas besoin, ou qu'on en trouverait toujours suffisamment ; j'ai dépéché Bergamon à Soissons et Angoville à Amiens pour en acheter en toute diligence. Je n'omets aucune autre chose dont je me puisse aviser; enfin, je me tourmente là-dessus comme vous savez que j'ai accoutumé de faire en des rencontres de cette importance. Il en vient A, 000 setiers par la rivière; le salut de nos places dépend de les faire arriver asser. lot. (Mémoire* du cardinal de Retz. — Itutrucùon* du cardinal Mazarin , III, Appendice. 600.)
aviez retenues toutes près de vous et <jue vous aviez beaucoup plus d'affaires icy qu'à Paris; qu'il ne pouvoil pas vivre de celte sorte.
Tout cela fut dit en présence de M. le mareschal de Villcroy, qui y répondit fort peu de cbose.
A un quart d'heure de là j'arrivay; et, «'adressant à moy avec beaucoup de débonnaireté, il nie dit que vous n'aviez pas assez de personnes icy pour faire vostre charge; que quoyque Lamothe fusl fort habile garçon il ne pouvoit pas suffire à tout; qu'il luy avoit donné des dépesches à six heures du matin qui n'estoient pas encore faites parce que, effectivement, il n'avoil pas encore eu assez de temps pour les achever, et que vraiment cela préjudicioit aux affaires; que vous aviez vingt personnes à Paris pour vous soulager, et qu'il s'étonnoit pourquoy vous n'aviez point envoyé M. Le Roi. Je luy ay dit que vous aviez cru 'qu'il estoil plus nécessaire à Paris qu'icy. parce que les principales dépesches s'y faisoient, ce qu'il rejeta fort loin en me pressant de luy dire une autre raison. Je me contentay de luy dire que Son Émincnce n'avoit qu'à ordonner et vous faire connoistre ses intentions, que vous les exécuteriez.
(Bibl. Imp. M88. Belutc. Papier» de, Armmm, vol. 33 1 . fol. 53.»
( Minute autographe. )
Compiègne, 93 juin i65o.
Monseigneur, je reçus avant-hier vostre lettre du 1 8 de ce mois , et lis entendre incontinent à M** le Cardinal ce qu'elle contenoit. Je crois qu'il Vous aura fait sçavoir ses intentions sur le tout.
Sur ce que vous m'écrivez touchant la plainte faite par Son Erainenee sur le sujet de M. Le Roi, je ne puis attribuer cela qu'à l'inconstance et l'irrésolution de son esprit, qui aujourd'huy trouve une chose mauvaise et demain la trouvera bonne.
Vous avez sçu qu'il arriva hier icy de l'armée, et qu'il y retourne demain, à dessein de la faire agir puissamment. L'effet de sa présence est qu'il dégouste fort tous les officiers généraux et qu'il les détache, pour ainsy dire, de zèle et d'affection pour le service. En sorte que cette armée, qui, du consentement de tous les généraux, est composée de a 0,000 hommes effectifs, les meilleurs de l'Europe, et qui devroit faire quelque chose de considérable si elle estoil bien commandée, ayant à agir contre une armée qui est dans un très-grand désordre et nécessité, demeure là
presque sans rien faire, sans mesme envoyer aucun party pour apprendre des nouvelles, beaucoup moins pour incommoder leurs convois ; et le tout, parce que les officiers sont préveuus d'une misérable pensée qu'ils ne peuvent rien faire de bon, et qu'ils sont bien ayses de se décharger d'une bonne partie de l'entreprise, qu'ils croyent indubitablement mauvaise, sur les soins de Son Éminence qui, de son costé, n'est pas faschée de prendre soin du détail de toutes les charges principales de l'armée.
Je vous assure que tout le monde a pitié de ce que l'on voit. Les nouvelles que je vous ay mandées du siège furent encore hier confirmées, non pas par des prisonniers des ennemis, n'en ayant esté pris aucun depuis qu'il a commandé le siège de Castellet1, mais par des rendus et des paysans.
Ces fréquens voyages et l'assiduité qu'il faut avoir près de la personne de Son Eminence m'ont empesché d'achever le mémoire sur tout ce qu'ont reçu les Suisses depuis trois années-, je l'acheveray le plus diligemment qu'il se pourra, pour vous l'envoyer aussytost.
(Bibl. Imp. Mm. Baluze, Papicrt de, Armoires, vol. 33 1, fol. 57.)
(Minute autographe.)
La Fère, 95 juin i65o.
Monseigneur, dans la visite que j'ay rendue ce matin à MF le Cardinal à l'ordinaire, il m'a fait voir une lettre de M. de Souvré 2 par laquelle il luy fait connoistre que l'esprit de Son Altesse Royale change : qu'il écoute tout ce qu'on luy dit de Son Éminence, et que tous ses conseillers, qui sont en grand nombre, quoyque d'intérests fort différens, conviennent néanmoins à luy persuader que le salut de l'Estat dépend de la perte de Son Éminence; qu'il (le Cardinal) fait tout à son insçu; qu'il prend sa place en toute occasion, et principalement en celle-cy, où il vient commander les armées. Et, sur la fin de sa lettre, mondit sieur de Souvré prie de faire que Son Éminence mesnage fort l'esprit de Son Altesse Royale, et qu'il n'y oublie rien, parce qu'il s'aperçoit de quelque changement. Ce «ont ses propres termes, que Son Eminence m'a ordonné de vous écrire de sa part, ajoutant qu'il vous prie d'y prendre garde; et encore ces
1 Le Castellet, bourg sur l'Escaut . nrron- retira en Sa voie, où il prit du service. A la mort
discernent de Saint -Quentin (Aisne), an- du Cardinal , il rentra en France; maréchal de
rienne place forte. Aujourd'hui le Catelet. camp en 1 643 ; il commanda les galères du roi ,
* De Souvré (Jacques, le commandeur ). en 16/16, au siège de Porto-Longone. Mort, âgé
A>ant encouru la disgrâce de Richelieu, il se de soixante et dix ans, le a a mai 1670.
menues mots, nf'est un esprit qui veut estre tenu bas;» haussant le poing fermé en l'air, et le secouant contre-bas deux ou trois fois, avec un ton Je menace.
Voilà, Monseigneur, ses paroles et ses gestes, qui, à mon sens, expliquent assez qu'il voudroit que vous agissiez de la sorte avec Son Altesse Royale et qu'il improuve la maxime contraire. Pour moy, qui vois qu'il a causé le mal dont il est menacé, et que , au lieu d'y apporter le remède convenable, il en veut encore fortifier la cause, je ne puis juger autre chos»* sinon qu'il aura son cours et qu'il viendra aux extrémités, si son bon sens ne s'en mesle. Tous les discours et toutes les apparences veulent qu'il demeure en ce pays quelques jours, jusqu'à ce que la Reyne puisse estre à Fontainebleau pour l'y aller joindre. Les troupes de M. de La Ferté passent présentement en cette ville pour aller joindre l'armée à un qt&rt de lieue d'icy.
( Bibl. Imp. Mss. Buluze, Papier» dea Armoires, vol. 33 1 , fol. 60. \
1/i. — A LE TELLIER.
( Mi'niilo autoflraphp. )
Saini- < j : j ■ ut m , 26 juin i65o.
J'ay reçu celle (pie vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 93 de ce. mois. J'avertis en mesme temps MF le Cardinal du dessein de M. de (iourville et de son frère aisné touchant le différend prétendu avec M. de Villequier. A quoy Son Éminence a promis de mettre ordre.
Je luy ay aussy parlé des deux olliciers du régiment d'infanterie de Son Altesse Royale quelle désire faire payer de leurs pensions. Sur quoy, Son Éminence m'a demandé s'ils en avoient des brevets; et, sur la réponse que je lui ay faite que non, et que cela n'empeseboit pas que Son Altesse Royale désirast qu'ils fussent payés comme il avoit esté fait l'année dernière pour trois autres capitaines du mesme régiment, à qui Sadite Altesse Royale avoit fait accorder des pensions, Son Éminence s'est un peu émue et a dit qu'elle accordoit cela avec beaucoup de facilité et que c'esloit sans en considérer la conséquence, et a fait ensuite quelques complaintes sur le misérable estât du royaume, sans conclure s'il feroit payer ces officiers ou non. Je l'en pressera} encore aujourd'buy, à son retour de l'armée où il a trouvé bon que je ne le suivisse point, afin, comme je crois, de pouvoir s'excuser sur mon absence de toutes les demandes qu'on lui pourra faire.
Son Eminence me dit, le soir du i3 de ce mois, après avoir reçu
voslre dépesche apportée par Sivois, que vous lui écriviez qu'on avoit pris l'alarme un peu trop chaude sur le sujet de M. le duc d'Orléans; mais que c'estoit assurément que vous n'en estiez pas bien informé, cinquante personnes différentes luy ayant dit ou écrit la mesme chose, M. d'Angoulèm\ entre autres, lui ayant mandé uue l'on avoit tenu des conseils dont les résolutions estoient si horribles qu il ne les luy osoit faire sçavoir2. J'ay oublié de vous mander que, la première fois qu'il me parla de cette affaire, il me dit qu'il falloit que vous vous ouvrissiez entièrement à madame de Cbevreuse, et qu'il avoit entière confiance en elle, et qu'elle estoit fort capable de retenir l'esprit de Son Altesse Royale.
Nous n'avons point d'autres nouvelles de l'armée que celles que vous pourra dire Sivois. Aussytost que Son Éminence sera retourné, je vous écriray tout ce que l'on dira.
(Bibl. Irop. Mm. Baluic, Papier* de$ Armoire», vol. 33 1 , fol. 6t.)
Libourne, H aoust i65o.
Monseigneur, je fis voir à Son Eminence vostre mémoire en chiffre du dernier du passé aussytost qu'il put estre déchiffré, et aujourd'huy elle a vu aussy celuy qui m'a esté apporté par M. le comte de l'Hôpital3 du premier de ce mois; je les ay ensuite lus à la Reyne, par ordre de Son Eminence, et
1 Louis-Emmanuel de Valois, comte d'Alais, puis duc d*Angouléme, petit-fils naturel de Charles IX , et de Marie Touchet. Né en î 5q6 , il entra d'à tard dans Y état ecclésiastique et Tut nonuné évéque d'Aide en 1 6 1 9. Son frère ainé ■Hant devenu fou, il se maria, prit la carrière des armes et devint colonel de cavalerie, puis gouverneur de Provence. En i65o, il succéda a *>n père comme duc d'Angouléme. Mort en i653.
1 Allusion au projet qu'on a attribué au duc
Celui-ci écrivait le a h juin à Le Tellicr : «rL'on continue à mander et à dire ici d'étranges choses de la volonté de Son Altesse Royale à mon égard et qu'on l'anime plus que jamais contre moi, la flaUant d'nn applaudissement de tout le royaume et particulièrement du parlement de Paris rides habitants, si elle se déclarait contre moieldemandoitn la Reyne mon éloignemenl.
lorsque Sa Majesté sera à Paris. Je n'oserais vous écrire la sorte de soupçons qu'on veut donner. J'ai peine à croire rien de semblable, me confiant entièrement à madame de Chevreuse, qui assurément , si elle avoit découvert quelque chose, vous l'aurait dit pour m'en donner avis; néanmoins je n'ai pas eu le manque de vous en dire un mot, vous priant de ne jamais laisser de m'avertir des choses qui me pourraient déplaire, parce quo ne croyant pus d'avoir uu meilleur ami quo vous, je recevrai plus volontiers de vous que de qui que ce soit de semblables avis." (Mémoires du cardinal de /tete, — ïn* truc lion* du eardàtal Mazarxn , ] 1 [ , 'i t o.)
3 François de l'Hôpital, comte du Hallier, né en 1 563, d'abord abbé de Sainte-Geneviève, à Paris; il entra en i€i dans les gendarmes de la garde comme enseigne. Maréchal de France en i643, morl gouverneur de la C.hnm|»agne, au mois d'avril i(if>o.
vous puis assurer qu'ils n'ont esté vus d'aucune autre personne, Son Érninence ne m'ayant demandé de les luy laisser ni en original ni en copie; et m'ont commandé l'un et l'autre de vous dire, sur le dernier article de vostre second mémoire, qu'il en seroit toujours usé de mesme. Pour réponse au premier, Son Eminence m'avoit chargé de vous faire sçavoir, avant la réception du second , que sur toutes ces sortes de rencontres vous pouviez avoir confiance entière en M. le Garde des sceaux1 ; que c'estoit un homme d'honneur qui aimoit la royauté, et qu'il avoit de la fidélité; qu'il vous prioit de consulter ensemble, dans le mesme temps que ces affaires arrivent, quels remèdes on y pourroit apporter, et d'en écrire vos avis; que, dans ce dernier rencontre, vous vissiez s'il ne seroit pas bien à propos que la Revue écrivist fortement à Son Altesse Royale, et luy aussy; qu'il croyoit estre nécessaire que vous parlassiez aussy avec vigueur à M. de Beanfort* et à madame de Montbazon5 qui se déclarent si ouvertement : leur faire honte de leur mauvaise conduite , après avoir reçu tant de grâces de la Reyne, et leur faire entendre qu'enfin ils lasseront sa bonté, après en avoir si souvent abusé. Sur cette mesme conduite de M. de Beau f ort : que vous découvrissiez les sentimens de M. le président de Bellièvre*, quia esté sa caution qu'il en tiendroit une autre toute contraire à celle qu'il a luy-mesmc mise par écrit; qu'il falloit faire tous efforts pour obliger Son Altesse Royale à leur parler à l'un et à l'autre au mesme sens, et qu'il falloit toujours travailler à luy faire connoistre les mauvaises intentions tant de ces deux personnes que des autres chefs de la Fronde; que tous les avis qu'il a d'eux, fortifiés par leurs actions, tesmoignent qu'ils en veulent à la monarchie; et, comme il est à présent le premier obstacle qu'ils ont à abattre, ils travaillent à cela par toutes sortes de moyens, et qu'on peut facilement juger quelle suite auroit leur dessein s'ils pouvoient venir à bout de ce point ; qu'ils employait toute leur industrie à s'emparer de l'esprit de Son Altesse Royale ( ayant besoin de son autorité pour exécuter leur premier dessein, ce qui seroit un
1 Charles de l'Aubépine, marquis de Cbâteaunetif, né en i58o; conseiller ou parlement de Paris, en 1 600 ; garde des sceaux en 1 63o. Disgracié par Richelieu , il fut retenu prisonnier à Angnuléme, depuis i633 jusqu'en 16/1 3; rentré au ministère en i65o; mort en i653.
J François de Vendôme, duc de Beauforl; fils de César de Vendôme; né à Paris en 161 G. Pendant la régence d'Anne d'Autriche, il fut un des chefs de la cabale des Important* ; en- 1 fermé à Vincennes, il s'en échappa en i649.
Frondeur déclaré, son langage , ses manières le firent surnommer le Roi des halle». En i664, Louis XIV lui confia te commandement d'une expédition contre les corsaires d'Afrique. Mort en 1669 à Candie, qu'il défendait contre les Turcs.
■ Marie d'Avaugour de Bretagne; seconde femme d'Hercule de Rohan ,duc de Montbaxon; maîtresse du duc de Beauforl. Morte en 1607.
* Nicolas de Pomponne , président de Bellièvre, né eu 1606, mort sans postérité, en 1 «57.
ipand pas pour la suite, puisqu'il mettroit la division dans la famille royale), à quoy ils ont beaucoup de facilité par sa foiblesse naturelle, et encore plus par une des branches de cette foiblesse , qui est la crainte qu'il a d'eux; qu'il faut travailler par tous les expédiens imaginables à le fortifier et à luj oster cette crainte, autant (fu'il se pourra, soit en luy faisant connoistre les mauvaises intentions de ces gens-là, soit en luy donnant une plus forte crainte de i'estat auquel il se trouveroit s'il estoit désuny d'avec la Reyne.
Voilà , Monseigneur, ce que Son Eminence m'a commandé de vous écrire sur ce premier mémoire. Sur la lettre qu'il a reçue de vous et sur vostre .second mémoire, il a désiré que je vous fisse sçavoirque c'est un grand mal «nie vostre avis n'avt esté suivv touchant l'arrest1 de mademoiselle de Lonfiueville2; que c'est encore une marque de la foiblesse de Son Altesse Rovale; qu'il vous prie de pousser cette affaire avec le plus de vigueur qu'il se pourra; qu'il y a lieu de croire que les tesmoignages d'amitié que Son Altesse Royale luy fait donner par madame de Chevreuse3 ne dureront qu'autant de temps que les mauvaises intentions de ses ennemis n'exciteront point quelque nouvelle affaire, puisque, autant de temps que la dernière a duré, il n'a pas eu la mesme chaleur. C'est aussy le sentiment que la Reyne a fait connoistre à la lecture de cet endroit. Pour ce qui est du changement de gouverneur en cette province, je ne les crois guère disposés ni l'un ni l'autre à leur accorder ce point.
Lors de la lecture du premier mémoire, la Reyne tesmoigna beaucoup d'aigreur contre madame de Chevreuse, qu'elle accusa de jouer les deux trop manifestement; et sur Son Altesse Royale, elle dit qu'elle luy écriroit de sorte qu elle luy feroit bien changer de sentiment.
On a nouvelles certaines que M. de Bouillon4 a fait pendre un capitaine [du régiment] de Navailles qu'il tenoit prisonnier, nommé Canoles5. On croit que le général de la Valette0 mourra de sa blessure. On doit attaquer
1 Arrat, pour arrestation. cette ville en 1 6o5. Embrassa le catholicisme
1 Marie d'Orléans, damoùelle de Longue- en i636. Arrêté comme complice de Saint-
nflf, oée le 5 mars i6a5 du premier mariage Mars en iG4a, il ne sortit de prison qu'eu
de Henri d'Orléans, duc de Longueville, et de livrant Sedan; mort le 9 août i65a.
Louise de Bourbon. Elle épousa, en i657, » Le chevalier <fe Canoles. Il fut pendu par
Henri de Savoie, duc de Nemours. Morte à représailles, le cardinal Matarin ayant fait
Paris, le 16 juin 1707. pendre à Libourne, quelques jours auparavant,
1 Marie de Rohan-Monlbazon , duchesse de un bourgeois du pays, nommé llichon, fait
s, née en 1600, fille d'Hercule de prisonnier dans lecWteau de Vayres. L'intré- Veuve du duc de Luynes, elle épousa, pide princesse de Condé fit tout son possible en i6ai, Claude de Lorraine, duc de Che- pour sauver le chevalier de Canoles , mais in 11
» ; morte en 1 679. lilemenL * Frédéric-Maurice de la Tour-d'Auverfme, * Jean-Louis de Nogaret, chevalier de la W
doc de Bouillon et prince de Sedan; né en lette, fils naturel du duc d'Épernon, meslrede
2/i . CORRESPONDANCE
ce soir le fort de Pisle Saint-Georges; on arme icy douze galiotes1 avec seize pinasses2 qui viennent de Bayonne, et douze grands vaisseaux de guerre pour fermer absolument la rivière. Son Ëminence espère que tout sera exécuté demain.
(Bïbl. Imp.M»*. Supplément Français ,3,oo4, Le Teliier, Papier» d'état, IV, fol. 3o9.|
Libourne, 9 aoust i65o, à 8 heures du malin.
Monseigneur, j'ajoute ces lignes à ma lettre du jour d'hier, qui va partir par l'ordinaire, pour vous dire que je viens de recevoir présentement vostre dépesche du 6 de ce mois apportée par le courrier Dorot. On travaille à déchiffrer le mémoire qu'elle contenoit, que je porteray aussytost à Son Eminence.
M. Fouquet3, qui est icy venu par ordre de Son Eminence, m'a desjà tesmoigné trois fois différentes qu'il avoit une très-forte passion d'eslre du nombre de vos serviteurs particuliers et amis par une estime trèsparticulière qu'il fait de vostre mérite, et qu'il n'avoit point d'attachement particulier avec aucune autre personne qui luy pust empescher de recevoir cet honneur, s'estant mesme expliqué sur beaucoup de choses concernant la pensée publique de quelque mésintelligence entre MM. Servien* et de Lionne5 et vous, quoyqu'il ne sçache rien de particulier sur cela et que mesme je m'en sois fort éloigné, sur quoyjc trouve qu'il parle
en 1 6 1 5 , maître des requêtes ( 1 635 ) , procureur général du parlement de Paris (i65o), surintendant des finances avec Abcl Servien (février i653), seul, à prtir du ai février 1 659 jusqu'au moment de son arrestation à Nanles ( 5 septembre 1661); mort à Pignerol , à la fin de mars 1680.
* A Sel Servien, marquis de Sablé, né à Grenoblecn 1593. Procureur général en 1616, conseiller d'État en 1617, maître des requêtes en 1 6a A , intendant de Guyenne en 1697 , puis secrétaire d'Elat de la guerre. L'un dea wgociateurs du traité de Munster. Ministn* en 1669, surintendant des finances en i653. conjointement avec Fouquet. Il était de l'Académie française. Mort à Meudon , le 1 9 février 1 65g.
1 Hugues de Lionne, né A Grenoble en 161 1 ; neveu de Servien, et attaché à la for-
camp en 1631 et maréchal de camp en i6a5; il passa en 1637 au service des Vénitiens, et fut lieutenant généra] de leur marine, en 166 5, dans la guerre contre les Turcs. Créé à son retour, en 16A8, lieutenant général des armées. Il mourut de la blessure dont parle Golbert.
1 Au xvn* siècle, d'après M. Jal (Glouanr nautique), les galiotes étaient des galères de seize à vingt-trois bancs de* rames, et à un ou deux mâts.
* «Pinasses sont petits vaisseaux longs, estroits, forts et légers, propres à faire course ou descendre du monde en une coste ; ils sont faits de pin pour l'ordinaire. Les Bayonnois s'en servent fort, tant à la voile qu'à la rame.-' (Hydrographe du Père Fournier, citée par M. Jal , dans son Glossaire nautique.)
* Nicolas Fouquet (il lignait rWpwt), né
AVKC LE TELLIER.
en véritable homme d'honneur. J'ay cru qu'il estoil bien a propos, estant homme de naissance et de mérite particulier et en estai mesme d'entrer un jour dan» quelque charge considérable , de luy faire quelques avances de la mcsmc amitié de vostre part, puisqu'il n'est pas question d'un engagement qui vous puisse estre à charge, mais seulement d'un favorable accueil et de quelques marques d'amitié dans les rencontres. Si vous approuvez mon sentiment en cela, je vous supplie de me le faire sçavoir par la première <jue vous me ferez l'honneur de m'écrire , ne pouvant m'empescher de vous dire, avec le respect que je vous dois,, que je ne croirais pas pouvoir payer en meilleure monnoye une f>artie du tout que je vous dois qu'en vous acquérant une centaine d'amis de cette sorte, si j'estois assez honneste homme pour cela.
J'ay trouvé Son Eminence, en luy portant vostre mémoire déchiffré, seul dans sa chambre , resvant profondément. D'abord qu'il m'a vu , il s'est levé et m'a dit que vous aviez laissé faire un estrange pas à Son Altesse Royale1 ; qu'on ne ferait pas cette injure au moindre gentilhomme du royaume qui aurait esté député pour l'accommodement de Bordeaux (d'accorder une chose de cette conséquence, non-seulement sans luy demander avis, mais mesme contre ce qu'il aurait écrit), encore bien moins à Son Altesse Royale s'il estoit venu en cette province, comme on luy avoit offert; et que, si le Roy luy avoit fait l'injure qu'il (le duc d'Orléans) venoit de luy faire, il aurait le plus légitime sujet que l'on puisse avoir de prendre les armes et se déclarer ouvertement; qu'il estoit inutile de faire faire un si long voyage au Roy et à la Reyne pour faire une si haute infamie ; qu'en l'accordant à Bordeaux, on pouvoit cet accommodement dès Paris, et qu'au moins Son Altesse Royale aurait eu part à la honte, et on aurait esté en estât de remédier plus puissamment au désordre de la frontière ; mais que de souffrir, de ce costé-là, les progrès des ennemis et venir faire de deçà une paix
tune de Maiarin, qui le nomma ambassadeur à Rome, en 16 55, el ministre plénipotentiaire pour la paix des Pyrénées en 1 65g. Secrétaire <f Étal au ministère des affaires étrangères en \fi(')t ; mort en 1671.
1 On lit à ce sujet dans l'Histoire de la vie el du règne de Louis XIV (5 vol. in-'.'1. la Haye, 1760), par de Bruten de la Martinière, L I, p. 576 : • Le cinquième d'aoust, le duc d'Orléans fît venir les gens du roi pour les informer de '*■ qu'il avoit conclu la veille avec les députés '1>- Bordeaux]. Il leur avoit dit que le prétexte ou la raison pour laquelle leur parlement et Itir villes éloient émus, étant l'aversion qu'il»
avoient conçue contre le duc d'Êpernon, il les assuroit non-seulement de son rappel hors de leur province, mais encore de sa révocation absolue, si les affaires du Roi le permetloient; que, de plus, il se cbaçgeoit de faire donner une amnistie générale, même une abolition, pour ceux qui avoient traité avec l'Espagne. A l'égard de la Princesse el du duc d'Engbien son fils, il promeltoit de leur faire donner seureté. 11 ajouta qu'il se faisoit fort d'obtenir ces conditions de la Reine; mais qu'il falloit que leur Compagnie les arceptasl en dix jours; que si elle refusoit de le faire, il seroit quitte de la parole qu'il leur donnoit. ...»
infâme, lorsque le Roy pense tirer raison de ses peuples révoltés, et cela par le moyen de la crainte que Son Altesse Royale a de M. de Beaufort qui donne, de Paris, la loy au Roy tandis qu'il est à quatre Keues de Bordeaux, certes il ne le pouvoit ni comprendre ni concevoir; que vous ne luy en écriviez que sèchement , sans luy dire si vous aviez fait résistance ou non; qu'il ne sçavoit pas mesme si M. le Garde des sceaux avoit esté consulté, et qu'il ne pouvoit pas croire qu'il y eust donné les mains.
Je l'interrompis sur cela et luy lus vostre mémoire , qui luyjit connoislre que Son Altesse Royale avoit fait contre le consentement de M. le Garde des sceaux. Après cette lecture," il continua : que c'estoiten des occasions comme celle-là qu'il falloit périr et dire hautement à Son Altesse Royale qu'on seretireroit, et en venir mesme à l'effet; que cela avoit esté pratiqué pendant le voyage de Bourgogne , lorsqu'on vouloit establir les Seize ou Dixhuit, qui estoit un beaucoup moindre sujet que celuy-cy; qu'il ne sçavoit pas de quelle sorte aborder la Reyne pour lui dire cette nouvelle qui assurément luy donneroil la fièvre; que c'estoit une princesse qui avoit beaucoup de cœur; et que, après avoir reçu une injure si sensible, vous luy conseilliez encore d'agréer et prier; que cela luy semblcroit si dur qu'il estoit fasché pour l'amour de vous que cela fust arrivé vous présent: et que, néanmoins, vous traitiez cela de bagatelle dans vostre lettre; qu'il n'entendoit pas quel avantage recevroit le Roy de la proposition que vous lui faisiez de ne rien faire contre Bordeaux pendant vingt jours que pourroit durer le retour de ce courrier et le voyage de Guyenne, parce que ceux de Bordeaux, ou seront secourus d'Espagne (et en ce cas, ils ne tiendront rien de ce qui aura esté promis à Paris par leurs députés), ou. s'ils sont à l'extrémité par les armes du roy, ils accepteront les conditions que Son Altesse Royale leur aura accordées; que cette nouvelle luy avoit esté plus sensible que si on luy eust dit que «on père avoit esté pendu ou qu'on l'y eust condamné luy-mesme; que destituer M. d'Épernon1 (luy qui avoit seul soutenu l'autorité du roy contre un parlement) , sans forme de procès, cela n'avoil jamais esté pratiqué; que récompenser tous ceux qui avoient servy les parlemcns et punir ceux qui leur avoient résisté, c'estoit mettre l'autorité royale entre leurs mains et contribuer à la ruine de la monarchie; et, comme les plus meschans et les plus puissans d'entre eux avoient dessein de dire que M. de Beaufort et M. le Coadjuteur avoient poussé Son Altesse Royale à faire ce pas pour mettre la division entre luy
1 Louis-Charles-Gaston de Nogaret de Foix, duc d'Épernon, no à Moti on 1627, lils de Bernard de Noj'aret, duc d'Épernon, et de Ga-
briel le- Angélique, légitimée de France, Bk naturelle de Henri IV. Mort le a8 janvier
et la Reyne par la mauvaise satisfaction qu'elle en auroit et qu'elle luy tesmoigneroit et ainsi l'obliger à en faire quelque autre pour les désunir entièrement, et profiter de leur désunion pour l'avancement de leurs desseins, et par conséquent qu'il faut que la Reyne l'approuve, ce n'est pas remédier au mal qui en peut arriver, puisqu'ils se serviront de la mesrae action pour insinuer dans l'esprit de Son Altesse Royale qu'il peut tout; que la Reyne ayant approuvé par foiblesse une chose qui touche si sensiblement son autorité, il n'a qu'à entreprendre; ou bien mesme qu'ayant offensé la Reyne en ce point, si elle dissimule, ce n'est que pour trouver son temps favorable pour se venger, à quoy elle ne manquera pas , et sera toujours excitée à cela par Son Eminencc; mais qu'on pouvoit leur retrancher l'avantage qu'ils ont de se servir de ces raisons en luv résistant fortement et erapeschant qu'il ne prist cette résolution, comme il avoit écrit par la lettre qui vous fut rendue par Saint-Fray, que de sa vie il n'en avoit fait une si forte que celle-là. Ayant encore ajouté quelques autres discours de cette mesme force et parlé de la difficulté qu'il avoit à aborder la Reyne pour lui donner une si fascheuse nouvelle et resvé quelque temps, il souhaita que Dieu luy envoyast une si forte fièvre qu'elle l'envoyast en l'autre monde dès ce soir.
A tous ces discours, dont vous voyez toute l'importance, n'y en ayant point paru sur le visage, je repartis seulement, dans les temps que vous jugerez facilement, que le mémoire en chiffre faisoit connoistre à Son Éminence que le tout avoit esté concerté avec M. le Garde des sceaux, et que la relation qui viendroit après-demain en instruiroit plus particulièrement Son Eminence.
Sur le mot de périr et de quitter: que lorsqu'on avoit fait cette menace pendant le voyage de Bourgogne, elle estoit concertée avec tous les ministres du roy qui en estoient demeurés d'accord , et, dans ce rencontre, vous n'aviez que vostre voix et estiez obligé de déférer aux avis de M. le Garde «les sceaux; que, par les derniers mémoires, Son Eminencc avoit bien vu quelle conspiration il y avoit pour faire condescendre Son Altesse Royale à donner cette parole; et que je me souvenois que, par celuy de vendredy dernier, vous mandiez que rien n'avoit pu empescher qu'on ne poussast Son Altesse Royale sur cela ; que la raison par vous alléguée estoit que c'estoit la >eule chose que la Reyne pouvoit accorder pour l'accommodement, et que si Son Altesse Royale a parole dans Paris, le Parlement,* qui s en tiendroit assuré, feroit quelque autre demande pour la liberté des princes; à quoy il avoit esté répondu seulement qu'on y penseroit; que depuis, ces mesmes personnes avoient résolu de faire l'accommodement moyennant
cette condition, et que, par ce moyen, ils avoient poussé et obtenu cette parole. Je luy répétay aussy ia raison de vostre dernier mémoire : qm Paris ne souffrira jamais que Bordeaux soit opprimé quand il se réduira à cette condition , et enfin que vous vous estiez trouve entre deux grands maux, les remontrances et la destitution; que vous aviez évité le pire qui devoit assurément arriver, puisque vous aviez choisy l'autre. Il me chargea ensuite de ne vous rien mander de tout ce qu'il m'avoit dit; mais seulement qu'il vous feroit réponse sur la lettre qu'il avoit reçue de vous par Dorot.
Je vous envoyé lestât de 44,ooo livres que vous me demandez; je l'av ois apporté pour travailler au projet de Testât de la garnison de Brisach. J'ay reçu l'original des articles du mariage de madame de Mancini 1 avec M. de Mercœur, que je remettray entre les mains de M. Ondedei2.
11 est arrivé un grand esclandre dans la maison de Son Eminence. Angoville3, un peu plus brutal qu'un cheval, donna avant-hier des coups de baston à M. Rose*; il avoit esté mis dans la prison de cette ville; il s'est sauvé par connivence.
(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,ooà, Le Tcilicr, Papier» d'État, IV, fol. 3io.)
De. . . (?), i3 aoust i65o.
Monseigneur, M. le Cardinal a vu ce matin vostre mémoire en chiffre du 7 de ce mois, que l'ordinaire m'apporta hier. Avant que de vous rendre compte de tout ce qu'il m'a chargé de vous écrire, je crois qu'il est à propos que vous sçachiez qu'avant-hier au soir, peu auparavant que la fièvre me prist, Son Eminence m'envoya qudrir; et, après m'avoir fait quelques complaintes sur la conduite de ceux qui ont poussé Son Altesse Royale à donner parole de la destitution de M. d'Epernon, il ajouta qu'ils faisoient tous leurs efforts pour le rendre méprisable et que c'estoit l'attaquer dans son fort; et me fit sur cela une grande déduction de tout ce qu'il avoit fait cette année : que, par son adresse, il avoit fait rendre des milliers, et
1 Laure Mancini , l'aimé des nièces du cardinal Mazarin, épousa, en i65i , te duc de Mercœur. Morlc te '8 février 1657.
* Giuseppe Zongo OradedfM , l'un des confidents et des agent* les plus actifs «le Maiarin. Nommé en i65'i a Pévéché de Fréjus; mort le 33 juillet 167/,.
1 Angoville , agent du cardinal.
* Toussaint Rose, d'abord secrétaire de Ma zarin, ensuite de Louis XIV, dont il imitait prfaitement l'écriture. Élu membre de l'Acadt-mi^ française en 1675 ; mort , le f> janvier 1 701. a l'âge de quatre-vingt-dix ans.
qu'il avoil inspiré à if. de La Ferté-Sennetcrre les moyens de se rendre waistre de Cleruiont. Que n'avoil-il point fait en Normandie par son seul crédit et négociation, sans employer les forces du roy ni ses finances? 11 avoil pris Pont-de-l'A relie , Dieppe et Caen, changé* les mauvaises intentions de M. de Richelieu1 pour le Havre, et enfin pacifié celte province; qu'il avoit fait la mesme chose en Bourgogne et pris Bellegarde, qui estoit défendue par les principaux amis et serviteurs de Messieurs les princes, beaucoup plus par traité que par force; que tout le monde sçavoit ce qui s'estoit passé à Guise, qui estoit pourtant l'action à laquelle il avoit eu moins de part, puisqu'elle s'estoit faite avec toutes les troupes de l'armée du roy; qu'on voyoit présentement ce qui se passoit à Langon 2, pour avoir prévu que de cent lieux où l'armée d'Espagne pouvoit s'attacher, elle attaqueroit cette place indubitablement, et l'avoir munie du nombre d'hommes nécessaire pour une vigoureuse défense, de toute sorte de munitions et mesme d'argent, de son propre; que sa prévoyance avoit poussé jusqu'à faire choisir les meilleurs forçats de toutes les chiourmes, et leur promettre la liberté au cas (ju'ils pussent faire passer une galère, dans le port de Langon, qui portoit 5oo hommes, eux compris; qu'il venoit de recevoir nouvelles que cela avoit réussy; que les révoltés de Catalogne avoienl esté défaits et qu'enfin, hors du royaume, tout estoit en bon estât; qu'il falloit que vous vous servissiez de toutes ces choses pour repousser le mépris dans lequel ces gens vouloient le jeter, et qu'il falloit que je vous en écrivisse, parce qu'il ne le pouvoit pas faire.
Il reprit sur cela le discours de l'affaire qui estoit toujours dans son esprit touchant la parole donnée par Son Altesse Royale , et me dit : que la Reyne en avoit pleuré et qu'elle s'estoit étonnée, aussy bien que luy, que vous eussiez si peu résisté à la volonté de Son Altesse Royale comme vous le tesmoignez par vos lettres et mémoires; et qu'il avoil esté forcé de luy dire que testoit par l'affection que vous aviez pour luy, qui vous avoit fait appréhender la suite des remontrances.
Je prisce la comme venant de luy et non pas de la Reyne et luy repartis fie, pour le détail de ce qui s'estoit passé en cette affaire, Son Eminence ne le pouvoit sçavoir que par la relation qui viendroit le prochain ordinaire; que, du reste, elle ne pouvoit pas douter de vostre affection et de voslre zèle, encore moins de vostre esprit et de vostre conduite; qu'elle se feroil lorl à cllc-nicsnic si elle en douloit, et que je la pouvois assurer que ce >eroh un fort ineschanl motif pour vous faire agir que la crainte; qu'il n'v
1 Armand du Vignerol, duc do Richelieu, a Laugon, dcpartoiiienl de lu Gironde, ;ir-
ih-en 16*9, mort en 171.5. rondineaienl de Bras,
avoit que le devoir envers la Reyne et la gratitude envers elle (Son Eminence) qui vous obligeast de le faire, sans jamais manquer de zèle, d'affection ni de fidélité.
Sur cela, le sourcil se fronça et la couleur luy monta au visage, sans pourtant rien dire; il sortit seulement de sa garde-robe1 où il estoit seul.
Aujourd'huy, après la lecture de vostre grand mémoire, il a tesmoigné beaucoup de satisfaction de tout ce que vous avez fait et a dit que, dans le Conseil, tous ces MM. Servien, de Villeroy et autres, luy deniandoienl si vous ne luy écriviez rien sur tous ces rencontres, quoyqu'ii ne s'y pust rien ajouter; néanmoins que cela n'estoit point connu. A cela, je luy repartis que pourvu que cela le fust de Son Éminence vous estiez satisfait.
Ensuite, il m'a commandé de vous écrire qu'il estoit de la dernière conséquence de sçavoir jusqu'où pouvoit s'estendre le pouvoir qu'avoit M. le Coadjuteur2 sur l'esprit de Son Altesse Royale , et s'il pouvoit aller jusqu'à la faire consentir ou ne pas s'opposer vigoureusement aux propositions qui pourroient estre faites contre luy; qu'il falioit chercher avec M. le Garde des sceaux et pratiquer tous les expédiens imaginables pour le décréditer dans l'esprit de Son Altesse Royale; et, si cela ne pouvoit réussir, qu'il falioit nécessairement que la Reyne fist un coup d'autorité, et pour cela que vous consultassiez avec M. le Garde des sceaux sur tout ce qui se pourroit faire; qu'il falioit que l'un et l'autre vous fissiez bien connoistre à Son Altesse Royale que la Reyne ne l'abandonnera jamais et que, quand elle seroit réduite à une province, elle le maintiendroit toujours; qu'il n'y a point de différence entre ce qui se fera contre luy et ce qui se fera contre Sa Majesté , non-seulement par le poste qu'il occupe , mais mesme par la fermeté de la Reyne; et luy dépeindre ensuite les désordres qui s'ensuivroient pour le royaume et pour luy en particulier, s'il venoit à se désunir d'avec la Reyne; que, de sa part, elle a fait en cette dernière occasion tout ce que Son Altesse Royale pouvoit souhaiter, et au delà; et que c'estoit une des plus essentielles marques qu'elle luy pouvoit donner de la ferme résolution qu'elle avoit faite de vivre toujours bien avec luy; et luy persuader ensuite, s'il se peut, d'écrire à la Reyne, en remerciement, avec protestation de ne jamais rien faire qui luy pust estre désagréable. A quoy
1 D'après le Dictionnaire de l'Académie, de 1696, In garde-robe était une petite chambre qui en accompagnait une autre plus grande, el qui servait d'ordinaire à coucher les valets.
* Jean-Krançois-Paul de Gondi, cardinal d> Reli , né à Montmirail (Marne) , en 1 6 1 4. Coadjuteur de l'archevêque de Paris, son oncle.cn 1 643 ; cardinal en 1 05a. Mort le ai août 1 079.
Son Kmincncc vous prie de vous appliquer, et de vous servir aussy de M. le Garde des sceaux pour le mesme effet.
Que vous consultassiez If. Talon 1 et vos amis particuliers du parlement pour sçavoir, au plus juste qu'il se pourra, quels sentimens prévalent h présent dans la Compagnie et les moyens qu'on pourrait tenir pour en gagner quelques-uns et faire connoistre à quelques autres Testât des affaires «•I les mauvais sentimens des malintentionnés.
Qu'il jugeroit à propos que vous vissiez sur d'autres sujets M. le Premier Président2, M. de Champlâtreux3, et qu'adroitement vous les fissiez parler sur tout ce qui se passe et mesme de la réunion du party dont ils sont les chefs avec celuy du roy ou des bien intentionnés, sans pourtant vous découvrir, puisque vous en sçavez la conséquence.
Qu'en voyant madame de Chevreuse vous luy fassiez connoistre, en la meilleure manière que vous jugerez, que la Reyne croit que M. le Coadjuteur agit par un principe de méfiance, et que, pour le luy oster et luy donner entière assurance, il n'y a rien qu'elle ne fasse et qu'elle donne la carte blanche pour faire tout ce qu'elle et MM. de Bellièvre et Laigues * aviseront pour le mieux.
Que vous taschiez à découvrir l'intelligence de madame de Montbazon H de M. de Bcaufort avec les princes, et que vous la fassiez connoistre ensuite à Son Altesse Royale et aux autres personnes que vous jugerez né-
Que vous consultiez avec M. le Garde des sceaux s'il [ne] seroit pas à propos que la Reyne écrivis! à Son Altesse Royale sur tout ce qui se passe, et en quels termes; qu'en ce cas, vous envoyiez une lettre minutée, si vous jugez à propos de l'envoyer, par M. Damville5 ou par Comminges6; et (jue vostre avis sur cela mérite bien un courrier exprès.
1 Orner Talon , né ver» 1 55g à Saint-Quen- * Geoffroy, marquis de Laigues, né en 1 6 1 h
Un . entra au barreau de Paris en i6i3, et fui en Dauphiné. Capitaine dos gardes du corps
irommé en s 63 1 avocat général au parlement de Gaston, duc d'Orléans, puis maréchal de
Mort te 99 décembre t65a. A laissé des Mé- camp. Amant de madame de Chevreuse. Mort
le 19 mai 1676.
1 Matthieu Molé, seigneur do Lassy et de * François-Christophe de Levis-Ventadour,
Champlâtreux , né en 1 58 h. Conseiller au par- d'abord comte de Brion , puis duc de Dampville lement de Paris en 1606, procureur général (on Damville), premier écuyer du duc d'Or-
m 161 4, premier président en 1661. Deux léans en 1660. Vice-roi et lieutenant général
loi* garde des sceaux pendant la Fronde. Mort de toute l'Amérique en 16H. Duc et pair en
le 3 janvier i656. 16A8. Gouverneur du Limousin en 16A9.
