RÉPONSE DU CARDINAL , M MARUK
" tl n'y a eu personne jusqu'à présent qui ayl ouvert la bouche en faveur de Bon nesson ; et s'il attend de sortir d'affaire par ce moyen . il ne prend pas bien ses mesures . car le Roy veut la justice.
(Bibl. Imp. Mm. Bahue, Papwr, des Armoirm. vol. 33 1, fol. »7& }
(Lettre originale.)
Paris , 8 décembre i65y.
L'affaire de Bonnesson va toujours avec une lenteur qui me fait désespérer, et je crains bien qu'enfin toutes ces compagnies ne fassent connoislre clairement au Roy que l'on ne doit jamais espérer aucune justice d'elles. Comme Vostre Eminence sçait que le Grand Conseil doit toujours suivre le Roy, j'estime qu'il faut envoyer icy une lettre de Sa Majesté pour le faire rendre à sa suite dans le qo du mois prochain. S'ils achèvent plus diligemment, et qu'ils achèvent bien, cette lettre ne leur sera point rendue. S'ils tirent encore en longueur, on pourra la leur faire voir; et s'ils continuent de mal faire, on pourra la leur rendre en effet*.
Je dois dire à Vostre Eminence que j'ay esté bien surpris de voir une lettre de M. de La Barre, intendant en Auvergne et Bourbon nois, écrite à un de ses amis en cette ville, par laquelle il se plaint que j'ay écrit à Vostre Eminence qu'il falloit l'oster de cette intendance, et se servir, pour cet effet, de la déclaration qu'il avoit faite de demander son congé, au cas qu'on envoyast des troupes dans ces deux généralités, et que Vostre Eminence en ayant mesme donné l'ordre , quelqu'un de ses amis avoit rompu ce coup, et qu'il estoit confirmé. Vostre Eminence voit par là que cet homme a de bons avis; si elle désiroit voir sa lettre en originaire le pourrois faire avec facilité b.
Pour moy, je ne me soucie pas beaucoup d'eslre bien ou mal avec ledit sieur de La Barre; mais le service de Vostre Eminence a exigé de moy que je luy donnasse avis de sa conduite dans une généralité où elle a si grande
part que celle du Bourbonnois ; de plus , j'ay besoin qu'un intendant ayt créance en moy pour faire les choses qui regarderont le service de Vostre Éminence et l'avantage de ses sujets, estant certain que la déférence qu'il aura pour les choses que je luy diray peut contribuer, plus que toute autre chose, au restablissement du duché de Nivernois. Et Vostre Éminence peut juger si, informé comme il est, il aura en moy la créance nécessaire. Le seul remède est que Vostre Éminence fasse coonoistre aux personnes qui ont parlé pour luy qu'il doit prendre garde de faire toutes les choses que je luy diray, qui regarderont le service de Vostre îence.
];l l'n W. M? CARDIIUL, R* BARGE.
Toulouse, 30
Je suis très-surpris de la longueur qu'on apporte à l'affaire qui est au Grand Conseil. M. Le Tellier a l'ordre de vous envoyer la lettre du roy que vous demander, et vous vous en servirez ainsy que vous jugerez plus a propos.
b J'en suis aussy surpris que vous; car je n'en ay écrit ni parlé à personne qu'à M. Le Tellier, lequel tombe d'accord qu'il faut que La Barre ayt sçu de chez luy ce que vous m'avez mandé sur son sujet. J'estime qu'il le faut changer, et je prendray résolution làdessus après que je vous auray vu.
( Bibl. Irap. Mm. Balnte , Papiers des Armoire», vol. 3a8 , fol. io8.)
Ml. — A MAZARIN.
( Lettre autographe.)
Paris, i3 décembre 1659.
Je hasarde ce billet par la voye de Lyon, ne sçachant si Vostre Eminence ne sera point partie pour la Provence, pour luy dire que Bonnesson fut hier condamné par le Grand Conseil à avoir la teste coupée, et qu'il sera exécuté aujourd'huy K J'aypris toutes les précautions nécessaires pour rendre cette exécution seure.
On travaille à présent au rasement du chasteau de Cléry3, et les deux
1 Le lendemain 1 h , Coibert écrivit à Ma- pour cela les ordres de Vostre Éminence - (Aff. zarin : «Je donnay hier avis à Vostre Émi- clr. France, vol. 168, pièce 166.) La
nonce de Tan-est de condamnation contre Bon- de France du temps ne paria pas de cette oie
nesson , qui fut hier exécuté à la Croix du cution.
