‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 43 sur 108 · RÉPONSE DU ( A RDI!» AL, EU MARGE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU ( A RDI!» AL, EU MARGE

* Je suis persuadé de ce que le mareschal de l'Hôpital vous a dit de Perrault, et je aooneray bon ordre afin qu'à l'avenir ni luy ni les malintentionnés ne profitent des mauvaise» conjonctures qui peuvent arriver, car je ne dispose pas de la volonté de Dieu pour assurer toujours de bons succès à la France. . .

( Arcb. des Aff. étr. Franc*, roi. i65,à m dt\t.)

(Lettre autographe.)

Paris, 17 juillet 16Ô8.

J'ay envoyé le contrat de fret du navire la Sainte- Anne à Calais, avec l'acquit-à-caution , et j'ay donné ordre de payer le surplus du fret et de faire alléger ce vaisseau avant d'entrer dans le havre. S'il mouille, l'arrière vis-àvis de Saint-Valery, et qu'il envoyé sa chaloupe dans le port de celle ville, il y aura quelques commis des vivres qui l'avertiront s'il doit décharger en ladite ville ou aller à Calais. Il est important que vous donniez ces ordres au capitaine de ce navire au cas qu'il ne soit point encore parly. vous enverray l'acquit -à-caution déchargé aussytost que je l'auray reçu de Calais.

Je vous ay fait connoistre par mes précédentes combien il est important de sçavoir le poids de la farine qui est dans chaque barrique, non compris le poids de celle-cy, estant facile de peser la farine avant de la mettre dan< la barrique, ce qui est très-difficile et très-embarrassant à l'arrivée, où il faut prendre la peine de vider toutes les barriques et peser les fariner pour les donner aux boulangers. Il est juste que vous déchargiez de celle peine ceux qui en doivent prendre le soin. Vous me ferez sçavoir au plus to«t si le poids que M. Jacquin2 a fait faire des premières mille barriques se rapporte au vostre.

Si les bleds diminuent à Marans, comme il y a quelque lieu de l'espérer.

' Jean Perrault, d'abord intendant du ■ Commissaire Rénéral des vim* dans I *

prince do Condé, nommé président à la armées du roi. chambre des comptes , le 99 février 16A7.

il en faudra faire acheter en quantité, y ayant apparence qu'il y aura toujours de la proportion entre les prix de Guyenne et ceux de Poitou.

M. de Gourville se charge de rendre les bleds qu'il nous doit livrer audessous de Bordeaux prests à mettre dans les vaisseaux*, et ainsy nous n'aurons pas affaire à tous les péage» et droits qui sont à payer. Je m'étonne que les gens de M. de Gourville ne vous ayent pas encore vu; faitesraoy sçavoir par tous les ordinaires s'ils seront venus ou non.

J'ay reçu la lettre de change de 9,000 livres. Puisque vous n'estes pas en estât de m'envoyer par lettres de change plus grande somme que ce que vous faites, je vous prie de presser toutes vos recettes et de me remettre toujours le plus d'argent que vous pourrez.

Je n'ay rien à ajouter à tout ce que je vous ay écrit sur le sujet du sieur Lacombe. S'il ne satisfait pas au payement des 30,000 livres qu'il doit dans la fin de ce mois, il faut dissimuler et le faire prendre adroitement. C'est un grand avantage d'avoir un arresté de compte avec luy et une obligation par corps, mais ce serait un autre avantage , aussy grand queceluy-là, de le tenir en prison. Ce sera pourtant une bonne affaire s'il paye les a 0,0 00 livres.

Donnez-moy des nouvelles de nos canons.

(Bibl. Imp. Mas. Melangt» de Colbert, vol. loi, fol. tas.)

(L*Ure antographe.)

Paria, h aouat i658.

Je rae suis toujours bien douté que le sieur de Gourville ne serait pas un homme bien ponctuel. Je ne sçais si l'envoy du sieur La Tour-Dalliès diligentera ces achats et voitures de bleds, mais je vous conjure, de vostre part, d'y apporter tous vos soins et toute la diligence qui pourra dépendre de vous, n'y ayant rien, à présent, de si grave conséquence que ces achats et envois de bleds. Je vous prie donc de vous employer tout de bon à gagner des momens pour les faire partir. Je vous prie d'estre soigneusement informé de la valeur des bleds en Poitou et en Guyenne, afin que, lorsque vous trouverez que les bleds seront à meilleur marché en un endroit qu'en l'autre, compris tous les frais, vous en fassiez acheter, estant bien important que vous en fassiez acheter incessamment jusqu'à la quantité de 90,000 setiers pendant tout cet hyver. Ce serait mesme un très-grand

COftlRSPONDANCE

avantage d'en avoir 5 ou 6,000 setiers À faire voiturer à Calais, an commencement du mois prochain.

Pour ce qui est des paroisses de Beaufou et des Lues1, puisqu'elles uni si mal pris la grâce qu'on vouloit leur faire, il faut les laisser là. Il n'y i rien à craindre pour l'abonnement. Je doute mesme que Mademoiselle [de Montpensicr] le demande; il faut seulement prendre nos mesures justes, afin de les obliger de payer, sans y faire mesme violence extraordinaire. L'expérience que vous proposez, d'y faire faire un voyage par M. de Forlia pour voir s'ils ont fait l'imposition, et, au cas de défaut, donner la solidité2 contre quelques-uns des principaux habitans, est fort bonne. Mais je crois qu'il faut attendre que la moisson soit faite; et vous me ferez sçavoir, dans le temps que vous estimerez nécessaire de faire ce voyage, s'il faut un arrest du Conseil ou si une simple lettre de moy suffira.

Il ne faut pas craindre le secrétaire de Mademoiselle sur le prétend» abonnement.

(Bibl. Imp. M». Melange$de Colbert, vol. ioi, fol >U

( Lettre originale. )

Paris, 7 aoust i65H.

J'ay envoyé deux fois consécutives des fruits de Vincennes au Roy et à la Reyne. Nous y avons un veau qui a trois mois passés et qui diminuera plus qu'il n'augmentera à l'avenir, et nous en avons un autre qui sera bc dans quinze jours ou trois semaines. Si Vostre Eminence l'estimoit i propos, on pourroit envoyer le premier à Compiègne et garder l'autr»1 pour le retour de Vostre Eminence '. . .

Vostre Éminence a grand'raison de dire qu'il faut apporter un remèdr solide pour empescher la démangeaison que la noblesse a de s'assembler dans toutes les provinces3. J'envoye à Vostre Eminence un mémoire de tout ce que le sieur [Hotman] de Fontenay a fait pour l'empescher dans l'estendue de sa généralité , et je la puis assurer qu'il y veillera avec soin

' Commune* du canton du Poiré -sous- l-il, des assemblées de

Napoléon, arrondissement de Napoléon (Ven- provinces, particulièrement en Normandie, <w

dée). demeurait madame de Longneville, diftn*

1 Pour «rendre solidaires quelques-uns des qu'elle 3'étoit réconciliée avec son époux. Quoi-

principaux habitants... » 'que cette princesse fût dans la dévotion, c'

1 D'après Bnuen de La Martinière (//«toire

de Lottu A7T, II , U t 6) , la disette et l'élévation moins elle avoit un si grand ascendant sur RU

des impôts faisaient souhaiter alors des change- qui l'approchoient, qu'elle les faisoit ptwlk r

inents dans l'État. « Il y avoit eu même , ajoute- du côté où elle laissoit voir que son iodinauo».

et application, et que W, dans la suite, il est nécessaire d'exécuter quelque chose de vigoureux, il le fera assurément sans exception de qui que ce soit. 11 se plaint que l'on renvoyé tous les exilés de la ville d'Angers, et m'assure que tous les projets d'union et d'assemblée se font dans cette villelà. 11 est certain que les provinces de Normandie, Anjou et Poitou sont dans une fort mauvaise disposition, et qu'il faut quelque chastiment exemplaire pour les contenir dans leur devoir. Il scroit bien nécessaire d'en donner des ordres fort précis aux intendans afin qu'ils veillassent, chacun dans sa province, pour informer et punir les conlrevenans aux défenses faites par le roy de s'assembler. Il faudroit commencer par faire le procès à celuy <pji est à présent prisonnier dans le chasteau de Niort b. . .

' Vous avez toujours oublié Monsieur, et cependant je vous en ay écrit plusieurs fois. Vous luy pourriez faire présent du veau de ma part, le priant d'en faire part à Leurs Majestés; et peut-estre sera-t-il plus à propos de le luy apporter mort et hien accommodé entre deux draps.

fc L'on verra , à mon retour, tout ce qui se pourra faire. Ce pendant on voudrait faire

U portait, c'est-à-dire vers le prince de Condé , son frère.»

Les historiens parlent à peine des projets d'assemblée de la noblesse normande et des provinces voisines en i658 et i65g, et nul J'entre eux ne mentionne le procès qui en résulta en 1 65g. D'après le savant auteur de l'Histoire du parlement de Normandie , M. Ftoquet, à l'obligeance duquel nous avons cru devoir recourir pour suppléer à leur silence, la réunion annuelle des États de Normandie était un privilège extrêmement cher à cette province ; mais Richelieu, et après lui Louis XIV, n'eurent garde de l'épargner. Les remontrances de ces États, dans le peu de temps où, sous Louis XIII et sous son successeur, il leur fut permis de se réunir, contiennent de vives plaiotes sur ce que , durant plusieurs années, on ne leur avait point voulu permettre de ««sembler. La dernière session des États de Normandie eut lieu en janvier et février i655. On y rédama énergiquemeut contre les mesures fiscales dont souffrait tout le pays. On dit à Louis XIV : « Il est de lu justice de Votre Majesté, quand tout fait joug sous son autorité, de donner à connoitre qu'elle ne veut que <* qui est raisonnable. » On lui demanda que •la Normandie, privée de la liberté de son as-

(les États) interrompue depuis onie ans, en jouit annuellement, suivant la Charte normande, comme elle avoit fait autrefois.» Louis XIV répondit «qu'il feroit expédier ses lettres de convocation pour l'Assemblée des États, quand il le jugeroit à propa$.* Cet à propos ne vint jamais. En même temps, les édits fiscaux, les mesures arbitraires, ruineuses, se multipliaient, et la Normandie, en particulier, eut fort à en souffrir. De là, selon toute apparence, dans l'opinion de M. Floquet, la conspiration des gentilshommes normands, anciens frondeurs pour U plupart , qui , aigris par le refus de laisser se réunir leurs Étals, purent murmurer, s'agiter, s'assembler, et enfin conspirer.

11 y a lieu d'observer en outre que la noblesse, à laquelle on avait promis, dans les désordres de l'année 1 65 1 , la convocation des États généraux, prétendait, en so réunissant, même partiellement, user d'un droit qui lui avait été garanti , quoi qu'il pût arriver.

Plusieurs des lettres suivantes, et celles de Pomercu à Le Tellier, que nous publions dans l'Appendice, donnent sur ces velléités de révolte de la noblesse, en i659, des détails complètement nouveaux et d'un véritable intérêt.

ao,

sortir le prisonnier qui est à Niort. M. de Rennes 1 et M. de Fortia écrivent en cette cor formité, et je vois le Conseil qui incline à cette proposition, que je n'approuve pas. Je vous prie d'en entretenir la Reyne , de luy dire les mesmes choses que vous m écrive» . et de luy rendre la lettre cy-jointe en main propre; elle est chiffrée.

( Arch. de* AIT. élr. Francr ,*«>!. 1 56 , à m dal. |

(Lettre autographe.)

Paris, 8 aouat 1 658.

J'ay porté à madame de Castelnau2, de la part de Vostre Kminence, le pouvoir de mareschal de France de feu Monsieur son mary, et luy ay fait connoistre les sentimens de Vostre Emincnce pour toute sa famille, à quo) elle m'a répondu avec beaucoup de reconnoissance des bontés de Vostre Émincnce.

Je reçois avis de Normandie que les assemblées de gentilshommes s'y continuent avec plus de secret que cy-devant, qu'ils prétendent avoir l'union signée par la noblesse de quatorze provinces; et mesme ils se flattent que le gouverneur3 ne leur sera pas contraire. J'ay cru devoir donner cet avis à Vostre Émincnce , estant bien important d'aviser aux moyens d'empescher. par la punition de quelques-uns, que cette union ne gagne toutes les provinces du royaume et ne fasse une fascheuse affaire. Je crois qu'il seroil bien à propos d'avoir de bons intendans dans les généralités suspectes, et qu'ils y résidassent toujours. Si Vostre Éminence le désire, je portcray l'ordre de sa part à MM. Morant4 et Favier du Boulay5 pour s'en aller dans leurs généralités, et tiendray quelque commerce de lettres avec eux pour les exciter à bien faire leur devoir. Si M. d'Aligre* n estoit un grand personnage, il seroit bon qu'il fist la mesme chose. Je pourrois écrire aussy à M. de Séez7 pour l'exciter à veiller dans l'estendue de son évesché. H seroit encore bon que M. Servien envoyas! M. de Bayeux 8 dans son dio-

1 Henri de La Mothe-Houdancourt, évéque de Rennes de i64i à 16G2.

* Marie Gérard, fille du sieur d'Espinay, maître d'holel du roi, mariée en i6Ao à Jac-

lêi 1696.

J Henri d'Orléans II, duc de Longnevillc. né en i5g5. Gouverneur de Picardie, puis de Normandie, mari d'Anne-Gencvié»e de Bourbon, duchesse de Longuet ille. Morl le 1 1 mai i663.

4 Morant du Mesnil-Garnier, maître des requêtes en t6&5 , alors intendant à Rouen.

* Jacques Favier, seigneur du Roulay, d'abord maître des requêtes, intendant à On H Uençonen i658.

* Étienne d'Aligre, alors intendant en Nnr mnndie. (Voir lettre A3.)

1 Voir lettre ita.

* r5 rançois Servien , evêque de Carcaîwnii'' eu 1 653, puis «le Baveux en 1 654. Mort I' •j 1< vrier i65q,%é do .soixante et un an*

cèse et 1 excitast à découvrir ce qui se passera parniy la noblesse. Enfin t je crois qu'en faisant agir tous les serviteurs de Vostre Éminence Ton donnera bien de la crainte à tous les instigateurs de ces assemblées, et que, >i on ne les dissipe par la douceur, on pourroit prendre des mesures justes pour les punir.

Je ne sçais si j'ay écrit à Vostre Eminence que, pendant la maladie du Roy, M. l'archevesque de Rouen 1 est venu me voir et m'a fait les dernières protestations d'attachement inviolable aux intérests de Vostre Eminence.

(Arcb. do Aff. étr. France, roi i65 , à M date.)

(Lettre autographe.)

Koye [Picardie], 6 septembre i658.

Je fais réponse, en ce lieu où je passe pour m'en aller à La Fère, à vostre lettre du 1 8 passé.

Le navire F Etoile- Dorée est arrivé à Calais après la prise de Gravelines; mais il n'a pas laissé d'estre fort utile. Il est très-important que vous fassiez dépescher les navires qui doivent porter les bleds de M. de Gourville, pour ravitailler toutes les places et mesme pour servir au pain de l'armée pendant le temps qu'elle sera encore dans les Flandres.

Sur toutes ces dépenses de bleds, je trouve que le fret de douze livres par tonneau, ce qui revient à trente sols par setier, mesure de pays, est bien haut. Examinez si vous ne pouvez pas trouver d'expédient pour l'avoir à meilleur marché.

Son Éminence trouve que les navires du sieur de Gourville retardent fort; et je ne vois pas que toutes ses belles promesses soyent bien ponctuellement exécutées; pressez ces envois autant que vous pourrez, estant trèsimportant d'avoir ces bleds au plus tost.

Il faut que vous donniez si bien vos ordres que vous soyez informé par tous les ordinaires du prix de toute sorte de grains, non -seulement à Marans, mais mesme dans toutes les provinces circonvoisines. Je crois, assurément, ce que vous dites, qu'à Marans la commodité sera toujours plus grande pour le chargement; mais je ne suis pas de vostre avis qu'il scroit à meilleur marché, parce que, assurément, le marchand met le prix à

1 François de Harlay de Champvallon , né de Paris en 1670. Mort en i695. Il était 1 1 6a5. Archevêque de Rouen en 1 65 1 , puis membre de l'Académie

toute sorte de marchandise dans sa juste proportion; et lorsque les voiture;, sont faciles, elles sont connues de tous les marchands, et l'industrie des plus habiles n'a pas tant de lieu de s'employer pour leur profit. En un mot. c'est à vous à conduire cette barque , mais il faut absolument que nous ayons dans l'estendue de vostre charge, soit à Marans ou autre lieu, 30, a5 ou 3o,ooo setiers de bleds.

Examinez un peu si vous ne pourriez pas en faire prendre des paysans qui doivent la taille dans nos élections de La Rochelle, Sables-d'Olonne. Maronnes et Saintes, en déduction de ce qu'ils doivent : ce qui pourrai servir à faciliter leurs payemens, et à nous pour en avoir peut-esttv quelque chose à meilleur marché.

Son Eminence trouve, par l'essay du pain que vous avez envoyé, que l'on peut mettre deux tiers d'orge ou baillarge1 avec un tiers de froment, en sorte que, réduisant le tout à cette proportion :

Les deux tonneaux de baillarge à A 5 livres 90 livre»

Le tonneau de froment A 90 livres 90

Total.... 180

le tout reviendra à raison de 60 livres le tonneau. Vous pouvez prendre vos mesures sur cela, et acheter en toute diligence; c'est-à-dire que, pour tout Thyver, il faut que nous en ayons la quantité cy-dessus.

Son Éminence a toujours dans l'esprit qu'en avançant de l'argenl, soit pendant l'hyver, soit pendant l'esté, à une quantité de laboureurs, l'on pourrait avoir le bled à meilleur marché. C'est à vous à examiner si cela est praticable.

(Bibl. Imp. Mss. Mvlattgea de Colberi, vol. lOl.W. 356.1

(Lettre autographe.)

La Fère, le 6 septembre 1608.

Je suis arrivé en cette ville aujourd'huy, à cinq heures du soir. D'abord, j'ay fait le tour de la place et visité tous les travaux. Je puis assurer Vostre Eminence qu'elle aura beaucoup de plaisir en la voyant, n'y ayant rien de si beau que la porte du costé de Paris, accompagnée de quatre bastion*

1 Espère d'orge qui croit dans l'AoROUiuois.

AVEC MAZAH1N. 311

qui environnent desjà presque la moitié de la place. J'ay trouvé beaucoup d'ouvrages imparfaits , et entre autres l'arsenal, ce qui m'a fait de la peine.

M. de Chastillon1 s'excuse sur ce qu'il n'a touché que 3o ,000 livres cette année du trésorier de l'Extraordinaire et 97,000 livres des tailles du gouvernement [de Picardie]. J'estime qu'il est très-important que Vostre Éminence envoyé promptement les 90,000 livres dont elle m'a fait l'honneur de me parler, afin de continuer le travail avec plus de diligence pondant le reste du beau temps. Avec ce fonds , on achèvera l'arsenal , on fondera la courtine qui est entre le bastion Mazarin et celuv de Luxembourg, on mettra tous les autres ouvrages commencés en leur perfection et on pourra peut-estre en commencer quelque autre. Mais Vostre Eminence me permettra de luy dire qu'elle ne doit pas perdre un moment pour envoyer cette somme, parce qu'il n'y a plus d'argent que jusqu'à la fin de la semaine prochaine.

J'envoye à Vostre Éminence la copie d'une lettre que je viens de recevoir de M. de Fontenay, croyant qu'elle sera bien ayse de voir les avis qu'il a de la continuation des assemblées de noblesse.

Le 7, à huit heures du matin.

J'ay visité tous les lieux où feu Benier avoit mis les armes, habits et munitions que Vostre Eminence luy avoit fait envoyer. J'ay trouvé le tout dans une confusion pitoyable. On travaille à présent à tout compter; ensuite je feray ranger, en sorte que Vostre Éminence recevra quelque satisfaction de voir le tout en bon ordre lorsqu'elle viendra icy l'année prochaine, et j'ose me flatter qu'elle y trouvera quelque changement depuis l'ordre qu'elle m'a donné d'y mettre la main.

J'ay aussy visité tous les chevaux venus d'Allemagne. 11 y en a cinquantedeux icy, et cinq qui sont demeurés à Reims, blessés, lesquels j'envoye quérir aujourd'huy. Je ne sçais pas combien ils ont cousté, mais je puis assurer Vostre Éminence qu'il y a longtemps que je n'ay vu de si meschans chevaux. Il n'y en a que six ou sept de sept ans et au-dessous; tous les autres sont fort vieux. Vostre Éminence sçail qu'ils n'ont ni harnois ni hrides. M. Scyron ne leur fait donner que du foin et de la paille, sans avoine. J'estime qu'il leur en faudroit donner, les faire harnacher et travailler le reste de la campagne. J'attendray les ordres de Vostre Eminence pour cela.

Je répète encore à Vostre Eminence qu'il est très-nécessaire d'envoyer

1 Pierre de Cliaslillon, intendant des fortifications do Picardie et dr ChampaRne. Mort le ta déf«nfcr« 1 GT>8.

icy proraptement ies a 0,000 livres qu'elle destine aux travaux de cette place pour le reste de Tannée. Et comme je ne sçais pas quelle résolution elle prendra sur cela, et que Vostre Émincnce ne peut pas avoir satisfaction de tant de diverses choses, si utiles au service du roy, qu'elle fait mettre en magasin, que l'arsenal ne soit entièrement achevé, je me suis résolu d'y faire travailler dès aujourd'huy et de répondre du payement aux ouvriers en mon nom, et mesme de faire venir de l'argent de Paris pour cela. Je rendray compte plus exact à Vostre Éminence de toutes ces choses par l'ordinaire d'après-demain.

(Àrch. de. AIT. , . vol. t65,àudale.)

(Lettre autographe.)

Paris, ao septembre i658.

La recrue de 5oa soldats est arrivée à Calais deux jours après que j'en estois party. Les sieurs de La Barthe et Duclos1 les ont allumés2; mais Son Eminence se plaint fort qu'ils soyent tout nus ou si mal habillés que l'on a esté contraint d'en rhabiller une bonne partie; et mesme, après avoir examiné vos comptes, ayant vu qu'ils revenoient à plus de 5o livres rendus à Calais, elle a trouvé ce prix excessif, et mesme a longtemps balancé si elle continueroit à faire faire de ces levées. Il est vray que, si vous considérez cette dépense, vous verrez qu'elle est exorbitante et qu'il faut absolument trouver les moyens de la rendre moindre. Si les officiers de vostre garnison font de trop grosses dépenses dans les villes voisines, il faut se servir d'autres personnes. J'ay bien fait connoistre à Son Éminence que le défaut de lieu d'assemblée avoit fort augmenté celte dépense; mais cette raison ne l'a pas entièrement satisfaite.

Son Eminence écrit à M. de Jonzac5, pour achever sa levée, et désire que vous fassiez jusqu'à 3 00 hommes, comme vous verrez par la lettre cyjointe, pour les embarquer sur le vaisseau du capitaine Michaut', aussytost qu'il sera de retour. Je vous enverray, pour cet effet, des lieux d'assemblée dans les élections de Cognac et de Saint-Jean-d'Angely.

Faites-moy sçavoir si le vaisseau que monte le capitaine Michaut n'ap-

1 Duclos , d'abord lieutenant de la citadelle de Sain longe et des villes de La Rochelle et île

(TOléron, capitaine en i648. Mort en 1676. Cognac depuis 1 633, enfin conseiller d'État

» Expression figurée équivalant à enflam- Mort en 1671.

mer, exciter. 1 Michaut figure sur la liste des capitaine*

- Léon de Saint' Maur, comte de Jonsac. de vaisseau de l'Etat en 166a ; il se noya, en

Meslre de camp en 1697, lieutenant général «fi^a, en revenant de la Guyenne.

partient pas à Son Éminence, et depuis quel temps vous l'avez acheté. Son Éminence s'étonne encore que vous ne fassiez pas porter quelque quantité de grains à ce vaisseau , vu qu'il faut que vous le lestiez dans son fond de quelque chose, et qu'il semble que les grains y pourraient servir. Il me semble que vous m'avez dit autrefois que l'on ne mettoit du bled qu'entre deux ponts et qu'on ne le pouvoit pas mettre à fond de cale. Si cela est, je vous prie de m'en écrire encore une fois. 11 seroit bon que vous en écrivissiez aussy à Son Éminence.

Vous ne sçauriez croire de quelle importance il est de faire partir au plus tost les deux navires dont vous me parlez , les armées du roy prenant toujours leurs vivres du costé de la mer et ayant grand besoin de cette quantité de grains. Mettez en pratique tous les expédiens possibles pour les faire partir au cas qu'ils ne le soyent pas encore quand vous recevrez ces lignes.

Pour ce qui est de la mauvaise qualité du grain, je me suis toujours bien douté que ce M. de Gourville, qui est un hâbleur, ne feroit rien qui vaille. 11 faudra se résoudre de manger ces bleds aussytost qu'ils seront arrivés à Calais, et les besoins de l'armée ne donneront pas moyen de les garder beaucoup.

Je vous ay écrit tout ce qu'il y avoit à faire pour l'achat des grains pendant cet hyver, à quoy il faut travailler sans relasche par les moyens que vous estimerez les meilleurs et plus avantageux; bien entendu qu'il suffira de deux tiers baillarge et un tiers froment.

Je suis bien ayse que vous ayez vu nos canons et que vous les ayez trouvés beaux; il suffira que vous me les envoyiez dans les mois de janvier, février ou mars prochain.

Il faut bien faire connoistre à Messieurs de la religion protestante réformée que s'ils entreprennent le restablissement des deux presches que vous m'annoncez, par violence, on les en empeschera aussy par la mesme voye. 11 ne faut pas qu'ils se persuadent qu'ils puissent estre les plus forts. S'ils veulent faire vider le procès el envoyer pour cet clTet quelqu'un icy pour solliciter, je feray donner ordre, de la part du roy, à M. Câlinât1 de juger le procès.

(Bibl. Imp. Mm. MHangtt de Colbert, vol. tôt, fol. 966.)

1 Conseiller nu parlement. * Homme d'honneur, très-capable, a une grande probité et grande créance dans la grand'chambre; est l'un

des piliers de M. le Premier Président, et assez dépendant de M. Le Tellier el aussi de M. Talon. o (Tableau du Parlement de Paru.)

COHRESPONDANCE

(Uttre »utogr.phe.)

Paria, 6 octobre i658.

Je suis bien ayse de vous avertir que vous avez changement d'intendant et que ce sera M. Pellot qui le sera de vostrc généralité en la place de M. de Fortia, qui s'en vient à Orléans et Bourges. Vous sçavez que M. Pellot est nostre parent et tout à nous. Ainsy, et par conséquent, vous avez toute facilité de vivre avec luy.

Vous me réjouissez de me dire que vous avez une voiture de 55,ooo livres de l'isle des Sables. Comme ce recouvrement est le plus difficile de tous ceux que vous avez à faire, je vous engage à redoubler vostre application, et surtout à veiller de près à la conduite du sieur Picon, parce que, assurément, il faut l'exciter souvent pour le faire bien agir.

Je crois que nous pourrons venir à bout, en coulant le temps, de garder le chasteau de Beauvoir tout cet hyver. Il est bon que vous ayez fait donner des matelas et couvertures aux soldats. Vous ne devez pas douter que je ne fasse tous mes efforts pour empescher que ce chasteau ne soit rendu.

Quant à ce que vous dites que la fin du recouvrement sera difficile, vous voyez bien qu'à mesure que les bleds deviennent rares et qu'il y en a peu aussy, ils enchériront, de sorte qu'il y a espérance que la misère* ne sera pas si grande.

Son Eminence désire que vous achetiez des baillarges en la plus grande quantité que vous pourrez, pourvu que le prix ne monte que depuis &5 jusqu'à 5 À livres le tonneau. Je ne doute point que vous ne soyez bien surpris de tant de changemens d'ordres sur cette matière; il faut que vous soyez persuadé que je fais ce que je puis pour l'empescher, mais je n'en puis venir à bout : le maistre le veut ainsy, et il faut tascher de le satisfaire et de le servir le mieux qu'il sera possible. Il seroit très-nécessaire que vous donnassiez ordre à quelqu'un de vos correspondans de Marennes de me faire sçavoir par tous les ordinaires le prix des bleds et des baillâmes, afin que j'en pusse informer Son Éminence et qu'elle pust prendre ses résolutions avec connoissance de cause.

M. le comte d'Olonne 1 s'est plaint à M. le mareschal de Clérambaut (pie M. de Launay vouloit envoyer loger des troupes dans la paroisse de

1 Philippe du La Tivraouille, marquis du du Poitou ul (jomurneurde Poitiers. Mort M Royan , comte d'Olomiu , m> en i 5q6. Séo&hftl H août 1 670.

Coinmequiers 1 , |>arce qu'ayant envoyé trois ou quatre soldats dans une métairie de ladite paroisse, qui appartient à M. de Bazerre, pour faire payer la taille, un soldat avoit esté maltraité. Il a dit audit sieur mareschal que les officiers de justice auroient à informer ce démeslé contre les paysans, et que, de sa part, il feroit faire tout ce que nous désirerions, mais qu'il n'estoit pas juste que toute sa paroisse en pastist. Pour moy, j'estime qu'il a raison, et qu'il n'y a que les habitans de la métairie qui en doivent souffrir. Ledit sieur comte d'Olonne s'est aussy offert de prendre le soin de faire payer la taille à toutes ses paroisses, sans sergens ni soldats. J'ay dit à cela que nous recevions cette proposition très-volontiers et que l'on surseoirait pour quelque temps les poursuites, mais qu'il en falloit voir l'exécution par le payement avant que d'y ajouter une entière foy. Si les officiers vous en parlent et qu'ils fassent quelque diligence, il sera bon de les soulager et de les considérer; et mesme, en tous cas, il est bon d'espargner, autant qu'il se peut, les personnes de cette condition.

(Bibl. Imp. Mm. MtMtngf de Colbert, roi 101, foL 178.)

(Lettre autographe.)

Paris, 6 novembre i658.

Je suis bien ayse que le capitaine Michaut soit arrivé et ayt sauvé son vaisseau.

Toute la disposition que vous faites par les articles de vostre lettre est fort bonne; il n'y a qu'à l'exécuter promptement; et surtout faites en sorte que la dépense de la recrue ne soit pas si forte que la précédente, à quoy les lieux d'assemblée vous doivent beaucoup ayder, et la promptitude de l'embarquement.

Si vous faites partir vostre recrue sur ce vaisseau , faites-moy sçavoir de quel vaisseau vous vous servirez pour porter vos farines, estant important que vous fassiez promptement porter ce que vous en avez.