3 Jean Molé, seigneur de Champlâtreux, Mort le 9 septembre 1 66 1 .
Iîi*de MaUhieu Molé. Conseiller au parlement • Gaston- Jean- Bapliste, comte de Com-
» 1637. Conseiller d'Élal et président à mor- minges, lieulenant des gardes du corps d'Anne
fier n 1657. Mort le 6 août 168a. d'Autriche en 16M, maréchal de camp en
Qu'il est encore de la dernière conséquence de bien faire connoistre à Son Altesse Royale Testât du royaume, qui n'est pas tel qu'on luy veut persuader; que toutes les places et les troupes sont au Roy; que les peuple tesmoignent partout un amour extrême pour leur prince; que cette aversion, dont on luy parle tant que les peuples ont contre Son Eminence , ne paroist point, dans toutes les provinces; au contraire, beaucoup d'affection et d'envie de le voir; que cette aversion prétendue n'est que dans l'esprit do quelques gens attitrés dans Paris, payés pour cela. L'entretenir ensuite sur le service cy-devant décrit et sur le désintéressement de Son Erainence, et luy faire connoistre que, tant qu'il demeurera uny avec la Reyne, on viendra facilement à bout de tout, et que la force des ennemis de l'Estat et de la royauté ne consiste qu'en l'espérance qu'ils ont de leur désunion; quo vous voyiez si M. le mareschal de L'Hôpital peut estre induit à contribuer à détromper Son Altesse Royale de toutes ces craintes.
Que vous vous souveniez toujours de bien traiter, autant qu'il se pourra, les officiers d'armée et les troupes , et que vous voyiez quelquefois madame de Montbazon, qui se plaint du peu de visites qu'elle reçoit de vous.
Sur ce que j'ay dit à la Reyne de l'avis donné à M. d'Avaux1, elle m'a répondu qu'elle n'avoit aucune connoissance de ces réponses, mais qu'il estoit bien fascheux à M. Servien de voir tant de calomnies contre luy, où mesme elle estoit meslée, dans des libelles que M. d'Avaux avoit fait faire. Je luy ay reparty que toute la question estoit de sçavoir s'ils venoient effectivement de luy; sur quoy il m'a répondu qu'il n'estoit que trop vrav qu'ils venoient de Saint-Romain2 et de Marsilly s, et que M. d'Avaux faisoit beaucoup de mal à Paris, seulement qu'il estoit tout à M. le Prince.
Mes précédentes vous auront tiré de l'inquiétude où vous estiez touchant vos mémoires, vous assurant qu'il n'y a que la Reyne et Son Éminence qui les voyent.
( Bibl. Imp. Mas. S. F. 3,oo4 , Papier, d'Éint , IV, fol. lit]
1669, lieutenant général des armées du roi en • Melrhior-Harod de Saint-Romain ,
t65i, ambassadeur en Portugal en 1657, toire d'ambassade du comte d'Avaux , lors d«
puis en Angleterre. Mort, à l'âge de cinquante- préliminaires du traité de Munster. Nommé sept an», le 97 mars 1670. résident en cette ville, il se lia d'amitié avec
1 Claude de Mesme, comte d'Avaux, né le duc de Longueville, dont il abandonna le en t5o5. Fut successivement maître des re- parti quand il sut que le prince de Conti avait
1, conseiller d'Étal, ambassadeur à Ve- fait son accommodement. 11 fut depuis amta>-
nise en 1637 et chargé de missions diploma- sadeur en Suisse pendant la conquête dt< la
tiques en Danemark, en Suède et Pologne. Franche-Comté, plénipotentiaire à Francfort,
Appelé en 1 6&3 à préparer le traité de West- et , enfin , ambassadeur en Portugal , en 1 683.
phalie; nommé, la même année, surintendant 3 Le cardinal de Retz parle (année 1 65 1 }
des finances avec Nicolas Railieul; remplacé, d'unMarsilly qui était odieux à Matarin ,ï en 16/17, par Émery. Mort en i65o. de son attachement à M. d'Avaux.
AVEC LE TELLIKK.
Bourg (Guyenne)1, a8 aousl i65o.
Monseigneur, j'ay lu seulement ce matin à Son Eminence vostrc mémoire entier des 1 8 et a a de ce mois qui m'a esté apporté par le sieur Beaupin, sur lequel je vous feray sçavoir les intentions de Son Eminence après vous avoir dit sur vostre lettre particulière du a 3 que je n'ay pas jugé devoir me servir du premier article de vostre mémoire, touchant les complaintes de Son Eminence portées par ma lettre du 1 3, à cause de ce que j'ay des/à dit trois fois consécutives à Son Éminence et que vous avez vu par mes précédentes, d'autant plus qu'il se donne bien de garde de retomber depuis ce temps dans la mesme faute, et qu'au contraire, à toutes occasions et à toute sorte de personnes, il tesmoigne des satisfactions extraordinaires, entre autres à MM. de Saint-Aoust et du Coudray-Montpensier2 qui, comme je crois, ne manqueront pas de vous en rendre tcsmoignage, me réservant aussy, si l'occasion s'en présente à l'avenir, de me servir des mesmes raisons pour rabattre fortement ses chagrins, s'il luy en prend...
Sur le grand point de vostre mémoire concernant la pensée de M. le Coadjuteur d'estre cardinal, Son Eminence a esté étonné et m'a chargé ensuite de vous dire qu'il vous remercie de la retenue que vous avez eue de ne point offrir carte blanche à madame de Chevreuse , pour guérir les soupçons du Coadjuteur, comme je vous l'avois écrit de sa part , et que vous en avez usé plus sagement que luy : ce sont ses termes.
Pour le surplus, il vous conjure de vous appliquera cette affaire comme estant de la dernière conséquence : Qu'il n'y a aucune raison qui le puisse porter à accorder au Coadjuteur ee qu'il demande, puisque les protestations qu'il fait pour l'avoir de s'abandonner, de monter en chaire, d'y faire monter ses amis et de faire agir tout son crédit, il a fait les mesmes lors de l'accommodement , et que madame de Chevreuse en a donné les assurances; mesme il sçait que M. de Laigues depuis peu luy a fait les dernières protestations d'amitié, et mesme qu'il ne penseroit jamais à cette dignité; et que M. de Noirmoutiers3 en particulier a fait la mesme chose,
1 Aujourd'hui Bourg- sur-Gironde, airond,««„entde Blaye.
1 Henri d'Escoublau, marquis du Coudray-Montpensier; capitaine de cavalerie en ' m . maréchal de camp en i65o, lieutenant
général en i655. Il était en i65o un des gentilshommes du duc d'Orléans qui l'avait envoyé en mission à Maiann, pendant le voyage de Bordeaux.
1 Louis de la Trémouille, duc de Noir-
dont inaditc dame de Chevreuse a entière connoissance , et peut mesme sçavoir de M. de Laigues ce qu'il a dit sur cela à M. de Lionne; qu'il sçait certainement qu'il y a longtemps que M. le Coadjuteur négocie avec le . Nonce et qu'il fait entendre au Pape, par son moyen, que s'il pouvoit parvenir à cette dignité il pousseroit sans crainte Son Eminence; et que, sur cette espérance, le Pape est tout disposé à le promouvoir, aussytost qu'il en aura pu obtenir la domination; ce qui doit empescher la pensée de M. le Garde des sceaux de la luy accorder, puisque aussytost que cela seroit, sa promotion s'ensuivroit indubitablement; qu'enfin c'est un homme dont on ne peut douter de la mauvaise volonté, tant envers l'Estat et la monarchie qu'envers la personne particulière de Son Eminence; et, comme un vaisseau qui a les voiles tendues, s'il a peu de vent il fait peu de chemin, s'il en a beaucoup il en fait à proportion; et, de plus, qu'ayant la volonté de mal faire, s'il n'est armé que d'un canif, il ne fait mal qu'autant que ce canif en peut faire; mais si vous luy donnez un pistolet ou une espée, il les employcra et fera beaucoup plus de mal qu'avec sa première arme. Je me sers des mesmes comparaisons dont s'est servy Son Eminence.
Qu'ainsy, il faut absolument reculer cette proposition et l'éluder avec le temps, si l'on en peut trouver les moyens; que cela consiste en deux personnes : Son Altesse Rovale et madame de Chevreuse. Sonder ses intentions autant qu'il se pourra et sçavoir s'il y a de la sincérité aux protestations d'amitié qu'elle répète si souvent; et, à cette proposition, se découvrir à elle et luy parler avec confiance; sur quoy je vous prie de luy mander vostre avis et ce que vous pourrez juger d'en découvrir de M. le Garde des sceaux; qu'«i tout cas, il luy faut faire connoistre, par les raisons cydessus déduites et autres qu'on pourra suppléer, les mauvaises intentions du Coadjuteur, et que ses paroles ne servent de rien; et qu'à moins de se perdre absolument, Son Éminence ne luy peut pas accorder ce qu'il demande; que, toute autre chose, il a carte blanche pour luy offrir tout ce qu'il pourra souhaiter, hors cela; que tous les mécontentemens qu'il tesmoigne sont imaginaires; que la Reyne n'a jamais tesmoigné aucune mauvaise satisfaction de luy, et qu'au contraire Son Éminence a vécu avec luy dans une entière confiance; que depuis qu'il luy a donné les assurances de son amitié et qu'il en a reçu il ne peut alléguer autre chose qui ayt contrevenu de sa part, directement ni indirectement; que s'il n'a pas reçu de grâces en son particulier, c'est pour n'en avoir pas demandé et mesme pour avoir tesmoigné qu'il n'en désiroit point; que tout ce qui
moutters, n en 161a, capitaine en i636, i65o, gouverneur de Charieville en i6:m. gouverneur d'Anjou en 1 6'to , dnc et pair en Mort le 1 a ortohre 1 666.
touche à ses amis, Son Eminence ne peut pas croire qu'il ayt sujet de s'en plaindre.
Et qu'enfin sur nette prétention particulière d'estre cardinal, il s'est déelaré tant de fois, et par sa bouche et par celle de ses amis, qu'il n 'aurait jamais cette dignité, qu'on ne doit pas trouver estrange, avec raison , si non-seulement on n'a pas fait l'avance pour la luy procurer, mais mesme si, présentement, on ne croit pas luy devoir estre accordée; que, dans cette conjoncture, il est sans doute plus convenable et plus avantageux pour madame de Chevreuse de se joindre à la Reyne et se mettre entièrement dans les intérests de Son Éminence, ou pour divertir ce dessein de l'esprit du Coadjuteur, et, en ce cas, luy écrire toute autre chose, ou pour contribuer à empescher les mauvaises suites de sa malice; que, pour cet effet, il est nécessaire de couler le temps et qu'elle luy fasse connoistre que cette affaire est de très-grande conséquence pour estre traitée par lettres; qu'il faut attendre le retour de la Reyne; que sa conduite, durant ce temps, donnant satisfaction à Sa Majesté, il la trouverait assurément bien disposée. Qu'au surplus, comme c'est elle qui luy a donné crédit dans l'esprit de Son Altesse Royale, elle peut aussy dans une occasion comme celle-cy ou IV perdre entièrement ou le décréditer beaucoup, et que Son Eminence attend cet effet de son amitié, puisqu'il croit qu'elle luy. a donné préférence à toute autre personne et mesme au Coadjuteur, dans un rencontre comme ccluy-cy où il est question ou de rompre avec luy ou de luy donner les moyens de pousser à bout les mauvaises intentions qu'il a pour Son Éminence dont elle-mesme [ne] peut douter. Pour la mettre dans ces sentimens Son Éminence croit qu'il ne faut rien espargner, et pour cela vous donne carte blanche.
Quant à Son Altesse Royale, Son Éminence vous prie d observer que si on luy dit une chose de conséquence en passant , il n'en fait point d'estal; mais si vous luy dites une bagatelle après luy avoir préparé l'esprit et fait un grand prélude, il en fait une affaire de très-grande conséquence et la tient toute secrète. Sur çe fondement, Son Eminence vous prie, après luy avoir demandé les dernières assurances du secret et luy avoir protesté que c'est par un zèle que vous avez pour sa gloire et non pour aucun autre intérest, de luy déclarer tout ce que vous sçavez des intentions du Coadjuteur touchant la monarchie : les discours qu'il vous a faits, celuy de madame de Chevreuse et tout ce que vous en avez appris, et luy rendre le plus pressant qu'il se pourra ; ajoutant que le sentiment de tous les gens de bien est que cet homme est capable de perdre Testât de la monarchie , et qu'ils s'étonnent que, ayant tant de réputation d'avoir des sentimens de
république, fondée sur beaucoup de vraysemblance , Son Altesse Royale ayt tant de créance en luy; que la prétention qu'il a d'estre cardinal ne va qu'à détourner Son Eminence qu'il considère comme le premier obstacle à ses mauvaises intentions; qu'il peut juger, s'il en estoit venu à bout, s'il en demeureroit là et s'il quitteroit les pensées de république qu'il fait connoistre trop ouvertement; et luy faire sentir qu'il se trouveroit ensuite le premier objet de sa malice. Luy faire connoistre, par les raisons cy-dessus déduites, qu'il n'a aucun dessein de travailler au bien de l'Estat, ni de bien vivre avec Son Eminence; qu'au reste, la Reyne ne donnera jamais les mains à le nommer; que tout le mal qui en peut arriver ne sera pas grand si Son Altesse Royale demeure uny avec la Reyne, dont on ne peut douter. Et bien insister en cet endroit sur les avantages que Son Altesse Royale en recevra , comme aussy diminuer dans son esprit, par de vives démonstrations, les appréhensions qu'il pourroit concevoir de la malice du Coadjuteur; et qu'enfin, il est nécessaire que vous agissiez de la part de la Reyne et luy déclariez avec force et vigueur que, connoissant le Coadjuteur comme elle fait, elle ne peut pas donner les mains à un avancement si considérable pour luy, vu mesme qu'il a cy-devant donné parole positive de n'y jamais prétendre; et qu'elle ne peut non plus approuver que Son Altesse Royale ayt tant de créance en luy. Que vous confériez sur le tout avec II. le Garde des sceaux aussy en conformité tant sur l'esprit de Son Altesse Royale que sur celuy de madame de Ghevreuse. Que vous voyiez aussy avec M. le Garde des sceaux si dans la maison de Son Altesse Royale il y avoit quelqu'un qui eust les qualités requises pour agir utilement sur l'esprit de son maistre, non-seulement en cette occasion, mais en toute autre; et, en ce cas, qu'il ne faudrait rien espargner pour le gagner et pour l'accréditer, pourvu qu'on s'y pust confier.
Du 39 aoust.
Voilà, Monseigneur, tout ce que j'ay à vous faire sçavoir sur le contenu de vostre grand mémoire. A quoy j'ajouteray seulement qu'hier au soir je trouvay occasion de parler à Son Eminence de l'abbaye de M. de Sourches. Sur ce qu'il me répéta, au milieu d'un discours de suite, que si on n'avoit point fait de grâces au Coadjuteur, c'estoit qu'il n'en avoit point demandé et qu'il n'y avoit point eu d'abbayes vacantes assez fortes pour luy, je luy dis que vous croyiez que la Reyne seroit obligée de luy envoyer les expéditions de celle de M. de Sourches, qui estoit fort mal; mais que, comme il ne la prendroit pas dans la conjoncture présente , vous m'aviez chargé de le conjurer de vous l'accorder. A quoy il me repartit qu'il y avoit pensé
AVEC LE TELLIEK. 37
pour vous, et que le Grand Prévost1 en avoit parlé à la Reyne pour son frère. Je luy dis : Que je ne croyois pas qu'il eust un frère capable de la posséder puisque j'avois appris que , sur l'offre que Son Altesse Royale avoit faite au Coadjuleur d'en écrire à la Reyne pour luy, il avoit fait réponse qu'il ne voudroit pas faire tort au Grand Prévost qui cstoit de ses amis; sur quoy Son Altesse Royale ayant répliqué que cela seroit bon s'il avoit un fils ou un neveu qui pust avoir ce bénéfice, il répondit seulement que l'abbé se portoit mieux, et qu'il avoit un fils, et que ce fils n'avoit que deux ans; et que c'estoit une marque que je jugeois indubitable qu'il n'avoit point de frère.
Son Eminence me repartit que le Grand Prévost estoit fort des amis du Coadjuleur et que c'estoit luy qui luy m mdoit toutes les nouvelles de la cour; qu'on luy avoit dit aussy qu'il [l'abbé de Sourches] se portoit mieux, et qu'il en parlerait à la Reyne. Voilà , Monseigneur, ce qui se passa sur ce point. J'auray soin de le cultiver et de n'y perdre aucun temps, vous assurant que je m'estimerois bien heureux si, avec le chagrin que l'on amasse icy en abondance, je pouvois contribuer en quelque chose à la salisfaction que vous souhaitez et que vous ne méritez que trop.
Je crois qu'il y aura beaucoup de choses à changer sur les projets de la solde des Suisses que je vous ay envoyés , par ce que j'apprends que les licenciemens et couplemens n'ont pas esté exécutés comme ils avoient esté projetés.
M. du Dognon2 s'est enfin déclaré pour le Roy et a envoyé en mesme temps huit vaisseaux qui sont présentement dans la rivière, avec assurance qu'il montera en mer avec quelques autres vaisseaux qu'il prépare au cas qu'il y ayt nouvelles de quelque secours du costé d'Espagne. Nous n'en avons encore aucunes de du Quesne3. Toute nostre armée est sur la Garonne et doit attaquer demain le chasteau de Blanchefort, fort proche Bordeaux, où il y a garnison. Le siège commencera à se former dans deux ou Irois jours, et l'on espère en venir à bout en peu de temps. Le Grand Maistre* est enragé de chagrin de voir que Son Eminence prend connoissance de
' Jean du Bouchet, marquis de Sourches. vint vice-amiral. Gouverneur de l'Aunis pen-
Knfant d'honneur de LooisXTII, il raccompagna dant la Fronde; il ohtint le hâlon de maréchal
dans toutes ses expéditions. Grand prévôt de de France en 1 669.
Franre en 1 663; maréchal de camp en i65i; s Abraham du Quesne, né à Dieppe eu
marquis en i6.r>a. Mort le 1" février 1677. »6io. Chef d'escadre en 1667. Mort en 1688.
M.Bernier a publié quelques extraits insigni- * Charles de la Porte, marquis, puis duc
fiant* d'un Journal du marquis de Sourches, de la Mcilleraye, né en 16011. Fut auccessive-
a vol. in-8\ ment gouverneur de Nantes (i63a); grand
■ Louis Foucauld, comle du Dognon, né maître de l'artillerie (i633); maréchal de en 1616, page du cardinal de Richelieu, de- camp (t635); lieutenant général (i636).
tout le détail des munitions de guerre et de tout ce qui concerne farinée. L'on appréhende mesme qu'il ne quitte, à quoy pourtant je ne vois point encore d'apparence.
Permettez-moy, s'il vous plaist, Monseigneur, que je vous dise un mot concernant mes intérests : la prétendue gratification de Son Éminence de 3,ooo livres est réduite à 1,700 que je pourray toucher dans l'année i653, s'il n'arrive aucun changement dans l'Estat. Cependant, comme je suis obligé de faire quelque dépense, je vous demanderais en grâce qu'il vous plust m'accorder une ordonnance de voyage telle qu'il vous plaire, comme pour celuy de Bourgogne, et d'en faire solliciter le visa et la taxe de vostre part. J'en pourrois tirer une assignation payable dans six mois, qui me rembourserait d'une partie de mes frais. Je soumets cette prière à tout ce que vous estimerez raisonnable et faisable , ayant confiance entière en vos bontés, dont j'ay reçu tant de marques.
Le Grand Maistre a la goutte au col, ce qui le mettra hors d'estat d'agir en ce siège et le retardera beaucoup assurément.
(Bibl. Imp. M». S. F. 3,oo S, Le Tellicr, Papier* d'État, IV, fol. S47.)
Bourg (Guyenne), 17 septembre i65o.
Depuis ma lettre écrite et chiffrée, Son Éminence m'a envoyé quérir et m'a donné un grand mémoire minuté contenant plusieurs raisons sur l'affaire dont est question, avec ordre de le voir et d'ajouter ce qui neseroit pas contenu dans ma dépesche; ce que j'exécuteray par cette moins autant que je pourray déchiffrer un mémoire auquel je ne presque rien, avec résolution néanmoins, si j'omets quelque chose qui nie semble de conséquence, de iuy en demander l'explication, aussytosl qu'il sera de retour de l'isle de Cazeau2, où il est allé présentement et d'où il ne doit retourner que ce soir, afin de pouvoir vous l'écrire par l'ordinaire qui partira demain.
M. le duc d'Epernon a donné avis à Son Eminence que Son Altesse Royale a la persuasion de M. le Coadjuteur de bien mander à M. de Bar3
Créé maréchal de France au siège de Hesdin; 1 Département de la Gironde, arrondis^-
surintendant des finances en t6^8. Nommé ment de Bordeaux.
duc et pair en 1 663. Mort le 8 février 1064. 3 Guy de Bar, né en 160A , reçut en «<>'i6
1 Lettre chiffrée, venant de la cour; de la une compagnie au régiment de» gardes frau-
lin d'un secrétaire de Colbert; non signée. eaises, en réoompenso de son attachement a
que, s'il refusoit, ii se porterait facilement aux extrémités contre la Reyne; s'ilobéissoit, Sou Altesse Royale iroit à Vincennes et y eslabliroil des personnes dépendantes de luy; que, pour éviter cet accident, il faudrait faire entendre à Son Altesse Royale qu'il y a party formé sur la personne de M. de Bar et qu'on doit en prendre le temps lorsqu'il ira à Paris; que c'est pour ce dessein qu'on la presse; inspirant aussy à Son Altesse Royale quelle doit éviter cet attentat et qu elle peut honnestement s'excuser sur ce que M. de Bar luy a donné sa parole, et à la Reyne en mesme temps, qu'il ne ferait jamais rien sans un bon ordre signé des deux.
Le sacrifice de If. le Cardinal est le prix que M. le Coadjuteur promet de payer pour le cardinalat. Il en est assuré par le moyen du Nonce. Sa Sainteté, le sçachant ennemy de M. le Cardinal, lui a fait dire diverses fois qu'il se fist nommer et qu'il le promouvoiroit à l'instant. Il faut déclarer à Son Altesse Royale, de la part de la Reyne, qu'il ne s'engage point à demander la nomination, et que Sa Majesté se souvenoit de l'opinion qu'il a toujours eue du Coadjuteur et de ce qu'il luy en a dit; qu'elle est persuadée, comme tout ce qu'il y a de gens de bien dans le royaume, que cet esprit-là ne pense qu'a la république, et qu'il n'y a nulle solidité, mais une intrigue perpétuelle qu'il ne cessera jamais qu'il n'ayt perdu l'Estat.
Que Son Altesse Royale considère si le Coadjuteur ne pense et ne travaille à estre le maistre, puisque, outre que son esprit^anibitieux et les cabales qu'il entretient partout le font assez connoislre, les promesses de grande fortune qu'il fait espérer à tous les principaux domestiques de Son Altesse Royale et particulièrement à ceux en qui elle a créance , si jamais il en pouvoit faire, ne peuvent permettre d'en douter.
Qu'il serait bon de dire en confidence à Son Altesse Royale la manière dont M. le Coadjuteur s'est entretenu avec tout le monde : qu'il faut tenir Son Altesse Royale par principe de crainte; et il suit cette maxime, ayant desjà imprimé dans l'esprit de Sadite Altesse Royale qu'il a tout crédit dans le parlement et dans la ville; et ensuite il luy esl fort facile de luy inspirer des terreurs paniques.
Madame de Monlbazon fait connoislre à Son Emincnce, en termes généraux, qu'il doit prendre garde à luy; à quoy ajoutant ce qui est porté dans une de vos lettres touchant Je sieur de la Boulaye1, il est certain que ces
Maréchal de camp en 16Û9, il fut, tenant général en i65t; gouverneur d'Amiens
le 1 8 janvier de l'année suivante , nommé gou- en i653. 11 conserva celle place jusqu'à sa
«erneitr du château de Vincennes, où étaient mort, arrivée en janvier i6q5. ♦ «fermés les princes. 11 les escorta à llinMMM « Maxiimlien Eschalard, marquis de la Bou
I au Havre. Giuseiller d'Étal on i65 1 ; lieu- laye, officier général. Tour à tour Frondeur «I
gens-là , c'est-à-dire la cabale de M. de Beaufort et de madame de Montbazon, n'adhèrent point à la grandeur du Coadjuteur et qu'ils peuvent servir auprès de Son Altesse Royale pour aliéner de son esprit le Coadjuteur.
Remarquer qu'aussytost que , par la bonté de la Reyne et sa prudence, elle s'est obligée d'approuver l'engagement dans lequel le Coadjuteur a mis Son Altesse Royale, il n'y a plus d'apparence de division entre la Reyne et Son Altesse Royale, ni de nous mettre le parlement de Paris sur les bras. Le Coadjuteur ne perd pas un moment de temps, ni madame de Chevreuse, pour mettre sur le tapis une autre affaire plus espineuse et telle que, dans le refus ou dans l'acquiescement , ils espèrent venir à bout de Son Eminence.
Presser fort madame de Chevreuse sur ce qu'elle a dit à Son Eminence de l'humeur du Coadjuteur, et qu'elle faisoit grande différence de l'amitié qu'elle avoit pour luy à celle qu'elle avoit pour Son Eminence , qui croit certainement que le Coadjuteur n'auroit jamais eu cette pensée sans elle; et luy déclarer enfin que le presser sur cela c'est le presser de quitter la place et s'en aller, ce qu'il ne fera point, estant en estât de la conserver encore longtemps.
Que de se persuader que le Coadjuteur fixe son esprit est prétendre que l'eau s'arreste dans le penchant : qu'il fait du mal à Son Éminence et à l'Estat, contre la raison et les paroles si solennellement données, avec un brigantin; que si vous luy donniez un bon el grand vaisseau, il perdroit infailliblement tout. Enfin, que si ladite dame ne détourne cette proposition, Son Éminence se tient pour dit qu'elle agit pour faire que M. le Coadjuteur ayt sa place.
Madame de Chevreuse a parlé de cette prétention du Coadjuteur à M. l'évesque de Lavaur 1 qui en a écrit à Son Éminence dont il n'est pas marry, puisque cela sera public et que chacun reconnoistra que ledit Coadjuteur, parce qu'on n'a pas contenté son ambition, brouille et veut tout perdre.
On retiendra beaucoup tout le monde dans l'incertitude de delà, insinuant adroitement que la disposition des affaires de deçà ne donne pas grande espérance de succès pour la réduction des Bordelais; car toutes fois et quantes que l'on nous croira embarrassés en sorte qu'ils ne croiront point (juc nous en puissions sortir facilement, mais au contraire que nous sommes à la veille d'y périr, nous aurons du répit.
partisan de Maxarin. Né en 1610, mort on ' Jean- Vincent dsTnIles, nommé le 3ooc-
«668. lobro i646. Mort le h décembre 1668.
Toutes ces raisons sont entièrement soumises aux sentimens de M. le Garde des sceaux et de M. Le IV Hier pour y ajouter, diminue/, s'en servir et les supprimer, et généralement s'en servir comme ils jugeront plus à propos, quoyque Son Eminence pense que tout ce qui concerne Son Altesse Rovale doit estre dit.
Pour retarder la nomination on peut se servir que l'exclusion n'est pas encore donnée à M. de Metz1, et qu'on ne peut l'abandonner qu'après avoir fait toutes les instances possibles et en avoir eu la dernière réponse.
M. le Goadjuteur remet toujours à se déclarer pour Son Eminence après qu'il sera satisfait, et quelque chose qu'elle fasse pour luy il ne l'est jamais; et il est certain qu'il ne peut plus solennellement promettre d'estre des amis de Son Eminence à présent, quand on luy promettra de le contenter sur sa ■ouvelle prétention, qu'il ne l'a desjà fait trois ou quatre fois avec les dernières protestations en présence de M. de Laigues et de madame de Chetreuse.
La proposition eust esté plus réussible s'il eust fait supplier par madame de Chevreuse que l'on sursist la nomination au cardinalat quelque temps, afin que, en luy accordant le temps de rendre quelque grand service à l'Esté et de faire une déclaration de publique et irrétraclable amitié pour Son Eminence, la Reyne pust après, assurée de ces deux points, luy donner une grande marque de son estime et affection , avec la nomination. Et il auroit bien pu se fier plus en Son Eminence qu'elle n'a sujet de se fier en luy : car, après tant de paroles données, il n'y a personne qui voye s'il a aucune direction pour Son Éminence, et au contraire, quoyqu'il ne puisse pas reprocher à Son Eminence qu'elle y ayt manqué en la moindre petite chose. Madame de Chevreuse sçait bien s'il dit vray.
Et la plainte que Son Éminence auroit tout sujet de faire de madame de Chevreuse est que, ayant vu la conduite de Son Eminence.et celle du Coadjuteur, elle ne s'en soit séparée et ne luy ayt fait perdre adroitement le crédit dans l'esprit de Son Altesse Royale, mais au contraire qu'elle agit en sorte d'engager la Reyne à l'élever.
C'est tout le contenu au mémoire écrit de la main de Son Eminence sur lequel il vous donne tout pouvoir d'augmenter, diminuer, supprimer et déclarer tout ce qu'il convient sur le fondement qu'il faut gagner du temps.
(Bibl. lu. p. M- S. P. 3,oo4, Le Tellicr, Papier» d'Èitt, V, fol. 465.)
1 Henri de Bourbon-Verncuîl , fils naturel eut pour su (Traçant Nicolas Coi ffeteau, événue <i* Henri IVet de Henriette d' Entraçues. Il était de Dardanie. On toit par cette leUre que Mapvéque d«'*igné de Metz depuis la mort du car- tarin se servait de l'cvcquc de Melz pour faire dinal de Bar, en 1607, et il en avait obtenu écarter le Coadjuteur. ks bulles. Il ne fut jamais ordonné prêtre, et
Bourg (Guyenne), 17 septembre i65o.
Son Éinineoce m'ordonne d'écrire en chiffre qu'il ne faut vous espargner pour fortifier le chasteau de Marcoussis2 et y mettre toutes les munitions qui seront nécessaires; que M. de la Tivolière a écrit icy que M. de Bar demandoit encore cent hommes, et qu'il luyiaut donner mesme davantage, s'il le juge nécessaire; et, si la compagnie des gardes suisses en avoit esté tirée, qu'il l'y faut remettre.
Son Éminence vous conjure encore de ne rien oublier pour décréditer M. le Coadjuteur et M. de Beaufort, et d'examiner avec M. le Garde dos sceaux ce qu'il y a à faire pour empescher que ces gens-là n'empestent davantage les esprits; car si l'on n'y remédie promptement, vu les mauvais sentimens qu'ils tesmoignent, il n'y a personne qui ne conclue irrémédiablement la perte entière de la monarchie, quelque bonne intention que Son Altesse Royale ayt de soy. Pour tenir madame de Chevreuse dans ce sentiment, on pourrait convenir de tout avec elle, d'assurant d'un entier repos, des bonnes grâces de la Reyne au dernier point, et d'avantages plus solides, cela s'exécutant. On pourroil mesme lui parler de quelque mariage pour sa fille, que l'on feroit réussir par des grâces que la Reyne pourroit faire, comme seroit avec un des enfans du prince Thomas3, que madame de Chevreuse souhaite m'en ayant parlé en cette conformité.
Visiter Madame4 de la part de la Reyne, la flatter, l'assurer de son entière affection, et agir auprès de madame de Saugeron5 pour, par son moyen, empescher autant qu'il se pourra l'abouchement de Son Altesse Royale avec l'Archiduc6; car s'ils sont une fois seuls, il s'y fera ces sortes de
1 Lettre chiffrée, venant de la cour; de la main d'un secrétaire de Colbert; non signée.
* Pelit village de l'arrondissement de Rambouillet (Seine-et-Oise), où les princes avaient été enfermés.
3 Thomas-François de Savoie, prinre de Carignan, né en iôg6. Mazarin lui avait donné la charge de grand maître de hrance, après la disgrâce de Condé. Mort en 1 656.
* Marguerite de Lorraine , deuxième femme de Gaston d'Orléans, mariée en i63a.*Morto ù Paris le 3 avril 167a. à l'âge de cinquanteneuf ans.
» Ou plutôt mademoiselle Campet de Saujon. Elle n'était encore que fille d'honneur de la duchesse d'Orléans, lorsque, pour se soustraire aux importunités de Monsieur, qui avait conçu pour elle une violente passion, elle se retira au couvent des Carmélites et y prononça ses vœux. Un arrêt du parlemeut, sollicité |«r Gaston, autorisa mademoiselle de Saujon à sortir du couvenL Conseillée par le père Léon , elle revint à la cour du duc d'Orléans, en qualité de dame d'atours de la duchesse.
6 L'archiduc Léopold-Guillaumed'Autncl»', frère de l'empereur d'Allemagne FerdinauJ III
ineschantes propositions de mariages, et autres, pour raccommodement de Son Altesse Royale avec M. le Prince, dont l'Archiduc se pourrait rendre garant, ce qui feroit un fort mescliant effet.
Écrire souvent de la part de la Revue aux officiers de la cavalerie qui doit escorter les princes, pour les faire tenir dans leur devoir, et leur faire espérer des grâces.
Qu'il faut se servir de tous les rencontres, et mesme les rechercher soigneusement, de désunir M. de Beaufort d'avec le Coadjuteur, ce dernier estant bien plus dangereux que l'autre.
Faire en sorte que madame de Chevreuse trouve prétexte d'envoyer M. de Laigues au-devant du Roy, avec l'agrément de Son Altesse Royale, en sorte qu'il n'en prenne jalousie.
Fomenter la crainte de Son Altesse Royale en tous rencontres, afin que s'il se présentoit occasion qu'il fust nécessaire de le faire sortir de Paris, on l'y pust porter plus facilement. Qiioyque cet article soit tout.contraire à ce qui est porté par vostre mémoire du 10 de ce mois, que Son Imminence n'a point encore pu voir, et que je luy aye fait voir vostre sentiment là-dessus, elle n'a pas laissé de m'ordonner de vous en écrire un mot, vous laissant la liberté d'en user comme vous le jugerez plus à propos.
Si Son Altesse Royale parle en particulier à l'Archiduc, celuy-cy, qui sera environné de M. le mareschal de Turenne, et par conséquent de tous les mutins de Paris, fera des propositions dont Monsieur sera fort embarrassé; et il est à craindre qu'il ne s'engage mal à propos, quoyqu'il n'ayt pas mauvaise intention. Et assurément, comme les personnes qui agissent auprès de l'Archiduc ont leur principal inlérest en la liberté de M. le Prince, elles feront qu'il proposera h Son Altesse Royale quelque accommodement entre eux, avec des assurances qu'il donnera, qui seront mariages, peutestre pour Mademoiselle1 avec l'Empereur2, ou avec luy l'Archiduc; le flattant que, par ce moyen, il aura la gloire de faire la paix; que M. le Prince luy devra sa liberté, et que Son Altesse Royale sera le maistre; mais eu effet ce seront les Espagnols et les factieux qui luy auront donné la liberté, et ce sera M. le Prince qui sera le véritable maistre de Monsieur, sans contredit, et luy -mesme en très-mauvais estât, et la royauté peu seure, avec tous les serviteurs du roy qui seroient sacrifiés pour élever sur leur mine les séditieux qui se sont déclarés pour le party des princes.
1 Lacélèbr»' Mademoiselle, qui fut si difficile à marier et finit par épouser Lauiun. — Anne- Marie-Louise d'Orléans, duchesse- de Mont- P*TOier, d** a l'aris en 1637, du premier ma-
riage de Gaston avec mademoiselle de Montpensier. Morte en 1693.
» Ferdinand III , né à GraU en 1 608 , avait surcédé à son père en iG37. Mort en t657.
La Reyne croit que ceux qui induisent Son Altesse Royale à travailler à la paix ont dessein de la rendre odieuse aux peuples.
Son Emihence ne répond point à vostre mémoire du 1 o de ce mois, ce qu'elle a dessein de faire par courrier exprès.
(Bibl. Imp. M». S. F. 3,oo4, U Tellier, Papieri d'État, fol. 109.)
Bourg (Guyenne), 18 septembre i65o.
Ce matin, Son Éminence a entendu la lecture du mémoire en chiffre de M. Le Tellier du t o de ce mois. Pour réponse , elle m'a commandé de luy faire sçavoir que rien n'attache tant Son Altesse Royale à Paris que de vouloir estre auprès de Madame, à cause de Saujon; et, comme les armes plus fortes dont le Coadjuteur et M. de Beaufort se servent pour obliger Son Altesse Royale d'adhérer à tout ce qu'ils veulent sont les craintes qu'ils luy donnent, tantost du peuple, tantost du parlement de Paris, il seroit de la dernière conséquence qu'on taschast adroitement de dégouster Madame de Paris, afin que d'elle-mesmc se fist quelque proposition à Son Altesse Royale, pour le convier d'en sortir et s'en aller à Fontainebleau ou Orléans, ou à Blois : luy disant que cette ville-là ne mérite pas les peines qu'il prend pour son bien et pour son avantage, et que c'est une estrange chose d'estre toujours exposé au péril, sans avoir un moment de repos.
Tout ce qui pourroit satisfaire Madame pour l'engager à cela pourroit estre promis, de la part de la Reyne, par la personne qui se chargeroit de luy donner cette pensée. Le père Didaque seroit le plus propre et le plus puissant dans son esprit; et avec la promesse d'un évesché, auquel il aspire, il n'y a rien qu'il n'entreprist ; et afin qu'il eust quelque chose présentement, n'y en ayant pas de vacant, on luy en pourroit faire donner un m partibus à Rome, avec un revenu pour subsister, ou quelque bénéfice, qui seroit le mieux pour luy, parce qu'il auroit la dignité, et n'estant pas obligé à la résidence, il se tiendrait toujours auprès de Madame. Jobard3, qui est à Son Eminence, le voit souvent et est de ses amis particuliers, de façon que, instruit par Le Tellier, s'il juge à propos d'introduire cette affaire, il s'acquittera fort bien et avec adresse des ordres qu'il recevra.
1 Mémoire en chiffre, venant de la cour; de * Intendant de Maiarin.
la main d'un secrétaire de Colbert; non signé.
Quand mesme Madame ne voudroit pas persuader Son Altesse Royale de quitter Paris, ce seroit assez qu'elle tesmoignast que, pour sa santé et pour son plaisir, elle voudroit aller prendre l'air en quelque lieu, pour faire que Son Altesse Royale y donnast les mains et ensuite la suivist; et si l'affaire peut s'accorder de la sorte qu'il puisse venir dans, un des trois lieux susdits, c'est un des plus grands coups que Ton puisse faire, dans la conjoncture présente, pour tirer par ce moyen Son Altesse Royale des mains de ceux qui ont résolu sa perte avec celle de l'Estat. Si on pouvoit prendre conGance entière là-dessus en madame de Chevreuse, et qu'elle y voulust user de la bonne sorte, je ne doute nullement que l'on ne vinst à bout d'obliger Son Altesse Royale à quitter Paris, au moins pour quelque temps, sous prétexte de venir au rencontre de Leurs Majestés.
Quoyque j'aye fait remarquer à Son Eminence que tout ce discours avoit pour fondement un sentiment tout contraire au vostre (qui est de faire connoistre à Son Altesse Royale que toutes les craintes qu'on tasche de luy mettre dans l'esprit sont vaines, qu'il ne peut arriver de désordre dans Paris, qu'il y a tout crédit), il n'a pas laissé, après y avoir resvé quelque temps, de persister dans son avis, non pas qu'il n'approuve le vostre, mais emporté par l'envie qu'il a de voir Son Altesse Royale hors de Paris, et avoir par ce moyen plus de facilité à le détacher d'avec le Coadjuteur et à luy faire connoistre ses mauvaises intentions. En ce sens , il m'a commandé de vous dire qu'il faut faire ses efforts pour persuader à Son Altesse Royale qu'il ne peut arriver du désordre dans Paris en sa présence, et encore moins en son absence et en celle du Roy, puisque tous les bruits que l'on eust excités dans Paris n'ont pour but que de donner de fortes appréhensions, ou au Roy, ou à la Reyne-, ou à Son Altesse Royale présents, et par ce moyen les obliger à faire quelque chose de préjudiciable à leur autorité, ou à avoir recours à ceux qui , pour les avoir excités, sont en pouvoir de les apaiser : ce qui cesse absolument par leur absence.
Il est nécessaire, soit par la voye de M. Le Tellier, soit par personne interposée, d'entretenir bonne correspondance avec madame de Montbazon et La Boulaye, parce que telle chose peut arriver qu'elle pourrait, avec le crédit qu'elle a sur l'esprit de M. de Reaufort, rendre quelque service considérable en le détachant entièrement d'avec le Coadjuteur, ce qui convient fort à ses intérests; et comme elle y est fort attachée, le moyen de les luy procurer dans les rencontres sera infaillible , pour la porter à ce que l'on voudra; à quoy il faut employer toutes sortes d'artifices, particulièrement la flattant sur les choses qui la peuvent le plus chatouiller à l'égard de M. de Beaufort. Pour La Boulaye, il ne sera pas difficile de
l'engager aussy, le flattant sur sa fermeté et sur la capacité qu'il a de rendre de grands services.
M. LeTellier verra en particulier madame de Guéméné^de la part de la Reyne, pour luy dire le gré que Sa Majesté luy sçait de la bonne disposition en Laquelle elle est; et qu'elle se peut assurer de son amitié entière, dont elle luy donnera des marques dans les occasions qui s'en présenteront.
Ce qui est porté par le mémoire touchant MM. de Nemours2 et de La Mothe3 est de conséquence , et fait beaucoup de peine. Son Altesse Royale a grand tort d'en user de la sorte en un rencontre qui est si important au bien de l'Estat et à ses intérests; mais en exécutant brusquement la translation des princes, sans qu'il puisse estre pénétré à Paris la nuit dan> laquelle on la fera , il y a apparence qu'ils pourront estre au Pont-del'Arche avant que Ton soit en estât de tenter leur délivrance, particulièrement si le corps de cavalerie que M. Le Tellier a mandé à Paris a part à sa conduite. On ne sçait pas pourquoy on a pensé à M. Digby 4 pour conduire ces troupes. Il est vray qu'il est présentement attaché à Son Érainence; mais il estoit à M. le Prince à cause des bons quartiers qu'il luy avoit donnés en Bourgogne; et c'est un homme qui n'a rien, et qui, par conséquent, est plus exposé à manquer de fidélité pour sortir de nécessité.
H ne se peut rien ajouter à la satisfaction que la Reyne a tesmoignée sur ce qui est porté par le mémoire de la conduite et des bons sentiment de madame de Chevreuse, particulièrement sur un point sur lequel on avoit voulu donner beaucoup de soupçon à Sa Majesté , qui est l'attachement prétendu de M. le Coadjuteur avec elle. Sa Majesté a voulu que j'en fisse la lecture trois fois consécutives, et son affection envers elle a esté réchauffée plus qu'on ne sçauroit dire : ce qu'elle a tesmoigné par des assurances qu'elle ne manquerait jamais pour elle; qu'elle se souviendront toute sa vie de la sincérité de sa conduite ; et des protestations qu'elle iroit toujours au-devant de ce qui regarderait l'avantage de sa maison parti-
1 Anne de Roban , princesse de Guéménée , femme de Louis de Rohan , son cousin germain; morte à Rochefort le ih mars i685, Agée de quatre-vingt-un ans.
1 Charies-Amédée de Savoie, duc de Nemours, prit une part active aux troubles de la Fronde, et commanda l'armée des princes avec le duc de Reaufort, son beau-frère, qui le tua dans un duel en i65a. Le So janvier i65i, il signa , avec Gaston et la princesse Palatine , un traité pour l'expulsion de Mazarin. [Madame
de LmgueviUe pendant la Fronde, par M. Cousin, II, 38a.)
