‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 40 sur 108 · RÉPONSE DU CARDINAL, BR HARCK · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU CARDINAL, BR HARCK

' Je n'entends pas ce qu'il a voulu dire avec les paroles rayées1.

(Bibl. Imp. Mtw. Battue, Papier* de* Armoiru, vol. 170, fol. a65 .)

(Lettre originale. )

Paris, ta septembre t656.

La reync de Suède vit hier le palais de Vostre Eminence, où elle arriva à trois heures, et en sortit entre cinq et six. Elle commença par l'appartement bas, dont elle considéra fort les statues, et les trouva fort belles. Elle vit l'écurie, quelle dit estre étroite. Ensuite elle monta en haut, s'arresta «lans chacune chambre assez longtemps , en considéra tous les tableaux , et parla presque sur tous, et particulièrement sur la sainte Catherine du Corrége. Elle considéra fort la chambre du grand alcôve qu elle trouva fort belle. Elle vit ensuite la bibliothèque, et voulut monter au gardemeuble, où elle admira la Vénus du Corrége et celle du Titien. Elle parla pendant tout ce temps beaucoup plus italien que françois. Les portraits quegVostre Éminence en a vus ne luy ressemblent presque point du tout".

Je reçus le paquet de Vostre Éminence en conduisant Sa Majesté. Je dis à M. de Guise ce qu'il contenoit louchant son voyage à la cour, à quoy il me fit réponse que la reyne [de Suède] luy avoit desjà dit qu'elle ne pouvoit partir d'icy que jeudy, après le disner, ou vendredy matin.

Sur le mot «non è altramente morton que Vostre Eminence n'avoit garde d'entendre parce que celuy qui a transcrit ma lettre avoit oublié trois mots (et je fus si pressé que je ne pus la relire), c'est donc que, ayant esté parlé, au mesme disner du Premier Président, de la grande vacance dont Vostre Éminence auroit eu à disposer si l'évesque de Langres2 estoit mort , après que ledit sieur Premier Président eut dit, «non è altramente presa, » il ajouta : « Et M. de Langres, non è altramente morto h. »

• L'explication se Irouve a la lellre suivante. de Langres de 1 65o à 1 670. ( Voir lettre 71 .) « Louis III, Barbier de La Rivière , évéque

MiFIOSK Dl CARDINAL , KO MAMtit.

Complue, 16 septembre.

• Je ne vois pas, par ce récit , que la Reyne ayl vu mou appartement du Louvre; mais en cas qu elle demande à le voir, je vous prie de prendre garde que la foule n'entre pas dons mes cabinets, car on jMnirroit prendre de mes petits tableaux.

Je ne suis nullement trompé dans la conduite du Premier Président , et je serais fort surpris s'il estoit autre ; mais je ne trouve pas beaucoup de prudence en ce qu'il fait.

(Bibl. Imp. Mua. Battue. Papier* de* Armoirt*, vol. 176, fol. 168.

( Lettre originale.)

Paris , 1 5 septembre 1 656.

La reyne de Suède n'a point vu l'appartement de Vostre Eminence au Louvre , parce qu'elle n'a point demandé à le voir. M. de Guise luy en parla bien lorsqu'elle vit le palais de Vostre Kminence, mais cela n'a point eu de suite. Si elle y avoit esté , j'aurois tasché d'cmpescher le désordre comme j'ay fait avec assez de peine dans le palais de Vostre Kminence , quoyque M. de La Brctesche1 qui gardoit Sa Majesté ayt fait ce que je désirois de luy.

J'ajouteray au présent du roy de Suède2 deux bassins et deux vases, et retfendray les deux seaux et la cuvette que j'ay achetés depuis peu; et ainsy ce présent sera prest à partir dans deux jours.

J'ay fait tenir à M. Benedetti les 600 pistoles que Vostre Eminence ordonna; et en m'écrivant qu'il les a reçues, il dit que les marchands en réclament encore pour les brocarts que j'ay demandés pour les sièges et pour un nouveau lit pour le Roy dont Vostre Eminence me donna pareillement l'ordre, avant son départ, attendu que lesdites 600 pistoles ne font que le parfait payement des brocarts qu'il a envoyés jusqu'à présent.