J'ay envoyé vostre paquet concernant Testât et les dépenses du Chastcau- Trompettc à Son Éminence, n'ayant pas pu luy en faire le rapport, à cause de son absence. Je ne sçaurois vous dire autre chose sur ce sujet , sinon que vous sçavez assez de quelle importance il est que ce ebasteau soit achevé et au meilleur estât qu'il sera possible. Et ainsy, je ne doute point que vous n'y apportiez tout ce qui peut dépendre de vous.

' tanlon de Saint-Gilles-sur-Vio, arrondissement des Sable» (Vendée).

Je demeure toujours dans le mesme sentiment, qu'il faut faire voilurer ce que vous avez de farines. Faites laisser à vos marchands le reste des grains que vous avez achetés, en s'accommodant avec eux pour vous eu payer le prix avec les inlérests, ainsy que vous le proposez, au cas que vous le puissiez faire, et cessez tous vos achats jusqu'à ce que le prix en soit diminué, estant certain que les grains sont à bien meilleur prix en Picardie.

Je ne crois pas que les grains soyent assez bon marché en Bretagne pour en acheter, quand bien mesme vous feriez ce voyage, en ayant eu des rapports icy, des marchands qui trafiquent en cette province-là, qui m'ont fait connoistre que les bleds y estoient encore beaucoup plus chers qu'en Picardie. Vous verrez par la lettre cy-jointe de Son Éminence qu'il n'est pas nécessaire que vous fassiez ce voyage.

J'ay reçu les deux sacs à terre que vous m'annoncez, et je vous en envoyé un de la forme qu'il les faut; vous verrez que la toile est bien plus grosse et bien plus dure que celle de ceux que vous m'avez envoyés, ce qui me fait croire que vous les aurez à meilleur marché. Voyez le plus grand mesnage que vous y pourrez faire et me mandez au dernier mot ce qu'ils vous pourront couster, en observant qu'il les faut de la grandeur de celuy que je vous envoyé.

Je vous prie de vous appliquer surtout à faire acquitter ponctuellement toutes vos traites, non-seulement par la raison qu'il est bon d'en user ainsy afin de ne rien laisser derrière , mais mesme parce que je suis extraordinairement pressé d'argent et qu'il est très-important que vous me fassiez le plus de remises qu'il vous sera possible, aussytost que le change sera au pair.

Pour ce qui est de la demande que le sieur Touquay fait de soixante maistres 1 avec un commissaire des guerres, comme M. de Fontenay est intendant de la province et qu'il fera tout ce que vous désirerez , il faudra prendre les mesures avec luy. Aussytost que tous les quartiers d'hyver seront establis dans la Guyenne, vous trouverez quelque ville ou quelque nombre de paroisses qui, pour se décharger de logement, seront bien ayses de payer comptant ou en des termes, en donnant bonne et suffisante assurance; en ce cas, on pourroit donner la mesme subsistance et le mesme payement, à prendre dans l'élection de Saintes, aux troupes que l'on tireroit de ces lieux-là; et, en ce faisant, vous prendriez en payement les a>surances qu'ils auraient données. Mais auparavant il faut s'accommoder avec le sieur Touquay pour tirer le plus d'avantage qu'il se pourra des non-valeurs de vostre élection.

1 Voir lettre 1 5y.

J'ay fait arrester que nous ne rendrions le chasteau de Beauvoir qu'au commencement de l'année prochaine; encore pourray-je bien faire couler le temps pour tout le mois de janvier. Il faut, pendant ce temps, travailler avec toute l'application possible à diligenter le recouvrement. Vous sçavez assez de quelle conséquence cela est. C'est un grand malheur que toute la garnison de ce chasteau, et M. de Launay aussy, soyent malades; je vous prie de luy tesmoigner que j'ay bien des regrets de son indisposition; il faut espérer que ces maladies ne dureront pas toujours.

Il est sans nul doute qu'il faudra obliger ceux qui prendront cette élection à traiter des restes de toutes les années passées. Et, pour les y obliger, je feray arrester, si je puis, que le traité qui sera fait au Conseil pour l'année prochaine sera fait à ces conditions. En cas que je n'en puisse venir à bout, attendu que les traitans n'auroient pas assez de connoissance de ces choses et les moyens d'en faire le recouvrement, il faudra faire retarder l'imposition par M. Pellot, afin que ces recouvremens s'avancent toujours le plus qu'il sera possible.

Lacombe est venu me chercher en mon logis et ne tesmoigne pas avoir aucune défiance. Il n'y a rien de si facile que de le faire arrester, mais je ne sçais pas quel fruit cela nous produiroit, vu qu'il est icy éloigné du bien qu'il peut avoir et de toutes ses habitudes pour faciliter sa sortie de prison, s'il y estoit. Je ne le feray pas arrester que je n'aye eu de vos nouvelles sur ce sujet.

( Bibl. Imp. Mm. Mélange» de Colbert, vol. 101, fol. 3o*.)

( Lettre autographe.)

Paris, ... décembre 1 058.

Je suis bien ayse que l'imposition de l'élection de Saintes soit faite et que vous soyez convenu du traité avec le sieur Touquay. Je vous avoue que j'ay eu jusqu'à présent beaucoup de difficulté à décider M. le Procureur Général 1 à réduire l'imposition de cette élection à 700,000 livres, disant que cela ruine les autres élections de la généralité, qui ne reçoivent pas un mesrae soulagement et qui au contraire sont surchargées et augmentées en toutes occasions. Il est vray qu'une décharge de 1 3 4, 000 livres cette année sur cette élection, les autres n'en ayant point du tout, et l'imposition

1 II ne faut pas perdre de vue, au sujet de néral était Fouquot, l'un des deux snrintenrcs affaires do finances, que In procureur f»é- «lants.

se faisan i conforme à l'imposition ', peut assurément donner lieu de croire que si les autre.s élections payent a peu près leurs impositions, aux nonvaleurs près, qui n'ont point de proportion avec une si grande décharge, l'élection de Saintes ne paye pas ce qu'elle peut et devroit payer; ou il faut que nous prouvions que, depuis douze ou treize ans, les impositions de cette élection ont augmenté beaucoup au delà de la proportion des autres. Ce sont là les raisons dont M. le Procureur Général se sert, qui sont assurément bien fortes. Je cherche les moyens de les combattre ; ayde* moy à les trouver.

Pour cela, il faudroit avoir, du greffe de l'élection de Saintes, un extrait du total des impositions de la généralité de Bordeaux depuis l'année 16M, et de la part que l'élection de Saintes en a portée pour chacune année, afin de voir si la mesme proportion y a toujours esté observée depuis ce temps-là. Si, en effet, elle a esté observée, nous aurons peine à nous défendre. Si elle a excédé de beaucoup, nous aurons lieu, avec justice, de demander la révocation. Je vous prie de travailler, de vostre costé, à cette vérification comme j'y travaillera) aussy de ma part; et après, je trouveray moyen de dégager la parole que vous avez donnée à M. Hotman de Fontenay et aux élus8 de cette élection. Surtout, je vous recommande de presser l'exécution ponctuelle des traités du sieur Touquay pour le> années 1667 et 1 658 , comme aussy de ceux de La Rochelle, et les recouvremens de l'élection des Sables-d'Olonne , ne pouvant reculer la restitution du chasteau de Beauvoir que de quinze jours au plus dans le mois de janvier. . .

J'ay bien du regret de la mort du pauvre M. de Launay. Je vous prie de bien prendre garde que toutes choses aillent bien dans ce chasteau de Beauvoir, et que tout ce qu'il y aura de meubles se retrouve en bon estai. 11 ne faut pas prendre garde sur ce sujet à ce qu'a dit le marquis de Chastel. qui est une manière de brutal ou pour mieux dire de fou qu'il ne faul guère considérer; mais il faut faire ce qui est juste et raisonnable pour nostre propre satisfaction.

Lacorabe a fait payer icy 1,000 livres au sieur Picon, et m'a assuré que dans douze ou quinze jours il vous feroit payer une somme plus considérable, et qu'enfin, dans le mois de janvier prochain, il tascheroit de sortir de son obh^ation. Vous pouvez bien croire que je l'a y puissammenl

' C'est-à-dire , sans doute, de manière à de la taille el déjuger, en première inslann ,

obtenir de l'ensemble des élections la somme les contestations relatives aux tailles, aides H

totale demandée à la généralité. autres impositions.

1 Officiera rbargés de concourir à l'assiette

r\>-\\v à cela et que je luy ay fait voir son .salut certain par 1 espérance de M>n restablissement dans son élection , au cas qu'il payast , ou sa ruine entière, s'il ne satisfaisoit pas à son obligation. Dieu veuille que nous sortions bien de cette affaire ; mais je vous avoue que j'en doute fort. Surtout , il faut retarder l'imposition de l'élection des Sables; et, pour cela , j'estime qu'il est nécessaire que vous fassiez un voyage à Poitiers, dans lequel il .sera bon que vous découvriez si quelqu'un se présente pour avoir fait prix , sur l'année 1659, de Pélection des Sables, parce que, de deçà, je n'en ay pas entendu parler, et je suis bien ayse de ne m'en pas informer du tout, crainte d'en donner l'éveil à M. le Surintendant. Aussy, de vostre part, il ne faut pas vous en informer, mais seulement découvrir ce qui se passe, pour m'en donner avis. Mesme, il est assez à propos que vous déclariez que Son Éminence pourra bien prendre cette élection pour les dépenses de Ja guerre, afin de détourner toujours les receveurs généraux d'en faire le prix si promptement; mais aussy il faut que nous profitions bien de ce retardement pour presser nos recouvremens de toutes les années dernières.

(BiW. Imp. Mm. Mélange» de Colberl, vol. lot, M. 831.)

(Uttm autographe.)

Paris, 3 janvier 1609.

J'ay grande impatience que vous ayez concerté toutes choses avec MM. Pellot et Hotman, sur le sujet des levées, qui sont fort importantes, comme je vous l'ay bien fortement représenté par mes précédentes. Aydezinoy à échauffer les sieurs Pellot et Hotman et à leur donner les expédiens d'y réussir. Je serois d'avis que vous en fissiez un projet bien raisonné , pour, après avoir bien examiné toutes les difficultés qui s'y peuvent rencontrer, y trouver les expédiens pour les surmonter. Surtout, le principal consiste à bien prendre les mesures pour faire des levées en mesme temps, et que vos vaisseaux soyent prests pour l'embarquement à leur arrivée ou peu de temps après. Je sçais bien qu'il est difficile de prendre toutes les mesures si justes, mais je sçais bien aussy qu'à force de s'y appliquer on en approche de près. Je vous prie de m'envoyer le projet que vous aurez fait de Joute cette affaire, afin que je le voye.

Dans des affaires de cette conséquence, il faut bien concerter ses actions et prendre garde qu'elles ne puissent choquer personne. J'ay envoyé à Son Éminence le mémoire des lieux d'assemblée nouveaux que vous de-

CORRESPOMDANCE

mandez ; mais je ne réponds pas qu'il soit sitost expédié. Je suis d'avis que vous en écriviez au plus tost à M. Le Tellier en luv renvovant les vieux1

1 mm

et ce pendant que vous preniez toutes vos mesures pour y faire faire la levée le plus diligemment qu'il se pourra. Joint qu'il faudra que vous ayeï un troisième vaisseau pour embarquer toutes ces levées-là.

Je m'étonne que vous n'ayez point mis, A Son Altesse Monseigneur le dut sur la lettre que vous m'avez envoyée pour luy. . .

( Bibl. Imp. M«m. Mélanges de Colbtrt. yoL toi.foL île.)

(Lettre aatographe.)

Paris,5j«meri65o,

J'ay reçu les deux lettres de change que vous m'annoncez; maiseipliquez-vous mieux une autre fois, car ce mot de mettre cette partie sur k compte de vos recettes comprend tout.

Il faut que vous travailliez de vostre costé à justifier ce qui regarde l'élection de Saintes et celle de La Rochelle, afin que je puisse faire connoistre à M. le Procureur Général ou qu'il nous veut tromper, ou qu'il est trompé luy-mesme; il est fort important que nous terminions une fois cette ditticulté. Je crois vous avoir expliqué qu'il faut encore le total des impositions de la généralité de Bordeaux depuis l'année 1 6 klx jusqu'à présent, comme aussy celles de l'élection de Saintes, pour faire voir que la proportion que cette élection a toujours portée n'est pas observée à présent, et que la malice des traitans des élections fait que celle-cy est surchargée afin de nous en dégouster. Il faut une fois pour toutes que vous guérissiez vostre esprit de la croyance que nous faisons tout ce que nousvoulons,etque vous vous persuadiez que les surintendans ont assez de jalousie et d'envie de traverser judiciairement nos assignations, en sorte que, si co n'estoit quelque crainte qu'ils ont de moy, je vous puis assurer qu'ils se passeroient bien de nous les donner.

Je vous conjure de presser toujours le recouvrement de l'isle des Sables, et de toujours publier qu'elle est à nous. Vous devez vous attendre de recevoir, dans la fin de ce mois, l'ordre de rendre à madame de Chastel le chasteau de Beauvoir. Si l'élection des Sables n'est encore réclamée de personne, cela nous servira beaucoup pour sortir de toutes ces choses. Mais il Faut presser extraordinairement les recouvremens de cette élection et se

1 Les mémoire* précédemment envoyés.

servir de toute sorte de moyens pour cela. C'est ce que je vous recommande comme l'affaire la plus importante que nous ayons.

Je crois que si nous nous accommodions avec Lacombe on pourroit le restablir dans la fonction de sa charge de receveur des tailles, sans arrest du Conseil, puisque, estant officier, il n'auroit qu'à reprendre l'exercice de sa charge. Quoyque cette élection ne soit à présent réclamée de personne, vous ne devez pas vous endormir pour ce qui est des recouvremcns, parce que, assurément, avant qu'il soit peu de temps les surinlendans donneront cette élection et pourront mesme se fascher contre M. Pellot. Je ne leur en avois point donné avis. C'est pourquoy je serois assez d'avis que vous fissiez faire l'imposition et la recette par la mesme personne que l'année passée, sans nouvelle commission; ou bien, en reslablissant Lacombe, de prendre toutes les précautions imaginables pour empescher qu'il ne touche les deniers. Et comme j'ay en mes mains des assignations de la présente année 1659 sur cette élection, nous plaiderons toujours mains garnies avec Messieurs les surintendans. Je crois que c'est là le meilleur party que nous puissions prendre.

(Ribl. Imp. Mm. V, de Colbm, vol. toi, fol. 34».)

(Lettre originale.)

Paris, \h janvier 1659.

J'attends avec grande impatience l'honneur de voir Vostre Éminence en cette ville en bonne santé , craignant fort que les fatigues d'un si long voyage ne luy renouvellent ses douleurs.

Vostre Éminence m'écrivit, il n'y a pas deux mois, que si le contrat du duché de Nevers estoit signé, elle désiroit que je me rendisse en cette ville-là pour luy rendre compte de ses affaires et de cette acquisition; mais comme ce contrat n'est point signé, je ne me suis point mis en devoir de faire ce voyage. De quoy j'ai eu l'honneur d'écrire à Vostre Éminence, et quoyque je n'aye reçu aucun nouvel ordre d'elle, je ne laisse pas d'estre en peine, parce que M. Le Tellier a écrit icy à M. de Villacerf1 qu'il me oroyoit en chemin pour aller à Nevers. Si c'estoit l'intention de Vostre Émi-

1 Edouard Colbert, marquis de ViUacerf, devint premier mai Ire d'hôtel de la reine Marie-Thérèse , puis de la duchesse de Bourgogne ; surintendant des bâtiments. Mort le 18 octobre

1699, âgé de soixante et onze ans. Il était cousin de Jean - Baptiste Colbert et neveu de Le Tellier. Son père était connu sous le nom de Colbert de Saint-Pouange.

nence, je ia supplie très-humblement de me le faire sçavoir; je m'y rendray de suite en poste.

Je remettray au retour de Vostre Eminencc à luy rendre compte de toutes ses affaires; je luy diray seulement que M. le Procureur Général [Fouquel] ne ma encore donné aucune assignation pour le surplus du fonds du pain de l'année dernière, et que, sans ces sommes d'argent, dont je n'av point de connoissance , il m'est impossible de fournir seulement le premier quartier des garnisons , bien loin de pouvoir soutenir toute la dépense de la fourniture du pain pour Tannée courante.

M. le Premier Président [de Lamoignon1] m'a dit aujourd'huy que l'assemblée des Chambres s'estoit bien passée, qu'il espéroit la faire finir dan< peu de jours, et qu'il voyoit quelque apparence de pouvoir espérer le restablissement de l'ordre et de la discipline dans cette compagnie; qu'on luy avoit aujourd'huy donné plusieurs avis que l'on devoit présenter aux Chambres assemblées des lettres du parlement de Bourgogne; que quoiqu'il n'y eust aucune apparence que ces avis fussent véritables, ils ne laissoient pa* de luy donner de la peine, et que, si cela arrivoit, il me prioit d'assurer Vostre Émi nence qu'il s'en démesleroit le plus avantageusement qu'il se pourroit pour le service du roy.

( Bibl. Imp. M 88. Balnze, Papiers des Armoires , vol. 33i, toi. IIS.)

(Lettre autographe. )

Paria, ao janvier i65y.

Il est de très-grande conséquence que vous travailliez tout de bon à estre bien informé de tout ce qui se passe en Allemagne, non-seulemcnl pour la part que vous y devez prendre, à cause que cela regarde le royaume,

1 Guillaume de Lamoignon, né en 1617; conseiller au parlement de Paris en 1 635 , maître des requêtes en 16M, premier président le ao octobre i658. Mort le 10 décembre «677.

1 Charles Colbert, marquis de Croissy, frère de Jean-Baptiste Colbert. Né en 1620, il était dès t658 intendant en Alsace et président du Conseil souverain de la province. Successivement premier président du parlement de Metz, intendant en Provence, en Catalogne, puis à Paris, maître des requêtes,

ministre plénipotentiaire aux traités d'Aix-la- Chapelle et de Nimègue, ambassadeur en Angleterre; enfin , secrétaire d'État et ministre des Affaires étrangères en 1679. Mort à Versailles le 99 juillet 1696.—- Charles Colbert résidait, en 1659, à Ensisheim, arrondii*- • ment de Colmar (Haut - Rhin). Il commençait ainsi toutes ses lettres : «Monsieur mm frère. . . » et les terminait par la formula : «Vostre très-humble et très-obeissant &t\iteor. n — Colbert lui répondait en marge de 1** lettres.

pour la nécessité de vostre employ. Vous aurez un grand avantage au pays où vous estes si vous pouvez achever d'apprendre l'allemand.

Il faut envoyer au plus tost le mémoire touchant la landvogtey 1 d'Haguenau et les prétentions de M. le comte d'Harcourt*; mais il vaut mieux l'avoir retardé pour le bien concerter que de le précipiter, estant très-important pour vostre réputation que tous les mémoires qui viennent de vous soyent bien faits.

Pour ce qui est des ouvrages que vous devez faire cet esté à Brisach, quand vous seriez assuré de ne pas trouver d'entrepreneurs, il est toujours bon et fort important que vous fassiez publier les ouvrages dans routes les villes voisines, afin que le bruit de ce travail se répande dans toute l'Allemagne; et mesme, quand vous n'y trouveriez pas vostre compte comme je le crois, vous suivrez vostre manière d'agir ordinaire.

Pour ce qui est des chevaux et des bœufs, il faut bien que vous en ayez le nombre qui vous est nécessaire, et le principal consiste à les bien conserver dans le travail.

Sur le sujet des travaux de Brisach, je trouve que M. de Louvat3 va un peu trop vite. De l'humeur que je connois M. de Saint-Geniès 4, il pourroit bien les faire ruiner à son arrivée, et cela ne produirait autre <afTet que de les mettre mal ensemble sans remède. Il faut que chacun fasse son métier. Ce n'est pas le métier de M. de Louvat de faire faire ces travaux sans l'ordre de celuy qui commande dans la place. Enfin, je n'approuve point du tout ce procédé; assurément on donne par là un sujet légitime de se plaindre à M. de Saint-Geniès, et c'est ce qu'il faut éviter avec tous les soins possibles. .

Vous ne me mandez point combien Son Éminence vous a permis d'employer en ce travail l'esté prochain. Pour raoy, je vous avoue que je ne vois rien de si grande importance dans PEstat et de si glorieux pour le roy et pour nostre monarchie que de revestir Brisach, et encore plus Philipsbourg , si cette place estoit en nos mains plutost qu'en celles du duc d'Harcourt. Si vos comptes de 1657 sonl Prests» envoyez-les-moy le plus diligem-

1 On appelait landvogtey la justice des dix en faveur du Cardinal. Mort le a5 juillet rilles libres et impériales. 1666.

■ Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, ué 1 Officier du régiment d'infanterie d'AI-

>n 1 601 . H servit dès 1620, et fut nommé gé- sace.

néral de l'armée navale en 1 636. Gouverneur * Henri de Montant, marquis de Saint-

<Je la Guyenne en i6àj, grand écuyer de Génies , maréchal de caropen i65o, comman-

en » 6*3 , vice-roi de Catalogne en dant de Brisach et lieutenant général en 1 65Û, t64A. Mécontent de Matarin (i65a), il se gouverneur de Saint-Omer en 1667. Mort à tvOra en Ah*ace,où il était gouverneur depuis Paris le 3i mars i685. Il était frère du ma- 1 669. En 1 65a , il se défit de ce gouvernement réebai dur de Navailles.

st.

ment que vous pourrez, puisque vous ne pouvez pas envoyer ceux de 1 658 : el souvenez-vous bien que, depuis que vous avez commence* à travailler, il y a environ dix ans, je n'ay pas encore vu un compte bien net el en bonne forme, et qu'il est temps de commencer.

Il faut que vous ayez la mesme application cette année que les précédentes pour bien faire subsister les troupes; mais il faut que vous mesnagiez un peu plus les subsistances que vous ne fistes, c'est-à-dire qu'il faut taxer les vivres à un pied plus haut et obliger les troupes à payer.

Je ne sçais pourquoy If. Le Tellier ne vous a point renvoyé le règlement du quartier d'hyver. Je crois qu'il faut que vous le luy demandiez par lettre et de ma part. Aussytost qu'il sera de retour, je l'en feray souvenir.

Surtout , il faut vous appliquer à bien fortifier le régiment d'Alsace, et pour cela, il faut mettre toute sorte d'expédiens en pratique et se préparer à le mettre en estât de marcher dès la fin du mois de may au plus lard.

Pour le voyage que je vous ay proposé, c'est plutost l'envie de vou> voir et vous entretenir que la pensée que vous ayez envie de revoir Paris.

Je suis bien ayse que vous appreniez la langue allemande, et je sçais bien que cela plaira mesme à Son Eminence ; et , pour faire en sorte qu'il le sçache adroitement, je serois d'avis que , lorsque vous y serez plus avancé, vous écrivissiez une lettre en allemand à M. le mareschal de Gramonl au cas qu'il l'entende bien, ce que vous sçavez mieux que moy. . .

11 est vray que dans les compagnies souveraines il y a quelquefois des enfans, des frères, des neveux et des cousins germains; mais ils n'opinent jamais' deux, et quand ils opinent, leurs voix ne sont comptées que pour une. Je ne laisseray pas de m'en informer encore et vous feray sçavoir les sentimens des plus habiles gens. Nous avons du temps pour prendre avis et conseil sur cette affaire, parce qu'il faut retenir le plus longtemps qu'il se pourra vos officiers [du parlement] de Metz et les obliger à faire un style l, s'il se peut.

Je suis bien ayse que mon cousin 2 travaille comme vous me dites. Avec grande application et du temps, vous viendrez à bout de surmonter la rudesse des procureurs royaux et autres particuliers du pays ; mais je vous assure que c'est une grande question de sçavoir si la justice se peut mieux rendre avec nostre prétendue politesse qu'avec cette rudesse; et je crains bien que vous n'apportiez des choses à ces gens-là dont ils ne vous auront

1 Style, manière de procéder en justice. ( Diel.de l'Aead. t69ù.)

* Charles Golbert, ancien président au siège présidial de Reims. Procureur f»»'-néral du Con-

seil souverain d'Alsace, en i659, intendant d'Alsace et président du Conseil souverain, en i6fia, puw président à mortier au parlement de Metz.

AVEC CHARLES COLBEHT. 325

peut-eslre pas grande obligation; mais il faut en cela suivre ce qui s'est pratiqué jusqu'à présent.

(BibL lmp. Mm. MéUnge, de Collxrt, vol. 101, M. 35..)

(Lettre autographe.)

Pan», 37 janvier t65g.

J'ay recours à la bonté de Vostre Éminence pour la supplier très-humblement de in'excuser si je ne me trouve pas à Vincennes à son arrivée. La maladie extrême de ma mère qui agonise depuis ce matin me servira , s'il luy plaist, d'excuse; et j'espère que Vostre Eminence me pardonnera si, en cette occasion, les scntimens de la nature suspendent ceux du devoir pour quelques jours. Aussytost que je luy auray fermé les yeux , je ne manqueray pas de me rendre près de Vostre Eminence.

(Arch. de» Aff. étr. France, roi. 167, pièce tô.)

(Lettre autographe.)

Paria, 3o janvier i659.

J'cnvoye à présent vos lettres par la voye de Dijon, et je continueray toujours à l'avenir.

Je ne crois pas que Messieurs de Strasbourg et de Colmar obtiennent ce qu'ils demandent; néanmoins il est bon que vous les ayez envoyés à M. Le Tellier, parce que l'affaire sera examinée icy et on leur donnera réponse. Mais vous voyez bien qu'il est bien nécessaire que les ordinaires passent par la plus importante place que le roy ayt en ce pays-là.

Les affaires qui se passent en Allemagne sont assurément les plus importantes pour la chrestienté et pour nostre royaume, et vous devez chercher par tous moyens imaginables d'en avoir toute la connoissance que vous pourrez. Si l'assemblée d'Augsbourg se fait, il faudra que vous y alliez; et faites toutes choses possibles pour y avoir quelque part. Enfin, il faut que vous establissiez vos affaires de sorte, et particulièrement ce qui regarde vostre Conseil souverain !, que vous puissiez quitter pour quelque temps

' Le Conseil souverain d'Alsace fut établi archiducs avaient établie dans la même ville, pour la première fois à Eosisheim le k no- Le traité de Munster étant demeuré inexécuté 1 658 , à la place de la régence que les en partie, le Conseil souverain d'Alsace fut

vostre employ. Il est bon raesme que vous instruisiez mon cousin pour vous pouvoir soulager dans les fonctions mesme de votre intendance, au cas que vous fussiez obligé de vous absenter pour quelque temps.

Il faut diligenter vos comptes, particulièrement ceux de 1657; et pour ceux de i 658 , il faut que vous vous prépariez à me les envoyer dans le caresme.

Sur toutes choses, regardez de mettre en œuvre toute sorte d'expédiens pour restablir le régiment d'Alsace.

Vous avez sçu , par les lettres de mon père , que ma mère a esté extraordinairement mal, en sorte qu'il y aura demain huit jours que nous ntj croyions pas qu'elle dust passer la nuit. Depuis ce temps, elle a esté un peu mieux, mais elle n'est point hors de péril. Vous ne devez pas douter qu'elle ne soit bien assistée. L'on vous tiendra averty par tous les ordinaires de Testât auquel elle sera.

Vous devez écrire à mes oncles de Tcrron 1 et Pussort *, au moins deux ou trois fois l'année.

(BibLImp. Mm. Mélange*^ Colbert, vol. loi.fol Î&7

(Lettre autographe.)

Paris, 7fé»ri«i65o.

Je suis bien ayse que M. le marquis de Saint-Geniès soit de retour. Son Éminence ne ma point encore donné ordre de vous écrire d'augmenter son foin, son avoine et son vin. Il faudra que ledit sieur de Saint-Geniès l'en fasse souvenir. Vous luy pouvez encore demander à qui il désire que je fasse payer les 2,000 livres de son ordinaire de voyage.

Puisque les sieurs Bossuet et Favier3 ne vivent pas bien avec vous, je crois

supprimé en 1661 et remplacé par un Conseil provincial dont les appellations ressortissaient en dernière instance au parlement de McU. En 1679, le Conseil souverain d'Alsace fut rétabli avec les mêmes attributions que les autres parlements du royaume. (Voir l'Histoire du Conseil souverain d'Alsace, par MM. Pillot et Neyreinand, 1 vol. in-8°.)

1 Au sujet de l'oncle de Colbert appelé de Terron , voir la lettre 1 1 5.

» Henri Pussort, seigneur de Cernay, né en 161 5, était frère de la mère de Colbert. Il devint plu* tard ronseiller d'État, membre du

Conseil des finances, et fut chargé de trav-wi importants pendant tout le ministère de (Albert. Mort à Paris le 18 féTrier 1697, à IV de quatre-vingt-deux ans , doyen des coiwil 1er» d'État

3 Bénigne Bossuet, père de IVvéque «Je Meaux, et Jean Favier, maître àe» requtH» ordinaires de la reine et ancien lieutenant jpiM-r.it au bailliage de Toul , avaient été retira du parlement de Meta, où ils étaient con?< i lers, pour être Conseil

que vous pouvez bien vous passer de leur faire aucune grâce , et ainsy vous devez dorénavant leur retrancher vostre table et toutes les autres douceurs qu'ils liraient de vous. Quant au sieur Desmadris, je m'étonne de son opiniastreté à ne vouloir pas estre bien avec vous; il faut travailler tout de bon à luy faire justice sans grâce, et vous me donnerez avis de ce qu'il faudra faire pour cela.

Il faut nécessairement que vous m'envoyiez promptement vos comptes de 1657 et 1 658, parce que, assurément, cela fait peine à Son Éminence de n'avoir encore vu ni l'un ni l'autre; vous devez y travailler avec toute l'application et toute la diligence possible.

Quant au démeslé que vous avez avec MM. Bossuet et Favicr sur l'exécution des deux commissions pour mettre Son Éminence en possession des terres et seigneuries qui luy ont esté données par le Roy, et pour la révocation des autres donations, je vous diray que, pour la première, il faut la faire exécuter; et pour la seconde , je vous avoue que vous allez si vite en ces sortes d'affaires qu'il y a peine à vous retenir. Vous sçavez ce que je vous écrivis sur le sujet de l'union des conseillers de Haguenau. J'ay trouvé, depuis le retour de la cour, que Son Eminence et M. Le Teilier pstoient de mon avis et ont blasmé vostre conduite; et c'est la raison pour laquelle M. Le Teilier ne vous a point écrit, parce qu'il n'a pas voulu blasmer une action dans laquelle on n'avoit point trouvé d'obstacles et qui avoit réussy, et qu'il n'a pas voulu aussy l'approuver. Si vous voulez rechercher ce que je vous ay écrit sur le sujet de la révocation de ces donations, vous y trouverez bien qu'il a fallu la faire pour donner un droit au Roy et pour obliger les donataires à avoir recours à Sa Majesté; mais, d'envoyer faire publier ces révocations chez eux-mesmes, décharger les sujets du serment de fidélité qu'ils ont presté, ordonner que les fermiers payent au receveur général du pays, les déposséder des maisons et chasteaux et des paroisses, dont vous m'écrivez, vous ne trouverez pas un mot qui en approche. Et pour vous dire le vray, c'est aller trop vite des trois quarts. Il suffisoit, après l'enregistrement de l'édit, de faire sçavoir aux donataires qu'ils eussent à avoir recours au Roy, sinon que vous feriez procéder à la prise de possession de leurs terres au nom de Sa Majesté, et leur donner pour cela verbalement un temps de trois mois, sauf à le proroger pour trois autres mois. C'est de cette sorte qu'il falloit agir en ce rencontre, sans vous porter avec trop de chaleur à cette révocation de fait qui ne peut produire qu'un mauvais effet pour le service du roy, vu que toute l'Allemagne voit que l'on révoque en un instant des donations que d'anciens et bons oflîciers ont gagnées par leur sang et par leurs services.

