‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 35 sur 108 · AU COMTE DE BR1ENNE · texte numérisé non relu

AU COMTE DE BR1ENNE

(Billet autographe.)

De. . . (î), as mars i656.

Monseigneur le comte de Brienne a autrefois désiré que je luy donnasse avis du temps que l'on disposeroit des charges d'aumosnier de la reyne à venir; c'est de quoy je m'acquitte, estant à propos d'y penser à présent au cas que quelqu'un de ses amis en veuille avoir.

(BibL Imp. Mm. Fond» Gaignières, vol. i4o,fol. 1 1.)

(Lettre originale.)

Paria, h juin i656.

Aussitost l'arrivée de M. le Premier Président *, qui fut hier matin, je le vis de la part de Vostre Éminence, et, après les complimens qu'elle m'avoit ordonné de luy faire, je luy dis que le Roy s'estoit bien attendu que le par-

1 Le premier président était alors Pomponne de Bellièvre, précédemment conseiller au parlement, maître des requêtes, conseiller

d'État, ambassadeur en Italie, en Angleterre et en Hollande. (Voir lettre i5.)

leraenl ne laisserait pas l'innovation faite par le cardinal de Retz sans v toucher, à quoy Sa Majesté n'avoit rien à désirer, puisque l'appel comme d'abus avoit esté résolu, ainsy que M. le Chancelier1 m'en avoit assuré. Sur quoy il me tesmoigna d'estre surpris , et me dit qu'il n'avoit aucune ronnoissance de cette résolution et qu'il trou voit assez extraordinaire qu'une affaire de cette nature, qui regardoit particulièrement le parlement, ne luy fust point communiquée avant que d'estre résolue , vu que Vostre Éminence luy écrivoit, comme estant assurée, qu'on luy communiquoit toutes choses , et mesme des mémoires que l'on avoit envoyés de la cour, dont il n'avoit point du tout entendu parler, avec quantité d'autres discours qui tesmoignoient quelque altération

Je revins sur-le-champ chez M. le Chancelier pour luy dire Testât auquel i'avois trouvé l'esprit dudit sieur Premier Président, et l'exciter fortement à luy donner part des affaires de cette qualité et à ne point prendre de résolution que de concert avec luy. 11 m'assura que, dès samedy matin, M. le Procureur Général s'estoit chargé de le voir pour luy dire tout ce qui s'estoit passé et les raisons sur lesquelles on avoit cru que l'on pouvoit former l'appel comme d'abus; qu'il esloit vray qu'il ne luy avoit point envoyé le mémoire qui estoit venu de la cour, lequel il me donna sur-lechamp pour luy porter, à quoy je satisfis ; mais je puis assurer Vostre Éminence que cela ne satisfit point ledit sieur Premier Président, se plaignant toujours que cette résolution estoit prise et sçuc trois jours devant qu'il en eust aucune connoissance, et que, lorsqu'elle viendrait dans sa compagnie, peut-estre ne réussirait-elle pas, pour avoir manqué de prendre des mesures justes. Ce que je puis dire à Vostre Eminence est qu'en effet, le samedy matin, au conseil qui fut tenu, M. le Procureur Général se chargea de donner part de tout audit sieur Premier Président; que, n'y estant allé que l'après-disner, il le trouva party pour Montrouge. Lors de son retour, qui fut dimanche, M. le Procureur Général esloit à Saint-Mandé. Hier, après disner, ledit sieur Premier Président estoit allé en visite lorsqu'il y alla , en sorte que , jusqu'à ce jour, il n'a point esté vu ; et, pendant tout ce temps , l'appel comme d'abus s'est rendu public; et, de plus, ce qui est arrivé sans dessein, l'aigreur qui est entre ledit sieur Premier Président et M. le Procureur Général fait que celuy-là luy donne une autre cause; à quoy je remarque de plus que M. le Chancelier se trouve un peu gesné de donner part de tout audit sieur Premier Président.

J'ay cru qu'il estoit très-important de faire connoistre tout cecy à Vostre Éminence afin qu'elle apporte le remède convenable au mal qui peut ar- 1 Pierre Sëguier. ( Voir Irttre 43. )

river de ce petit commencement de mésintelligence, l'assurant que, pour ce rencontre, je tascheray d'y remédier autant qu'il me sera possible.

Sur la proposition que j'ay faite au sieur Lescot d'aller porter les pendans et les bracelets de la Reyne, il m'a dit que celuy qui les avoil faits par ordre de la Reyne ne les luy remettroit point sans un ordre exprès de Sa Majesté et qu'il prétendoit les aller porter luy-mesme; c'est à quoy Vosln- Eminence pourvoira . s'il luy plaistb.

6 juin t656.

