RIPORSR DU CARDINAL, » MARGE
' Je ne crois pas que l'évesque de Nantes soit mort, car on n'en parie pas; mais si cela arrive , je me prévaudray de l avis que vous me donnes à l'égard du prieuré qui vaque de la collation de Gluny, estant marry que ma négligence me puisse porter préjudice pourceluy de Nanteuil. Mais en arrivant à Toulouse , j'en disposeray ; et l'on verra après si on pourra soutenir ce que j'auray fait. Le Roy disposera aussy de l'abbaye de Ferrières; et je vous promets, en mon particulier, d'estre plus diligent & l'avenir.
( Bibl. Imp. Mm. Balaie, Papier, dm Armotrt*, vol. 33 1 , fol. >55.)
1 Commende , garde ou administration d'une église ou d'un bénéfice vacant, en attendant qu'il v eût un titulaire.
CORKESPONDANCE
(Lettre autographe.)
Nevers, le dernier octobre 165g1.
J'ay l'esprit tellement remply de chagrin et de désespoir, que je ne sçais que dire a Vostre Éminence. Je suis comblé de ses bienfaits; toute nia famille a reçu et reçoit continuellement des marques de sa bonté. La confiance que Vostre Éminence a bien voulu avoir en tous ceux qui portent mon nom est connue de tout le inonde, et néanmoins il s'en trouve un1 qui a esté capable de la trahir. 11 n'est pas juste que Vostre Eminence en punisse l'auteur seul; ses grâces n'ont point esté personnelles; elles ont regardé toute ma famille ; il est juste que Vostre Eminence la punisse tout entière. Et pour moy, Monseigneur, sans les ordres exprès de Vostre Eminence qui me retiennent, je m'en serois allé en poste la trouver avec tous mes frères , pour la supplier de nous punir comme le mérite un crime de cette nature.
Vostre Eminence ne l'auroit jamais admis en l'honneur de son service , sans la garantie et le cautionnement auxquels je suis entré envers elle de sa fidélité. Il l'a violée; c'est à moy à qui Vostre Eminence s'en doit prendre. Aussy bien, le regret et le remords de ma conscience , d'avoir pu produire un homme qui a si laschement trahy Vostre Eminence, ne me laisseront pas à l'avenir assez de liberté d'esprit pour la bien servir. Vostre Eminence ne veut point que j'aille trouver cet homme-là , non pour le retirer de son précipice , mais pour le punir moy-raesme du crime qu'il a commis. J'obéis, comme je dois, à ses ordres, et je finis, m'estimant indigne de prendre la qualité ordinaire de très-fidèle serviteur de Vostre Éminence.
(Œuvre, de Loua XIV, IJac-imik, pièce
1 Le 90 octobre i65q, le cardinal Maiarin avait écrit de Saint-Jean-de-Luz à Colbert une lettre que nous publions à l'Appendice et dont nous avons donné un extrait en note, p. 35o.
Le surlendemain, Mazarin écrivit de nouveau à Colbert sur le même sujet :
«Je suis obUgé de vous dire encore quelque chose du sieur de Terron qui vous fera peine, comme il me l'a Tait à moy extraordinaireraent : c'est que, luy ayant écrit de ne rendre aucune lettre à ma nièce en cas qu'on luy en adressast pour cet effet, non-seulement il me répond
fort froidement là -dessus, me disant qu'il taudroit qu'il s'éloignast sous quelque prétexte de La Rochelle, mais a communiqué en grande confiance ma lettre à ma nièce, luy tesoioignant grand déplaisir de l'ordre que je luy donnots. Et ainsy, un commerce qui esloil tout à fait cessé, après les efforts que j'avois faits pour cela (jusqu'à demander mou congé au Roy, en résolution de quitter tout et me mettre en un vaisseau avec mes nièces pour m'en aller où je pourrois , s'il ne se rompoit), est sur le point de se renouer plus que jamais par les soins dudil
( Lettre autocranbe. sans protocole ni surnature.'}
Paris, 16 noverabn» 1659.