Tirouer [du Trahoir] avec un grand concours * Petit château fort, près Péronne, appar-
de peuple. On travaille incessamment au rase- U-nant à la maison de Créqui. Cette
Il M reste plus qu'à sçavoir
si l'on continuera de faire le procès à Lauhar- leau appelé le Champ-de-Balaille, où il y
défie, qui est dans la Bastille , et contre les garnison. [Interrogatoires (les accusés.) accusés par contumace. Nous attendrons
If?
autre* maisons suivront aussy. Le Grand Conseil a fort bien agy, et je commence à croire que Ton s en peut servir en des occasions de l'importance de celle-cy. Je n 'ay pas laissé de faire agir la crainte du voyage à la suite de la cour.
(Arch. des Aff.étr. France, vol. 168, pièce i64 )
(Lettre autographe. )
Paris, i5 décembre i65g.
Monseigneur, j ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le U de ce mois, à laquelle j'espère faire réponse de vive voix, pour ce qui regarde les intérests de Monsieur vostre neveu , de Tilladet l.
Je vous remercie de tout mon cœur de la décharge du quartier d'hyver pour tout le duché de Nivernois , estant très-certain que vous avez, en cela, forcé la manière d'agir ordinaire de Son Eminence.
Son Eminence m'ayant ordonné de faire travailler incessamment à l'augmentation du parc de Vincennes, nous avons affaire à M. de Bercy 2, qui demande un ordre du roy précis, pour permettre que l'on prenne quatre ou cinq cens arpens de terre , qui sont dans sa censive , et menace , de plus , de ne le pas permettre avant qu'il soit payé. Je vous supplie de m'envoyer l'ordre du roy, et pour ce qui regarde son payement, je presseray M. le Procureur Général [Fouquet] d'en traiter avec luy.
A présent que Bonnesson est exécuté, on surseoira à la continuation des procédures contre le reste des nobles jusqu'à ce que l'on ayt reçu de ordres du roy, en sorte qu'il ne sera rien fait contre M. de
Le sieur Cuvillier, lieutenant du grand prévost, travaille au du chasteau de Ciéry; mais comme il a eu besoin de poudres et d'outils, j ay donné ma promesse de rapporter un ordre du roy, pour la décharge du fjarde-magasin de Maromme3, de la quantité qu'il luy en délivreroit. Je
Languedoc, puis président au Grand Conseil. Tilladet, capitaine-lieutenant des Cent-Suisses, C'est lui qui a fait commencer le village de maître de la garde-robe du roi , lieutenant gé- Bercy. Mort en mars 1676. Le Portrait des maisnéral en 1 688, gouverneur de Cognac en 1689, très des requestes dit de lui : «Le meilleur puis d'Arras. Mort le aa août 1693. esprit, le plus éclairé, mais le plus meschant
* Charles-Henri Maslon , sieur de Bercy, de toute la compagnie.
reçu conseiller au Grand Conseil en i6a6, 1 Chef-lieu de canton dan» l'arrondissement
niailrc des requêtes en i63A, intendant en de Rouen.
COKRKSPONDANf.E
vous supplie très-humblement de m'en voyer ledit ordre, comme aussy d'en envoyer un autre pour en prendre à l'arsenal et en Normandie, au cas qu'il en ayt besoin pour les maisons d'Annery1 et du Champ-de-Bataillea.
(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,oo* . Le Tellier, P-pwr» d'Éua, yoL 18 , fol. i»9. i
2A3. — A M AZARIN.
(Lettre autographe, *aos protocole ni signature. )
Paris, 1 5 décembre 1609.
Je n'ay pu encore faire partir les musiciens parce que je ne suis pas informé si Vostre Eminence demeurera à Toulouse, ou si elle ira en Provence. J'attends les nouvelles de cette résolution pour prendre mes mesures, soit pour envoyer lesdits musiciens, soit pour mon voyage , sur lequel je persiste toujours dans la pensée de partir le a 1 ou le a a de ce mois , au cas que M. le Procureur Général ne soit pas arrivé dans ce temps-là.
