‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 41 sur 108 · A M \ X A IU V · texte numérisé non relu

A M \ X A IU V

( Lettre originale. )

Pari», 1 8 septembre t656.

Madame de Chevreuse m'a envoyé quérir ce matin pour me dire qu'après avoir fait toutes les diligences pour apprendre le dessein du cardinal de Retz, elle avoit vu un homme qui avoit lu une lettre (ce sont les propres termes dont elle s'est servie) portant que le Cardinal estoit party suivant son premier dessein aussytost qu'il avoit sçu le mauvais succès de Valenciennes5, et, qu'à l'heure que celuy à qui cette lettre estoit écrite la recevroit, il seroit à quatre-vingts lieues de Paris; que son dessein avoit toujours esté de faire ce voyage de concert avec le Pape* qu'il espéroil y faire consentir; que, Sa Sainteté ayant improuvé la dernière action qu'il avoit faite, et ne croyant pas, par cette raison, qu'elle dust approuver ce voyage, il ne le luy avoit point communiqué et n'avoit point aussy voulu perdre l'occasion de Valenciennes qu'il croyoit luy estre favorable; que, comme sa résolution sur ce voyage estoit prise depuis longtemps , il avoit

ment de Rouen. Mort en cette ville le 3 août i683 , à Toge de soixante-quatre 4ns. Colbert, en écrivant à son cousin de Terron, le 6 octobre i658, disait en parlant de Pellot : *Vous scavex qu'il est noslre parent, et tout à nous.» Pellot avait épousé une Madeleine Coll>ert.

1 Créqui (François de Bonne de), duc de Lesdiguières , avait été connu d'abord sous le nom de comte de Canapln. Mestre de camp en i6o5, lieutenant général au gouvernement du Dauphiné en 1 fia 3, duc et pair en ifi38. Il se relira, à celte époque, du service et donna tous ses soins au gouvernement du Dauphiné.

Mort le h février 1687, âgé de soixante et dixsept ans.

' Henri de Forbin , baron d'Op|>ède. Conseiller, puis président, el enfin premier président du parlement de Provence en 1 655 ; conseiller du roi. Mort le ih novembre 1671.be» recueils de la correspondance de Colbert renferment un grand nombre de lettres entre lui oi le baron d'Oppèdc.

3 Voir lettre i3o.

♦ Alexandre VII (Fabio-Chigi), né à Sienne en 1599, pape de t655 à 1667.

envoyé Malclerc », deux voyages consécutifs, non-seulement pour les affaires qu'il avoit à négocier à Paris , mais mesme pour reconnoistre la route qu'il pourroit tenir et pour luy mesnager des lieux de retraite , sur les chemins , où il pourroit estre en seureté; que ledit Malclerc luy avoit préparé son chemin par la Suisse et par la Franche-Comté, et que, assurément, il viendroit par cette route; et que, quoy qu'il eust passé à Gènes, il se trouvera qu'il aura mis pied à terre en lieu d'où il pourra parvenir en Suisse; que son dessein est de se servir de tout le pouvoir que luy donne le spirituel pour avoir son temporel; que les avis qu'elle [madame de Chevreuse] en a sont fort certains, et que Vostre Éminence peut y faire fondement. Et enfin, elle m'a déclaré qu'ils venoient d'un de ses amis qui estoit aussy amy du sieur de Caumartin 2, qui avoit vu la lettre. Elle a ajouté que les amis dudit Cardinal ne croyoient point qu'il fust mal avec le pape , mais seulement qu'il [le pape] n'approuvoit pas sa conduite, et qu'il [de Retz] estoit assuré d'avoir toujours sa retraite à Rome. C'est pourquoy il avoit niesnagé la seureté de son chemin pour avoir toujours la porte ouverte du costéde l'Italie. Qu'elle croyoit assurément qu'il n'entreroit pas en France, quand il apprendroit Testât auquel sont les affaires, et qu'il se tiendrait sur la frontière du costé de la Franche-Comté pour donner de là ses ordres. Ensuite, madite dame s'est un peu estendue sur la mauvaise conduite dudit Cardinal , et m'a dit assez légèrement qu'elle n'estoil pas informée du mal qu'il pouvoit faire, mais que, s'il estoit grand, Vostre Eminence avoit le remède en main en luy rendant son temporel qui estoit la seule chose qu'il souhaitoit à présent. Qu'elle s'en alloit à la campagne , à sept lieues d'icy; qu'elle serait avertie précisément de tout ce qui se passerait, et que si elle apprenoit quelque chose de particulier, elle me le ferait sçavoir: qu'au surplus, si Vostre Éminence désirait quelque service particulier d'elle, en le luy faisant sçavoir, elle serait aussytost en cette ville.

(De la main de Colbert.) Pour moy, Monseigneur, je ne puis m'empescher de dire à Vostre Éminence que le cardinal de Retz n'ayant qu'un homme seul avec luy, on pourroit détacher quelque officier, comme mareschal des logis de quelque compagnie , qui seroit assuré de sa récompense, avec trois ou quatre hommes de son choix. Si cet homme estoit choisy habile, fidèle, secret et hardy, je ne doute point que dans les divers changemens de lieux que ledit cardinal de Retz sera obligé de faire, il ne donnast peut-estre le moyen de l'arrester dans la Franche-Comté et

1 Écuyer dit cardinal de Retz. des requêtes, intendant en Champagne, con-

* Louis Lefèvre , seigneur de Caumartin, aeiller d'État. Mort le 3 mars 1687. Il était •if en 16a fi. Conseiller au parlement, maître confident et conseiller du cardinal de Reli.

remmener en France sans obstacles. Je crois bien que Vostre Eminence ne devroit pas donner cet ordre de sa bouche; mais de bons ordres du roy cl l'entremise de quelqu'un des serviteurs de Vostre Eminence y peuvent suffire.

Il me semble davantage qu'il seroit très-important d'arrester le sieur de Caumartin, et, à cet effet , d'envoyer un homme exprès en Poitou pour découvrir où il est.

(Arcb. des Aff. étr. franc*, vol. t6o, à m date)

( Ultra autograpbe. )

sjenlU,a8 septembre i6f>6.

La menace de l'interdit du cardinal de Retz estant à présent une des plus importantes affaires de l'Estat, et dont les remèdes doivent estre le plus recherchés, au cas qu'il soit assez emporté pour en venir à cette extrémité, j estimerais que Vostre Eminence pourrait écrire un billet à M. l'abbé de Bourzeis1 en créance sur M.Ondedei, ou sur moy, afin qu'il prist la peine d'examiner cette matière. De ma part, j'y feray travailler et y travaillera}. Et pour faire voir à Vostre Eminence que l'on peut trouver des remèdes fort puissans contre ce mal , j'ay trouvé desja que les papes ont accordé aux roys de France, par bulles expresses, des privilèges contre les interdits. Les papes sont : Alexandre IV, au roy saint Louis, en ces termes : - Que nul archevesqur . ni autre jtrélat, ne puisse publier contre vostre trosne sentence d'excom munication ou d'interdit, sans mandement ou licence spéciale du siège apostolique, i Nicolas III, pape, a accordé la mesme chose à Philippe, fils de saint Louis; et (outre Clément IV, Grégoire X, Martin IV, Clément V,) Clément V I renouvela toutes ces bulles au roy Jean et à Jeanne, sa femme, en ces termes: « Que nul ne puisse publier sentence d'interdit contre mstre trosne et excommunication (parlant des archevesques et évesques) sans mandement ou licence spéciale du siège apostolique, n Et ces bulles ont esté enregistrées au parlement de Paris, en conséquence des lettres patentes du roy Charles V.