• Philippe de La Mothe-Houdancourt, àw de Cardone, né en i6o5; nommé, en 16A1, vice -roi commandant la Catalogne; maréchal de France après la victoire de Tarragooc ; battu devant Lérida en i6'i4 ; mort en 1657.
* Georges Digby de Rristol , comte de Digb;. entra au servie* de la France en 1 648; lieiitensnt général en 1 65 1 ; se retira de Tannée en 1 6 "19 ; mort en 1 678 , à l'âge de soixante-cinq ans.
culière et Pesta blisse ment de sa fille. Sa Majesté souhaileroit aussy que madame de Chevreuse tinst M. de Noirmoutiers attaché à elle autant qu'il se pourra; à quoy on croit qu'il y aura facilité, estant homme d'honneur et obligé à la Reyne et à Son Eminence.
Madame de Chevreuse peut aussy juger par ce qu'elle dit de M. le Coadjuteur, si Dieu a jamais fait un plus meschant homme , après les protestations qu'il a faites à Son Érainence. Et ce qu elle avoue luy avoir esté dit de la paix générale, et de se saisir des princes, confirme Son Éminence sur ce qu'il écrivit hier : qu'il a part à l'entrevue de l'Archiduc, et qu'il est à craindre que Son Altesse Koyalc ne résiste point; et autres choses portées par la lettre d'hier.
On ne doute point qu'il y a seureté à la transfération des princes, Son Altesse Royale ayant donné les mains qu'on envoyast quérir des troupes, feignant que cela porte un consentement tacite h la transférance ; et quand la chose sera exécutée, il ne faut point révoquer en doute, connoissant l'esprit de Son Altesse Royale', qu'il n'y donne les mains et ne demeure plus attaché à la Reyne. On dépesche ce courrier en toute diligence , parce que si Son Altesse Royale n'estoit pas party, et qu'il souhaitast de mener toutes ses troupes avec luy, par honneur ou pour sa seureté, il le faut empescher, sous prétexte qu'elles sont nécessaires à la seureté de Marcoussis, vu les assemblées de noblesse qui se font en Champagne, Normandie, et ailleurs.
Que si Son Altesse Royale va s'aboucher avec l'Archiduc tout seul , il ne faut pas douter que, son dessein, comme Son Éminence l'a desjà écrit, devant agir avec l'esprit des partisans des princes, il ne propose d'abord accommodement entre Son Altesse Royale et M. le Prince. 11 pourroit se faire que Son Altesse Royale (ne pouvant agir de soy-mesrae ni percer jusqu'au fond de ce dessein, et tous ceux à qui il se pourra communiquer ayant part à tout cecy et qui, peut-estre, sont desjà d'accord des avantages que chacun en aura) donne les mains à tout: ce qu'il ne feroit pas, vu l'impossibilité qu'il y auroit à l'exécuter, si M. le Prince estoit au Havre.
C'est pourquoy, ayant donné les mains à faire venir des troupes pour cela, en son absence on peut exécuter la transférance, en prenant toutes les précautions qui se pourront.
M. de Saint-Aignan a écrit à M. de Lionne, qu'à un coup prest, s'il estoit nécessaire , il pourroit amener de Rerri , soit des troupes qu'il y a présentement, soit de ses amis, jusqu'à 5oo chevaux; et un gentilhomme de Beauce, nommé Chastenay, offre de mener 200 gentilshommes, en luy
donnant un brevet de mareschal de camp. Si on en a besoin, on pourra s'adresser à M. Girard , chez M. Servien à Paris, qui le connoist et luy fera tenir les ordres nécessaires pour cola.
Son Eminence a fort approuvé [la réponse] que M. Le Tellier fit, en présence de Son Altesse Royale, au discours de M. le Coadjuteur, touchant l'appréhension qu'il donnoit à Son Altesse Royale des désordres qui arriveroient dans Paris si on éloignpit les princes; et tout ce qui a esté fait pour décréditer M. le Coadjuteur dans l'esprit de Son Altesse Royale (à quoy il conjure qu'on ne perde aucun temps ni aucune occasion) ; comme aussy tout ce qui a esté répondu sur sa prétention au cardinalat; sa prétendue modération luy fait craindre pourtant qu'il n'ayt quelque dessein caché, comme celuy dont il est cy-dessus [question] , de l'accommodement à proposer par l'Archiduc, ou bien mesme quelque entreprise de la part de tous les Frondeurs sur le chasleau de Marcoussis, dont on luy donne avis de Paris, et qu'on fait mesme assez facile.
Le Coudray-Montpensier renie fort icy M: le Coadjuteur, et parle de luy comme d'un homme qu'il n'a esté jamais voir et avec lequel il n'a aucune habitude.
La Reyne désire que M. Le Tellier voye de sa part M. de Rellièvre, luv fasse ses complimens sur son détachement d'avec le Coadjuteur; qu'elle en est très-satisfaite , et sera très-ayse de luy donner des marques de son affection.
Qu'il voye aussy M. le Garde des sceaux ; et comme toute sorte de complimens et de tesmoignages d'amitié sont au-dessous du zèle qu'il fait paroistre en tous rencontres pour le service du roy, qu'il luy dise seulement que la Reyne a beaucoup de cœur et qu'elle croit estre trop forte, assistée de la raison et des conseils de M. le Garde des sceaux et de la forte amitié de madame de Chcvreuse. pour dissiper tous les troubles qui sont présentement dans le royaume et confondre tous ses ennemis.
Son Éminence prie aussy d'ajouter à cela ses complimens et les assurances de ses services.
On croit que l'on fera tous efforts pour avancer le traité de paix et faire en sorte que tout le monde connoissc que la Reyne n'y a point de part. On désire qu'à mesure que M. Le Tellier verra que ce traité avancera ou reculera , il confère avec madame de Chevreuse pour trouver quelque expédient pour faire connoistre à tout le monde que la Reyne y a part; la flattant mesme que la Reyne s'ouvrira à elle pour ce dessein de quelques secrets pour agir avec les correspondances- qu'elle peut avoir en Flandre.
On donne avis à Son Eminence que M. Gonlas1 agit fort bien auprès de Son Altesse Royale pour conserver l'union entre luy et la Reyne, et que, dans les dernières occasions , il en a donné* des preuves signalées. Si M. Le Tellier reconnoist la mesme chose, Son Eminence croit qu'on le peut employer, dans les rencontres, pour maintenir l'esprit de Son Altesse Royale dans la bonne assiette.
Du 19 septembre.
Comme, parles propositions des députés de Bordeaux, il y a apparence, s'ils ne changent, que l'affaire se rompra, on fera revenir M. d'Epernon, sa présence estant icy absolument nécessaire pour nous assister de toutes les choses que nous ne pouvons avoir sans luy. Il faut le dire à Son Altesse Hoyale, adroitement, comme une chose faite et sans diflieulté, en sorte qu'il n'ayt pas lieu de délibérer; ce qui paroist assez facile, puisque les Bordelais se sont rendus indignes de toutes sortes de grâces, et qu'ils feront voir clairement que ce n'a jamais esté la considération de M. d'Epernon qui les a excités, mais le pur esprit de sédition.
Touchant le duplicata du mémoire en chiffre du 5 de ce mois , que je viens de recevoir par M. le comte de l'Hôpital , qui parle de la conduite de M. le Coadjuteur, Son Eminence prie M. Le Tuilier de conférer avec M. le Garde des sceaux sur ce qui est à faire, et en mander leur avis pour l'exécuter promptement, cette affaire estant d'aussy grande conséquence que celle des princes. Son Eminence prie aussy sur ce sujet M. Le Tellier de faire connoistre à Son Altesse Royale la mauvaise conduite de M. le Surintendant2 (et l'exagérer sur tous les rencontres de la demy-monstre , des levées et de tout ce qu'on luy a demandé pour le service du roy), et mesme son attachement aux intérests des princes, afin que, s'il se peut, d'elleuiesme elie en fasse dire quelque chose à la Reyne et propose quelque expédient.
(Bibl. Imp. S. F. 3,ooa, Le Tellier, Papiern d'État, V, fol. 190.)
( Lettre origiuale.)
Bourg (Guyenne), ce dernier septembre 1 65o.
Monseigneur, je reçus avant-hier par le sieur Hallot vostre mémoire
1 Larootte-Goulas , secrétaire des comman- président au parlement. Surintendant des àmuméM de Gaston d'Orléans. finances du a5 mai i65o au 5 septembre
* René de Longueil, marquis de Maisons, l65t.
du a h auquel je fis réponse le mesme jour, et hier celuy du a5 que j'av fait voir ce matin h Son Eminence qui tu a chargé de vous faire sçavoir que la Reync a esté très-satisfaite de la résolution prise par madame de Chevreuse de venir au-devant d'elle à Orléans; que là, on conférera sur toutes choses avec elle pour prendre les résolutions qui seront les plus avantageuses au service du roy; qu'il est hon de commencer toujours le dessein de persuader à Son Altesse Royale et à Madame de venir au-devant de Leurs Majestés, à Blois, Orléans ou Fontainebleau; et que, quand elles seront persuadées, si on juge qu'il ne soit pas nécessaire, à quoy il y a peu d'apparence, on n'aura pas de peine à les en dissuader.
On concertera aussy avec madame de Chevreuse sur la pensée qu'elle a du Coadjuteur; et on n'omettra rien pour sa satisfaction, aux termes qu'elle prescrit, pourvu que la seureté s'y trouve...
Il est bon de ne pas penser à la translation des princes sans la participation de Son Altesse Royale; et ce qui en a esté cy-devant mandé estoit fondé sur l'appréhension que Son Éminence avoit que les affaires de Paris fussent en un autre estât qu'elles ne sont pas; ce qui aura esté facilement remarqué par les mémoires précédens.
Il est bon aussy de. les laisser à Marcoussis jusqu'au retour de Leurs Majestés, en songeant toujours exactement ce qui est nécessaire pour la seureté de leur garde.
Les raisons de M. le Garde des sceaux sur le rappel de M. d'Epernon sont fort bonnes; et on les auroit suivies, le cas avenant: la paix estant présentement confirmée, il n'en est plus question...
Son Éminence m'a tesmoigné qu'il estoit fort obligé aux soins que vous prenez pour tout ce qui le regarde, particulièrement de la pensée que vous avez de presser l'affaire de Nantes ; que cela peut estre appelé charité en lestât où il est à présent réduit, à la veille tous les jours de voir abandonner ses pourvoyeurs, dcspouillé presque de toutes ses abbayes, à peine payé de ses pensions, ni en estât de l'estre, en la nécessité où sont présentement réduites les affaires du roy ; qu'au moins cette affaire se faisant luy donnera quelque revenu dont il pourra vivoter; et si Messieurs des finances parlent quelquefois des assignations qu'ils luy donnent, ils devroient en niesme temps considérer que, à mesure qu'il reçoit quelque chose, il l'employé pour des dépenses importantes auxquelles ils devroient pourvoir. Jepourrois estre tesmoin de cette vérité, ayant examiné ce matin ce qu'il a avancé depuis son départ de Paris, que j'ay trouvé monter à 33o,ooo livres, sans quoy il est certain qu'on n'auroit pu exécuter aucune chose. Et quelque sollicitation pressante qu'on ayt faite au-
près de MM. Marin1 et Jeannin2 on n'a pu tirer d'eux que 43,ooo livres d'argent comptant.
Vous aurez remarqué dans la manière et les termes que le Nonce a parlé à Son Altesse Royale de la part du Pape, que Sa Sainteté voudroit iotroduire une espèce de négociation qui se fist directement avec elle sans participation de la Reyne , et cela avec dessein de les séparer l'un de l'autre et de jeter de la division autant qu'il peut estre en son pouvoir. 11 faut faire, adroitement et comme de vous , connoistre cela à Son Altesse Royale et l'obliger à repartir au Nonce, en semblables rencontres, de sorte qu'il connoisse qu'il n'y a rien à espérer pour le Pape de cette division.
Je vous conjure de croire qu'il ne tient pas à ma diligence que vous n'ayez satisfaction sur les deux petits bénéfices dont vous m'avez chargé; j'ay fait tout ce qui se pouvoit pour faire évanouir des difficultés inimaginables <|ue l'on fait naistre tous les jours; on me promet les billets pour demain.
(BiU. Imp. Mm. 8. F. S,oo4. I* Tdlier, Papier, tFÉtat, V. fol. i99.)
I Lettre originale. )
Bordeaux, 19 octobre i65o.
Monseigneur, je reçus avant-hier soir, par Saint-Fray, vostre mémoire chiffré du 6 de ce mois, sur lequel Son Eminence m'a ordonné vous répondre que vous fassiez connoistre à M. le Premier Président, si vous le jugez à propos, selon la manière que vous estimerez la meilleure, que la Reyne luy sçait bea'ucoup de gré des bons senlimens qu'il a tcsraoignés sur la lettre des députés du parlement de Paris qui sont icy; qu'il seroit bon de luy faire connoistre adroitement que les ennemis les plus grands qu'ayent M. le Prince et les autres prisonniers sont ceux qui brouillent l'Eslat, qui allument les séditions, qui font des traités avec l'Espagne, pour mettre tout sens dessus dessous; car il n'entrera jamais dans la pensée dp la Reyne de mettre les princes en liberté, que l'Estat ne soit calme, et <|ue l'on ne soit en estât que M. le Prince ne puisse le devoir qu'à la bonté de Sa Majesté et non à des factieux et aux Espagnols : mesme, cela fera un bon effet dans son esprit, s'il a passion pour la liberté des princes, puisque, comme Son Eminence n'en doute point, il en pourra parler à Champlâtreux, qui, pour cette raison, changera peul-estre luy-mesme sa
' Amoiil Marin, d'abord intendant des 1 Nicolas Jeannin de Camille, un de* tréso-
fiaaoces, puis maître des requêtes, en 1 667. ri ers de l'épargne.
conduite, el l'obligera de travailler à ramener les esprits débauchés, sur lesquels il a du pouvoir, qui estoient prests à. se déclarer, comme M. de Nemours et le raareschal de La Mothe. On prendra résolution au retour de Leurs Majestés sur ce qui regarde ces deux derniers; mais il est bon de* ne perdre pas une occasion de faire connoistre à Son Altesse Royale que ces gens-là n'ayant autre chose dans l'esprit que les intérests de M. le Prince, il est impossible qu'ils ayent bonne volonté, ni pour l'Estat, ni pour la Reyne, ni pour Son Altesse Royale; et qu'ils n'attendent que les occasions de le faire paroistre; afin de tascher, parce moyen, d'empescber que ceux qui luy parlent en leur faveur ne gagnent plus de terrain qu'ils ont fait jusqu'à présent.
Le plus grand déplaisir que l'on puisse recevoir à présent icy est quand l'on voit madame de Chevreuse ne condamner pas assez l'estrange procédé et la mauvaise volonté du Coadjuteur, d'autant plus qu'il n'y peut avoir aucun moyen de l'excuser. Il faut que M. le Garde des sceaux luy persuade bien que, non pas pour l'amour de la cour, mais parce que c'est un esprit qui ne pourra jamais revenir, il faut qu'elle se détache entièrement de luy et qu'elle agisse de concert avec vous et M. le Garde des sceaux pour trouver les expédions de garantir l'Estat d'un si meschant esprit; puis, qu'elle ne tombe dans ses sentimcns, lors mesme que le Coadjuteur luy dit qu'il tasche de brouiller à la Maison de Ville; et qu'il n'y a sincérité en aucune de ses actions; et qu'après les protestations qu'il a faites à la Reyne, à Son Éminencé, il n'oublie rien de ce qui peut nuire à l'Estat ou [eslre] préjudiciable à ses intérests. On ne sçait pas ce qu'il faudra qu'il fasse pour obliger madame de Chevreuse à se déclarer entièrement contre luy, puisque toutes ces choses ne produisent pas cet effet. Son Eminence vous prie de parler soigneusement de cette affaire à M. le Garde des sceaux, parce que c'est la plus importante qui soit présentement dans l'Estat, et sur laquelle il faut prendre résolution , si l'on ne veut voir la royauté en danger.
M. le Coadjuteur assemble des matériaux de toutes parts, assisté à cela de tous meschans esprits, sans qu'on luy fasse aucun obstacle ou qu'on lui donne aucun empeschemenl, de façon qu'il ne tardera pas à bastir et à élever quelque édifice qui donne un grand branle à celuy de la monarchie.
Ce n'est pas assez de pouvoir aller tout droit à Paris pour y demeurer ««n seureté : car, de la manière que les ennemis de l'Estat se prennent , l'on peut voir des changemens de jour en jour, et il n'est pas juste que le Roy soit en aucun lieu sans y estre absolument le maistre.
Son Eminence me charge encore de vous dire que la réponse que ma-
dame de Chevreuse vous a faite à l'égard de Mont-Olympe 1 luy est un peu sensible, car estant son serviteur sans réserve à aller au-devant de toutes les choses qui luy peuvent estre utiles et agréables, il luy semble qu'au moins, dans les choses justes, il devroit espérer quelle ne devroit pas hésiter de prendre hautement son party : cependant, sur le fait de M. de Noirmoutiers, dont tout le monde a connoissance de la manière dont il l'a obligé et dans la substance et dans la forme, elle vous dit que cela luy fera bien mal au cœur s'il insiste à le vouloir avoir. Cela étonne de telle sorte Son Éminence qu'il m'a dit en ces termes : «En vérité, je ne sçais plus «comme quoy vivre; et si quelqu'un me l'apprenoit, il me feroit le plus «beau présent que je puisse jamais espérer.?) 11 trouve à propos que vous en disiez un mot à M. le Garde des sceaux et que, dans les rencontres, vous puissiez faire connoistre à madame de Chevreuse adroitement que, estant sans conteste le plus assuré de ses serviteurs, Son Eminence pourroil prétendre avec justice qu'elle le considërast aussy plus que tous autres . . .
Sur l'avis que j'ay eu de la vacance de l'évesché de Mâcon , je l'ay demandé à Son Eminence pour la personne que vous sçavez. Il m'a répondu «pie cela ne se pouvoit, vu l'engagement dans lequel on estoit avec l'abbé de Sarlat pour l'évesché de Clermont qu'on ne pouvoit luy donner, à cause de la forte recommandation de Son Altesse Royale pour la maison d'Estaing2, et qu'on ne se pouvoit dispenser de luy donner celuy de Mâcon. Encore estoiton empesché de le faire trouver bon audit sieur de Sarlat; d'ailleurs, que la conjoncture n'y seroit pas favorable, quand bien cette difficulté cesseroit , attendu les bruits qui couroient et dans Paris et à la cour du restablissement de l'homme; et, de plus, que l'on ne viendroit jamais à bout d'obtenir sur l'esprit de la Reyne de luy accorder cette grâce. Je luy répondis qu'il ne devoit pas trouver estrange que vous vous serviez de toute sorte d'expédiens [pour placer] un de Messieurs vos enfans dans les bénéfices; que cela vous estoit d'autant plus considérable que vous n'estiez point en estât de les establir par d'autres voyes, et que vous n'aviez que fort peu de bien. 11 me répliqua que cela ne vous pouvoit pas manquer; et que je voyois bien que, en toutes les occasions qui se présentoient , on pensoit toujours à vous le premier; et qu'il vous conseilleroit de prendre ce qui viendroit à vaquer, quoyqu'il ne fust pas du revenu que vous demandez, parce que vous seriez toujours quitte pour rendre quand il vaqueroit quelque chose de meilleur; que présentement il y avoit une abbaye
1 Château fort situé sur une montagne du 1 Louis d'Eslaing, evéque de Clermonl eu
même nom, qui domine au nord Cbarlevillo i65t,morl lo i F» mars i664 , âfjé de soixanlc- • dont il n'est sépar»'- que par la Meuse. cinq ans.
COR HESPOiNDANCE
de 6,000 livres de revenu : si vous jugiez son avis bon, vous n'aviez qu'à la prendre. Voilà toute la conférence que j'ay eue avec luy sur ce chapitrelà. Pour moy, s'il m'estoit permis de vous dire mon avis, je la prendrais et engagerais en mesme temps l'affaire de Saint-Satur1.
Nous partirons samedy prochain pour nous en aller à grandes journées à Fontainebleau, où, dans la position que je vois les choses, nous pourrions bien demeurer tout le mois de novembre , au moins une bonne partie , si vous ne faites changer quand nous serons arrivés. Le Parlement n'a point vu Son Éminence et est demeuré ferme dans son opiniastreté. Je ne crois pas que cette province demeure longtemps calme après que le Roy en sera party, quoy que l'on dise : les peuples sont de la mesme volonté que le parlement, c'est-à-dire, de la plus endiablée qui se puisse imaginer.
Le mareschal de la Meilleraye, pour son adieu, et pour détruire la pensée que tout le monde a conçue de sa folie à enfermer, a ordonné ce matin à tous les officiers d'artillerie d'aller assiéger et assassiner M. Marin, s'il ne leur donnoit comptant s 1,000 livres, à quoy monte un mois de leurs aj>pointemens et solde des chevaux; ce qui a esté exécuté avec grand concours de peuple qui a esté bien confirmé dans les sentimens d'obéissance par cette action-là! Ledit Marin a eu recours à l'autorité supérieure, non pas pour avoir justice, mais seulement pour estre délivré des mains de ces Messieurs. Cela a esté fait, après avoir esté condamné pourtant à payer 3,ooo livres comptant et donner sa promesse pure et simple de 7,000. Voilà Testât où se trouve la surintendance à la suite du Roy.
Je vous supplie très-humblement, Monseigneur, si le régiment de Navarre a esté levé, comme on le dit, et qu'il y ayt quelque lieutenance vacante, de vous souvenir d'un frère2 que j'ay à Dunkerque, qui porte le mousquet depuis dix-huit mois.
(Bibl. Imp. Mm. 9. P. 3,ooa , Le Teilier, Papian d'État, V, IL 3ii I
(Lettre originale.)
Saintes, 17 octobre i65o.
Monseigneur, je reçus hier matin vos deux dépesches des 9 et 1 3 de
1 H y a une commune de Saint-Salur dans l'arrondissement de Blois (Loir-el-Cher).
* Édoiiard-François Colbert, comte de Maulévrier, obtint à dix-sept ans ( 1 6» 1 ) une com-
pagnie au régiment de Navarre; maréchal de camp (tGGcj), lieutenant général (1676), gouverneur de Tournay (168a), mort à Pari* le 8l mai 169.3.
ee mois avec les mémoires chiffrés qu'elles contcnoient; la première par l'ordinaire, et la seconde par le courrier Dorot; auxquelles je îcray réponse par celle-cy.
J'ay continué à lire à la Reyne tous vos mémoires, par ordre de Son Éminence; et Sa Majesté tesmoigne tant d'impatience de les voir que, le plus souvent, elle ne me donne pas le temps de les déchiffrer et m'envoye commander deux et trois fois consécutives de les luy porter.
Je n'ay point du tout ouy parler, depuis la première fois, de l'abbaye de M. de Bragelonne; et quoyque je croye qu'il soit à présent en bonne santé, je ne laisseray pas de faire aujourd'huy ma réponse suivant vos scntimens, afin de toujours faire connoistre que vous ne pouvez pas pour vostre honneur vous contenter de si peu de chose.
Je n'ay pu rendre à M. de Dol celle que vous écrivez, ayant quitté la cour pour passer à son abbaye de Saint-Ligaire d'où il doit se rendre a Paris; je tascheray de luy euvoyer de Poitiers. Cependant, pour sa proposition, j'ay toujours eu opinion que ce n'estoit pas vostre fait, puisqu'il falloil s'employer de part et d'autre à faire connoistre à tout le monde que vous recherchiez une pièce de 1 0,000 livres de rente ou plus. Excusezmoy, s'il vous plaist, Monseigneur, si par mes précédentes je vous ay fait quelques ouvertures qui ne cadrent pas tout à fait à vos sentimens; j'avoue que je me laisse un peu emporter à la forte passion que j'ay de vous voir quelque establishment. J'y suis d'autant plus obligé qu'il ne se peut rien ajouter aux bontés que vous avez pour moy : celle qu'il vous plaist, Monseigneur, me tesmoigner par la vostre du 1 9, en est une marque si sensible que je m'en sens tout à fait indigne; aussy vous puis-je assurer que mon zèle et ma dévotion entière àvous et à tout ce qui vous touche sont au point que vous le pouvez souhaiter, et cela par un pur motif d'estime et d'inclination auxquelles la reconnoissance mesme a peu de part. Au surplus, Monseigneur, Son Eminence a pourvu aux frais de mon voyage, m'ayant fait donner depuis peu 2,000 livres; il est bien vray que ç'a esté après avoir reçu lavis que M. de Vendôme prenoit en Bourgogne les fonds sur lesquels il m'avoit assigné les 1,700 et tant de livres restant des 3, 000 livres précédentes.
Touchant l'affaire de M. Fouquet, je serois bien fasché de vous avoir sollicité de luy donner vostre amitié, dans un temps où ses amis prétendus vous eussent joué un si mauvais tour, ce que je ne puis presque croire; néanmoins, comme je ne me sens pas assez fort, à beaucoup près, pour m'empescher de pouvoir estre trompé, et que, naturellement, je suis porto à croire ce qu'un homme dit avec ingénuité, quand il ne passe pas pour
fourbe déclaré, je vous diray ce que j'en sçais, afin que vous puissiez en faire un jugement assuré :
Il m'a paru, par ses discours, qu'il avoit une forte estime pour vous et qu'il avoit fait toutes avances incontinent après la mort de M. de Noyers1 (pour lequel il m'a dit avoir eu attachement particulier) pour mériter vos bonnes grâces; qu'il en avoit esté persuadé quelque temps, mais que quelques accidens survenus, qu'il m'a déclarés, luy avoient fait perdre celte pensée avec beaucoup de regret de sa part; que, dans le dessein qu'il avoit fait de prendre attachement à la cour, s'estant présenté que M. de Lionne eust affaire à luy comme maistre des requestes, il le servit; et insensiblement cette connoissance s'estoit cultivée de part et d'autre par bons offices et services rendus réciproquement, néanmoins sans aucune déclaration de^ secrets de part ni d'autre, ni sans les protestations que l'on fait ordinairement dans les amitiés particulières ; que cela s'estoit fort raient) depuis un an ou dix-huit mois. Pour M. Servien , qu'il n'avoit aucune connoissance avec luy et qu'il ne le voyoit pas que pour luy rendre une ou deux visites en une année : ce qui est de ma connoissance, ne l'ayant vu qu'une seule fois pour luy dire adieu pendant le temps qu'il a esté à la cour.
Je vous fais tout ce récit, quoyque je ne l'estime pas nécessaire, mais pour vous donner d'autant plus de moyen de juger s'il a travaillé à vous surprendre ou non. Pour ce qui est de l'affaire particulière du traité de la charge de procureur général, il a fort longtemps balancé par laquelle des deux choses qui luy estoient absolument nécessaires pour cela il commenceroil : ou par l'agrément, ou par le traité; et quel des deux luy seroit moins honteux : ou d'avoir l'agrément public et connu de tout le monde et manquer au traité (sur lequel il avoit beaucoup de traverses et de concurrens), ou d'avoir le traité et manquer à l'agrément. Deux choses l'ont obligé de prendre ce dernier party : La première, qu'il espéroil de tenir le traité si secret qu'il le pourroit avoir en pochettes, à l'insçu de tout le monde, en demandant l'agrément; et que s'il luy manquoit, il en seroit quitte pour n'y plus penser. Et l'autre, qu'il avoit desjà celuy de Son Éminence; qu'il ne luy manquoit plus que celuy de Son Altesse Royale duquel il espéroit venir facilement à bout par le moyen de M. Goulas, pourvu que le mesme secret ostast le moyen à la Fronde majeure, non-seulement de luy susciter des concurrens , mais aussy de cabaler de longue main pour préoccuper l'esprit de Son Altesse Royale et empescher par ce moyen
1 François Sublet de Noyers, baron de Dangu, né en 1 588: d'abord trésorier de Frauce. puik maâaire d'Étal. Morl en t6A5.
qu'il n'entrast dans une charge si considérable, pour tascher d'y mettre ensuite quelqu'un de leurs amis couverts; joint à cela que le Procureur Général luy a bien fait conuoistre par mille manquemens de parole qu'il avoit dessein de tirer de longueur, pour voir si le temps ne luy produiroit point quelque occasion plus favorable que la sienne ou, par les brouilleries de l'Estat, quelque moyen d'obtenir la survivance pour son fils; et c'est pour ce mesme secret qu'il a fait le voyage de la cour, et qu'à son retour il s'est tenu dans sa maison de campagne et n'a point paru à Paris jusqu'à ce que l'affaire y ayt esté entièrement conclue. Voilà , Monseigneur, tout ce que je sçais de l'affaire.
Pour la plainte du Grand Maistre sur le fait des armes , vous sçavez bien que c'est un homme avec lequel il n'y a aucune mesure à prendre, et encore moins de raisonnement à faire; et il a donné des preuves d'une folie si parfaite pendant le temps de son généralat qu'elles valent un peu mieux que s'il estoit actuellement logé dans les Petites-Maisons, qui ne sont pas faites pour les personnes de sa condition...
Dans la lecture de vostre second mémoire apporté par Dorot, Son Eminence fit connoistre deux choses : La première, qu'il vouloit écrire à Son Altesse Royale son sentiment sur son emportement à cause de la visite de madame la Princesse1; et qu'il sçavoit bien comme il le fal loi t gouverner : qu'il vouloit estre mastiné. La seconde, à l'égard du Parlement : Que tout ce qu'il pouvoit faire n'estoit rien, et qu'il le falloit abattre : ce sont ses mots, qui pourtant ne signifient dans son sens qu'abaisser son pouvoir. Je crois que vous en verrez quelque chose par ses dépesches.
Je vous conjure, Monseigneur, de me faire sçavoir si vous viendrez audevant de Leurs Majestés à Orléans ou seulement à Fontainebleau, et si vous désirez que j'aye l'honneur de vous voir auparavant. Leurs Majestés arriveront sans faute le 29 à Orléans...
(Bibl. Itup. S. F. 3,oo4, Le Tellier, Papier» d'État, V, fol. 856.)
(Lettre originale.)
Poitiers, an octobre i65o, à orne heure» du soir.
J'ay reçu seulement aujourd'huy vostre dépesche du 1 6 avec le mé-
1 l.laire-Qétnence de Maillé, fille du marquis de Bréxé et do Nicole du Plessis-Richeli-o, marié? le 1 1 février 16/11 au prince de
Condé. Morte à Chiteauroux , le 1 G avril 1 6yû , à Pâge de soixante-six ans.
moire en chiffre qu'elle contenoit, que j'ay fait voir dès ce soir mesme à Son Eminence.
Il m'a remis à demain matin pour vous faire réponse. Je suis obligé de vous dire que, d'abord qu'il est entré dans sa chambre, il m'a dit qu'il ne sçavoit plus de quelle sorte on agissoit à Paris; qu'il n'y connoissoit plus rien, et qu'on s'estoit amusé à contrôler tous les articles de sa dépesche, touchant la médiation de Hollande , qu'on luy renvoy oit avec force contredits; qu'il valoit bien mieux l'avoir exécutée, et qu'il s'entendoil en ces sortes d'affaires beaucoup mieux que tous ceux de delà; que, sur l'affaire de Lorraine, on ne comptoit à rien de rendre une si grande province, et qui avoit cousté tant de sang et d'argent, sans avoir la paix générale; que, pour luy, il n'y pourroit consentir, particulièrement à la veille de la Majorité, et qu'il donneroit sur cela son avis par écrit, ce qu'il m'a encore répété après qu'il a lu l'article de vostrc mémoire chiffré qui en parle. Sur ce qui touche la conférence de Bordeaux , dans le rapport du discours que Son Altesse Royale vous a fait, il m'a dit que c'estoit en ni occasions-là qu'il falloit confondre Son Altesse Royale, luy faire connoistre
avec poids et vigueur combien il s'estoit trompé : qu'il estoit dans une si grande confusion lorsqu'il estoit revenu d'un mauvais sentiment qu'il n'estoit pas difficile de l'atterrer, pour ainsy dire : ce sont ses termes.
Je l'interrompis dans le commencement de ce discours et luy dis que- Son Éminence sçavoit bien que vous ne mettiez jamais le détail de ce que vous faisiez, et qu'il pouvoit estre assuré que vous ne perdiez aucune occasion de celles qui pouvoient estre avantageuses à son service, et que celle-là n'estoit pas des dernières.
Il me répondit qu'il le sçavoit bien, et ne laissa pas de continuer son discours*
Je suis bien fasché de n'avoir pas esté plus lost informé de vos intentions sur celles de M. vostre fils. Comme Son Eminence me fit de luymesme la proposition dont je vous ay écrit (de prendre une petite pièce pour la laisser lors de la vacance d'une plus forte), j'aurois pu l'engager à la pousser plus avant. Je sçais bien de quelle conséquence il seroit de la renouveler de vostre part; seulement, si l'occasion se présente favorable, je la mesnageray le plus adroitement qu'il me sera possible.
La Reyne fait estât de passer la feste de Tous les Saints à Orléans ou à Pithiviers; elle n'a point encore résolu en quelle des deux ce sera.
(Bibl. Imp. S. F. 3.oo'. , Le TcUicr, Papier, d État, V, fol. V
(Minute autojjrapbe.)
Reims, 9 décembre i65o.
Monseigneur, quoy que j'aye pu faire auprès de Son Éminence pour l'obliger à donner sa dernière résolution sur le fait du logement du quartier d'hyver, je n'ay pu encore y réussir. Hier, sur le soir, le pressant de conclure et luy faisant connoistre que Rethel pourroit cstre pris avant que Ton eust commencé I expédition des ordres, ce qui causeroit de la confusion, t il me repartit qu'il estoit vray, mais qu'il ne pouvoit conclure qu'il n'eust nouvelle de M. de la Ferté-Senneterre , qu'il n'eust conféré avec M. Rosen1 pour l'ajustement du quartier d'hyver de ses troupes, et qu'il ne sçust la force au vray des corps pour résoudre le licenciement qu'il en vouloit faire, et que tout cela ne pouvoit se faire qu'à l'armée, où il va aujourd'hui. Cependant, pour vous donner à peu près connoissance de son dessein, je vous envoyé un mémoire exact de tout ce que j'ay pu recueillir de ses discours, en deux conférences que j'ai eues avec luy sur cette matière, contenant tout ce qu'il m'a chargé de vous faire sçavoir, quoyqu'il m'ayt ordonné de ne vous en point écrire qu'après qu'il m'aura donné sa dernière résolution à l'armée. Vous verrez bien que les trois principaux points, qui sont le quartier d'hyver des troupes de Rosen, les troupes à envoyer en Lorraine, et le licenciement à faire, peuvent changer. Pour le surplus, je crois qu'il demeurera en l'estat où vous l'avez mis. . .
(Bibl. Imp. Mm. Battue, Papier» det Arnunrtt, vol. 33 1 , fol. 66.)
(Minuit1 autographe.)
Reims, 11 décembre i65o.
Monseigneur, Son Éminence arriva hier à deux heures en cette ville, où elle fut reçue par les habitans de la mesme façon qu'ils reçoivent le Roy, sans aucune différence. Ils sortirent au-devant de luy avec cavalerie (en deux escadrons : l'un de gentilshommes, l'autre de bourgeois) et infanterie. Le lieutenant et le conseiller de ville luy firent une harangue aux
1^3 i.nrofioiofjir militaire ne rinard mcnlionne deux frères Rosen qui, après avoir servi mus Gustave- Adolphe, passèrent au service de 'a France en i6âo : Jean, maréchal de camp
en 1669, tué à Rethel le i5 décembre i65o, et Reinhold , lieutenant général en 1 6 A h , gouverneur de l'Alsace en 1669, puis en i65a, mort le 18 décembre 1667.
portes et dans son logis, et ensuite tous les autres corps de la ville. Le canon tira et les cloches sonnèrent, à son entrée et à l'heure de son coucher, et ainsy du reste. Son Érainence est très-satisfaite de leur affection et de leur joye.
Pour ce qui regarde l'entreprise [du pain] et l'armée , la satisfaction nVst pas égale, à beaucoup près. On n'a trouvé icy aucune préparation, ni de provisions, ni d'hospital, ni de charrois; et l'armée à trois lieues au delà de Vitry, c'est-à-dire à quatre grandes journées de Rethcl; et de plus, toutes les munitions d'artillerie à Soissons, d'où elles ne peuvent partir, depuis huit jours qu'elles y sont arrivées, faute d'escorte, personne n'ayant pris soin d'en envoyer. Son Éminence travaille à présent par son inquiétude, son chagrin et sa confusion, à réparer ces désordres. Je ne doute pas qu'il ne vous mande les nouvelles que l'on a apprises de Testât de la garnison des deux places.
Je vous supplie très-humblement. Monseigneur, de vous souvenir de mon frère et de mon cousin de Terron"1 dans la destination des emplois du quartier d'hyver.
(Bibl. Irop. Mss. Baluxe, Papier» de» Armoire», vol. lit, fol fcj
(Minute autographe.)
Au camp devant Relhel, i3 décembre i65o.
Le principal corps de nostre armée arriva icy jeudy dernier au soir, 8 de ce mois. La nuit suivante M. de Manicamp 2, qui sert de lieutenant général à M. le mareschal du Plessis3, se saisit d'une partie du faubourg du costé de Reims, et du couvent des Minimes où les ennemis avoient fait une redoute dans laquelle on prit vingt soldats à discrétion. Le lendemain, on ne put attaquer le grand faubourg qui est retranché d'un bras de la ri-
1 Charles Colbert, seigneur de Terron, marquis de Bourbonne, d'abord intendant de l'armée de Catalogne; plu» tard, intendant de marine à Rochefort; conseiller d'État en 1678. Mort le g avril t68/j.
* Achille de Longueval, comte de Manicamp, meslre de camp en 1697, maréchal en i636, gouverneur de La Fère en i65a.
1 César de Choiseul, comte du Plessis- Prashn, né en i5o8. Enfanl d'honneur de
Louis XIII et meslre de camp dès Page d<* treize ans. Ambassadeur extraordinaire en Italie en i63i , et à Turin, l'année suivante; lieutenant général en i64a , maréchal de France en i645. Il fut successivement gouverneur de Monsieur, premier gentilhomme de la chambre du roi, chef de ses conseil*: ministre d'État en » 65 1 , duc et pair en 1 6ti& Mort le «3 décembre 1 675 , a l'âge de soixante et dix-sept ans.
vière d'Aisne et d'un bon parapet que Dclli-Ponti1 a fait faire, parce que le canon n'estoit point encore arrivé à cause du mauvais temps. Le samedy, on ne put encore tirer le canon des chemins où il estoit embourbé; enfin, hier dimanche, on le mit en batterie sur le soir; et, la nuit passée, ledit sieur de Manicamp attaqua le faubourg par la porte, dont il avoit enipesché les ennemis de rompre le pont dormant par un feu continuel, et par un autre endroit où le parapet estoit rompu, et l'a emporté sans trop de résistance. En sorte qu'à présent il a une batterie au bout du pont de la ville , d'où il a battu tout aujourd'huy les tours qui sont sur la porte et une autre tour carrée qui la flanque; ledit sieur de Manicamp prétend facilement pouvoir détourner le cours de la rivière et prendre avec facilité la ville par cet endroit. Cependant, comme le canon de Reims et de Laon doit arriver demain, on a résolu, dans le conseil de guerre, que M. d'Hocqtimcourt2 attaqueroit demain, pour insulte, le faubourg des Capucins qui est le long de la rivière du costé de Sedan. On ne doute point qu'il ne l'emporte et qu'on ne soit maistre de* la place six ou sept jours après, au plus.
Jusqu'à présent on ne voit aucune vigueur dans la défense des assiégés; et, s'ils continuent de mesme, Delli-Ponti n'acquerra pas grande réputation à la défense de cette place. Au reste, nous y avons esté beaucoup plus heureux que nous ne croyions. Nostre armée trouve beaucoup de fourrages et est entièrement à couvert; et il n'a pas esté nécessaire de faire de circonvallation , parce que, à une lieue de la ville, du costé de Sedan, il y a deux ruisseaux qui se joignent presque et qui, moyennant un retranchement d'un demy-quart de lieue, mettent tout notre camp à couvert. Nous avons du bled dans les villages de M. le marquis de Mouy3 et dans quelques autres circonvoisins pour nourrir toute l'armée six jours, et nous en aurons demain, par un convoy qui est party de Reims, pour quatre jours. Ainsy, nous voyons peu à appréhender et tout à espérer. On a eu nouvelles aujourd'huy que le mareschal de Turenne marchoit avec 6,000 chevaux et 2,000 hommes de pied , et quatre pièces de canon , soit pour attaquer notre convoy qui vient de Reims, soit pour attaquer nostre armée. On détache de l'armée a,ooo chevaux commandés par M. de Fleckenstein4 pour
1 Italien fameux par la défense des places. 3 Henri de Lorraine II, marquis de Mouy,
(JMMvw de Bwy-Rabulin, II, 190, édit. né en i5g6, défendit Nancy contre les Fran-
çais, en 1 633. Mort le 10 juin 167a , à l'âge de Moncby, marquis d'Hocquin- de soixanfe et seize ans. , né en 1699, maréchal de France en 4 Frédéric- Wolsang, comte de Flecken-
liSl 1 vice-roi de Catalogne en i653, gouver- ricin, servit dès 1 633. Maréchal de camp en neur de Ham et Péronne en l664. Tué en 16/18, lieutenant général en i65i. Mort le i»î>8. devant Dunkerque. 1 5 juin 1676.
observer sa marche; et toutes nos troupes, cavalerie et infanterie, à la réserve de ce qui est nécessaire pour garder les postes, passent du costé de Reims.
Du i3, 8 heures du matin.
La nuit passée, M. de Manicamp a refait le pont de la porte de la ville qui avoit esté rompu par les ennemis, l'a passé et s'est logé sur la porte, où il s'élargit à droite et à gauche. Cet événement est arrivé tellement contre l'espérance de toute l'armée, vu le peu de résistance que les ennemis ont fait, que l'on croit assurément que nous serons demain maistres de la place.
A l'heure que j'écris cecy ( 1 1 heures du matin), Delli-Ponti fait battre la chamade et ensuite capitule de sortir demain à la pointe du jour, vies et bagages sauvés.
(Bibi. Imp. Mm. Bahiie, Papier, de, Armant, vol. 33 it fol. 69.)
Reims, 9 a décembre 1600.