Je vois, par la lettre deVostre Erainence du 7 de ce mois, la continuation de ses bontés pour moy touchant l'affaire de La Rochelle1. Je la supplie de croire que je n'ay jamais ressenty une si rude affliction; mais quelque envie que j'aye eu de la faire éclater, les ordres de Vostre Eminence estoient trop précis pour oser le faire. Je me suis contenté de ruminer seul sur mon déplaisir et sur mon malheur. C'est un grand avantage que cette affaire ayt réussy comme Vostre Eminence le désiroit; mais quand je pense que la malice ou la mauvaise conduite de la personne qui s'en est meslée a pensé donner un autre tour a celte affaire, et qu'en un mot, j'ay esté capable de donner un déplaisir de cette qualité à Vostre Eminence , cela me met au désespoir. Comme je prends plaisir souvent à penser à tous les bienfaits que ma famille et moy avons reçus deVostre Eminence, je me suis jusqu'à présent laissé flatter que nous ne pécherions jamais contre les règles d'une parfaite reconnoissance; et quelquefois je me suis donné le plaisir de m'imaginer que peut-estre un jour Vostre Eminence auroit besoin de son serviteur, et que c'est alors que nous luy ferions tous connoistre combien nous estions pénétrés de la grandeur de ses bienfaits et de ses bontés. Mais , au lieu de laisser au moins Vostre Émincnce dans le doute de quelle sorte nous agirions si le bonheur nous arrivoit qu'elle eust besoin de nos vies, de nos fortunes, de nos enfans et de tout, la moindre petite
Terron , lequel en an mot a prétendu faire une ortune par ce moyen , «'estant laissé flatteries qu'il a reçues des deux personnes qui avoient ce commerce. A présent , la personne qui est à Toulouse [Louis XIV] sçaura Tordre que j'ay donné à Terron, et elle en sera
dans six semaines ou deux moiN vous pourrez faire un tour à Toulouse; et de quoy je vous conjure présentement, c'est de n'en rien témoigner audit Terron, pour quelque raison que ce puisse estre ; car vous me mettriez en d'estranges eml>arras, vous protestant que
quelque grand inconvénient , car je ne. vous sçaurois assez dire à quel point toutes choses sont disposé"* pour cela , et toul ce que Terron a mis dans l'esprit de ma nièce, la flattant au dernier point et la considérant comme le principal instrument pour son élévation auprès de l'autre personne. Enfin, il s'est laissé emporter de i l'ambition , et le jugement et la considération de mon service ont esté des liens trop foibles pour le retenir. Je ne vous puis dire davantage , le détail à la vive voix , espérant que
j'aye eue de ma vie, et qui m'a donné plus d'inquiéUide ; je vous charge donc de n'en faire rien pénétrer et de ne vous dispenser de cela en aucune façon, quand mesme vous seriez persuadé de bien faire.» (Coll. de doc. inéd. Mélange* hiitoriques, par Champollion-Figeac, H, 496.)
1 H s'agit encore des lettres de Louis XIV remises par Colhert de Terron à Marie Mancini. (Voir lettres ao3 et a 33.)
occasion qui s'est présentée de luy donner des preuves contraires, nous n'avons pas manqué de nous y jeter à corps perdu, et nous avons besoin de toute la bonté de Vostre Éminence pour expliquer bénignement nos mauvaises intentions. Il n'y a rien au monde d'outrageant et de criminel comme cela. Quoyque Vostre Éminence veuille bien oublier tout ce qui s'est passé, je boiray à longs traits une si sensible douleur.
Vostre Éminence ne m'écrit point qu'elle ayt reçu un mémoire que je luy écrivis de Nevers le a 8 du passé ', en réponse de ce que M. le Procureur Général luy avoit dit; et comme M. Le Teilier m'a écrit qu'il avoil remis la dépesebe qui le contenoit à un courrier que ledit sieur Procureur Général envoyoit à Vostre Éminence, cela me met un peu en peine. Je la supplie de me faire sçavoir si elle a reçu mon paquet et le mémoire.
(Arch. de* Aff. étr. Fwmw.toL 168, pièce iJ».)
(Lettre originale.)
Paris , 1 9 novembre 1 609.
J'envoye à Vostre Eminence une description du duché de Nivernois contenant Testât auquel il est à présent, et ce qu'il y a à faire pour le restablir2. Si le commencement luy agrée, elle pourra continuer; sinon, elle le supprimera , s'il luy plaist.
Le procès de Bonnesson se continue toujours au Grand Conseil. J'ay fait donner des ordres par M. le Chancelier aux président et rapporteur d'y travailler, toutes affaires cessantes, mesme les audiences, ce qui a esté exécuté. La part que je vois que le parlement veut prendre en cette affaire m'a obligé d'user de cette diligence, nonobstant laquelle nous ne pouvons pas éviter qu'il ne s'en mesle.