Vostre Eminence ne révoquera point, s'il luy plaisl, en doute ces citations, ayant pour garant le plus grand cardinal que la France ayt jamais produit, qui est le cardinal du Perron2. Je reehercheray tous les moyens

1 Amable de Bourzeis, ué en 1606, alla étudier la tbéolojjie à Home, où il devint célèbre. Membre de l'Académie française, txdbert, - 1 m i avait pour lui une grande estime . le mit

plus tard à la téle de l'Académie des in«ri|>lions et d'une assemblée de tiiéolo/pcn*. M»rt le s août i #» 7 ja .

1 Du Perron (J arque*' Dan >, né n Saint

AVEC MAZAR1V

imaginables pour trouver quelque chose d'avantageux au service du roy sur cette matière.

Lorsque Vostre Eminence me demanda ce que mon frère possédoit en bénéfices , j'oubliay de luy dire que Vostre Eminence m'avoit accordé la résignation de l'abbaye de Saint-Sauveur de Vertus, que mon oncle 1 fit à son profit, il y a un an, sur laquelle il se réserva 2,000 livres de pension, 1,000 pour luy et 1,000 pour un autre de ses neveux; et comme mondit oncle est mort depuis trois semaines , mondit frère jouit à présent de l'abbaye du Landais affermée A, 2 00 livres, de l'abbaye de Saint-Sauveur valant de revenu (déduction faite de 1 ,000 livres de pension) 2,000 livres, des deux bénéfices que Vostre Eminence luy donna pareillement en i65o, dont il ne tire que 1,000 livres. J'espère qu'avec le temps il sera assez heureux de trouver des occasions de donner des marques de sa reconnoissance à Vostre Eminence; au moins, je la puis assurer qu'il en a la volonté.

(Arcb. des Aff. étr. France, vol. 160, à sa date.)

( Lettre autographe. )

Paris, 3o septembre t656.

Je ne rendray point encore compte à Vostre Eminence en détail de tous les ordres qu'elle m'a donnés qui regardent l'assemblée du clergé ; ce sera seulement pour demain, après une conférence que nous devons avoir au Louvre, MM. l'archevesque de Toulouse2, les évesques de Séezs et d'Aire4, l'abbé Ondedei et moy. J'assureray seulement Vostre Eminence que l'assemblée est bien disposée et que le roy en aura satisfaction pour ce qui regarde l'affaire du cardinal de Retz, c'est-à-dire jusqu'à l'interdit, auquel, s'il en vient à cette extrémité, l'assemblée ne peut apporter de remède. C'est pourquoy il en faut rechercher ailleurs. Il n'y en a que deux qui puissent «'sire pratiqués : l'un, en mesnageant les esprits des curés pour empescher que tous ou la plus grande partie n'y défèrent, ce qui est bien diffi-

Lô, en t556. D'abord protestant, il se réfu- louse en i659. Mort en 166a. Auteur du £ia en Suisse, puis revint en France, où il ah- traité De amcordia tacerdoth et imperii.

jura. Henri IV lui donna , en 1 5g 1 , l'évéché 3 François Rouxel , baron de Médavy, né

•fEvreux. Cardinal en 1606, archevêque de en i6o4, ëvéque de Séex de i65aà 1670.

Sens en i6iâ.Morten 1610. 1 Charles-François d'Anplure de Bourle-

1 Oudart Colbert, ebanoinc de Reiras , abbé mont, évéque d'Aire en 16*9, puis de Castres

en 1657, et enfin archevêque de Toulouse en * Pierre VI, de Marca, né en i5g/i. Con- 166s. Mort en 1669, âgé de plus desoixauteviller d'État en 1639, archevêque de Ton- quatre ans.

cile, à mon avis; l'autre, en examinant fort soigneusement cette matière pour en connoistre à fond toutes les nullités , pour s'en servir, avec de» consultations de docteurs , et pour persuader les curés qui seront d'ailleurs bien intentionnés, ou qui ne seront point engagés dans les cabales, et pour voir s'il y a lieu d'interjeter appel comme d'abus de cet interdit, au cas qu'il le jette. Je travailleray à toutes ces choses avec tout le soin et l'application dont je seray capable.

L'intendant de la reyne de Suède est venu ce matin me presser d'envoyer un homme avec luy en Flandre, et en mesme temps m'a apporté une lettre de M. Chanut l, par laquelle il me fait sçavoir que la reyne de Suède désireroil que Vostre Éminence fist voir les pierreries qu elle [la reine] a encore, pour les dégager et les vendre ensuite à Vostre Éminence el en employer les deniers à une chose dont Vostre Éminence ne seroit poin! mécontente; ce sont les termes dudit sieur Chanut. Cela m'a fait jeter les yeux sur le sieur Lescot pour faire ce voyage; sur quoy j'attendray les ordre> de Vostre Eminence.

Pour les tapisseries, Vostre Eminence doit considérer qu'outre M *j 6,000 écus que l'on demande, il faut encore ajouter le change à vinglneuf pour cent.

Je supplie Vostre Eminence de m'envoyer ses ordres sur le tout en diligence, l'intendant de la reyne de Suède me pressant extraordinairement pour son départ. Voicy deux lettres pour Vostre Eminence, de madame de Chevreuse et de madame de Nemours f.

(Arch. des AIT. élr. France , vol. 160, à M à*)

(Lettre autographe, non signée.)

De...(?),«i octobre i6j6.

J'envoye à Vostre Éminence lestât des dépenses de sa maison , du mob de septembre dernier, avec Testât des gages du quartier de juillet Je travaille à présent à faire des tables pour luy pouvoir faire voir en peu de temps Testât de tous ses domestiques et de toutes les dépenses ordinaire.» de sa maison*.

1 Pierre Chanut, conseiller du roi, ambassadeur en Suède et en Allemagne. Mort en 1 66a , âgé de soixante-deux ans.

* Elisabeth de Vendôme, née en 1 6 1 6, avait

épousé en i663 le duc de Nemours. Morit le ui mai 1666.