Monseigneur, j'ay reçu par M. de Pennacors les deux lettres dont il vous a plu m'honorer, du 17 de ce mois, et aussytost j'ay fait voir à Son Eminence l'avis qu'elles contiennent, qui regarde Son Altesse Royale, sur lequel et sur quelques autres points Son Éminence m'a dicté ce matin la réponse que vous trouverez ^cy-jointe en chiffre. Je crois estre obligé de vous dire que depuis deux jours Son Éminence m'a tesmoigné quatre fois qu'il s'étonnoit fort de ce que vous ne luy écriviez que rarement, et encore, quand cela arrivoit, que vos lettres ne parloient que de choses communes, sans luy donner part de ce que vous appreniez des intentions et de la conduite de Son Altesse Royale et des principaux de la Fronde et du party des princes, comme vous aviez fait pendant le voyage de Rordeaux. Aujourd'huy particulièrement il m'a parlé fort longtemps sur le mesrae sujet, me disant qu'il ne sçavoit à quoy attribuer la froideur qui paroissoit dans vos lettres; qu'il ne recevoit aucune nouvelle de conséquence; que les visites de M. de Lionne à madame de Chevreuse luy avoient fort déplu, et qu'il luy avoit fait une forte réprimande; que non-seulement cela nuisoit aux affaires publiques, mais que mesme cela pouvoit faire croire à ses amis particuliers que ce qu'il en faisoit estoit par son ordre, de luy Son Eminence; et qu'il me vouloit faire voir la lettre de M. de Lionne en réponse
de la réprimande qu'il luy avoit faite. Sur cela il a fait venir sa cassette, et en a tiré la lettre dudit sreur de Lionne, par laquelle il luy parle du déplaisir qu'il a de la pensée que Son Eminence a eue : qu'il ne recherche point du tout à rendre visite à madame de Chevreuse; qu'il y a dix jours (|u'il ne l'a point vue; et luy [assure] que toutes les fois qu'il a esté la voir, ça esté de concert avec vous, ou parce que ladite dame l'a envoyé quérir. Sur quoy il a ajousté qu'il luy avoit donné ordre, à M. Servien aussy, de faire tout ce que vous jugeriez à propos, dans la pensée qu'il avoit que vous voudriez prendre la conduite du principal; et qu'il avoit à remercier Dieu d'une connoissance assez parfaite qu'il luy avoit donnée de la portée d'un chacun , me faisant connoistre avec quelques monosyllabes et quelques signes de teste qu'il les en jugeoit incapables. Il s'expliqua clairement sur M. de Lionne : qu'il avoit de l'affection , mais qu'il estoit aysé de le tromper. Et lorsqu'il m'a dicté le mémoire en chiffre, qui sera cy-joint, touchant ce mesme sujet, il m'a demandé si cela ne vous fascheroit point et si vous ne le prendriez pas pour une marque de son amitié. Voilà, Monseigneur, ce qui s'est passé dont j'ay cru estre obligé de vous rendre compte.
(Bibl. Imp. MM.Bnlutc, Papier» de» Armoire» ,vol. 33 1, fol. 78.)
(Minuta autographe.)
Reims, 36 décembre i65o.
Monseigneur, je vous envoyé des mémoires contenant les instructions de MF le Cardinal sur tout ce qui regarde le quartier d'hyver. Ce travail n'a esté achevé qu'avec beaucoup de peine, et il a fallu retourner plusieurs fois à la charge, pour en faire connoistre les conséquences, avant que de le pouvoir terminer. Il est vray aussy que les affaires publiques, par les inquiétudes assez pressantes qu'elles donnoient, l'ont souvent retardé, et qu'il a fallu, par l'obéissance que je dois à vos commandemens, prendre des contre-temps qui m'ont assez souvent mal réussy. Enfin, j'en suis venu à bout; et les difficultés que j'ai trouvées dans la suite m'en font trouver la conclusion plus douce et plus plaisante. Excusez, s'il vous plaist, Monseigneur, s'il y a quelque confusion dans ces mémoires; ils se ressentent encore du chaos d'où ils sont sortis; et il n'auroit pas fallu un miracle guère moindre pour leur débrouillement que celuy qui establit l'ordre dans la nature.
Depuis que nous sommes arrivés en cette ville et que Son Eminence a
reçu nouvelles de ce qui s'est passé dans les dernières assemblées du parlement, il m'a fait souvent de grands discours sur le peu d'avis qu'il reçoit, disant : «Que c'est une chose estrange qu'il soit à trente lieues de Paris sans estre averty tous les deux jours de ce qui se passe, non-seulement pour les affaires publiques, mais mesme pour celles qui le regardent si fort en son particulier; que tous ses ennemis se déclarent hardiment contre luy et qu'il ne peut pas sçavoir seulement d'où vient le coup, ni où il peut aller, et s'il a quelque remède à y apporter ou non; qu'il reçoit bien de différens avis, de tous costés, de personnes en qui il n'y a pas de croyance et que de vous, à qui il a donné sa confiance entière, il ne reçoit que deux mots de tout ce qui se passe, sèchement; encore est-ce par des courriers qui sont six jours en chemin! Que les choses communes, arrivées depuis trois jours, viennent tous les jours à sa connoissance par des particuliers qui reçoivent des lettres par les ordinaires, et cela deux ou trois jours avant qu'il n'en ayt aucun avis; qu'il ne se peut pas persuader d'où cela peut procéder; qu'il s'est bien aperçu de quelque défiance et mesme que, à présent, on s'attend l'un et l'autre; qu'au moins, pour luy, il a sa conscience nette; qu'il n'a point partagé sa confiance : que vous l'avez eue tout entière pour tout ce qui regarde la conduite de l'affaire principale ; et pour tout ce qu'il y a à négocier avec la Revue et Son Altesse Royale , que vous seul leur parlez; que tous les autres luy écrivent; qu'il leur répond un mot et se remet à vous seul à qui il écrit le détail de toutes choses et toutes ses pensées; qu'il connoist bien la pensée d'un chacun, et qu'il sçait bien se servir de ses amis, chacun selon son talent; qu'il avoit bien vu quelquefois que deux personnes amies d'un supérieur, quoiqu'elles fussent mal ensemble, toutes les fois qu'il s'agissoit du service de leur amy supérieur, >e réunissoient et agissoient d'un commun concert; que tous ses ennemis estoient unis et ses amis divisés, et que cela pouvoit leur nuire beaucoup et à luy aussy, puisque leur fortune estoit attachée ensemble et inséparable: qu'il s'estoit étonné, depuis deux ans, de vous voir attaché à cette petite division beaucoup plus qu'auparavant. »
Vous pouvez croire, Monseigneur, que le peu de sens que Dieu m'a donné a esté employé à luy repartir conformément à ce que je puis juger de vos intentions et de l'avantage de vostre service. S'il vous plaist de me faire connoistre et l'un et l'autre en pareils rencontres, je quittera) mon sens et suivray ponctuellement ce qu'il vous plaira me prescrire.
J'ay seulement à vous dire que, quoyque ces discours soyent icy rapportés fort sèchement et tout de suite, ils ont esté faits à cinq ou six reprises différentes, et que, tant en les faisant que sur les reparties que j'ay faites.
ils ont esté accompagnés de grands adoucissemens de tendresse et d'amitié sincère.
(Bibi. Imp. Mm. Baluze, Papier» de» Armoire» , vol. 33 1, fol. 76.)
( Minute autographe. )
La Fèrc, 98 décembre i65o.
Monseigneur, j'ay reçu ce matin, par les mains de M. de Plainville !, telles que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le a 6 de ce mois. Aussytost j'ay informé Son Eminence, en montant en carrosse, de ce que vous m'ordonniez de luy dire touchant la santé de la Reyne...
Pour ce qui est de la connoissancc qu'il vous plaisl de me donner de vos sentimens sur tous les discours de Son Éminence, vous rne permettrez de vous dire, Monseigneur, avec le respect que je vous dois, que toutes vos actions passées, dans des temps si difficiles et si pleins de danger pour Son Éminence et pour ses véritables serviteurs, et de ressources pour ceux qui le vouloient abandonner, ont deu me faire connoistre assez jusqu'à quel point pouvoit aller vostre gratitude, c'est-à-dire à la dernière période qu'un homme de bien et d'honneur la puisse porter, quand bien mesme l'honneur que vous m'avez fait de m'ouvrir quelquefois vostre cœur avec une entière confiance ne m'auroit pas persuadé de cette vérité.
J'ay esté obligé, par tout ce que je vous dois, de vous donner avis de tous les discours que Son Éminence fait; mais je m'estimerois très-malheureux si vous aviez la moindre croyance qu'ils eussent fait impression sur mon esprit et que j'eusse besoin de ce que vous avez la bonté de me dire pour me la lever, estant impossible que vos actions et vos discours ne m'ayent fait acquérir quelque teinture des deux vertus les plus rares de ce nècle, la reconnoissance et le désintéressement (si cela se peut acheter), encore mesme que la nature m'eust donné les inclinations les plus contraires, ce qui, grâces à Dieu, n'est point, estant obligé de le remercier de ne rien sentir jusqu'à présent que ma conscience me puisse reprocher contre ces deux vertus. Il est vray, Monseigneur, que je ne me suis pas servy des raisons dont il vous plaisl me faire part , parce que je n'en estois pas instruit; mais je vous supplie très-humblement de croire que le [K'u d'esprit que Dieu m'a donné a esté employé avec vigueur à luy faire «-onnoistr»! que vous estiez incapable de manquer aux principes de gralitade, de sincérité, et de chaleur pour le bien de l'Estat, quand bien
1 Réii«'- île Plainville, anrgont <le bataille, maréchal de ramp en i65s.
mesme les intérests particuliers n'y seraient pas joints; et j'espèrfe que ma conduite panée, en presque pareil rencontre, dont vous avez eii la bonté* de me tesinoigner quelque satisfaction , me pourra servir de camilion auprès de vous de la vérité de ce discours; et la mesme vériu^ïn tob%<' de vous dire que Son Éminence m'a presque toujours fermé la bouclie sur mes reparties par des tesmoignages de tendresse et d'amitié pour vous et mesme d'avoir l'esprit fort éloigné de pareille croyance.
(Bibl. Imp. Mm. Boiuze, Papier» des Armoire», vol. 33 1, fol. 73.)
(Minute autographe.)
Pari9, 17 février i65i.
Monseigneur, j'envoyc à Vostre Eminence un inventaire de tous les papiers que M. Longuet2 m'a remis entre les mains depuis son départ, et luy rends compte en mesme temps de tout ce que j'ay pu faire jusqu'à présent pour ce qui regarde les affaires dont Vostre Éminence m'a chargé.
Je me suis trouvé d'abord dans un embarras assez grand avec le sieur Tabouret3 qui a fait difficulté d'acquitter i5,ooo livres de ses promesses, qui ont esté données aux pourvoyeurs de Vostre Éminence en payement de ce qui leur est deu , ce qui causoit beaucoup de bruit et d'insolence dans les appartenons de Vostre Éminence. La raison de ce refus que ledit Tabouret a fait est qu'il a payé à Vostre Éminence tant de mille livres, sur ses récépissés, sans billets de l'Espargne qui sont entre les mains du sieur Charon, trésorier de l'Extraordinaire, duquel je n'ay pu les retirer par la raison des chicaneries du sieur Baltazar qui est nanty de tous les papiers qui concernent l'armée de Modène4, dont Vostre Eminence est assez informée. Tout ce que j'ay donc pu faire a esté de faire réassigner pourau-
1 Voici la première lettre que j'ai trouvée de Colbert à Mazarin. Il est probable qu'il était entré dans ses bureaux vers les premiers jours du mois de février 1 65 1 . Cédant à l'orage , le Cardinal avait quitté Paris dans la nuit du 7 au 8 février.
* C'était sans doute un des employés de Mazarin.
» Martin Tabouret, secrétaire du roi, financier. ( llibliographie de» mazarinade».)
4 Dans le but de combattre la puissance do l'Espagne en Italie, le cardinal Mazarin avait
cru devoir venir au secours du duc de Modésso qui était alors en guerre avec les Espagnol*. On Ut à ce sujet dans le président Ilenauil. I l'année 1668. «Le duc de Modène, que le cardinal d'Est, son frère, protecteur de la couronne de France a Rome , avait gagoé à la France , après avoir forcé, conjointement a>« le maréchal du Plessis-Praslin , les relranrhoments du marquis de Caracène, près Crémon''. le 3o juin , fut obligé de lever, le 6 od"ï>fV' le siège de Crémone , dont la garnison était rafraîchie incessamment par les Espagnols.'
AVEC MAZAIUN. 67
tant d'autres dépenses sur les mesmes fonds, et, par ce moyen, rendre inutiles toutes les assignations pour l'armée de Modène qui sont entre les mains dudit sieur Charon; retirer les récépissés de Vostre Éminence pour 100,000 livres en fournissant de bonnes décharges audit Tabouret, et l'obliger de payer les i5,ooo livres, et 16,000 à M. Euzenat1, et oster le scandale que l'insolence de plusieurs petits créanciers de la maison de Vostre Éminence cause dans ses appartemens. Je seray obligé, pour l'entière exécution de cette affaire, de prendre 370,000 livres de l'Extraordinaire, dont 1 5o,ooo, soit sur les recouvremens à faire pour Son Éminence en Bourgogne, soit sur le mesme Tabouret, ainsy que je pourray convenir le plus avantageusement pour Vostre Eminence.
L'on a prétendu faire une grâce considérable à Vostre Eminence en changeant cette affaire en la manière que je viens de luy dire. Et pour ce qui regarde les rembourse métis des avances qu'elle a faites en Champagne, le payement des 5o,ooo livres de Catalogne, le changement de l'assiette de 37,500 livres pour poudre en autres dépenses, et des 5o,ooo livres de la Reyne sur autres fonds que celuy du don gratuit de Bretagne : lorsque j'en ay parlé et que j'ay pressé , l'on m'a répondu seulement qu'il falloit avoir patience; et l'on a prétendu faire confidence avec moy, me disant que la Reyne avoit ordonné Joute facilité pour ce qui regarde les intérests de Vostre Éminence, et Son Altesse Royale le contraire. Je conjure Vostre Éminence, avec tout le respect que je luy dois, de tenir la chose secrète, l'assurant, au surplus, que je ne manqueray jamais ni de zèle, ni de patience, ni de diligence, pour l'exécution de toutes les choses qu'il luy plaira m'ordonner.
Par l'inventaire que j'envoye, Vostre Eminence verra que les billets de l'Espargne assignés sur le don gratuit sont encore entre les mains des trésoriers qui ne les veulent pas délivrer sans estre payés de leurs taxations pour lesquelles ils demandent de l'argent comptant, ou qu'on leur laisse faire le recouvrement desdits billets; c'est une difficulté que Vostre Eminence sçait avoir toujours esté et que l'on n'a jamais pu lever; et la mesme se rencontre encore pour tirer les 5 0,0 00 livres de l'exercice, et un autre billet assigné sur la recette générale de Paris pour les 100,000 livresque Vostre Eminence envoyé encore sur l'assignation de 1669. J'espère que Vostre Éminence considérera que ces difficultés sont nées de longtemps, et que, s'il se pouvoit y trouver quelque remède, je le ferois; elle considérera donc, s'il luy plaist, s'il luy est plus avantageux de donner comptant ce à quoy montent lesdites taxations et avoir lesdits billets, que de les
' PrcHre; mat tre d'hôtel el inlcndanl de l.i maison .le Mawrin.
laisser entre les mains desdits trésoriers pour en faire le recouvrement, sur quoy j'attendray ses ordres pour les exécuter ponctuellement.
Je crois estre obligé de dire à Vostre Éminence qu'il me semble qu'il est absolument nécessaire, pour le bien de son service, qu'elle fasse choix d'une personne en qui elle ayt une extrême confiance et qui ne manque ni de zèle ni de fidélité pour elle; qui prenne un soin général de la conduite de toutes ses affaires; et qu'il est bon mesme que, outre les partie nécessaires pour s'en bien acquitter, il soit encore qualifié autant qu'il se pourra, afin qu'il puisse mesme avoir plus d'autorité. J'offre, en mon particulier, de luy communiquer le peu de connoissance que Dieu m'a donnée sur toutes les sortes d'affaires.
Au cas que la patience que l'on m'a dit qu'il falloit avoir pour ce qui regarde les affaires de Vostre Eminence soit de longue durée, et mesme (jue cela prenne un mauvais chemin (ce que l'on pourra facilement juger dans peu de jours), mon avis seroit de tenir secrètes toutes ces assignations que j'ay en mes mains et de tascher d'en tirer le payement de ceux sur qui elles sont assignées, quand mesme on seroit obligé de leur faire quelque remise un peu considérable. J'attendray sur cela vos ordres.
(Bibî. Irop. Km. Balute, Papier» de, Armoires .vol. 863. W. .1
(Minute autographe.)
Paris, 3 mars i65i.
Monseigneur, j'ay desjà rendu compte à Vostre Éminence, par trois de mes lettres, du peu que j'avois avancé dans la poursuite des affaires dont je me suis trouvé chargé à son départ; et quoyque, par la disposition des esprits de deçà, qui est fort différente de l'opinion que Vostre Eminence tesmoigne en avoir par ses lettres, je juge qu'il sera bien difficile que je puisse faire choses qui luy soyent agréables, je ne laisseray, sur les principes d'honneur, et porté par inclination et par devoir à servir Vostre Eminence, de faire toutes les choses que je jugeray favorables, selon la conjoncture des temps, pour le soin des affaires de Vostre Éminence, et de luy en rendre compte, dans la vérité, sans déguisement, quoyque bien souvent je sois persuadé que Vostre Éminence pourra m'imputer quelque partie des fascheux événemens.
Je diray donc à Vostre Eminence que l'on ne peut présentement faire réussir aucune affaire pour elle en se déclarant ouvertement, et que je tra-
AVEC M AZARIN. f>9
taille avec grand soin à oster la connoissance à tout le monde du peu de billets de l'Espargne qui me sont tombés entre les mains et qui esloienl on celles de M. Longuet, qui peuvent valoir, avec du temps et du secret...
Je travaille en mesme temps à sortir Vostre Éminence des avances quelle « faites, aussy des gardes laissées, tout cela avec le mesme secret, parce que toutes ces affaires courraient un égal risque si elles estoient sçues. Pour le surplus des affaires de Vostre Eminence où il faut l'entremise de Messieurs des Gnances , comme de changer les lettres données à la Rcyne sur le don Bétail et les 3*7,500 livres pour les poudres avancées par Vostre Kminence, assigner les dépenses de Champagne et autres, il faut attendre que le temps nous produise quelque conjoncture favorable pour cela.
Sur le tout, je prendray la liberté de dire à Vostre Eminence, avec le respect que je luydois, la mesme chose quej'ay desjà dite à M. Jobard : que je prétendois luy faire connoistre , sans beaucoup de peine, par une démonstration indubitable, qu'elle fasse choix d'une personne en qui elle ayt une entière confiance, et qui ayt esté intelligente et capable, pour le maniement de toutes ses affaires. Vostre Eminence n'a pas Aoo,ooo livres d'argent qu'elle auroit assurément; et la mesme chose arrivera sans doute à l'avenir, si Vostre Éminence ne fait choix d'une personne qui ayt ces qualités et entre les mains de laquelle nous remettrons tous le peu d'affaires de papiers qu'a «hacun de nous, qui appartiennent à Vostre Éminence, à laquelle je me sens obligé en conscience de donner cet avis, non par impatience de me décharger du peu qu'elle m'a confié, mais parce que je sçais que le bien de ses affaires le requiert ainsy.
( Bib). Imp. M fis. Baluzc , Papiers des Armoires , vol. 363 , fol. 3.)
(Minute autographe.)
Paris, i 'i avril i65t.
Je prends la liberté d'écrire à Vostre Eminence, en réponse de quatre de ses lettres des 5, 7, 1U et 28 du mois passé. Je commenecray par le reproche que Vostre Eminence semble me faire par la dernière, sur ce que je luy avois écrit en chiffre en suite de l'arrest donné au parlement contre elle et contre tous ceux qui avoient commerce avec elle, et luy diray sur cela , avec le respect que je luy dois , que si elle a la bonté de considérer mon attachement avec M. Le Tellier, pour lequel je suis obligé, par rpconnoissance et par inclination, à tout sacrifier, cl que cet arrest n'avoit
presque esté donné que pour l'y envelopper, à la suscitation tle madame de Chevreuse, qui prétendoit faire réussir l'affaire de Nouveau1, qu'elle affectionne il y a longtemps, en surprenant quelqu'une des lettres ou de If. Le Tellier ou de quelqu'un des siens, pour luy mettre le Parlement à dos , Vostre Éminence ne s'étonnera pas que j'ay différé pendant très-longtemps à luy écrire, d'autant plus qu'il m'estoit impossible d'agir en ses affaires et d'y rien avancer, sans les mettre en estât et ordre; et quelle me fasse bien l'honneur de croire que cela n'a esté ni par paresse ni faute d'affection; que, sans cette considération que dessus, de laquelle je ne puis pas me déprendre , j'aurois fait gloire de publier hautement la passion que j'ay toujours eue de la servir; et si la persécution de ses ennemis se fust estendue jusqu'à moy, elle m'auroit servy d'une satisfaction intérieure, agissant dans ses intérests, comme le zèle et l'affection que j'ay pour elle m'y obligent.
J'envoye à Vostre Eminence un mémoire en réponse sur la lettre du 1 h du mois passé, sur lequel elle me fera sçavoir, s'il luy plaist, ses intentions
Pour ce qui est de l'honneur que Vostre Eminence se propose de me faire, en me donnant le soin de toutes ses affaires, elle me fait justice de croire qu'elle ne peut pas s'en décharger sur une personne qui ayt plus de zèle pour son service que moy ; pour l'intelligence , Vostre Eminence n'y peut pas faire grand fondement ; et , outre cela , je trouve que je ne mérite pas que Vostre Eminence ayt en moy une confiance assez grande et telle que, selon mon sens, il faut qu'elle l'ayt en la personne qu'elle choisira pour cet employ, pour agir utilement et tirer toutes ses affaires d'une Iresgrande confusion où elles sont présentement et les mettre en quelque sorte d'ordre, et pour se servir de toutes les conjonctures et de toutes les puissances qui pourront contribuer à cet effet-là.
11 me semble , selon mon peu de connoissance , que toutes les affaires de Vostre Éminence consistent en ses biens et effets, et ses dettes.
Ses biens et effets sont : les revenus de ses bénéfices, ses maison et meubles, ses appointemens et pensions, et les avances qu'elle a faites pour le service du roy, dont partie sont assignées , quelques-unes sur des fonds qui doivent estre bons, autres qui ne peuvent valoir, et partie, qui est la plus grande, ne sont point assignées et mesme n'ont point esté mises en bonne forme pour en pouvoir demander le remboursement et les justifier
' Jérôme de Nouveau, chevalier, baron de Linières, surintendant général des postes et relais de France, nommé grand trésorier
des ordres, sur lu démission de Le Tellior, en 1 65A . Mort la ri août i6f>5 , âgédecinquantedeiuans.
par pièces authentiques, comme récépissés des trésoriers et autres acquits en bonne forme.
Ses dettes sont de diverse nature : quelques-unes pour dépenses de sa maison; celle de M. Tubeuf pour achat de son palais; autres, d'argent emprunté, sous ses obligations, pour employer aux affaires du roy; autres, d'emprunts faits sur gages, pour lesquelles Vostre Éminence a engagé tous ses meubles; et quantité d'autres injustes et contre toute sorte de droit, comme celles de Boucher, Baltasar et autres, qui prétendent rendre Vostre Eminence responsable et garant de leurs friponneries. 11 en naistra encore, dans quelque temps, d'autres, en conséquence des indications qui seront faites à la Chambre sur des promesses de Vostre Eminence fournies à des comptables et des sommes reçues par elle pour les droits d'office et d'amirauté, pour lesquelles, mesme dès à présent , j'apprends que l'on commence quelques poursuites. Toutes ces choses composent une masse informe qui ne peut estre débrouillée que par une très-grande application et une industrie toute particulière, d'autant plus qu'il paroist que tous ceux parmy lesquels ce tout est divisé ne sont pas faschés de le tenir dans cette confusion.
Tous les biens et effets de Vostre Éminence sont rendus presque inutiles par la saisie qu'a faite le Parlement de ses bénéfices et l'intention qu'il lesmoigne avoir de casser tous les baux cy-devant faits, et les donner en justice à vil prix ; la saisie faite par M. Tubeuf de sa maison et de ses meubles; la mauvaise disposition en laquelle les Finances tesmoignent assez d'estre pour ce qui regarde ses appointemens , pensions et remboursemens de ses avances, puisque tout ce qui est venu à leur connoissance , qui estoit assigné, a esté diverty, quoy qu'on ayt pu leur représenter, comme les 5 0,000 livres de Catalogne, ce qui restoit sur Tabouret, le don gratuit de Bretagne et autres.
Et de toutes ses prétendues dettes de toute nature, il s'en est fait une masse qui paroist effroyable , parce que les injustes crient et font beaucoup plus de bruit q^ les autres, et qu'elles n'ont pas de peine à passer pour bonnes puisque personne ne les conteste.
Pour le bien des affaires et du service de Vostre Éminence, il faut faire l'anatomie de toutes ces choses, pour connoistre à fond ce qui est propre et contraire à chaque partie , afin de chercher l'un et éviter l'autre.
l 'Jacques Tubeuf, surintendant des finances son testament, du mois d'août 1 665, Anne
d'Anne d'Autriche et contrôleur des bâtiments, d'Autriche lui laissa 100,000 livres. H était
Vêtait enrichi dans les affaires de finances. Il alors président à la chambre des comptes,
avait un vaste hôtel rue Vivicnne, qu'il vendit Mort a Paris, le 10 août 1670, à l'âge de
à Maiarin, et une belle moisou à llueil. Par soixante-quatre ans.
Pour ses bénéfices, il est à croire que l'injustice ne régnera pas toujours et que la justice revenue pourra donner lieu à Vostre Eminence de rentrer dans la jouissance entière de ses bénéfices, ou au moins du tiers, qui est ce qui n'a jamais esté dénié à qui que ce soit. Quand bien mesme l'injustice continuera, on peut se servir, dans les conjonctures favorables, de l'autorité de la Reyne pour faire réussir quelque chose d'avantageux, soit pour faire rendre justice à Vostre Éminence sur ce chef, soit pour en tirer la connoissance du Parlement pour la donner au Grand Conseil (où sont les juges naturels des matières bénéficiâtes , et qui seront sans doute plus favorables à Vostre Eminence), soit pour joindre la recommandation des Princes à l'autorité de Sa Majesté, et faire exécuter par ce moyen la promesse qui a esté faite à Vostre Eminence, de la part du Roy, par M. le Prince.
Pour ses maison et meubles saisis par M. Tubeuf, il est nécessaire de faire un compte avec luy pour liquider ce qui luy est deu , et voir les estais qui sont en ses mains, pour en solliciter ensuite avec luy le payement et en décharger d'autant sa dette.
Ses appointemens et pensions ne peuvent estre payés que par l'autorité de la Reyne, le Surintendant ayant fort peu l'intention de le faire; car, en un mot, il aime bien mieux prendre pour luy, donner beaucoup aux Princes, pour se maintenir, et peu pour les affaires du roy, après quoy il ne lui reste rien , s'il a de quoy suffire à toutes ces choses qui sont d'assez grande estendue; et encore que l'autorité de Sa Majesté s'employe dans les occasions importantes, il est assuré que l'on aura assez de peine d'en arracher quelque chose.
Les remboursemens des avances sont de la mesme nature et ont la mesme suite; ce qu'il n'est pas difficile de croire par ce que j'ai desjà dit à Vostre Eminence, que le Surintendant a diverty tout ce qui est venu à sa connoissance.
Ainsy, pour restablir ce désordre et faire qu'à l'avenir le Surintendant agisse d'une autre sorte, il faut nécessairement, dans quelque importante occasion, et qui portera conséquence pour beaucoup d'affaires, faire parler fortement la Reyne audit Surintendant et puis le solliciter pressamment.
Quant à la multitude des créanciers qui se sont soulevés contre Vostre Éminence, il en faut faire un estât certain et les distinguer par classes; travailler à la défendre et à la faire relever des injustes demandes qu'on luy fait; faire connoistre celles qui ont esté contractées pour le service du roy, et, en mesme temps, ce à quoy elles ont esté employées; et chercher les expédiens pour connoistre les créanciers particuliers de sa maison, et retirer ses meubles qui ont esté engagés. 11 est nécessaire ensuite dedres-
AVEC MAZAFUN. 73
ser un estât général de toutes les avances qu'elle a faites, le rendre le plus public qu'il se pourra pour confondre par là ses ennemis, et qu'il serve aussy de plus forte raison pour tirer remboursement, ou partie, et luy donner moyen de sortir des dettes du roy, contractées sous ses obligations d promesses.
Une des choses les plus importantes des affaires de Vostre Éminence est de compter avec tous ceux qui ont eu maniement de ses affaires, comme Cantarini, Serantoni1 et autres, qui se prétendent créanciers de grandes sommes, soit en les obligeant d'aller trouver pour cela Vostre Eminence, soit, en cas de difficultés, en les faisant compter de deçà. »
Toutes ces choses ont une liaison et une contexture ensemble si étroite (nielles ne se peuvent déprendre sans une ruine manifeste. Et si Vostre Kminence me permet de luy dire mon sentiment, je crois que ses affaires souffriront de n'avoir pas eslably cet ordre dès il y a longtemps , et qu'autant de temps elle retardera, autant elle mettra d'obstacles et d'empeschemens à remettre ses affaires dans un train qu'elles puissent recevoir les avantages que le temps et les conjonctures pourront produire.
Il faut qu'une seule personne, que Vostre Éminence peut choisir, ayt la direction de toutes ces choses et que, outre l'intégrité, l'expérience et l'affection au service de Vostre Éminence, elle ne soit pas du nombre de ces âmes basses qui se cacheraient volontiers dans un puits, crainte destre soupçonnées d'estre seulement connues d'elle; il faut qu'elle aille la teste levée, publiant partout sa mission ; qu'outre cela, elle ayt l'honneur d'avoir la confiance entière de Vostre Eminence, et qu'elle ne luy impute aucun des fascheux accidens qui peuvent retarder ou ruiner en tout ou partie quelqu'une des affaires qui seront commises à sa discrétion; qu'elle parle haut, et qu'elle ayt aussy assez de jugement pour n'entretenir la Reyne que des affaires de conséquence et ne l'oblige à parler qu'en celles qui portent coup pour de grandes suites. Sur quoy, il est nécessaire que Vostre Eminence luy donne créance auprès de Sa Majesté, et particulièrement pour la faire reconnoistre et agréer pour avoir le soin des affaires de Vostre Kniinence. Je la supplie très-humblement de me pardonner si je prends la liberté de luy dire toutes ces choses , et la conjure de croire qu'il n'y a (jue le zèle et la passion que j'ay à son service qui m'y oblige.
Pour répondre à Vostre Éminence sur les articles de ses lettres, je luy diray qu'elle aura bien pu connoistre par mes précédentes et par celle-cy
1 Serantoni et Cantarini, banquiers du Car- général de la maison d'Anne d'Autriche, qui dîna!. Le dernier devint plus tard contrôleur lui laissa 30,000 livres par son testament.
1k CORRESPONDANCE
qn'elle est bien éloignée de recevoir les 5o,ooo livres de Tabouret, puisque M. le Surintendant a diverty ce qui estoit d'assignation sur luy; joint que, n'ayant aucune décharge pour tout ce qu'il avoit payé à Vostre Eminence, il avoit commencé quelques poursuites pour se rendre créancier de Vostre Éminence de tout ce qu'il luy avoit payé sur ses récépissés. Cela est cessé par le moyen des décharges que je lui ay fournies. Je ne sçais si Vostre Éminence est instruite de tout ce qui se passe icy, et, en ce cas, si elle continuera l'ordre qu'elle m'a donné de communiquer Testât de ses affaires à M. Tubeuf; mais je ne vois pas, à mon sens, qu'il ayt l'affection pour Vostrt Eminence qu'elle s'imagine.
Je sollicite les avances faites aux Suisses et n'y perdray aucun temps. Je tasche de mettre à couvert un billet de 58,ooo livres assigné sur Tours. On me l'a promis jusqu'à présent , mais encore il faut en dérober la connoissance au Surintendant; c'est une chose assez incertaine. J'ay aussy mis à couvert 3o,ooo livres sur Tabouret, outre les récépissés de Vostre Éminence que j'ay retirés. J'auray soin d'écrire à Vostre Eminence tous les ordinaires. Si elle me veut faire la grâce de me donner une adresse le plus promptement qu'il se pourra, elle m'obligera. Surtout je la conjure de croire qu'en tout ce qu'elle me fera l'honneur de m'employer, elle me trouvera toujours plein de zèle, d'affection et de fidélité.
(Bibl. Imp. Mss. Baluro, Papier* de» Armoire* , vol. 363, fol. 't et 6.)
(Minute autographe.)
Paris, ai avril i65i.
Monseigneur, je viens de recevoir présentement par les mains de M.Euzenat la lettre qu'il a plu à Vostre Eminence de m'écrire le 1 1 de ce mois; à laquelle je diray pour réponse que je seray très-ponctuel à luy faire sçavoir toutes les semaines Testât de ses affaires et ce que j'auray pu y avancer, la conjurant avec toutes les plus instantes supplications dont je suis capable d'examiner ce que j'ay pris la liberté de luy écrire la semaine passée, et de prendre la résolution qu'elle jugera la plus convenable et la plus avantageuse pour le bien de son service et de ses affaires, luy protestant que la liberté que j'ay prise de luy expliquer mes sentimens n'a pour fondement que le zèle et affection que j'ay pour elle, accompagnés d'une sincérité inébranlable.
AVEC MAZÀRIN. 75
Je conféreray avec M. do Bertillat1 sur les moyens de faire le recouvrement des billets de l'Espargne , qui appartiennent à Vostre Éminence, assignés sur le don gratuit de Bretagne ; mais je luy diray par avance qu avant que de se servir de son nom, il faut renouveler, par le moyen de la Reyne, la chaleur qu'il a eue autrefois pour les intérests de Vostre Éminence, puisqu'elle aura pu connoistre , par les dépesches de M. Jobard et par les miennes , que cette chaleur a esté fort amortie.
J'examineray les moyens de mettre en seureté la poudre de Bergerac dont j'ay les récépissés des consuls ; pour celle d'Agen , il y aura beaucoup plus de peine , parce qu'elle est entre les mains des officiers de l'artillerie. Je feray sçavoir à Vostre Eminence par ma première dépesche tout ce qui en pourra réussir.
Pour ce qui est des 5o,ooo livres avancées par Vostre Eminence pour la Catalogne, de ce qu'elle a voit avancé aux Suisses, du reste du taillon de Bourgogne , et des autres billets de l'Espargne , qui estoient entre les mains de M. Longuet, et de tout le reste de ses affaires, je trouve ce que Vostre Éminence en croit si éloigné de ce que je reconnois icy que je désespère de pouvoir jamais faire chose qui luy puisse estre agréable. Je luy ay desjà dit que tout ce qui estoit venu à la connoissance de M. le Surintendant a esté diverty; et cela est si certain qu'il m'a proposé à moy-mesme de luy donner mémoire de tout ce que j'avois entre les mains pour le divertir à son service; en sorte que tout ce nue j'ay pu faire a esté d'empescher que les particuliers sur lesquels Vostre Eminence a quelque assignation ne luy en ayenl donné avis; et mesme, quand il les a envoyé quérir, de les obliger d'assurer qu'ils avoient payé; et ainsy Vostre Éminence peut bien connoistre, si cette disposition cust continué, si j'estois à la discrétion entière de ces sortes de gens pour estre payé, puisqu'ils avoient deux moyens indubitables pour s'en empescher : en donnant avis au Surintendant, et tirant leurs avantages; ou à quelqu'un des prétendus créanciers de Vostre Éminence, pour faire saisir entre leurs mains.
Dans cette disposition, Vostre Eminence peut bien juger si j eusse agy prudemment de m'adresser au Surintendant pour les obliger à payer, non plus que pour assigner pour d'autres dépenses les 37,5oo livres destinées pour l'acquest de poudres, qui estoient sur le don gratuit de Bretagne. El pour cette dernière affaire, je trouve nécessaire, par industrie, de faire passer cette somme de l'artillerie à l'Extraordinaire, sans la participation
1 Garde du trésor royal ; plu» lard trésorier recteur dp la compagnie des Indes orientales , pwral de la maison d'Anne d'Autriche, qni en i6f)8. lui laissa 60,000 livres par son testament.
du Surintendant; et, au cas que cela réussisse, j'en pourray tirer le bille! de l'Espargne et le vendre, et tous les autres qui appartiennent à Vostre Euiinence de la niesme nature.
Je dois recevoir dans la semaine prochaine /i, <><><> livres du taillon de Bourgogne, dont Vostre Eminence pourra disposer, la suppliant de considérer qu'il est nécessaire de prendre quelque précaution pour tirer sur moy comme elle se propose de faire; parce que si cela pouvoitestre connu par le marchand auquel ses lettres pourroient eslre adressées , je seroi> exposé aux saisies de vos prétendus créanciers et à suite de formalités de justice qui seroient fascheuscs et pour Vostre Eminence el pour movmesrne.
Touchant ce que Vostre Éminence me fait l'honneur de m écrire, de prendre mille écus sur le mesme taillon, elle me permettra de lui dinqu'elle doit avoir meilleure opinion de moy pour croire que je la serve de cette sorte. Elle m'a vu servir l'espace d'un an , dans des voyages où les dépenses esloient assez grandes, sans jamais l'avoir importunée; et je luy puis protester avec vérité qu'il y a trois ans entiers que je n'ay touché du roy que 8,000 livres qu'elle me fit donner à Bordeaux. Jlay, grâces à Dieu, du bien pour vivre comme un homme de ma condition, et peu d'envie d'eu avoir davantage; et puisque, depuis trois ans, sans importuner Personne et sans m'en plaindre , j'av servy le roy à mes dépens, Vostre Eminence peut bien croire facilement que je ne coramenceray pas à ruiner le peu qu'elle a dans sa nécessité pour subsister. Je la supplie très-huniblenienl de croire qu'elle ne trouvera jamais que j'aye autre but en la servant que de satisfaire au zèle et à l'affection quej'ay toujours eus pour elle, et qu'elle n'y trouvera aucun meslange de bassesse. Je luy demande seulement en grâce qu'elle ayt confiance en moy jusqu'à ce qu'elle reconnoisse que je l'aye trompée, et qu'elle ne m'impute pas les fascheux accidens el les dillîcultés qui surviendront par la nature des affaires ou par conjonctures du temps, et que, d'abord que l'une de ces pensées luy viendra dans l'esprit, elle dispose aussylost quelque autre personne pour prendre soin de ses affaires (auquel cas je les remettray au moins en meilleur estât que je ne les ay prises), me sentant tout à fait incapable de la servir, ayant aucune de ces pensées dans l'esprit.
Vostre Éminence doit eslre aussy assurée qu'il n'y a point de jour que je n'estudie les expédions de les mettre en meilleur estât et que je n'en confère avec M. Le Tellier. Tant (pie l'autorité de la Reyne a esté comme opprimée par les Princes, il n'y a pas eu d'apparence de convertir le Surintendant; depuis la semaine passée que celle autorité a repris quelque vi-
AVEC MAZAR1N.
jjueur, je luy en ay parlé fortement sur tous les diverlissemens qu'il a faits: il m'a promis , après l'avoir pressé , de restablir toutes choses, et m'a demandé jiour cela trois jours qui finissent demain... Il a commencé à lever l'empêchement qu'il avoit mis à la délivrance des billets de l'Espargne, pour les appointemens de Vostre Éminence comme gouverneur d'Auvergne, de l'année dernière; et j'espère d'agir en sorte que je l'obligeray de restablir le tout au racsme estât qu'il estoit lorsque Vostre Éminence est partie d'icy, avec d'autant plus de facilité que j'ay empesché jusqu'à présent que les munitions de l'artillerie de Flandre et des places auxquelles il a voulu donner les assignations sur Tabouret ne les ayent prises, et que l'artillerie ne se soit chargée de ce que Vostre Eminence a à prendre sur le don gratuit de Bretagne. Voilà, Monseigneur, tout ce que j'ay pu faire jusqu'à présent, qui est très-peu de chose, eu égard à ce que Vostre Eminence en altendoit. Je sçais bien que la moindre personne à qui elle auroit donné sa confiance. (estant nommée pour cela et ayant les entrées) en auroit fait beaucoup davantage. Si Vostre Eminence prend la résolution de faire cet establissement, comme je luy en ay desjà écrit, je la supplie de croire que je fourniray toutes les lumières que je pourray à la personne qu'elle choisira pour cela.
(Bibl. Imp. M*. Balutc, Papier* dt, Armoire* , vol. 363, fol. 9.)
Paris , h may 1 65 1 .
Monseigneur, je reçus hier au soir, fort tard, par les mains de M. d'Artagnan les deux lettres qu'il a plu à Vostre Éminence de m'écrire, des 9 3 et 2 h du mois passé, sur lesquelles je répondray succinctement à Vostre Kminence, jusqu'à ce que j'aye travaillé à l'exécution de ce qu'il luy plaist m'ordonner, et à m'éclaircir de quelques-uns de ses intérests, dont je ne suis pas instruit.
Je n'ay point trouvé dans le paquet de Vostre Eminence la copie de la lettre qu'elle écrit à M. Gargant2, qui, assurément, m'auroit donné beau-
1 Charles de Batz , marquis d'Artagnan , pa- de la première compagnie des mousquetaires,
mit être celui qui fut chargé , en 1 66 1 , de l'ar- 1 La table de la Gazette de France indique
nslation de FouqueL II fut tué au siège de Macs- un intendant des finances de ce nom , mort le
trirht en 1678; il était capitaine -lieutenant a a septembre 1657.
coup de lumières sur ce qui regarde ses intérests; non que j'en attend*' beaucoup d'assistance, tous ces Messieurs s'estant déclarés assez hautement sur ce qu'on doit espérer d'eux si 1 on ne travaille par une autorité supérieure et qui agisse fortement à convertir leurs esprits.
Pour l'affaire des 5o ,000 livres de Tabouret, je n'en ay eu aucune connoissance que par une des lettres de Vostre Éminencc , que je reçus il y a environ six semaines. Et, sur ce que j'en dis audit sieur Tabouret, il me lit réponse qu'il pourroit mettre cette partie à couvert pour Vostre Éminence. pourvu qu'on lui fournist des quittances de l'Espargne, en bonne forme, et qu'on levast la défense que le Surintendant luy avoit faite de payer: et Vostre Eminence sçait que cela n'a pas esté en mon pouvoir jusqu'à présent; et quant bien [mesme] il lèvera les défenses, je ne puis pas tirer les billets de l'Espargne qui sont entre les mains de l'Extraordinaire, attendu la difficulté de M. Baltasar, que Vostre Eminence n'a pu vaincre en présence, et qui ne peut estre surmontée qu'en s'accommodant avec luy et luy donnant des billets de l'Espargne pour les 6â,6oo livres dont il a une lettre de change acceptée par Vostre Eminence , quoyque je sois assez persuada que toutes les prétentions dudit sieur Baltasar ne proviennent que des friponneries qu'il a faites dans l'employ que Vostre Éminencc luy avoit donné. Le seul expédient que j'ay pu prendre en cette affaire pour le présent, est d'écrire à M. de la Bachellerie 1 qu'il envoyé l'original de ladite lettre de change, et de poursuivre aux consuls ledit Tabouret, et le contraindre par toute sorte de rigueurs au payement. Ce n'est pas queje ne voye bien qu'il a deux expédiens pour s'en parer : le premier, par le récépissé oV cette lettre que Vostre Éminence luy aura donné, comme il est à présumer, dont il est très-nécessaire queje sois instruit; et le second, en dénonçant à M. Broussel2, conseiller au parlement, député pour ce qui regarde les dettes de Vostre Éminence, que cette somme luy appartient.
Je suis très-persuadé que ces raisons, qui sont autant d'empeschemens difficiles à surmonter, ne plairont point à Vostre Eminence, et mesme que quelque chose en rejaillira sur moy ; mais je luy avoue que je ne puis m'empescher de luy dire la vérité, et, comme je suis obligé de luy expliquer toutes ces choses en détail, parce que les lettres de Vostre Eminence font assez connoistre qu'elle juge (ce qui n'est que trop vray) queje manque de quelque qualité nécessaire pour donner une meilleure face à ses affaires,
' Le sieur de la BacheUerie obtint , en 1 653 , le gouvernement de la Bastille. Mort à Paris le 7 avril 1657.
de Paris en 1637. Il joua un rôle important pendant la Fronde. A la paix, il fut envoyé «i exil , où il mourut.