Je donneray les ordres pour avancer autant qu'il se pourra le bastimenl et l'augmentation du parc de Vincennes. Mais je dois dire à Vostre Eminence que tous les habitans des paroisses circonvoisines, desquels nous avons pris les terres qui sont enfermées dans l'augmentation qui est desjà faite, crient beaucoup de n'avoir pu encore tirer aucun payement depui* deux ans qu'ils n'en jouissent plus. Je crois qu'il est de la justice du roy d'en donner ordre précis à M. le Procureur Général. Je luy en parlera y fortement à son retour.
Dans la nouvelle augmentation que nous avons à faire, nous prendrons presque toutes les terres de M. de Bercy, maistre des requestes, qui dit qu'il ne souffrira point que l'on travaille qu'il n'y ayt un ordre du roy fort précis et qu'on ne luy ayt payé la valeur de ses terres, qu'il fait monter à des sommes exorbitantes. J'écris à M. Le Tellier pour avoir les ordres du roy, et M. le Procureur Général pourra traiter à son retour pour le prix desdites terres.
(Arch. des AIT. Mr. Frttnct, roi. 168. pièce 169.)
1 Les maisons d'Annery étaient Annery, près Pon toise, et Escorpin, près Dreux. ( Interrogatoire* de» accusé».) , II y a , dans le canton de Pontoise , une commune da nom i'Ennery. C'est là sans doute
qu'était le château d'Ennery. Vus avons cependant écrit le nom d'Annery, comme il l'est daa* toutes les lettres de Colbert.
• Voir lettre 9 Ai, note.
2àà. — A MAZARIN.
Paru, ai décembre t65g.
Je reçus hier, par les mains de M. de Villacerf , la dépesche de Vostre Éminence du 1 o de ce mois.
L'article qui concerne M. le Procureur Général m'a tout à fait surpris.
La lettre que Vostre Éminence m'a envoyée est, comme je crois, écrite de la main du sieur Jannart \ son substitut, qui a sa confiance pour les affaires du palais. Ce qu'elle contient est absolument faux en toutes ses circonstances. Je n'ay point vu ni parlé à M. Talon depuis le 8 ou le 9 septembre, et je dois espérer que Vostre Éminence ajoutera autant de foy à ce que je iuy dis qu'à la lettre de cet homme-là. C'est de cette sorte que nous cultivons, ledit Talon et moy, l'étroite liaison que nous avons ensemble.
Quant à l'affaire dont il est question dans la mesme lettre , je supplie Vostre Eminence de croire qu'en trois occasions où j'ay esté obligé d'en parler, ç'a esté au mesme sens que Vostre Eminence a eu quelquefois la bonté de souffrir que je luy parlasse des entreprises du parlement sur l'autorité du roy, et j'ay esté quelques jours en froideur avec M. le Chancelier pour avoir désapprouvé qu'il n'eust pas exécuté l'ordre du roy qui luy avoit esté envoyé pour faire sortir les prisonniers de la Conciergerie. Enfin, Monseigneur, je puis assurer Vostre Eminence que rien n'est si contraire et si opposé à la vérité que tout le contenu de cette lettre.
Ce n'est pas d'aujourd'huy que je suis mal avec les espions de M. le Procureur Général. Il me souvient que, lorsqu'il craignoit Delorme, ils me firent faire plus de trente conférences avec luy, sans jamais le voir, ni parler à luy. Pénétrer de quel principe cela peut provenir, je ne le puis et ne m'en soucie guère; mais assurément il y a quelque dessein formé
1 En 1607, Fouquet avait rédigé un projet qui fut trouvé, après son arrestation, dans sa propriété de Saint-Mandé , derrière une glace , et dans lequel il indiquait à ses amis ce qu'ils auraient à faire dans le cas où il serait fait prisonnier et jugé. Ce projet, que nous avons reproduit presque en entier dans notre Histoirede Coibert, p. 01 à fi 7, contient le passage suivant, où il est question du sieur Jannart : -Si on avoit des gens dans Paris pour un coup considérable, et quelqu'un de teste à les conduire
• La Martinière, Hitoire de Loui» XIV, Il , 39A.