A Quatre jours après, le vi 5 octobre t6M», C.olbert écrivait à Maxsriu : rJ'eslois allé a \ m

Le père Annal m'a tesmoigné qu'il n'estimoil pas que Voslre Eminence «lusl mettre pour chef de son conseil ecclésiastique M. de Vence', avant qu'il eust donné quelque ouvrage au public qui pust tesmoigner ses senliruens sur le sujet des nouvelles opinions ; mais comme je l'informay que M. de Vence n'estoit point instruit du dessein que Vostre Eminence avoit eu, il connut bien qu'on ne pouvoit luy imposer aucune condition pour une chose qu'il n'avoit point demandée et dont il n'avoit mesme aucune connoissance. C'est ce qui l'obligea ensuite à examiner tous les évesques sur lesquels Vostre Eminence pouvoit jeter les yeux; et, après y avoir fait réflexion, il n'en trouva point de plus propre que M. de Rodez2 ou M. de Meaux3. Au cas que Vostre Eminence approuve l'un ou l'autre, je la supplie de se déterminer promptement, estant très-important, pour une infinité do raisons , qu'il y ayt un évesque qui prenne soin de la conduite de ce conseil; et mesme, je supplieray Vostre Eminence, lorsqu'elle en parlera à celuy dont elle aura fait le choix , de luy tesmoigner que je ne puis pas y vaquer aussy assiduement que j'ay fait jusqu'à présent, à cause des autres affaires de Vostre Éminence qui m'occupent 4 . . .

(Arch. des AIT. étr. France, vol. 160. à sn date.)

rennes pour supplier Vostre Éminence de me ï Dominique I",Séguier,<

donner une heure de temps pour luy faire voir de Notre-Dame à Paris, premier aumônier du

des tables fort roncises de toutes les dépenses roi , évéque d'Auxerre en 1 63a , de Meaux

et de ('estât de sa maison. Je la supplie de eh i637. Mort le 16 mai t659, à Page de

[«rendre ce temps et de me le faire sçavoir, es- soixante-cinq ans. Il était frère du chancelier

laut très-important que Vostre Éminence , une Séguier.

fois l'année, vove et donne ses ordres sur cet * On lit dans la lettre déjà citée du a 5 octo-

«ta».» (Arch. des Aff. étr. Franc*, vol. 160.) bre i656 (Lettre 1 A3, note) : «Si Vostre Emi-

1 Antoine Godeau, né en i6o5, évéque de nence s'est déterminée du choix qu'elle veut

Grasse en 1 636, de Vence en i65o. Mort le faire entre M. de Saint-Malo* et M. de Cou-

17 avril 167a. tances** pour présider son conseil ecclémas-

1 Hardouin de Péréfue, né en 1606, pré- tique, je la supplie de leur en parler, la ré-

cepteur du roi, évéque de Rodez en t6'io, ar- forme de Cluny souffrant beaucoup du défaut cbevéque de Paris en 166a, membre de l'Ara- «le président en son conseil, n Mort le i" janvier 1671.

• Ferdinand de Neuville de Villeroy, né à Rome en 1608. Évéque de Saint-Malo de 16/16 à 16&7, «eiuVr d'État. Mort le 7 janvier 1690.

** Claude Auvry, familier d'Antoine Rarberini et ami de Masarin. Evéque de Coûtante* en 1647, tréwrier de la Sainte-Chapelle de Paris en i653. Mort le g juillet 1687, âgé de plus de quatre-vingts ans.

iââ. — A MAZARIN.

( Lettre autographe. )

De... (T), la novembre 1 656.

Le pauvre M. Dupuy 1 est fort mal ; et je crois qu'il laissera bientost et le bénéfice et la pension que Vostre Éminence luv avoit accordés.

Il vaquera aussy par sa mort la ebarge de garde de la bibliothèque du roy, qui consiste en hoo livres de gages, mal payée, et par conséquent peu considérable pour la valeur et pour le profit. Mais elle ne laisse pas d'estre considérable, parce que c'est par son moyen que ces Messieurs2 avoient acquis une très- grande réputation dans toute l'Europe et qu'ils avoient fait de leur maison l'abord de tous les savans et de tous les estrangers. Je supplie très-humblement Vostre Eminence de me l'accorder pour mon frère, l'assurant qu'il s'en servira bien et qu'il tournera à la gloire de Vostre Eminence tous les avantages qu'il en pourra tirer.

(Ardu des Aff. étr. Franc*, vol. 160, à 10 d«te-|

(Lettre originale.)

Pari», a3 rnay 1607.

Je ne puis m'empescher de dire encore un mot à Vostre Éminence de l'affaire que j'ay contre M. de Lionne, qui , dans les sollicitations pressantes, mesle fort le nom de Vostre Eminence et fait grande parade de l'emplov d'Allemagne pour parvenir à ses fins. Ayant eu l'industrie de séquestrer et rendre neutre la seule protection que je pouvois espérer, qui estoit celle de Vostre Eminence, il se sert avec grand effet de toute celle qui émane d'elle et qui est immédiatement au-dessous d'elle, qui est celle des deu\ surintendans. M. Scrvien sollicite de porte en porte. M. le Procureur Général envoyé tous ses amis, qui sont en grand nombre, et leur donne la leçon de tout ce qu'ils doivent dire , tandis qu'il fait solliciter en personne par M. Delorme3, qui, en mesme temps, porte les appointemens de con-

1 Jacques Dupuy, prieur de Saint-Sauveur, également connu par les soins qu'il donna à U conseiller du roi, garde de sa bibliothèque. bibliothèque royale et par

Mort à Paris le 17 novembre i656, âgé de v rages, était mort en i65t.

soixante-six ans. ' Delorme était alors commis de Fouquel.

1 La bibliothèque du roi hérita des livres D'après une lettre de Pomereu à Le Tellier. il

que Jacques Dupuy et son frère avaient rassem- avait été d'abord intendant des finances.

blés. Ce dernier, Pierre Dupuy, né en i58a,

AVEC M AZARI1N. 871

seiller d'Kstal aux vieux du Conseil, et les assure à quantité de niaistres des requestes qui sont encore incités à tout faire par les espérances des emplois. L 'employ de Normandie au sieur Bénard-Rézé a esté la récompense du premier arrest rendu au parlement par son frère1. Le second employ, dans la mesme commission des forests, que l'on donne à présent au sieur Lallemant2, est la récompense de son avis et de son emportement dans le Conseil, ce qui fait connoistre à tous les maistres des requestes que, s'ils font bien, ils seront récompensés. L'on dit mesme icy qu'ils feront restablir dans le Conseil le sieur de La Ferrière3, dont la vie sera connue à Vostre Éminence par l'imprimé cy-joint, quia esté avéré vray en pleine audience du Grand Conseil". Depuis cinq jours, toute la cabale de M. de Monlrésor et de M. de Harlay4 est encore employée en la mesme affaire. Enfin, il n'y a rien que l'on ne déchaisne pour faire réussir une friponnerie de 1,860,000 livres, fondée sur deux exploits faux, en ruinant plus de cinquante familles, dans laquelle M. de Lionne ne paroist point en son nom el n'oseroit faire paroistre le titre en vertu duquel il y a quelque intérest.

J'avois espéré que si Vostre Éminence avoit eu la bonté de s'en informer à quelqu'un, l'infamie d'une si noire friponnerie luy auroit frappé l'esprit, de sorte qu'elle auroit interposé son autorité, ou pour imposer silence, ou au moins pour l'accommoder b. Mais puisque l'industrie de M. de Lionne m'a privé de cet avantage , je la supplie au moins d'empescher que la récompense des sieurs Lallemant et de La Ferrière excite les autres conseillers d'Estat et maistres des requestes à prostituer leurs avis, comme ils ont fait sous cette espérance.

aô mny.