Je vous répète encore qu'il suffit de leur donner la peur par l'enregistrement de l'édit et la menace de mettre le Roy en possession, afin de les obliger d'avoir recours à une nouvelle grâce de Sa Majesté; -et il faut surseoir tout ce qui ne sera pas encore fait lorsque vous recevrez cette lettre, et mesme faire réunir le Conseil au cas qu'il n'ayt pas encore achevé.

Je ne suis point d'avis que vous fassiez aucun éclaircissement aux sieurs Bossuet et Favier, mais que vous les traitiez civilement. Travaillez toujours à les gouverner sans bassesse. Il est bon seulement que vous profitiez de cette petite froideur qui est entre vous pour les retrancher de vostre table pour l'ordinaire.

Vous devez avoir une maxime dans l'esprit, qui est grande et admirable, et dont nostre maistre fait voir en toutes occasions de grandes preuves.c'est que, comme il n'y a aucun homme qui n'ayt de grands défauts et qui n'ayt au moins neuf vices contre une vertu, les hommes que l'on appelle pour avoir sur les autres quelque commandement qui les oblige à se servir des mesmes hommes pour l'exécution de leurs desseins, s'ils n'excusent leurs vices et ne les pallient, et ne trouvent l'expédient de leur donner une action sur laquelle ils appliquent leur vertu sans y mettre leurs vices, il est sans nul doute qu'ils ne peuvent agir. C'est à vous à tirer profit de cette maxime et en faire réflexion toute vostre vie.

Pour ce qui est du vin, il me semble avoir ouy parler du vin d'Alsace comme estant fort bon. Si cela est, il faudrait ne pas manquer d'en envoyer tous les ans à Son Eminence du meilleur, et chercher tous les moyens imaginables de le faire faire le meilleur qu'il se pourra , parce qu'elle aime fort les vins d'Allemagne.

Il me semble que vous en devez avoir en Alsace d'aussy bon pour le moins que celuy que M. l'électeur de Mayence luy a envoyé et que celuy que M. l'électeur de Trêves luy a fourny l'année dernière.

Quand vous écrirez à M. de Turenne, il faut le traiter d'Altesse et luy mettre pour suscription : A Son Altesse Monseigneur de Turenne.

(BibUrop. Mm. MMangtndt CoJkH.rol. «01, fol. »64 )

(Lettre autographe.)

Paria, 1 3 février i659.

Tout ce que vous avez fait ne sera pas approuvé de deçà; vous allez trop vite. Je vous en ay amplement mandé mes sentimens par le précédent ordinaire; il faut surseoir l'exécution de toutes choses, et mesme que vous fassiez dire aux donataires que vous n'eropescherez point leurs fermiers de leur payer jusqu'à ce qu'ils ayent recours au Roy, et que, pour cet effet, vous leur donnez deux ou trois mois de temps.

Je vois que vostre compassion pour M. de Vignancourt1 et pour les veuves et filles des généraux- majors Rosen* etSchomberg3 est grande; pour moy je vous avoue que mon raisonnement seroit bien autre que le vostre. Les considérations d'Estat ne veulent pas qu'à la vue de toute l'Allemagne M. Taupadel, fils d'un père qui a bien servy, et qui luymesme a aussy bien servy, et le lieutenant général Rosen4, qui est de la mesme qualité, soyent dépouillés brusquement des donations qu'ils ont eues de la bonté du roy et qu'ils ont gagnées à la pointe de leur espée et par leur sang; d'autant plus que, jusqu'à présent, pour peu que vous vouliez ouvrir les yeux , vous verrez bien qu'une des plus fortes applications de Son Éminence est d'engager des princes et des officiers allemands dans le service du roy. Quoyque les mesmes raisons militent pour les veuves et filles des officiers morts, il y a bien de la différence pour le service, les hommes ayant de l'action, portant leurs plaintes partout et estant capables de servir contre aussy bien que de servir pour. Quant au sieur de Vignancourt, il n'a nulle de ces raisons pour luy, et la seule qu'il ayt est que vous avez de la tendresse pour luy et qu'il est François. Ses lettres d'investiture , estant datées du temps que le Roy n'estoit qu'usufruitier par les droits de la guerre, sont nulles, et quand elles seroient mesme depuis le traité de Munster, il faut qu'il ayt toujours la peine, comme les autres, de recourir au Roy. Ce sont là mes sentimens, auxquels il est nécessaire que vous vous conformiez, non-seulement en ce rencontre, mais en tous les autres.

Il faut que vous détourniez ces veuves et filles de venir à la cour, el que vous leur promettiez d'écrire en leur faveur.

' De Vignancourt, capitaine au régiment 1 Charles dV Sehomhcrg, duc d'Halwin.

«Je Suie en 1637. (Voir lettre 45.)

1 Jean Rosen. (Voir lettre *6.) ' 1 Reinhold Rosen , frère du précédent.

Vous avez vu , par tout ce que je vous ay dit cy-dessus , nies sentimens pour ce qui regarde le lieutenant général Rosen , à l'égard duquel je ne vois guère d'apparence qu'il se veuille roidir, par une opiniastreté assez extraordinaire, à ne vouloir point avoir recours au Roy, ce qui tesmoigne une mauvaise disposition qui seroit fascheuse. Il est bon mesme qu'outre la surséance que vous luy donnerez, vous luy fassiez entendre que Son Éminence l'aimant et considérant comme elle fait, elle luy accordera la continuation des grâces qui luy ont esté faites jusqu'à présent.

M. le marcschal de Gramont m'ayant parlé dudit sieur Rosen, je luy ay promis de vous en écrire, et que nous trouverions moyen d'accommoder son affaire, c'est-à-dire la surséance, et de le porter à demander aussy la continuation de la grâce.

J'ay bien de la douleur à vous dire que ma mère est fort mal et que les médecins n'ont presque plus d'espérance.

(Bibl. Iraj». Mm. MHanga de Colbert, vol 101.ftai.37t.)

(Lettre autographe.)

Paris, lit février 16S9.

J'attends vos comptes qu'il ne faut plus relarder, il y a trop longtemps que l'année 1667 est passée...

Je suis bien fasché d'estre obligé de vous écrire que Dieu a voulu retirer ma mère de ce monde après une furieuse maladie de trente et un jours de fièvre continue. Elle mourut hier, jeudy 1 3 de ce mois , à cinq heures du soir. Vous pouvez croire à quel point nous en sommes affligés. Outre les qualités de mère, et de bonne mère, vous sçavez qu'elle avoit encore des parties qui servoient de liaison entre des personnes qui difficilement demeureront longtemps unies. Ln ce rencontre, vous devez écrire à mon père et a mes oncles; et souvenez-vous bien d'écrire à mes oncles régulièrement trois ou quatre fois l'année. Écrivez aussy à ma grand'mère de Cernay

(Bibl. Iœp. Mss. Mélanges de CoUtert, vol. »oi, fol 37* '

' 11 s'agit ici de la grand'mère maternelle dice, pièce n*i), Henri Pussort, frère de Mari** de Colbert, N. Pussort, dont Nicolas Colbert, (voir lettre t85), est qualifié de seigneur do

père de Jean-Baptiste Colbert , avait épousé , Cernay. — La grand'mère de Colbert

le a U septembre 161 A, une fille, nommée Ma- sans doute, au mois de février 1669

rie. Dans une pièce citée en 1 83g par un des- misse de Cernay, aujourd'hui

rendant de la famille de Colbert (voirAppcn- Reims, arrondissement de Reims-

(LeUra «olographe.)

Paris, ai février 1669.

Je ne vois pas que vous ayez grand'chose à perdre en la personne du sieur Bossuet, ni en celle du sieur Favier; aussy, quand ils voudront se retirer, je ne crois pas que vous deviez vous y opposer, et, au contraire, vous devez les laisser faire et ne leur donner aucune assistance outre leurs gages. Vivant mal avec vous, ce seroit une chose bien ridicule que vous leur fissiez des grâces.

Quant au sieur Foës >, je ne suis point d'avis que vous vous mettiez en peine de le faire venir. Quand le sieur Bossuet se sera retiré, il faudra que vous en donniez avis à M. Le Tellier, et que vous le priiez d'écrire au parlement de Metz pour envoyer un autre conseiller. Si le parlement en envoyé un , vous le recevrez tel qu'il viendra ; s'il n'en envoyé point , comme il y a assez d'apparence, vu la peine que vous avez eue d'en faire venir, en leur procurant raesmc beaucoup d'avantages au delà de ceux que le roy leur donnoit, il faudra demander à M. Le Tellier une déclaration pour vous pourvoir au Conseil souverain du nombre de quatre ou cinq juges. Et quand le sieur Favier prendra la mesme résolution de s*en retourner, il n'y aura pas grand mal.

Pour ce qui est de mon cousin de Séraucourt 2, c'est une chose qui ne se pratique pas en France que deux cousins si proches que vous estes puissent estre juges d'une mesme affaire. Quand cela se rencontre dans une de nos compagnies souveraines , s'ils se trouvent d'un mesme avis, leurs deux voix ne peuvent compter que pour une. 11 faut que vous examiniez si en Allemagne il y a quelque raison ou quelque exemple du contraire, parce qu'en ce cas nous pourrions fonder sa commission sur l'exemple d'Allemagne et non sur celuy de France. Ou, si cela ne se peut, comme je le crois, il faut que vous examiniez si vous le voulez à cette condition:

1 Conseiller au parlement de Melx. «Homme Croissy, frère de Jean-Baptiste Colbert. (Voir

lettre i83 , page 3a a , note a.)

son parti.?» (Tableau du Parlement de Metz.) a° Charles Colbert , ancien président au siège

* Ce cousin ne peut être que celui dont il présidialde Reims. (Voir lettre i83, page 3a4.

est fait mention dans la leUre 1 83 , du ao jan- note a.)

1659. " résulte de l'Histoire du Conseil Ce dernier, cousin des deux autres, avait dû

d'Alsace, citée plus haut, qu'il ne ajouter a son nom celui dune terre qu'il ; ligurait dans ce conseil que deux personnes dait sans doute à Séraucourt. 11 existe une

du nom de Colbert : commune de ce nom dans le département de

1* Charles Colberl, plus tard Colbert de l'Aisne, arrondissement de Saint-Quentin.

m CORRESPONDANCE

lorsque vous serez d'un inesnie avis, vos deux voix ne seront comptées que pour une.

Vous voyez bien que mon sentiment va à laisser dégouster le sieur Favier aussy bien que le sieur Bossuet , puisqu'en vostre absence ce sera luy [Bossuet] qui présidera , et que le sieur d'Andlau 1 et l'abbé de Lutzel Vabsentenl à cause qu'ils prétendent ne devoir estre présidés que par vous. Il me semble que le sieur Favier ne pourra rien juger, puisqu'en vostre absence et celle desdits sieurs il n'y aura pas nombre suffisant déjuges pour juger. Et au cas qu'il ne soit pas décidé par aucun ordre du roy que ce soit à M. à présider en vostre absence , puisque par l'édit et commission le d'Andlau et l'abbé de Lutzel sont nommés les premiers, nous pouvons faire juger par le roy qu'en vostre absence ce sera le sieur d'Andlau qui présiderait peut-estre que cela pourra réussir; mais il ne faut pas s'en déclarer en quelque façon que ce soit. Surtout, aussytost que le sieur Bossuet aura pris la résolution de se retirer, il faudra que vous écriviez à M. Le Tellier de cette difficulté et que vous le priiez d'en décider et d'envoyer les ordres du roy pour faire connoistre sa volonté. Apres tout cecy, je vous diray, par avis, que toutes les compagnies se doivent conduire par adresse et par industrie, et non par autorité. Il faut compastir aux défauts des hommes, et se servir mesme de leurs défauts , en y acquiesçant quelquefois , pour en tirer un plus grand avantage. C'est de cette sorte que les compagnies se conduisent, et il faut que vous appliquiez vostre esprit à agir de cette façon.

Sur la difficulté que vous avez avec M. de Saint-Geniès s, je ne vous diray rien autre chose que ce que je vous aydit tant de fois, qui est que, assurément, lesdémeslés ne sont point agréables de deçà et que vous n'y avez jamais aucun avantage. Il faut que vous appreniez a vivre avec des supérieurs, et il est bon que vous vous mettiez dans l'esprit que tout homme qui commande les armées est supérieur, et qu'il faut le mesnager extraordinairement. En ce rencontre particulier, je suis bien empesché de quelle sorte j'en dois parler, parce que dès lors que M. de Saint-Geniès dira que vous avez fait exécuter une ordonnance contre un prétendu pourvoyeur sans luy en parler, et que ce pourvoyeur est son domestique, vous serez

• Par lettre du 1 3 décembre 1 658 , George»- mestique du marquis de Saint-Geniès,

d'Andlau remerciait Mazarin de Ta- été surpris vendant du sel en fraude. Charte*

m m nommé membre du Conseil souverain d' Al- Colbert fit saisir la marchandise, et rendit une

sac«. (Bibl. Imp. Mél. de Colbert, vol. 101, ordonnance pour prévenir cet abus. Le marquis

fol. 3a0.) 11 avait été auparavant président du de Saint-Geniès ayant voulu faire rendre le sel

Conseil de régence de la maison d'Autriche. confisqué , cl s'opjioser aux ordres de Charles

■ Bernardin, abbé de Lutzel , conseiller pour Colbert, ils se brouillèrent. Telle fut l'origine

le clergé au Conseil souverain d'Alsace. des difficultés dont parle Colbert dans plo-

1 In soldat de la garnison de Brisach , do- sieurs de ses lettres.

condamné en tous les deux points; et vous sçavez bien que lorsque vous m'avez écrit de quelque difficulté que vous aviez avec ledit sieur marquis , sur ce qu'il prétendoit qu'au cas d'exécution de quelqu'une de vos ordonnances dans l'une des places, vous deviez luy en demander la permission (et que pour cela vous citiez celle de Belfort, qui est fort éloignée de Brisach), je vous ay dit que le sentiment de M. Le Tellier estoit que vous ne deviez exécuter aucune ordonnance qu'après en avoir conféré avec ledit sieur de Saint-Geniès. Vous voyez donc bien que c'est un grand préjugé contre vous et que , dans tout ce différend , assurément , on vous condamnera d'avoir eu trop de précipitation, particulièrement quand M. de Saint- Geniès prouvera que cet homme est son domestique. Et regardez quel avantage il auroit si tout ce différend venoit à estre décidé contre vous; et il est quasy impossible de l'éviter. Il auroit esté bien plus à propos, dès lors que M. de Saint-Geniès eut avoué cet homme pour son domestique, que vous luy eussiez fait un compliment honneste, le priant de luy ordonner de ne pas vendre de sel , et de prendre garde que le règlement que vous aviez fait de concert avec luy s'exécutast , et révoquer l'ordre que vous aviez donné au prévost.

Quant aux ordres du roy que je vous envoyay l'année dernière sur le sujet de ces règlemens, il est vray que j'ay approuvé que vous ne les ayez pas rendus audit sieur de Saint-Geniès, mais ç'a esté après ce que vous m'avez écrit que vous estes convenu de règlemens entre vous, n'ayant pas cru qu'il vinst à connoistre que vous aviez ces ordres-là entre les mains, et que vous ne les luy aviez pas délivrés, parce que, assurément, si j'avois cru que ledit sieur de Saint-Geniès crust peut-estre que vous les eussiez entre les mains, je n'aurois pas esté d'autre avis que de les luy rendre. Le voyage que M. de Saint-Geniès a fait à la cour en mon absence vous a nuy beau- ' coup, non-seulement en obtenant beaucoup de choses de Son Éminence,à laquelle il n'a osé rien dire contre vous ; mats assurément il a persuadé M. Le Tellier que vous estiez un esprit entreprenant, en sorte que, dans ce commencement et en attendant que vous ayez repris force, il faut que vous vous mesnagiez extraordinairement envers luy ; c'est le meilleur conseil que je puisse vous donner. Cependant, pour le rencontre présentée verray d'en informer Son Éminence et M. Le Tellier, et retourner la chose le plus avantageusement qu'il se pourra pour vous; mais, de vostre part, si vous vous trouvez lieu à vous raccommoder, il ne faut pas manquer de le faire.

(MU, Imp. Msg. Mtlangct de Colbert, vol. toi, fol. 38a.)

(Lettre autographe.)

Paris, a 8 février i65g.

Je vous ay écrit fort amplement sur tout ce qui regarde le sieur Bossuei, et je n ay rien à y ajouter; seulement, je ne vois pas que vous deviez demander son congé.

Il est très-important que vous travailliez bien soigneusement à découvrir les véritables sentimens du père Lescossois 1 ; et mesme si les avis que l'on vous a donnés des lettres qu'il a écrites à son provincial et au conseil du parlement de Metz sont véritables, et si vous pouvez surprendre de celles ou qu'il écrit ou qu'il reçoit , il n'y faut pas manquer, parce qu'il vaudrait assurément beaucoup mieux avoir des jésuites allemands et autrichiens que d'avoir des françois de l'esprit dudit Lescossois. J'attendray avec impatience vos lettres sur la confirmation de ces avis; et ne manquez pas d'informer du tout Son Éminence.

Il ne faut pas que vous vous opiniastriez sur vos sentimens. Mon raisonnement est fondé , non-seulement sur la connoissance que j ay, mais encore sur l'avis des supérieurs; et si vous aviez bien considéré toutes les lettres que je vous ay écrites sur ce sujet, et particulièrement sur les donations et révocations, et que vous eussiez la mémoire meilleure que vous n'avez, vous auriez assurément modéré la chaleur avec laquelle vous avez agy en cette affaire, estant assuré que je vous en ay écrit plus d'une fois. Il ne faut pas que vous espériez que M. Le Tri I ht vous envoyé des instructions ; ce n'est pas sa maxime; mais si vous receviez quelques ordres de conséquence dont l'exécution pust eslre différée, vous pouvez m'en écrire pour en avoir mon avis, et en ce cas j'entreray avec vous en garantie de vostre conduite.

M. de Saint-Geniès m'a écrit au sujet de vostre différend. J'en dois conférer avec M. Le Tellier, et vous fcray sçavoir ensuite son avis et le mien. Par avance, je vous diray que j'estime que vous avez tort tous deux, mais que vous estes plus blasmablc que luy, et qu'il faut vous mesnager extraordinairement en toutes les occasions de cette nature. Je me remets à ce que je vous en ay dit par ma précédente.

( Bibl. lmp. Mm. M, long» de Cotte* , vol. 101, fol. 39« ) 1 RerU>ur de la maison des Jésuites d'Ensisheim.

(Lettre autographe.)

Paris, 1 1 manu t65o,.

Jay reçu avec vostre lettre du ai février tous vos comptes, que je n'ay pu encore voir et examiner ; aussytost que je pourray avoir le loisir de le faire, je ne manqueray pas de vous en mander mes sentimens. Pour ce qui est des formalités que vous dites que je veux y estre observées, il est vray qu'autant qu'on le peut il faut le faire. Je sçais bien que la différente qualité des recettes et des dépenses empesche bien souvent que, toutes ces formalités puissent estre observées ; mais il faut toujours que toutes sortes de comptes soyent fort clairs et bien justifiés.

iB Pour les con tribu lions, les rôles des impositions, qui doivent eslre signés de vous, doivent servir de justification à cette recette.

2° Pour les péages, comme les mesmes marchandises payent les péages en différens endroits, je crois que les registres des receveurs, qui doivent estre cotés et paraphés par vous au commencement de chacune année , doivent servir de contrôle les uns aux autres.

3° Pour le sel , il me semble que vous pourriez le faire distribuer en deux ou trois greniers seulement , et y establir de bons contrôleurs.

h° Pour l'impost sur le vin , je crois qu'il faudroit l'affermer en gros , sans en faire faire la recette au compte du roy»

5° Pour ce qui est des dépenses, il faut qu'elles soyent toutes justifiées, et ne point souffrir qu'il s'en fasse aucune qui ne le soit clairement, sans prendre pour règle ce qui s'est fait du temps de M. de Beaussant , qui n'entendoit pas du tout ces sortes d'affaires-là.

6° Pour la recette des revenus des domaines des terres dont le Roy a fait don à Son Éminence1, il faut faire faire des recodhoissances de tous les

1 Et tout n'était pas là. Par lettre* patentes du mois de décembre i65g, Louis XIV, voulant récompenser les services du cardinal Mazarin , lui concéda , à litre de don pur et simple, les seigneuries de Belfott, Délie, Thann, Altkirch et Ensisheim. Ce don comprenait tant les ville», châteaux, châtellenies, bailliages et justices, que lea fruits, profits, revenus, bois, forêts, étangs, rivières, fiefs, etc. Les lettres patentes furent enregistrées au parlement de Paria le , A janvier 1660. Il y était dit que le roi Louis XIV pouvait disposer de ces biens,

■ parce qu'il n'en avoit été fait aucune réunion expresse au domaine de la Couronne, et qu'il n'en avoit été rendu aucun compte par les receveurs des deniers royaux, conformément a Parti 1" de l'ordonnance de Moulins de 1 566.»

Le duc de La Meilleraye, qui avait épousé iionensfl iriancini, nièce n neniiere ou cardinal Macarin , sollicita des arrêta de confirmation, et ce ne fut qu'après beaucoup de difficultés qu'il lea obtint, sous la date des i H janvier i68a et ai joint 707.

Quoi qu'il en soit, la validité de cette dona-

droits, terres et domaines qui en dépendent, afin qu'il n'y puisse avoir aucun abus. Et pour l'administration des revenus, il ne faut pas obliger les receveurs à rapporter tant de pièces justificatives de la recette. En matière de tous les droits des terres qui s'estendent sur un grand nombre de personnes et qui consistent en peu de chose sur chacune , on les fait bien reconnoistre par des papiers ou des reconnoissances afin d'en assurer le titre et la propriété , et ensuite on les afferme et on oblige les fermiers de donner des registres de recette manuels sur lesquels ils sont obligés de faire signer les débiteurs. Cet expédient vaut beaucoup mieux que celuy d'establir un receveur comptable pour la recette de ces petits droits.

Puisque le vin d'Alsace n'est pas bon , il suffit. Je vous remercie du vin de Necker que vous me voulez donner. S'il est bon, je le donneray à Son Éminence.

L'affliction de la mort de nostre mère est plus grande que vous ne le croyez encore, non-seulement par l'amitié que nous avions pour elle, mais encore par beaucoup d'autres considérations.

Je serois bien ayse que l'exemple du passé vous rendist plus exact à l'avenir, pour ce qui est de vos comptes de tous les deniers de Son Éminence. Ils sont si brouillés qu'il est impossible à nous d'en faire faire copie. 11 faut remettre au premier voyage que vous ferez en cette ville , où vous pourrez les faire mettre plus au net et en refaire une copie.

Il faut vous raccommoder avec M. de Saint-Geniès; et quand vous screi raccommodés de vous-mesmes , je feray terminer tous vos différends par ordre du roy, et j'espère que ce sera à vostre avantage pour la plus grande partie.

( Ribl. Imp. M s*. Mélanges de Colbcrt, voL toi. fol 396.)

(Lettre autographe.)

Paris, th mars 1659.

Je vous ay écrit tout ce qui pouvoit tomber en mon esprit sur le sujet des officiers de vostre Compagnie et la manière dont vous devez vous gouverner avec eux. Je n'ay rien à ajouter.

lion a été plus tard contestée , et l'on s'est fondé , no pouvait rien en distraire en faveur dun parentre aulres motifs , sur ce que , non-seulement lirulier.

le traité de Munster, mais encore celui des Py- Le don fait par Louis XIV à Maurin rom-

rénées portant expressément que la haute et prenait plus de deux cents paroisses et probasse Alsace seraient unies et incorporées à duisait plus de trois cent mille litres de reperpétuité à la couronne de France, Louis XIV

Puisque les Allemands ne se soucient pas beaucoup de présider en vostre absence , vous accommoderez facilement cette affaire.

H ne faut pas que cette longue suite de mortifications que vous avez essuyées de M. de Saint-Geniès vous afflige; c'est l'avantage que vous avez, d'estre ponctuellement averty de la manière que vous devez régler vostre esprit pour vous conformer aux supérieurs. Et tout autre que vous , qui ne serait pas informé du tout, n'en feroit pas moins que vous et peut-estre davantage. Si vous considérez bien les effets que ces mortifications-là ont faits sur vostre esprit depuis que vous estes en Allemagne, et combien de clartés elles vous ont donné, que vous n'aviez point assurément, vous trouverez qu'elles vous estoient nécessaires; et je crois que si vous considérez bien Testât de vostre esprit en Provence, et celuy auquel vous le trouvez à présent , assurément vous vous trouverez changé.

Quant à ce qui regarde M. le marquis de Saint-Geniès, il faut toujours bien vivre avec luy. Dans cette semaine prochaine, je feray régler tout ce <{iii regarde ses prétentions sur les mémoires et les lettres qu'il a envoyés à M. Le Tellier.

Je vous puis assurer que Son Éminence a esté sensiblement touchée de la mort du jeune d'Andlau. Je crains bien que ce funeste exemple n'empesche les autres gentilshommes d'Alsace de prendre la pensée de donner leurs enfans pour pages au Roy et à Son Éminence. Néanmoins, si vous en trouvez quelqu'un qui puisse en prendre résolution, il sera bon que vous luy en fassiez venir la pensée...

Je suis en impatience de recevoir vos lettres du premier ordinaire pour sçavoir comment se sera passée la visite que vous avez rendue à M. de Saint-Geniès1. Je vous avoue que je ne vous aurais pas conseillé de luy rendre cette visite sans quelques préparations précédentes.

Avant de penser à la fondation du collège des jésuites à Ensisheim, il faut provisoirement que nous soyons assurés du fruit qui en viendra, soit pour le service du roy, soit pour la reconnoissance que les jésuites en auront à Son Éminence. Et pour vous dire le vray, je n'espère rien de bon des jésuites sur ces deux points. Néanmoins il faut faire rappeler celuy qui a esté envoyé recteur, et ensuite nous travaillerons à la fondation, quand vous serez assuré de l'esprit de celuy qui sera mis en sa place. Si vous en cbnnoissez quelqu'un qui soit propre à cette fonction , comme le

1 En apprenant la mort de la mère de Col- sach pour voir le marquis. Dans une lettre probe rt , le marquis de SainlrGeniès avait envoyé à eédente , il avait annoncé à son frère qu'il espé- Charles Colbert un gentilhomme pour lui té- rail, par cette visite, mettre fin aux démêlés moigner la part qu'il prenait à son affliction. qui existaient entre lui et le marquis de Saint- Far suite, Charles Colbert s'était rendu à Bri- Génies,

CORKESPONDAÏSCE

père Petitgot ou quelque autre, en me le faisant sçavoir, je pourrois le fair»1 demander par le père confesseur du Roy [le père Annal j.

Mon frère l'abbé sera bien ayse de conférer avec l'abbé Bossuel l, qui a beaucoup de mérite.

(BU Imp. Mm. Mélange» de Colbert, yoL loi.foUoÎ!

(Lettre autographe.)

Pari», ao mars 1609.

Je ne crois pas que vous deviez permettre davantage que i on ouvre les lettres2; ce sont de petites curiosités qui embarrassent fort et qui ne sont pas de grande conséquence. La mauvaise conduite de toutes les personne dont vous avez découvert quelque malice retournera contre eux; et assurément ils vous la feront connoistrc en assez de rencontres , sans avoir recouo à cet artifice. Pour moy, mon avis est qu'il faut se parer d'estre trompé, mais qu'il ne faut jamais tromper personne.

Je communiqueray à Son Éminence tout ce que vous m'écrivez sur le sujet des jésuites. Pour moy, après avoir bien considéré toutes choses, je crois que je serois du sentiment de rappeler les [jésuites] Autrichiens.

Pour ce que vous m'écrivez, qu'il n'y a pas eu encore un jésuite preschant à Brisach qui ayt excité les peuples à l'obéissance qu'ils doivent, ni qui ayl jamais parlé de Son Eminence, il me semble que vous deviez, au moin*, vous estre fait refuser, en les priant de le faire, et en leur faisant connoislre qu'ils y sont obligés. Après cela, s'ils ne le faisoient, nous aurions bien plus do raison de nous plaindre d'eux.

Je suis bien ayse que le régiment d'Alsace se fortifie. 11 y va de vostre honneur et de la satisfaction de Son Éminence. C'est pourquoy je ne doute pas que vous ne fassiez tous vos efforts pour le rendre bon.

II faut ra'envoyer en diligence Testât de vos recettes et dépenses de 1 6*58. Celuy de 1657 a esté trouvé fort bien, mais la diligence y a manqué; il ne faut pas que ce mesme défaut se trouve pour celuy de l'année dernière.

Je ne crois pas que vostre employ soit si stérile de matières que vous le faites, pour écrire à Son Éminence et à M. Le Tellier. Si j'y avois pensé ud

1 Jacques-Bénigne Bossuet, ué à Dijon en conseiller d'Étal en 1697. M'"' ,e 19

1697. Évèque de Condom et précepteur du 1704. — Charte» Colbert l'avait, peu de leinp

Dauphin en 1670, membre de l'Académie auparavant, recommandé à son frère,

française en 1671, évèque de Meaux en 1 fi8 1 , s Voir la lettre 1 90 , 9* alinéa.

deray-quart d'heure, je vous donnerais de la matière pour six mois. Quand vous élèverez vostre esprit à voir Testât des affaires d'Allemagne et que vous vous appliquerez à voir tout ce qui se peut faire pour la sécurité* et conservation de vostre province, et pour la mettre en estât de produire beaucoup d'avantages au roy, assurément vous y trouverez de la matière. Surtout appliquez-vous à faire en sorte que les esprits des officiers du régiment d'Alsace se portent à bien conserver leurs soldats pendant la campagne. Toutes les fois qu'il demeure des soldats malades dans une ville, il faudrait qu'ils y laissassent un officier, aux dépens du corps, pour en prendre soin , et pour les faire rejoindre quand ils seraient guéris.