Hier on parla encore à la Grand'Chambre de la requeste de Bonnesson: et quoyque M. le Premier Président fist ce qu'il put pour l'empescher, on ne laissa pas de mettre le soit monstré au Procureur Général. Aussvlosl je pris mes mesures du costé de M. Talon , qui me promit de retarder les conclusions tout autant qu'il pourroit, et qu'il conféreroit avec M. le Premier Président sur ce qu'il y auroit à faire. Cette conférence s'est faile aujourd'huy, et ils ont résolu que M. le Chancelier enverrait quérir M. Talon demain au parquet, et qu'il luy diroit que, cette affaire estant de très
1 Voir ci-dessus, lettre a3i. — 1 Malheureusement ce mémoire n'est |>as joint à la leUre.
grande conséquence, il avoit résolu d'en donner avis au Boy avant que le parlement passast outre et qu'il en donnast avis à la compagnie. Peut-estre que cet expédient réussira; au moins il nous donnera deux jours de temps davantage, et ce pendant le procès s'achèvera.
J'ay esté surpris d'apprendre ce soir, très-lard, de M. l'abbé Fouquet, que l'on avoit arreslé prisonniers trois hommes que l'on accuse de faire des levées pour le Portugal, auxquels on a pris 3 9,000 livres en argent. Je ne sçais si c'est l'intention du Roy et de Vostre Éminence que l'on en use de cette sorte, avant raesme que la paix soit publiée ».
(Bïbl. Imp. Mm. Baluie, Papier$de$ Armotret , vol. 33i , fol. a65.)
J Lettre originale.)
Paris, a3 novembre 165g.
J'oubliay, par le dernier ordinaire, de supplier Vostre Éminence de voir si elle me peut donner, pendant tout cet hyver, seize de ses gardes pour mettre dans le duché de Nivernois et travailler à la conservation des forests. Au cas que cela se puisse, je supplie Vostre Eminence d'en donner l'ordre à M. de Besmaux2, et surtout qu'il m'envoye les plus sages de la compagnie et que j'aye pouvoir de renvoyer ceux qui n'en useront pas comme ils doivent. Gomme il sera nécessaire de les séparer en quatre ou cinq bandes, il seroit bon aussy qu'il y en eust quatre ou cinq capables de commander aux autres. Au printemps, ils pourront rejoindre la compagnie pour tout le temps que Vostre Eminence en aura besoin.
J'ay trouvé à Nevers le plus beau lieu du monde pour i stablissement d'un haras, en sorte que j'espère que Vostre Eminence en aura satisfaction. Comme je sçais qu'elle y prend plaisir, j'ay commencé à donner la disposition nécessaire pour cela, afin de le pouvoir establir dès lors que l'année du retrait 3 sera expirée.
Si je pouvois estre informé de la province où Vostre Éminence pourra passer l'hyver, je pourrois prendre quelques mesures pour y faire en-
1 Le Portugal était alors en guerre avec l'Espagne. Au moment où le traité des Pyrénées allait être pnblié, un agent subalterne mit sans doute de son devoir d'empêcher les levées d'hommes que le Portugal faisait faire en France avec l'agrément du gouvernement. Les préliminaires du traité sont du 8 mai 1 65o, ;
le traité ne fut signé que le 7 novembre suivant.
» Voir lettre 167.
y Le duc de Mantoue avait , à ce qu'il parait , vendu le duché de Nevers a Matarin sous la condition de pouvoir le racheter dans le courant de l'année.
graisser des chapons, agneaux, veaux et autres viandes mesme pour y faire trouver bon vin pour sa table.
Je crois estre obligé de dire à Vostre Eminence que le peu de forçats qui restent dans la chiourme des galères pastit extrêmement , et qu'il me semble qu'elle doit donner ordre précis à M. de La Guette 1 de les faire habiller promptement et de restablir l'hospital des galères qui court risque de périr, faute de fonds.
Depuis ma dernière, les affaires du Grand Conseil et du parlement, à l'égard du procès de Bonnesson, se sont fort bien passées. Mercredy, le toit momlré fut mis sur sa requeste ; et comme nous estions assurés que le lendemain on presseroit M. Talon de donner des conclusions, nous avisasmes , M. le Premier Président, ledit sieur Talon et moy, que M. le Chancelier l'enverroit quérir pour luy dire que l'affaire qui se traitoit au Grand Conseil estant de l'importance que tout le monde sçavoit, il estoit bien ayse d'informer le Roy de la part que le .parlement y vouloit prendre, avant de passer outre; et qu'il estoit bien ayse aussy de luy dire, afin qu'il le rapportast à sa compagnie, que c'estoit une conspiration dont 1." commencement et le progrès s'estoit passé hors l'estendue du parlement de Paris; et que, quand bien mesme le procès y auroit esté commencé, il y avoit tant de personnes compliquées dans ce crime2, qui avoient des parentés et des alliances dans ledit parlement de Paris, que le Roy seroit obligé de le renvoyer dans un autre.