si les choses venoient à cette extrémité et que le procès fust bien avancé, ce seroit un coup embarrassant de prendre de force le rapport et les papiers, ce que M. Jannart ou autre de cette qualité pourroit bien indiquer par le moyen de petits greffier» que l'on peut gagner, et c'est une chose qui a pu estre pratiquée au procès de M. de Chenailles*, le plus aysément du monde, où, si les minutes a voient esté prises, il n'y auroit plu» eu de preuve de rien.*
MO
contre moy par le Procureur Général depuis longtemps. J'espère l'éviter eh bien servant, sans intrigues, sans cabales et sans liaisons. Je retarderay mon voyage jusqu'à son retour, puisque Vostrc Eminence l'ordonne . et le verray; mais j'avoue que, voyant en luy un dessein formé de me nuire, mesme par des faussetés grossières, et nulle pensée de vouloir, bien vivre avec moy, comme il me sembloit qu'il en avoit tant donné de paroles à Vostre Eminence, il me sera difficile de luy faire de grand* éclaircissemens l.
J'attribue à ses mauvais offices artificieux l'intention de retrancher la moitié de l'employ de M. Hotman. Vostre Eminence luy avoit fait la grâce de luy donner l'intendance de Touraine, qui est la plus belle généralité do royaume. Depuis deux ans durant, Vostre Éminence, d'ellc-rnesme, l'a destiné pour les deux généralités de Guyenne ; en mesme temps , elle a couple1 toutes les autres généralités du royaume. Si Vostre Éminence persiste à maintenir cet eslablissement et qu'elle ne le veuille changer que pour luy seul , cela ne se peut sans honte et sans perdre une partie du crédit qui est nécessaire pour maintenir le service du roy dans les provinces. Ledit sieur Hotman ne m'en a point écrit, ni moy à luy. Cette mortification fera bien triompher M. le Procureur Général. Mais enfin, Monseigneur, je sçais conformer mes sentimens aux volontés de Vostre Éminence, comme j'\ 8«iS obligé.
J*ay bien du regret d'estre obligé de rompre la teste à Vostre Eminence de tant de niaiseries, au milieu de tant de grandes affaires dont elle est surchargée. Je crois qu'il faut finir une bonne fois et n'en jamais plus parler ni écrire.
Si j'avois sçu quelle route on auroit pu prendre pour joindre la cour, j'aurais envoyé, dès il y a longtemps, les musiciens italiens qui sont icy.
Nous attendons les ordres de ce qu'il y a à faire pour la suite des procédures contre les nobles.
(De la main de Colbert.) Le sieur Sillori m'a dit que Vostre Eminence agréeroit que j'envoyasse sous son adresse un livre de musique pour la signora Anna 2.
(Art*, des AIT. etr. Frenct, voL i63, pièc* 171.)
1 D'un autre côté, Fouquet avait écrit de Lyon au Cardinal, le 18 décembre 1659 : «Je ne manqueray pas, à mon arrivée, de parler à M. Colbert et d'afjiravec luy delà manière que m'a prescrit Vostre Éminence , et je puis l'assurer dès à présent que, pour peu qu'il veuille
y contribuer de sa part, elle en sera très-»ti>faite.n ( Aff. étr. France, vol. 1 68, p. 171.)
1 Marte-Anne Mancini, aièce du Cardinal. Elle fut mariée, en 166», à Godefroy Maurice de La Tour, duc de Bouillou. Morte le ao juin
(Lettre originale.)
Paris, 96 décembre > 65g.
J'ay reçu aujourd'huy la lettre de Vostre Éminence du 16, qui m'a esté apportée par M. Talon, qui m'a dit que la cour demeureroit encore à Toulouse jusqu'après les festes, et que le départ pour le Bas-Languedoc et pour la Provence n'estoit point encore résolu , en sorte que je suis dans l'incertitude quelle route je dois prendre. Néanmoins, s'il n'arrive un ordre contraire par l'ordinaire de dimanche prochain, je fais estât de partir le mardy suivant et de prendre la route de Lyon. J'écris à M. de Fontenelle de m'envoyer un carrosse à Avignon. Je supplie Vostre Éminence de le permettre.
L'on m'assure que M. le Procureur Général doit arriver icy samedy ou dimanche, en sorte que je le pourray voir dimanche au soir et lundy, pour partir le lendemain.