Je vous envoyé la copie d'un édit que l'on a envoyé au parlement de .Metz pour y estre vérifié. Vous verrez le changement que Ton apporte au Conseil souverain. Je ne sçais si cet édit aura lien ou non: s'il a lieu, je «rois que vous ne doutez pas que je ne conserve vos intérests: cependant mandez-moy vostre avis sur cet establishment.

Son Éminence m'a dit avant -hier que la révocation que vous aviez faite de toutes les donations avoit fait un grand éclat en Allemagne, ce qui vous doit bien faire connoistre, par l'événement, que vous avez agy avec trop de précipitation en ce rencontre. Je ne vous en diray pas davanlage, mais je souhaiterais bien que vous eussiez recherché les lettres que je vous ay écrites sur le sujet de ces donations.

(Bibl. Imp. Mm. Mélange* de Colbert, vol. toi, fol. /lu 5.)

(Lettre autographe.)

Paris , h avril 1 65«j.

Vous ferez fort bien de faire punir les cavaliers dont vous me parlez estant important de faire connoistre à toute l'Allemagne que la justice au roy est administrée avec sévérité, et que ce n'est point l'intention de Sa Majesté de soufl'rir de tels brigandages. J'estime que cette punition fera un bon effet, non-seulement pour vos projets, mais mesme pour le service du roy dans toute l'Allemagne.

Vous me ferez plaisir de me faire sçavoir si vostre justice va bien et si vous avez beaucoup d'affaires. Comme vous estes bien informé que tous

1 Cinq cavalière du régiment de Balthazar furent condamnés à mort; les trois autres avaient commis plusieurs voU sur la grande avaient pris la fuite, route. Chartes Golbert en fit arrêter deux , qui

les princes et villes libres d'Allemagne regardent l'establissement du Conseil souverain d'Alsace avec suspension de jugement, ou pour leur donner une grande estime de nostre nation, ou pour leur donner de l'indifférence ou mesme du mépris, et qu'en tous ces cas vous y devez prendre voslre bonne part, il faut vous appliquer soigneusement à ce que la justice soit bien et brièvement administrée. Je serois mesme ayse que vous missiez toutes vos- affaires en estât de pouvoir venir faire un voyage en cette ville cet esté, ou dans le milieu, ou sur la fin Mandez-moy si cela se pourra.

Je vous recommande toujours ce qui regarde le régiment d'Alsace, vous assurant que vous ne pouvez rien faire à présent qui soit plus agréable à Son Imminence que de le mettre en bon estât. M. Gravel2 s'en retourne, qui a promis à Son Êminence de vous y ayder et particulièrement à avoir des officiers allemands. Je travaille, de mon costé, à faire sortir les officiers que je présume estre des ennemis. Excitez bien M. le comte de Nassau5 à faire son devoir, et ne manquez pas d'informer Son Eminence , par tous les ordinaires, de ce que vous en espérez. Le régiment de Wurtemberg, infanterie, a esté réformé à une compagnie de quatre-vingts hommes pour estre jointe audit régiment d'Alsace.

Je suis bien en peine si vous avez reçu une lettre de ma main que je vous écrivis, à Vincennes, après avoir examiné vos comptes. Mandez-moy au plus tost si vous l'avez reçue.

(Bibl. trop. Mm. Mélange, de Colbert, vol. toi. H. M.)

(Lettre autographe.)

Paris, to avril 1639-

Je suis bien ayse que vous ayez fait toutes les démarches que vous avez faites pour vous raccommoder avec M. de Saint-Geniès. Je sollicite M. U Tellier d'envoyer les décisions qui ont esté résolues avec M. de Navailles sur les difficultés que vous avez eues ensemble; et comme M. Le Tellier

1 Sur le même sujet, Colbert écrivit encore à son frère le a3 avril : «J'ay esté bien ayse de vous donner avis de bonne heure du voyage que toute vostre famille désire que vous fassiez. Il faut préparer vos affaires pour cela ; peiil-estre ne sera-ce que dans le mois de septembre, peut-estre aussy sera-ce plus tost.»

» Gravel, d'abord secrétaire de Maiarin,

résida longtemps à Francfort comme enwje extraordinaire. Ambassadeur en Danemarrk en 1675 , et l'année d'après en Suisse, où il mourut en 168 A.

i Jean-Louis, comte de Nassau , né en 1 »>«•>. capitaine de la compagnie colonelle du riment d'Alsace , puis major général des troupr» du Rhin. Mort le <j février 1690.

enverra ces décisions à M. de Saint-Geniès , j'auray soin d'en retirer une copie et de vous l'envoyer; et en mesme temps j'écriray audit sieur de Saint- Geniès en réponse des lettres qu'il m'a écrites.

Pour ce que vous dites des fortifications, ce que ledit sieur de Saint- Geniès fait ne peut provenir que d'une malice qui est assez considérable. Il faut vous mesnager autant que vous pourrez, luy faisant connoistre adroitement les inconvéniens dans lesquels vous tombez par l'augmentation de dépense due à cette mauvaise conduite; mais après avoir fait tout ce qui pourra dépendre de vous, s'il continue, il faut déclarer que vous ne ferez point payer les ouvrier qui travailleront sans vostre ordre. Au cas qu'après le jugement de tous vos différends, qui sera bientost terminé, cette conduite continue, il faudra que vous m'en écriviez amplement, afin que j*en informe Son Eminence et que je puisse prendre mes mesures pour y remédier.

Je suis fort ayse que vous soyez venu à bout de la punition des deux cavaliers, et je ne doute point du bon effet que cela a fait, non-seulement pour le service du roy, mais encore pour vostre propre réputation. Je m'en réjouis avec vous; il faut continuer de bien faire, et estre bien persuadé, comme il est vray, que les bonnes actions sont toujours récompensées.

Vous ne devez rien craindre du sieur Gravel , qui me proteste bien d'estre vostre serviteur; mais quand il ne le seroit pas, il ne vous peut faire de mal; et je ne vois guère d'apparence que, mesme par inclination, il prist le party de M. de Saint-Geniès contre vous, et encore moins qu'il prist le party de vous rendre mauvais office, parce qu'il n'a rien à espérer de M. de Saint-Geniès, et qu'il me voit assez en estât de luy faire plaisir ou de ne le pas faire. Adieu.

(Bibl. Imp. Mm. Meiangn de Colbert, vol. lot, foi. 4»6.)

(Lettre autographe.)

Pari», a may 1609.

M. de Mancini1 est party aujourd'huy à trois heures du matin, et s'en va droit à Brisach, où il arrivera assurément dans dix ou douze jours. Je me joins, pour ce qui le regarde, aux lettres que vous recevrez de Son Eminence.

(1 est arrivé aujourd'huy un ballot de livres dont je vous remercie; c'est • Philippe-Jules Mancini, plus laitl duc de Nevere, alors âBé de dix-huil aus. ( Voir lettre y8. )

un fort bon meuble pour ma bibliothèque. Si vous trouvez dans les villes huguenotes, vos voisines, les œuvres de Jean Huss et Jérôme de Prague, en grand papier, qui est un livre assez rare, je vous prie de me l'acheter.

J attends avec impatience vos comptes de l'année dernière.

Pour ce qui est du passage des troupes de l'Empereur1, il y a peu d'apparence qu'elles prennent la route d'Alsace; néanmoins il faut estre fort sur vos gardes. Si vous prenez bien vos précautions, par les moyens que vous dites, il est impossible que vous ue soyez averty assez à temps de leur marche; et il sera fort bon, en ce cas, que vous donniez avis de tout ce que vous apprendrez à M. le mareschal de La Ferlé.

(Bibl. Irap. Mes. Mfontfr* de Colbert, vol. toi, foU39.l

(Lettre autographe.)

Paris, a 4 may tCfy.

J'ay résisté quatre ou cinq jours; mais j'avoue à Vostre Ëminence que je suis presque abattu et que j'ay besoin de me retirer pour un jour ou deux et de me mettre dans quelque remède pour empescher la suite du déplaisir que me donne l'atTairc de l'évesché de Luçon 2. Je déclare à Vostre Eminence, avec vérité, que depuis le jour que je luy en parlayà

1 Léopold T\ empereur d'Allemagne, archiduc d'Autriche, né en i6fio. Roi de Bohême en i(>54, empereur en i658. Mort à Vienne, le 5 mai 1705. (Voir lettre 40.)

* Cette affaire avait donné lieu à toute une négociation préliminaire, sur laquelle deux lettres de Colbert de Terron , à Jean-Baptiste Colbert, renferment de curieux détails que celui-ci avait un peu oubliés. Voici ces lettres :

rBrouage, a3 juin i658. L'évesque de Luçon • a environ soixante - quinic ans, d'une santé délicate, sans avoir pourtant aucune incommodité; et comme il n'a aucun soin que celuy de se conserver, il y a apparence qu'il pourra encore vivre quelques années. Pour parvenir à la coadjutorerie de cet évesché, il y a deux voyes : celle de l'autorité et celle de l'amitié. Pour celle de l'autorité , jamais l'occa-

sion n'a esté plus plausible pour s'en servir, cet évesque n'ayant jamais fait aucune fonction épiscopale, n'ayant jamais administré I» ordres, ni fait aucune visite dans sundi©cé*e. Quelques prétendans a celle coadjulorcrK firent écrire par le Roy à cet évesque, il y i environ un an, et la leUre luy fust rendue par un exempt des gardes. Sa Majesté se plaignoit, par sa lettre, de rabandonnement de cet év«ché et disoit que, pour l'acquit de sa conscience, il estait obligé de solliciter l'ëwwp? de faire son devoir, et , en cas de manquement, de luy donner un coadjuleur. L'évesque répondit de bouche à l'exempt que, quand il plairait au Roy de luy donner un coadjuleur. il le recevrait volontiers, mais que pour luy il n'en prendrait ni choisirait jamais. Suivant cette première démarche, il semble que le ft"

• Pian* Nivelle , abbé de Saint-Sulpico en 1 6a5 , évoque de Luçon en i 637. Mort eu c*Uc vdlc k 1 1 f*

* rier 1661 , âgé de soixante et quinze ans. — Nicolas Colbert occupa après lui cet évéehé , du «4 juillet 16*1

* 1 67 » , époque n laquelle il fut nommé à Aiiicrre.

Abbeville , je n'ay prétendu ni la coadjutoreric , ni l'évesché, quand raesme il auroit vaqué depuis ce temps-là; mais il est vray que l'évesque ayant travaillé l'espace de dix-huit mois entiers à s'informer de mon frère à tous les docteurs de la faculté de Paris, à nostre insçu et sans nostre participation, et nous ayant ensuite offert sa coadjutorerie publiquement et au sçu de presque toute la faculté de Paris, j'eus assez de peine de me tirer avec honneur de ce mauvais pas lorsque Vostre Eminence me dit qu'elle ne pouvoit m'accorder cette coadjutorerie à cause des conséquences. Néanmoins cette raison me servit à remettre ledit sieur évesque; mais à présent que Vostre Émincnce l'accorde à la première prière qu'un autre luy en fait, je ne puis trouver de remède au mauvais effet que cette disgrâce causera dans l'esprit de tous les hommes contre nous. Et plust à Dieu qu'il

luy pourrait écrire une seconde fois et luy dire qu'ayant esté informé que son âge et son indisposition renipeschoient de vaquer aux fondions épiscopales dans son diocèse, lequel est d'une fort grande estendue, Sa Majesté «voit résolu , pour l'acquit de sa conscience , de luy donner un coadjuleur, et que néanmoins, ne voulant rien faire en cela qu'avec sa participation et de son avis, il m'aurait à moy, de Terron , ordonné de le voir pour conférer avec luy là-dessus, etc.

«tll faudrait faire rendre cette lettre par quelque manière d'officier de la maison du roy; et moy, quelque temps après, sans tesmoigner aucun empressement, je luy écrirais sur l'ordre que j'aurais eu de la cour et prendrois sou heure pour l'entretenir. Il faudrait que je fusse bien informé du pouvoir des rois en ces occasions-là, et que, par une instruction que vous pourriez m'envoyer, vous me rendissiez capable de luy parler en homme sçavant. Vous sçaurez que cet évesque est d'un esprit craintif et timide, et que l'on peut entreprendre des choses sur luy que l'on n'oseroit pas sur un autre.

«Par la voye de l'amitié, je ne sçais pas un ministre plus propre que moy, parce qu'en deui ou trois visites, que j'ay rendues à ce prélat, je me suis donné une assez honneste hardiesse qu'il n'a pas désapprouvée , et mesme que je suis sur le point de luy demander une rhaooinie. Outre cela , j'ay habitude avec Messieurs Buon (?), ses parons. Ils ont un frère auquel ils ont envie do faire donner quelque

employ : en leur donnant cet employ, ou le leur faisant espérer comme une chose prochaine, je les engageray fortement à me servir. C'eut tout ce que je puis faire sçavoir en réponse de vostre billet, et que si vous m'employez en ceUe occasion , j'en seray bien a y se et fera v tout mon possible pour y réussir.»

«La Rochelle, 3o septembre 1 658. J'ay esté ce matin chez l'évesque de Luçon pour le voir. Il m'a fait demander par son valet de chambre ri j'avois quelque chose de pressé à luy dire; en cas que non , il m'a prié de le dispenser de me prier, parce qu'estant encore (bible, il appréhendoit de s'engager en conversation. Ma réponse a esté que je n'avois rien de pressé et que je ne voudrais pas l'incommoder pour quoy que ce fust au monde , et que néanmoins, estant à propos qu'il sçust le sujet de ma visite, je le luy ferais sçavoir par une lettre que j'écrirais avant que de partir de Luçon. Le valet de chambre m'es tant venu apporter l'approbation de cet expédient, j'ay écrit la lettre , par laquelle je crois avoir satisfait à ce que vous m'aviez ordonné; et j'estime , sur diverses apparences, que le bonhomme a autant d'envie d'avoir M. l'abbé pour coadjuteur que vous en sçauriez avoir de le luy donner. 11 a esté malade de fièvre, mais présentement il se porte bien ; il luy reste quelque foi blesse , sans aucune mauvaise marque. S'il arrivoit faute de luy, je donnera)' ordre que sur-lechamp il parte un homme pour vous eu donner avis." (Bibl. lmp. Mss. Mèl d* ihlbrrl. vol. 101. fol. ao3 et S7H.)

ne tinst qu'à renoncer pour jamais à toute prétention d'évesché pour nous espargner le déplaisir que nous en recevons ! Je puis assurer à Vostre Eminence que luy et moy nous travaillerons toute nostre vie à mériter les grâces qu'il plaira à Vostre Éminence nous départir; mais nous les attendons sans aucune impatience. Et quand il demeurerait toute sa vie dans Testât où Vostre Éminence l'a mis, il ne serait pas malheureux puisque Vostre Éminence a fait admettre deux résignations d'abbayes en sa faveur : l'une, d'un oncle qui avoit cinquante-deux ans et 3,ooo livres de revenu; l'autre, de pareil revenu, d'un de nos alliés qui avait trente ans; et quelle a eu la bonté de luy donner une prévosté de 900 livres de revenu et un prieuré de 3,ooo livres, sur lequel il y a g, 000 livres de pension. Voilà Testât véritable auquel il est, qui serait assurément fort heureux si Tévcsque de Luçon n'avoit jamais pensé à luy.

( Bibl. Irap. Mw. Balaie, Papier, de» Armoire*, vol. 33 1 . M. 117.)

(Lettre autographe.)

Paris, 6 juin i659.

J'ay bien du regret de voir que vous avez mieux et plus véritablement connu M. de Mancini en ce second voyage que vous avez fait à Brisach, qu'au premier. Vous l'avez pénétré entièrement quand vous avez jugé que son plus grand défaut cstoit la paresse. En un mot, c'est un esprit qui a des lumières, mais il est tellement enveloppé dans la matière qu'il ne s'en sçauroit débarrasser. Je ne sçais encore si Son Eminence luy fera réponse ou non; mais je prévois sa perte presque inévitable, s'il ne change de conduite, à quoy je ne vois guère d'apparence. Je vous feray sçavoir si Son Eminence luy fera quelque réponse ou non

Je vous envoyé un mémoire que j'ay fait en examinant vos comptes, sur lesquels je vous demande des éclaircissemens qui me sont nécessaires, afin que je puisse rendre compte du tout à Son Éminence. Je crois qu'il

1 Quelques jours après, Colbert écrivait en- et tout le monde est persuadé que c'est sa plus core à son frère : grande punition; il sera assez malhec

«Je me remets à tout ce qoe je vous ay pour obliger enfin Son Éminence à Iny

écrit sur le sujet de M. de Mancini et à la lettre der ce qu'U demande avec tant H'inj

de Son Éminence que je vous ay envoyée, la- mais il sera trop lard. Autant que vous I**

quelle il faudra luy faire voir. Le plus grand pourret porter à changer de sentiment, ne

mal de ce gentilhomme est qu'il croit que son manquei pas de le taire.» plus grand avantage est de retourner a Rome,

AVEC MAZARIIV

partira dans douze ou quinze jours pour s'en aller en Guyenne. Je ne sçais encore si j'iray avec luy ou non. Si je n'y vais pas, je demeureray auprès du Roy; en ce cas, je pourray bien faire un voyage à Seignelay vers la fin de ce mois, et je serois bien ayse de vous y pouvoir voir pour vous entretenir de beaucoup de choses. Je crois que, en deux jours de temps, vous y pouvez venir de Brisach en poste ou en relais. Il faut tenir ce dessein fort secret; je vous en avertiray quelques jours d'avance, afin que vous puissiez prendre vos mesures pour y venir.

Il y a plus heu d'espérer la paix que jamais, le voyage de Son Éminence la devant entièrement conclure. Comme c'est la plus glorieuse action que jamais ministre ayt faite, il faudra, chacun de nostre costé, travailler à en relever la gloire de nostre maistre.

(Bibl. Imp. Mss. Mélanget de CoUxrt, vol. toi, fol. 667.)

(Lettre autographe.)

De... (7), 16 juin 1659.

Je supplie très-humblement Vostre Éminence d'avoir la bonté de lire ce mémoire tout entier.

Ma famille me presse de demander à Vostre Eminence la grâce de pouvoir me défaire de ma charge de secrétaire des commandemens de la reyne.

Si la fonction de cette charge peut estre faite également par toute personne qui sera agréable à Vostre Éminence et dont elle sera assurée de la fidélité, je la supplie de considérer que, en m'accordant cette grâce, je mets dans ma famille une somme de deniers fort considérable qui me donne moyen d'élever mes enfans, dont le nombre croist, et de leur donner de quoy se ressentir de la munificence et des bienfaits de Vostre Éminence.

Il est bien difficile que je puisse faire la fonction de cette charge, avec l'assiduité nécessaire, sans préjudicier aux affaires de Vostre Éminence, qui veulent un homme tout entier. J'ajouteray à cela le peu de disposition naturelle que j'ay à faire ma cour auprès des dames, après avoir passé toute ma vie dans un travail presque continuel.

Si, au contraire, Vostre Éminence estimoit que cette charge peut estre remplie plus utilement pour son service par moy que par tout autre, et qu'elle pourroit produire des occasions dans lesquelles je pourrais mieux et plus utilement servir Vostre Éminence qu'aucun autre, la gloire et la satisfaction que je recevrois de pouvoir espérer de marquer quelque jour

ma fidélité estant infiniment au-dessus du prix de cette charge, je supplie Vostre Eminence de ne me pas accorder la permission de m'en défaire.

En un mot, Monseigneur, dans cette affaire, ma famille et moy nous avons deux intérests différens, la décision desquels nous attendons de la bonté de Vostre Eminence: ma famille souhaite que je tire Ubo ,000 livres, qui me sont offertes par plusieurs personnes , du prix de ma charge; pour moy, je souhaite avec une passion incroyable pouvoir me flatter que je puisse un jour rendre quelque service à Vostre Eminence, et qu'elle me distingue de toute autre personne pour cela.

De quelque costé que Vostre Éminence se tourne pour la décision de ces deux intérests, la moindre grâce que j'en puisse recevoir est de 45o, ooo livres, estimant infiniment plus l'ordre de demeurer dans la fonction de ma charge, jrersuadé que Vostre Éminence ne le fera pas qu'elle ne croye que je puis luy estre plus utile qu'un autre1.

(Arcb. de* Aff. étr. France, vol. 167, pièce 77. ^

(Lettre autographe.)

Paris, ao juin 1659.

Je me porte à présent fort bien , grâce à Dieu.

Après avoir bien estudié la lettre de iVf. de Saint-Gcniès, je n'y ay point trouvé ce que vous me dites , qu'il auroit bien voulu se décharger sur vous de tout ce qui est arrivé au régiment de Baithazar. Il me semble qu'il n'y a rien qui tende à cela dans cette lettre.

Si le régiment d'Alsace n'est point en estât de rendre de grands services, il faudra travailler à l'y mettre, à quoy nous avons beaucoup de facilité par la paix, vu qu'il sera entretenu; et assurément il y a beaucoup d'apparence que les meilleurs officiers de toutes les troupes qui sont à présent en Allemagne seront peut-estre bien ayses d'avoir des compagnies dans ce régiment.

Pour le sieur de La Noue 2, puisqu'il s'est fasché du retour du sieur Diesbach3, il aura le temps de s'en consoler; aussy bien, si la paix se fait, comme il n'y a presque pas lieu d'en douter, difficilement Son Éminence permettra qu'il demeure des officiers françois dans ce régiment.

1 Coibert obtint l'autorisation qu'il detnan- 3 Capitaine au régiment d'Alsace,

dait et vendit sa charge à Brisacier, alors in- s Premier capitaine et major au mémo re-

tendant des finances. (Voir lettre th.) ment.

Les officiers demeureront en garnison ît.

La Fore et seront payés fort

Je vous envoyé les mémoires que le sieur Heyss, que vous connoissez, m'a donnés, de tout ce qui a esté dépensé pour les officiers dudit régiment pendant tout le temps qu'ils ont esté en prison. Pour ce qui est de la répartition, ledit sieur Heyss dit qu'il faut la laisser faire auxdits officiers. Cependant je crois vous avoir écrit que j'avois fait payer en cette ville, par le sieur Vanel \ la somme de 5oo livres à M. le comte de Schomberg2, gouverneur. Vous avez bien fait de donner quelque petite assistance à ces officiers.^

Son Éminence commence à espérer quelque chose de M. de Mancini. S'il demeure constant dans les sentimens qu'il tesmoigne par la lettre qu'il a écrite à Son Eminence, et qu'il commence tout de bon à exécuter ce que Son Éminence veut qu'il fasse, il nous donnera à tous la joyeet la satisfaction de le voir remis dans les bonnes grâces du Roy, de la Reyne, et de Son Eminence.

(Bibl. Imp. Mes. M lange, de Colbert, vol. toi. fol. 476.)

(Lettre autographe.)

Paris, 37 juin 1659.

Son Eminence a fait réponse à M. de Mancini et a écrit assez amplement ses intentions à M. de La Neuvelle. Je vois que Son Eminence reprend sa première affection pour luy. 11 faut l'exciter puissamment à demeurer ferme dans la bonne résolution qu'il a prise, et surtout luy faire connoistre que sa paresse est la cause de tout son malheur et qu'à la surmonter consiste toute sa bonne fortune. Je vous prie de contribuer autant qu'il pourra dépendre de vous à luy bien faire connoistre combien il luy est important de surmonter celte paresse.

Il est impossible que je puisse aller cette année à Seignelay; il ne faut pas mesme que vous veniez icy que vous n'en ayez permission de Son

il alla en Portugal combattre les Espagnols, et revint à Paris en 1668. Créé maréchal de France en 1675, la révocation de l'édit de

1 Claude Vanel, financier. Son père, Jean Vanel, banquier, avait vendu à Colbert une maison située rue Neuve-des-Petits-Champs.

1 Frédéric-Armand, comte de Schomberg, né en 1610, servit d'abord en Hollande. En i65o,il vint en France, où il fut fait maréchal 'le camp (i65i), licuteuant général (iG55) et gouverneur de Bourbourg ( 1 657) En 1 6T10,

l'obligea à s'exiler. Après avoir été mid'Étal et gouverneur de la Prusse rhénane, il passa en Angleterre, s'attacha à Guillaume III, et péril à la bataille de la Boyne «onlre Jacques II (11 juillet 1690).

Eminence. A son retour, au mois de novembre, je demanderay celte permission, mais il faut que vous attendiez ce temps-là.

Faites travailler diligemment aux grains de cristal que je vous ay demandés , et donnez-vous bien de garde d'acheter ces bassins et vases de cristal de roche du prix que vous dites. Si vous en trouviez à bon marché, c'est-à-dire un bassin et une aiguière, comme vous le pensiez, à i5, 16 ou 1,800 livres, il faudrait les acheter, ou une seule pièce à proportion, ou quelque autre sorte de 6gures ou de vases.

Il ne seroit pas mauvais que vous allassiez faire un tour, comme une promenade, à Nuremberg et à Augsbourg, quand ce ne seroit que pour voir ces villes impériales. Vous y pourriez acheter une couple de bassins et de vases des plus beaux, et prendre vos mesures justes pour en faire faire d'autres au cas que ceux que vous m'auriez achetés fussent trouvés beaui. Pour la manière, les ronds sont plus estimés icy que ceux des autres figures. Ceux qui sont plus ordinaires en Allemagne sont à godrons, partie vermeil doré et partie blancs , et mesme assez petits. Vous prendrez les plus grands que vous pourrez trouver, et vous préférerez les ronds ou grands ovales tout vermeil doré aux autres; mais si vous y allez, il ne faut pas revenir sans acheter quelque chose. Et outre cela, faites faire pour moy deui bassins ovales de la forme des vostres et deux aiguières de mesme unies, vermeil doré , et mandez-moy le prix que vous en donnerez. Vous devez avoir le marc vermeil doré à 33 ou 36 livres; si cela va jusqu'à 4o livres, ce ne sera pas bon marché.

(Bibl. Imp. M*s. Mtlangt* de Collxrt, toi tat.foL 186.1

(Lettre autographe.)

Fontainebleau, 5 juillet 16S9.

Je suis venu icy pour faire voir au Roy et à la Reyne tous les échantillons et les dessins de broderie que j'ay fait faire ; et Leurs Majestés ayant fait le choix de tout, je m'en retourne à Paris pour faire les marchés et faire incessamment travailler à toutes choses. Si Vostre Éminence a besoin de raoyîcy, j'y reviendray; sinon je demeureray à Paris pour presser tous ces ouvrages et pour toutes les choses que Vostre Éminence m'a ordonnées. J'attendray à prendre résolution sur cela, après avoir sçu les intentions de Vostre Éminence par ses premières.

Le Roy a pris pour livrée de la Reyne, sur du drap écarlate, une bande étroite de velours bleu, enfermée de deux petits passemens d'argent, ce

qui sera (lasse* grande dépense. J'avois fait faire le passement cy-joint, après beaucoup dessais, lequel, à mon goust, estoit fort beau et n'auroit pas esté de grande dépense; mais comme il n'a pas agréé au Roy, si Vostre Éminence vouloit une livrée avec de l'argent, je serois d'avis de prendre ce mesme passement, en changeant les couleurs.

Avant de partir de Paris, j'ay mis entre les mains de Courtet le mouvement de la montre de la feue Reyne mère (Marie de Médicis). H m'a promis de travailler à la boiste d'or avec toute la diligence possible; mais il m'a dit ne pouvoir le faire que dans trois mois d'icy.

J'ay laissé entre les mains du comte de Sannazare 1 un projet de contrat pour la vente du duché de Nivernois , sur lequel nous devons nous assembler demain après le disner. Si nous pouvons convenir des conditions de cette vente, j'estime que ce sera une grande et considérable affaire pour la maison de Vostre Eminence. Elle en sçaura le succès par le premier ordinaire.

J'envoye à Vostre Eminence l'échantillon que le Roy a choisy; ce sont les bandes de velours bleu , avec deux passemens d'argent , sur un drap écarlate, ce qui coustera trois fois autant que l'échantillon du passement, aussy cy-joint , que j'avois fait faire.

(Areh. des Aff. étr. Franct, vol. 167, piècr 99.)

(Lettre autographe)

Paris , 9 juillet 1669.

J'envoye à Vostre Éminence toutes les lettres que je viens de recevoir de Fontainebleau ; j'adresse au sieur de Terron toutes les lettres que le Roy m'a envoyées aujourd'huy pour mademoiselle Mancini3; j'en useray à l'avenir ainsy que Vostre Eminence me l'ordonne.

1 Le comte de Sannazare était ambassadeur Enfin, le 1" octobre suivant, Colbert de

du duc de Mantoue, à Paris. Terron écrivait de Bordeaux au cardinal Maxa-

* Marie Mancini, née à Rome en 1639, rin: ■ Je dois rendre compte à Vostre Eminence

mariée le 11 avril 1661 au connétable Laurent Colonna. Morte en 1715.

11 résulterait de cette lettre qu'à la date du 9 juillet ifiSg Mazarin favorisait la correspondance de Louis XIV avec sa nièce. Cependant, trois jours après, il adressa au Roi nés représentations très-fortes au sujet de l'intention qu'il avait manifestée d'épouser Marie Mancini. Voir, à cet égard , une lettre de Mazarin à Louis XIV, dn 19 juillet 1659 (Appendice).

d'une aventure à laquelle je me suis trouvé, et en laquelle je ne sçais pas trqg bien me conduire. Depuis que mademoiselle de Mancini a cessé d'écrire au Roy, j'ay reçu deux petits billets pour elle, et le dernier a esté avec un petit chien que Sa Majesté luy a envoyé. On m'a ordonné si expressément de rendre ces billets avec le dernier secret, que je n'ay pas mesme osé le dire à madame de Venel. Ils ont esté sans réponse, mademoiselle de Mancini

La Reyne n tesmoigné à M. Le Tellier quelle avoit beaucoup d'impatience d'apprendre que Vostre Eminence eusl reçu sa lettre.

Je crains que Vostre Éminence ne trouve mauvais que j'aye envoyé le sieur Picon pour porter exprès les pierreries du sieur Lescot; mais n'ayant trouvé aucun courrier qui fust dépesché , j'ay cru ne les devoir point hasarder par les ordinaires.

Le sieur de Terron m'a fait remettre les appointemens de Vostre Éminence de l'année dernière et de la présente, ensemble les dépenses de Vostre Éminence de ces deux années, ce qui n'empesche pas qu'il n'ayt le débet de ses comptes de l'année dernière, qui doit monter à plus de 5oo,ooo livres dont Vostre Éminence peut disposer.

Je rendray compte plus exact à Vostre Éminence du contenu en ses dépesches du 6 de ce mois, que j'ay reçues ce soir. J'enverray par le premier roulier qui partira dans un jour ou deux le cabinet et la table que Vostre Éminence m'a demandés, la tapisserie des Acte» des Apostres et les habits de Vostre Éminence.