Ayant vu que Vostre Éminence avoit beaucoup de désir de voir sa négociation de Munster transcrite, j'ay cru que je ne pouvois luy rendre un service plus agréable que de m'y attacher tout de bon. C'est pourquoy, dè* aussytost qu'elle a esté partie de cette ville, j'ay acheté vingt rames de papier pareil et ay arresté deux hommes qui écrivent fort bien, outre celuy qui me reste des deux que j'ay gardés pendant les deux années dernières ( 1 6 5 h et 1 6 5 5). Mais comme je me suis appliqué à lire toutes les dépesches pour leur préparer les matières, j'ay esté fort surpris de voir que tout ce qui estoit dans la malle que Vostre Éminence m'a ordonné de prendre est fort imparfait, et qu'il y manque beaucoup de dépesches et de papiers, de quoy j'ay fait un extrait exact de l'année 1 663 , depuis le départ des plénipotentiaires, et des premiers six mois de xbkk , lequel j'envoye à Vostre Eminence avec ce billet pour recevoir ses ordres, soit pour recouvrer lesdites dépesches et papiers, soit pour faire transcrire, nonobstant leur défaut.

•ÉPONSft DU CARDINAL, KK MAKi.K. ,

1 Je suis tres-fasché de ce malentendu, et je répondrais bien que M. le Procureur Général n'a pas informé M. le Premier Président de toutes choses parce qu'il ne l'a pn. ne l avant pas rencontré chez luy. Je vous prie de vous employer autant qu'il pourra dépendre de vous, vous servant mesme de mon nom , pour empescher qu'une chose qui est arrivée par malheur et par un pur hasard ne cause la moindre mauvaise intelligence entre ces deux personnes, ce qui sera d'autant plus aysé que je ne crois pas que I on songe plus, au moins à présent, à l'appel dont est question.

Vous pourrez aussy voir M. le Chancelier et luy faire connoistre que , lorsqu'on a eu confiance aiu premiers presidens du parlement, on a toujours conféré et résolu avec eux les choses qui dépendoient du parlement, et que, par cette raison, on a agy aiusy en ce rencontre, sagissant d une affaire qui devoit estre agitée dans la compagnie.

En outre , quand les roys ont esté hors de Paris , les chanceliers ont eu toujours ordre de leur faire part des affaires.

1 11 fout que Lescot vienne et qu'il amène avec luy Maréchal, qui a fait les penoW de la Reyne.

(Btbl. Imp. Mss. B;iliuf , Pajticr» de$ .ArmotrfH, vol. 4t4.i

(Lellro originale.)

Paris, H juin i656.

J enverray par ia première commodité les drapeaux et pcrtuisanes pour le régiment Royal-Italien; et en mesme temps Vostre Érainence recevra les deux espées d'agate et de cristal de roche avec les deux baudriers que j'ay achetés, c'est-à-dire que dans quatre jours le tout pourra arriver à La Fère.

J'enverray un veau de Vincennes et donneray ordre aux officiers de Vostre Eminence d'envoyer au-devant une des charrettes jusqu'à Compiègne ou Senlis, afin d'espargner quelque chose sur la voiture.

Je verray aujourd'huy Mesdemoiselles nièces1 de Vostre Eminence, qui sont à Sainte-Marie, pour leur dire le dessein qu'elle a de les faire aller à la cour, afin qu'elles commencent à s'y préparer; et comme je ne doute point qu'elles n'ayent besoin d'habits et autres choses pour ce voyage, il sera nécessaire que madame de Mancini le sçache afin qu'elle y donne ordre; ou bien , si Vostre Eminence fait estât de faire cette dépense, qu'elle m'explique , s'il luy plaist, ses intentions. Pour le voyage, il me semble que leur condition et leur âge demandent que quelque dame de condition , qui ira à la cour, s'en charge , ou bien que Vostre Eminence envoyé un de ses carrosses avec madame de Venel2, ou qu'elle prie madame la princesse de Conti 3 de donner madame de Colombier, sa dame d'honneur, pour les conduire. Ce sont les trois expédiens que l'on peut prendre; et, au défaut du premier, j'estime que le second est le meilleur.

Pour le voyage que Vostre Eminence désire que je fasse à La Fère, si je pouvois avoir encore quinze jours ou trois semaines de temps, je terminerois beaucoup d'affaires qui me restent, et entre autres le compte général de

' Le cardinal Maxarin avait sept nièces , dont trois étaient déjà mariées à cette époque, savoir :

t' Laure Mandai, au duc de Mercœnr l«649); M M • ^

Conti (i 656);

3* Laura Martinoixi, au duc de Modène et oV Reggio ( i 655).

Ses quatrp autres nièces, toutes filles de Laurent Mancini, étaient:

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