Vostre Éminencc a un remède facile et dont elle a deu estre bien informée par mes précédentes : qu'il faut qu'elle choisisse une personne qui ayt toutes les qualités nécessaires et en qui elle ayt une entière confiance, pour prendre la direction générale de toutes ses affaires de deçà , parce qu'elles s'en iront toutes dans une mine inévitable, si Vostre Éminence ne leur donne la forme, et qu'elle ne les développe de la confusion dans laquelle elles ont toujours esté et sont encore. Et les mesmes inconvéniens qu'elle y a pu remarquer par le passé durent encore, et croissent tous les jours de plus en
,,,us; , .
Vostre Eminence me mande que je presse fortement Tabouret et que je l'intimide , et que Son Altesse Royale et M. le Prince avant consenty que Ton poursuive le payement de ce qui est deu à Vostre Eminence, ils donneront les mains à tout ce qu'il sera nécessaire de faire pour cela. Tabouret n'est pas en cette ville depuis cinq semaines; et, quand il y seroit, si le Surintendant est contre nous, je n'auray pas de moyen de l'intimider; il faut donc préalablement que l'autorité de la Reine agisse assez fortement pour le convertir; et, quand bien [mesme] cela sera fait, si les prétendus créanciers de Vostre Eminence continuent de saisir tout ce qui a la moindre apparence d'appartenir à Vostre Éminence, et obligent, par les persécutions des conseillers du parlement, tous ceux qui en sont chargés à déclarer et à coniparoistre à toutes leurs assignations , je ne vois guère de moyen de presser ceux qui doivent à Vostre Éminence, parce crue, toutes et quantes fois qu'ils voudront, ils feront perdre le tout à Vostre Eminence et retiendront les demers en leurs mains tant qu'il leur plaira ; et , en Testât où sont présentement les affaires, je ne vois pas que l'autorité des Princes ni de la Reyne mesme puisse remédier à ce mal. Le seul expédient qu'il y ayt est que Vostre Éminence nomme une personne qui ayt un pouvoir suffisant d'elle pour la direction de toutes ses affaires, qui soyt agréée, non-seulement de la Reyne, mais mesme des Princes, par son entremise, et qui se déclare ouvertement et comparoisse au nom de Vostre Eminence dans toutes les injustes poursuites que l'on fait contre elle, et qui, assistée de quelques avocats, la défende par la justice mesme de toutes les persécutions qu'on luy fait. Ce sera la dernière fois que j'en parlcray à Vostre Eminence , estant bien persuadé que cette pensée ne tombe pas dans son sens , puisque , depuis trois mois qu'elle est partie d'icy, elle n'a point encore estably cet ordre.
V ostre Éminence aura Testât général de toutes ses affaires dont j'ai connoissance, par le premier ordinaire. L'ordre précis que Vostre Éminence m'a donné me garantira de toute la mauvaise suite qui y arriveroit s'il «stoit surpris, à quoy Ton travaille encore tous les jours.
M. Hervart1 est toujours en Dauphiné. Je verray MM. Cantarini et Seranloni, et feray tout ce que Vostre Éminence m'ordonne pour les obliger à l'aller trouver.
J'ay desjà écrit à Vostre Eminence que j'avois en mes mains les provisions de la lieutenancc du roy de Doullcns, dont je ne me dessaisiray point qu'après avoir reçu 5,ooo livres de M. de Bar. comme Vostre Éminence me l'ordonne. Les 7,000 [et] tant de livres que Vostre Éminence devoil toucher du reste dés 60,000 livres de Bourgogne ont esté payées à M. Tubeuf, par Catelan; et, pour ce qui est des taxations du trésorier de l'Extraordinaire v on a eu tort de le faire dans le temps; mais je ne vois guère d'apparence de revenir à une affaire terminée et confirmée il y a plus de sept mois; je ne laisseray de le tenter et d'y faire tout mon possible.
Je ne puis informer Vostre Eminence de ce qu'est devenu l'office de président de Rouen ni les assignations sur le traité des lettres de noblesse, n'en ayant jamais eu connoissance, non plus que de celles données pour les appointemens et pensions de Vostre Eminence. Lorsque je m'en informe, M. Tubeuf se tient serré; et M. Longuet a déclaré n'en sçavoir rien. Ainsy, je supplie très-humblement Vostre Éminence de m'instruire des affaires dont elle me fait l'honneur de me charger, et de ne me remettre à d'autres, qui, tous, ont pour maxime de se tenir serrés et couverts afin que Ton n'ayt aucune connoissance des affaires que Vostre Éminence leur a confiées. - M. Le Tcllier a instruit la Reyne de tous les divertissemens faits par M. le Surintendant des assignations données à Vostre Éminence. Sa Majesté en doit parler fortement; et ensuite mondit sieur lie Tellier et moy Tirons voir pour l'obliger à exécuter les ordres que Sa Majesté luy aura donnés.
S'il restablit le tout (comme j'y vois beaucoup d'apparence), les deux principaux divertissemens estant sur le don gratuit et sur Tabouret, il esl nécessaire que je reçoive bicntosl les ordres de Vostre Eminence sur l'affaire de M. Baltasar (estant impossible de retirer les billets de l'Espargne, à la décharge dudit Tabouret, des mains du trésorier de l'Extraordinaire, sans accommoder cette affaire), comme aussy sur ce que j'auray à faire pour rendre M. le mareschal de la Meilleravc favorable au recouvrement des assignations sur le don gratuit, ce qui me semble assez difficile, ledit mareschal s'estant déclaré hautement que personne ne recevroit un sol qu'il
' Barthélémy Hervart était banquier à Aupsbourg. Il avait fait, en i63<), «les avances considérables au (jouvernement français. Plus tard, en 16&8, il rendit des services au car-
dinal Maxarin, qui, pour le récompenser, l<'lit nommer contrôleur des finances. Mort . ron seiller d'État, au mois d'octobre. 1676.
ne ii m payé de plus de 3 00,000 livres qu'il prétend luy estres dues et qu'il prend incessamment dans les recettes. Cette partie avec 900,000 livres que l'artillerie a à prendre surlemesmc fonds, 5oo,ooo livres de l'Espargnc, 100,000 payées depuis peu à M. Servien, et quelques autres parties qu'il veut faire payer par préférence à toutes autres, pourront bien remettre Vostre Éminenee de beaucoup, si elle ne trouve moyen d'empcscher toutes ces préférences par le moyen dudit sieur mareschal, qui seul s'en est rendu
(Bibl. Imp. Mm. Baluio, Papier, de, Armoirtt, vol. 863, fol. ta.)
(Minute autographe.)
Paris, 19 raay i65i.
J'ay vu la lettre que Vostre Éminenee écrit à M. Le Tellier du t* de ce mois, en réponse de celles que je me suis donné l'honneur et la liberté de luy écrire, et le mesme jour j'ay aussy reçu une lettre de Vostre Eminenee du q.
Par ma lettre du précédent ordinaire, Vostre Eminenee aura sçu que M. de Lionne avoit pris la peine de venir à mon logis pour me donner quelque connoissance des affaires de Vostre Eminenee qui estoient commises à ses soins; et quoyque les lettres de Vostre Eminenee ne fassent aucune mention de cet ordre donné à M. de Lionne, je n'ay pas laissé, en attendant qu'il plaise à Vostre Eminenee m'expliquer nettement ses intentions, de m'informer et de travailler à les avancer autant qu'il est en mon petit pouvoir.
Le sieur Talon 1 est allé faire un voyage au Havre dont je n'ay pu découvrir la cause; et aussytost qu'il sera de retour je le verray et le presseray fort: et s'il marchande, et qué l'on me veuille croire, on luy donnera à
Pour la charge de concierge de Fontainebleau, dont M. Servien offre 1 00,000 livres, à ce que m'a dit M. de Lionne, j'attendray, sans m'en mesler en aucune sorte , les ordres de Vostre Éminenee sur ce que je dois faire; comme aussy sur les 100,000 livres dues à M. Payen pour retirer la croix de diamans qu'il a en gage. J'ay trouvé un marchand pour la charge de capitaine des chasses du lièvre ; si j'en conclus le marché , il sera
1 Dénia Talon, 6U d'Orner Talon, né on d'avocat général. Procureur général en i665; 1658. D'abord avocat du roi au Chitelet, il nommé, en i6p3, président à mortier. Mort à son père, en i65a, dam la charge en i6q5.
8i CORRESPONDANCE
avantageux pour Vostre Éminence. On m'a promis de m'en rendre réponse précise dans deux jours.
Pour les a,oio pistoles dues par Son Altesse Royale, je laissera v achever cette affaire par madame de Lionne l.
Je n ay encore pu avoir connoissance de l'ordonnance de. 1 00,000 livres expédiée pour retirer les pierreries de la Couronne; et pour les 60,000 livres empruntées par M. le comte de Saint-Aignan sur les pierreries de Vostre Éminence , je crois que c'est une affaire qui doit suivre la disposition des finances, et qui , par conséquent , n'est pas en estât d'en pouvoir parler.
Pour les tiers des prises, j'ay sujet de croire que M. Rose, qui en sçait tout le détail et qui l'a négocié , en rend un compte exact à Vostre Éminence. Je luy diray seulement que, comme je n'ay reçu aucun ordre d'elle sur cela, je ne puis pas me résoudre à nommer une personne, pour envoyer à Toulon en faire la recette, dont il faudroit que je répondisse; je tascheray seulement de faire en sorte que tous ces Messieurs qui sont iev dans les intérests de Vostre Eminence conviennent d'une personne qui aura bonne caution.
Quelque instance que j'aye faite à Gantarini d'aller trouver Vostre Eminence, je ne l'ay trouvé nullement disposé à la satisfaire; il colore mesme son refus du bien de son service. J'en ay fait le rapport à MM. Le Tellier et de Lionne, afin que, quand ils le jugeront à propos, suivant la lettre de Vostre Éminence , ils interposent l'autorité de la Reyne pour luy faire faire ce voyage. Quant à moy, toutes et quantes fois que Vostre Éminence me l'ordonnera, je partiray.
J'ay payé à M. Jobard /i.ooo livres que j'avois reçues du taillon de Bourgogne, ainsy que je l'ay desjà écrit à Vostre Éminence.
M. Euzenat me fait demander 6,000 livres pour le sortir d'une persécution que luy font les créanciers d'un nommé Boyer qui est mort depuis peu, qui fut employé à l'achat de quelques bleds en Saintonge pendant le siège de Bordeaux et qui fit quelques dépenses, sur les lettres dudit sieur Euzenat, en exécution de la commission qui luy fut donnée.
J'envoye à Vostre Eminence le compte exact de tout ce que j'ay à elle et de tout l'argent qu'elle a avancé pendant tous les voyages où elle m'a ordonné de la suivre. Vostre Eminence a en ses mains l'inventaire des papiers qui m'ont esté délivrés par M. Longuet , qui luy doit aussy servir de compte.
Je puis assurer Vostre Eminence que la nécessité en laquelle elle est présentement réduite n'ajoutera rien à la chaleur que j'ay pour la servir.
1 Pauïe Payen , marier au comte de Lionne, en t f>/i.\ moi le le 90 mare 1 706 , âgée de soixante et qiiatone ans.
Je compaslis extraordinairementavec elle sur le mauvais estât de ses affaires , et la conjure en mesme temps de me faire la grâce de croire que si elles ne changent de face, la cause en viendra de plus haut, et qu'il ne tiendra ni à mes soins, ni au défaut de passion et de fidélité pour elle.
(Bibl. Imp. Mm. Raloxc, Papier» de* Armoires, vol. 363, fol. 16.)
( Minute anlofînrphe. )
Paris, 1 juin i65i.
Monseigneur, j'ay reçu dans le courant de cette semaine quatre dépesches deVostre Éminence des 1 a , 1 6 , ao et a 3 , auxquelles je répondray par ceUe-cy.
Je conjure Vostre Eminence de me pardonner si elle a trouvé quelque chose dans mes dépesches précédentes qui l'ayt choqué. J'avoue mesme que mes scrupules ont passé les bornes de la raison , et que c'est un effet de la bonté de Vostre Eminence dont je luy seray à jamais obligé de ne s'vestre pas arresté; au moins luy puis-je protester qu'ils n'ont jamais eu aucun mauvais principe et que je ne me dépari ira v jamais des sentimens de zèle, chaleur et Gdélité que j'ay toujours eus pour le service de Vostre Eminence.
Je la conjure aussy de tout mon cœur que ce que je luy ay écrit, touchant la charge de contrôleur général de la maison de M* le duc d'Anjou1, ne luy cause aucun embarras ni ne l'oblige à choquer les intérests de qui que ce soit, ou à qui Vostre Éminence ayt donné quelque parole, ou qui ayt le moindre attachement avec elle. Je lui ay dit cecy pour la connoissance que j'ay prise depuis peu de beaucoup de prétendans a tirer récompense de cette charge, et parce que je serois bien fasché que Vostre Éminence eust le moindre sujet de croire que mon attachement à son service fust fondé sur aucune pensée d'intérest. Il est vray que si j'avois servy Vostre Éminence et plus utilement et plus longtemps que je n'ay fait, et qu'il y eust eu moins d'intérests à démesler, je luy aurois demandé la grâce de me faire donner la préférence de cette charge, -ou cas que le prix n'eustpas excédé sa juste valeur.
J'ay rendu la lettre de Vostre Eminence à M. Tubeuf, qui m'a promis de faire réponse par cet ordinaire. J'espère qu'il tiendra sa parole, dont je le sollieiteray puissamment. Je me contenteray de sa lettre pour cet ordinaire; et, pour le prochain, je le presseray d'envoyer Testât que Vostre Eminence
' Philippe de France, alors duc d'Anjou, plus tord duc d'Orléans, frère de Louis XIV, né en 1GA0, mort en 170t.
demande. J'y agiray de sorte qu'il aura de la peine de s'en dispenser; ce pendant, je l'ay engagé de faire réussir le don de ia charge du président de Criqueville1 en faveur de la Reyne, pour la tirer ensuite au profit de Vostre Éminence, et de parler fermement à M. le Surintendant des 100,000 livres qu'il avoit promises à Vostre Éminence sur le traité des lettres de noblesse de Normandie. J'en ay usé envers luy comme Vostre Éminence me l'ordonne, c'est-à-dire avec dissimulation de la manière désobligeante avec laquelle il traite avec Vostre Éminence. Il a cherché en ma présence le mémoire qu'il écrit en ce moment pour Vostre Éminence, et n'a pu le trouver; il m'a promis de le dresser prochainement. Lorsque j'ay reçu la lettre de Vostre Éminence du 1 a , j'avois desjà payé 3,4oo livres à M. Jobard, et 600 pour le voyage de Toulon, pour porter l'arrest concernant les tiers des prises; ainsy, je n'ay pu exécuter ce que Vostre Eminence m'ordonne (de retenir par mes mains), ce que je pourray faire à l'avenir.
La proposition que l'on m'avoit faite pour la chasse du lièvre n'a point eu de suite; M. de Lionne m'a donné avis de quelque chose qui s'est passé sur cette affaire, dont il doit rendre compte à Vostre Eminence.
Je luy proposay, il y a quelques jours, d'examiner si la Reyne avoit assez d'autorité sur M. le mareschal de La Meilleraye pour empescher que le Surintendant2 ne divertist les 180,000 livres que Vostre Éminence doit prendre sur la Bretagne. Après avoir parlé à la Reyne, il m'a demandé un mémoire de ce qu'il falloit écrire de la part de Sa Majesté, ce que j'ay fait ; j'espère que nous pourrons mesnager cette affaire de cette sorte.
II. Le Tellier a parlé une seconde fois à la Reyne; et M. de Mercceur3, en mesme temps, à qui j'avois donné un mémoire des assignations diverties, en a aussy parlé à Sa Majesté. Ils m'ont dit, l'un et l'autre, qu'elle en avoit parlé fortement à M. le Surintendant, et qu'il avoit promis de faire en sorte que Sa Majestéiseroit satisfaite, et qu'il en coramuniqueroit avec mov. Je l'ay esté trouver aussytost et l'ay pressé de me rendre réponse précise: et, quoy que j'aye pu faire, je n'ay pu obtenir de luy que des paroles générales : Qu'il vouloit faire toutes les choses possibles pour satisfaire Vostre
» Criqueville , conseiller au grand conseil , 1 63o, el servit ensuite en Hollande. Rentré en
maître des requêtes et président à mortier France, après la mort de Richelieu, il fui
au parlement de Rouen. Mort le 16 février, nommé, en t64g, vice-roi et commandant do '
en i65o. troupes françaises en Catalogne; il épousa, en
» Voir le dernier alinéa de la lettre 36. 1 65 1 , Laurc Manrini , nièce de Maxarin , ft
» Louia , duc de Vendôme , fils ainé de Cé- obtint , en 1 656, le gouvernement de Provonce.
sar, duc de Vendôme, né en 1 6t a. Il porta le A la mort de sa femme, i! prit les ordres. Car
nom de due de Mercœur jusqu'à la mort de son dinal et légat de Clément IX en France,™
père, fit ses premières armes on Piémont, on 1667. Mort en 1669.
AVEC MA2ARIN. 85
Éminence et luy donner moyen de subsister; qu'il y estoit obligé par ce qu'elle l'avoit mis en sa place.
Je luy ay demandé sur cela s'il appeloit subsister avoir de quoy couler la vie, et ce pendant estre persécuté d'une infinité de créanciers de sommes immenses empruntées d'une main par Vostre Éminence et mises de l'autre pour les dépenses royales de f Estât. Il m'a répondu que non et qu'il entendoil donner à Vostre Eminence tous les ans une somme considérable , et pour sa subsistance et pour ses principales dettes; et que, pour cela, il falloit nous assembler l'un des jours de la semaine prochaine. Après ce discours, je suis descendu au détail des assignations diverties, sur lesquelles il m'a dit que les 5o,oo< livres avoient esté assignées en Catalogne, à part celles du don gratuit et de Tabouret, et qu'il les restabliroit lorsque nous travaillerions ensemble. J'ay, sur ce point, voulu luy repartir que les 5 0,000 livres ue sont point encore reçues, comme je le sçais bien.
Mais, revenant tout droit à M. de Mercœur, je luy ay mis en main le mémoire cy-joint, pour le donner à la Reyne, et luy ay bien fait connoistre (]u11 ne faJloit rien espérer de M. le Surintendant pour Vostre Eminence, si Sa Majesté souffroit qu'il prist, à son sçu, lesdites 5o,ooo livres. J'attends ce qui en résultera pour pousser autant vertement qu'il sera en mon petit pouvoir.
Non-seulement pour cette conférence que je dois avoir avec M. le Surintendant, mais encore pour les affaires de Vostre Éminence dans le parlement, et pour sa justification dans les esprits du peuple et des honnestes gens, il est nécessaire, à mon avis, de dresser un estât général de toutes les dépenses faites par Vostre Eminence pour le service du roy , et les dettes qu'elle a contractées pour ce faire, afin que cet estai puisse faire connoistre à M. le Surintendant la justice qu'il y a à faire raison à Vostre Eminence et le puisse porter à donner tous les ans une somme considérable pour délivrer Vostre Eminence de toute oppression. 11 me semble pour cela qu'il serait nécessaire que Vostre Éminence écrivist à tous ceux qui ont entre leurs mains les papiers qui concernent lesdites avances de me les remettre , et aux autres qui en ont seulement connoissance, pour avoir (lesdits papiers) passé par leurs mains, de me donner toutes les lumières qu'ils en ont. Si V ostre Éminence ajoute à cela quelque créance dans l'esprit de la Reyne , par l'entremise de qui il luy plaira , pour me pouvoir servir de son autorité dans les occasions où je le jugeray nécessaire, j'espère de pouvoir donner quelque meilleure face à ses affaires.
Je crois que Vostre Éminence est assez persuadée que Cantarin et Serantoni n'iront point la trouver. Je dois conférer aujourd'liuy avec le pre-
mier, sur tout ce qui s'est passé au parlement à son égard, afin de pouvoir commencer à prendre connoissance de cette nature d'affaires. J'espère aussy qu'elles ne sont point si désespérées que Ton ne puisse trouver quelque expédient de leur donner quelque meilleure forme.
M. Gargant est malade, ce qui est cause que je ne luy ay point encore rendu la lettre de Vostre Éminence. On a encore omis à mettre dans le paquet de Vostre Éminence copie de celle qu'elle luy a cy-devant écrite et qui luy a esté rendue par quelque autre voye.
Tabouret n'est point encore en cette ville, et j'appréhende fort qu'il ne fasse banqueroute. H promet d'estre icy dans dix jours. Àussytost que j'auray la lettre de change, qui est ès mains de M. de La Bachellerie, je le poursuivray en justice sous son nom le plus pressamment que je pourray.
Je n'accommoderay point l'affaire de M. Baltasar qu'à l'extrémité (et je ne vois rien qui m'y puisse obliger sitost) puisque j'ay assez d'autres dépenses pour consommer les fonds qui sont entre les mains de M. Tabouret, quand je les auray fait restablir. Il n'y a que deux cas où je pourrais estre obligé d'accommoder cette affaire : le premier, si Baltasar faisoit condamner Vostre Eminence au parlement en vertu de la lettre acceptée qu'il a en ses mains; le second, si j'estois obligé, pour les remboursemens de Vostre Eminence, de retirer tous les billets de l'Espargne qui sont entre les mains de M. Charon.
Pour ce qui est de la connoissance que Vostre Éminence désire que je prenne de ses abbayes et du temps qu'elle juge nécessaire pour cela, elle peut s'assurer qu'il n'y aura aucune précipitation de ma part, et que je ne me mesleray d'aucune chose sans son ordre particulier.
Aussytost que j'auray pris connoissance des affaires de Vostre Éminence à fond, je composeray un petit recueil des avances ordonnancées et few choix d'un avocat et d'un procureur pour consulter toutes les affaires de justice de Vostre Éminence , afin de faire agir ensuite ses amis et serviteurs selon les résolutions qu'elle prendra.
(Bibl. Imp. Mm. Battue, Papiers de* Armoire, vol. 563, foi. *3 )
(Minute autographe.)
l'aria, 9 juin i65i.
M. Brachet1 est arrivé, qui m'a rendu le mot do lettre de Vostre Eminence qui contient l'affaire des tiers des prises. ' Agent de Moula
M. de Lionne m'avoit desjà dit que Vostre Éminence luy avoit écrit d'envoyer M. Brachet poaren prendre le soin, avec ia qualité d'intendant. Je ne doute point qu'il n'ayt et l'intelligence et la fidélité convenables pour s'acquitter de cet eniploy avec la satisfaction de Vostre Éminence. 11 est pourtant bon qu'elle sçache que, l'ayant mis hier matin sur le discours de ce voyage, et luy faisant connoistre l'importance de le faire promptement, il me répondit qu'il falloit premièrement travailler auprès de M. de Vendôme jiour avoir l'intendance de la marine, sans quoy il ne pouvoit y entendre; et de plus, que si ce qu'on luy avoit dit depuis son arrivée se trouvoit estre vray, il estoit bien éloigné de travailler pour aucune affaire qui regardast Vostre Éminence , puisqu'il se vouloit déclarer contre elle , et que le seul déplaisir qu'il aurait ce serait de ne luy pouvoir faire du mal ; qu'on luy avoit dit que Vostre Eminence faisoit donner la charge de secrétaire des commandemens de M87 le duc d'Anjou à MM. l'abbé Fouquet1 et Vassereau , et que c'estoit la cause de son chagrin et de son déplaisir; qu'il en avoit parlé plusieurs fois à Vostre Eminence pour luy, qu'elle luy avoit toujours dit de bonnes raisons pour s'en défendre ; et enlin, qu'il croyoit que Vostre Koùnence estoit en résolution de la vendre pdur son service, ce qui le consoloit puisque effectivement elle en avoit besoin ; mais que de la faire donner à ces deux personnes, dont l'une ne pouvoit l'avoir méritée que par deux ou trois voyages quelle avoit faits proche de Vostre Éminence, et l'autre n'avoit aucune naissance pour estre revestue d'une charge comme celle-là, cela luy donnoit la dernière rage. Je taschay là-dessus de l'adoucir et de modérer ces emportemens; à quoy il me serabloit avoir en quelque sorte réussy avant que je le quittasse; mais j'ay trouvé que, ce matin, il a dit presque la mesme chose à Métayer2; de quoy j'ay cru estre obligé d'avertir Vostre Éminence, afin qu'il luy plaise d'examiner si un emportement de cette nature ne peut préjudicier au bien de son service.
Je ne fais aucune difficulté de vous écrire toutes ces choses qui regardent la disposition de vos affaires, avec une sincérité tout entière, croyant
' Basile Fouquet, frère cadet du Surintendant, né en 1693; il porta le titre d'abbé, à cause des abbayes qu'il obtint, sans avoir été ordonné prêtre. Ame damnée de Matarin, il fat, en réalité, chef de la police secrète et directeur de la Bastille pendant la Fronde. En 1 65 h . il obtint ia survivance de I emploi de procureur général au parlement. Deux ans après, il achetait moyennant &oo,ooo livres, argent comptant, la dignité de chancelier des ordre» du roi. Peu avant la disgrâce de son
frère, il se brouilla avec lui et le compromit beaucoup par ses accusations. L'abbé Fouquet subit les conséquences de cette disgrâce, fut obligé de quitter Paris, et mourut obscurément en province. Madame de Sévigné écrivait, le 5 avril 1 680 , à l'occasion de la mort du Surintendant : « Les deux frères sont allés bien près l'un de faulre. Leur baine a été le faux endroit de tons les deux, mais bien plus de l'abbé, qui avait passé jusqu'à la rage.» « Valet de chambre de Moxarin.
bien que Vostre Ëminence me fera la grâce de tenir la chose très-secrète et que qui que ce soit n'aura connoissance de ce que je luy écris , soit en cette occasion , soit en toute autre.
Je suis fort en peine de ma dépesche du 1 q qui en contenoit une fart longue de M. Le Tellieret tous les estats de tous les papiers et effets qui sont en mes mains , appartenant à Vostre Ëminence. Elle a esté adressée a Anvers sous la couverture du sieur Henri Van Hotenberg, marchand. Je supplie très-humblement Vostre Éminence de faire faire quelque diligence pour la trouver, au cas quelle ne l'auroit pas encore reçue.
Du 10 juin i65i.
Dans mes dernières sollicitations j'ay trouvé le Surintendant beaucoup plus disposé à faire quelque sorte de justice à Vostre Éminence , en sorte que j'espère toucher les 5 0,000 livres de Catalogne. Je ne diray point à Vostre Éminence tout ce que j'ay fait pour venir à ce point, espérant qu'elle me fera bien la justice de croire qu'il n'a pas fallu s'endormir pour en venir là. Je feray sçavoir toutes les semaines à Vostre Éminence les progrès que je feray en cette nature d'affaires, qui est de très-grande importance pour elle.
J'ay dit deux mots à Vostre Éminence pour la charge de commissaire général des maison et finances de M*r le duc d'Anjou. Je la conjure que cela ne luy donne aucun embarras et qu'elle me fasse l'honneur de croire que je ne veux jamais luy donner la moindre incommodité sur ce qui regarde mes întérests.
Si l'on peut faire résoudre M. Euzenat de faire un voyage vers Vostre Éminence pour luy rendre compte de tout ce qu'il a manié pour elle, je crois qu'il seroit bien nécessaire que je fisse aussy ce mesme voyage, en donnant ordre de deçà à tout ce qui pourroit survenir pendant ce voyage. Vostre Éminence en ordonnera, s'il luy plaist.
( Bibl. Inip. M98. Baimc , Papier, de* Armmrt,, voL 36S , fol. il.)
(Minute autographe.)
Paris, 16 juin t65i.
Depuis que la seule procuration de Vostre Éminence a esté mise en mes mains, sans aucun papier qui me pust donner instruction de ses affaires, j'ay cru que le bien de son service requéroit que je ne me tifisse pas aux termes que je m'estois proposés (d'attendre que Ton me donnasl les papiers et instructions nécessaires pour avoir connoissance à fond de»
AVEC II AZARIN.
affaires et ensuite les poursuivre par les meilleures voyes qu'il seroit
possible), puisque le secret que Vostre Éminence jugeoit nécessaire estoit
ébruité par l'entretien que M. de Lionne avoit eu avec M. Euzenat, le •
bruit que celuy-cy en faisoit et la déclaration qu'il avoit faite hautement,
qu'il ne vouloit plus entendre parler des affaires de Vostre Éminence, suivie
du renvoy qu'il me faisoit, tous les jours, de tous ceux qui ont quelque
chose à démesler avec Vostre Éminence.
Ainsy, persuadé que les affaires de Vostre Éminence pouvoient notablement souffrir dans l'entre-temps que M. Euzenat quitterait et que je prendrais soin de ses affaires (s'estant particulièrement déclaré qu'il rie donnerait aucun papier que son compte ne fust arresté, et qu'il ne pouvoit aller trouver Vostre Éminence pour cela , ce que je voyois bien ne pouvoir estre terminé qu'avec beaucoup de temps), je pris résolution d'envover quérir les avocats et procureurs de V ostre Eminence de toutes les jurisdiclions, pour commencer à m'instruira. C'est à quoy je travaille présentement, et à quoy je feray tous mes efforts pour réussir, jusqu'à ce que les difficultés de M. Euzenat soyent terminées et que je puisse m'instruira à fond par les papiers...
M. de Lionne m'a dit que la charge de contrôleur général de la maison de Monsieur avoit esté partagée en deux : la moitié donnée au mareschal du Plessis, qui estoit vendue 07,000 livres, et l'autre moitié donnée à M. de La Tivolière pour a 5, 000; que si j'en voulois entendre, il me la ferait donner pour ao,ooo; et pour celle de contrôleur général des finances, qu'elle estoit donnée à madame de Beauvais. Si, sur celle-cy, Vostre Éminence vouloit faire proposer à la Reyne efficacement d'en donner i5 ou 20,000 livres à madame de Beauvais, avec quelque autre petite charge de la mesme maison, dont elle pourrait encore tirer quelque chose, puisqu'elle l'estime davantage, pourvu qu'il n'y eust rien en cela qui pust choquer les intérests de Vostre Éminence, je luy en aurais une obligation infinie; mais je la conjure de tout mon cœur de me dire son sentiment, parce que je suis résolu de ne luy faire jamais aucune prière qui puisse en quelque sorte lui porter aucun préjudice ni directement ni indirectement.
La Fronde fit encore hier du bruit; il se passa dans le cabinet des Enquestes à demander l'assemblée des chambres sur l'entérinement des arrests donnés contre Vostre Eminence. Deux chambres ajoutèrent qu'il serait informé contre ceux qui ont habitué de faire des voyages près de Vostre Éminence, et l'abbé Fouquet fut nommé. Il faut voir ce que cela peut produire.
M. de Chevreuse 1 et le chevalier de Guise a, prétendus créanciers de V ostre Éminence, ont présenté une requeste à M. Brousse! à ce qu'il furt créé un curateur à Y ostre Éminence pour contester, ou que M. Euzenat fust obligé de défendre. Cela est de la dernière conséquence. Je fais présentement ce que je puis pour einpescher l'effet de cette requeste, pur le moyen des amis de Vostre Eminence. Il est question de les assembler et de les faire convenir des mesmes choses, ce qui est bien difficile. Le point est d'obliger M. Tubeuf à se rendre syndic des créanciers de Vostre Eminence, à quoy MM. de Chevreuse et de Guise consentent; mais, ledit sieur Tubeuf ne le veut point faire, ce qui pourroit bien nous embarrasser et produire un fort mauvais effet.
Je suis obligé de dire à Vostre Éminence que M. Euzenat commence à changer de langage, c'est-à-dire qu'il me donne toutes les lumières qu'il peut. Je trouve Vostre Éminence engagée dans une quantité de procès qui me fait peur. Si elle veut suivre mon conseil , après que nous aurons terminé la grande affaire, si nous en pouvons venir à bout, elle se tirera de toutes les affaires que l'on pourra finir par accommodement, estant, à mon sens, bien plus avantageux d'avoir un bien un peu moindre, mais net et liquide, qu'un plus grand en apparence, mais litigieux...
Au cas que Vostre Eminence trouve difficulté à me gratifier sur la charge de contrôleur général des finances de Monsieur, j'apprends que celle d'intendant n'est point encore donnée^ de laquelle je pourrais donner autant que de l'autre, qui serait le nies me prix que celle de contrôleur général de la maison. Quoy que je croye que ces charges, qui n'ont encore aucun establissement, ne valent guère davantage que ce que j'en offre, je ne proportionnerais pas la grâce que Vostre Eminence en ferait, ni mon ressentiment, à l'opinion que j'en ay, mais au prix qu'en pourraient donner beaucoup d'autres personnes, qui certainement serait beaucoup plus haut.
(Bibl. Imp. Mm. Baluic, Papier, de, Armairt,, roi. 363, fot *.)
(Minute autographe.)
Paris, 90 juin i65i.
Autant de lumières que Dieu ma données je les employé à déterrer.
1 Claude de Lorraine, duc do Chevreuse, pair, grand chambellan el grand fauconnier <l»; France. Mort à Paris, le ai janvier 1657, i l'âge de soixante et dix-neuf ans.
* Roger de Lorraine, chevalier de Malte, néon 16a h. Il s était brouillé, en t 64g, avec Mazarin pour une abbaye. Mort à Cambrai en t653.
pour ainsy dire, la connoissance de vos affaires , et cela sans aucune assistance de qui que ce soit : les entrevues avec M. Euzenat estant fort concises, celles de M. de Marsac fort réservées, et sans aucuns papiers que ceux qui me pourroient beaucoup plus embrouiller l'esprit que 1 éclaircir, si je ne scavois démesler les intentions.
Je ne laisseray pas d'entretenir Vostre Éminence, par cette lettre, de tontes les affaires qui se traitent à présent au parlement. Je l'ay desjà informée des différentes procédures faites par-devant MM. Ménardeaul,Broussel et Meusnier2. Broussel a fait casser, par un seul arrest du a k avril, trois arrests consécutifs qui avoient esté donnés par M. Ménardeau en confirmation des syndics qui avoient esté faits par quelques créanciers de Vostre Éminence, parce que ces syndics tiraient la connoissance de toutes les affaires de Vostre. Éminence par-devant ledit sieur Ménardeau, et qu'ils y establissoient un ordre et les tiraient de la dernière confusion où elles sont. Broussel, vostre ennemy déclaré, naturellement brouillon et ne concluant aucune affaire, mesme à ses plus grands amis, a entrepris Vostre Eminence en son honneur et en ses biens, fortifié par la hayne du Parlement qui ne manque pas en toutes occasions de luy prester main-forte , et par Meusnier son confrère, autant vostre ennemy mais encore plus fripon et prétendant profiter dans la confusion a. Sur l'honneur, ils trouvent leurs mesures courtes; c'est ce qui les oblige à toujours différer, ne pouvant pas se résoudre à faire déclarer innocent celuy qu'ils ont voulu noircir de crimes. Les remèdes dépendent d'affaires hors de ma connoissance, ce qui m'oblige à n'en point parler. Sur les biens, tous deux, par leurs diverses qualités, prétendent agir en sorte que la confusion règne dans toutes les affaires de Vostre Éminence, ou faire nommer un syndic à leur dévotion pour dissiper tout le bien. Et pour cela , après avoir fait casser la procédure faite par M. Ménardeau, et ordonné que tous les créanciers comparoistroient devant eux, ils ont fait que quelques-uns des créanciers ont demandé un autre syndic; autres ont demandé que le commissaire aux saisies réelles reçust; et autres ne vouJoieot point de syndic. Ils ont voulu mesme faire créer un curateur à Vostre Éminence pour la défendre , à cause de son absence , et cela pour donner quelque meilleure forme à leurs arrests. Toutes ces dispositions sont également ruineusesà Vostre Eminence; et il est question de chercher les expédions pour
' François Ménardeau , conseiller clerc de la £ramf chambre; dévoué a Mazarin et à la Cour.
1 Meumier ou Le Meusnier, conseiller de la grand'ebambre, fut chargé en septembre 1 65 1 àe traiter pour le Roi avec la ville de Bordeaux.
* On lit sur le conseiller Meusnier, dans le Tableau du Parlement de Paris : - Homme léger, de peu de confiance et de peu de créanee dans sa compagnie, n'a tpie de petits intérêts.*
l'effet de ces mauvaises intentions, et de guérir si bien ia matière qu'ils soyent obligés de prendre le personnage déjuge, qu'ils ont quitté il y a si longtemps pour prendre celuy de partie.
Le seul moyen que j'ay trouvé pour un effet si considérable a esté de faire faire un contrat par tous ceux qui se prétendent créanciers de Vostre Éminence, ou au moins par lâ plus grande partie, qui emporte le reste, par lequel ils conviendront du syndic nommé (qui est un nommé Lecomte, homme solvable et dont nous disposerons) pour faire la poursuite de tous les effets de Vostre Éminence, la recette et dépense de tout ce qui en proviendra, et discuter les dettes. Ce contrat est desjà signé de douze créanciers et sera bientost terminé; ensuite, j'en feray demander l'homologation au Parlement , qui ne la peut refuser, estant une chose qu'il accorde tous les jours , et où le nom de Vostre Éminence ne paroistra point du t < m t . dont l'apparence au contraire sera mauvaise pour elle. En suite de l'homologation , ce mesme syndic demandera la cassation des baux à vil prix pour en faire de plus avantageux pour le compte des créanciers, poursuivra ia mainlevée du Trésorier général et recevra tout ce qui proviendra des effets. Lorsque ce projet sera avancé, je feray tous mes efforts et me serviray de toutes les • conjonctures pour tascher de tirer la connoissance de tous les effets, quant aux biens, des mains des commissaires. Ce sera toujours une prisée sur laquelle je rumineray incessamment pour me servir de tous les moyens qui me pourront donner facilité à l'exécuter. L'affaire réduite en ces termes, il ne sera plus question que de tous les créanciers , desquels je fais quatre classes, pour agir avec eux différemment :
La première est des créanciers particuliers de la maison de Vostre Éminence, qui ne sont pas en grand nombre et qu'à mon sens il faut payer en leur faisant faire des transports à une tierce personne, de laquelle je tireray une contre-promesse , afin d'agir toujours comme curateur de Vostre Éminence et que les dettes ne diminuent point que quand nous voudrons , et observant la mesme chose pour tout ce qui sera payé ;
La seconde, des créanciers en vertu des promesses pour argent qui a esté employé pour le service du roy, pour lesquels je fais estât, assisté de I autorité de la Reyne et des amis et serviteurs de Vostre Eminence , de persécuter vigoureusement le Surintendant, afin de les faire payer;
La troisième , des prétendus créanciers pour dettes injustes, lesquelles je l'eray discuter par ledit syndic des créanciers, en luy fournissant tous les moyens que je pourrav trouver pour en faire relever Vostre Eminence;
Et la quatrième, des créanciers de Vostre Eminence pour pensions de Im:nélices, arrérages de redevances des abbayes, comptes rendus ou à rendre.
et autres contre lesquels il y a procès intenté dans les cours souveraines. Pour ceux-là, je prétends, par lavis du Conseil de Vostre Eminence, les poursuivre dans les formes de la justice , et toujours en intention d'accommoder tous ceux où vostre Conseil ne jugera pas que Vostre Éminence ayt raison , ma maxime estant, et pour mes affaires particulières et pour celles dont je dois avoir la direction, d'aimer beaucoup mieux un bien un peu moindre, mais net et sans procès, qu'un plus grand et embarrassé, sans néanmoins rien quitter de ce que l'on peut justement défendre ou demander.
Voilà, Monseigneur, le chemin que je prétends tenir pour la conduite des affaires de Vostre Eminence, duquel je ne me départiray jamais et dans lequel je n'oublieray ni soin ni diligence pour y avancer.
Si Vostre Eminence désire que l'on travaille à fond dans ses affaires , il est absolument nécessaire qu'elle termine sur le sujet de M. Euzenat, parce que , comme je n'agis à présent que sur des lumières incertaines qui peuvent estre fausses, il se peut faire que je travaille inutilement, et peut-estre mal à propos, et que je seray moy-mesmc le premier à condamner ma con-r duite présente, lorsque je seray instruit à fond par les papiers. En écrivant cecy, je sçais bien que Vostre Éminence peut attribuer ce que je luy écris sur ce sujet pressamment à quelque mauvaise cause; mais comme je sens ma conscience nette et incapable de se détourner du droit chemin de probité , je laisse agir mon esprit qui ne se peut mesler d'une affaire à demy dans sa pente naturelle.
Je sçais bien qu'il y a quelque risque , et mesme qu'il est grand , de trancher ainsy dans les intérests de Vostre Éminence ; mais je sçais bien aussy que toutes ses affaires de quelque nature qu'elles puissent estre , et de bénéfices et de finances, sont presque toutes péries jusqu'à présent, faute d'une personne qui ayt esté assez hardie pour passer par-dessus cette considération et qui ayt eu assez de force d'esprit pour prendre sur luy toutes les mauvaises satisfactions que Vostre Eminence peut tesmoigner, et aller toujours au bien de ses affaires. Il est vray que cette conduite doit estre fondée sur une profonde connoissance de toutes ces sortes d'affaires, pour en bien connoistre les suites et les conséquences , et sur une probité inébranlable , pour ne considérer que Pintérest seul de Vostre Eminence ; et c'est au choix d'un sujet qui ayt ces qualités qu'il est nécessaire que Vostre Eminence s'applique extraordinairement ; mais aussy, quand elle l'aura trouvé , il faut qu'elle ayt en luy une confiance entière et d'autant plus qu'n u homme d'honneur souffre malaysément qu'on entre en défiance de luy sur le chapitre de l'intérest, et qu'une manière d'agir fondée sur
b probité demande qu on l'approuve et qu'on l'agrée, et est impatiente du contraire.
Dans ces premières dépesches, je fais effort de dépeindre mon esprit et mon humeur à Vostre Ëminence afin qu'elle prenne son party avecconnoissance de cause et qu'elle me connoisse jusqu'au fond de l'âme avant mu de prendre confiance en moy. Je continueray l'espace de deux à trois mois, et ne croiray point , avant qu'elle m'ayt éprouvé, mériter cette entière confiance. Et avant ce temps , et mesme après , elle sera toujours en estât de me retirer ses affaires en deux jours , sans craindre ni de fuite ni de refroidissement dans le temps qu elles seront mises entre les mains d'un autre. Mais aussy je la supplie de me permettre de luy dire, quand elle aura fait cette épreuve , que je sens mon esprit incapable de souffrir un partage de confiance en ce qui regarde ses affaires , et que cela ne se peut cacher ni de près ni de loin.
Vostre Éminence écrit à M. Ratabon1 qu'elle m'envoye la confirmation qu'il vous a demandée , et à moy d'en user comme je le jugeray à propos. Je la supplie de tout mon cœur de m'expliquer nettement ses intentions sur cette affaire et sur toute autre de pareille nature. Si elle me veut laisser la liberté de la donner ou non, il ne falloit pas luy écrire qu'elle me l'envoyé; et, de plus, il me falloit informer des raisons de Vostre Éminence pour et contre, pour pouvoir juger; mais surtout, je conjure Vostre Éminence de prononcer nettement ses intentions sur toutes les choses dont elle a connoissance. Je retarderay de donner la lettre jusqu'à ce que j'aye réponse à celle-cy.