Il y a desjà quelque temps que la tapisserie des Hommes illustres, achetée par le sieur Lange, est arrivée en cette ville avec quelques cabinets et tableaux; mais comme ces derniers estoient fort grossiers, je les luy ay fait

estant demeurée constante et Terme dans sa résolution de ne plus écrire. Aujourd'hui matin , ayant remercié le Roy de ce chien qu'il a envoyé , il m'a dît que le plus grand plaisir que je sçaurois jamais luy faire estoit de rendre les billets qu'il ra'adresseroit, avec le dernier secret. Il m'a fait venir à la ruelle de son lit, et il n'y avoit personne dans sa chambre lorsqu'il m'a parle5. J'y avois esté introduit par M. Blouin de qui il avoit sçu que j'eslois arrivé icy. Vostre Éminence m'ordonnera, s'il luy plaist, comment j'auray à me conduire au cas que des billets me tombent encore entre les mains...» (Archives des Aff. étr. France, vol 168, pièce 79.)

Dans cette leUre, Colbert de Terron ne disait pas toute la vérité , mais il ne parvint pas à tromper le Cardinal qui , en répondant le ao octobre à une lettre de Colbert du 1" de ce mois, lui écrit à ce sujet : «Je vous diray en grande confiance ( vous priant de n'en rien tesmoigner jusqu'à tant que je vous aye entretenu de vive voix) que je n'ay pas sujet

d'eslre satisfait du sieur de Terron sur le sujet de ma nièce; car, après que j'ay fait rompre tout le commerce, il n'a pas laissé de le faire de fait, et de rendre à mon inscu et à celoy de madame de Venel des lettres à ma nièce, avec grand secret , ce qu'il a fait valoir au Roy dansun dernier voyage à Bordeaux ; et ayant reconnu . parce que Rlouin luy a dit , d'avoir mal fait, et que ledit Rlouin m'avoit informé de tout, il m'écrivit une lettre me faisant excuses s'il 11avoit rien communiqué à madame de Venel, et me disant qu'il avoit bien résolu de me donner part de tout et me demander en quelle manière il en devoit user à l'avenir ? à quoy j'ay répondu qu'il ne devoit plus rendre aucune lettre et qu'il avoit mai fait d'en rendre a i'insçu de madame de Venel. Je sçais en outre que, apiv* mon retour à La Rochelle , il a fait entretenir ma nièce, mal à propos; car il faut ayder à éteindre le feu et non pas porter matière pour allumer." (Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,700. fol. 3. — Coll. de doc. inéd. Mélangea hutoriqua. par M. Champollion-Figeac, II. 5o3.)

• Premier valet de chambre du roi. Son fil» lui succéda dans «es fonction» <•! mourut intendant do rbàteau de Versailles, le 1 1 novembre 1719, à\>é de imitante et «tome ans.

reprendre. Quant à la tapisserie, Voslre Èininence la peut donner sans regret , estant fort commune.

Je m'en retourne à Fontainebleau dans deux jours pour y demeurer le plus longtemps qu'il me sera possible.

( Arch. des AIT. étr. France, roi. 167 . pièce 10A.)

20/i. — A MAZARIN.

(Lettre ordinale.)

Paris, 1 3 juillet i65ç>.

J'ay fait rendre toutes les lettres de Vostre Éminence à leur adresse...

M. Vigarani a vu, avec M. Valpergue, le palais de Vostre Éminence; mais il n'a pas trouvé qu'il y eust assez d'espace pour faire les bastirnens nécessaires pour l'exécution de ses dessins. J'ay écrit à M. Ratabon, qui est à Fontainebleau, de se rendre en cette ville pour faire voir tous les plans et tous les dessins du Louvre audit sieur Vigarani, afin de résoudre promptement ce qu'il y aura à faire. Aussytosl qu'il aura mis par écrit ses dessins, je ne manqueray pas d'en procurer l'envoy à Vostre Éminence.

Pour ce qui est de son palais, M. Valpergue travaille au dessin de ce qui est à faire pour achever au moins le carré de la cour des écuries; mais comme il m'a fait voir que ce bastiment est attaché à celuy qui continue jusqu'à la rue Vivienne, je doute que nous puissions prendre aucune résolution sur ce sujet avant le retour de Vostre Éminenco.

(Bibl. lmp. Mm. Ba)u«e, Papier, de, Armoire,,™). 33 1 , foi 1*6.)

(Lettre antographe.)

Paris, a5 juillet i65y.

Je suis bien ayse d'apprendre toujours des nouvelles de M. de Mancini, mais je ne vois pas que ses belles promesses aboutissent jusqu'à présent à îjrand' chose, et je dois vous dire, pour le luy faire sçavoir, que si Son Eminence n'apprend qu'il se lève de grand matin , qu'il fasse tous les jours régulièrement ses exercices et qu'il s'applique à apprendre l'allemand, et fnCm à vaincre sa paresse naturelle, il courra risque de demeurer là longtemps. Ce sera assurément cette application qui abrégera son séjour.

Donnez 200 livres de gratification au curé de Giromagny l; mais il faut luy persuader de demeurer dans ce village , estant bien nécessaire de multiplier les prestres françois qui sont en ce pays-là , au lieu de les retrancher. Il seroit mesme peut-estre fort bon et avantageux d'y envoyer quelque mission, avec la permission de l'évesque de BAle. Enfin, c'est à vous à pourvoir, par tous les moyens possibles, à ce que les personnes qui ont des âmes à gouverner, dans l'eslendue de vostre employ, soyent bien disposées à travailler incessamment par la confession, excitation et prédication, à renouveler les cœurs de ces peuples, et à les faire devenir bons François. Vous sçavez assez combien ce pays est important, pour que vous vous y appliquiez tout de bon; il seroit mesme bien à propos que vous fissiez souvent par vos lettres des propositions à Son Éminence, ou à M. Le Tellier mesme, dans cette vue.

Il faut vous servir de toutes les craintes des jésuites, pour les obliger de faire leur devoir, c'est-à-dire qu'il faut que, dans toutes leurs prières, leurs confessions, leurs prédications, ils parlent toujours du Roy et mesme quelquefois de Son Éminence, leur faisant connoistre que, quand ils agiront bien, ils ne manqueront pas de protection et de subsistance, et au contraire.

Si M. de Saint-Geniès a fait le discours que vous me rapportez2, c'est un meschant esprit; et vous sçaurez que la cause seule et véritable de la perte de M. de Mancini vient de meschans esprits qui se sont servis de la mesme invention pour luy donner de la hayne contre M. de Baatz [d'Artagnan], qui estoit, comme vous sçavez, son gouverneur. 11 seroit peutestre bon que vous fissiez connoistre à M. de Saint-Geniès que M. de Mancini a rapporté ce discours à M. de La Neuvelle, luy exagérant de quelle importance il est d'oster, par ce moyen , la créance que M. de Mancini doit avoir audit sieur de La Neuvelle.

( Bibl. Imp. Mm. JMaitf*. * Colbert, roi. lot , foi. ho*.)

1 Chef-lieu de canton, arrondissement de Belfort (Haut-Rhin).

* D'après La Neuvelle, le marquis de Saint- Geniès aurait dit au jeune Mancini que, s'il roulait retourner à Paris, il devait guérir son

précepteur des a mou relies qui le retenaient i Brisaeh. De plus, Saint-Geniès aurait, par s» railleries continuelles, cherche' à rendre I- Nenvelle odieux au neveu du Cardinal.

(lettre .uU^pbe.)

Pari*, i" aousti659.

Il faut mettre le meilleur ordre que vous pourrez aux fiefs relevant du roy; et si vous pouvez introduire doucement les aveux et dénombremens , ce sera un grand avantage. Il faut néanmoins que vous observiez de ne pas réduire la noblesse en pire estât qu elle n'est dans les autres pays d'Allemagne; seulement, vous devez empescher les exactions à l'égard du peuple, qu'il faut maintenir [protéger], estant nécessaire de faire en sorte, s'il se peut, que les peuples soyent mieux traités en Alsace que dans tous les autres pays d'Allemagne.

Je suis bien ayse que vous puissiez faire toutes les affaires du Conseil souverain avec ce qui vous reste de juges, les sieurs Bossuet et Favier ayant quitté; le plus petit nombre de juges est assurément le meilleur pour les peuples. Surtout, il faut travailler à faire des règlemens et un style certain pour rendre la justice.

Je commence à désespérer que M. de Mancini change de conduite. J'écris encore une lettre assez forte sur son sujet à M. de La IVeuvelle, par cet ordinaire.

Le bruit de son mariage est un bruit de basse-cour; assurément, il ne doit attendre à présent aucun avantage que de sa propre vertu, parce que, s'il ne change de conduite et ne donne satisfaction à Son Éminence, il court risque de s'en retourner à Rome. Il n'importe guère quelle personne soil le mieux auprès de luy, pourvu que chacun contribue à luy donner les sentimens qu'il doit avoir; mais si quelqu'un s'en départ en choses importantes, je crois que vous devez m'en avertir; et si vous estimez nécessaire d'en écrire à Son Éminence, vous le devez faire.

Le sieur du Fay1 est assurément homme démérite et fort considéré par Son Éminence, et qui a esté lieutenant-colonel d'un régiment; c'est pourquoy il n'avoit esté guère à propos de le noter dernier capitaine de Brisach ; c'est ce qui a obligé Son Éminence de ne le point incorporer, mais de le tenir séparé des autres compagnies sans décider s'il sera le premier ou le dernier; et si les autres s'en plaignent, ils ont tort.

Pour ce qui est du collège des jésuites, il faut les renvoyer au roy, leur disant qu'il en faut parler â M. Le Tellier, qui a le département de la pro-

1 Chartes du Fay, lieutenant-colonel au ré- huit ans. Maréchal de camp et commandant ginrent d'Harcourt, où il servait depuis vingt- de Brisach en 1676. Mort en juin 1693.

vùice; que vous l'avez desjà informe* de leur nécessité, que vous l'en informerez encore , et que vous estes presl à exécuter les ordres qui vous seronl envoyés. . .

( Bibl. lmp. Mss. Mtlangts de Colbert, vol. 101, fol. 6oU

(Lettre originale.)

Paris, 3 a oust 1669.

Toutes les dépesches de Vostre Eminence estant remplies d'impatience pour toutes les choses qu'elle a icy ordonnées au sieur Lescot , je la supplie bien humblement de croire que le déplaisir que je ressens quand je ne puis satisfaire ponctuellement aux ordres qu'elle me donne , est assurément plus grand qu'elle ne s'imagine. Il ne se passe point de jour que je n'aille une fois chez Lescot et que je n'y envoyé une autre fois. Je luy fais voir toutes les lettres que je reçois de Vostre Éminence, et l'excite par toutes les raisons et les instances possibles; mais j'avoue que je ne suis pas trop satisfait de luy, et encore moins de sa fille, qui n'a pas tout l'ordre ni tout l'esprit qu'elle croit pour avancer ces ouvrages avec la diligence nécessaire.

Vostre Éminence aura encore le déplaisir de recevoir cette dépesebe avant le garde qu'elle m'a envoyé , que je retiens pour luy envoyer toutes les choses que ledit Lescot me promet pour demain au soir. S'il satisfait à sa parole, le garde pourra arriver en mesme temps que l'ordinaire ou quelques heures après. Mais comme il ne portera point encore tout, non pas mesme la grande croix d'or garnie de diamans, qui ne sera achevée que dans huit jours, si Vostre Éminence envoyé icy quelqu'un, je me serviray de son retour; sinon je la supplie de me faire sçavoir si j'enverrav un homme exprès. . .

(Bibl. Imp. Mm. Bal uxe. Papier* de* Armotre*. vol. 33 1 . fol. i;3.)

(lettre antogr.ipbe.)

Paris, 8aoust i65t>.

Je suis bien ayse que vous soyez en chemin pour faire le voyage de flruremberg et d'Augsbourg. Il est toujours bon de voir des villes, mais il faut le faire avec diligence, et que le voyage n'emporte pas trop de vostre

temps, parce que, assurément, vous avez ample matière de le bien employer. Je voudrois sur ce sujet que vous fissiez une estude régulière des ordonnances royales, estant nécessaire de les sçavoir, particulièrement dans la profession que vous avez embrassée, en laquelle je ne doute point que vous n'ayez l'ambition de paroistre. Je vous avoue que je hrusle d'envie de voir nostre famille s'élever par les voyes d'honneur et de vertu, et que tout le monde demeure d'accord que la fortune que nous avons nous est due. Nous sommes quatre frères1 : les trois autres sont en assez bon chemin de parvenir, ainsy que je vous souhaite, et je fais encore plus de fondement sur vous. Regardez de ne pas tromper mon espérance.

Je partira} au commencement du mois prochain pour le voyage de service, quand la cour sera de retour. J'estime qu'il sera nécessaire que vous fassiez un voyage en cette ville; niais si elle revient trop tard, il faudra remettre ce voyage à Pasques.

Pour ce qui regarde les amodiataires des forges, vous avez bien fait de donner vostre billet en la forme que vous avez fait. S'ils se pourvovenl au Conseil du roy, on vous renverra la connoissance de cette affaire.

Il est important que vous informiez soigneusement Son Eminence de tout ce qui regarde ses mines, afin qu'elle ne vous impute point si elles viennent à dépérir. Vous sçavez assez combien Son Eminence a cette sorte de revenu à cœur pour vous appliquer avec tout le soin possible à en empescher la ruine.

Vous me ferez plaisir de me mander de temps en temps si mon cousin2 s'applique à bien servir et s'il travaille fortement, et ayez cure s'il quitte les mauvaises habitudes de nostre ville3.

Si M. de Mancini ne prend garde à luy, il ne se sauvera pas du malheur dont il est menacé; mais il me semble que M. de La Neuvelle, et vous aussy, devriez le luy dire avec plus de liberté, et mesme rendre compte véritable à Son Éminence de toute sa conduite.

Si Son Éminence avoit pris la résolution de le faire revenir avant le voyage, je n'aurois pas manqué de vous le faire sçavoir. J'attendray avec impatience des nouvelles de vostre voyage.

(Bibl. Imp. Mm. Balinc , Papiers des Armoires , vol 178 , Toi. to.)

1 Savoir, par rang d'âge : * Chartes Colbcrt de Séraucourt. (Voir let-

i* Jean-Baptiste Colbert; tre i83, note a.)

a" Charles Colbert; 1 Ce Charles Colbert était précV-demmenl

3° L'abbé Nicolas Colbert; président au presidial de Reims. Il s'agit donc

4" François- Edouard Colbert . avait cm- de cette ville, où Colbert et son frère étaient

brassé la carrière militaire. nés.

(Lettre originale.)

* Paris, 17 aoust 1659.

Je reçus hier deux lettres de Vostre Éminence, Tune du 7 de ce mois en réponse à la mienne du 07 du passé, et l'autre du 9, par un capitaine du régiment de La Fère qui m'a donné part du sujet de son voyage vers Vostre Eminence. Je l'ay fait partir aussytost pour aller chercher le gentilhomme qui s'est ouvert à luy et l'ay prié de me donner tous les jours de ses nouvelles. En mesme temps, j'ay vu M. l'abbé Fouquet qui m'a promis de travailler fortement de son costé. Je conféreray demain sur le tout avec M. le Procureur Général, à son retour de sa maison de Vaui. De ma part, j'ay réitéré les ordres que j'avois cy-devant donnés, et je continueray à suivre cette affaire avec toute l'application que Vostre Eminence m'ordonne. Cependant je dois luy dire que le plus seur moyen d'empescher le mal que ces gentilshommes veulent faire est assurément d'envoyer en Normandie un bon régiment de cavalerie et un d'infanterie commandé par un lieutenant général. J'en ay cy-devant écrit à Vostre Éminence, el j'en écris encore par cet ordinaire à M. Le Tellier l. Je sçais bien que lorsque ces troupes y seront, il sera encore plus difficile d'en prendre quelques-uns; mais j'estime que ce mal sera moindre que celuy de courre risque de voir tout d'un coup quelque grande assemblée de noblesse en cinq ou six provinces.

Le procès par contumace contre les principaux de ces gentilshommes s'instruit toujours au Conseil 2 et sera assurément en estât d'estre jugé dans quinze jours ou trois semaines. Le fruit que l'on peut tirer de l'arrest de condamnation qui interviendra est de faire raser leurs maisons. Pour qu'on passe à cet avis, il est nécessaire que M. le Chancelier reçoive ordre du roy d'aller présider le Grand Conseil, lorsque ce procès sera rapporte*.

(Bibl. Imp. Mm. BaiiiM. Papùrttk* Armoire, vol. SSi.fcL «jo )

1 Cette lettre se trouve à la Bibl. Imp. S. F. chés, etc., de ceux relatifs aux péages , subsides 3.oo4. Le Tellier, Papier, d'État, vol. «6, fol. et impositions sur les marchandises , des arrêt*

«47. C'est une simple répétition de celle que contraires rendus par les parlements, etc. On nous donnons ici. ne sailpar quel biais l'affaire des gentilshommes 1 Il s'agit, comme on le verra plus loin, du (voir leUre 179) lui fut déférée. Aussi le par- Grand Conseil, cour souveraine qui suivait le lement dp Paris la revendiqua-t-il , ma» vii-

i, quand il In voulait. Il connaissait des procès inlentés à raison des archevêchés, évé-

(Ut^ originale.)

Paris, 90 aousl 1669.

J'ay fait aires ter le chevalier de Gent et l'ay fait mettre à la Bastille. Après avoir communiqué à M. le Procureur Général le contenu en la dépesche de M. Le Tellier et pris ses avis, j'ay envoyé à M. le comte d'Harcourt une dépesche du roy portant ordre de se rendre à la suite de Sa Majesté, pour l'accompagner en son voyage. Aussytost que mon courrier sera de retour, je feray sçavoir sa réponse à Vostre Eminence.

J'ay aussy communiqué à M. le Procureur Général tout ce qui m'a esté dit par le gentilhomme que Vostre Eminence m'a dépesché. En mesme temps, j'ay fort excité M. de Pomereu 1 pour redoubler ses diligences. J'ay écrit de ma part en Normandie aux personnes dont je me suis cy-devant servy, et les ay priées de recommencer de nouveau à travailler tout de bon. ML le Procureur Général approuve l'ouverture que je luy ay faite de renvoyer les intendans des trois généralités de Normandie *, leur faisant connoistre un peu fortement que le Roy ne peut eslre satisfait de leur conduite, vu qu'ils touchent de grands appointemens dans des provinces où il y a une si grande et si considérable cabale contre le service de Sa Majesté, mesme des décrets de prise de corps contre une grande partie des gentilshommes, sans qu'on en ayt pu faire arrester aucun. Les plaintes que Vostre Eminence fait depuis longtemps sur ce sujet sont si justes et si raisonnables qu'il est impossible de n'estre pas surpris de voir le roy si mal servy. Et pour moy, je ne puis pas me dispenser de dire à Vostre Eminence que si j'avois un frère intendant dans l'une de ces généralités , je ne pourrois pas m'empescher de demander sa révocation , s'il avoit rsté si peu zélé que de ne pas découvrir une affaire de celte importance.

Outre toutes les voyes ordinaires dont on se sert, ma pensée seroit que l'on fist des dépesches du roy aux intendans des généralités de Rouen, Caen, Alençon, Orléans et Touraine, pour leur tesmoigner la mauvaise satisfaction (nie le Roy a de la continuation de ces cabales : qu'il désire qu'ils employent toute l'autorité que Sa Majesté leur a commise pour en découvrir les auteurs et toute la suite, et particulièrement pour faire ar-

• François de Pomereu, seigneur de La Brctesclie, maître des requêtes, président au «îrand Conseil , ancien intendant en Picardie. Mort ou 1661. (Voir, à l'Appendice, plusieurs

lettres de lui à LeTdlier sur le procès des gentilshommes normands.) Poinereu présidait la commission chargée de les juger.

rester ceux contre lesquels il y a des décrets de prise de corps; que, pour cet effet, ils mettent en campagne les prévosts des mareschaux, et que. comme Sa Majesté est fort bien informée que les prévosts ne peuvent manquer l'exécution desdits décrets, vu que tous les coupables ne bougent de la province, elle est résolue de casser tous lesdils prévosts s'ils n'exécutent lesdits décrets. Et, en effet , j'estimerois très-nécessaire de les casser s'ils manquoient à leur devoir, estant important de remettre tous les ofiW ciers dans les fonctions de leurs charges pour lesquelles ils sont establis. Il est certain qu'il est impossible que le roy ne soit pas bien servy, quand on observera de ne remplir les charges que de gens capables de les bien exercer, et qu'on les punira quand ils manqueront. C'est à quoy la paix convie Vostre Éminence. Et assurément elle trouvera par expérience que le roy sera mieux servy, et plus seurement, par les voyes ordinaires que par les extraordinaires . . .

(Bihl. Imp. Mm. Bniiiri-, Papier» dm irmoirt» , vol. 3St, fol. 191.)

(Lettre autographe.)

Paris, 96 aoust i65<j.

Monseigneur, je vous adresse le paquet de M. le comte d'Harcourt. qui a esté apporté par le courrier que je luy avois envoyé.

J'ay pris la liberté d'ouvrir vostre dépesche pour sçavoir si nous n'aurions rien à faire de deçà; et, en effet, je l'ay fait voir à M. le Procureur Général , qui m'a promis de faire donner quelque argent audit sieur comte aussytost qu'il sera arrivé. Au cas que vous luy fassiez réponse , je rrois (ju'il est bon que vous la fassiez double (l'une contenant la volonté du roy, au cas qu'il ne touche point d'argent , et l'autre luy faisant connoisuv que vous avez écrit par ordre de Sa Majesté pour luy faire donner quelque assistance, et qu'aussytosl qu'il l'aura reçue, il ne manque pas de se mettre en chemin), afin que je me puisse servir de l'une ou de l'autre, suivant que les paroles de M. le Procureur Général seront effectives ou non. 11 est bon que vous sçachiez aussy que cette assistance sera de 6. 8 ou 10,000 livres.

Nous travaillons de toutes parts à découvrir la suite des assemblées de> nobles de Normandie, et je ne désespère pas que nous ne réussissions à •'ii prendre quelqu'un dans peu de jours.

J'estime aussy qu'il est important que vous sovez informé d'une petit»

particularité, qui est que le courrier que j'ay dépesché audit sieur comte d'Harcourt rencontra un autre courrier avec une casaque de valet de pied , entre Fontainebleau et Sens, auquel ayant demandé s'il ne sçavoit pas en quel lieu il pourroit trouver ledit comte, il luy dit qu'il le trouveroit à Pagny1, et qu'il l'avoit dépesché à Paris, où il alloit. Mon courrier, sur cette assurance, s'en alla droit à Pagny où il ne trouva point ledit sieur comte , qui en estoit party deux jours auparavant. Ensuite il s*en alla à Arnay-le-Duc *, où il le trouva; et, luy ayant dit qu'il venoit de Pagny où il croyoit le trouver, suivant ce qui luy avoit esté dit par un valet de pied qu'il avoit dépesché à Paris, et qu'il avoit trouvé près de Sens, M. le comte d'Harcourt s'émut fort là-dessus , luy dit : qu'il n'avoit dépesché aucun courrier; que ce valet de pied estoit un fripon; qu'il le feroit pendre, et qu'il alloit écrire au sieur Bidaut de le faire chercher partout et de le faire prendre à ses dépens. Et en effet, il en a écrit en ces termes audit Bidaut, et a donné sa lettre non cachetée à mon courrier pour la luy rendre. J'ay cru cette incartade, d'un esprit comme celuy dudit sieur comte, assez considérable.

Ce courrier luy ayant dit qu'il estoit à vous, il luy envoya le soir dans

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sa chambre un grand souper et le fit servir comme une personne de qualité, et le pria, à son départ, de vous assurer de ses services; que vous estiez le meilleur aray qu'il eust, et qu'il vous prioit de luy rendre de bons offices auprès du Boy, particulièrement sur le sujet de sa nécessité.

Ledit courrier a eu l'esprit , à son retour, de s'informer soigneusement de ce prétendu valet de pied. Le maistre de la poste de Sens luy a dit qu'il l'avoit vu passer trois fois depuis un mois en trois habits différens, l'un en courrier du cabinet, l'autre en prestre, le troisième en valet de pied ; et n'ayant discontinué d'en demander des nouvelles à toutes les postes, il a trouvé que le postillon de la poste de Longboyau (?) avoit amené ledit valet de pied jusqu'à Paris, où il avoit rais pied à terre. J'ay envoyé aussytost prendre ce postillon pour l'amener à Paris reconnoistre ce logis et suivre, s'il se peut, ce prétendu valet de pied pour le prendre \

( Bibl. Imp. Mss. S. F. 3.oo4 , Le Tellier. Papier» d État, vol. i6, fol. 18Ô.)

1 II y a deux Pagny dans le canton de Seurre , arrondissement de Beaune ( Côted'Or). C'est sans doute de Pagny-lc-Chàleau qu'il est question ici.

* Arrondissement de Beaune (Côte-d'Or).

Dans une lettre du 97 du même mois.

Colbert annonce à Le Tellier que ce valet avait été arrêté, et que c'était un courrier que le procureur général Fouquet avait envoyé en Bourgogne pour proroger les séances du parlement jusqu'à ce que celui-ci eût vériEé certains édits relatifs au prix du sel.

(Lettre original*-.)

Paris, Mi aoust 1659.

Puisque Vostre Eminence a résolu de prendre les généralités de Guyenne et de Montauban pour servir au remboursement de la dépense du pain de munition, que nous faisons pendant le cours de cette année, je dois luy dire qu'il est absolument nécessaire de résoudre promptement les diminutions que Vostre Eminence désire accorder aux peuples de ces deux généralités, afin que l'on puisse faire expédier les commissions et ensuite faire les impositions, d'autant que les meilleurs mois de Tannée, et dans lesquels les peuples payent le plus, sont assurément ceux d'octobre, novembre et décembre. En sorte que si l'année 1660 n'est imposée avant ces mois-là, ce que les peuples payeront sera reçu sur l'année précédente; et je suis bien assuré que les traitans de l'année 1659 donneroient bien volontiers 5o,ooo livres au moins pour chacun de ces mois-là , pourvu que l'on retardast d'autant les impositions de l'année 1660. Il faut donc que Vostre Éminence s'explique clairement à M. de Fontenay sur ce sujet , afin que nous puissions ensuite travailler aux expéditions nécessaires, et mettre cette affaire en estât que Vostre Éminence en puisse recevoir la satisfaction qu'elle en attend.

Je dois encore faire souvenir Vostre Eminence que les non-valeurs de ces deux généralités sont grandes et qu'elles ne proviennent pas tant de l'impuissance des peuples que de la vexation des officiers du parlement de Toulouse, de ceux de Bordeaux, des grands seigneurs, et des gentilshommes les plus qualifiés, et encore des lieutenans du roy de la province, dont le détail a esté dit à Vostre Eminence par M. de Fontenay. Par exemple, les terres de M. d'Epernon, dans l'élection de Bordeaux, nonseulement sont en reste, mais ne payent rien. et n'ont point fait de rôles d'imposition depuis plus de sept ou huit ans. Et toutes les personnes de qualité, dans toute i'estendue de la Guyenne, suivent cet exemple, en sorte que les non-valeurs augmentent toutes les années et augmenteront eucore nonobstant la paix, si l'on n'employé tout de bon l'autorité du roy avec quelque application pour empescher cette vexation; estant impossible qu'un intendant ayt assez d'autorité pour le faire. Et Vostre Eminence doit considérer, s'il luy plaist, que si, pendant la paix, le Roy sort de cette province sans avoir restably son autorité, qui est fort blessée partout, particulièrement sur cette matière de finances, au lieu qu'il n'y a que les

AVEC MAZAR1N. 361

personnes de qualité qui ayent agy de cette sorte , après que le Roy sera party, les petits gentilshommes ne manqueront pas de faire la mesme chose; et comme leurs intérests sont communs, et qu'ils appréhenderont la punition , il est à craindre que cela ne cause une union étroite entre eux. Il est vray qu'il n'est pas juste ni raisonnable que Vostre Éminence s'applique à ces détails, mais il est indubitable qu'elle doit exciter ou le Con- ' seil,ou ceux qui ont l'administration particulière dans les provinces , d'entreprendre et de procéder rigoureusement contre les principaux auteurs de ces vexations, et leur donner une puissante protection de la part du roy, sans laquelle ils ne peuvent rien faire. Si Vostre Éminence veut sçavoir en peu de mots la véritable cause de toutes les non-valeurs des tailles et de tous les désordres des finances dans les provinces, il n'y en a point d'autres que les gouverneurs et les personnes de qualité. Ceux-là donnent leur protection à une infinité de communautés qui leur donnent des gratifications de toute nature; celles-cy empeschent que leurs habitans ne payent et mesme quelquefois ne fassent de rôles. Pendant la guerre, il a esté assurément difficile de remédier à cet abus; mais à présent, je crois qu'il est de trèsj^rande conséquence de ne point souffrir la continuation de ce mal, et de commencer par la province de Guyenne puisque le Roy s'y trouve et que le plus grand fruit qu'il puisse retirer de son voyage est le restablissement de son autorité.

[Et puisque je me suis engagé si avant dans ce discours, je ne puis m'empescher de dire à Vostre Eminence une chose qu'elle sçait beaucoup mieux que mov, que les finances en gros ont grand besoin d'une Chambre de justice sévère et rigoureuse , et dont les officiers qui la composeront n'ayent aucun attachement, ni par alliance, ni par intérest, aux partisans, et c'est ce qu'elle ne trouvera point dans Paris; et les provinces ont grand besoin de Chambres de grands jours pour punir toutes les indues vexations faites aux peuples1.]

Pour revenir aux généralités de Guyenne et de Montauban , lorsque Vostre Éminence aura donné ses ordres pour les diminutions, il y aura trois partis à choisir pour le recouvrement : celuy de continuer les traités généraux qui ont esté faits jusqu'à présent; celuy de traiter seulement en particulier de chacune élection, et celuy de faire faire le recouvrement au compte du roy, sans traités, ni remises.

Mon avis seroit qu'il ne faudroit point prendre le premier parce que les remises sont trop grandes, et qu'il y a trop à perdre pour le Roy; qu'il ne faut point prendre aussy le dernier, y ayant trop de risques et trop d'obsta-

1 tel alinéa est rayé sur le roanuscril.

des à surmonter; mais je crois que le party des traités particuliers est le meilleur, en donnant ordre à M. de Fontenay de ne prendre que des personnes solvables et de mesnaper extraordinairement les remises et les nonvaleurs de sorte qu'il n'en coustast au Roy que deux sols ou deux sols six deniers tout au plus.

u mw. DU CARDINAL . EN MARGE.

Saint-Jean-de-Lui, 9 septembre.