Je demande très-bumblement pardon à Vostre Éminence du mauvais discours qu'elle aura vu dans ma lettre précédente. Je sçais bien que je ne devrois jamais l'importunerde mes affaires particulières. Je la supplie seulement de considérer avec sa bonté ordinaire qu'il est bien difficile de se sentir opprimé dans une affaire de la nature de celle dont il s'agit, et de pouvoir estre maistre de son déplaisir. Je l'assure qu'elle n'en entendra jamais plus parler, quoy qu'il arrive, et je la conjure d'oublier tout ce qu'elle en a vuc.

1 Cvprien Bénard , seigneur de Rézé , maître des comptes en 1668, plus tard maître des re- <|uéles au parlement.

* Pierre Lallemant, d'abord conseiller à Metz, puis conseiller au parlement de Paris et lieutenant général des eaui et forêts.

1 La Ferrière, conseiller au parlement, secrétaire des commandements de ta reine.

* Achille de Harlav, successivement conseiller au parlement, maître des requêtes, conseiller d'Étal , et procureur gênerai en 1661. Mort le 7 juin 1671.

•frORSI DE CARDINAL, BU «AMI.

' La Ferrière ne sera pas reslably dans le Conseil, et je ne sçais pas que l'on songp à donner aucune récompense au sieur Lailemant.

b Je ne refuse pas de m'employer pour l'accommodement, mais ii faudra que vous nw mandiez quelle oflre je pourray faire pour cela. La somme que vous me marquez est grande, mais je crois que la partie se contenterait bien du tiers, et M. Le Tellier est do raesme avis. Si vous croyez que le procès finisse bien, il ne faut rien donner; sinon, la prudence veut qu'on sacrifie quelque chose pour sauver le reste. M. de Lionne m'a te*moigné dernièrement à Compiègne qu'il estoit très-fasché d'avoir un procès dans lequel vous estiez obligé de prendre part, et que, par vostre considération, il apporterait toute sorte de facilité à l'accommodement, soutenant pourtant toujours qu'il croyoit que m femme avoit la justice tout entière de son costé. Je pense, en écrivant, que M. lemareschal de Gramonl pourrait mesnager raccommodement.

* Je prends part à. tout ce qui vous regarde comme si c'estoit mon propre intérest. et je souhaite que vous receviez la satisfaction que vous sollicitez en cette aiïaire ; mais vous sçavez de quelle façon je m'estois engagé à n'interposer pas mes offices en ce rencontre.

( Bibl. Imp. M sb. Baliue, Papiers des Armoires, vol. «76, fol. >85 et »&$.)

(Lettre originale.)

Paris, 99 inay 1607.

Vostre Eminence ayant trouvé la dépense du mois d'avril un peu forte, je dois luy dire que les festins de Vineennes au roy et à la reyne d'Angleterre et ceux de Son Altesse Royale ont augmenté considérablement la dépense de ce mois. Je sçais bien que l'on pourrait y apporter quelque plus grand mesnage, mais peut-estre que, l'abondance y estant un peu moins grande, le service en seroit moins agréable à Vostre Éminenre. Lorsque je seray auprès d'elle, je luy en feray voir le détail en un demyquart d'heure de temps , quand il luy plaira me l'ordonner.

Sur le sujet de l'affaire de M. de Lionne, je suis encore obligé de dire à Vostre Éminence que ce n'est pas l'intérest du sieur Charon 1 seul qui m'oblige d'y prendre part, mais mon intérest propre et personnel, if. de Lionne m'ayant fait appeler au parlement pour me faire condamner à payer 5o,ooo livres que ma femme a reçues dudit sieur Charon pour partie de son mariage, ainsy que je l'ay desjà expliqué à Vostre Éminence. Si M. de Lionne avoit pu estre obligé de montrer le titre en vertu duquel

' Jacques Charon, soigneur de Ménars, chasses de cette province. Beau-père de Col- Irèsorier de l'Extraordinaire des guerres , gou- hert. verneur de Blois, grand bailli et capitaine des

AVEC MAZAR1N. 273

il a intérest en cette affaire, ou que Vostre Eminence eust obligé quelques-uns des premiers du Conseil à luy en dire leurs sentimens , je ne fais point de doute, ou que M. de Lionne s'en fust désisté de honte, ou que j'aurois eu la protection de Vostre Eminence tout entière.

Pour raccommodement proposé par M. de Lionne, 600 mille livres sont autant que 1,800 à des gens qui ne sont en estât de payer ni lune ni l'autre somme. La justice de cette affaire est si forte, et les preuves en paroistront si claires, nonobstant les artifices et les faussetés que l'on y a fabriquées pour en cacher la vérité, que je prends rengagement de la soutenir seul contre toute l'autorité que les surintendans ont dans la justice, pourvu que Vostre Eminence ayt toujours la bonté d'empescher que les emplois ne soyent donnés pour récompense à ceux qui s'abandonneront en cette affaire, ainsy qu'elle veut bien me le promettre".

• BPOWSl! »t! CAMtllML. BU «ARAS.

' Je ne vous répondray rien sur cet article, ai ce n'est que tout ce que je pourray faire pour vostre satisfaction , sans manquer à ce que j'ay promis, je le feray de tout mon rarar, et que, pour les récompenses, assurément je ne consentiray pas qu'elles soyent données. Mais il faut prendre garde que l'on en peut donner d'une sorte que ni moy oi personne n'en aura connoissance. Ce pendant je songe à faire dire quelque chose a if. de Lionne pour voir si on pourroit accommoder l'affaire.

<BU>I. Imp. Mm. Baluxe, P<*er> de, Armoire,, roi. i7«, foL Ift.)

(UUr* origin.fr.)

Paris, il juin 1657.

Je dois rendre mes très-humbles actions de grâces à Vostre Eminence de deux choses qui me sont fort considérables : l'une, que la bonté qu'elle a tesmoigné avoir pour moy en tant de rencontres m'ayl donné assez de crédit et de considération pour faire revenir une partie de Messieurs du Conseil, en sorte qu'ils ont connu la justice de mon affaire contre M. de Lionne et ont commencé de me la rendre; et l'autre, des propositions d'accommodement que ledit sieur de Lionne m'est venu faire; en sorte que j'estime que cette affaire se pourra terminera l'amiable, ce dont j'auray toute l'obligation à Vostre Eminence. Cette affaire ne m'attachera pas à elle davantage qu'un million d'aulres bienfaits que j'ay reçus de sa bonté... 1 . .

m CORRESPONDANCE

RÉPOKSK DV CARDINAL , EN NAIGE.

UPèK.lljuio.

Je suis bien ayse de ce que vous me mandez sur ce sujet et de vous voir touché d, la bonne volonté que j'ay pour vous. Elle vous est entièrement assurée. Outre l inrli nation et l'estime que j'ay pour vous, je serois bien injuste si je navois beaucoup d'af fecfion pour une personne qni me sert avec tant de soin et si civilement.