• Intendant de la marine du Levant, à Toulon.
* Au nombre des personne» compromises figurait le comte de Saint-Aignan lui-même. A la vérité, la lettre ri-dessous de Maxarin à Colbert dit que le comte de Saint-Aignan n'avait rien fait «que par le commandement très-exprès de Sa Majesté.» Mais on a de lapeine à croire qu'il ait joué , dans cette affaire, le rôle odieux d'agent provocateur. Il est plus probable que, Louis XIV lui ayant pardonné, Mazarin imagina cette excuse. On ne peut, au surplus, faire sur ce point que des conjec turcs. La lettre de Maxarin à Colbert est autographe et datée de Saint-Jean-de-Lux,le <j5 octobre 1659.
«Vous irez, incontinent la présente reçue, trouver M. le Chancelier, et vous luy direz de ma part que l'intention du Roy est que , dans les procédures qui regardent les assemblées de la noblesse, il ne soit fait aucune chose ni laissé
aucune marque dont M. le comte de Saint- Aignan puisse recevoir le moindre préjudice, ni à présent, ni à l'avenir, parce qu'il n'a rien fait en cela que par le commandement trèseipres de Sa Majesté et d'intelligence avec moy.
« Ainsy, je le prie donc d'y tenir la main et d'en user en la manière qu'il jugera plu* convenable et plus propre pour cet eflet. Il n'est pas besoin de luy dire que cecy doit estre tenu dans le dernier secreL Je ne crois pas nécessaire aussy de vous le recommander. An reste, j'apprends qu'il n'y a pas un moment de temps à perdre à cause de la diligence dont on use au Grand Conseil.* (Mas. Bal. Pa?w de$ Armoires , vol. 33 1 , fol. 9 5 1 .)
On voit en outre , par la lettre ci-après de Colbert à Le Tellicr, du 28 novembre 1609. que le Gouvernement avait eu des soupçons sur le duc d'Harcourt. (Voir aussi lettre «7.»
Jeudy, M. le Chancelier fit ce discours à M. Talon. Le vendredy, M. le Premier Président prit ses mesures avec ses amis et les gens bien intentionnés. Le samedy, on en parla, et il passa à faire des remontrances au Roy. Le raesme jour, Bonnesson fut interrogé sur la sellette, où il se défendit fort mal, particulièrement sur le voyage de Bruxelles, qu'il avoua, Lézanville le luy ayant soutenu à la confrontation. Demain , l'affaire sera entièrement terminée, et la justice du roy satisfaite. On poursuivra ensuite le procès de Laubarderie, qui aura de la peine à s'en sauver, quoiqu'il ne soit coupable que d'avoir accompagné Bonnesson à Bruxelles , ne s estant trouvé compris dans aucune information , ni dans aucune assemblée.
Je dois dire à Vostre Éminence que , sans la déclaration de Lézanville (qu'il a faite, en suite de la promesse de son abolition, conforme à tout ce qui avoit esté rapporté à Vostre Éminence, et qu'il a soutenue audit Bonnesson), nous aurions eu peine à venir à bout de cette affaire, parce qu'il n'y avoit nulle preuve de l'affaire des Sabotiers , et que celle des assemblées de noblesse donnoit quelque scrupule à quelques-uns des juges, à cause de la promesse de Son Altesse Royale en i65i, confirmée par le Roy1. Mais le voyage de Bruxelles a levé toute difficulté.
M. Le Tellier rn'ayant écrit que je devois conférer avec M. le Procureur Général sur le rasement des maisons des condamnés par contumace, et voyant qu'il ne reviendra pas sitost, je m'en vais y faire travailler, afin que si le Roy prend résolution de pardonner au reste des coupables de cette conspiration, Annery et Créqui se trouvent toujours punis par cette exécution.
Je reçois, par vostre dernière lettre, la continuation des bontés de Vostre Éminence , desquelles je la conjure de croire que je suis pénétré au point qu'il vaut mieux me taire et bien servir toute ma vie que de penser à l'exprimer.