Dans l'accablement d'affaires où je suis, sans me pouvoir dispenser de travailler immensément , il m'est impossible d'entrer en certains détails des choses , quoyque importantes, dont vous m'écrivez. Ainsy, tout ce que je vous puis dire sur la taille de Guyenne, c'est que j'estime qu'il faut prendre les deux généralités pour le payement du pain des places et armées de l'année courante; qu'il faut faire les impositions sans délay; qu'il faut s'appliquer à réprimer la licence de ceux qui empeschent le payement de» tailles; que le Roy, pour cela, y employera son autorité en la manière qu'il en jugera estre le mieux pour son service; que j'y donneray mes soins; qu'on pourra réunir des troupes pour presser les élections qui ont peine à se résoudre de payer et pour empescher la violence de la noblesse , qui protège divers endroits de cette province, et surtout des conseiller» de Toulouse; que les troupes estant journellement payées et bien commandées, celuy qui les commandera se conformera entièrement à ce que l'intendant luy dira de faire; que la province ne souffrira aucune foule; que je suis d'avis de prendre le party de traiter avec les receveurs particuliers de chaque élection , avec le plus d'avantages qu'il se pourra, car suivant la bonté des élections et la facilité des recouvremens on pourra donner plus ou moins aux receveurs; que je parleray à M. (le Saiut- Luc» de la bonne manière pour l'obliger à ne rien faire qui empesche l'intendant de bien servir; que j'en feray de mesme à ML d'Épernon, et qu'enfin je n'oublieray rien pour bien establir cette affaire auparavant que le Roy quitte cette province.

Mais il faut que vous envoyiez une copie de ce qui est contenu en cette dépescho à M. Hotmail de Fontenay et que vous l'instruisiez de ce qu'il aura h faire , vous assurant que les choses qu'il sollicitera auprès de moy seront faites avec promptitude. Ainsy, vous pourrez m'excuser de n'en écrire, car j'assisteray ledit Holman en la manière qu'il voudra.

Pour les non-valeurs et diminutions de la taille de l'année 1 660 , je crois qu'il faudrait demander à M. le surintendant pour les deux généralités jusqu'à 1 ,/ïoo ,000 livres, qui est beaucoup mieux que ce que Gourville avoit demandé; mais, s'il estoit possible, je voudrois que cette répartition se (ist sur les mémoires de M. l'intendant, qui sçaura mieux que personne la manière dont on en doit user pour exécuter cette décharge avec justice.

Mais comme je ne suis pas informé des formes dont on se sert dans ces matières, je ne puis rien dire de particulier; le mieux seroit que l'intendant eust les commissions en blanc pour les impositions des élections, et qu'il les remplist comme il estimeroit plus

1 François d'Épinay, marquis d<> Saint-Luc , lieutenant général do la Guyenne et gouverneur du Périgord dès i6'm. Maréchal de

camp on 1667, lieutenant général désarmée en ififn». Mortena»ril 1670.

à propos ; et mesme , M. le surintendant pourrait envoyer auprès de iuy un commis pour voir ce que l'intendant ferait et l'assister lorsqu'il remplirait les blancs.

Enfin, jè me remets en tout à ce que vous résoudrez, que j'approuveray entièrement, après avoir dit mes sentimens le mieux qu'il m'est possible. Aussy, comme je suis pour m'en aller a la Conférence, vous résoudrez donc tout ce qu'il y aura à faire, et vous en prierez de ma part à M. le surintendant, qui ne refusera aucune chose de celles qui pourront servir à l'avantage du service du roy dans l'exécution des tailles de ces deux généralités, ce qui pourrait aussy servir d'exemple pour les autres; et peut-estre que la cbose estant bien conduite, M. l'intendant assisté ainsy que j'ay marqué cy-dessus. on pourra n'accorder pas tant de non-valeurs que M. le surintendant en aura accordé, ce qui résultera à l'avantage du roy.

(Bibl. Imp. Msa. Baluze, Papier* det Armoires, vol. 1S1 , fol. ato.)

(Lettre originale, en partie autographe.)

Paris, t" septembre i65q.

J'apprends par la lettre que je reçus hier de M. Brachet que la ratification de M. de Mantoue 1 devoit estre expédiée un jour ou deux après, en sorte que je dois la recevoir par l'ordinaire prochain ; et comme je ne doute point que je ne reçoive presque en mesme temps celle de Vostre Éminence, je pourray me disposer à aller prendre possession du duché [du Nivernois] , faire les baux et commencer à prendre les lumières qui sont nécessaires pour le restablisscment de cette grande terre, vers la fin de ce mois, au cas que Vostre Éminence agrée la proposition que je Iuy en ay faite. Pendant le reste de ce mois, je raettray en estât tous les préparatifs du mariage du Roy, en sorte que le tout sera prest à partir au premier ordre (pie j'en recevray.

J'cnvoye à Vostre Éminence la réponse que If. Vigarani a faite au mémoire qu'elle m'a envoyé touchant le défaut que l'on trouvoit à la salle des comédies à laquelle on travaille à présent. Pour moy, après avoir examiné ledit mémoire, je suis de son avis : qu'il n'est pas possible de faire dans un mesme lieu une salle de comédie et un lieu pour les tournois et autres exercices à cheval. Il y a un autre différend beaucoup plus important entre ledit sieur Vigarani et nos architectes et charpentiers touchant l'assemblage du comble. Ceux-cy soutiennent qu'il ne peut eslre ferme ni solide de la façon que ledit sieur Vigarani veut le faire faire, et ajoutent qu'il ne pourra résister aux vents, et mesme n'y veulent pas travailler sans un ordre par écrit qui leur serve de décharge. Ledit sieur Vigarani, au contraire, soutient

' Charte» do Gonxague III, ilur rtV Mantmio, né en i6-u). Mort !«• l 'i aortl i6f»5.

qu'il en fait une quantité de cette sorte, et qu'il se charge de tout. Je dois y mener M. Valpergue raardy prochain , et j'examineray avec iuy les raisons de part et d'autre.

Quant à la dépense des bastimens du Louvre, outre les h 0,000 livres pour le bastiment du Louvre, je payeray encore incessamment les 60,000 livres que Vostre Eminence m'a ordonné pour ladite salle; mais je dois luy dire que cette dépense excédera beaucoup et montera assurément à plus de 5o,ooo écus, tant pour les bastimens que pour les machines. Je presse M. Ratabon de faire un projet de cette dépense pour l'envoyer à Vostre Eminence.

Quelque envie que j'aye d'envoyer à Vostre Eminence un projet de la dépense à faire pour le mariage du Roy, il ma esté impossible d'y réussir, n'ayant pu faire des marchés de toute sorte, et ayant eu affaire à une infinité de gens (qui vouloient me tromper et contre lesquels j'ay esté obligé de prendre des précautions extraordinaires) qui ont tenu toute cette dépense dans quelque confusion jusqu'à présent. Je commence à la débrouiller, et j'espère que , dans peu de jours , je pourray en envoyer un estai véritable à Vostre Eminence.

Pour ce qui est des affaires de Normandie, nous suivons toujours Bonnesson *, et j'espère que nous le pourrons arrester en cette ville où le gentilhomme, que Vostre Eminence sçait, nous dit qu'il est. J'échauffe cette affaire autant que je le puis de tous costés. Je reçois toutes les semaines deux ou trois lettres de Normandie ; mais les principaux coupables de cette province se cachent avec tant de précautions qu'il a esté impossible d'y réussir. Et pour dire le vray, par tout ce qui nous paroist de deçà, nous ne voyons point que le mal soit si fort à appréhender qu'on le vouloit faire croire à Vostre Eminence.

M. le comte d'Harcourt se préparoit de partir dans peu de jours, sans avoir demandé d'argent à M. le Surintendant. Je luy enverray demain une lettre que j'ay reçue de M. Le Tellier pour luy, par laquelle il luy mande que l'intention du Roy est qu'il ne parte point de Royaumont2 jusqu'à ce

1 Ce Bonnesson était, avec Laubarderie, sefl, chargé de la direction de cette

Lézanville , Annery, Créqui et Moulins-Cbapel , adressa à Le Tellier (voir Appendice) , qu'à un?

l'un des fauteurs du projet que Ton attribuait assemblée qui eut lieu aux Tesoières. dans

aux nobles de Normandie, de l'Orléanais, du l'Orléanais, la noblesse du Berry et de la So-

Poitou, etc. de vouloir se réunir en assemblées logne était représentée par Bonnesson et I> pour conspirer contre l'État. Nous tanviUe, celle de Normandie par Créqui et de

n'avons pu nous procurer de renseignements Tou railles, celle du Yeiin par Annery, biographiques sur aucun d'eux. 11 résulte de Dunois et du pays Cbartrain par Neuvi. doux interrogatoires, joints à quelques lettres 1 Commune d'Asnières-sur-Oise. arrondi»

que M. de Pomereu , président au Grand Con- sèment de Ponloise ( Seine-ct-Oise)

qu'il ayt reçu de l'argent. Kt comme je diray à M. le Procureur Général de ne point luy en donner, il ne partira point de Royaumont où il est à présent.

(De la main de Colbert jusqu'à la fin.) J'ay travaillé jusqu'à minuit à donner des ordres et prendre les mesures justes pour arrester Bonnesson. En signant cette dépesche, à cinq heures du matin, l'on me donne avis qu'il vient d'estre arresté avec Laubarderie et Lézanville. J'envoye exprès pour reconnoistre si l'on ne se trompe point, et je fais arrester le courrier pour en pouvoir plus seurement donner avis à Vostre Érainence. Je ressens beaucoup de joye d'avoir réussy en cela , par la satisfaction que Vostre Éminence en aura.

C'est assurément Bonnesson, Laubarderie et Lézanville qui sont pris; et l'on a pris encore un page du roy, de la grande écurie, qui estoitavec eux. On a scellé toutes leurs cassettes, on verra tous leurs papiers et on sçaura ce que le page du roy venoit faire. Pour moy, je crois qu'il leur avoit apporté quelque lettre de M. le comte d'Harcourt et qu'il devoit les accompagner à Royaumont. Je m'en vais demander avis à M. le Surintendant et à M. le Chancelier sur ce que nous ferons de ce page.

(BiW. Imp. Mm. Baluxe, Papier, de* Armoire* , vol. 33 1, fol. si 8.)

(Lettre .utogrephe.)

Paria, a septembre 1659.

J'ay bien de la joye que vous soyez de retour de vostre voyage en bonne santé, et d'en avoir vu la relation, que j'ay trouvée si à mon gré que je l'aurois envoyée à Son Eminence, si vostre lettre avoit esté un peu mieux écrite et qu'il l'eust pu lire facilement. Et mesme, je suis d'avis que vous en fassiez une relation en bonne forme, la plus succincte que vous pourrez, comme si vostre intention n'estoit autre que de me l'envoyer; et jeprendray occasion de l'envoyer à Son Éminence, ou de la luy donner, si j'y vais.

Il sera beaucoup mieux que cela ne paroisse pas affecté, que si vous faisiez un estât pour luy envoyer. Je vous dis succincte, afin que vous observiez d'abréger les choses non nécessaires que Son Éminence sçache ; mais il faut estendre les importantes, comme l'entretien que vous avez eu à Munster, toute la réception de Stuttgard, et les discours du duc de Wurtemberg l. Enfin, il faut que vous fassiez une pièce de jugement, qui sera

' Évrard,due de Wurtemberg, m' en 161 A. Mort en 1670.

36f> CORRESPONDANCE

beaucoup meilleure quand elle ne paroistra pas estudiée: travaillez-} prompteraent et envoyez-la-moy

(Bibl. lmp. Mas. Baluze, Papier, de* Armotre,, vol. i78,fol 11.]

(Lettre orifrinale.)

Paris, a septembre i659.

Monseigneur, enfin , après avoir fait veiller nuit et jour, depuis jeudy dernier, pour découvrir le lieu où pouvoient estre les sieurs Bonnesson et Laubarderie, ce matin, à la pointe du jour, ils ont esté pris avec le sieur de Lézanville. Il est inutile de dire toutes les ruses dont on s'est seny et toute l'application que l'on a employée pour faire cette capture qui a e>lé assurément très-difficile par une infinité de circonstances et particulièrement par une défiance tout extraordinaire que ces gens-là avoient mesme les uns des autres. 11 suffit de dire que les sieurs de Grandmaison et Lasnier, que j'y av employés, ont fort bien servy.

Tous trois ont esté mis à la Bastille; et les sieurs Bonnesson et Laubarderie seront interrogés aujourd'huy par Messieurs les commissaires du Grand Conseil.

Il est important de sçavoirque Bonnesson, estant pris, a dit que son emprisonnement estoit l'affaire de la noblesse, et que Ton en entendroit parler.

Avec eux, on a pris un page de la grande écurie, qui est fils du baron

' Toujours animé d'une sollicitude paternelle, Colbert ne cessait de donner à son frère les meilleurs conseils. Quelques mois après, celui-ci lui envoya, pour avoir son avis, une harangue qu'il devait faire à Colmar, à l'occasion de la présentation d'un hailli. Le i3 janvier 1660, Colbert lui répondit : «J'ay lu vostre harangue, que j'ay trouvée assez bien. C'est une matière que vous connoisseï d'une si grande conséquence à un homme de vostre profession , qu'il est bon , quand vous en aurez a faire quelqu'une, que vous vous y appliquiez extraordinairement. Enfin, il faut vous mel Ire

de vous pouvoir attirer à Paris , vous ne soyez pas des médiocres de vostre profession.'» Dans une autre occasion, il lui écrivait en-

core : «Je suis Lrès-ayse que vous ayez trom> un jésuite honneste homme et habile. Faite» que l'amitié que vous contractez avec luy nonseulement vous soit utile pour l'estude de U philosophie, mais aussy au service du roy, l> la manière dont je vous en ay souvent j>ar^ — Pour ce qui les regarde, il faut assurenn'ot les assister suivant leurs besoins. H faut, pour cet effet , reprendre mes premiers mémoire* pour rendre Son Éminence fondateur de l*rr collège; et au lieu de prendre des fonds du rm ou de leur créer des renies sur les biens d* Son Eminence en Alsace, d faudrait voir m vous ne pourriez pas leur acheter des fond* ■< autres biens en fonds de terre, aut environ' d'Ensishcim, estimant que cela se peut faire * bon marché.-»

de Plancy et neveu de Bonnesson; et, par la voye que vous sçavez, on nous a dit que ce page devoit, ce matin, aller à Royaumont porter une lettre à M. le comte d'Harcourt. Nous avons esté d'avis, M. le Procureur Général et moy, de retenir ce page, et de le faire interroger; et, en effet, nous le retiendrons jusqu'à vostre réponse; et, au cas que le Roy l'agrée, je vous supplie de nous en envoyer un ordre exprès, à cause des couleurs de Sa Majesté.

Le sieur de Neuvi1, qui est toujours en cette ville, demande la liberté du sieur de Lézanville sur ce qu'il dit qu'il luy est nécessaire pour découvrir tout ce qui se passe en Normandie , et qu'il ne désespère pas de faire prendre les principaux, aussy bien que Bonnesson. Je prendray l'avis de M. le Procureur Général sur le sujet de la liberté dudit Lézanville, et le feray exécuter.

J'ay envoyé à M. le comte d'Harcourt la lettre que vous luy avez écrite, après avoir pris l'avis de M. le Procureur Général , et estre demeuré d'acrord avec luy qu'il ne feroit donner aucun argent audit sieur comte, afin de l'obliger de demeurer icy.

Le mesme gentilhomme que vous m'avez envoyé vient de me dire que l'autre (?) l'a assuré que M. de Matignon2 estoit engagé dans tous les desseins de la noblesse de Normandie, et que M. le Prince avoit écrit à M. de Longueville pourempescber, par son autorité, que l'on ne poursuivist Créqui et Annery, en suite de quoy M. de Longueville avoit écrit au lieutenant général d'Évreux de surseoir ses procédures; et c'est ce qui se trouve fort vray.

( Bibl. lu.,.. Mas. S. F. S,oo4, Le TeUier, Papùr* d'État, vol. 17, fol. 46.)

(Lettre originale.)

Paris, 3 septembre i65g.

Vostre Éminence trouvera cy-joint le mémoire de toutes les choses que j'ay consignées à M. Gabouri5 dans une cassette dont la clef est pareillement cy-jointe. Je souhaite fort d'avoir réussy au gré de Vostre Kminence,

' C'est le même Neuvi qui est indiqué, page 364, note 1, comme ayant représenté à une assemblée la noblesse du Dunois et du pays Chai-train.

1 François de Goyon, comte de Matignon, né en 1607, conseiller d'État en i6'i3, lieu-

tenant général en i6.r>a. Gouverneur de la Basse-Normandie depuis 1639 jusqu'à sa mort (10 janvier 167!) ).

' Jacques Gabouri , (Kirte-manlenu d'Anne d'Autriche, et son premier valet de garde-robe. (Voir lettre 65.)

soit pour le choix, soit pour le prix; j'achèteray encore incessamment tout ce que je pourray trouver.

Outre ce qui est contenu dans cette cassette, le sieur Lescot en a encore consigné une autre au sieur Gabouri . dans laquelle il y a la croix de diamans, et divers agendas et montres, outre une espée d'or émaillée.

Pour toutes les autres choses que Vostre Éminence ma ordonnées, j'y fais travailler avec la diligence que je dois.

J'ay consulté M. le Premier Président sur la qualité de duc et de pair qui sera mise dans le traité de paix. Il m'a fait réponse que le scrupule que Vostre Éminence en a est une marque de sa grande modération, mais qu'il faudrait traiter le parlement de ridicule si on trouvoit à redire à cette qualité, employée dans un si çrand ouvrage et une si grande et illustra marque de l'amour que Vostre Eminence a pour le royaume. J'ay aussy demandé avis sur le mesme sujet à M. l'avocat général Talon , qui m'a fait la mesme réponse; et tous deux m'ont tesmoigné beaucoup d'envie que Vostre Eminence veuille une fois prendre la résolution de se faire recevoir dans le parlement en ladite qualité.

(Bibl. Imp. Mm. Balnie, Papier, de, Armoirm, voL 33i. fol. lit)

(Lettre original».)

Paris, 5 septembre 1659.

Monseigneur, j'ay reçu vos deux dépesches des a 5 et 28 du passé, et en mesme temps la lettre du roy à M. le Chancelier, pour assister au jugement de contumace contre les gentilshommes de Normandie, de laquelle je me serviray comme il m'est ordonné.

Puisque Son Eminence n'a point approuvé l'envoy des troupes en Normandie, c'est une marque certaine qu'elle n'estime pas le mal si grand ni si pressant qu'elle le croyoit, et c'est aussy ce qu'il nous paroist. Nous travaillons toujours avec le gentilhomme que vous m'avez envoyé, et nous espérons faire quelque chose de considérable dans peu de jours.

J'ay fait demander à M. Leclerc 1 les 3o,ooo livres contenues en vostre ordre pour les fortifications de La Fère; il a fait réponse qu'il n'avoit point de fonds et que tout ce que M. de Gourville pouvoit devoir, jusqu'à la fin du mois d'octobre , estoit consommé. C'est à quoy je vous prie de donner ordre, s'il est possible.

(Bibl Imp. Mm. S. P. 3,oo4 , Le Tellier. Papier, d'Étal, roi. i 7, fol. lt.) 1 Trésorier de FEitraordinaire des guerres.

AVEC M AZARIN. 369

! liOttr»» originale. )

Pari», 10 septembre i65g.

Je commence cette lettre par ce qui me touche le plus dans celles que j'ay reçues de Vostre Éminence cette semaine , qui est la matière du duché de Nivernois , sur laquelle Vostre Éminence m'écrit que le sieur Bellinzani 1 luy a dit des raisons assez fortes pour luy faire connoistre qu'elle ne jouirait de ce duché que pendant le temps qu'elle seroit dans la place où elle est, et m'ordonne de luy en dire mon sentiment.

Je crois que Vostre Eminence me fait l'honneur de croire que j'entends aussy bien cette matière que ledit sieur Bellinzani , et que je ne me serois pas laissé prévenir à donner cet avis, si j'avois cru qu'il fust impossible d'en assurer la propriété à Vostre Eminence et à tous ses descendons. Il est vray que c'est une affaire très-difficile et qui ne peut estre mise à bout et réduite en sa perfection qu'en huit et dix années de temps , non-seulement avec mon application tout entière, mais encore avec l'application et l'autorité de Vostre Eminence, en une infinité de rencontres. Mais assurément l'avantage est proportionné à la peine , estant hors de doute que ce duché est la plus belle et la plus grande terre qu'un prince ou seigneur sujet d'un grand roy puisse posséder. Et si Vostre Eminence a la pensée d'establir une maison qui puisse porter et soutenir le lustre et la gloire de son nom dans ce royaume , après sa mort , et qu'elle prenne cette résolution , il faut en mesme temps qu'elle prenne celle de garder ce duché, et qu'elle parle et agisse toujours en cette conformité, estant très-assuré qu'il vaut beaucoup mieux s'en défaire que de le garder en faisant connoistre par aucuns discours et actions que Vostre Eminence ayt quelque pensée de le quitter ; d'autant que je connois, par l'expérience du duché de Mayenne, que la déclaration publique que Vostre Éminence fit, il y a dix-huit mois, de vouloir vendre ce duché à M. le mareschal de La Ferté, a plus renversé d'affaires et plus reculé les augmentations de ce duché que je n'en pourrais restablir en quatre années. Vostre Éminence juge, s'il luy plaist, de quelle importance seroit un mesme discours dans le duché de Nevers , puisqu'il y a dix fois plus de difficultés , plus de mauvaises affaires à déchiffrer, plus

1 D'abord employé dans la maison de Ma- cembre 1669. Directeur des compagnies des

urin. Colberl, devenu ministre, lui confia sou- Indes orientales, du Nord et du Levant. Tomba

vent des missions relatives a l'exécution des en disgrâce et fut poursuivi pour concussion à

règlements sur les manufactures, dont il fut la mort de (lolbert. Mort en i684, dans la

nommé inspocteur par commission du 99 dé- prison de Vincenne*.

370 correspondant:

de malversations et d'abus a oster el plus d'ennemis à combattre que dans le duché* de Mayenne; en sorte qu'il faut que Vostre Eminence se détermine absolument ou à s'en défaire promptement ou à le garder pour toujours, d'autant plus que, dans quatre ou six ans , il seroit superflu de pensera .s en défaire, parce qu'il augmentera tous les ans de plus de 3oo,ooo livres, et qu'il n'y aura personne en France, dans ce temps-là, pour l'acheter.

J'ajouteray à cela que, si je me considérois, je devrois souhaiter que Vostre Eminence s'en défist, parce que, assurément, c'est un travail qui doit faire peur à entreprendre, et qui est presque entièrement caché aux yeux et à la connoissance de Vostre Eminence , et que si j'employois le mesme temps et la mesme application en chose qui torabast plus souvent et plus ordinairement sous les yeux de Vostre Eminence, et qui luy fust plus chère que ses affaires domestiques, j'y prendrois assurément plus de plaisir. Je ne laisse pas néanmoins de souhaiter passionnément que Vostre Eminence le garde, parce que c'est la plus grande occasion que je puisse avoir, dans l'estendue de mon employ, de servir Vostre Eminence, et dont la salisfaction doit estre égale à la peine'.

Le Grand Conseil travaille au procès de Bonnesson et de Laubarderie. Ils n'ont point encore voulu répondre, ayant demandé leur renvoy au parlement. Ledit conseil a ordonné que le procès leur seroit fait et parfait comme à des muets. Neuvi et La Genète font grandes instances pour faire mettre Lézanville en liberté, et promettent d'en faire prendre d'autres. Je tascheray de couler le temps jusqu'à la réponse de Vostre Eminence, quoyque j'estime qu'on le leur doit accorder. Si nous pouvons l'obliger de déposer contre Bonnesson , ce sera un grand coup b.

Le sieur Bcrryer *, qui travaille fort utilement pour les affaires de Vostre Eminence, et qui est à présent dans les provinces de Bourgogne et d'Auvergne pour visiter ses abbayes , demande une chanoinie dans l'église Saint- Pierre du Mans, en faveur d'un sien neveu. Je supplie Vostre Eminence de la luy accorder'.

M. et madame la mareschale de L'Hôpital2 me sont venus trouver trois

1 Louis Borner, d'abord secrétaire du con- 1 Françoise Mignot, veuve de Pierre <i<*

scil, puis des commandements de Marie-Thé- Portes, receveur général du Dauphiné, avait rèse, et procureur syndic perpétuel des secré- épousé, en i653, le maréchal de L'Hôpital.

taires du roi , devait sa fortune à Colbert. Peu Veuve une seconde fois , en 1 66o , elle M I

ménagé par madame de Sévigné, dans ses let- ria secrètement, en 167a, ;

très sur le procès de Fouquet. A la mort de roi de Pologne. Morte en 1711,» un âg<- Irvs-

Colbert, on le dénonça comme concussion- avancé.

naire. Une commission avait été nommée pour ( Pour le maréchal de L'Hôpital , voir U-

vérifier ses comptes, quand sa mort fit cesser Ire 1 5. )

fois consécutif fs, depuis iundy dernier, pour me prier de proposer à Vostre Eminence de permettre à ladite dame de récompenser [donner une compensation pour] la charge de dame d'honneur de la reyne future, offrant pour cela son beau collier de perles et telle autre somme qu'il plaira à Vostre Eminence arbitrer. Et outre cela , ils m'ont fait l'un et l'autre de grandes protestations du dernier attachement aux intérests de Vostre Eminence et de toute sa maison. J'ay cru en devoir donner avis à Vostre Eminence pour recevoir ses ordres sur la réponse que je dois faire auxdits sieur et dame d.

' Tout ce que Bellinzani m'auroit pu dire sur l'affaire de Nevers ne m'auroit fait aucun effet, si cela ne se fust rapporté à ce que vous m'en aviez écrit et dit plusieurs fois; de manière que, dans la proposition que je vous avois faite, je n'ay eu autre motif que de vous obliger à examiner de nouveau la chose et vous résoudre, considérant, comme vous le dites fort bien , que le travail que vous allez entreprendre sera long et excessif, et que peut-estre, par le soupçon que vous avez tesmoigné vous-raesme d'avoir, vos peines n'auront servy ni pour moy ni pour ceux qui me succéderont, si le duc de Mantoue peut rentrer un jour dans sondit duché.

Au reste , je me remets entièrement à vous et j'approuve ce que vous résoudrez , vous assurant que je ne négligeray rien de ce qui pourra dépendre de mes soins pour vous assister dans l'affermissement que vous procurerez . pour moy et les miens , de cette grande acquisition.

* Bon ; mais pour moy. je ne serais nullement d'avis de faire sortir Lézanville , à moins qu'on n'en retirast par ce moyen quelque grand avantage , car assurément ce Lézanville est aussy coupable que les autres.

' Vous pouvez envoyer le placet de ce canonicat au père Annat ; estant de retour à Bordeaux j'en parleray au Roy, et je vous en feray tenir les expéditions.

4 Je fais beaucoup d'estime de IL et de madame de L'Hôpital, et je seray toujours très-ayse de leur en donner de* marques; mais dans l'affaire dont ils vous ont parlé, je sçais , par les avis que j'ay de Bordeaux , que Leurs Majestés ont desjà pris leurs mesures.

(Bibl. Imp. Mm. Bahut, Papier» ,L* Armoir», vol. II*. M. RM.)

( Lettre mit,.Krapbe.|

Pans, il septembre t65g.

Monseigneur, estant informé, comme je crois que vous lestes, de la vente que j'ay faite, par l'ordre de Son Emmence, des deux charges de capitaine-lieutenant et de sous-lieutenant de la compagnie de gendarmes «le la reyne future à MM. de Querveno1, je vous supplie très-humblement

1 L'un des deux était Eugène Rogier, raar- et malin* des rérémonie* des ordres du roi , f|uis de Querveno, ou plutôt Kerveno, prévôt en 1657.

th.

d'en expédier les provisions et de me les envoyer. Vous trouverez, pour cet effet, cy-inclus, un mémoire de leurs noms, qualités, et des actions qu'ils peuvent avoir faites, duquel vous prendrez, s'il vous plaist, ce que vous estimerez à propos.

Nonobstant la lettre que vous avez écrite à M. le comte d'Harcourt et là précaution prise d'empescher que M. le Procureur Général ne luy fasse donner d'argent, jay découvert qu'il vouloit partir dimanche prochain, ce qui m'a obligé de prier M. le Procureur Général de dire au sieur Bidaut qu'il luy en feroit donner dans peu de jours, et qu'il luy fist connoistre qu'il estoit nécessaire qu'il fist ce voyage avec un équipage proportionné à sa naissance et à ses charges; que le Roy y prenoit garde, el qu'il sçauroit gré à ceux qui se mettroient en estât de rendre la cérémonie de son mariage plus splendide et plus magnifique; que ce voyage ne pressant pas extraordinairement, vu que, par toutes les nouvelles que l'on recevoit de la cour, la cérémonie du mariage ne se devoit faire qu'au commencement du mois de novembre, s'il vouloit attendre quelque temps, il pourrait luy faire donner, au plus tard le a o ou le a 5 de ce mois, une bonne assistance pour pouvoir augmenter son équipage. Tout ce discours se fera à dessein d'obliger ledit sieur comte de retarder son départ et de vous donner le temps de luy pouvoir envoyer ordre de demeurer à Royaumont, au cas que ce soit l'intention de Sa Majesté; et c'est aussy ce qui a fait résoudre M. le Procureur Général de presser le départ de ce courrier qu'il avoit résolu d'envoyer pour quelque autre affaire.

En écrivant ces lignes , M. le Procureur Général m'envoyc dire qu'il a parlé au sieur Bidaut en conformité de ce dont nous estions convenus ensemble, et qu'il ne croit pas que cela empesche M. le comte d'Harcourt de partir dimanche prochain comme il l'avoit résolu, en sorte que si le Roy ne désire pas qu'il joigne la cour, il est nécessaire de luy envoyer - promptement ordre de retourner à Royaumont.

Le Grand Conseil continue l'instruction du procès des sieurs Bonnesson et Laubarderie, qui n'ont point encore voulu répondre. J'auray l'honneur de vous informer de ce qui se passera. Cependant j'estime qu'il serait bien à propos que vous prissiez la peine d'écrire à M. de Fortia de rechercher soigneusement toutes les preuves que l'on pourra trouver contre ledit Bonnesson dans le pays des Sabotiers1 et de fortifier les tesmoins qui l'auront vu , en sorte qu'ils ne puissent estre dissuadés de dire la vérité.

( BiM. Imp. Mm. S. F. 3,ooA . Le TeHier, Papier* d'État. mL 17, M. 69.)

' Localité située dans In généralité d'Orléans. Il en est souvent question dans les lettres suj- \antés.

IMS

(Lettre autographe. )

Paris, ai septembre 1659.