Je puis commencer à faire lestât que Vostre Eminence juge nécessaire pour sa justification ,* sur la connoissance que j'ay des avances qu'elle n faites; mais je ne puis pas l'achever qu'elle n'écrive à Jobard, à M. d'infreville 2 et à tous ceux qu'elle sçait en avoir connoissance par paroles , de me mettre entre les mains tous les papiers et de me donner toutes les instructions et tous les éclaircissemens qu'ils ont.
Je m'abstiens de dire à Vostre Éminence la diligence et l'application qu'il faut avoir pour ses affaires et de combien de travail elles sont accompagnées, parce que cela seroit inutile et que le temps que j'y pourrois
1 Ratabon était surintendant des bâtiments quand Cotbert, en 166/1, acheta cette charge.
1 Louis Le Roux , seigneur d'Infrevilte et de Saint-Aubin d'Escroville, commissaire général de ia marine en 1697. Il fut chargé en 1639 de miterions les 004* de France pour y établir
les droits de l'amirauté. Conseiller d'État en l64A, intendant de police et finances des ar-
puis intendant de Toulon en idho; il se démit de cette charge on 1 670 , à cause de son grand âge.
employer se*i employé ailleurs plus utilement; je luy diray seulement que le contrat dont je luy ay dcsjà parlé est en bon estât, et que je prétends achever dès aujourd'huy une affaire qui regarde le procès que Vostro Éminence a contre Boucher, qui doit produire un effet considérable. Cela ne se fait pas sans peine , ni sans l'autorité de la Reyne qui intervient en toutes occasions avec une vigueur qu'on ne sçauroit trop louer.
Pour les charges dans la maison de Monsieur 1 dont je vous ay écrit, j'en attends l'événement sans inquiétude, et pour mieux dire, je n'en attends point du tout. Celle de contrôleur général n'est engagée à personne; mais on la veut donner à madame de Beauvais * pour prétention qu'elle «voit sur une partie de la charge de secrétaire des comraandemens; mais elle n'en veut point. Et pour dire la vérité à Vostre Eminence, il y a tant d'intérests à déineslcr, avant que cela parvienne jusqu'à la Reyne, qu'il faudroit une affection bien particulière pour moy (ce qui n'est pas) à l'égard des personnes qui s'en doivent raesler, pour la faire réussir.
(BiW. Imp. Mm. Baluie . Papier, de. Armoire,, vol. S6S . fol. »8.)
P»rii, «7 juin 1 65 1.
Nostre contrat des créanciers de Vostre Éminence n'est pas encore conclu. H y a toute apparence que dans deux jours il le sera, et j'espère que, par le premier ordinaire, vous apprendrez l'effet qu'il aura fait, ou qu'il sera presl de faire. Je vous confirme toujours que, d'autant plus que je perce dans le fond de vos affaires, d'autant plus j'y trouve quelque jour de les liquider, pourvu que vous approuviez ma maxime, qui est de sortir généralement de toutes les affaires qui seront mauvaises au fond, de n'en entreprendre point d'injustes, et d'avoir toujours pour but dans l'esprit de rendre vostre bien net et liquide.
L'on m'a donné avis, depuis hier, que le vaisseau Anna, qui est au Havre, et qui appartient à Vostre Éminence, se perd faute d'une dépense
' Le duc d'Anjou , tore de Louis XIV., 1 Voir ci-dessus, p. 89, deuxième alinéa. Catherine-Henriette Bellier, femme de Pierre Beau vais, seigneur de Genlilly, première femme de chambre d'Anne d'Autriche. Elle mit de» bote!* dans Paris; Tun existe en-
core rue Saint-Antoine, fia ; l'autre était situé au faubourg Saint - Germain , carrefour de la Croix-Rouge. "Elle était vieille, borgnesse,') dit Sainl-Sirnon. Les archives des affaires étrangères possèdent de nombreuses
de 2,000 livres. Je fais faire une lettre de la Reyne à untcapitaine de vaisseau, qui est là, que l'on m'a dit eslre intelligent et fidèle, par laquelle Sa Majesté luy demande avis de la dépense qu'il faut faire pour mettre ce vaisseau en bon estât; et au cas qu'il faille a,ooo livres, je les luy enverray.
Je vous avoue franchement que si vous m'aviez chargé de vos affaire* dans le commencement ou dans le cours de votre ministère, vous n'auriez
pas souffert guère de temps que je m'en fusse mcslé, parce qu'il ne m'auroit pas esté possible de souffrir l'horrible dissipation que vous avez faite de vostre bien, soit en donnant vos meilleurs bénéfices, soit en créant de grandes pensions sur ce qui vous en restoit, soit en empruntant de tous costés pour le Roy et vous incommodant au point où vous estes présentement. Ceux qui s'en sont meslés ont eu autant d'intelligence et de fidélité que moy, mais pas tant de hardiesse, que j'aurois eue et qui estoit nécessaire pour vostre service. Tous vos amis et serviteurs de deçà conviennent de deux choses : qu'il falioit à Vostre Eminence une personne qui eust la hardiesse de luy résister dans l'envie immodérée qu'elle avoit de dissiper son bien, et [remontrer] qu'elle pouvoit bien tesmoigner son zèle et sa passion pour l'Estat sans se ruiner comme elle a fait; et de plus qui, sur un fondement de probité et de connoissance, eust achevé toutes les affaires de Vostre Éminence en prenant promptement son party quand il falioit perdre quelque chose; à quoy Vostre Éminence n'a jamais pu se résoudre; et personne aussy n'a eu la hardiesse de l'entreprendre, crainte d'estre soupçonné. Je souhaiterais que la première [de ces deux choses] retournast à estre nécessaire, comme elle est tout à fait inutile présentement; pour la seconde, je puis assurer Vostre Éminence que je ne manqueray jamais de la faire. 11 n'y a que ma connoissance dont je me défie; et pour l'aider, je ne feray rien que je n'aye demandé conseil aux amis et serviteurs de Vostre Éminence qui sont de deçà.
(Bibl. Imp. Mm. Bahue, Papier* de* Armmrt*, vol. 363, toi. 3o )
(Minute autographe.)
ParU, i" juillet 1 65 1.
J'ay reçu vostre lettre du 20 du passé. 11 n'y a personne qui soit plus propre pour aller à Toulon et plus zélé pour vostre service que M. Scyron. Il pourra faire Pestablissement des choses qui sont à faire, et j'en verra y
avec luy une personne dont je lireray des précautions pour la seurelé de vos deniers; renvoyez-le-nous donc proinplement et entretenez-le dans celle position, s'il vous plaist. M. Rose ma entretenu des affaires de la marine, sur lesquelles j'ay pris et prendray encore des mémoires fort instructifs. Ce qui presse le plus est d'empescher que Y Anna ne périsse; à quoy j'ay desjà mandé à Vostre Éminence que j'allois travailler.
Vous trouverez aussy cy-jointe une lettre de M. le marquis d'Antin 1 qui ma entretenu fort longtemps de la prétention qu'il a sur vostre charge à Fontainebleau; et quoyque je luy aye assuré que vous n'avez pas dessein de vous en défaire , il n'a pas laissé de vous écrire et de me prier de vous dire qu'il vous en demandoit la préférence, en cas de vente.
Je trouve à présent le Surintendant en assez bonne disposition. Je suis assuré, comme je vous ay desjà mandé, de a3,ooo livres qui sont entre les mains de Girardin. Elles auraient esté desjà reçues sans un décry des monnoyes qui doit estre fait lundy prochain ; et il faut que je vous avoue <jue c'est un effet de timidité pure, et que, si c'estoit pour moy,je courrois risque du décry, à cause de la mauvaise disposition des affaires; et je nesçais mesme si je n'en prendray pas la résolution. Pour les 07,000 livres restantes, elles doivent estre payées à Rouen; et j'en attends demain nouvelle décisive , et je ne perdray aucun temps pour en informer M. Le Tellier.
Ledit Surintendant m'a proposé de vous sortir de la dette de Perrachon, •|u'il dit estre de i5o,ooo livres; et que tout ce qu'il pouvoit faire pour vous estoit de vous donner 3oo,ooo livres tous les ans, sçavoir 100,000 comptant, pour partie de vostre subsistance, et 900,000 en remboursement de vos avances. Je trouve cette somme fort modique; néanmoins, je me suis chargé de vous la faire sçavoir. Vous prendrez, s'il vous plaist, la |>eine de me mander vostre résolution. J'ay cru qu'il estoit nécessaire de recevoir les 5o,ooo bvres, avant que de le presser pour le reste, et qu'il valoit mieux retarder nostre espérance pour trois semaines que de hasarder le solide présent.
Je vous supplie de me mander vostre sentiment sur ce que je vous écris en cette occasion et aux autres qui sont importantes, afin que, suivant ce que vous approuverez ou improuverez de ma conduite, je la puisse régler à l'avenir.
L'affaire de Boucher m'a donné une peine continuelle depuis douze jours. La Reyne y mit hier la dernière main. M. le Chancelier* m'a promis
1 Roger Hector de Pardaillan de Gondrin, Bigorre; coiweiller d'État (i656). Mort on marquU d'Antin , chevalier d'honneur de ma- 1 66 1 .
«lame la duchesse d'Orléans, gouverneur de * I>ierre Séguier, comte de ViHemor, né à
ce matin de donner MM. d'Aligre1 et de Morangis2 pour examiner se* estats. Je vois cette affaire en très-bon chemin ; et ceux qui ont sçu tout ce qui s'y est passé pourront vous tesmoigner, s'ils vous en écrivent, si jo vous sers avec indifférence. J'ay eu à combattre en M. le Chancelier une feinte malice, qu'il n'oseroit faire connoistre, avec une recommandation puissante de madame de Sully3 sa fille bien-aimée, qui, moyennant un présent de n,ooo pistoles, avoit promis jusqu'à hier, positivement, à nos parties, qu'il éluderoit tous les ordres de la Reyne, qui, sur ce cpie je luy ay fait connoistre le détail , a parlé en maistresse. Je ne vous dis pas d'où nous est provenu tout cet embarras.
Je vois que vous appréhendez fort que la déclaration que l'on a faite à M. Euzenat ne vous apporte de grands préjudices. Il est vray qu'il est bien difficile que , en si peu de temps et sans aucun papier, j'ayepris une connoissance si générale et si à fond de vos affaires que mon ignorance ne puisse causer des désastres considérables ; néanmoins, afin que vous soyez instruit et que vous sçachiez à fond jusqu'où peut aller le peu d'intelligence que Dieu m'a donnée , j'ay résolu de vous faire un narré général de toutes les affaires générales et particulières que vous avez au Parlement, Grand Conseil, Cour des Comptes, Conseil Privé et Châtelet, avec mon avis sur chacune; c'est à quoy je travailleray la semaine prochaine. Et je vous puis dire par avance que je vous garantiray pour peu de chose du mal qui vous en peut arriver, pour peu que mes manières vous agréent, que vous ayez confiance en moy, et que vous m'autorisiez à proportion de cette confiance.
Pour ce que vous m'avez écrit touchant M. Bluet\ je vous demande en grâce de mettre dans vostre Conseil un avocat en qui j'aye confiance. II. de Massac est fort honneste homme et vous servira bien , comme il i
Paris en i588, conseiller au parlement, maître des requêtes, intendant de Guyenne, président à mortier au parlement de Paris, garde des sceaux en i633, chancelier en i635. Il fut trois fois garde des sceaux. Le I* mars i65o on les lui enleva pour les donner à Châteauneuf. Ils lui furent rendus le lA avril 1 65 1 ; mais, le 7 septembre de la même année, ils furent donnés à Matthieu Molé. On les lui rendit le h janvier i656, et il les garda jusquVn 1679, année de sa mort.
1 Etienne d'Aligre, né en 1 5o9 , fut successivement surintendant en Languedoc et en Normandie, ambassadeur à Venise. Nommé chancelier de France en 167^1 ; mort le -jf) oc-
tobre 1677. Il était fils d'Étienne d'Aligre, également chancelier de France, mort en t635.
' Antoine Barillon, seigneur de Morangis; maître des requêtes en i6a8, conseiller d'Ktat; il exerça en 1 653, pendant six mois, avec d'Aligre, la charge de surintendant des finances.
3 Charlotte Séguier, seconde fille du chancelier, mariée en i63(j, à Maximilien de bethune, duc de Sully , et, en secondes noces, à Henri de Bourbon , duc de Verneuil, fils naturel de Henri IV. Morte le 5 juin 1706, âg-> de quatre-vingt-deux ans.
* Avocat au parlement. (Voir la lettre 5o.)
accoustumé; et je vivray bien avec luy, quoyqu'il me chicane en beaucoup de rencontres, et que j'aye l'esprit peu disposé à le souffrir; mais vous vous pouvez reposer sur moy qu'il vous servira et que je n'auray aucun dérueslé avec luy.
(Bibl. Imp. Mm. Bahiie, /'opter, de» Amwins, vol. 363, fol. 11.)
M mu ii autographe.)
Paris, 8 juillet i65i.
Pour réponse à la vostre du 27 du passé, j'ay rendu le mot de lettre de vostre part à M. Tubeuf, qui m'a remis à un des jours de la semaine prochaine, pour nous entretenir à fond de tous vos intérests. Pour ce qui est des i5,ooo livres restant des 100,000 de la subsistance de Bresse, il m'a dit les avoir données pour remise, pour toucher les 85,ooo livres. J'ay fait voir à M. de Lionne ce que vous m'écrivez touchant M. Euzenal, afin qu'il [le] luy puisse dire, et qu'ensuite on luy puisse donner la satisfaction que vous désirez. Vous pouvez juger, par le passé, si je manqueray à dresser un inventaire exact de tous les papiers qu'il me donnera; mais j'ay à vous demander sur cela en grâce que vous luy donniez décharge de tout, et qu'il ne demeure aucun papier signé de moy en ses mains. Je mettray autant en seureté qu'il se pourra tout ce qui sera reçu pour vous; sur quoy il y a une chose assez importante à vous faire sçavoir, qui est que j'avois différé à recevoir les q3,ooo livres à compte des 5o, sur ce qu'il y avoit un édit pour le décry des réaux et pour remettre les pistoles à 10 livres, qui estoit signé, ce qui me mettoit en peine, parce que la perte estoit grande et que tous les payemens ne se faisoient qu'en réaux. Néanmoins, sur la retraite de M. le Prince de nuit \ quoyque j'aye fait toute diligence, je n'ay pu encore recevoir que 10,000 livres. Je vous avoue franchement que cela provient encore de quelque retenue dont je ne puis encore me défaire, ayant dit à M. de Lionne, il y a plus de huit jours, que si cette somme m'appartenoit, je la recevrois, ne trouvant aucune proportion entre le risque de perdre sur les monnoyes et ecluy de perdre tout, ce que pouvoient produire les mauvaises conjonctures du temps, dont
1 De peur d'être arrêté de nouveau, le prince de Condé avait quitté Paris en grande Hât«> dans la nuit du 6 au 7 juillet. «Par un jeu bizarre de la fortune, a dit A ce sujet M. de Sainte-Aulaire, dans son Histoire de la
Fronde, l'homme le plus intrépide de son siècle fuyait en ce moment devant des femmes et des enfants montés sur des Anes qui portaient des légumes au marché."
il ne faut attendre tous les jours que quelque événement funeste. J'ay emporté l'affaire de Boucher de haute lutte; les estats sont entre les mains de If, d'Aligre, qui est bien intentionné pour vous et encore plus pour la justice; il n'est question que de la luy faire connoistre. Nous nous assemblons pour cela demain chez luy, MM. Rose, Pellisson1 et moy. Vous en devez attendre toute satisfaction, autant que je puis percer dans la vérité de cette affaire que je ne connois que sur le rapport d'autruy. Tous les intéressés en l'affaire Boucher se remuent fort et me font diverses propositions auxquelles je fais la sourde oreille , parce que l'affaire n'est point encore meure. On me dit mesme que les propositions vont jusqu'à vous; en ce cas, je vous supplie de me les renvoyer, et d'avoir confiance que je m'instruiray à fond par moy-mesme de l'affaire, et qu'ensuite je prendra) le party qui vous sera le plus avantageux. Je suis en résolution de faire venir icy M. d'Infrcville pour assister à l'examen desdits estats.
Pour les autres affaires de la marine et de vos vaisseaux, nous nous en entretenons souvent, M. Rose et moy. Il seroit très-nécessaire qu'il demeurast encore icv quelque temps, tant pour régler ce qui concerne les tiers que pour l'affaire de Boucher, dans laquelle il a toute l'intelligence.
Quoyque j'ave pour maxime de toute la conduite de mon petit bien d<* le liquider toujours, de terminer toutes les affaires qui vont à l'embrouiller, et (jue je sois naturellement enneray des procès, je ne laisseray pas de bien considérer les temps et tout ce qui peut rendre la conclusion d'un procès (en dilayant ou en avançant) plus avantageuse pour vous.
Je conféreray avant vostre départ, par votre ordre, avec M. d'Estrades2, pour mettre en bonne forme les avances que vous avez faites pour Dunkerque, ce qui m'a paru impossible; je ne laisseray pas de luy en écrire et d'y contribuer autant qu'il sera en mon pouvoir. Quand ces dépenses sont une fois faites contre les formes, pour les y remettre, il faut faire bien des faussetés, quoyqu'elles soyent véritables dans le fond; et cela parce que les roys se sont lié les mains par les ordonnances de vérifies-
1 Paul Pellisson-Fontanier, né à Béliers en 1 6a4 , étudia le droit à Toulouse. Son Histoire de P Académie française, depuis sa fondation ( i635) jusqu'en i653, lui en ouvrit bientôt les portes. Secrétaire du roi en i65«, premier commis de Fouquet en 1 667, maître des comptes à Montpellier en i659, il fut disgracié avec Fouquet et mis à la Bastille ( 1 66 1 ). Rendu à la liberté en 1666, il devint histo-
riographe du roi en 1668, et abjura le protestantisme en 1670. Mort en i6o,3.
* Godefroy, comte d'Estrades, né en 1607. Conseiller d'État en i63g, ambassadeur prés des Etats Généraux en i646, lieutenant général et gouverneur de Dunkerque en i65o. vice-roi d'Amérique en t663, maréchal do France en 1675. Mort à Paris, le a 6 février 1 686 , à l'Age de soixante et dix-neuf ans.
lions dans les cours souveraines, qui expliquent la quantité des décharges sur toutes dépenses, et par la déclaration de i648 qui restreint les comptons qui servoient de remède à tous maux...
Je sçais bien que la dépense faite pour les armées de Catalogne n'a point passé par les mains de M. Charles ', qui n'a eu soin que de celles qui ont esté mises sur les vaisseaux de du Quesne pour Bordeaux, dont il ma depuis peu envoyé la quittance en bonne forme. Il n'est plus question que des certificats de la fourniture desdites armées que ledit du Quesne nie doit fournir. Et, pour celles de Catalogne, quoyque, dès Dijon, j'ayc fait un mémoire fort exact des décharges qu'il falloit envoyer à MM. de Mereœur et d'Infreville, dans vos paquets, je n'en ay point ouy parler depuis ce temps; je verray sur cela M. de Beaufort.
Les souliers de Rethel ne furent point achetés de vostre argent, comme vous avez pu voir par lestât des avances que vous avez faites pendant ce voyage; je ne laissera v pas de m'enquérir de ce qu'ils peuvent estre devenus, pour vous en rendre raison.
On verra ce qui se pourra faire avec l'ambassadeur de Venise pour l'achat de vos vaisseaux. Si on ne peut retirer les 1,100 pistoles de M. de Roquelaure 2, je les mettray dans la forme qu'il faudra.
J ay achevé l'examen de tous les livres de M. Cantarini. Je n'ay trouvé qu'un article de 660,000 livres de deniers revenant bons pour le régiment italien, qui soit dangereux, et quelque transport d'argent d'icy à Lyon et de 3oo,ooo livres en Hollande; mais cela n'est pas de conséquence. Je vous en envoyé un extrait par lequel vous verrez ce que ledit Cantarini prétend que vous luy devez. Si sa prétention estoit bien fondée, il vous cousteroit gros pour n'avoir pas eu une personne qui ayt pris soin •le retirer vos billets à mesure qu'on luy donnoit des assignations, parc»* qu'il prétend que vos billets en sont grevés, et que, ayant esté révoquées, vous estes son débiteur.
J'ay travaillé ces jours passés à le sortir, et vous, par réflexion, de 1,200,000 livres qu'il a reçues, depuis 1 Gli h jusqu'en t6A8, pour les monstres du régiment royal-italien, sur ses récépissés, sans aucun acquit. Lay et ses successeurs en auroient répondu au roy jusqu'à la dixième génération; et pour vous, ce seroil un très-grand procès qui auroit esté fascheux parce que les régimens sont chargés de dépenses à votre compte.
1 L'abbé Charles, agent du cardinal Maia- iM3, lieutenant général en »65o, duc et
nn. pair en 1 65a , gouverneur de ta (îuyenne eu
: «iastou. dur de lloquelaure. Capilain.' 1 653. Mort à Pari», lo . . mars 1 683 , à
"i i635, maître de ta gai de-robe du roi m l'âge de soixante-huit ans.
Pour toutes ces sortes d'affaires, ce qui est très-facile dans le commencement devient très-diflicile par la longueur du temps...
(Bibl. Imp. Mm. Baluxe, Papier, de, Armoire, , vol. 363, Vol. 33.)
(Minute autographe.)
Paria, 16 juillet i65i.
Vous apprendrez, par les diverses lettres que vous pourrez recevoir cet ordinaire, lestât présent des affaires qui reculent fort les vostres; et comme la disposition a esté mauvaise toute cette semaine, je n'y ay pas avancé comme j'eusse pu désirer. Je fais répoase par celle-cy à vostre lettre du a 8 du mois passé , article par article.
Je croyok m'estre expliqué fort clairement sur . toutes vos affaires du parlement, et que vous en seriez aussy bien instruit que moy-mesme; cependant je vois bien que ce qui me paroissoit si clair doit estre bien confus , puisque vous me mandez qu'il faut que je m'applique à bien faire valoir vos bénéfices et que , pour en jouir, il n'y a qu'à prendre des mainlevées de vos créanciers particuliers : cela estant fort éloigné de ce qui se peut et doit faire, puisque le procureur général a saisy, en conséquence de l'arrest du parlementât les commissaires ont adjugé tous vos bénéfices par des baux judiciaires, avant que j'eusse reçu vostre procuration; et prétendoient, par diverses contestations qu'ils avoient fait naistre sur la nomination de la personne qui en devoit toucher le revenu, tenir le tout dans la confusion et dissiper plus facilement, ce qu'il a esté impossible d'éviter que par un contrat que j'ay fait à la plus grande partie de vos créanciers, par lequel ils nomment un syndic, don! nous disposerons, pour faire toutes les poursuites et qui touchera seulement tout le revenu. Quand les deniers seront en ses mains, nous serons obligés d'en faire la distribution du consentement de tous vos créanciers. Ce sera pour lors qu'il faudra travailler à avoir leur mainlevée; mais je ne vois guère d'apparence qu'ils s'y rendent si faciles que vous vous imaginez. Vous voyez donc bien, puisque le parlement a adjugé tous vos bénéfices, que je suis bien éloigné de les faire valoir, soit en y establissant des receveurs pour les abbayes qui ne sont pas en valeur à cause de la guerre , soit en cherchant des fermiers qui augmentent les fermes des autres, comme vous m'écrivez; et de plus, que je n'ay garde de demander la mainlevée de vos créanciers, puisque c'est le seul moyen que nous avons de rendre nulle la saisie du procureur général. Il se peut faire que nous pourrons produire quelque
conjoncture favorable dont nous nous servirons le plus avantageusement qu'il se pourra.
Je suis très-ayse que vous me mandez que vostre volonté est que je débrouille vos bénéfices, en faisant juger ou accommodant tous les particuliers intéressés, qui les ont mis dans une confusion inexplicable. 11 n'y a que le temps qui puisse faire cet office, à quoy vous ne devez pas douter que je ne m'applique, puisque j'y seray porté et pour vostre satisfaction et |)iir mon inclination naturelle.
M. le chevalier de Terlon 1 me demande une ratification d'un bail qu'il ;i fait de l'abbaye de Moissac à i 8,000 livres, et me mande que vous luy avez donné ce qu'elle peut valoir au delà. Il est vray que luy et son frère ont empesché jusqu'à présent que le parlement de Toulouse n'ayt point saisy cette abbaye, et pour cela ils méritent d'estre gratifiés; il est bon que vous sçacbiez qu'elle peut valoir ao ou a a, 000 livres. J'attendray vostre résolution, avant que de lui envoyer cette ratification; mon avis est de le faire, parce que nous ne sommes pas en temps de pouvoir contester.
M. l'abbé de Coursaut s'esloit fait fort de la mainlevée du parlement de Melz pour l'abbaye de Saint-Arnoul et les bénéfices de Lorraine. Je n'ay reçu aucune nouvelle par l'ordinaire passé. J'attendray avec impatience le prochain. 11 serait très-important que cela réussist. Envoyez-moi un mot de lettre pour MM. de Schomberg2 et de La Ferté-Senneterre, afin que je le leur puisse rendre et envoyer, en leur demandant leur assistance pour ces bénéfices, en attendant que M. Jobard puisse y aller faire un voyage, comme vous souhaitez.
Il n'a pas esté possible d'obliger M. Tubeuf à estre syndic de vos créanciers; il est vray que celuy qui est nommé a ordre de faire tout ce que je désireray de luy.
Je consulteray [sur] la pensée que vous avez pour assurer le revenu de vos bénéfices à vos créanciers, pour quatre ou cinq ans après vostre mort, et vous manderay ce qui se pourra faire.
1 Hugues de Terlon, né à Toulouse au commencement du xth* siècle. Il s'attacha de lK>nDe heure à la fortune du cardinal Maxarin, «a le chargea, en i655, d'une mission en Suéde. Conseiller d'Etat en 166a, ambassadeur à Copenhague de 1666 à 1675. Auteur de Mémoires sur les négociations de i656 à 1 <i»i 1 ( Paris , 168a, 1 vol. in- 18); l'ouvrage n'a pas été achevé.
3 Chartes de Scuomberg, d'Halwin, né en
1600. Enfant d'honneur de Louis XIII, duc et pair de France en 1620, gouverneur de Languedoc en i63a , maréchal de camp et général des troupes allemandes en i633. La victoire de Leucate , qu'il remporta en ?637 sur les Espagnols, lui valut le bâton de maréchal de France. Colonel des Suisses en 16/17, \ice-roi et chef de l'armée de Catalogne en 1 GhH , il se retira, en 1 653, à MeU, où il mourut le 6 juin • 656.
La promesse que j'ay donnée à vostre pourvoyeur, pour retirer la tapisserie qu'il avoit en gage, sera nulle, comme j'espère, parce que Tabourel payera, s'il n'arrive de grands désordres, dont nous sommes tous les jour> à la veille ; et ce n'est qu'à cause de cela qu'il a désiré son assurance dV moy, pour les 19,000 livres. Il a voulu ma promesse pure et simple, et faire rétrocession de son transport sur le sieur Lucien.
Je crois que vosimeubles seroient mieux à Péronne, pourvu qu'ils ne courussent aucun risque à les tirer du Palais-Cardinal et par les chemins j'en conféreray avec M. Jobard. Pour vos créanciers, il seroit inutile <Je s'accorder avec eux, tant que le parlement informera contre vous.
Le lieutenant de l'Amirauté a fait venir icy 3 3,000 livres par lettres de change, à cinq pour cent de remise. Je profiteray à l'avenir de l'avis <{u<vous me donnez, de faire remettre ces dernières entre les mains de M. le cardinal Bicchi1. J'ay grand'peine à tirer ces 3 9,000 livres des mains de M. Bertillat , parce qu'il dit que, le don de la Reyne n'estant pas vérifié, cette partie sera rayée à la Chambre des comptes. Au fond, il a raison, et je ne sçais pas qui luy a donné cette instruction; le remède est de lever cette difficulté par l'autorité de la reyne. Mais comme je crois qu'il s'y tiendra ferme, et que, ayant raison, il sera difficile de l'y faire condescendre, il faudra voir à demander une ordonnance de fonds au Surintendant pour les dépenses de la maison de la Reyne assignées sur les tiers, ou «1 faire vérifier le don pour le passé et pour l'avenir avec diligence. Je crois estre obligé de me servir des deux dernières voyes.
Sur le fait des tiers , j'attends le retour de M. Scyron avec impatience, croyant qu'il sera disposé à aller faire un voyage en Provence pour faire rendre compte du passé et establir l'avenir. J'enverray avec luy un simple commis, pour recevoir et rendre compte fidèlement, si vous ne jugez plus à propos et plus avantageux d'y envoyer une personne d'une autre étoffe qu'un simple commis, qui, avec une qualité un peu honorable, connu»' d'intendant des tiers pour la reyne, ou de commissaire général sur ce fait-là, et des appointeraens de 5oo livres par mois ou environ, fist résidence actuelle sur les lieux et allast mesme en Ponant, s'il estoit nécessaire, pour veiller au recouvrement desdits tiers; à quoy travaillant comme un homme d'honneur doit faire, il doubleroil bien ses appoinlemens à vostnprofit. C'est l'avis de vos serviteurs de deçà; si c'est le vostre et que vou> en preniez la résolution, écrivez à M. de Lionne ce qu'il faut qu'il fas^e. Je fais estât d'y envoyer un de mes cousins qui porte mon nom, qui a esté
1 Alexandre Bicrhi.cartliual.il en est souvent fait mention dans les Mémoires du cardinal de Reti
iuteridaiit des finances à Ypres et Courtray, que vous avez vu et dont vous avez ouy parler; sinon j'y enverray un simple commis de la fidélité duquel je seray assuré, vous suppliant de croire que je ne vous fais point la première proposition pour l'avantage de celuy que je vous nomme, mais bien pour le vostre.
Il me souvient que pendant les voyages de Normandie , Bourgogne et Picardie, vous envoyastes beaucoup d'argent à Dunkerque, dont je vous renûs les récépissés du commis de l'Extraordinaire; souvenez-vous, s'il vous plaist, où ils peuvent estre, afin de les employer dans Testât de vos avances. Il est nécessaire pour le continuer que vous m'envoyiez les copies de compte que M. Longuet vous a mises entre les mains de temps en temps, ou que vous écriviez à M. Le Tellier qu'il ordonne audit sieur Longuet d'en faire de nouveaux pour me les remettre.
Si j'avois cru l'alTaire de Boucher aussy facile que vous, elle auroil pu se perdre sans ressource, parce qu'il a fallu une chaleur et une assiduité tout extraordinaire pour l'emporter, et qu'il n'y a eu que l'importance de celte affaire et la difficulté que j'y trouvois qui m'ayent donné la chaleur qui a esté nécessaire. Vous me permettrez de vous dire que , dans le discours que vous m'en faites, vous ne me parlez point du tout du fondement de la prétention que ledit Boucher a contre vous. Le voicy : Vous luy donnastes, en 1667, un ordre par écrit de payer les restes de la marine de 16A6, avec promesse de luy faire donner de bonnes assignations à satisfaction, ou de luy payer en vostre propre et privé nom; vous ne luy avez point fait donner de bonnes assignations, et, par conséquent, vous estes obligé. 11 n'est question que de liquider ces restes de 16/16, ce qui appartient au Conseil et à la Chambre des comptes. La Chambre les avoit liquidés à 7 ou 8,000 livres; pour le Conseil, ses estats estoienl entre les mains de M. Foulé1 qui, moyennant un présent de 1,000 pistoles et de 3oo à son commis, les avoit fait apostiller et arrester, et estoit prest à les signer, s'il n'eust esté prévenu. Si cela eust esté fait une fois, il n'y avoit plus de remède , n'y ayant rien en France au-dessus du Conseil et de la Chambre des comptes, pour les choses qui sont de leur jurisdiction. Ainsy, vous auriez esté débiteur de Boucher, en vertu de vostre écrit et des estats finaux desescomptes, de 7 ou 8,000 livres. Voilà la vérité de cette affaire, sur laquelle, et sur toute autre de pareille nature, il faut que je sois toujours instruit des choses à fond et dans la vérité, parce que l'on ne peut pas y trouver les remèdes sans cette connoissance.
1 Élienne Foulé, maître des requêtes, en 1 636 ; intendant du justice en Limousin.
Mandez-moi, s'il vous plaist, vostre résolution sur les t6,o85 livres que me demande M. d'Estrades, pour retirer vos pierreries de Hollande.
Faites en sorte que M. Massoni, doyen de Sainl-Saurin de Cologne, vous envoyé tous les paquets qui luy sont adressés avec la suscription cyincluse et les deux lettres A. S. en teste, afin d'oster toutes les apparences.
M. Euzenat ne trouve pas que ma procuration soit assez spéciale pour arrester ses comptes. Je luy ay offert de les voir et apostiller, et de vous envoyer la dernière feuille avec tel arresté qu'il désireroit, afin de la signer, et que, jusqu'à ce que vous l'eussiez renvoyée, il ne se dessaisiroit d'aucun papier.
( Bibl. Imp. Mss. Bal.i/e , Papim de» trW«. vol. 363 . foi. 35. )
( Minute autographe. )
Paris, 99 juillet 1 65 1 .
J'ay fait réponse, par l'ordinaire passé, à vostre dépesche du *j8 de juin; et, par celuy-cy, je la feray à celle du q juillet. Avant toutes choses, je vous diray que l'éloignement de MM. Servien , Le Tellier et de Lionne ma désorienté1, de sorte que je ne sçais à qui m'adresser pour les choses qui regardent vos inlérests; et, jusqu'à ce que nous voyions quelque esutblissement dans les affaires pour choisir à qui m'adresser pour demander l'entremise de l'autorité de la reyne, ou que vous m'ayez donné mission auprès d'elle, je seray dans le mesme embarras.
11 y a quelque apparence que nous ferons réussir l'homologation du contrat de vos créanciers, quoyque Broussel et le substitut Joly* fassent tout leur possible pour la traverser par une suite de procédures qui tire en une longueur prodigieuse. Le plus grand mal vient de ce que Ton a laissé le temps passé surcharger vos bénéfices d'une si grande quantité de procès, que l'on pouvoit accommoder en peu de temps (soit pour n'avoir pas juslice au fond, soit pour estre question de peu de chose), que, le mauvais
1 Le 1 a juillet, un des chefs de la nouvelle Fronde, dans le parlement de Paris," avait proposé de faire des remontrances à la Reine pour la supplier d'éloigner de ses conseils Le Tellier, Servien et de Lionne. Soixante voix ayant appuyé cet avis suggéré par le prince de Condé, le Coadjuteur émit l'avis de déclarer perturbateurs du repos public tous ceux qui, au mépris des arrêts du parlement, correspondaient avec le cardinal Maxarin. Bien
que l'arrêt eût été rendu contre son gré, Matthieu Molé présenta à la Reine ces remontrances par suite desquelles Le Tellier, Servien et de Lionne n'osèrent plus paraître au Conseil et quittèrent même Paris.
1 Guy Jolv, conseiller au Châtelct, fut d'abord secrétaire du cardinal de Retz, avec lequel il se brouilla ensuite. Ses Mémoires sur la Fronde sont la contre-partie de ceux du Car dînai.
AVEC MAZAIUN.
temps en ayant produit une autre grande quantité, il s'en est fait une niasse si confuse qu'il est presque impossible de la débrouiller, à quoy la lenteur naturelle de M. de Massac ne contribue pas peu.
Je vous envoyé l'ordre pour l'establissement de vostre Conseil, que je vous prie de signer et me renvoyer au plustost. Sur les trois avocats dont vous désirez qu'il soit composé je n'ay rien à vous dire, sinon qu'il me semble que vous vous chargez de beaucoup d'officiers et que cela ira à quelque dépense, estant nécessaire de les bien payer. Je n'ay point encore choisy l'avocat que je vous demande en grâce de pouvoir nommer. J'en cherche un dont la bonne réputation au parlement serve à nos affaires, et dont la diligence excite la lenteur de M. de Massac. Quoyque, par l'ordre de vostre Conseil , je me réserve la distribution des affaires , je vous supplie de croire que je n'en abusera y point, et que cela ne servira qu'à m'autoriser auprès de ces Messieurs, ce qui est très-nécessaire pour le bien de vostre service.
Les mesmes différends que nous avions la semaine passée avec M. de Bertillat, pour les 3 9,000 livres provenant des tiers, durent encore. J'espère de les terminer dans peu; mais, parce qu'il faut que la Reyne parle à M. le Surintendant, sans y mesler vostre nom, l'éloignement de tous vos serviteurs a empesché jusqu'à présent que cela ayt esté fait.
Nous devons nous trouver, M. Scyron et moy, lundy prochain, chez M. le chevalier Paul1, pour prendre instruction de tout ce qu'il y a à faire sur la recherche des tiers des prises du passé , afin qu'il puisse partir ensuite. Je crois que je pourray recevoir vostre réponse sur ce que je vous raanday la semaine passée , pour le faire accompagner avant qu'il parte...
Il n'y a que des mécontens ou des gens malintentionnés et que l'on ne peut guérir qui puissent faire sonner haut les avantages que vous retirez des finances, vos amis et tous ceux qui sont véritablement dans vos intérests sçachant bien le mauvais estât de vos affaires.
Je suis honteux que vos affaires avancent si peu ; mais si vous considérez comme les fondemens nous manquent , vous ne vous en étonnerez plus. J'espère encore en restablissement qui sera fait , et en la bonne volonté de la Reyne plus qu'en toute autre chose.
Vous avez des procès sur le titre des prieurés de Varangeville , Saint- Aven, et l'abbaye de Saint-Arnoul; et quantité d'autres assez importans, pour des redevances sur vos abbayes, dont tous les papiers sont ès mains
1 Paul (de Saumur) , connu sous te nom de tknalier Paul, était né en 1 597. Il fut successi»eineut mousse, matelot, puis chevalier servant d'armes, capitaine d'un vaisseau de guerre,
lieutenant général, vice-amiral des mers du LevanL Le chevalier Paul commanda la marine à Toulon jusqu'au 18 oclohre 1667. époque de sa mort.
de M. Euzenat, qui ne s'en veut pas dessaisir que son compte ne soit arresté\ Je vousay desjà écrit qu'il ncs'estoit pas contenté de ma procuration générale, et qu'il en veut une particulière, ni mesme de la proposition que je luy avois faite de vous envoyer la dernière feuille , avec tel arrestê qu'il luy plairoit, et qu'il ne se dessaisiroit d'aucun papier, que vous ne l'eussiez renvoyée; ainsy, il faut que vous m'envoyiez une procuration pour ce fait particulier, en vertu de laquelle je puisse agir, non-seulement comme juge de rigueur, mais comme juge de grâce; sçachant bien, par la connoissance que j'ay d'affaires de cette nature, que, faute de formes, il y i beaucoup de choses qui ne pourroient passer que par grâce; et, comme il n'y a rien à douter pour la fidélité, il est nécessaire que le pouvoir que vous me donnerez porte une approbation générale de tout ce qui a esté fait par luy...
J'ay charge de vous mander que l'accommodement avec M. de Châteauncuf n'est point encore conclu; qu'il vit hier au soir la Reyne, et que la difficulté est que Son Altesse Rovale consente à donner les sceaux à M. le Premier Président. On se fait fort du Coadjuteur; mais il ne parle pas, et on croit qu'il veut se remettre à un second traité, pour tirer ses avantages à proportion du besoin que l'on aura de luy. La question est de sçavoir, quand cela sera fait , si vos affaires en deviennent meilleures. Les philosophes disent que le principal point consiste à donner vostre confiance près de la Reyne à une personne qui ayt les entrées faciles, et au surplus esprit, fidélité et condition, afin de maintenir l'esprit de la Reyne et la faire agir selon les occurrences. Beaucoup nomment M. de Senneterre. mais ils trouvent que son âge empesche qu'il n'aille et vienne facilement: autres, M. de Palluau.
M. de Senneterre m'a dit, depuis le dépari de M. Le Tellier, que la Reyne a découvert beaucoup de choses sur le sujet de MM. Servien et de Lionne, et particulièrement sur l'accommodement qu'ils avoient cy-devant fait avec M. le Prince, auquel ils avoient inspiré de promettre à b Reyne vostre retour, pour se rendre maistres de son esprit, et promis qu'il* se chargeroient de faire naistre tant de difficultés que cela ne pourroit jamais arriver, se déclarant qu'eux-mesmes ne le souhaitoient point.
Toutes les négociations où ils ont toujours esté trompés, et où ils n'avoient autre but que leurs intérests, ont produit ce que nous avons vu ces derniers jours; et M. de Lionne, avant que de partir, a envoyé dire à M. de Ohâteauneuf et au Coadjuteur qu'il disposera l'esprit de la Reyne en leur faveur.
(Bibl. trop. Mm. Baluiu, Papier, des Amumt,,x0]. 363, fol. 37 >
f Minute autographe. )
Paris, a* juillet, à midy[t65il.
Le changement en la surintendance est tout public, et l'on y ajoute une M. de La Vieuville 1 vous donne 4oo,ooo livres, 100,000 à madame la Princesse, 5o,ooo à Bartet2. M. le Prince en a parlé chez luy, en pleine table, et a dit que ce n'estoit pas un mauvais plat pour l'assemblée du parlement, lundy prochain. Comme il entend par là justifier clairement le crédit que vous vous conservez toujours sur l'esprit de la Revne, aussy. prétend-il que cela luy servira beaucoup pour excuser sa mauvaise conduite et pour disposer les esprits à toutes les propositions qu'il a dessein de faire glisser indirectement contre Sa Majesté. Si ceux qui ont icy vostre confiance ne sont pas capables de corriger la mauvaise conduite du passé , par une si sensible expérience que celle que nous venons d'éprouver, il n'y a pas d'apparence qu'aucun raisonnement le puisse faire: et en cela vous serez à plaindre, et la Reyne aussy. Le dessein de changer le Surintendant est fort bon pour vous, pour la Reyne, parce qu'effectivement il ne fait rien pour vous que par force; mais les moyens pour y parvenir, mal mesnagés, tirent des conséquences qui vont à vostre ruine totale, et qui nuiront fort à la Revne.
( Bibl. Irop. Mo. Baluzc, Papiers des Armoires, vol. 363, fol. ho.)
( Minute autographe.)
Paris a 8 juillet 1 65 1.
M. de Sennetcrre m'a prié de vous faire sçavoir que l'accommodement «!«• Vf. de Châteauneuf et du Coadjuteur commençant à se sentir dans le
1 Charles, marquis, puis duc de la Vieuville, né vers i58a, d'abord capitaine des fardes du corps du roi. Il fui appelé à la surintendance des finances en i6a3. Disgracié et exilé par le cardinal de Richelieu, il ne rentra en France qu'à la mort de Loiris XIII. Kn i65i , il fut nommé de nouveau surintendant des finances, puis duc et pair. Mort le «t janvier i653.
* Confident et agent particulier de Mazarin. Les archives des affaires étrangères renfer-
ment un très-grand nombre de lettres qu'il lui a adressées ( France , i65o-t66o). Né dans une condition obscure, Bartet était parvenu à se faire nommer secrétaire de cabinet, grâce aux services qu'il avait rendus à la reine mère et à Mazarin, dont il portait la correspondance. Vers 1 66o , il encourut la disgrâce de Louis XIV et fut exilé de la cour, où il ne reparut qu'en 1690. Mort en 1707, plus que centenaire. Conrart lui a consacré une notice détaillée (Coll. Petitot, vol. A8, p. a6o).
monde, le party qui s'estoit déclaré pour la Reyne, dans le parlement, ralentit beaucoup de la chaleur qu'il avoit tcsmoignée; et Ton appréhende mesme que beaucoup de ceux qui y estoient entrés, portés par la hayne qu'ils avoient contre le Coadjuteur, ne retournent à M. le Prince.
