A M. DE SENNETERRE
(Minute autographe.)
De. . .(?), [tl octobre i65o.] J'avois ordre de vous communiquer les deux lettres que je vous envoyé; la mienne devoit estre aussy du nombre. Vous jugerez bien ce qu'elle contient , puisqu'elle ne parle que de la mesme matière que celles-là, et qu elle n'est pas moins passionnée; enfin , jamais homme n'a esté plus sensiblement et plus justement touché, et son déplaisir va jusqu'à ne point trouver de milieu entre la justification et le désespoir. Il ajoute à cela : que ce n'est point l'effet d'un emportement, y ayant resvé trois jours et trois nuits, sans avoir fermé l'œil; qu'après une déclaration du roy si authentique, qui le rouvre de honte pour jamais et qui le rend odieux à soy-mesme, il ne peut chercher qu'à se cacher à ses plus proches domestiques, dont il appréhende la vue aussy bien que de tous les peuples, après avoir esté déclaré la cause de tous les maux que la guerre a causés à toute la chrestienté depuis si longtemps. Enfin , ces transports qu'il tesmoignc par une lettre sont autant extraordinaires que la déclaration que l'on a faite contre luy est abominable. Et c'est en cette conjoncture , qui le touche si fort, qu'il vous demande, et vos conseils, et votre assistance, pour faire connoistre à la Reyne la vérité de ce qu'elle a fait, et pour y trouver quelque remède qui puisse le soulager. Il ajoute encore exprès : qu'il est ravy que vous ayez pris la résolution de faire le voyage; et que je vous puis assurer que, sans aucune réserve, il s'employera toujours du meilleur de son cœur pour tout ce que vous pourrez souhaiter et d'honorable et d'utile, n'y ayant rien que vous ne méritiez; et que je vous fasse ses excuses, si l'accablement où il est à présent l'empesche d'écrire sur cela ce qu'il désireroit; que vous pouvez agir fort à propos et fort utilement pour luy auprès de Sa Majesté , pour l'en faire sortir, et que, de quelque manière que cela puisse estre, il vous en aura les dernières obligations. Je vous répète les mesmes mots de sa lettre.