Monseigneur, j'ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 1 U de ce mois. J'attends avec impatience les lettres de Son Eminence sur le sujet des sieurs Bonnesson, Laubarderie et Lézanville, et particulièrement de ce dernier, duquel la personne que vous sçavez demande la liberté avec grande instance et promet beaucoup de choses par son moyen. Pour les deux premiers, l'on continue leur procès et l'on travaille de tous costés à ramasser des preuves, à quoy je dois vous dire que M. de Fortia travaille fort utilement. Les autres intendans pour lesquels vous m'avez envoyé des lettres du roy travaillent aussy avec grande application.

Le page de la grande écurie a esté mis dans la Bastille , sans luy oster la livrée de Sa Majesté. Je suis en peine si nous pourrons la luy oster sans la participation de M. le comte d'Harcourt ou d'un éruyer de la grande écurie. En cela , il seroit nécessaire d'avoir un ordre du roy. J'en conféreray aujourd'huy avec M. le Çurintendant.

J'attendray toujours vos ordres pour les 3 0,0 00 livres des fortifications de La Fère, et autres dépenses pour lesquelles vous m'aviez assigné sur le sieur de Gourville.

Je vous supplie très-humblement, Monseigneur, d'expédier l'ordonnance de comptant de 18,000 livres que Son Éminence me fait donner par le roy pour l'année dernière, i658.

( Bibl. Imp. Mac. S. P. 3,oo4 , Le Tellier, Papiers d'État, vol. 17 , fol. 190. )

( Lettre originale. )

Parts, ai septembre i65p.

Vostre Eminence verra, par la copie d'une lettre cy-jointe, que M. Favier du Boulay, intendant dans les généralités de Gaen et Alençon, m'a écrite, les diligences qu'il fait pour découvrir la conduite des gentilshommes. Je puis assurer Vostre Éminence que les avis qui nous viennent de tous costés sont conformes, et que, par conséquent, il n'y a rien à craindre. Nous ne laissons pas de travailler de toutes parts comme si le péril estoit fort pressant, et je puis assurer Vostre Éminence que chacun fait son de-

voir à présent. M. le Chancelier doit aller au Grand Conseil, l'un des jouis de cette semaine, pour faire juger par contumace Créqui , Annery et leurs complices; et comme le Grand Conseil ordonnera le rasement des maisons, il faudra envoyer des ordres du roy pour les exécuter, parce que ledit Grand Conseil en feroit difficulté, sur ce que, par nos ordonnances, on ne peut exécuter un arrest de condamnation par contumace qu'après cinq ans révolus et accomplis.

Le sieur de Neuvi me presse extraordinairement de faire donner la liberté au sieur de Lézanville, avec lequel il promet de découvrir beaucoup d'autres choses. Vostre Eminence me fera, s'il luy plaist, m- avoir ses intentions sur ce sujet.

Je dois dire à Vostre Eminence que le Grand Conseil a trouvé la vie de l'abbé de Neuchèse 1 si indigne d'un ecclésiastique qu'il luy a fait perdre son prieuré de Nogent-le-Rotrou; en sorte qu'il ne tiendra qu'au religieux à qui Vostre Eminence a conféré ce bénéfice , à ma prière , que je n'ave encore reçu cette marque de sa bonté. S'il en use bien , c'est un commencement d'establissement dans l'église pour un de mes enfans. Cette question jugée fait vaquer indubitablement l'abbaye de Fcrrières, qui est assurément une des plus jolies abbayes de France, située à quatre lieues de Fontainebleau, fort bien bastie et accompagnée de jardinages , dont le Ro> peut disposer.

( Bihl. lmp. M s*. Balaie , Papur» des Armvin» , vol. 33i, fol. 1J9.1

(Lettre originale.)

Paris, a6 septembre i659.

Nous suivons toujours l'affaire de Normandie, et nous travaillons à instruire le procès de Bonnesson, lequel n'a point voulu répondre jusqu'à présent aux commissaires du Grand Conseil et a demandé son renvoy au parlement. M. de Fortia, intendant en la généralité d'Orléans, travaille à retrpuver les tesmoins de l'affaire des Sabotiers, à les rassurer et à les envoyer icy pour estre récolés et confrontés. D'ailleurs, nous rassemblons toutes les preuves et instructions que nous pouvons avoir louchant les assemblées de noblesse et leurs desseins, pour poursuivre toujours ce procès.

Sur celte mesme matière, M. le Procureur Général me dit hier une chose fort importante, qui est, qu'il a vu et entretenu la belle-sœur d'Annery,

' Jacques dp Neuchèse, nô en t&9i, <Wn .le Sainl-Denis de Nopenl-le-RoIrou (ordre * f.liiny).

que le chevalier de Rassent1 a obligée de venir en cette ville pour la voir; qu'elle luy a dit qu Annery, Créqui et autres principaux s'estoient bien aperçus, par la prise de Bonnesson et de Laubarderie, qu'ils avoient esté trahis, et qua présent ils estoient plus sur leur garde que jamais; qu'ils ne couchoient jamais deux fois dans un mesme lieu, et ne raarchoiënt que la nuit ; qu'ils avoient résolu depuis et pris leurs mesures de ne plus faire d'assemblées, d'autant plus qu'ils disent estre assurés de la noblesse de lotîtes les provinces du royaume par leurs écrits et leurs procurations qui sont toutes en dépost entre les mains dudit Annery, qui a esté luy-mesme dans toutes les provinces pour assurer sa correspondance avec les principaux; qu'il craint seulement que la présence du Roy dans les provinces de Poitou et Guyenne n'ayt ralenty la noblesse, et qu'il a résolu d'j retourner, aussytost que le Roy en sera party, pour la réchauffer et en tirer de nouvelles assurances pour exécuter ce qu'ils ont promis; qu'il tient une correspondance fort étroite avec le cardinal de Retz et qu'il en reçoit fort souvent des lettres; qu'il a logé beaucoup de fois chez elle [la belle-sœur d'Annery], et continue encore d'y venir, et qu'elle promet de donner, dans peu de temps, au chevalier de Rassent, le moyen de le prendre; qu'elle luy a ouy dire cinq fois, en divers temps, en parlant de leurs desseins et de leurs assemblées, que leur partie estoit bien faite et qu'elle estoit presque immanquable , mais que , pour la rendre encore plus seure et indubitable, il s'étonnoit que de tant de gens braves et déterminés , qui y estoient engagés , il n'y en avoit eu aucun qui eust entrepris d'attenter à la vie de Vostre Éminence; que, cela estant un moyen assuré pour réussir dans leurs desseins, il estoit résolu d'y penser tout de bon; qu'il ne falloit point pour cela penser au poison, parce que Vostre Éminence avoit des contre-poisons de toute sorte, mais qu'il n'y en avoit point pour le poignard, et qu'il avoit des gens braves et déterminés, avec luy, qui auroient assez de résolution pour mépriser leur vie et faire un si beau coup2; qu'en effet il a deux hommes avec luy, fort déterminés, qui l'accompagnent toujours; qu'outre l'assurance que ledit Annery dit avoir de la noblesse de toutes les provinces du royaume, il dit encore estre assuré de beaucoup de gens de la cour, et des plus considérables. 11 fait mesme un fondement bien assuré sur grand nombre de ministres, qui luy ont promis d'exciter les huguenots.

' La (ïaxette de Franc e mentionne, en 1 6A 5, d'Harcourt était lui-même soupçonné de un lieutenant général de ce nom au régiment plicité dans la conspiration. d'Harcourt. * Ces projets de complot contre le

!t s'agit peut-être ici de son fils. On a vu, n'étaient pas nouveaux. Le *h novembre t655,

.que le comte Colbert lui avait écrit : * J'ay entretenu II dp-

Voilà, Monseigneur, tout le discours qu'a tenu cette dame. Pour prévenir et empescher le mal que ces gens-là peuvent faire , je supplie premièrement Vostre Eminence d'exciter le soin et la vigilance des officiers de ses gardes. Pour ce qui regarde les desseins qu'ils peuvent avoir de deçà, nous travaillerons avec toute l'application qui sera possible pour en empescher le succès. Je dois pourtant dire à Vostre Ëminence qu'il faut écrire et faire parler fortement à M. de Longueville , qui se mesle fort dans toute cette affaire , et dont la considération empesche les tesmoins de déposer et les officiers de justice d'agir; et mesme il est certain que ce qu'il fait, dit et écrit tous les jours ne contribue pas à divertir les gentilshommes de s'engager de nouveau , ou à les retirer de leurs engagemens; et il est trèsassurément cause que les plus coupables sont presque en seurelé en Normandie.

Vostre Eminence verra encore par l'original d'une lettre de M. de Longueville, cy-jointe, comme il prétend que l'on ne doit point poursuivre d'igoville, qui est un des plus coupables et des plus chargés par toutes les informations; elle connoistra bien, par les termes, qu'il veut donner quelque crainte au lieutenant général d'Evreux à qui il écrit; et, parla réponse de ce lieutenant général, elle connoistra que, pour peu qu'il soit soutenu, assurément il agira bien".

Sur cette affaire, M. de Longueville s'est plaint de deux choses par la bouche de son secrétaire, parlant à M. de Brienne : que l'on faisoit connoislre une grande défiance de luy en ne luy communiquant point ce qui se faisoit, et que l'on envoyoit des troupes dans son gouvernement sans sa participation et sans son attache.

Pour la première, c'est une compagnie souveraine qui agit, qui n'a pas accoustumé de rendre compte de ses arrests. Et de mesme que M. de Longueville ne se formalise pas que le parlement de Rouen et les autres compagnies souveraines de cette province donnent et fassent exécuter les arrests, sans luy en donner part, aussy ne doit-il pas se formaliser que le Grand Conseil fasse la mesme chose.

Pour la seconde plainte, elle ne peut estre guère bien fondée, vu qu'il ne s'agit que de trente soldats qui ont esté mis en dix ou douze maisons différentes.

Après avoir donné ordre, de la part du roy, à ce qui regarde M. de Longueville, cette affaire estant très-importante , et pouvant le devenir en-

moiselle de l'isle de Ré. Je trouve ses avis de quelque considération. J'en écris par cet ordinaire à M. de Terron afin qu'il les examine. Ce

pendant, il est bon d'obterver toignnuwment ceus a ut approcheront de la per tonne de Voetre Eminence. * ( Bibl. Imp. Mss. Bal. vol. 1 76, fol. 1 63.)

core davantage par la longue absence du Roy, je ne trouve pas que la manière dont on en traite de deçà soit suffisante pour empescher l'éclat de cette affaire et de beaucoup d'autres auxquelles les malintentionnés travaillent incessamment.

M. le Chancelier [Séguier] n'a pas assez d'activité; bien souvent il n'est pas en estât qu'on luy puisse parler d'affaires. M. le Procureur Général [Fouquet] est presque toujours à Saint-Mandé. J'estimerois nécessaire que le Roy ordonnast à M. le Chancelier de tenir une ou deux fois la semaine un petit conseil chez luy, composé de peu de personnes, pour parler et prendre résolution , non-seulement sur cette affaire des nobles , mais mesme sur toutes les autres qui regarderont l'Estat et le repos public; et très-assurément, si, dès le commencement, on ne travaille à empescher les prétentions des malintentionnés, la longue absence du Roy et l'assurance qu'ils auront que Sa Majesté ne pourra pas se rendre à Paris pendant l'hyver leur donneront l'audace d'entreprendre beaucoup de choses b.

De ma part, je feray toutes choses possibles pour exécuter les intentions de Vostre Kminence.

Tous les jours je vois M. de Pomereu 1 et je luy donne toutes les lumières et instructions de ce qu'il faut faire. J'ay envoyé tous les décrets de prise de corps aux intendans des provinces. Je tiens correspondance de lettres avec eux , deux fois la semaine. J'ay fait donner ordre à tous les commis , capitaines et archers des gabelles qui ont des corps de garde sur tous les passages des rivières d'exécuter tous les ordres qui leur seront donnés par les intendans. Tous les prévosts sont en campagne ; nous suivons encore à présent deux des principaux que nous prétendons prendre. J'ay de plus un homme, en Basse-Normandie, qui travaille incessamment pour tascher de prendre Créqui et Annery. L'on jugera les contumaces au Grand Conseil dans la fin de cette semaine, après quoy il faudra faire raser les maisons et les bois.

J'estime nécessaire que Vostre Éminence fasse envoyer les ordres du roy à M. Pellot, intendant en Poitou, pour faire arrester le chevalier de Saint-Philibert et Leschasserie , qui sont les députés de Poitou qui ont assisté aux assemblées.

Et de plus, comme l'on n'a mis que des soldats du régiment de Picardie dans les maisons des principaux coupables en Normandie, et qu'il n'y a point d'officier qui en prenne soin et qui les visite, ces soldats estant faciles à corrompre, et pouvant d'ailleurs faire de grands désordres, ilseroit

1 On sait qu'en sa qualité de président du Grand Conseil, il était chargé de la direction du procès contre les gentilshommes.

très-important de commander un ou deux officiers dudit régiment pour I» visiter incessamment dans toutes les maisons où ils ont esté establis.

Il y a lieu d'espérer qu'en agissant ainsy de toutes parts et sans discontinuation, l'on empeschera les mauvais desseins des ennemis du repos public.

niponsH do caidisal, bu marge.

• Souvenez-vous qu'il faut écrire plus à M. Le Tellier qu'à moy les choses qu'il faul faire; et je vous prie de n'y manquer pas, car il fera tout et je me repose là-dessus, outre que, estant à la cour, je feray de mon costé ce qu'il faudra faire.

J'ay renvoyé cet original à M. Le Tellier. 11 faut bien soutenir le lieutenant général et luy faire espérer quelque grâce s'il agit vigoureusement, et la luy faire en effet.

1 Je vous prie d'écrire tout cela h M. Le Tellier. afin que, à mon retour, il prenne le soin de faire que ce que vous proposer soit exécuté , l'approuvant entièrement.

(Bibl. Imp. Mu. S. P. 3,ooJi, LeTeilier, Papier» d'État, vol. 17, fol. |3I 1

( Lettre originale. )

Paris, a H septembre i65q.

J'envoye à Vostre Eminence \cdictum de Tarrest du Grand Conseil qui fui hier donné contre lesdits Annery, Créqui et Moulins-Chapcl. H ne se peut rien ajouter à la manière dont le Grand Conseil a agy en cette affaire, cinq ou six conseillers ayant esté d'avis qu'ils dévoient estre tirés à quatre chevaux , ce qui me donne lieu de croire que le procès de Bonnesson estant en estât, la justice du roy sera satisfaite et que la punition exemplaire de cet homme rendra les autres plus sages et empeschera leurs mauvais desseins. L'on travaille avec beaucoup de diligence à instruire son procès. M. de Fortia, intendant en Orléanois, nous envoyé tous les tesmoins de l'affaire des Sabotiers. Nous assemblons, d'autre costé, toutes les preuves et les tesmoins pour les assemblées de noblesse; eu un mot, je puis assurer Vostre Éminence que l'on ne perd pas un moment de temps pour mettre cette affaire en bon estât, et que MM. de Fortia et de Pomereu font bien leur devoir.

Pour l'exécution de l'arrest du Grand Conseil, donné par contumace

1 La présente lettre avait été exp»*diéc en double. La réponse île Mazarin, relativement aux ordres que Gilbert jugeait nt-cessaires, se lrou>e sur la lettre conservée dans le fonds S. F. 3oo&, LeTeilier, Papiers a" Elut, vol. 17, fol. 1.36. Elle est ainsi conçue : "Si \ous avei

écrit cela à M. Le Tellier, il vous enverra à fin* tant les expéditions que vous demandes, car je luy ay mandé d'en parler tout aussytosl au Roj et de vous les faire avoir. Souvenei-vou» bien de luy en écrire toujours, car je suis si arrabl*qu'il m'est impossible de fournira tout.*

AVEC MAZAR1N.

contre Annery, Créqui et Moulins-Chapel, il faut faire marcher des troupes en Normandie , et écrire deux lettres du roy :

L'une à M. le Chancelier, pour luy dire que l'intention de Sa Majesté est qu'il envoyé un maistre des requestes sur les lieux , avec une commission du grand sceau , pour faire raser les maisons et couper les bois nonobstant oppositions ou appellations quelconques; ou bien , suivant la proposition faite par le procureur général du Grand Conseil, envoyer un lieutenant du grand prévost , nommé Cuvillier, dont il se sert ordinairement pour l'exécution des arrests du Grand Conseil, de sorte que cette exécution paroistra mesme faite par ordre dudit Conseil.

L'autre à M. deLongueville1, luy donnant part de tout, avec ordre d'assister le maistre des requestes, ou lieutenant du grand prévost, pour l'exécution de la commission , mesme de commander les communes , s'il est nécessaire, pour travailler à la démolition des maisons. Autre ordre à celuy qui commandera les troupes, de prester main-forte et de faire faire tout ce que ledit maistre des requestes, ou lieutenant du grand prévost, désirera pour l'exécution de ladite commission.

M. le Procureur Général m'a dit ce soir, en prenant congé de luy chez M. le Chancelier, qu'il avoit avis certain que le sieur Annery estoit en cette ville. Aussytost, j'ay donné ordre aux lieutenant criminel'-2, chevalier du guet 3, lieutenant criminel de robe courte 4 et lieutenant du prévost de

1 Voici une note , de la main même de Colbert, relative à cette affaire*.

(Sans lieu ni date.) «M. de Longueville ayant pris beaucoup de part aux recherches que Ton a faites en Normandie des gentilshommes contre lesquels le Grand Conseil a décrété, et ayant ordonné au lieutenant général d'Évreux et aux prévosts de la prorince de ne rien faire ans son ordre, en sorte qu'il n'a laissé aucune liberté à l'exécution des arrests du Grand Conseil, Son Éminencem'a fait sçavoir que son avis seroit que le Roy écrivist fortement audit seigneur duc de Longueville que l'intention de Sa Majesté est que les arrests du Grand Conseil et tout** les procédures qui seront à faire en conséquence dans toute l'estendue de la province «le Normandie, comme aussy la recherche, arresl et transport des gentilshommes contre lesquels il y a décret de prise de corps soyent faits et exécutés en toute liberté et par tons officiers,

sans demander aucun congé ni ordre a qui que ce soit. Et, en cas que ceux qui seront commis pour l'exécution desdits arrests el pour faire lesdiles procédures ayent besoin de l'autorité dudit seigneur de Longueville, Sa Majesté veut et entend qu'il leur donne toute assistance, en sorte que Sa Majesté soit obéie et les arrests exécutés.» (Bibl. Imp. Ms. S. F. 3,ooA, Le Tellier, Papier» d'État, vol. 17, fol. 9A7.)

1 Lieutenant du prévôt de Paris. Assisté de sept juges, il prononçait en dernier ressort sur les causes qui lui étaient déférées.

s Le chevalier du guet commandait la troupe qui veillait à la sûreté de Paris.

* Cet officier portait, au lieu de la longue robe des magistrats, l'épée et le vêtement des militaires. Ses fonctions étaient d'arrêter les vagabonds, les criminels, et de surveiller la conduite des gens de mauvaise vie.

* On lit an dos de tuile note, delà main d'un employé de Le Tellier : «Mémoire de M Collxrt sur lequel a esté faite une lettre du roy à M. Icduc de Longueville.*

Tlsle1, de faire toutes les recherches possibles pour le trouver. Je mets cta espions par toutes les maisons où le cardinal de Retz peut avoir quelque habitude, ne doutant point qu'il n'y aille. Je fais estât de faire suivre un de ses oncles qu'on m'a dit estre en cette ville. Je feray mettre deux troupes de bons hommes à deux bacs où il doit passer les rivières d'Oise et de Seine en s'en retournant en Normandie. Enfin , je mettray en pratique tous les expédiens imaginables pour tascher de le faire arrester. Si Vostre Eminence ne désire point que je luy rende compte du détail de toutes ces choses, je la supplie de me le faire sçavoir, afin que je le fasse plus succinctement à l'avenir. . .

M. le Procureur Général s'en allant à Bordeaux, je supplie Vostre Éminence de luy parler un peu chaudement du duché de Nevers, afin qu'il connoisse et qu'il sçache qu'elle aime et qu'elle considère cette grande terre. 11 ne seroit mesme point mal à propos que Vostre Eminence en écrivisl quelque chose à M. le Chancelier dans sa première lettre d'affaires.

Je rends un million de grâces à Vostre Eminence de la bonté qu'elle veut bien avoir de se souvenir de mon frère, lieutenant aux gardes. Jay tant de marques de ses bienfaits dans ma famille que je serais bien criminel si je ne m'y abandonnois entièrement. J'avoue à Vostre Eminence que la paix a esté cause que je me suis résolu à luy en écrire.

(Bibl. Imp. Mm. Baluie, Papiers de* Armoire,, toi 33i, IbL i»»-)

( Lettre autographe. )

Paris, i" octobre 1609».

Vostre Eminence trouvera cy-joint un mémoire s qui m'est échappé des

' Voir lettre i49.

1 Nous ne partageons pas, au sujet de la date de cette leUre, l'opinion de M. Champoilion-Figeac, qui, tout en Payant publiée sous la date du t" octobre, dans ses Mélange, hi,torufues, dit, à la table, II, 555, note, qu'elle doit être du 1 "' novembre , par le motif que Coibert y accuse réception au Cardinal d'une lettre du a a octobre.

A la vérité, le Cardinal avait écrit à Colbert le ia octobre. (Ncas donnons sa leUre à l'Appendice.) Colbert parle bien aussi d'une lettre de Mata ri n du a a , sans dire de quel mois.

Mais comme Maiarin lui écrivait alors trèfrfr*quemmenl , il s'agit évidemment d'une leUre du mois de septembre. Ce qui est certain, c'est que le contenu même de la lettre de Colbert datée par lui du 1" octobre, comparé au lettres précédentes et suivantes, prouve qu die ne peut pas être d'une autre date.

1 C'était un mémoire dressé contre Fouquet. Nous ne l'avons malheureusement pas trouvé parmi les lettres de Colbert à Maarin. (Voir sur ce sujet, à l'Appendice, une du 91 octobre i65o, écrite par Matarin i Colbert.)

AVEC M AZARIN.

lins, quoyque je sçache bien qu'il ne contient que les ombres d'une connoissance dont Vostre Éminence a toutes les lumières. S'il y a quelque chose qui ne luy plaise pas, je la supplie de le jeter au feu dès la première page. Au surplus , Vostre Eminence verra combien il est important qu'il demeure secret.

J envoyé de plus à Vostre Éminence une lettre que j'ay reçue de mon frère, contenant la relation d'un voyage qu'il a fait, par curiosité , dans quelques-unes des principales villes d'Allemagne et dans les cours de Bavière et du duc de Wurtemberg, y ayant peut-estre quelque chose qui agréera à Vostre Eminence dans cette relation1.

L'affaire des nobles de Normandie va toujours son train; je suis toujours en queste du sieur Annery. L'arrest du Grand Conseil par lequel luy, Créqui et Moulins-Chape! ont esté condamnés à avoir la teste tranchée en effigie, fut hier exécuté avec grand concours de peuple à la Croix du Trahoir2; mais Vostre Eminence sera peut-estre surprise d'apprendre que, dans les informations qui ont esté faites , le marquis de Cbandenier3 s'y est Irouvé compris de telle sorte que le Grand Conseil a décrété ajournement personnel contre luy, en sorte que s'il ne comparoist, l'ajournement sera converty en prise de corps, et ainsy la procédure sera continuée.

Quant à Annery, j'ay mis des espions par toutes les maisons des personnes qui peuvent avoir quelque habitude avec le cardinal de Retz. Ayant appris mesroe que madame de Senecey4, qui avoit cy-devant sa fille chez plie, l'avoit esté mettre depuis trois jours en religion à Chaillot, et croyant que ledit Annery seroit icy venu pour donner l'ordre à cette action , j'ay mis des espions à l'entour de la maison de ladite dame, et j'ay mis des gens armés , pendant la nuit passée , aux environs de la Croix du Trahoir, pour voir s'il ne seroit point venu à Paris pour enlever son effigie. Tout cela a esté jusqu'à présent inutile, et je commence à désespérer de le pouvoir découvrir; si les gens que j'ay mis aux deux bacs sur les rivières d'Oise et de Seine, où l'on m'a dit qu'il devoit passer pour s'en retourner en Normandie, ne réussissent, je crains fort que toutes mes diligences ne soyent fort inutiles.

Le procès de Bonnesson s'instruit toujours, et je ne crois pas qu'il puisse échapper.

1 Voir la lettre -si h. mariée, le 7 août 1607,3 Henri de Beaufre-

' La Croii du Trahoir, ou du Tirouer, était monT, marquis de Senecey, lieutenant général j l'angle des rues Sainl-Honoré et de l'Arbre- en Bourgogne. Elle éuiit première dame d'hon- Sec. C'était un lieu consacré aux supplices. neur d'Anne d'Autriche, et avait élé, en 1 643,

J Voir lettre 1 69. gouvernante de Louis XIV. Morte à Paris la

' Marie -Catherine de La Rochefoucauld, 10 mai 1677,3 l'âge de quatre-vingt-neuf ans.

J'ay esté bien surpris de voir, par la réponse de Vostre Eminence du •ja [septembre], qu'elle n'avoit point encore la petite cassette envoyée par l'ordinaire du a k [août]. J 'ay esté aussytost à la poste pour sçavoir d'où cela pouvoit estre provenu ; les principaux commis m ont assuré que la cassette avoit esté laissée à Bordeaux, entre les mains du maistre de la poste, par le courrier nommé La Demoiselle, qui estoit party de Paris, et que, assurément , ce manquement estoit provenu du courrier de Bayonne , qui ne s'en estoit point voulu charger; ces commis m'ont assuré que Vostre Eminence l'auroit à présent reçue. C'est de quoy j'attendray des nouvelles avec beaucoup d'impatience.

Ayant fait, dès Tannée passée, quelques provisions de vin de Cussy1 pour la bouche de Vostre Eminence, pour l'arrière-saison , et craignant que les vins de Gascogne, qui ne sont pas estimés bien sains, ne luy fassent mal, j'envoye demain une charrette chargée de deux pièces de ce vin, qui est sur salie, et trois quartauts en 190 bouteilles de deux pintes chacune. Je souhaite fort que Vostre Eminence le trouve bon.

J'envoye aussy, sur la mesme charrette, .les espées et baudriers contenus au mémoire cy-joint. Je crains que Vostre Eminence ne les trouve un peu chers , mais elle les trouvera beaux à proportion.

La tapisserie des Actesde* Apostres, que j'ay achetée de l'abbé Le Normant. est composée de sept pièces de trois aunes et demie de hauteur et de trentecinq aunes et demie de tour.

J'ay parlé au sieur Courtet et à sa femme; mais j'avoue à Vostre Eminence que je n'ay jamais vu de gens si fermes. Ils soutiennent que les ferrets d'aiguillettes de diamans n'ont jamais esté estimés que a 0,000 livres, et qu'ils ne peuvent pas donner le marché à moins de :i 8,000 livres. Ils demeurent d'accord que des deux montres qu'ils doivent fournir, il y en a une sonnante avec des diamans. Courtet doit partir avec madame la princesse de Carignan2, et portera le tout à Vostre Eminence.

J'ay demandé à deux ou trois orfèvres le prix de la façon de l'or en plats et assiettes; mais il n'y en a pas un qui m'ayt demandé moins de 8 livres; en sorte que l'offre du sieur Lescot , de les faire à 3 livres 1 o sols ou h livres, est sans doute la meilleure.

M. le chevalier de Montgaillard , qui partit lundy dernier, porte l'une des deux grosses montres que le sieur Lescot a fait faire. Je fais travailler

1 H y a dans l'arrondissement de Reaune (CAle-d'Or) deux communes de ce nom : Cusayla-Colonne et Cussy-sur-Arroux.

1 Marie do Bourbon . fille de Charles , comte

de Soissons. Elle avait épouse, en 1 6s à, Thomas-François de Savoie, prince de Carignan: veuve depuis 1 656. Morte te h juin 1699, aRw> de quatre- vinRt-sept an».

aux douze fournitures de cuillères, couteaux et fourchettes d'or que Vostre Érainence demande , comme aussy aux chapeaux , qui seront très-excellens . pt particulièrement six gris et six noirs , qui seront fort extraordinaires.

Le sieur Lescot fait travailler à trois espées d'or, le sieur Courtet à une, et moy à deux; en sorte que Vostre Éminence aura six espées d'or toutes différentes.

Je fais faire outre cela deux espées de fer poly avec de l'or de rapport, par Legay, fournisseur du roy, qui seront assurément d'une beauté extraordinaire; mais tous ces ouvrages ne peuvent estre achevés que dans deux mois d'icy.

J'envoye à Vostre Éminence d'autres devises pour le Roy, qu'a faites le sieur Douvrier1, afin qu'elle choisisse celle qui luy agréera le plus. Le sieur Varin2 travaille aussy aux médailles de dix et de cinq pistoles.

J'ay desjà envoyé le fonds nécessaire pour le payement d'un quartier à la garnison de Philipsbourg.

J'ay fourny 6,000 livres pour les fortifications de La Fère, et j'en nourray encore fournir autant, estant difficile d'employer une plus grande somme pour cette année.

( Bibl. lin p. Mss. S. F. 3,700, fol. t . — Coll. de doc. inéd. sur l'bist. de France MHanffc$ historique», publiés par M. Cbampollion-Figeac, II, 4g8.)

(Lettre autographe.)

Paris, a octobre 1659.

Puisque vous avez satisfait à vostre devoir envers M. de Mancini et que vous avez essayé de faire connoistre à M. de Saint-Geniès de quelle conséquence estoit le personnage qu'il faisoit, il suffit; mais, assurément, je ne puis pas m'empescher de vous répéter encore que M. de La Neuvelle a eu grand tort de ne pas rendre compte à Son Éminence , au commencement, du progrès de ce mal qui est le mesme qui est arrivé à M. de Baatz [d'Artagnan] : c'est-à-dire que M. de Fréjus, voulant ruiner de Baatz, en est venu à bout, mais il ne s'est pas soucié de perdre M. de Mancini. Ainsy, M. de Saint-Geniès veut faire effort contre M. de La Neuvelle, sans se soucier beaucoup de ce qui arrivera à M. de Mancini; M. de La Neuvelle

*' Louis Douvrier, mort à Paris en janvier 1680. On lui attribue la fameuse devise de Louis XIV : Nec plunbu* impar.

* Jean Varin, né à Liépe en 160/1. L'un des

premiers membres de l'Académie de peinture et de sculpture. Mort le af> août 169a. On lui doit les pluB belles médailles des règnes de Louis XIII et de Louis XIV.

ne se peut parer qu'en rendant compte exact à Son Emincnce; et c'est à quoy il n'a point satisfait jusqu'à présent, quoyque j'en aye écrit quelque trente fois, et que je le luy aye dit avant de partir de Paris.