( Lettre originale. )

Paris, i" juillet 1657.

J'envoye à Vostre Eminence Testât des avances que j'ay faites par ses ordres pour le service du roy pendant cette année, à quoy j'ay rapporté celles qui furent faites l'année dernière-pour le mesme effet. J'ay joint auss\ Testât des dépenses faites pour sa chambre pendant les mesraes trois moi» Je crois que l'un et l'autre surprendront Vostre Éminence et luy feront ronnoistre que nous commençons à entrer dans un renouvellement de l'année 1 648, dans laquelle elle entreprit de faire subsister TEstat de ses deniers, vu mesme les termes de toutes ses lettres qui portent de solliciter Messieurs les surintendans des dépenses qui sont pressées, et s'ils n'y pourvoyent.de les payer de ses deniers; et, pour cet effet, de prendre [le fonds] le plu< réservé, dont je supplie très-humblement Vostre Éminence de me dispenser, estant résolu de solliciter avec toute la chaleur qui me sera possible Et en cas que je n'en puisse venir à bout, je tascheray d'y pourvoir du peu de fonds que je puis avoir en mes mains; sur quoy je puis assurer Vosin- Éminence que depuis que j'ay l'honneur de la servir je n'ay point esté si dépourvu que je suis h présent*.

Messieurs lesagens du clergé, M. Tévesque d'Aire et M. Tabbé de Carbon1, me sont venus voir beaucoup de fois pour conférer sur la pensée d'assembler les évesques pour leur faire rapport du voyage de l'abbé Toreau* auprès de Vostre Eminence, et pour voir, en mesme temps, s'il y an roi t lieu de faire quelque chose contre les écrits qui ont esté publiés depuis quelque temps1

Beaucoup de personnes m'ont assuré que le cardinal de Retz a esté dit* Paris ou fort près; et je suis aussy presque assuré que toute sa correspondance, Tentrepost de ses lettres et mesme une partie de sa subsistant

' Jean de Montpenat de Carbon , archevêque * Mathieu Toreau, doyen do

de Toulouse, puis de Sens en 1676. Mort le nommé évèque et gouverneur de Dol {B*i685, âgé de quatre-vingts ans. tagne)en 166».

AVEC MAZAH1N. 27;>

vient de Commercy et de l'abbé de Saint-Epure, de Toul. 11 semble que ce soit une chose un peu extraordinaire qu'on laisse le père de son écuyer. Malclerc, pour capitaine dans le cbasteau de Commercy et qu'on le laisse jouir du revenu de cette terre. On pourroit remédier à ce désordre en envoyant dans ce chasteau un exempt avec deux gardes du corps et en donnant le revenu à quelque colonel pour récompense de service.

De toutes les affaires de Vostre Eminence, celle qui me donne le plu* de peine et d'inquiétude, et le moins de satisfaction, est l'administration du revenu de ses bénéfices. J'avoue à Vostre Éminencc qu'en cette nature d'affaires ma conscience me reproche toujours un défaut que je trouve considérable , et auquel je ne puis avoir la force de remédier sans un ordre exprès de Vostre Érainence : c'est, Monseigneur, que la plupart de vos abbayes sont données à trop haut prix'.

Saint-Lucien a esté donnée autrefois à 3o,oop livres. En l65i, elle fut donnée à a6,5oo. Je fis mettre le fermier qui avoil fait banqueroute dans la citadelle d'Amiens, où il a demeuré dix-huit mois et est mort ensuite insolvable. Son fils, qui s'est oit rendu sa caution, a esté contraint de s'enfuir; et, après avoir demeuré trois ans hors du royaume, j'ay esté contraint de luy donner la liberté pour 6,000 livres qu'il a payées. Depuis, j'ay donné cette abbaye à a 3, 000 livres: et des deux fermiers qui l'ont prise à ce prix, l'un est en fuite, et l'autre est depuis huit mois dans les prisons de cette ville, sans espérance d'en pouvoir tirer aucune chose. Je l'ay depuis affermée à 19,000 livres à des gens dont je ne suis pas encore fort assuré. Tous ces désordres viennent de l'abandonnement des fermes de cette abbaye, à cause des gens de guerre et de l'excessive foule de la taille.

J'avois affermé l'abbaye de Cluny à 57,000 livres, et les fermiers ont encore fait banqueroute depuis quinze jours.

Les abbayes de Moissac et de Grand -Selve a voient esté données à 63,ooo livres au receveur général du clergé de Toulouse, à un riche banquier de la mesme ville et à un frère d'un conseiller du parlement. Tous trois ont fait banqueroute, et cette ferme est tellement décriée que personne n'en veut à présent à 36, 000 livres. Deux fermiers de la dépendance de la Chaise-Dieu et quatre des principales fermes de l'abbaye de Saint- Denis ont fait la mesme chose, en sorte que je suis extra ordinairement touché de voir tant de pertes, qui me persuadent clairement, par ma propre: expérience, qu'il faut donner à gagner à des fermiers, sinon qu'ils se sauvent par la mauvaise foy. J'avoue ingénument que j'ay fait une grande faute de ne m'estre fait sage qu'à mes dépens et mesme d'avoir attendu si tard. Mais je supplie Vostre Éminence de croire que j'ay esté persuadé

jusqu'à présent que Ton pouvait trouver quelque remède à tous ces maux sans en venir à une diminution considérable.

BÉPOSSI »tJ CARBIRAL, IN II A ROI.

■ Je n'ay rien a dire sur cela sinon que vous avez raison , et qu'il faudra changer de conduite à l'avenir, si je puis avoir ce crédit sur moy.

h Je crois qu'il a esté fort à propos d'en user ainsy ;mais ce de quoy je vous prie, c'est de parler fortement à toutes les personnes qu'il faudra pour faire la guerre aux imprimeurs et pour tascher de punir quelqu'un de ces faiseurs de libelles; car autrement cette escarmouche durera longtemps, et il n'y a rien qui débauche tant les espriLs que ces écrits factieux. On m'assure que le dessein du cardinal de Retz, de ses adhérons et particulièrement des Jansénistes , est d'en jeter toutes les semaines , et qu'ils ont résolu de les envoyer tout imprimés, par les ordinaires, à Paris. C'est pourquoy il faut que vous en donniez avis à M. de Nouveau et luy disiez de ma part de faire une exacte diligence pour se saisir de ces libelles quand ils viendront , estant aysé de connoistre les paquets qui en seront chargés. Il faut s'appliquer à cela et n'espargner rien pour découvrir et chastier les écrivains, les imprimeurs et ceux qui débitent les pièces. Parlez-en à M. le Chancelier et au Procureur Général , en sorte qu'ils reconnoissent qu'il y faut travailler de la bonne manière.

' Vous ferez tout ce que voos estimerez pour le mieux à l'égard de mes bénéfices . estant assuré que la résolution que vous prendrez sera la plus utile pour moy.

(Bibl. Irnp. Mas. Baluie, Papier» de» Armoires , roi. 176, fol. 3ift.)

(Lettre original*.)

Paris, a5 juillet 1657. .