J'ay fait voir à M. Servien et à M. le Procureur Général la lettre que Vostre Éminence m'a écrite sur le sujet de l'entrée du cardinal de Retz3 en France, et j'en ay aussy parlé à M. le Chancelier. Ils ont trouvé fort bonne l'ordonnance qui a esté envoyée, et M. le Chancelier l'a donnée pour la faire imprimer. Ils approuvent tous les expédions que Vostre Étni-

1 Saint-Germain, marquis de La Brelosche. sur le trône par l'abdication de Christine.

Capitaine en 1 658 , gouverneur de Poitiers en Mort le 1 3 février 1 660. 1659, maréchal de camp en «688, et lieute- » Le cardinal de Reli venait de quitter

nant général on i6o3. Rome, et Maxarin se préoccupai! beaucoup de

' Charles \ , Gustave, né pn 1 639. Il monla ses prnjHs.

AVEC MAZAKl.Y

nence propose; Messieurs les surintendans m'ont promis de penser sérieusement à cette affaire et qu'ils feront des mémoires de tout ce qu'ils estimeront devoir estre fait en cette occasion. M. le Procureur Général, qui m'a ouvert son sentiment plus avant que M. Servien, m'a dit qu'il ne seroit pas d'avis de faire un si grand éclat, pour deux raisons: l'une, qu'il est difficile qu'on n'en tire quelque conséquence que l'on craint la présence dtulit Cardinal en France; l'autre, que cela donnera beaucoup de cœur aux malintentionnés. Son avis seroit qu'en faisant connoistre, par le peu de cas que l'on en fera, qu'on ne le craint point et mesme qu'on ne peut croire qu'il soit assez fol pour se venir commettre à un péril si certain, l'on prenne ses mesures du costé des gouverneurs, des intcntlans et des personnes qualifiées des provinces, pour faire toutes les diligences imaginables et possibles pour découvrir sa marche et son séjour, et l'arrester s'il se pouvoit; et que, pour cela, il faut tout employer*. J'ay écrit à Vostre Éminence que j'avois fait voir la mesme lettre à M. l'abbé Fouquet.

J'ajoute, pour mon avis, que j'cstimerois bon d'éviter le grand éclat, et seulement d'avertir de ce qui se passe les bien intentionnés du clergé, de la ville et des provinces ; d'envoyer un maistre des rcquestes entendu et très-fidèle en Provence pour suivre les cosles et chercher la piste du débarquement dudit Cardinal, et la suivre au cas qu'il la puisse trouver; de donner des ordres dans toutes les provinces aux gouverneurs, intendans et principaux bien intentionnés; et, sur les moindres avis que l'on auroit de chacun endroit, d'envoyer des gens exprès pour suivre et pénétrer tout. 11 faut mettre des espions dans toutes les maisons suspectes desdites provinces, et, à Paris, faire suivre tous ceux que l'on connoisl estre de ses amis, et avoir des espions dans le Cloistre1 pour sçavoir tout ce qui s'y fera. Je crois que s'il se cache, comme je n'en fais point de doute, ces deux derniers moyens pourront bien le [faire] découvrir.

Pour commencer, quoyque M. Hotman ne fust pas pressé par Messieurs les surintendans de partir de huit ou dix jours pour s'en aller en Touraine, je luy ay conseillé dans cette conjoncture d'aller rendre ses très- humbles actions de grâces à Vostre Éminence et prendre congé d'elle, et s'en aller en poste dans sa province pour observer tout ce qui se passera dans les maisons de Retz, Brissac et Chandcnier. Je suis assuré et puis répondre à Vostre Éminence qu'il servira bien. Dimanche au soir, il se v rendra à Compiègne pour cet effet. J'ay écrit en mesme temps à M. Pellot -

1 Le rloilre Noire-Dame, phiné (i656), en Poitou (i(J5y), puis en

1 Claude Pellot, il'a boni intendant en Dan (iuyenne, devint pn-mier président au parle-

de bien observer tout ce qui se passera en Dauphiné, et particulièrement dans les places et maisons de M. de Lesdiguières1, elj'ay prié M. d'Oppède* de luy donner part de tout ce qu'il apprendra en Provence touchant celte affaire ; et je suis encore assuré que ledit sieur Pellot servira bien en cette occasion.

KÉPOKSE Dl CARDINAL , M MARGE.

* Je suis entièrement de l'avis de M. le Procureur Général; bien entendu que je prétends qu'on donne les ordres généralement partout pour I arrester.

(Bibl. Imp. Mis. Baluze, Papier* de* Armmrt» , roi. 176, fol. 171.)

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