(Bibl. Imp. Mm. Balaie, Papier* de$ Armoire,, vol. 33 1 , fol. «67. )
1 Noua avons déjà parié, lettre 172, p. 307, et obtenu un écrit signé de la Reine et des *ote , de la déclaration royale du a 8 mars 1 65 1 , princes, qui -les autorisoit à se réunir à Im-
portant convocation des états généraux pour poquc fixée par la déclaration, quelque comte s8 septembre suivant. N'ayant pas une con- mandement qu'ils pussent lors recevoir au confiance absolue dans cette déclaration, les no- traire." (IlUt. de la Fronde, par M. deSainle- Mes qui avaient pris parti contre Maxarin dans Aulaire , chap. xt.)
kt trouble» de la Fronde avaient même exigé
(lettre originale.)
Piri», «6 novembre i65o.
J'ay reçu aujourd'huy les lettres de Vostre Eminence, du 1 7 de ce mous, datées de Dax, par lesquelles j'apprends qu'elle a pris la résolution , par l'avis de ses médecins, de ne point se servir des boues qui sont près de cette ville-là, dont j'ay la plus grande joye du monde, ayant appris que beaucoup de personnes s'en estoient fort mal trouvées, et mesme qu'elles avoient contribué à avancer les jours de M** le cardinal de Sourdis '.
Bonnesson n'est point encore jugé. Il a reconnu aujourd'huy, sur la sellette, le Grand Conseil, et a demandé un conseil, ce qui luy a esté accordé. Cela retardera le jugement pour trois ou quatre jours. 11 est inutile de vous donner le détail de tout ce qui s'est passé. Je supplie Vostre Eminence d'estre seulement persuadée que l'on n'omet rien pour conduire cette affaire jusqu'à la fin. Dans le commencement de la semaine prochaine, le lieutenant du grand prévost partira pour aller faire raser le* maisons '.
Si Vostre Eminence prend la résolution d'oster M. de La Barre de l'intendance du Bourbonnois , il scroit bon de penser à M. de Pomereu , qui a fort bien agy dans toute la suite de l'affaire des nobles et qui est capable de bien servir b.
Dans la réponse que j'ay faite à Vostre Éminence sur l'entretien quelle avoit eu avec M. le Surintendant, j'ay tasché de luy expliquer mes véritables sentimens. C'est un grand avantage pour moy que Vostre Éminence en ayt esté satisfaite, mais ce seroitle comble de ma félicité si cette réponse avoit pu contribuer à faire connoistre à Vostre Éminence une vérité constante : que je suis incapable et que je ne puis pas me reprocher à moy-mesme d'avoir dit ou écrit à Vostre Éminence aucune chose , depui> que j'ay l'honneur de la servir, par principe de nuire ou de rendre office à qui que ce soit, ni pour parvenir à aucune fin indirecte, mais seulement dans la vue du bien de son service, autant que je l'ay pu connoistre *.
1 François d'Escoubleau de Sourdis, né vers i juo. Archevêque de Bordeaux en i5cji, cardinal en 1 Mort en 1638. Frère de Henri d'Esroubleju de Sourdis, qui le remplaça
comme archevêque de Bordeaux en 1 6*9. et qui commanda les flottes françaises, de
AVEC LE TELLIEK.
Ml
RKPOHgB Dl CAUDIML, KH MAK6B.
' Je suis persuadé que cela ira bien , et que vous n'oubliez rien pour cela.
b Je pense audit de Pomereu pour un employ, mais je ne sçais pas si ce pourra estre celuy du Bourbonnois.
1 Je sçais en quels ternies vous m'avez toujours parlé et écrit touchant le Surintendant, et je vous connois trop bien pour ne pas sçavoir avec quel principe vous me priez des choses et des personnes.
( Bibl. Imp. Mss. Bal me , Papier» de* Armoire* , vol. 33 1 , fol. *6g.)
(Lettre autographe.)
Paris, a8 novembre i65o.
Monseigneur, M. de La Brctesche 1 vous rendant un compte exact de tout ce qui se passe à la poursuite du procès de Bonnesson, il seroit superflu de vous en instruire davantage. Il y a lieu d'espérer qu'il pourra estre terminé aujourd'huy ou demain, quoyque Messieurs du Grand Conseil y ayent apporté des longueurs qui ne sont pas approuvées par les habiles gens, en matière d'instruction de procès criminels.