- J'ay vu M. le lieutenant civil pour l'exciter à uoe recherche exacte et à In punition des imprimeurs, voyant bien de quelle importance cela estoit pour le service du roy et combien Vostre Éminence le souhaite. Tous les discours que nous avons eus ensemble à ce sujet aboutissent à ce qu'il m'a dit que, depuis le retour du Roy à Paris en i65a, il n'avoit point fait sa charge en ce chef, parce que M. le Procureur Général et M. l'abbé Fouquet avoient voulu se charger de cette recherche , et qu'ils y avoient employé le nommé Baillard, syndic des libraires et imprimeurs, auquel ils avoient fait donner 3 ou 6,000 livres tous les ans pour en faire les frais; que, pendant les années 1 663 , 1666, i6/»5 et 1 646, il [ce lieutenant civil f avoit travaillé comme sa charge l'y obligeoit; que Vostre Éminence sçavoit de quelle sorte il avoit réussy; et que si elle désiroit luy en laisser le soin, il se chargeoit d'empescher toutes impressions et publications de libelles dans Paris, pourvu que Vostre Éminence voulus! s'en expliquer à M. le

Procureur Général afin que, dans les occasions, il reçust assistance du ministère de sa charge, et qu'elle voulust destiner un fonds de 3,ooo livres tous les ans, qui seroienl distribuées, sur ses billets, par telle personne qu'il -plairait à Vostre Éminence commettre.

M. le Chancelier m'a dit que ledit sieur lieutenant civil luy avoit dit la mesme chose, et m'a raconté en détail toutes les diligences qu'il a faites de sa part pour tirer la vérité des derniers libelles. Il m'a encore fait récit de ce qui s'estoit passé à l'égard de l'ambassadeur d'Angleterre 1 à cause de l'enlèvement fait proche de chez luy du fils du comte d'Insequin2, qui Mt ce jeune gentilhomme mis par son père entre les mains du principal du collège des Grassins* pour l'instruire en noslre religion. Sa mère, qui est demeurée dans la religion d'Angleterre , a trouvé moyen de le soustraire et l'avoit mis en protection dans la maison dudit ambassadeur, d'où souvent il s'alloit promener sur le bord de la rivière. Laforest, lieutenant du prévost de l'Isle \ ayant demandé à M. le Chancelier permission de le prendre, et le Chancelier la luy ayant refusée, il n'a pas laissé [de le prendre] deux jours après (sur une permission accordée par le lieutenant civil , sous prétexte de lenteur) , à cinq ou six pas de la porte de l'ambassadeur qui en a fait de grandes plaintes, sur lesquelles, et pour le satisfaire, M. le Chancelier a fait mettre dans la Bastille ledit Laforest et s'est assuré de ce jeune gentilhomme5 pour le remettre entre les mains dudit sieur ambassadeur, au cas que le Roy l'ordonne...

(Arcb. des Aff. étr. France, vol. 1 6a, à sa date. )

(Lettre originale.)

Pari», tl aoust i657.

estre obligé de donner avis à Vostre Éminence que le fds aisné

1 Lockart, ambassadeur d'Angleterre à Paris, de i657 à t66o.

" Ce nom est évidemment altéré. Il y avait

dont un des rejetons servit plus tard sous lx>uis XIV, et fut fait maréchal de France en 1 7â i . ( Voltaire, Siècle de Louû XW.) » Le collège des Grassins, fondé par Pierre conseiller au parlement, était situé <k«s Amandiers, quartier Sainl-Benolt- -^mt- Jacques.

* Le prévôt de l'Isle avait juridiction dans toute l'Ile de France. Le siège du tribunal était

au Châlelet; il ne présidait pas lui-i étant juge d'épée; il était remplacé par ses lieutenants, qui, suivant leurs attributions, étaient désignés par les noms de lieutenant civil , lieutenant criminel , lieutenant particulier.

* Les lettres suivantes montrent que cette seconde partie de l'ordre du chancelier ne fut

de M. Le IV Hier1 a esté fort dangereusement malade depuis six jours, en sorte que les médecins le jugeoient en péril. Cette nuit, grâce à Dieu, la petite vérole a paru en abondance, ce qui fait beaucoup mieux espérer: et, en effet, les médecins l'estiment hors de péril. Cette maladie a esté cachée jusqu'à présent à M. Le Tellier; et comme Vostre Eminence sçait combien un accident de cette nature luy sera sensible, j'ay cru qu'elle seroit peut-estre bien ayse de luy donner quelque consolation en mesme temps qu'il apprendra cette maladie".

La bonté que Vostre Éminence a eue pour moy et pour mon frère, capitaine au régiment de Navarre , de le vouloir bien favoriser dans les premières vacances des charges de lieutenant au régiment des gardes, m'oblige de luy dire que, outre les blessures qu'il a cy-devant reçues , il vient encore d'avoir le visage entièrement bruslé d'un pot à feu en soutenant une grande sortie que les ennemis ont faite sur la tranchée d'Alexandrie*. Quoyque, par ses actions, il fasse tous ses efforts pour se mettre en estât de pouvoir servir au gré de Vostre Éminence dans sa profession , nous connoissons bien l'un et l'autre combien la grâce qu'elle a dessein de luy faire est au-dessus de ce qu'il peut mériter, et qu'il est bien difficile que le Roy n'ayt beaucoup de récompenses à donner, lors de la vacance de ces charges, soit pour celle de Montigny a, soit pour quelque autre. Je supplie très-humblement Vostre Éminence, en ce cas, de nous faire connoistre ses intentions en cela , qui seront toujours suivies avec les sentimens de respect et de reconnoissance que nous devons avoir b.

J'envoye aujourd'huy à La Fère deux veaux, douze faisans, des dindons, des melons et des fruits , qui arriveront demain au soir e.

J'ay accommodé l'achat des tapisseries de Mp le cardinal Antoine, à 'i 5,ooo livres, à la satisfaction de Vostre Eminence d.

1 François- Michel Le Tellier, marquis «le I.ouvois, né en 1 64 1. Il obtint la aunrivance du ministère de la guerre dès 1669, devint secrétaire d'État en 1666. Mort le 16 juillet 169t.

Au mois de juillet précédent, Colbert avait écrit au Cardinal : «Je crois devoir dire à Vostre Eminence que le fils aisné de M. Le Tellier Gt, hier, une action* aux jésuites pour la conclusion de sa philosophie, qui donna de l'ad miration à tous ceux qui y assistèrent. Il est impossible de mieux posséder cette science et d'en discourir avec plus de grâce , de force et de juge-

* Acte pour la licence en théologie.

ment qu'il 6t; et enfin je puis assurer Vostre Éminence que toutes les personne* les plus qualifiées du royaume jugèrent qu'il se rendoit digne fils de succéder à son père et très-capable de bien servir le roy.» Mazarin répondit en marge : «J'avois sçu d'ailleurs l'applaudissement général que le BU de M. Le Tellier avoit eu de l'action qu'il avoit faite, et je m'en sut» réjouy de tout mon cœur avec M. Le Tellier.»