Et que si vous ajoutez à cette mauvaise disposition l'éloigneraent du Surintendant et l'establissement de M. de La Vieuville, pour lequel on dit que M. Ondedci vient de deçà, vous mettrez la rage dans l'esprit du Forgeron1, qui, d'ailleurs, estant assez porté au mal et assez industrieux pour le faire, ne manquera pas d'unir les esprits divisés et faire agir, par ses inventions, tout le party de M. le Prince, ce qui pourrait causer des désordres fort considérables.
C'est pourquoy son avis seroit que ce changement fust retardé pour six semaines ou deux mois, jusqu'à ce que, l'establissement dans le Conseil estant fait, on pust prendre ses mesures pour remédier aux maux que If- Forgeron pourroit causer.
Je fais réponse à vos deux lettres des 1 3 et 1 8 de ce mois.
J'ay toujours esté d'avis de vendre vos vaisseaux à des particuliers, sans avoir recours au Roy, parce que, quelque fonds que l'on propose, nous n'en aurons jamais satisfaction. Je suis trop instruit du détail des finances, en i'estat qu'elles sont, pour croire que nous puissions tirer un fonds si considérable que celuy qu'il faudroit pour le payement de tous ces vaisseaux. Je ne laisseray pas d'examiner la proposition de M. Brachet , pour vous on rendre mon sentiment dans peu de temps. Je fais radouber Y Anna et If mettre en estât de ne pas périr.
Je travaille à faire convertir en bonne monnoye les •>.">. <><><> livres que j'ay reçues en réaux,etvous manderay à mesure que je recevray mitr»' chose. Ne tirez pas, s'il vous plaist, que je ne vous mande que j'ay reçu.
Je me suis servy de l'avis que vous me donnez pour pousser le Surintendant sur la bonne volonté qu'il m'a tesmoignée ces jours passés. Il ntf promet beaucoup, mais je ne vois guère d'exécution. Je vous manderav dans la semaine prochaine ce qu'il aura fait. Ce qui se dit l'y doit fort obliger...
Je fourniray à M. Naudé2 ce qu'il demandera. Mais, sur cela, je suis obligé de vous dire que tous vos amis et serviteurs ne sont nullement d'avfc
' Nous n'avons pu déterminer à qui ce nom s'applique. Ne serait-ce pas Gaston d'Orléans?
1 Gabriel Naudé, célèbre bibliographe, bibliothécaire du cardinal Mazarin. Né en 1600, a Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de bi-
bliographie et autres , notamment de Considérations politiques sur les coups d'Etat. Mort t-n 1 653, au retour d'un voyage qu'il avait fait • n Suède, sur l'invitation de la reine Christine pour prendre la direction de sa bibliothèque
Itl
de faire quoy que ce soit qui paroisse en public, pour vous, estant absolument nécessaire de laisser agir l'humeur de nostre nation, qui est de la dernière inconstance en ses haynes et en ses amitiés, quand l'objet en est absent, et qu'on ne l'excite point. Les désordres et les guerres civiles où nous allons tomber indubitablement travaillent pour vous; et pourvu que l'on change la conduite que l'on a tenue par le passé, on doit avoir quelque espérance. Je ne sçais pas si ce discours est fondé sur la raison ; mais je sçais bien qu'une très-fascheuse expérience , et pour vous , en vostrc particulier, et pour tous vos amis, et pour la Reyne encore plus, le justifie fort. Il est vray qu'il faut toujours préparer les matières, ce qui se peut faire par le moyen de Testât général de vos avances, qui est une pièce convaincante; mais il ne faut rien remuer ni publier que la hayne publique ne soit amortie.
A l'égard des deux personnes qui sont dans vostre maison : l'une s'appelle Annet, qui est à vous, à qui l'on donne ào sols par jour; et l'autre est un archer du Grand Prévost, à qui l'on donne un écu. La pensée m'estoit Tenue, il y a fort longtemps, de les oster; mais ayant considéré que tous les créanciers contestent que la dette de M. Tubeuf est supposée et que vous estes d'intelligence ensemble , et que , si nous ostons l'archer, qui est la seule personne de justice, et que nous y mettions vos domestiques, ce sera une forme de conviction qui, au moins, donnera lieu de permettre à tous les créanciers de saisir de nouveau et d'establir des gardiens, au lieu qu'il n'y a présentement que la saisie dudit sieur Tubeuf, duquel nous disposerons puisqu'il a ses assurances, j'ay jugé plus à propos de ne rien innover. Tout ce qui se peut faire est de retrancher cette dépense le plustost qu'il se pourra , à quoy je travailleray. Et si , nonobstant ces mesures , vous persistez à faire oster ces deux hommes, sur ce que vous m'en manderez, je tascherav d'v faire travailler ledit sieur Tubeuf.
Pour M. Naudé, nous visiterons ensemble la bibliothèque, accompagnés de M. Tubeuf, ou de celuy qui a les clefs pour luy , et nous remettrons le tout au meilleur estât qu'il se pourra. Comme je n'ay pour but de plaire à qui que ce soit, mais seulement de vous dire naïvement tout ce que j'apprends et ce que je puis sçavoir d'important pour vostrc service, il est bon que vous sçachiez que celuy qui travailloit avec ledit sieur Naudé à vostre bibliothèque (et tous vos domestiques disent assez haut qu'il en a détourné une très-grande quantité, dont il a composé une bibliothèque particulière pour luy, et qu'il prétend cacher ce vol en avouant qu'il en a détourné quelques-uns des meilleurs, crainte que vostre palais ne fust pillé) a toujours esté dans des sentimens très-contraires à vos intérests, et qu'il prétend ,
par son industrie, vous obliger à fonder un revenu pour l'entretien de vosliv bibliothèque. Vous verrez s'il y a de la vraysemblance à cela.
J'ay parlé ce soir à la Reyne et luy ay dit que vous m'aviez ordonné de la supplier de permettre que vostre croix de diamans fust mise avec ses pierreries, aussytost que j'aurois pu la retirer. Elle m'a dit qu'elle croyoil avoir donné moyen de la retirer, en payant 60,000 livres et faisant donner des billets de l'Espargne pour autres 60,000. Je luy ay expliqué cette affaire, comme elle s'est passée ; elle a tesmoigné en estre surprise.
M. le Surintendant tesmoigné de grandes chaleurs pour vostre. service, et fait de grands sermens qu'il veut quitter les finances, après qu'il aura accommodé vos affaires. Il prétend nous faire payer les 97,000 livres restant de Catalogne dans la semaine prochaine, en assurer 100,000 sur if don gratuit, et sortir de la dette de Pcrrachon. S'il demeure longtemps dans cette bonne disposition, vous en recevrez beaucoup d'avantages; il faut voir les effets, dont vous serez averty par tous les ordinaires.
,„*.. tap. M„. M». P^r. *. m, fol. ....
( M mut- autographe.)
De... (?) [Premier* jour» d'août 1 65 1.]
J'av fait voir à M. Le Tellier la lettre en chiffre de Vostre Éminence, <k 3o du fmé; il m'a char,;é de teSmoiR„er à Vostre Éminence.en re,Km*. qu'il sçait tout ce qu'elle a fait auprès de la Reyne en sa faveur; l'effet que cela a produit dans l'esprit de Sa Majesté, qui est aussy bien disposée qu'il le peut désirer; qu'il rend très- humbles grâces à Vostre Éminence de toutes les bontés qu'elle a pour luy, et qu'il se tient autant son obligé de cette dernière, comme si effectivement il avoit esté restably dans sa charge avec tous les avantages qu'un homme de sa condition peut espérer. Mnis comme il doute si les affaires présentes et celles qu'on prépare à la Reyne, soit dans le parlement ou dans l'assemblée des Estats, permettront à la Reyne de se servir de luy davantage, ou mesme de laisser sa charge en l'estat qu'elle est et sans y pourvoir, il supplie très-humblement Vostre Éminence de luy vouloir continuer ses bons offices auprès de la Reyne. afin qu'au dernier cas elle ayt agréable qu'il en tire une récompense la plus avantageuse qu'il se pourra.
Quant à ce que M. de Lionne a mandé à Vostre Eminence, il la supplie de n'y ajouter aucune créance, ni à ce qu'il pourra écrire à Vostre Éminence.
après la supposition qu'elle sçail qu'il a faite contre luy, qui a fort éclaté à la cour, depuis qu'il en est party.
Il est bon que Vostre Eminence sçache que, mercrcdy dernier, un gentilhomme de M. le Prince, accompagné d'un commis de M. de Nouveau, allèrent à Dormans prendre tous les paquets qui venoient de Sedan, Mczières, Mouzon, Charlcville et Mont-Olympe, et les apportèrent a Paris,, où ils furent ouverts, pour voir s'il n'y auroit point de lettres de Vostre Éminence. Et quoyque ledit sieur de Nouveau soit tout à fait dans les mtérests de M. le Coadjuteur et de madame de Chevrçjise, il n'a pas laissé de faire en cela ce qu'a désiré M. le Prince, pour tascher de se le concilier et avoir son agrément pour sa promotion à la charge de mondit sieur Le Tellier, moyennant son argent, joint qu'il pourrait bien estre que M. le Prince et les Frondeurs fussent d'accord en tout ce qui peut nuire à Vostre Éminence.
Mondit sieur Le Tellier me charge aussy de dire à Vostre Éminence que I on n'a rien laissé d'intenté pour prendre M. Ondedei, et que les Espagnols ont envoyé à M. le Prince tous les papiers qu'ils avoient pris audit sieur Ondedei, l'assurant qu'il continue des entreprises contre sa personne.
Je crois que Vostre Eminence aura esté informée de la prison de Métayer et des poursuites que l'on fait contre le mariage de M. de Mercœur1, en conséquence desquelles on croit que le mariage sera déclaré non valablement contracté, et la Reyne suppliée d'éloigner M. de Mercœur de la cour avec beaucoup d'autres; et il y a sujet de douter que la Reyne s'en puisse exempter, avec un peu de patience, si ce n'est qu'elle change de conduite.
A l'égard de la déclaration que l'on demande , par laquelle le Roy avoue toutes les injures qui ont esté dites contre Vostre Éminence, plus on croit quelle est injuste, plus on presse la Reyne de l'accorder, afin* qu'elle la refuse, pour prendre de là occasion d'exciter des bruits et des désordres à propos de la protection qu'elle accorde à Vostre Éminence...
Je vous avoue ingénument qu'une des plus meschanles journées que vous ayez jamais eues, pour.ee qui regarde vos affaires particulières, a esté celle en laquelle vous confiastes tous vos meilleurs effets et les plus liquides entre les mains de M. Tubeuf, estant vray qu'il n'y a sorte de chicanerie qu'il ne fasse pour rendre difficiles toutes les affaires que vous
1 Le prince de Condé avait dénoncé au parlement le duc de Mercosur à cause de son triage avec Laure Mancini. Malgré l'opposition du Coadjuteur, le parlement manda le duc, lequel déclara qu'il ne s'était marié que
de l'aveu du prince de Condé, ce qui était vrai. Le mariage, qui remontait au h février 1 65 1 , était antérieur de quelques jours à l'éloignement du Cardinal.
avez à faire passer par la maison de la Reyne, et généralement pour tout ce qui vous regarde , en quoy il n'agit qu'autant que ses intérests l\ obligent, sans aucune* affection pour vous, ce qui m'étonne et me surprend extraordinairement.
M. le mareschai du Plessis avoit fait expédier une seconde charge d'intendant des finances de Mr le duc d'Anjou, ce qui auroit diminué de moitié celle qui est entre les mains de M. Tubeuf, qui vous appartient. J'en ay parlé à la Reyne, qui l'a empesché; mais comme toutes les charges de sa maison se foujt à l'instar de celle de M. le duc d'Orléans; et qu'il y a deux intendans dans celle-là , si vous aviez la bonté d'en faire créer et de m'en accommoder d'une, ce seroit un establissement pour moy, dont je vous serois entièrement et très-sensiblement obligé.
Je vous supplie de me faire sçavoir à qui je m'adresseray pour consulter de toutes vos affaires à la cour, mesme les voyes que l'on pourra tenir pour vous écrire dorénavant avec seureté.
( Bibl. Imp. Mus. Baiuie , Papier» de» Armoire» , vol. 363 , fol. 43. )
(Minute autographe.)
Paris, 1 9 aoust i65i.
Je reçus hier seulement vostre lettre du 7 de ce mois, et je suis présentement en grand'peine par quelle voye vous écrire, vu ce que vous m'avez dit par la vostre du 3o juillet, et les diligences que l'on fait de toutes parts pour prendre nos lettres. Je hasarde celle-cy par la voye d'Anvers, sous l'adresse dê M. le mareschai d'Hocquincourt jusqu'à Péronne. Je suis fort en peine de ma lettre du a a du mois passé, qui contenoit beaucoup de choses importantes concernant vos affaires; mandez-moy, s'il vous plaist, si vous l'avez reçue. Je suis aussy fort en peine de la déclaration que la Reyne a faite pour vostre exclusion, en présence de toutes les compagnies souveraines, dans laquelle il n'y a aucune réserve pour ceux qui sont chargés de vos affaires. Cela ne m'empeschera pourtant pas de faire toujours mon devoir.
Prenez, s'il vous plaist, résolution sur les personnes à qui je dois m'ouvrir du secret de toutes vos affaires , qui puissent faire agir l'autorité de la Reyne et des ministres, dans toutes les occasions où il sera nécessaire; comme aussy ce que je dois faire à l'égard de M. de Mercœur, et si je me dois ouvrir entièrement à luy, ou jusqu'à quel point. M. Jobard m'a dit
qu'il luy avoit envoyé demander s'il demeurait quelque argent sur les billets; je serais fort embarrassé s'il m'avoit fait la mesme demande. Faitesraov sçavoir vostre intention , et soyez persuadé que vous pouvez me déclarer vos intentions les plus secrètes en toute seureté , puisque la fidélité (juej'aypour vous est envers et contre tous indifféremment, et mesme contre moy-mesme dans les occasions où il serait question de mes intérests, puisque je vous l'ay promis.
Au nom de Dieu, terminez l'affaire de M. Euzenat, en m'envoyant ce qui est nécessaire pour le satisfaire et retirer les papiers qui sont en ses mains. Tous vos bénéfices périssent, faute des lumières que j'en pourrais tirer; et ils sont en une si horrible confusion que je ne vois pas d'apparence, ni que vous en puissiez tirer aucun avantage, ni mesme vos créanciers, ce qui me donne des déplaisirs si sensibles que je ne vous les puis exprimer. Je vous conjure d'y remédier de vostre part. H est très-facile de voir que je n'y puis pas travailler comme il serait nécessaire.
Il est aussy nécessaire que vous m'envoyiez la disposition de vostre Conseil, que je vous ay envoyée toute dressée; et, sur cela, il faut que vous sçachiez que je ne reconnois aucune affection pour vostre service en M. de Massac, et, au contraire, une lenteur inconcevable pour toutes les expéditions auxquelles il faut qu'il travaille. J'ay besoin pour cela d'un autre homme qui excite cette lenteur par sa diligence; j'espère en trouver un qui ayt cette qualité, et dont la bonne réputation dans le parlement serve à bien faire juger des affaires qu'il entreprendra.
J'espère recevoir, par le premier ordinaire, la disposition de vostre Conseil que j'establiray aussytost , ce qui sera fait avant rjue je puisse avoir réponse de celle-cy ; et c'est pour cette raison que je vous ay dit que M. Le Tellier s'est étonné de la résolution que vous avez prise de mettre M. Bluet dans vostre Conseil, parce que c'est un homme qui a très-mauvaise réputation dans le parlement, ce qui ne contribuera point du tout au bien de vos affaires. Et, en cela, il n'est point question de Mazarin, mais de la conscience, sur laquelle on dit de luy des choses assez extraordinaires; et, de plus, que ce qui l'a fait connoistre et rendu recommandable auprès de vous est un principe de vice qui vous doit estre connu. Je sçaisbien qu'en vous écrivant cecy je choque des personnes puissantes auprès de vous, et que. par maxime de cour, je me devrais abstenir de cette liberté. La fidélité que je vous ay vouée est cause que je me hasarde facilement à vous dire toutes les choses que je juge importantes sur le fait des affaires que voifc m'avez confiées; et, pour vous faire connoistre qu'il n'y a rien de mon intérest en cela, c'est que l'establissement de vostre Conseil sera fait avant
que je puisse recevoir réponse à celle-cy, et que je vivra y bien avec ledit sieur Bluet.
Je vous écriray lundy prochain , par l'ordinaire de Sedan, sur tout ce qui regarde les finances, et ce que j'ay reçu pour vous. L'on m'a assuré de terminer beaucoup d'affaires aujourd'huy et demain , ce qui me donnera lieu de vous écrire amplement. Pôur ce qui est de la bonté que vous me tesmoignez avoir pour moy, ne vous arrestez point, s'il vous plaist, à la proposition que je* vous ay faite par ma dernière , ma résolution estant de ne vous en faire jamais aucune qui vous puisse donner aucune incommodité. Et pour vous tirer de la peine que vous me tesmoignez avoir, je vous diray qu'après que je vous auray servy et que vos affaires seront en meilleur estât qu'elles ne sont présentement, je ne feray point de difficulté de recevoir ce que vous m'ordonnerez. C'est seulement pour vous satisfaire, parce que, pour mon contentement, dont vous m'écrivez, Dieu m'a fait deux grâces assez considérables : la première , de me donner assez de bien de patrimoine et de mariage pour cela; la seconde, de mesurer mon ambition à des termes de ma portée.
Voicy encore un autre détail qu'il faut que je vous fasse concernant l'abbé d'Aisnay que je trouve d'aussy mauvaise foy et aussy malintenlionné pour vous, pôur le moins, que M. Tubeuf. Vous sçaurez donc que, quelque diligence que j'aye pu faire, je n'ay pu avoir que depuis sept ou huit jours les 70,000 livres qu'il a fait compter à Lyon; encore n'en ay-je point encore reçu la nouvelle. Pour les 117,000 qu'il disoit devoir estre fournies à Mayence ou Cologne, après m'avoir remis vingt fois, il m'a dit enfin qu'il ne pouvoit les faire compter qu'à son retour à Lyon.
Vous pouvez faire estât que j'ay 60,000 livres entre les mains qui vous appartiennent; et par l'ordinaire prochain je vous en enverray Testât par le menu.
(Bibl. Imp. Mm. Baluze, Papier* An Armoire» ,vo1. 363, foi. 46.)
' Camille de Neuville de Villeroy, abbé d'Aisnay, était né en 1606. Archevéque-comte de Lyon en i653; lieutenant général au gouvernement du Lyonnais, qui appartenait a son frèrp, Charles de Neuville, maréchal, duc
de Villeroy. Mort le 3 juin 1 693. Aisnav, ou Ainay, était une ancienne abbaye de bénédictins, de la congrégation de Cluny, située au confluent de la Saône et du Rhône. Colbort écrit toujours E*uay.
(Minute autographe.)
l'an - , 96 aousl 1 65 1 .
Je viens de voir présentement M. de Sennetcrre, qui m'a prié de vous faire sçavoir : ,
Que M. de Châteauneuf est à demy estably; qu'il voit la Reyne publiquement, et que, ce matin, Son Altesse Royale luy ayant promis de le voir chez elle, a envoyé révoquer l'ordre sur le midy, et luy a fait dire qu'elle le verroit chez M. de Villcroy au Palais-Royal, ce qui a esté fait.
Que les opinions des puissances sont plus fortes que jamais pour exclure des sceaux le Premier Président , et que les manquemens de parole de ces Messieurs les réconciliés 1 font bien reconnoistre qu'il ne s'y faut fier que de bonne sorte; qu'au commencement, ils promettoient que Son Altesse Royale iroit vous recevoir à Compiègne, ensuite qu'elle favoriseroit vostre retour, et qu'elle approuveroit et demanderait mesme les sceaux pour le Premier Président. Depuis, par gradation et à mesure que leurs affaires se sont avancées, toutes ces propositions sont évanouies; ils veulent mesme exclure le Premier Président, qui est la seule personne qui puisse servir, et qui ayt servy effectivement et sincèrement la Reyne , et qui en a donné une preuve si authentique dans la dernière assemblée que l'on n'en peut douter. Que le pouvoir des autres n'est qu'imaginaire, et qu'au contraire l'opposition de beaucoup d'honnestes gens est très-forte contre eux ; qu'enfin, il faut que vous écriviez fortement à la Reyne sur ce qui regarde ledit Premier Président; et, de plus, que vous fassiez en sorte de fixer sa confiance à quelque personne en qui elle ayt entière croyance; et que, sans cela, elle n'est pas capable de résister à l'artificieuse conduite des nouveaux réconciliés; que Le Jars2 et Villcroy sont toujours à ses oreilles, qui, par des adresses estudiées, relèvent les actions et les avis des deux autres; et tant que la Reyne n'aura pas confiance entière en quelque personne qui aura vostre mission, et qui sera capable de pénétrer et luy faire connoistre le secret de toute leur conduite, indubitablement elle se laissera circon-
1 Le Coadjuleur et son parti , qui s'étaient depuis quelque temps réconciliés avec la cour.
1 François de Rochecbouart, dit te chevalier de Jar$. Exilé par Richelieu, après la i'mntée de» Dupée, et rappelé un an après, il «■«mploU de nouveau , fui condamné à morl el
gracié au moment du supplice. 11 rentra en Franco à la mort de Richelieu et prit plus tard une part très-active à tous les trouhles de la Fronde. Mort en 1670, âgé d'environ soixante el dix ans.
venir par eux; et, qu'au surplus, la vérité est que vous y avez autant de pouvoir que jamais.
( Bibi. Imp. M». Balaie . Papier, de* Armoire, , vol. 363 , fol. ht]
(Minute autographe.)
Paris, 98 .oust ittl.
Je vous envoyé un duplicata de ma dépesche du 39 juillet. J'eus hier une grande conférence avec M. de Mercœur sur toutes vos affaires, et continueray. Mandez-moy jusqu'à quel point je me puis ouvrir à luy, particulièrement sur les dettes et effets que j'auray en. mes mains. Tous vos bénéfices périssent par une confusion de chicaneries et de procès dont le nombre augmente tous les jours; à quoy je ne puis remédier, faute des papiers que M. Euzenat a en ses mains. Au nom de Dieu, prenez résolution , ou de faire en sorte qu'il vous les remette , ou de luy remettre toutes vos affaires et m'en décharger, vous assurant que je suis dans une inquiétude et un chagrin, que je ne puis supporter sans péril de ma santé, de voir périr toutes vos affaires, faute d'ordre et d'un bon establissement. Vous m'avez réduit a me servir de gens, dans vos affaires de justice, qui, nonseulement manquent d'affection, mais aussy ne sont pas faschés de voir tout périr. Il falloit, en me chargeant de vostre procuration, faire remettre en mes mains tout ce qui est nécessaire pour l'exécution , et me donner la disposition des officiers qui -doivent vous servir sous moy, afin que je fusse garant de toutes leurs affaires et de leur travail.
(Bibl. Imp. Mas. Baluio, Papier» de* Armoire*, vol. 368, fol. 49. — La lettre originale est aux Affaires étrangères, France, vol. i34 , fol. i*8.)
(Minute autographe.) •
Paris, t" septembre i6ii.
Nous avons eu hier et aujourd'huy grande appréhension que vos dépes'ches n'eussent esté volées par ordre de M. le Prince; et, dans un temps comme celuy-cy, si cela se fust trouvé vray, il y alloit de la ruine de tous ceux à qui vous auriez écrit en clair1, ou qui, par quelque manière que ce
1 En rara« lères ordinaires.
AVEC MAZAR1N. 119
pust estre, auraient esté convaincus de recevoir de vos lettres. Et il n'aurait de rien servy d'alléguer vos affaires particulières, parce qu'ils prétendraient tirer des lumières plus importantes en persécutant ceux qui effectivement ne se meslent que de vos affaires. Ainsy , il est fort bon de se précautionner. Ne m'écrivez plus, s'il vous plaist, par la voye de M. le comte de Brienne; vous le pouvez faire par celle de M. de Fabert1, avec lequel j'auray correspondance, et faites chiffrer entièrement.
M. de Brienne m'avoit assuré ce matin que son seul paquet avoit esté pris sous la couverte d'un nommé Curtius, ce qui m'avoit donné l'alarme très-chaude. Depuis, j'ay appris que le courrier a esté volé, et toutes ses dépesches rompues en pièces, par un party de nostre armée. Ainsy, il est nécessaire que vous envoyiez un duplicata de vos dépesches, au cas qu'il y eust quelque chose de conséquence.
M. Jobard m'a averty depuis six jours que l'on avoit pris des diamans à Péronne qui vous appartiennent. J'en parlay au surintendant, pour les retirer des fermiers des cinq grosses fermes; mais ils justifièrent, par un procès-verbal, qu'ils avoient esté vendus, dès le aA juillet, 9,296 livres. Ledit surintendant m'a promis de m'en faire rendre l'argent
Il doit aussy donner pour 3 0,0 00 livres d'assignations à M. le Chancelier, pour le payement de ce que vous luy devez. Pour toutes ces choses qu'il fait présentement d'assez bonne grâce , je ne prétends pas vous persuader qu'il soit bon pour vos intérests qu'il demeure en sa place; au contraire, je persiste qu'il en faut un autre, parce que, par sa mauvaise conduite, il s'est réduit à cette nécessité, que, quand il aurait la meilleure volonté du monde, il n'est pas de son pouvoir de faire beaucoup pour vous; et je crois qu'il quittera bientost de luy-mcsmea.
Tout ce qui dépend de vos bénéfices est entièrement abandonné. Broussel n'a jamais voulu homologuer le contrat des créanciers. J'en ay fait parler à son fils, qui s'empresse fort au Palais-Royal, par le mareschal du Plessis , de la part de la Reyne ; par La Guierche qui prétend le gouverner. M. de Mercœur en a deu parler par la voye de M. de Châteauneuf. Je l'en ay fait solliciter par tous les créanciers. Tout cela n'a de rien servy. Au contraire, c'est luy-mesme qui mesle tout et qui demande des requestes, contre vos intérests, à tous ceux qui vont le solliciter. Enfin, il n'y a point
1 Abraham de Fabert, marquis d'Esternay, verneur de Sedan, il devint maréchal de France
né à MeU, en t5gg. II y a aux archives de en i65A. Mort en 1669. l'Empire, à celles des Affaires étrangères et 1 Le chancelier Séguier fut remplacé le
à la Bibliothèque Impériale de nombreuses 8 septembre suivant, et les assauts que lui avait
lettre» du lui au cardinal Mazarin , dont il livrés Colbert y contribuèrent sans doute beau-
etait l'ami. On connaît sa rare modestie. Gou- coup. Il eut ,»our successeur Matthieu Mole.
de justice pour vous, ni mcsme pour vos créanciers, parce que cela iroil à vostre soulagement. Pour vos autres affaires de justice, elles périssent aussy toutes, faute de papiers pour les instruire. Pour nioy, je vous avoue que j'en suis fort dégousté: il y a trois mois que je suis chargé de vostre procuration, et je n'ay aucun papier; ou déchargez-moy de celle-là, ou chargez-moy de ceux-cy, n'estant point d'humeur ni d'esprit à voir périr des affaires dont tout le monde croit que je suis chargé.
J'ai vu M. Euzenat, sur la proposition qu'il m'avoit fait faire de luv donner parole de luy payer son reliquat, qu'il prétend devoir monter à 8 ou 10,000 livres, avant que de commencer l'examen de son compte, et luy ay fait voir que ce dont il estoit convenu avec M. de Lionne estoit bien éloigné de cela. Il m'a fait réponse que M. de Lionne luy avoit demandé ce qui estoit deu à des particuliers, et non pas à luy; qu'enfin, il luy estoit deu cette somme, et qu'il ne donneroit aucune connoissance ni de son compte, ni de ses papiers , qu'on ne l'eust satisfait; et que s'il vous envoyoil son compte, vous tireriez par là la connoissance de toutes vos affaires, et puis vous vous moqueriez de luy.
Voilà tout ce que j'en pus tirer, dans une conférence de deux heures. 11 me parut mal satisfait de son grand vicariat. Je vous conjure de tout mon cœur de terminer, ne pouvant pas effectivement vivre de cette sorte: ou remcttez-luy la procuration , ou faites qu'il se dessaisisse- des papiers. J'appréhende qu'il n'en soit comme des hostelleries de Suisse, c'est-à-dire, que tant plus vous marchanderez, tant plus il vous en coustera.
Je vous ay mandé que j'avois rompu le coup du mareschal du Plessis, qui prélendoit avoir une charge d'intendant des finances de M*r d'Anjou. On m'a averty que les provisions en estoient en ses mains; il seroit très-nécessaire de les retirer. Comme il a rendu cela assez public , je vois des personnes qui ont l'intention de vous tirer des frondes là-dessus. Mon avis seroit que vous les vendissiez toutes deux; cela ne vaut rien à garder pour vous. Il y a des conjonctures que nous voyons quelquefois prestes à produire de si fascheuses affaires que ces charges deviendroient inutiles. Si vous en avez l'envie, inandez-le-moy ; j'ay en mains deux sortes de personnes qui m'en ont parlé, el qui vous en donneront de l'argent comptant.
( KM. Imp. Mss. Battue, Papiers de* Armotrrt, vol. 363 . fol. 60 )
AVEC MAZAR1N.
( Minute .uingraph*.)
De... (T),l* septembre i65i.J
J'ay charge de vous faire sçavoir que l'on est de plus en plus persuadé que la conduite de Châteauneuf et du Coadjuteur n'est point sincère à l'égard de la Reyne ni au vostre; qu'il paroist qu'ils ont tout crédit sur l'esprit de Son Altesse Royale quand il s'agit de leurs intérests, et n'en font parois! ic aucun pour les paroles qu'ils vous ont données; qtl'ils s'insinuent dans l'esprit de la Reyne, en flattant son esprit sur la vengeance contre M. le Prince, luy proposant de l'arrester en pleine rue, de l'assiéger dans sa maison, et autres [choses] encore plus fortes, qui sont toutes visionnaires et d'exécution impossible.
Et, sur vostre justification et le restablissement de vos affaires : que, pour le premier point, les plus fortes propositions sont faites par le Coadjuteur; et puis, après, elles sont modérées par M. de Châteauneuf. Le Jars et Villeroy sont les deux émissaires qui sont toujours pendus aux oreilles de la Reyne, pour rehausser la force des propositions et aussy la modération et le tempérament qu'on y doit apporter, crainte d'en venir à l'exécution , dont ils ne voudraient pas estre chargés.
Pour ce qui est du second point , ils prétendent toujours tenir la Reyne par là ; mais comme ils ne sont pas portés d'affectiou à le faire, ils trouveront toujours à s'en échapper par les brouilleries qui régneront encore longtemps dans le royaume et tiendront l'esprit de la Reyne attaché à eux.
Pour justifier le crédit qu'ils ont sur l'esprit de Son Altesse Royale, vous sçaurez que le petit Gramont ayant publié, il y a quelques jours, qu'elle ne donnerait jamais les mains à l'establissement de M. de Châteauneuf, celuv-cv en a fait plainte à Madame, et elle à Son Altesse Royale. Elle dit qu'elle ne trouvoit rien à redire que la Reyne se servist de Châteauneuf, et qu'il aurait esté à souhaiter qu'elle ne l'eust point chassé; que tous les désordres que nous avons vus depuis en estoient provenus. Et M. le Prince a dit aussy, depuis ce discours fait par Son Altesse Royale, qu'il ne trouvoit rien à redire à M. de Châteauneuf que l'amitié qui estoit entre luy et le Coadjuteur. Ainsy, vous voyez bien qu'ils s'accorderont facilement pour cela; mais, quand il est question des sceaux pour le Premier Président, on trouve des obstacles insurmontables de la part de Son Altesse Royale. L'on lient pour assuré que la raison de cela est que Son Altesse Ronde, estant liée
avec le Coadjuteur et Châteauneuf, et prétendant, par leur moyen, se rendre ie inaistre de toutes les affaires, veut exclure le Premier Président, qui seul pourrait tenir les choses en balance du costé de la Reyne, et faire rejoindre (sic) par ce moyen les sceaux à Châteauneuf. Ce n'est pas qu'il ne conserve toujours sa conduite traistresse, et ne rompra jamais avec If. le Prince ; mais il luy donnera beaucoup de grandes mortifications , et prétendra toujours se réserver, par cette conduite , le moyen de s'accommoder avec le parly qui pourroit devenir le plus fort. Dans le mesme temps que ces Messieurs promettent beaucoup pour vous à la Reyne, ils disent et publient des écrits contre vous, pires qu'il n'en a jamais esté fait, tesmoin le manifeste du Coadjuteur qui fut hier pubké. Ainsy, pour s'insinuer ou se conserver dans l'esprit des peuples, il n'y a rien qu'ils ne fassent et ne disent contre vous; et pour s'insinuer dans l'esprit de la Reyne, il n'y a rien qu'ils ne fassent et ne disent pour vous ; et sur le tout ils mentent également.
Le Coadjuteur et le Prince combattent pour la bonne grâce du peuple, en vous déchirant ; et celuy-là tasche à se défendre de celuy-cy comme de son ennemy.
Pour ce qui est des Estats1, on veut induire la Reyne à les tenir à Mclun, ou Pontoise, sous prétexte que Son Altesse Royale ne peut pas tout à fait se confier, en s'éloignant trop de Paris; mais c'est afin que Son Altesse Royale demeure toujours dans Paris ; qu'il envoyé souvent quérir les députés; et que, faisant continuer le parlement, les brigues et les cabales puissent agir dans cette compagnie; afin, par ce moyen, de se rendre le maistre de l'une et de l'autre. Le conseil que l'on donne à la Reyne est de ne se point départir de Tours ou de retarder les Estats jusqu'après les Rois. Ce dernier seroit le meilleur, parce que, pendant ce temps, on pourroit se reconnoistre et prendre plus de confiance les uns aux autres. Comme toute cette conduite est fort mauvaise à vostre égard, et que les premières propositions et les promesses de ces gens-là vous ont esté portées par M. de Senneterre, il me charge de vous dire qu'il a honte qu'ils ayent manqué à tout; mais qu'il vous a toujours fait dire qu'il n'en estoit point ni caution, nf garant, et qu'il auroit eu à se reprocher toute sa vie, s'il avoit écouté les propositions de ces gens-là, qui promelloient d'abord votre retour, et qui, par gradation, ont manqué à tout ce qu'ils avoient promis, et sont venus à rien.
1 La noblesse et le clergé , réunis au commencement de l'année dans les couvents des cordelière et des augustins, avaient obtenu, avant de se séparer, la promesse solennelle que
les états généraux seraient convoqués pour le 8 septembre i (ifii . (Iliêtoir* de la Fronde, par M. de Sainte-Aulaire, ebap. itl.)
Voilà bien des maux, qui sont d'autant plus grands que Ces gens-là sont dans le chemin de se rendre maistrès de l'esprit de la Reyne par leurs flatteries continuelles, et que le crédit que vous conservez toujours sur son esprit (qui est, sans vous flatter, aussy grand que jamais et la seule chose qui les en puisse empescher) se trouve partagé en autant de parcelles que vôtre confiance. Tout le monde s'écrie contre cela; et l'on vous impute la faute de tout le désordre qui pourra arriver en vos affaire II faut qu'en cette matière, comme en celle de vos affaires domestiques, vous choisissiez, et que vous examiniez bien , pour faire un bon choix ; mais , après que vous l'aurez fait, il faut que toute vostre confiance soit assemblée en ce seul canal ; que tous ceux qui sont dans vos intérests se rejoignent à luy, et que vous vous défassiez, pour ainsy dire, à son profit, de tout le crédit que vous avez sur l'esprit de la Reyne, afin qu'il puisse luy donner les lumières nécessaires pour démesler les diverses intentions d'un chacun , de quoy vous sçavez bien qu'elle n'est pas capable. Voilà ce que M. de Senneterre m'a chargé de vous mander; et il vous prie de ne point croire qu'il y ayt aucune pensée <£intérest meslée dans ce conseil. Il m'a chargé encore d'ajouter que les conseils qui viennent de Péronne ne valent rien , et encore moins les canaux par où ils passent; et que des gens décriés dans le monde sont peu propres à donner bonne odeur à vos affaires. Voilà tout ce qu'il m'a chargé de vous faire sçavoir.
(Bibl. Imp. Mss. Baluze, Papier» de» Armoire», vol. 363 , fol. 5a.)
(Minute nutograpbe.)
Paris, 8 septembre l65l.
J'ay reçu la vostre du a 8 du passé, sur laquelle je ne vous feray pas une fort ample réponse, parce que je n'ay pas encore pu commencer à travailler à ce qu'elle contient, la Reyne m'ayant remis à demain pour l'entretenir de ce qu'il est nécessaire de faire préférablement à toute autre
chose.
L'office que vous m'aviez ordonné de faire auprès du surintendant 1 s'est trouvé inutile par le changement qui est arrivé aujourd'huy, M. le marquis de La Vieuville estant revestu de cette charge. Ainsy, toutes vos affaires de finances sont sursises depuis le précédent ordinaire; et je commenecray la première fois à vous dire l'événement de la première conférence que
RVné de Longueil , marquis de Maisons.
j'auray avec M. le marquis de La Vieuville, dans laquelle il auroit esté très-avantageux pour vous de luy faife voir, tout d'un temps, un estai général de toutes les avances que vous avez faites, afin de pouvoir travailla au gros de vos affaires tout d'abord...
M. de Senneterre m'a prié de vous écrire que le changement dans les finances est arrivé parce que vous l'avez voulu, contre le sentiment de vos principaux serviteurs et amis, qui jugeoient ce changement bon et avantageux, comme je vous l'ay desjà mandé, mais non pas le lendemain de la majorité l. Vous devez présentement vous attendre à tout ce que la rajje endiablée du Boiteux (?) pourra forger et contre la Reyneet contre vous, ce qui est assez délicat et vous doit obliger à chercher des précautions toutes particulières pour faire connoistre à tout le monde que vous n'avez aucune pensée de retour. Ce que vous m'avez écrit, par la vostre du a 8 du passé, à 1 égard du surintendant, me feroit presque croire que l'on s'est servy de vostre confiance pour haster cette affaire, pour des intérests particuliers, plus que n'estoit vostre intention. Si cela n'est point, et que l'on ayl exécuté vos ordres précisément, permettez- moy de vous dire qu'H est de la dernière importance de me tenir averty de ces sortes de choses qui regardent vos intérests, parce que, si je l'avois sçu, je ne me serois pas découvert au surintendant de beaucoup de choses qui peuvent vous nuire, présentement que luy et son frère2 se sont déclarés vos ennemis. Et, en ces matières, il n'est pas question de dire la vérité, toutes faussetés, mesme contre la vravsemblance, estant bonnes contre vous.
Du 9 septembre.
Hier au soir, dans le Conseil, le Roy parla à M. le duc d'Orléans sur l'establissement du Conseil, nommant les personnes qui en dévoient estre; ce que Son Altesse Royale n'ayant pas approuvé, elle sortit, disant qu'elle n'y viendroit jamais. Ensuite, on ne laissa pas de faire ce qui avoit esté projeté. M. de Guenegaud s alla prendre les sceaux chez le Chancelier *; et on fit venir le Premier Président5 et M. le marquis de La Vieuville, qui furent establis dans le Conseil. On dit que Son Altesse Royale s'en va au-
1 Le 7 septembre, Louis XIV alla en grande pompe au parlement déclarer sa majorité. Le lendemain, le surintendant de Maisons était remplacé parle marquisde La Vieuville. Nommé garde des sceau i en remplacement de Séguier, Matthieu Molé resta premier président du parlement. Knl'm , (inù (eau neuf lut fait ministre d'État, à la plarr de Bouthillier de Chari-
* Pierre de Longueil, conseiller-clerc au parlement, frère du président de Maisons.
3 Henri de Guenegaud, seigneur du Piessis et de Blaney, comte de Montbrison , secrétaire d'Ktal en i643, garde des sceaux en |6M< Mort le 16 mars 1676. A IVige de soixante et seiie ans.
* Sans doute l'ancien « hanceliei , I». Sé^ui^r » Matthieu Molé.
joonThuy à Limours. Si cela est, cl quo M. I<* Prince le joigne, cela pourra causer de grands désordres. Néanmoins, la conduite de Son Altesse Royale estant tous les jours différente , elle met toute sorte de raisonncmens hors de mesure. H* n'y a que trois jours que, de concert avec la Rcvne, il luy a présenté, et au Roy, le Coadjuteur, ce qui a esté expliqué comme une déclaration contre M. le Prince; et aujourd'huy il fait tout le contraire. Je viens de voir M. Le Tellier, qui m'a chargé de vous assurer de ses très-humbles obéissances; je l'ay trouvé assez gay de la majorité et de tout ce qui s'est passé ensuite; mais la déclaration qui aVsté publiée contre vous luy a donné beaucoup de tristesse et de chagrin, ne se pouvant rien ajouter aux abominations qu'elle contient contre vous1. Je vous écriray de vos affaires par l'ordinaire de Sedan.
( Bibl. Imp. M». Baluie, Papier» de* Armmrt* , ™I. 363, fol. 56.)
1 A l'occasion de sa majorité ( 5 septembre i65ij, Louis XIV avait fait publier une déclaration par laquelle tous les actes arbitraires et oppressifs commis pendant la régence étaient imputés an cardinal Mata ri n. «L'exil et l'emprisonnement des officiers de justice , la dissipation des finances, le retard de la paix générale, la ruine du commerce de nos ports, l'interdiction du parlement de Bordeaux, la détention des princes, enfin, toutes les infractions à l'ordonnance de i648. étoient le fait de ce méchant homme qui , contrevenant aux tonnes et louables intentions de Sa Majesté, atoit, par sa mauvaise conduite, justement excité la haine et le mépris des trois ordres du royaume, poussé l'audace jusqu'à calomnier le parlement de Paris , et tenté de donner de mau- «aisns impressions à la fidélité de ceUc illustre compagnie. C'étoit par une juste punition de lant de crimes que ledit cardinal Mazarjn avoit elé banni du royaume; cependant, depuis son nrpart, il n'avoit cessé de continuer ses pra- 'Kjues ordinaires avec aucun de ses amis et
M la Fronde, par M. de Sainte-Aulaire , ch. xti.)
Le a6 septembre i65i, le cardinal Mazarin écrivit à ce sujet, à la Reine : w J'ai pris dix fois la plume pour vous écrire , sans l'avoir pu, et je suis si hors de moi du coup mortel que je viens de recevoir, que je ne sais pas si tout ce que je vous pourrai dire aura ni rime ni raison. Le porteur a vu l'état dans lequel je suis, et néanmoins j'avoue d'être insensible, puisque la douleur ne m'a pas Até la vie, laquelle ne me servira désormais qu'à me faire soufTrir mille morts.