J'ay mis entre les mains de M. le Procureur Général du Grand Conseil2, par ordre de M. le Chancelier, les trois lettres de crédit que vous m'avez envoyées; mais ledit sieur Procureur Général n'a pas estimé les devoir rendre , parce que ce procès est en estât qu'il n'est plus nécessaire d'exécution pour l'achever; et, dès lors que j'ay sçu que M. le comte d'Harcourt estoit près de Son Eminence , j'ay empesché que le Procureur Général du Grand Conseil prist des conclusions sur les dépositions qui le chargent; mais il faut aviser promptement à la résolution que le Roy prendra sur cette affaire , après que le procès de Bonnesson sera achevé et les maisons rasées. Lundy prochain, le lieutenant de la prévosté de l'hostel 5 partira pour travailler à cette exécution.
Je dois vous dire , Monseigneur, que M. de Marca \ après avoir soutenu,
1 Pomereu de La Bretesche. (Voir leltre ou délits commis par eux dans un rayon de a î o. ) Nous publions à l'Appendice plusieurs
de «es lettres à Le Tcllier. La charge de grand prévôt était alors exercée
* Il s'appelait Renaudin. par Jean de Boucbet , marquis de Sourches.
3 Le grand prévôt de France , ou prévôt de ( Voir lettre 1 8. )
l'hôtel du roi, avait la juridiction sur les gens * Pierre de Marca, archevêque de Tou-
de la cour, et connaissait de tous les crimes louse. (Voir lettre i3q.)
au Grand Conseil, que les fruits de Pabbaye.de Saint-Aubin d'Angers lu» appartenoienl depuis la mort de M. l'archcvesque de Paris1, avanl vu peut-cstre qu'il ne pouvoit soutenir cette demande sans contrevenir à la bonne foy et à la condition sous laquelle cette abbaye luy avoit esté donnée , son économe a changé de langage et prétend faire employer tous les fruits de cette abbaye en réparations. Ce mesme économe, qui est secrétaire de M. l'archcvesque de Toulouse, s'explique que, pourvu que l'on veuille entrer en composition, il se désistera de cette demande.
Je vous supplie très-humblement de sçavoir l'intention de Son EmineiNv sur ce sujet, afin que l'on puisse donner les mains et rendre compte de m fruits audit sieur de Marca, au cas que Son Eminence désire les luy accorder. Sinon, il sera nécessaire que vous ayez, s'il vous plaist, la bonté de signer l'arrest cy-joint.
(Bibl. Imp. M**. S. P. 3,oo4, Le Tellier. Papkr$ d'État, vol. 1 8, fol. 108.)
I LeUre originale. )
Paris, 3 0 novembre 1659.
J'ny eu beaucoup de joye d'apprendre l'arrivée de Vostre Éminence à Toulouse, en bonne santé.
Le procès de Bonnesson tire de longue , et je ne crois pas qu'il puisse eslre terminé avant douze jours d'icy. Cette longueur provient de ce qu'il a reconnu la juridiction du Grand Conseil, et, qu'en ce faisant, on n'a pu luy refuser un conseil qui travaille à présent, par toutes sortes de chicanes , à prolonger sa vie. Je crois que Vostre Eminence est bien persuadée que l'on fera tout ce que l'on pourra pour avancer cette affaire et eu retrancher les longueurs. Ce pendant , je fais partir demain un lieutenant de la prévosté pour aller travailler au rasement des maisons.
Je dois dire à Vostre Eminence que les parens de Bonnesson ont envoyé trois ou quatre courriers en cour pour demander sa grâce; ils se servent fort de cette raison et de l'assurance qu'ils disent avoir de l'obtenir pour induire les officiers du Grand Conseil à ne pas presser le jugement".
J'av écrit à Vostre Eminence, depuis longtemps, que les avis de M. Vigfr
1 Jean-François-Henri de Gondi, roadjn- siège ëpisropal en archevêché. Morl le * 1 mars leur de IVvéque de Paris en 1596, évéque de ifi5A. celle ville en 161 G. C'est
AVEC MAZAIUN. 405
rani cstoienl suivis en tout ce qui concerne le bastiment de la grand' salle des comédies. J'ay dit à M. Ratabon qu'il pouvoit faire estai d'une dépense de 5oo,ooo livres pour le bastiment du Louvre, pendant l'année prochaine, afin qu'il commence à publier les ouvrages et à faire amas de matériaux.