Quoyque ce soit assurément un grand mal que la hayne que l'on a fomentée contre M. de Mancini dans l'esprit de M. de La Neuvelle, néanmoins Son Eminence auroit lieu de s'en consoler si M. de Mancini faisoit mieux et s'il s'appliquoit tout de bon aux choses que Son Eminence désire de luy.

Par les lettres que je reçois de Son Éminence et par toutes les chose* qui se font en Allemagne , je ne crois pas que vous deviez encore quitter vostre employ pour cet hyver, jusqu'à ce que la paix soit entièrement exécutée. Vous pourrez venir icy au printemps prochain.

Je vous envoyé une lettre de mon oncle de Cernay ; et quoyque je sçache bien qu'elle ne vous doit point donner beaucoup de satisfaction , je ne laisse pas de vous dire qu'il faut toujours faire son devoir à son égardetluy écrire au moins tous les ans quatre fois.

Ma femme est accouchée aujourd'huy d'un fils, assez heureusement. Je suis bien ayse de vous le faire sçavoir, sçachant bien que vous m'aimez assez pour y prendre part.

(Bibl. Imp. Mm. Balute, Papier» de, Armoire,, vol. 178, fol. il)

(Lettre autographe. )

Paris, 10 octobre 1659.

Je ne vois pas que M. de Mancini puisse profiter de rien à Brisach, en sorte que j'ay écrit à Son Éminence qu'il valoit mieux le rappeler, M. de Sainl-Geniès ayant empeschétout ce qui pouyoit l'obliger à changer sa conduite et donner plus de satisfaction à Son Éminence. Je crois qu'il n'y i pas d'autre party à prendre que celuy-là >.

Pour ce qui est de l'esprit de M. de Mancini, tous ceux qui ont esté auprès de luy se sont toujours aperçus qu'il avoit beaucoup de malice. Ce que vous m'en dites en est une preuve assez claire; mais si d'ailleurs il satisfaisoit Son Éminence , il n'y auroit pas grand mal *.

1 Charte* Colbert avait , peu de jours auparavant, prévenu son frère que le jeune Mancini f;r<is.siss,ïit beaucoup, <|u'il mandait et buvait bien, qu'il se levait Ires-tard, ne faisait plus

d'exercice, avait abandonné l'allemand, etqw ses éludes avec tepere Petilgot n'étaient qu'un*» feinte.

1 Quelques jours apivs, Charte* Colb«*ri

AVEC M AZARIN.

Je vous entretiendra) plus longuement à nostre entrevue, pour laquelle je partiray samedy au soir de Paris. J'arriveray lundy à Seignelay, où je demeureray mardy, et en partiray mercredy, pour arriver à Nevers jeudy au soir ou vendredy matin. Je suis bien ayse de vous donner avis de mes journées, afin que vous preniez vos mesures pour me joindre. Je vous adresse celle-cy à Dijon, afin qu'on vous la puisse rendre à vostre passage.

(Bibl. Imp. Mm. Baluze. Papieri de* Armoire*, vol. 178, fol. 97.)

( Lettre originale. )

Pans, ta octobre 1609.

L'ordinaire n'estant pas encore arrivé, j'attends avec impatience les lettres de Vostre Eminence, estant en peine d'avoir appris qu'elle a la goutte. Je pars aujourd'huy pour le Nivernois, ayant relardé jusqu'à présent pour mettre l'affaire des gentilshommes et le procès de Bonnesson et de Laubarderie en estât de bien aller pendant mon absence.

Le sieur de Neuvi est enfin sur pied et part aujourd'huy pour s'en aller en Normandie, d'où il me doit faire sçavoir tout ce qui se passera; et mesme il ne désespère pas de donner moyen de prendre Annery et Créqui. Mais comme il a esté soupçonné par tous ces nobles d'avoir fait prendre Bonnesson et Laubarderie, il employera quelque temps pour reprendre créance auprès d'eux, en sorte que je pourray estre de retour avant qu'il y ayt rien d'important ; en tout cas , le sieur de La Genète me donnera avis de tout ce qui se passera. Il a esté nécessaire de permettre audit de Neuvi, au nom de Vostre Éminence, de faire toutes choses avec lesdits Créqui, Annery et autres, et mesme de tesmoigner plus de chaleur qu'aucun d'eux , pour avoir plus de part à tous leurs secrets , luy promettant qu'il ne luy sera rien imputé , quoy qu'il fasse , et que le Roy luy pardonne dès à présent.

Quant au procès de Bonnesson et Laubarderie , outre les tesmoins que nous avons eus jusqu'à présent, qui ne sont pas assez forts pour les convaincre, j'ay cru que le tesmoignage de Lézanville nous estoit nécessaire, d'autant plus que Neuvi avoit toujours demandé sa liberté, et ne s'estoit

ayant annoncé a son frère que Mancini deve- nent contre eux, toutes les fois qu'ils les entrait malin et méchant, et qu'il pourrait bien, ployent contre une personne qui marche droit lui aussi , être victime de ses dénonciations au- dans la voye de son devoir. Ne vous metteidonc prés du Cardinal , Colbert lui répondit : «Les pas en peine ; je me démesleray bien de toutes

|>onr ainsy dire engagé de faire prendre Bonnesson que sur la parole que je luy avois donnée qu'on relascheroit Lézan ville, s'il ne pouvoil venir à bout de les faire prendre séparément, en sorte que, cela ne s'estant pi faire, il m'a souvent pressé de le faire mettre en liberté; et je ne m'en suis pu défendre qu'en luy disant qu'il estoit difficile de faire paroistre une bonne raison de sa liberté et que, assurément, elle les mettroit hors d'estat tous deux de pouvoir servir, joint que je ne le pourrois faire sans en donner avis à Vostre Éminence.

dette raison , l'importance du service qu'a rendu en cette occasion ledit sieur de Neuvi, la nécessité d'avoir une déposition conforme à tout ce qu'il a fait dire à Vostre Éminence et une confrontation à Bonnesson d'un de ses complices, et la permission que Vostre Éminence m'en a donnée, m'ont obligé d'entendre les instances que le prévost des marchands ma faites pour ledit Lézanville, qui est son parent, de luy permettre de le voir el d'apprendre de luy ce qu'il sçait et ce qu'il offriroit de faire pour avoir sa liberté. Et comme il a dit au prévost des marchands tout ce rm'il sçavoit, qui est la mesme chose que ledit de Neuvi a fait dire à Vostre Eminence, el mesme avec plus de particularité, qu'il a offert de le déposer et de le soutenir à Bonnesson dans sa confrontation , je luy ay fait sceller et signer sa grâce, qui doit demeurer entre mes mains jusqu'à ce qu'il ayt esté interrogé et confronté, et ensuite doit cslre remise en celles dudit prévost des marchands, qui m'a donné parole de ne s'en dessaisir qu'après que le procès aura esté fait et parfait à Bonnesson. J'espère que Vostre Éminence approuvera ce que j'ay fait en cela, n'ayant eu pour but que le bien du service du roy.

De plus, nous avons deux gentilshommes nommés Frouville1 et La IV gerie2, auxquels le prévost du Perche, avec la participation de M. de Pomereu, a promis la grâce, qui ont fait deux fortes dépositions, et qui ont esté récolés et confrontés à Bonnesson , qui en a esté fort étonné. Comme j'ay trouvé leurs dépositions fort importantes, j'ay esté bien ayse d'en envoyer une copie à Vostre Éminence afin qu'elle voye et observe, s'il luy plaist, quel effet elles peuvent faire sur l'esprit de M. le comte d'Harcourt. estant bien fortes contre luy.

Je fais travailler à toutes les choses que Vostre Éminence m'a ordonnées. Dans cette semaine j'enverray une bonne partie des chapeaux de castor, el dans la suivante le surplus.

J'envoye une montre avec un étuy garny de clous d'or et de diamans.

1 Samuel de Frouville, écuyer, seigneur de * François deTacberct , seigneur de La l'a-

rKsperonnière. gerie, gentilhomme de l'Orléanais.

AVEC M AZARIN. 387

qui me couste 3&o livres. Je supplie Vostre Éminence de la confronter avec celles que Lescot luy a envoyées et de nie faire sçavoir si c'est un prix raisonnable ou non; j'en fais faire encore cinq qui sont de moindre prix et aussy solides.

( Bibl. Imp. Mo. S. F. 3.700 , fol. 6. - Coll. de doc inéd. Mêmgm kuUmque* . 11 , 493.)

( LeUr«" originale. )

Ktitraitis-sur-Nobains1, 16 octobre 1659.

Je suis à présent dans la visite du duché de Nivernois, dont l'estendue et la beauté sont encore plus considérables que je ne me Festois imaginé; et Vostre Eminence sera facilement persuadée que c'est beaucoup dire. Je trouve les peuples et les officiers beaucoup plus rudes et plus difficiles à traiter que dans le duché de Mayenne. J'espère néanmoins qu'avec du temps je viendray à bout de mettre cette grande terre en Testât qu'elle doit estre pour donner satisfaction à Vostre Eminence. Il est inutile de luv faire un ample récit de toutes les difficultés qui se rencontreront et des moyens qu'il faudra pratiquer pour les surmonter, Vostre Éminence n'en ayant esté desjà que trop informée. II est pourtant nécessaire qu'elle sçache qu'il est impossible que je puisse exécuter beaucoup de choses qui sont importantes et que j'ay préméditées, qu'en me servant de l'intendant de la province, et que M. de La Barre2, qui l'est à présent, n'est pas un instrument propre pour m'en servir comme il est nécessaire; pouvant assurer Vostre Éminence que jamais homme n'a esté tant hay des peuples, et n'a donné aux peuples tant de véritables raisons de le hayr que celtry-là, par une conduite tout à fait abandonnée. En sorte que , estant bien important que Vostre Éminence donne quelques marques qui fassent connoistre à ces peuples qu'elle veut les considérer comme ses sujets, il faut commencer par leur oster cet intendant et leur donner un plus homme de bien que luy, à quoy il n'y aura pas beaucoup de peine. Au cas qu'elle prenne cette résolution , je la supplie de me faire sçavoir le choix qu'elle aura fait. S'il y avoit quelque raison qui empeschast Vostre Eminence de faire ce change ment, j'attendray sa réponse pour le sçavoir, parce qu'en ce cas je prendray mes mesures pour me servir dudit sieur de La Barre '.

1 Arrondissement de f.lameev, canton de Grenoble, à Moulins et en Auvergne. 11 fut Yarzy ( Nièvre). plus tard lieutenant général de l'Amérique, et

1 Lefèvre de La Barre , maître des requêtes enfin gouverneur du Canada, eo 1 65o. Successivement intendant à Paris, a

Je promets bien à ces peuples qu'ils ne verront jamais des gens de guerre; j'espère que Vostre Éminence ne voudra pas que je me trouve menteur sur ce point.

Dans la fin de ce voyage, je feray un mémoire exact des principales choses qui concerneront ce duché pour l'envoyer à Vostre Eminence.

uteonsu M cardmal, bu Minci.

* J'ay desjà écrit à M. Le Tellier de prendre au mot M. de La Barre, s'il est vra> qu'il ay t demandé son congé. Et si cela n'est pas , en arrivant à Toulouse , je verra) ce qui se pourra faire, car je juge absolument nécessaire qu'il soit changé; et ce n'est pas de cette heure que j'ay eu cette pensée , n'en ayant pas entendu bien parler en aucun temps.

(Bibl. Imp. Mm. Baluie. Papun de* Ar»win$ . vol. 33 1 , fol. Ht)

( Lettre originale.)

Nevera, 93 octobre i65o,-

Il est bien difficile d'expliquer à Vostre Eminence les transports de joye qui sont dans l'esprit des ecclésiastiques, gentilshommes, officiers et peuples de cette province. Il suffit de dire qu'ils ont toujours esté très-affectionnés à leurs princes; que jamais province n'a esté si maltraitée de troupes, de tailles, de toute nature d'impositions, et de la persécution de tous les partisans , et qu'ils espèrent vivre plus en repos sous la protection de Vostre Eminence, pour laquelle ils ont la vénération qu'ils doivent; en sorte que j'en suis content et satisfait ; et je puis dire que je suis assez difficile sur cette matière.

Les démonstrations publiques que tous les Ordres en ont données sont très-grandes. Aussytost que je suis entré dans le duché, quantité de gentilshommes sont venus au-devant de moy et m'ont accompagné jusqu'en cette ville. Tous les officiers de justice et les députés des vingt villes qui sont dans l'estendue du duché sont venus de temps en temps me haranguer. Les officiers et députés de la capitale [Nevers] sont venus huit lieues au-devant moy pour m'assurer tous de leur joye et de leur fidélité au service de Vostre Éminence. M. l'évesque de Nevers 1 m'envoya complimenter à trois lieues de la ville et prier d aller descendre à l'église. La cavalerie de la

1 Kustarhe de Chéri, évôque de Nevers depuis i63A. Mort en 1666, âgé de soixante dix-neuf an».

AVEC MAZAK1N.

ville et toute l'infanterie se mirent en bataille à une demy-lieue hors d'icelle. A la porte, les échevins me présentèrent les clefs et me firent le serment de fidélité, accompagnés de tout le peuple. J allay descendre à l'église cathédrale, où M. l'évesque me fit recevoir à la porte par son chapitre, avec la croix et l'eau bénite. Ensuite le Te Deum fut chanté et les prières faites pour Vostre Eminence , comme duc de Nivernois , en grande solennité.

Le mesme jour je reçus les harangues de tout le clergé , de toutes les compagnies de justice et de toutes les maisons religieuses , qui sont icy en trop grand nombre. Toute la nuit se passa en feux de joye, en bals et en réjouissances publiques.

Le lendemain je pris possession, par la lecture du contrat qui se fit en pleine audience. Le soir, la ville fit faire un grand feu de joye, toute la ville estant en armes. Enfin, il seroit trop long de déduire à Vostre Eminence toutes les marques de joye publique que cette province, et cette ville en particulier, ont données en cette occasion.

Je travaille à tirer toutes les lumières possibles pour en pouvoir rendre compte à Vostre Eminence et luy faire une description plus précise et plus exacte de ce duché dans quelques jours. Je seray icy jusqu'à la Toussaint, et, nonobstant mon absence, je ne laisse pas de donner tous les ordres nécessaires pour pousser l'affaire de la noblesse.

(Areb. de* kS. étr. Fntnce, vol. 168, pièce 07.)

(Lettre originale.)

Decize1, s6 octobre 165g.

Pour continuer de visiter toutes les dépendances du duché de Nivernois , je suis venu en cette ville pour en voir l'assiette, la consistance et le chasteau. Vostre Eminence en a vu l'assiette, qui est dans une isle de la rivière de Loire jointe à la terre par deux grands ponts de pierre, et par conséquent bien forte. Le chasteau est des plus beaux que j'aye guère vus, et trèslogeable; et pour peu de dépense que l'on y fasse, il sera assurément capable de loger Vostre Eminence et toute sa maison. Enfin, Monseigneur, tout ce qui se voit dans cette grande terre sent bien les grandes maisons de Nevers, d'Albret, de Bourgogne, deux fois de Clèvcs, et de Gonzague, qui l'ont possédée. Et si Vostre Eminence estoit capable de faire une chose

• Chef-lieu de canton dans l'aironteméVit de Ncvers.

qu'elle ne fera jamais, qui est, non pas de partager ses affections entre la gloire de l'Estat et ses affaires domestiques, mais seulement d'en réserver quelque petite part pour celles-cy, rien au monde ne luy semblerait si beau , si grand , si considérable et si digne de ses affections que ce duché. Mais il y a longtemps que je me suis aperçu d'une vérité constante, qui est que Vostre Érainence non-seulement ne veut et ne peut partager ses affections, mais mesme ne peut presque souffrir sans peine que Ion employé de l'argent en ces grandes acquisitions , par la seule raison qu'elle croit que c'est autant de moyens de sacrifier tout ce qu'elle peut avoir, oo au premier besoin de l'Estat, ou à la première occasion d'augmenter sa gloire et ses avantages.

De ces causes viennent sans difficulté le peu de plaisir qu'elle y prend et l'envie presque continuelle qu'elle a de s'en défaire, parce que toutes les fois qu'elle voit quelque besoin de l'Estat, ou quelque grand avantage à luy procurer, qui est empesché ou retardé par le défaut de finances, elle ne peut pas s'empescher de penser que, si elle avoit quatre millions de livres en argent qu'elle pourroit retirer de ses acquisitions, elle pourroit facilement pourvoir à ces besoins ou procurer ces avantages.

Il me reste encore quelques espérances que, la paix pouvant donner moyen de restablir les affaires de finances, en sorte qu'elles pourront facilement fournir à toutes les dépenses de l'Estat, et mesme à faire quelque» réserves, Vostre Eminence commencera peutr-estre à prendre plaisir en ses acquisitions. J'attendray ce changement en travaillant toujours comme je dois, dans l'estendue de mon employ, à mesnager les avantages domestiques de Vostre Éminence. .

(Àrch. des AIT. étr. fW*. toL «68, pièce toi.)

(Lettre autographe. )

Nevers, a8 octobre 1659.

Je reçus hier, à Decize, les dépesches de Vostre Éminence, du a o de ce mois1, auxquelles je feray double réponse. Celle-cy servira, s'il luy plaist, pour ce qui concerne le discours fait par M. le Procureur Général et le mémoire que j'ay envoyé à Vostre Eminence.

Il est vray, Monseigneur, que j'ay entretenu une amitié assez étroite avec luy depuis les voyages que je fis, en tt55o, aver Vostre Eminence, et que

1 Nous publions celte leUr* À l'Appendice

je l'ay continuée depuis, ayant toujours eu beaucoup d'estime pour luy et l'ayant trouvé un des hommes du monde les plus capables de bien servir Vostre Éminence et de la soulager dans les grandes affaires dont elle est surchargée. Cette amitié a continué pendant tout le temps que M. Servien a eu la principale autorité dans les finances, et souvent j'ay expliqué à Vostre Éminence mesrae la différence <me je faisois de l'un à l'autre. Mais dès lors que, par le partage que Vostre Eminence fit en 1 655 , toute l'autorité des finances fut tombée entre les mains dudit sieur Procureur Général, et que, par succession des temps, je vins à connoistre que sa principale maxime n estoit pas de fournir par économie et par mesnage beaucoup de moyens à Vostre Eminence pour estendre la gloire de l'Estat, et qu'au contraire il n'employoit les moyens que cette grande charge luy donnoit qu'à acquérir des amis de toute sorte et à amasser pour ainsy dire des matières pour faire réussir, à ce qu'il prétendoit, tout ce qu'il auroit voulu entreprend rr . et mesme pour se rendre nécessaire, et en un mot, qu'il a administré les finances avec une profusion qui n'a point d'exemple; à mesure que je me suis aperçu de cette conduite, à mesure nostre amitié a diminué. Mais il a eu raison de dire à Vostre Eminence que je me suis souvent ouvert à luy et que je luy ay mesme donné quelques conseils, parce que, pendant tout ce temps-là, je n ay laissé passer aucune occasion de luy faire connoistre, autant que cette matière le pouvoit permettre, combien la conduite qu'il tenoit estoit éloignée de ses propres avantages : qu'en administrant les finances avec profusion, il pouvoit peut-estre amasser des amis et de l'argent, mais que cela ne se pouvoit faire qu'en diminuant notablement l'estime et l'amitié que Vostre Éminence avoit pour luy; au lieu qu'en suivant ses ordres, agissant avec mesnage et économie, luy rendant compte exactement, il pouvoit multiplier à l'infiny l'amitié, l'estime et la confiance qu'elle avoit en luy, et que, sur ce fondement, il n'y avoit rien de {frand dans l'Estat, et pour luy, et pour ses amis, à quoy il ne pust parvenir.

Quoyque j'eusse travaillé inutilement jusqu'en 1657, lorsqu'il chassa Delorme, je crus que c'estoit une occasion très-favorable pour le faire changer de conduite; aussy redoublay-je mes diligences et mes persuasions, luy faisant connoistre qu'il pouvoit rejeter toutes les profusions passées sur ledit Delorme pourvu qu'il changeas! de conduite, luy exagérant fortement tous les avantages qu'il pourroit tirer de cette favorable conjoncture. Je ne me contentay pas de faire toutes ces diligences; je sollicitay encore M. Chanut, pour lequel je sçais qu'il a estime et respect, de se joindre à moy, l'ayant trouvé dans ces mesmes sentimens. Je fus persuadé quelque

temps qu'il suivoit mon avis, et, pendant tout ce temps, nostre amitié fut fort réchauffée; mais depuis, l'ayant vu retomber plus fortement que jamais dans les mesmes désordres, insensiblement je me suis retiré, et il est vray qu'il y a quelque temps que je ne luy parle plus que des affaires de Vostre Éminence, parce que je suis persuadé qu'il n'y a rien qui le puisse faire changer. Mais il est vray qu'il n'y a rien que j'aye tant souhaité, et que je souhaite tant, que ledit sieur Procureur Général pust quitter ses deux mauvaises qualités , l'une de l'intrigue et l'autre de l'horrible corruption dans laquelle il s'est plongé, parce que si ses grands talens estoient séparés de ces deux grands défauts, j'estime qu'il seroit très-capable de bien servir Vostre Éminence.

Quant à ma liaison avec M. Hervart et M. Talon, dont il a parlé à Vostre Éminence, je ne sçaurois luy désirer un plus grand bien et un plus grand avantage que d'estre éloigné de toutes liaisons des deux part» autant que je le suis; estant fortement persuadé, et par inclination naturelle et par toute sorte de raisonnemens , que la seule liaison que l'on puisse et que l'on doive avoir ne consiste qu'à bien servir son maistre, et que toutes les autres ne font qu'embarrasser. Mais quand je serois d'esprit à chercher ces liaisons, la dernière personne avec qui je le voudrois faire, ce seroit M. Hervart, pour lequel je n'av jamais conservé aucune estime. Pour M. Talon, il est vray que j'ay beaucoup d'estime pour luy et que je l'ay vu trois fois cet esté, à Vincennes, chez luy et en mon logis. Mais aussy est-il vray que j'ay cru qu'il estoit peut-estre bon pour le service du roy et pour la satisfaction de Vostre Eminence de garder avec luy quelques mesures pour le faire souvenir, dans les occasions qui se peuvent présenter, des protestations qu'il m'a souvent faites de bien servir le Roj et Vostre Eminence, pourvu qu'on luy fasse sçavoir dans les occasions ce que l'on désire de luy, avouant luy-mesme qu'il peut quelquefois se tromper.

Pour ce qui est de la connoissanec que ledit sieur Procureur Général a tesmoigné avoir du mémoire que j'ay envoyé à Vostre Éminence , je puis luy dire avec assurance que, s'il le sçait, il a esté bien servy par les officiers de la poste, avec lesquels je sçais qu'il a de particulières habitudes, n'y ayant que Vostre Éminence, celuy qui l'a transcrit et moy qui en ayons eu connoissance, et ne pouvant douter du tout de celuy qui l'a transcrit, y ayant seize ans qu'il me sert avec fidélité en une infinité de rencontres plus importans que celuy-cy.

Ce mémoire n'a esté fait sur aucun qui m'ayt esté donné par ledit sieur Hervart, duquel je n'en ay jamais voulu recevoir, ne l'estimant pas assez

habile homme pour bien pénétrer une affaire. Et pour dire la vérité, ce que Vostre Ëminence trouvera de bon dans ce mémoire vient d'elle-mesme , n'ayant fait autre chose que de rédiger par écrit une petite partie des belles choses que je luy ay entendu dire sur le sujet de l'économie des finances. Pour ce qui est rapporté du fait de la conduite du Surintendant, Vostre Ëminence sçait tout ce que j'en ay pu dire; et je suis bien assuré qu'il n'y a personne en France qui souhaite plus que moy que sa conduite soit réglée en sorte qu'elle plaise à Vostre Ëminence, et qu'elle puisse se servir de luy. Quant à tous les discours que le sieur Hervart a faits et que le sieur Procureur Général m'attribue en commun, et qu'il dit sçavoir de la source, je crois bien qu'il les sçait dudit sieur Hervart, parce qu'il a des espions chez luy; mais je ne suis pas garant de l'imprudence de cet homme-là , avec lequel j'ay toujours agy avec beaucoup de retenue, m'estant aperçu, en une infinité de rencontres, qu'il se laisse souvent emporter à dire mesrae tout ce qu'il avoit appris de Vostre Ëminence.

Si , dans ce discours et dans le mémoire que j'ay envoyé à Vostre Ëminence, la vérité ne paroist point sans aucun fard, déguisement, envie de nuire, ni autre fin indirecte de quelque nature que ce soit, je ne demande pas que Vostre Ëminence ayt jamais aucune créance en moy, et il est mesme impossible qu'elle la puisse avoir, parce que je suis assuré que je ne puis jamais luy exposer la vérité plus à découvert et plus dégagée de toutes passions. Et outre que Vostre Ëminence le découvre assez par le discours mesme, si elle considère que je ne souhaite la place de personne, que je n'ay jamais tesmoigné d'impatience de monter plus haut que mon employ, lequel j'ay toujours estimé et estime infiniment plus que tout autre, puisqu'il me donne plus d'occasions de servir personnellement Vostre Ëminence, et que d'ailleurs si j'avois dessein de tirer des avantages d'un surintendant je ne pourrois en trouver un plus commode que celuy-là (ce qui paroist assez clairement à Vostre Ëminence par l'envie qu'il luy a fait paroistre de vouloir bien vivre avec moy) ,Vostre Ëminence jugera , dis-je , assez facilement qu'il n'y a eu aucun autre motif que la vérité et ses ordres qui m'ayt obligé de dire ce qui est porté par ledit mémoire, et que les discours du sieur Hervart n'ont aucun rapport avec ce qui me regarde en cela.

Quant à l'envie qu'il a fait paroistre à Vostre Ëminence mesme de vouloir bien vivre avec moy, il n'y aura pas grand'peine, parce que, ou il changera de conduite, ou Vostre Ëminence agréera celle qu'il tient, ou Vostre Éminence l'excusera par la raison de la disposition présente des affaires et trouvera peut-estre que ses bonnes qualités doivent balancer et mesme emporter ses mauvaises. En quelque cas que ce soit, je n'auray pas de peine

à me conformer entièrement à ce que je reconnoistray estre les intentions de Vostre Éminence, luy pouvant prolester devant Dieu qu'elles ont toujours esté et seront toujours les règles des mouvemens de mon esprit.

(Bibl. lmp. Mm. S. F. 8,700 , foi. 8. — Coll. de doc. inéd. Mélange» kùtoriquet, Il , boh. )

(Lettre originale.)

Nevers, 39 octobre i65y.

Je continue d'examiner icy cette grande terre et de donner les ordres pour en conserver les revenus pendant la première année. Je ne diray rien à Vostre Eminence du détail , parce que je fais estât de luy en envoyer un mémoire fort exact par le premier ordinaire, en sorte que je me contenteray de répondre par ces lignes à quatre dépesches que j'ay reçues de Vostre Éminence, datées du qo de ce mois.

L'on m'a donné avis icy de la mort de M. l'évesque de Nantes *. S'il est véritable, outre son évesché, il vaque en ce pays, à la porte de Donzy2, qui est la seconde ville du duché, le prieuré de Nostre-Dame-du-Pré, qui vaut 3,ooo livres de revenu, à la collation de Vostre Éminence, comme abbé de Cluny, et de la fondation des ducs de Nivernois. Mais il faut que Vostre Éminence se résolve à en disposer promptement, parce que le mois d'octobre estant affecté aux gradués, il y aura assurément quelque religieux de cet ordre-là qui s'en fera pourvoir, et qui, par ce moyen, exclura celuy à qui Vostre Éminence l'auroit donné. Et sur ce sujet, je reçus hier avi* de Paris que, par la mesme raison du mois des gradués, un religieux du mesrae ordre de Cluny auroit pris possession du prieuré de Nanteuil-le- Haudouin, qui a vaqué au mois de juillet , qui est un autre mois affecté aux gradués appelé de rigueur, c'est-à-dire que les collateurs sont obligés de conférer les bénéfices qui viennent à vaquer pendant ce mois aux plus anciens gradués. Et l'on m'écrit de plus que c'est un des officiers du Grand Conseil qui soutiendra ce droit-là. Vostre Eminence se souviendra que je luy ay écrit deux ou trois fois qu'il falloit disposer de ce bénéfice. Outre la raison du mois des gradués, il y a encore une autre raison plus forte, qui est que, tous ces bénéfices estant conventuels3, elle n'a pas la faculté de les

1 Gabriel de Beauveau de Rivarennes, évéque de Nantes dès 1 635 , alxliqua en 1 667, et mourut peu après. La nouvelle que Colberl avail reçue de sa mort était donc fausse.

1 Chef-lieu de canton dans l'arrondissement

de Cosne (Nièvre).

1 On appelait conventuelle» les maisons rvliseuses soumises à une règle monastique.

conférer de commende en comraende 1 ; en sorte qu'il faut les conférer à un religieux. Et après tout, l'on ne laisseroit pas de surmonter peut-estre toutes ces difficultés, pourvu que Vostre Eminence les confère promptenient.

J'ay écrit à Vostre Eminence qu'il estoit pareillement nécessaire de pourvoir diligemment à l'abbaye de Ferrières '.

J'aurois la plus grande joye du monde si je pouvois partir d'icy pour aller trouver Vostre Eminence, comme elle me tesmoigne le désirer; et je conçois fort bien que la vue du maistre est un grand avantage à ceux qui ont l'honneur de le servir. Mais comme Vostre Eminence remet cela à la connoissance que j'auray de la nécessité de ses affaires, j'estime qu'il est absolument nécessaire que je retourne à Paris donner ordre à une infinité de choses, et particulièrement à faire juger Bonnesson et les autres gentilshommes prisonniers. A quoy, sans me faire de feste,je ne puis pas m'empescher de dire que ma présence est tout à fait nécessaire. 'Et ensuite, si Vostre Éminence persiste dans cette pensée, je pourray partir environ le 1 5 du mois prochain pour me rendre auprès d'elle avant la fin, m'estant impossible, sujet à fluxions et fièvres comme je suis, de pouvoir aller en poste sans hasarder ma santé. Si Vostre Eminence avoit agréable de donner ordre que les mesmes relais qui sont disposés *sur la route pour le retour de M. le Procureur Général me puissent servir, soit avant qu'il revienne, soit dans le temps mesrae de son retour, je pourrois me rendre [auprès d'elle ] avec plus de diligence et moins d'incommodités. De quelque façon que ce soit, si, parles lettres que je recevray demain ou dimanche prochain, Vostre Eminence me tesmoigne toujours le désir que j'y aille , je m'y rendray le plus diligemment qu'il me sera possible.

Pour l'affaire des nobles, je puis assurer à Vostre Eminence que j'écris d'icy à tous les intendans et les excite de telle sorte que je ne doute point qu'ils n'empeschent toute sorte d'assemblées, au moins jusqu'après le jugement de Bonnesson.

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