« Le Roi et la Reine , par un acte authentique , m'ont déclaré un traître, un voleur public, un
a A ces causes , le Roi , de l'avis de la Reine sa mère, du duc d'Orléans, du prince de Condé, <"t autres ducs , pairs et officiers de la couronne , H encore de sa pleine puissance, certaine science
i et inhibitions audit cardinal Mazarin . ' l *es alliés et domestiques, de jamais rentrer 'laos k royaume et les terres de Franc»», à peine
[<*'■ perturbateur* .lu repos public - ( ll,»t
après les avoir servis avec tant de fidélité aucun intérêt, tant de grands succès, et avoir pris tant de peine et donné tant de marques de ma passion pour l'avancement de la paix. Cette déclaration court déjà par toute l'Europe, et le plus zélé des ministres qui aient jamais été passe à présent pour un scélérat, un infâme. Lorsque ses plus fiers ennemis étoient venus à bout de leurs artifices, et que les diligence* qu'ils avoient faites pour le noircir de quelque crime n'avoient servi qu'à faire éclater son innocence, le Roi et la Reine, de qui il a mérité la bienveillance et l'approbation par ses grands et fidèles services, l'ont déclaré le plus criminel et abominable de lous les hommes.»
Trois mois après, le cardinal Mazarin était rappelé à la cour. La lettre que Louis XIV lui écrivit à ce sujet existe, en minute, à la Bibliothèque Impériale. Celte minute, de la main
Paris, 16 septembre 1 65 1 .
Je vous auray bientost rendu compte, par cet ordinaire, de toutes vos affaires. M. Bartet est venu me voir et m'a dit que M. de La Vieuville désiroit que l'on traitast secrètement de vos affaires, et que, pour cela, il prendroit des mémoires de moy de tout ce qui seroit nécessaire, et m'en apporteroit l'exécution , sans que je m'en meslasse; et que, pour commencer, il m'apporteroit, dès hier, 5o,ooo livres, et ainsy, de temps en temps, de pareilles sommes, afin de pouvoir fournir tant au payement de vos dettes qu'à vostre subsistance courante. Je luy repartis qu'il estoit difficile de terminer vos affaires de cette sorte, et que, consistant en détins contractées pour le roy, meubles engagés et avances de vos deniers, qui composoient des sommes fort considérables, il estoit, à mon avis, nécessaire d'examiner le tout à fond et en gros, pour chercher les moyens de vous dégager, tant de vos dettes que de vos meubles et pierreries, et de vous assurer un fonds certain pour vostre subsistance et payement de partie de vos avances, en vous vendant quelques domaines, en vous aliénant quelque partie des revenus du roy, que l'on pourrait indiquer. Ledit sieur Bartet me répondit là-dessus qu'en me faisant fournir des sommes consi-
d'on secrétaire de Maxarin, est corrigée par Mazarin même. «Je vous fais cette lettre, lui écrivit Louis XIV, pour vous témoigner que mon regret n'a pas été moindre que celui de la Reine ma mère, de ce que nous avons été contraints , par des considérations qui sont assez connues, d'accorder à votre préjudice , et particulièrement de la dernière déclaration.
«Je ne crois pas que ce qu'elle contient ait pu faire aucune impression sur vous, étant assez connus d'un chacun les services importants que vous avez rendus à l'Etat, et la satisfaction que le feu roi, mon seigneur el père, et la Reine .
«H est bien aisé de voir que les mémoires pour dresser ladite déclaration n'ont pas été donnés de ma part, sachant fort bien que vous avez du mérite en tous les points que l'on y a insérés à votre désavantage; ne se pouvant rien ajouter au zèle et à la prudence avec laquelle
vous avez agi pour l'avancement de la pajx; à votre désintéressement sans exemple, puisque vous avez employé tout ce que vous aviez de biens et de crédit pour mon service, et aux grands avantages que j'ai remportés par vos bons conseils et sage conduite, non-seulement par les armes sur mes ennemis, mais par tant d'autres actions qui se sont passées dedans et dehors mon royaume , lesquelles avoient relevé hautement mou autorité cl puissance, qui. augmentant de plus en plus, auraient forcé à la lin les ennemis d'avoir recours a la paix pour arrêter mes progrès, si les factieux n'eussent troublé le calme du royaume, excitant des séditions en divers lieux, mettant le désordre dans mes finances et fomentant de continuelle brouilleriez dans la cour... » ( Lettres du cardinal Mazarin à la Reine, etc. éd. Ravenel , p. so3 el 875.)
derables, comme M. de La Vieuville prétendoit, je les pourrois appliquer à ce que je jugerais le plus à propos. Nous nous séparasmes, luy me priant de me mesler d autre chose, et qu'il viendroit céans prendre mémoire" de tout ce que je désirerais , ce que M. de Mercœur m'a confirmé; et ainsy, je l'attendis tout hier et fais de mesme aujourd'huy.
Pour ce qui est de vos affaires de justice, il est impossible qu'elles soyent en un plus déplorable estât qu'elles sont. J'en parle à tout le monde, à M. de Mercœur, au mareschal du Plessis, à M. de Senneterre , a M. Millet \ pour me donner part des engagemens que l'on a avec vous, pour trouver les expédiens de vous faire rendre quelque justice; mais cela a esté inutile jusqu'à présent. Je vous proteste qu'en mon particulier je n'y perdray aucun moment de temps , et que je m'abstiens de vous faire une description plus en détail de ces meschantes affaires, crainte de vous faire passer un quart d'heure de mauvais temps , estant impossible que cela ne vous rfhgeast, puisque moy-mesme, qui n'y ay pas tant d'intérest que vous, j'en suis touché à un point que je ne puis exprimer.
Il est de la dernière importance que vous preniez une résolution conforme à ce que je vous ay écrit, pour le payement de ce qui est deu à M. Euzenat et pour l'arresté de ses comptes que je vous conjure de renvoyer au plus tost, et comme je les demande, afin que nous puissions sortir de cette affaire. . .
J'ai vu M. l'abbé Ondedei, à qui je donneray les 60 pistoles que vous m'ordonnez. Il m'a parlé de la nécessité en laquelle estoit réduit ftf. de Mercœur, particulièrement sur le voyage que le Roy va faire. Sur quoy, je luy ay fait l'offre que vous m'avez chargé de luy faire : que, quoyque je n'eusse que h ou 5, 000 livres d'argent à vous, je ne laisserais pas de luy donner, s'il désirait, jusqu'à 10,000 livres, et que j'emprunterais le surpins.
Vous n'avez point trouvé les 70,000 livres de Lyon employées dans le compte que je vous ay envoyé , parce que je ne les ay pas encore reçues ; aussytost que cela sera, je vous en tiendray compte. Je ne perdray point de temps à faire solliciter M. de Vendôme de payer le surplus du gouvernement de Toulon ; mais j'appréhende que nos diligences ne soyent inutiles.
1 Le ao mars i65n, Colhcrt écrivit à son frère Charles Colbert, intendant d'Alsace: «Je »<ws enroje une lettre que M. Millet, qui est, tomme vous sçavex, de mes anciens amis, m'a
court 1 11 v a écrite. S'il y a lieu de faire plaisir & ce. gentilhomme, il sera bon de faire connoislre audit sieur Millet que sa considération y a beaucoup contribué.?»
Si vous me voulez croire, vous vendrez vos charges d'intendant des finances et de secrétaire des commandemens de Mgr d'Anjou; vous en pouvez tirer de l'argent comptant, et la garde de cette marchandise ne me paroist pas bonne.
(Bibi. Imp. Mss. Battue, Papier* de» Armoires, vol. 363, fol. M.)
(Minute autographe.)
Paris, 16 septembre i65i.
Je n'ay point encore reçu les papiers que vous me mandez avoir envoyés par la voye de Sedan. Les discours que M. Euzenat ma faits depuis huit jours me font fort appréhender que, quand on luy aura donné tout ce qu'il peut demander, nous ne soyons pas encore à bout de ses chicaneries.
J'ay donné à M. Ondedei 60 pistoles d'Espagne, et à M. de Mercœur, 10,000 livres, dont ledit sieur Ondedei m'a dit qu'il avoit besoin pour le voyage. Je me suis déclaré four cela n'avoir à vous que ft,5oo livres, mais que j'emprunterois le surplus.
Je n'ay rien à vous dire pour vos affaires de finances, sinon que je n'ay point entendu parler de M. Bartet. Pour le surplus, M. de Mercœur m'a tesmoigné nettement qu'il n'estoit pas à propos que je m'en meslasse, et qu'if falloit laisser faire M. de La Vieuville. Si cela provient des conventions faites avec luy, je souhaite que vous en tiriez les avantages que vous en devez attendre; à quoy je crois qu'une seule conférence secrète, qu'il eust pu désirer pour luy donner connoissance du plan de toutes vos affaires, n'eust pas esté inutile. Mais, si cela provient de quelque défiance que l'on aytde moy (dont mondit sieur de Mercœur n'est pas éloigné), il n'est pas juste que vos affaires en souffrent. Et ainsy, vous pouvez, comme je vous ay desjà dit tant de fois, ordonner, et vous serez obéy promptement et ponctuellement.
Vos affaires de justice sont au plus déplorable estât que l'on se puisse imaginer. Broussel a homologué le contrat de vos créanciers et a ordonné en mesme temps que le syndic ne feroit aucune recette, et que ce seroit un nommé .Martinet, qui est à sa dévotion; et que le tiers du revenu seroit pris pour les réparations. Je ne vous sçaurois dire ce que j'ay fait pour empcscher cette malice, la plus noire qui ayt jamais esté : j'en ay parlé à la Reyne, au mareschal de Villeroy, à M. le Garde des sceaux, à M. de Mercœur; j'ay trouvé partout que ceux qui ont la volonté n'ont pas la eon-
AVEC MAZAKIN. 129
noissance, et sont obligés de s'en remettre à ceux qui ont la connoissance, .(dont la volonté, ou n'est qu'en apparence, ou est enveloppée de tant de considérations qu'elles la rendent tout à fait inutile, et qui, de plus, sçavent insinuer ces considérations si adroitement que celle des autres devient presque aussy infructueuse , en ce qui regarde vos affaires qui sont commises à mes soins. J'ay aussy épuisé, en ce rencontre, le crédit de M. de La Guierche , qui prétendoit quelque chose de considérable pour avoir remis cet homme 1 dans le bon chemin , et celuy du gouverneur de la Bastille *, qui prétendoit avoir aussy la confirmation de son gouvernement pour la mesme raison.
Le bruit de ville m'a voit appris que ces Messieurs nouvellement establis avoient promis de mettre ordre à vos affaires et de vous donner la jouissance libre de vos bénéfices, qui en est un des principaux points. N'ayant pu sçavoir si cela estoit vray ou non, j'ay consulté moy-mesme M. le marchai de Villeroy et M. le Garde des sceaux. Le premier m'a renvoyé au second; et celuy-cy, sur les propositions que je luy ay faites de la mainlevée du trésorier général et de la liberté de prendre tel rapporteur que nous voudrions, à nostre choix, qui sera dans l'ordre et dans les règles de la justice, m'a payé d'impossibilité, à cause des conjonctures du temps.
En écrivant ces lignes, voicy M. Bartet qui m'envoye le billet dont je vous envoyé copie. Si ce sont mystères qui vous soyent avantageux, je m'en réjouiray; mais en vérité, je ne sçais que dire de toutes ces machines; et comme les ressorts m'en sont tout à fait inconnus, me voicy hors de mesure. Il ne se peut que vos affaires ne souffrent beaucoup ; et comme c'est la seule chose dont on se puisse découvrir publiquement, et en quoy l'autorité de la Reyne ne puisse agir, le manque de concert que je vois entre tous ceux qui disent avoir quelque affection pour vous causera la dernière ruine de toutes vos affaires. Rendant compte à la Reyne aujourd'huy du mauvais estât où elles sont, je luy ay proposé de permettre, qu'en sa pré- >encc , je répétasse les mesmes choses à II. de Châteauneuf et au Garde «les sceaux, et leur fisse proposition des expédiens pour y remédier que l'on peut trouver dans les règles de la plus rigoureuse justice, afin que la présence de Sa Majesté, et les promesses qu'ils luy peuvent avoir faites, les obligeast de les approuver s'ils estoient raisonnables, et de les appuyer. Sa Majesté m'a promis de le leur proposer. Voilà tout ce dont je suis capable. Je rapportay hier à M. de Mercœur l'arrest donné par Broussel , avec les
' Brousael le père. nement de la Bastille. La Reine le lui con-
1 La Loirvière, fils du conseiller Broussel, firmaen mars i6T>o.ll le garda jusqu'en i65a. « était emparé, pendant la Frondo, du gonvor-
clauses qu'il y avoit mises, et les inconvéniens qui nous en peuvent arriver, qui vonl à la dissipation entière du revenu de vos bénéfices. Et, comme je luy partais de cela avec la chaleur que je dois avoir pour vos intérests, il me répondit que je disois une chose et que le gouverneur de la Bastille et La Guierche en disoient une autre, et que la question esloit de sçavoir qui avoit raison. Jamais homme n'a esté plus surpris que je le fus à ce discours. Je me contentay de luy répondre que je ne croyois pas que mes raisons dussent estre balancées avec les leurs; que je ne pensois à autre rhosc qu'à vos affaires, et que je les consultois avec les plus habiles du parlement, et, par conséquent, que j'en devois estre bien instruit; et que, sur ce fondement, je ne voyois nulle apparence que les discours du fils de M. Brousse! prévalussent sur ce que je luy disois. Faites réflexion, s'il vous plaist, sur toutes ces choses; à quoy j'ajouteray que, toutes les fois que j'ay vu mondit sieur de Mercœur, je l'ay trouvé assez aliéné d'écouler favorablement mes raisons. Et surtout, soyez très-persuadé que ma considération ne vous doit point empescher de prendre la résolution que vous croirez la plus avantageuse pour le bien de vos affaires; et quand bien il seroit question de ma fortune , je serois ravy de la sacrifier pour remettre quelque ordre en vos affaires.
Vostre bailli de l'abbaye de Saint-Lucien de Béarnais est mort. Madame Dupuy, gouvernante des filles de la Reyne, vous la demande pour un de ses amis. Mon sentiment seroit de la donner à un des plus habiles hommes de Beauvais, que je pourrois choisir, avec le temps, et de l'obligera en donner 7 ou 800 livres, pour estre distribuées: partie au Gis du feu sieur Acousteau, qui avoit acheté sa charge 1,900 livres, du temps de M. Charles; et l'autre moitié aux enfans de feu de Relingues, dont la veuve est demeurée chargée de sept enfans.
L'on m'offre 5o,ooo livres de vos deux charges d'intendant des finances de la maison de MFle duc d'Anjou, et on en peut espérer jusqu'à 60,000. Mandez-moy si vous voulez vous en défaire, et à quel prix.
( Bibl. Imp. Mm. Baluie, Papier, de» Armoire, vol. 36S. fol. fe|
I Minute autographe.)
Pari», a 3 septembre i65i.
M. de Scnnelerro m'avoit prié de prendre le sens de son écrit et de Je coucher en d'autres termes; mais j'ay cru qu'il valoit mieux vous l'envoyer dans sa pureté et n*y rien altérer; joint que je n'aurois pas osé toucher
AVEC MAZARIY
aux pensées d'un homme de si bon sens et d'une expérience si consommée, il a désiré seulement que j'y ajoutasse deux choses: la première, que si, par quelque manière que ce puisse estre , vous pouvez nouer négociation avec M. le Prince, avec les précautions de secret et de seureté nécessaires, vous le devez faire, parce que, effectivement, la conduite des nouveaux eslablis 1 ne vaut rien pour la Reyne, et encore moins pour vous, la seconde, que le désordre que vous remarquez fort bien provenir des impressions que l'on a données à la Reyne, que vous ne pouviez pas luy donner des conseils de si loin (ce qui a exposé Sa Majesté à en recevoir toutes sortes d'autres, pourvu que les personnes qui s'en meslent ayent seulement quelque apparence d'estre de vos amis), a pour fondement et pour principe le malheur de vostre premier choix. Et comme vous n'employez pas toutes vos forces pour y remédier, il est à craindre que le mal qu'il vous a causé ne soit suivy d'autres plus fascheux.
Tajoute à cela, de mon chef, que si vous faisiez une liaison de MM. le Garde des sceaux , de Senneterre et Le Tellier, pour faire barre à l'autorité des autres et réunir la confiance de la Reyne en leurs personnes, en sorte qu'elle agist et se conduisisl par leurs conseils, à l'exclusion de toutes autres personnes (qui ne laisseraient pourtant pas d'agir chacun selon son talent, mais avec dépendance pour ceux qui le devroient et concert pour les autres), cette subordination donneroit une meilleure face à vos affaires et à celles du royaume. Je crois que ces sujets que je vous propose ont toutes les qualités nécessaires pour cela , et les deux derniers une fidélité tout entière; et pour le troisième , qui est le Garde des sceaux, il seroit entraisné, quand il ne le voudroit point, par l'avis des deux autres.
J'ay retiré de M. Tubeuf tous vos papiers, avec les procurations de la charge d'intendant des finances. Vostre lettre n'a servy qu'à luy faire connoistre que ce qu'il avoit fait vous estoit agréable. Ainsy, vous voyez qu'en Rappliquant et travaillant on vient à bout de quelque chose. Il est de la dernière importance pour vos affaires que vous leviez les difficultés que M. de La Vieuville fait de travailler avec moy ; vos affaires ne peuvent se faire par une tierce personne comme le prétend M. Barlet.
Je vous demande en grâce la prébende de Rugny, qu'avoit feu M. Talon , curé de Saint-Germain, dépendante de votre abbaye de Saint-Médard do Soissons, pour un mien frère qui est bachelier de Sorbonne 2.
(Bibl. Imp. M». Bahue, Papier* de» Armoire», vol. 363, fol. 61.)
1 Le*noaYeauxinini«lres:Chiteauncuf,Molé, La Vieuville. (Voir la note -j de la lettre 57.) » Nicolas Colbert, né en i6»7. D'abord
garde de la bibliothèque du roi; ensuite évéqne de Luçon , de 1 66 1 à 1 67 1 , puis d'Auxerre en 167a. Il y mourut le 5 septembre 1676.
(Minute autographe.)
Paris, ce dernier septembre i65i.
J'ay reçu tous les papiers que vous m'avez envoyés par la voye de Sedan, et je travaille présentement à terminer toutes les difficultés que propose M. Euzcnat. Par l'ordinaire prochain , vous sçaurez s'il m'aura remis tous vos papiers, vaisselles et autres choses, ou non.
J'ay rendu à la Reyne vostre lettre, qui a fort augmenté la créance qu'il plaisoit à Sa Majesté me donner, sur le sujet de vos affaires , mais non pas jusqu'au point de lever les difficultés de M. de La Vieuville, dont je vous entretiendray par un article particulier.
J'ay envoyé vostre lettre à M. Charles, et l'ay prié en mesme temps (le venir faire un voyage en cette ville, au cas que quelque autre affaire l'j convie, ou de m'envoyer ou me faire remettre entre les mains les mémoires qu'il a retenus sur toutes les affaires de vos bénéfices. J'espère en tirer beaucoup d'éclaircissemens.
Si je termine avec M. Euzenat, je vous enverray la vaisselle d'arj;ent qu'il a, comme vous le désirez, et par voye seure.
J'ay fait connoistre à la Reyne, toutes les fois que j'ay eu l'honneur de l'approcher, le misérable estât auquel sont réduits tous vos bénéfices, et comme l'on n'en peut tirer aucune chose, ni pour vous, ni pour vos créanciers. J'ay fait connoistre aussy la mesme chose à M. de Senneterre, qui. en divers rencontres, n'a pas manqué de confirmer la vérité de ce discours; mais, pour vous dire nettement ce qui en est, il ne me reste que l'autorité de la Reyne, dont on ne peut pas se servir en tous rencontres, ni pour toutes sortes d'affaires ; et nous sommes réduits en ce misérable estât qu'il faut qu'elle parle pour les moindres, au lieu qu'elle ne devroit agir que pour les grandes; et je ne m'étonne pas si je trouve souvent mes mesures courtes, comme vous verrez par la suite de ce discours. Je trouve beaucoup de personnes qui sont bien ayses d'entendre parler de vos affaires, qui s'offrent à les avancer de tout leur petit pouvoir et me prient de vous en rendre tesmoignage ; mais pas une qui veuille venir à l'application , ni qui se mette en devoir de procurer les moyens que je propose pour cela. Et comme l'esprit de la Reyne n'est pas capable de faire prendre en sa présence une bonne résolution sur le fait de vos affaires et d'y donner un bon fondement, afin < 1 1 1 'ensuite elles puissent rouler, sans avoir besoin de recourir sans cesse à son autorité pour les soutenir, il ne faut pas s'étonner si elles vont dans k
AVEC MAZAR1N. 133
plltt grand désordre que l'on se puisse imaginer. Enfin , loules les conférences que j'ay pu nouer pour vos affaires, ce sont pièces démembrées qui ne peuvent servir, si elles ne sont réunies; et tenez pour véritable ce que je vous écrivois dernièrement: que de tous vos amis, ou prétendus, ou véritables, ceux qui ont la volonté n'ont pas la connoissance, et, qui pis est, sont fort attachés à leur sens ; et ceux qui ont la connoissance n'ont pas la volonté. Le remède le plus facile seroit que le Coadjuteur et M. de Châteauncuf s'employassent auprès de M. Broussel pour laisser sortir vos affaires de ses mains, ou, si cela ne se peut, le rendissent favorable; et que M. le Premier Président assistast de ses conseils et de son autorité pour avoir, sur la requeste de vos créanciers, mainlevée de la saisie du trésorier général , et par conséquent que vos affaires fussent rendues civiles. Et comme je doute que leur affection puisse aller jusque-là, en ce cas, il faut tenir une conférence devant la Reyne , et qu'elle les presse de convenir des moyens qui seront proposés, leur tesmoigne incessamment une égale chaleur, et ordonne à M. de Mercœur de les solliciter de l'exécution. Surtout, mandez-luy adroitement, et sans faire paroistre que je vous ay écrit, qu'il ayt entière confiance en moy et que Ton me peut faire part de ce qui vous regarde.
Il ne faut point penser présentement à vos créanciers de deçà; il faut qu'ils ayent recours aux revenus de vos bénéfices et qu'ils les sollicitent avec un peu plus de chaleur qu'ils n'ont fait par le passé.
La Reyne vous a accordé ce que la Franche-Comté donnera pour le renouvellement de la majorité, et a promis d'en parler au mareschal de Villeroy, ce qui ne s'est point fait avant le départ. J'ay pris mes mesures pour le faire faire à Fontainebleau. J'auray bientost nouvelles de la réponse du mareschal de Villeroy. A ce que j'ay pu connoistre , luy et son frère1 avoient le dessein de mettre la main sur ce fonds, sans en parler à la Reyne.
J'ay fait souvenir Sa Majesté de la promesse qu'elle a faite à M. de Lionne de vous donner des bénéfices dans les vacances; ce qu'elle m'a promis, et m'a permis aussy de luy en rafraischir la mémoire dans les occasions.
Aussytost que j'auray retiré tous les papiers de M. Euzenat , j'examineray tous ses comptes à loisir tït vous rendray raison ensuite de toutes les difficultés que j'y trouveray, afin que vous en puissiez tirer éclaircissemens des doutes où vous estes. Pour ce qui est de l'ordre, je vous puis protester que si une application tout entière, avec affection et zèle, le peut restablir, vous le verrez bientost ; mais la malice et l'animosité de Broussel sont si grandes que je commence à en désespérer, sans pourtant estre encore rebuté d'y travailler...
1 Vébé «rAisnay.
Sur la permission que vous avez, par la déclaration du roy, de noimner deux personnes pour avoir soin de vos affaires, j'ay consulté M. le Premier Président pour présenter ma procuration à la Cour. Il m'a dit qu'elle ne passerait point, si elle n'estoit datée après ladite déclaration. Et, sur ce que je luy repartis que si vous passiez une procuration en conséquence de ladite déclaration , ce serait une manière d'aveu et d'approbation de cette pièce, qui est de la dernière abomination contre vous , je le trouvay assez embarrassé, et il ne me répondit autre chose, sinon que la procuration ni la requeste que je présenterais pour l'entérinement ne parleraient en aucune façon de la déclaration, mais qu'il estoit nécessaire qu'elle fust datée après. Je trouve sur cette matière force différons avis ; et comme elle est importante pour vous, je ne la veux point faire, qu'après l'avoir bien consultée. Quand cela sera fait, il ne faudra pas laisser de mettre nos lettres en chiffre et de prendre les précautions ordinaires, parce que si la curiosité prenoit à ces Messieurs du parlement de les voir, ou que, par quelque fortune , elles tombassent entre les mains de vos ennemis , ils y trouveraient des choses qui donneraient un beau champ aux saisies du trésorier général et de vos créanciers, ce qui seroit du dernier embarras pour vous et pour moy. Considérez bien cet article, et ne vous étonnez pins si je vous recommande si souvent de m'écrire en chiffre et en secret.
Je n'ay pu retirer ni les diamans , ni l'argent qu'ils ont esté vendus , parce que le changement est arrivé dans le temps que cela se devoit faire. Ce sera une des premières affaires que je traiteray, ou feray traiter, avec M. de La Vieuville; maisvoicy bien du temps perdu.
J'écriray au sieur Elpidio Benedetti 1 qu'il tire sur Lyon ce que vous peut devoir M. l'abbé d'Aisnay. Vous devez sçavoir sur cela que, la dernière fois que je le vis, l'ayant pressé plus qu'à l'ordinaire, il me dit avec colère qu'il estoit inutile de faire parler la Reyne, et qu'il ne pouvoit donner cet argent, ni entrer en compte, qu'il ne fust à Lyon. Et, après que je fus party, il dit h une personne qui me l'a rapporté, que j'avois bien envie d'avoir cet argent, mais que je n'y estois pas encore et que, dans un temps de guerre civile, il n'avoit garde de se dégarnir; ce qui est une préparation à le manger. Je luy ay donné tous les comptes et un compte rendu, par lequel il vous doit de reste 39,700 livres. Ma résolution est de luy en faire parler aussytost qu'il sera à Lyon; et s'il paye, à la bonne heure; sinon, d'en écrire à la Reyne, afin qu'elle en parle fortement au mareschal de Villero*.
M. Hervart est arrivé, qui m'a dit que votre vaisselle d'argent avoit esté par luy mise en dépost , pendant la guerre de Paris, entre les mains de Perrichon
1 l/abl*; Elpidio Bvnetlclli vUiil rharpé à Rom.- dos affaires du Cardinal.
et quelle estoit à présent en gage en divers lieux; el pour vos tapisseries , qu'il falloit voir ce qui se pourrait faire pour cmpescher la signification de la vente que le beau-frère de M. de Laigues luy vouloit faire, depuis qu'il estoit de retour; qu'il n'y avoit point d'autre expédient pour cela que de payer quelque chose à compte des intérests. Toutes les affaires de cette nature dépendant des finances, je ne vous en parle que pour vous donner connoissance de ce que j'apprends.
J'ay parlé à la Reyne du partage en deux des charges de la maison de Monsieur; elle ma répondu que cela estoit fait. Et pour celles que vous avez de secrétaire des commandemens et intendant, ce seroit un fort mauvais conseil à prendre de n'en faire qu'une , parce que vous en trouveriez moins d'argent, et que tous ceux qui les achèteroient s'attendroient toujours d'avoir un compagnon , par un favory, si cela n'arrivoit par le mareschal du Plessis, qui ne sera jamais assouvy, et qui, croyez-moy, ne peut estre de vos amis, parce qu'il croit à luy la moitié de l'argent que vous retirerez de ces chargeslà ; et quand je parie d'argent , c'est son Dieu et son véritable amy, comme celuy de sa femme K Ainsy, j'ay fait faire une seconde provision d'intendant; et, si vous me vouiez croire, vous ferez la mesme chose de celle de secrétaire des commandemens; je vous les vendray bien. J'ay desjà trois marchands en main pour celles d'intendant ; reposez-vous-en sur moy. Si vous désirez me gratifier sur le prix de l'une des deux, ce sera une nouvelle obligation que vous acquerrez sur moy, qui me sera d'autant plus sensible que je n'ay pas accoustumé de gagner, y ayant huit ans que je sers sous M. Le Tellier, sans avoir jamais reçu un sol de gratification; et, plus de la moitié (de quatre années), j'ay vécu à mes dépens, sans en faire jamais aucune plainte 2. Vous ne devez point douter que je ne coure vostre fortune avec joye et que je ne sois à vous sans réserve. Et pour vous faire connoistre si je m'en puis départir, je mets à compte des obligations que je vous ay : i* une lieutenance au régiment de Navarre, que la Reyne a donnée à un mien frère, qui estoit mousquetaire , après avoir reçu huit coups de mousquets, de fusils et de grenades, sur la brèche de Chalet3; a0 le bénéfice que je vous ay demandé pour un mien frère, si vous m'en gratifiez; 3°l'employ du tiers [des prises] où j'auray un de mes cousins ; non que j'aye eu dessein *n vous le proposant de le gratifier, estant très-assuré qu'il vous y servira utilement et qu'il gagnera bien ses appointemens, mais parce que cela luy don-
1 César tic ChoiM'ul, comte du Plessis- d'Orléans. Morte le a 6 janvier 1 68 1 , à l'apc
HraMin, maréchal de France (voir leUre 28, de soixante el dix-huit ans. "<'U- 3 >, avait épomi Colombe Le Charron , « Voir les lettres t 8 et 35.
première dame d'honneur de la duchesse » Lorraine.
nera de l'employ el de quoy espargner son revenu ; 4° la gratification que vous me voulez faire , qui est très-considérable et plus que je ne mérite de beaucoup; et de plus la considération en laquelle vostrc nom me met auprès de la Reyne, outre une infinité d'autres obligations que je vous avois, avant que vous m'eussiez confié vos affaires. Et encore le grand travail que vos affaires me donnent me tient lieu d'obligation , parce que mon espril estant actif, s'il n'avoit de quoy s'occuper, il tourneroit son activité contre luy-mesme, ce qui ne se pourrait faire qu'au détriment de ma santé.
Pour la charge de trésorier de Monsieur, elle ne peut pas estre ostée à celuy qui l'a achetée, parce que, lorsque je me suis informé pour voir s'il y auroit lieu à cela, j'ay trouvé qu'il avoit eu la précaution de se faire recevoir à la Chambre des Comptes, ce qui le met à couvert; et ainsy, il falloit y pourvoir de meilleure heure.
Lorsque j'ay entretenu la Reyne de cette affaire-là , sans qu'elle sçust l'impossibilité qu'il y avoit, elle m'a répondu que cela ne se pouvoit, et que, quand on le luy avoit proposé, on luy avoit fait connoistre que vous le désiriez. Tout de mesme du partage qui avoit esté fait de toutes les charges de la maison de Monsieur à vostre préjudice: elle me répondit que l'on ne s'y estoit point opposé de vostre part, lorsque cela avoit esté fait; qu'elle estoit faschée que cela fust sans remède. J'ay aussy parlé à Sa Majesté de la charge de surintendant de la maison de Monsieur. D'abord elle m'a reparty que le mareschal du Plessis l'avoit. Et, sur ce que je luy ay dit que, s'il l'avoit , c'estoit injustement , parce que vous l'aviez par vos provisions de surintendant de l'éducation, elle m'a dit qu'il falloit voir ces provisions et en parler ; c'est à quoy je travailleray aussytost que j'auray les papiers de M. Euzenat.. .
Vous ne m'aviez point écrit d'examiner ce que M. Naudé ferôit en vertu des ordres que vous luy aviez donnés ; et comme je n'ay pas l'esprit naturellement disposé à contrôler ce qui n'est point de mon fait , j'ay laissé partir cette personne , sans m'y estre opposé , quoyque véritablement ce choix ne fust pas selon mon sens. Je m'appliqueray à vous trouver une personne comme vous la désirez.
J'ai rendu à M. Silhon 1 la lettre qui estoit pour luy. D'abord il m'a parlé de ses intérests, et m'a prié de vous écrire pour les appuyer auprès
1 Jean Silhon, né vers la fin du xvi* siècle, fui employé d'abord par Richelieu qui le nomma conseiller d'Élat , el ensuite par Mazarin, donl il défendil la politique, el de la Bénérosilé du-
quel il n'eut pas à se louer, ainsi que cela résulte de nombreuses lettres que posaient les archives des Affaires étrangères. Baylc regardait Silhon comme l'un des plus solides et
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de M. de La Vieuville : qu'il avoit vendu une charge de secrétaire du Conseil de Monsieur i5,ooo livres, qui luy pouvoient tenir lieu de dédommagement de ce qu'on luy avoit pris pendant la guerre de Paris ; qu'il luy esloitdeu 18,000 livres pour les années 48, et 5o de ses appointemens, et qu'on luy en fist payer quelque chose; qu'il continueroit à travailler et feroit tout ce que vous ordonneriez; mais, lorsque je luy ay conté que le plus grand déplaisir que vous aviez, dans vostre éloignement, estoil de ne pouvoir conférer avec luy, et que vous aviez une envie très-passionnée de pouvoir luy communiquer vos pensées de donner la perfection à ses ouvrages, et mesme en commencer d'autres, je l'ay trouvé sourd et il ne m*a payé que d'impossibilités. Je le verray encore une fois et tascheray de le pousser encore plus avant.
Je suis présentement fort avancé dans l'examen de toutes vos avances , et j'espère que dans peu j'auray assez de lumières pour faire un estât général de toutes vos avances et de toutes vos dettes ; il n'est plus question pour cela que de M. d'Infreville , que j'attends tous les jours.
Je vous envoyay, l'ordinaire passé, la copie du billet qui m'avoit esté écrit par M. Bartet; le lendemain, je le fis voir à la Reyne. Sa Majesté eut la bonté de me dire que ces Messieurs avoient des finesses extraordinaires , et que le principal estoit que vous vous fiiez en moy, et quelle s'y fioit aussy; que je visse madame de Beauvais, et qu'elle me donnerait 5o,ooo livres que M. de La Vieuville luy avoit fait donner pour vous. Je pris la liberté, sur cela, de dire à Sa Majesté que vos affaires ne se pouvoient pas faire avec ces défiances, et qu'il falloit, ou que M. de La Vieuville eust confiance en moy, pour suivre les ordres qu'il me donneroit touchant le secret, ou que vous missiez vos affaires entre les mains d'une personne qui luy fust agréable. Sa Majesté me répondit qu'elle l'obligeroit de passer pardessus ces difficultés. Depuis ce temps, je fus trouver M. Bartet, à qui je fis voir vostre lettre du 3 de ce mois. Il me dit qu'il verroit M. de La Vieuville et me rendroit réponse; et que, par la lettre que vous luy aviez écrite, vous ne vous éloigniez pas de la pensée qu'il avoit eue de faire mesnager toutes vos affaires auprès du surintendant, par luy. Toutes ces machines vont à la ruine de vos affaires, et c'est une belle chose que chacun fasse son métier. Je suis très-certain que l'examen de toutes vos affaires à fond , qui consiste en Testât général de toutes vos avances et de toutes vos dettes, et des engagemens de vos meubles et pierreries , ensemble des expédiens
«ta plus judicieux auteurs de son siècle. On a •!« lui de nombreux écrits indiqués dans la Biographie universelle de Michaud. Il était
membre de l'Académie française; il y fut rem placé par Colbeii en 1 667.
que l'on peut proposer pour vous en sortir en partie, ne se peut faire que, teste-à-teste, entre le surintendant et moy. Et pour l'exécution des choses qui auront esté résolues, M. Bartet y peut certainement beaucoup servir, pour empescher qu'il ne soit nécessaire que je rende de si fréquentes visites à M. de La Vieuville. Prenez en diligence une bonne résolution sur cela, et faites-la exécuter.
Je vous envoyé un mémoire que j'ay fait et communiqué à vos créanciers, qui vous donnera une connoissance presque entière de lestât auquel sont réduites vos affaires de justice; et quoyqu'il soit fait dans l'esprit de leur faire voir le mal encore plus grand qu'il n'est, je vous assure qu'il en approche fort. Je vousdiray de plus qu'aussytost que j'eus avis que M. Broussel, après nous avoir fait attendre quatre mois, avoit mis dans l'arrest d'homologation que Martinet feroil la recette des deniers, je fis toute diligence pour l'empescher, parce que cette clause est de la dernière importance pour vous. J'en parlay à M. de Mercœur et à ML Ondedei ; je vis, par , leur conseil, La Guierche, qui me mena chez un nommé La Gastine, qu'il disoit gouverner ledit Broussel. Je les instruisis de toute l'affaire, et il [La Gastine] me promit de la faire réussir; (Ce qui mit n'est plu» de la main de Colbert.) et le lendemain me dit que ledit Broussel luy avoit donné sa parole de le faire, et que pour cet effet il avoit envoyé retirer la minute des mains du greflier. Il me dit qu'il avoit eu beaucoup de peine à le faire résoudre à cela, par toutes sortes de personnes, et mesme davantage, par sesenfans; et, luy ayant fait connoistre que s'il ne le faisoit on pourrait se servir d'aulres voyes que de la sienne pour cela, enfin , il s'estoit résolu de donner cette satisfaction. Le lendemain, y estant retourné, il trouva l'homme entièrement changé, et qui avoit effectivement retiré la minute du greffe et l'avoit fait expédier en mesme temps, et retenoit en ses mains et la minute et l'expédition, afin de vous oster toute sorte de moyens de recourir à une autre puissance que la sienne; et par là sa mauvaise volonté, dont plusieurs doutoient, parut évidente.
(B.bl. Imp. Mb». Baliue, Papier* de$ Armoire*, vol. 3G3, fol. «M
(Minute autographe.)
Pans, 7 octobre i6ài.
Je ne sçais de quelle sorte me prendre pour vous dire que j'ay lerminé affaire avec M. Euzenal, parce que ç'a esté avec tant d'ambages et de ter-
giversations que j'aurais bien de la peine à les expliquer. Le principal est que Le Normant1, mécontent des i,aoo livres, pestant et menaçant extraordinairement, ne voulut jamais , ni signer le compte, ni se dessaisir de quelques papiers principaux qu'il avoit surpris; et M. Euzenat ne voulut accepter aucun des expédiens que je luy proposay pour se passer dudit Le Normant , pas mesme celuy de luy faire venir telle décharge qu'il désireroit en son particulier. 11 me répondit qu'il l'accepteroit volontiers , mais qu'il estoit obligé de s'en aller à la cour et de là en Bretagne, d'où il ne reviendroit de six mois. Cette réponse me persuada que Faffaire estoit absolument rompue. Mardy au soir, à dix heures, il m'envoya dire qu'il partoit te lendemain de grand matin; qu'il estoit d'accord avec Le Normant, et que, n je voulois me rendre chez luy, entre trois et quatre heures du matin , nous terminerions tout; et que si je manquois cette heure-là, il partoit. Je m'y rendis, et là je me chargeay de tous les papiers , au pied d'un inventaire dont je vousenverray copie, de vostre vaisselle d'argent et du peu de linge qui reste, le tout contenu dans le mémoire cy-joint, sur lequel j'attendray vos ordres. Après que cela fut achevé , et sorty de chez luy, il me dit qu'il avoit accordé avec Le Normant, qui ne s'estoit point voulu contenter à moins de 9,000 livres, et qu'il luy donnoit son billet pur et simple des 8oo livres restant, et se chargeroit de vous en écrire et de vous le faire agréer; et que, pour sa seureté, il retenoit deux douzaines d'assiettes de vermeil doré. Cela me surprit et me donna lieu de consulter si j'achèverois l'affaire, ou si je la romprais : je trouvay de grands inconvéniens à ce dernier, parce qu'il nous ostoit pour longtemps le moyen de pouvoir retirer aucun de vos papiers, ni vostre vaisselle; que cela tirait de grandes suites après soy, et fascheuses pour vos affaires; et que, pour le premier, il vous en coustoit véritablement 8oo livres , mais que vous auriez toujours la liberté de recourir au second party, puisque vous n'aviez pas passé l'article dudit Le Normant, pour 2,000 livres. Enfin, je passay outre et je conclus. Je vous envoyé les estats de dépense des plus forts mois , et où il y a plus de dépenses extraordinaires , jusqu'à ce que j'aye examiné le tout et que je vous en puisse instruire plus à fond, à quoy je ne perdray point de temps.
.Vf. Bartet s'en est allé à la cour, sans que j'aye pu tirer réponse de luy sur la lettre que je luv avois fait voir de vous , sur son sujet ; et quoyqu'il m'eust fait dire qu'il reviendroit de Fontainebleau, il a passé outre avec la rour, sans avoir donné de ses nouvelles.
\a* plus grand mal qui ayt esté autrefois dans vos grandes affaires est provenu du défaut d'union et d'intelligence entre vos principaux amis. Cette
' I. abbe Le Normanl , maître de chambre du Cardinal.
mesmc division et mésintelligence se met entre ceux qui doivent travailler à vos affaires; elles menacent ruine, si vous n'y trouvez remède. Je me taste de tous costés et je ne trouve point que cela puisse provenir de mon fait. Je n'avois point connu Bartet, que par rapports , et, par conséquent, je ne pouvois avoir aucune disposition de hayne ni d'amitié pour luy. Pour M. de La Vieuville, je n'ay jamais esté en poste de luy pouvoir donner aucune marque de hayne ni d'amitié; et si vous vous souvenez de quelques discours que je vous fis à Bordeaux, vous trouverez que je n'estois pas mal persuadé de son mérite. Si cette défiance vient de la part de M. Le Tellier, je n'y puis apporter aucun remède. L'on m'a rapporté que M. Bartet avoitdit que j'estois amy du président de Maisons ; vous avez des preuves en main qui me peuvent justifier de cela. Ainsy je conclus que cette division vient d'eux; remédiez-y promptement ; et si cela ne se peut faire qu'en donnant le soin de vos affaires à une autre personne , ne me considérez nullement, la passion que j'ay pour ce qui vous regarde estant au-dessus de tous mes intérests. Ce pendant , pour trouver quelque expédient à ce désordre , j'ay jugé à propos d'envoyer à M. de La Vieuville , par une personne interposée , un extrait des deux mémoires que je vous envoyé. Je vous donneray avis s'il fera réponse, ou non.
J'envoye à M. de Mercœur la copie de vos provisions de surintendant de l'éducation, dans laquelle la charge de surintendant de la maison de Monsieur est comprise, afin qu'il puisse terminer ce différend avec le mareschal du Plessis.
M. Hervart vient de me dire que M. de Laigues le presse et veut faire les poursuites pour déclarer vos tapisseries vendues. Quelque instance qu'il lnj ayt pu faire, il n'a pu obtenir de luy aucun délay, parce qu'il dit qu'il a ordre précis du sieur de Relingues, son beau-frère , qui a avancé les deniers et qui a besoin d'argent pour payer une terre qu'il achète en Dauphiné ; et que, quelque délay qu'il donne, vous ne pouvez cslre en estât de les retirer, à ce qu'il prétend. Ledit sieur Hervart m'a dit qu'il luy avoit proposé de luy payer moitié comptant et de luy donner son obligation du surplus; sur quoy il luy a donné le temps de vous en écrire, et promis qu'il recevroit cette proposition. En mesme temps je vous écris, afin de recevoir vos ordres. J'ay fait aussy donner avis à la Reyne et à M. de La Vieuville, afin que, comme le remède ne peut venir que de ce costé-là, je puisse apporter toute la diligence qui est en moy.
Vous adresserez, s'il vous plaist, vos lettres de delà, pour moy et pour la cour, à Luigi Martini qui y mettra l'adresse à Octavio Cardon , marchand à Marseille, et les adressera au sieur Bottini qui me les rendra, pour les faire tenir ensuite aux lieux et noms ordonnés. Pour la voye de