1 Campagne d'Italie contre les Espagnol».

1 Montigny, enseigne au régiment des gardes en 1 656 , lieutenant en 1 658 et capitaine en 1674.

RAPONS! DU CARDINAL , IN MARGK.

Péronne, ie deraier aoust ' Je vous assure que celte maladie dangereuse du (ils de M. Le Tellier ma autant louché que si Alphonse1 en etist esté attaqué; j'en sera y en très-grande inquiétude jusqu'à tant que je sois assuré de sa guérison. Je vous prie de voir souvent M. Le Tellier •le ma part et luy dire qu'il n'a pas d'amis au monde qui prennent plus de part que inoy à ce qui le regarde, et qu'il ne doit songer à revenir icy que son fils ne se porte entièrement bien.

k Je me souviendra \ de vostre frère , lequel , sans vostre considération , mérite que I on fasse pour luy, estant couvert de blessures et servant avec une assiduité et un xèle non communs.

' Il ne faut jamais envoyer des faisans, dindons, et choses semblables, car elles se gastent; mais pour les veaux, ils sont fort bons; il en faut avoir toujours, et du fruit. Je seray ayse que vous en envoyiez souvent.

4 Je suis bien ayse de l'achat des tapisseries, mais vous ne me dites rien du miroir

(Bibl. imp. Mh. Balaie, Papier, de, Armoire,, val t76, fol. 333. |

(Lettre originale.)

Paris, s5 aoust 16Ô7.

Je supplie Vostre Eminence de me faire sçavoir combien elle désire que je donne d'extraordinaire à M. Alphonse [Mancini] pour avoir bien cstudié, comme certainement il a fait. Ne pouvant pas aller à Chaville, à cause de la maladie de M. de Louvois, Vostre Eminence m'ordonnera, s'il luy plaist, en quel lieu il pourra aller pendant le temps de ses vacations. Son préfet propose de luy permettre d'aller à Ménars (qui est une maison sur la rivière de Loire, près de Blois, qui appartient à mon beau-père) avec mon beau-frère2, qui a l'honneur d'estudier avec luy. De là il le mèneroit à Cbavigny, avec MM. de Chavigny s, qui l'en ont convié. Quoyque ce fust un grand honneur que mon beau-père recevroit, je doute fort que Vostre Eminence agrée ce voyage, et mon avis seroit d'envoyer plutost M. Alphonse à Meudon avec le fils de M. Servien *. J'attendray sur cela les ordres de Vostre Éminence*.

J'envoye à Vostre Eminence des vers que le sieur Colletet a faits sur la prise de Montmédy b. . .

' Alphonse Maneini, neveu du Cardinal, né on 1 644 . Il fui tué, en janvier 1 658, au collège, par des camarades qui le bernaient.

1 Jean-Jacques Charon, seigneur de Ménars, né en 1 643. Intendant de Paris en 1681,

président à mortier au parlement en 169t. Mort le 16 mars 1718.

1 Le comte de Chavigny avait six fils.

* Louis -François Servien, seigneur de Meudon, né en t644. Mort le ao jum 1710.

RtFOSHB DU CARDINAL , BU MARGE.

Pérou ne , le dernier aouït.

* Il luy faut donner cent écus; et, pour se promener pendant le temps des vacations, je croirais qu'il pourrait estre à Vincennes plutost que de l'éloigner comme vous me proposez. 11 ne me semble pas à propos d'aller à Chavigny, n'ayant aucune familiarité avec cette famille. Je me remets pourtant à vous; mais après tout, à mon avis, celuy de Meudon serait le mieux, à condition que de La Nenvelle 1 serait toujours avec luv.

" Bon.

(Bibl. Imp. Mm. Balute, Papier* de» Armoires, vol. 176 , fo!. 335.)

( Lettre originale. )

Paris, 6 septembre 1657.

J'ay vu, suivant l'ordre de Vostre Éminence, le principal du collège des Grassins sur le sujet du fils de M. le comte d'Insequin, et je luy ay explique* les raisons portées par la lettre de Vostre Éminence, qui avoient obligé le Roy de donner satisfaction à la république d'Angleterre et à M. le Protecteur'4 (qui avoient reçu quelque injure en la personne de leur ambassadeur, par l'enlèvement de cet enfant, qui avoit esté fait à la porte de son logis), en sorte toutefois que la conscience de cet enfant fust en seureté. J'ay ajouté que l'expédient que Sa Majesté avoit trouvé pour cela estoit de le remettre, pour deux jours seulement, dans la maison dudit ambassadeur avec une personne choisie par ledit principal [et] qui ne le quitteroit point de vue, en sorte que cet enfant estant ferme dans les sentimens de nostre religion qu'il luy avoit donnés, il n'y avoit pas d'apparence qu'il luy pust arriver accident. Après beaucoup d'autres discours tendant à inesine fin , ledit principal me dit que l'enfant n'estoit point dans son collège, et qu'il l'avoit envoyé à la campagne pour le divertir pendant les vacations; que s'il estoit présent et qu'il m'entendist parler de cette proposition, il se mettrait aux fenestres pour crier au secours à tous ses camarades, ce qui feroit du bruit dans la rue; qu'au surplus, il n'y avoit rien de si juste et de si légitime que ce qu'il avoit fait, estant en la place du père de cet enfant, duquel il avoit une procuration en bonne forme; et qu'il n'y avoit rien de si violent que ce qu'avoit fait l'ambassadeur d'Angleterre, d'enlever un enfant d'entre les bras de son père, quoyque cela ayt esté à la suscitation de sa mère; qu'en outre, il y avoit un arrest du parle-

' Précepteur du jeune Manrini. de la république d'Angleterre en 1 653. Mori

J Oli*ier ('.romwell, né en 1 599. Prol«fi>iir le 3 septembre i658.

ment qui le chargeoit de la garde de cet enfant à peine d'en répondre, et qu'il ne pouvoit en disposer sans que le mesme parlement l'en déchargeast par un autre arrest. Après luy avoir répliqué tout ce que je pus sur ce sujet, qui seroit trop long à déduire à Vostre Eminence, il demeura ferme dans ce sentiment. Et Vostre Eminence doit estre avertie sur ce sujet que M. le Chancelier me dit, avant d'y aller, que c'estoit un homme opiniastre et qui estoit parent de beaucoup de bouchers et autres gens de métier de la montagne Sainte-Geneviève, dont il seroit assez emporté pour se servir à empescher l'exécution des ordres du roy. Après avoir communiqué toutes ces choses à M. le Procureur Général, il m'a dit qu'à son avis le seul expédient estoit d'envoyer une lettre de cachet audit principal pour luy ordonner de se rendre près du Roy avec l'enfant.

Reims, 9 septembre.

Je ne suis pas surpris de ce que vous me mandez de ce principal , car je sçavoîs d'ailleurs que c'est un homme fort opiniastre et disposé à faire une sédition , à quoy il est aussy poussé par des dévots et des meschans avec des principes dhTérens , qui tendent néanmoins à la mesme fin. C'est pourquoy il faut conduire cette affaire avec prudence et^dresse; car, d une chose de rien, sa malice en pourroit faire une de grand éclat, qui donnast de la peine.

Vous irez donc trouver de ma part M. l'ambassadeur d'Angleterre pour l'informer longuement de ce qui s'est passé , et pour le prier de surseoir à donner la lettre du roy à M. le Chancelier, afin d'ajuster toutes choses auparavant; et je m'assure que M. l'ambassadeur, qui ne désire rien , en effet , que réparer en apparence l'injure qu'on luy a faite , facilitera l'accommodement de tout son cœur, et particulièrement quand vous luy direz qu'on a formé une cabale pour émouvoir les esprits, dans l'impression qu'on leur a donnée qu'on veut contraindre ce jeune garçon à estre huguenot, quoyqu'il ne s'agisse icy que de sçavoir s'il veut se soumettre aux lois du gouvernement présent d'Angleterre et se séparer de son père pour cela , et non pas de religion ; car, estant mesme catholique, il pourroit se résoudre à reconnoistre M. le Protecteur et la république d'Angleterre. Vous conférerez de tout avec M. le Procureur Général et tascherez de conduire la chose en sorte que [elle] ne cause la moindre altération dans l'absence du Roy, à quoy je suis persuadé que M. l'ambassadeur donnera les mains.

Vous offrirez de ma part à M. l'ambassadeur le bob de Vincennes, et s'il veut avoir quelque daim, vous luy en ferez présent.

( Bibl. Imp. Mss. Baltiic, Vajnert det Armoire», vol. fol. 33g.)

Parts, i3 septembre 1637.

Aussytost après avoir reçu la lettre de Vostre Eminence du 9 de ce mois, j'ay vu M. le Chancelier et M. le Procureur Général sur l'affaire de l'ambassadeur d'Angleterre. Le premier avoit desjà reçu, par la voye de II. le comte de Brienne, et non par celle dudit ambassadeur, la lettre de cachet pour envoyer prendre le fils du comte d'Insequin par deux conseillers d'Estat et le remettre entre les mains dudit sieur ambassadeur en la forme portée par ladite lettre. Lesdits sieurs Chancelier et Procureur Général conférèrent ensemble sur ce que je leur fis connoistre des intentions de Vostre Éminence portées par sa lettre , et ensuite ils résolurent que je verrois de la part de Vostre Eminence ledit ambassadeur pour luy parler «m conformité, et, luy faisant bien connoistre les inconvéniens dans lesquels on pouvoit tomber dans l'exécution de cette affaire, pendant l'absence du Roy (y ayant une cabale formée de toute sorte de gens), tascher d'obtenir de luy la remise de cette affaire jusqu'au retour de Sa Majesté, et, en cas (jue cela ne se pust, luy offrir de luy envoyer ce jeune garçon chez luy par deux des plus anciens conseillers d'Estat qui demeureroient cinq ou six heures dans son logis et ensuite le ramèneroient dans son collège; et niesrae, ledit sieur Chancelier s'offrit de l'y mener luy-mesme, s'il ne se contentoil pas des conseillers d'Estat.

Je fus voir ensuite ledit sieur ambassadeur d'Angleterre , et je luy rendis compte de la visite que j'avois faite, par ordre de Vostre Eminence, au principal du collège des Grassins, des discours que nous avions eus ensemble, de la part que toute sorte de gens prenoient en cette affaire (les dévots, les malintentionnés et les meschans, les Jansénistes et les évesques se trouvant dans les mesmes sentimens, quoyque pardivers principes), me servant avec le plus de force qu'il me fut possible des raisons portées par la lettre de Vostre Éminence; et mesme je luy fis voir cette lettre, qui esl pleine de termes d'estime et de confiance pour luy et de croyance qu'il entrera dans les raisons qui y sont contenues, pour remettre ou trouver quelque expédient en cette affaire, afin d'éviter le risque d'émouvoir quelque fascheux bruit dans cette ville.

Après avoir exagéré toutes ces choses audit sieur ambassadeur, il me répondit que Vostre Eminence luy faisoil justice de croire qu'il entreroil toujours dans les raisons qui regarderoient le bien et le repos de cet Eslal.

AVEC MAZAK1N.

nulant que son devoir et l'obéissance qu'il devoit à son maistre le luy pouvoient permettre; qu'il me pouvoit assurer que nous estions serviteurs communs d'un mesme maistre , n'ayant pas moins de passion pour la grandeur et la satisfaction de Vostre Eminence que moy-mesme, et qu'il sçavoit bien que Vostre Éminence estoit persuadée qu'il faisoit office de ministre très-zélé et très-passionné pour maintenir et fortifier l'union des deux royaumes; mais qu'en ce rencontre il lui estoit impossible de faire ce que Vostre Éminence désiroit de I uy; que , dès lors que ce jeune garçon fut enlevé, il avoit reçu ordre de son maistre de se retirer si on ne luy en faisoit satisfaction et qu'on ne le remist entre ses mains; qu'il avoit retardé l'exécution de ces ordres, premièrement sur l'absence de Vostre Eminence et ensuite sur son voyage, son séjour à la cour; et qu'enfin, après avoir reçu les assurances de Vostre Eminence , sur les ordres précis et réitérés qu'il avoit reçus de se retirer, il s'estoit chargé envers son maistre de l'événement de cette affaire, l'assurant qu'il auroit une satisfaction entière dès lors qu'il seroit de retour à Paris; que son maistre vouloit estre obéy et estoit jaloux de l'obéissance qu'on luy devoit; qu'il estoit bien fasché que l'affaire fust réduite à ce point de faire quelque bruit dans cette ville en l'absence du Roy; mais qu'il luy estoit impossible, en Testât où cette affaire estoit réduite, d'entrer dans cette considération, et qu'il falloit de toute nécessité qu'il se retirast de son mouvement dès à présent, s'il ne vouloit estre rappelé, avec la disgrâce de son maistre, dans quinze jours au plus tard. Luy ayant fait ensuite la proposition des deux conseillers d'Estat, il la rejeta , me disant que la satisfaction de son maistre consistoit à remettre ce jeune garçon en son pouvoir et dans sa maison , d'où il avoit esté enlevé.

Cette conférence dura deux grandes heures , sans pouvoir tirer autre résolution dudit sieur ambassadeur. Ensuite je luy fis l'offre du chasteau de Vincennes, luy demanday si madame l'ambassadrice avoit trouvé le daim bon, et luy fis offre de tout ce qui pouvoit dépendre de Vostre Éminence pour elle, ce qu'il reçut avec beaucoup de civilité et de reconnaissance de ses bontés. Et sur ce sujet, il me dit que la dernière fois qu'il avoit vu son maistre, il luy avoit dit qu'il ne devoit pas tenir en France plus de deux années un mesme ministre, parce que Vostre Éminence l'attireroit à elle de telle sorte qu'il seroit capable de ne pas obéir à son maistre comme il devoit.

Je rendis compte à M. le Chancelier et à M. le Procureur Général de toute cette conférence, sur laquelle ils résolurent que, ce jeune garçon n'estant pas à présent dans le collège des Grassins (ayant esté envoyé à la

Page 1