On travaille à la livrée du roy, du quartier de janvier, sur laquelle j'ay eu longtemps de l'inquiétude, croyant assurément qu'elle cousteroit davantage que ce qu'elle avoit cy-devant cousté par les mains des officiers de l'écurie, parce que les étoffes estoient meilleures et le passement coustoit le double ; mais j'ay esté consolé par le calcul que j'en ay fait depuis quatre jours, ayant trouvé que les habits des pages, qui coustoient cy-devant au roy QQi livres, n'ont monté qu'à 16a livres. Et depuis, j'ay fait marché, par-devant notaires, avec les mesmes tailleurs de l'écurie auxquels on payoit cy-devant les q a 1 livres, à 1 55 livres pour chacun habit de page , et tous les autres habits à proportion. Je porteray ce marché avec moy, avec tous les échantillons des étoffes et passemens.
J'écrivis à Vostre Eminence, par le précédent ordinaire, que M. de Fontenay ne m'avoit point écrit de la séparation de son employ. Le lendemain, je reçus une lettre de luy par laquelle il m'en donnoit avis , à laquelle j'ay fait réponse qu'il failoit se conformer aux volontés de Vostre Eminence. M. le Procureur Général a fait dire icy à M. de Pomereu, il y a six jours, qu'il luy avoit procuré cet employ.
(Arch. des Aff. étr. France, vol. «68, plèee 176.)
(Lettre autographe.)
Paris, 39 décembre i65g.
Vostrc Emincnce a attaché mon voyage à tant de conditions que je ne crois pas pouvoir jamais partir. L'on ne sçait pas encore si M. le Procureur Général est arrivé hier au soir à Vaux, et il a fait dire à M. le Chancelier qu'il y demeureroit quatre ou cinq jours pour se reposer, en sorte que je ne puis pas espérer de le voir de quatre ou cinq jours.
D'un autre costé, Lescot n'est point arrivé; et, de la manière que sa fille en parie, je ne crois pas qu'il arrive encore de sept ou huit jours. Tous ces retardemens me tiennent en suspens du party que je dois prendre. Pour dire le vray, je penche fort à laisser venir Lescot après moy et à m'en aller d'icy voir II. le Procureur Général à Vaux, et continuer ensuite ma route. 11 n'y a que les pierreries de Lescot qui me donnent de la peine, sa fille ne voulant pas me les donner sans luy. Et cependant, si j'attends son retour, ce sera la fin de février avant que je puisse estre de retour en cette ville, et Vostre Emincnce veut que tous les préparatifs du mariage partent le 10 ou le 90 mars; c'est ce qui est absolument impossible. Si j'estois party au commencement de décembre, comme je le croyois, toutes choses auroient pu se faire, parce que j'aurois esté de retour au 1 5 janvier.
Enfin , Monseigneur, j'avoue à Vostre Eminence que deux raisons m'ont empesché de luy représenter le préjudice que le voyage apportera à ses affaires : l'une, la satisfaction que j'auray d'estre quelques jours auprès d'elle et de donner peut-estre quelque ordre à son domestique; et l'autre, la crainte qu'elle crust que je fisse quelque difficulté de faire ce voyage en une saison comme celle-cy; mais assurément [j'aurois dû rester] si je n'avois considéré que les aiïaires seules de Vostre Eminence, non-seulement pour l'exécution de tous les ordres qu'elle m'a donnés, mais mesme pour ce qui peut concerner le duché de Nevers qui produit un million d'affaires auxquelles il faut travailler tous les jours, à moins de le laisser dans le désordre où nous l'avons trouvé.
Je dis toutes ces raisons avec d'autant plus de liberté à Vostre Eminence que je seray à cent lieues d'icy avant de recevoir réponse. Je feray tout ce qui pourra dépendre de moy dans toute l'eslendue du peu desprit que Dieu m'a donné pour avancer les affaires de Vostre Eminence et l'exécution de ses ordres particuliers; mais si quelque chose manque, je supplie Voslre
Éminence de considérer qu'elle me fait perdre six semaines de temps en un voyage dont je ne connois ni la nécessité ni le fruit.
(An*, des Aff. étr. France, vol. * 68, pièce 1 83. )
m. — - A MAZARIÎN.
(Lettre originale.)
Paris, 3i décembre 1669.
Je dois dire à Vostre Éminence que M. l'abbé de Parabère a voulu que l'on continuast de servir sa table de la mesme sorte qu'elle estoit servie à Saint-Jean-de-Luz. Quoyque je doive croire que c'est l'intention de Vostre Éminence, puisqu'il l'a ordonné, je ne laisse pas de luy en donner avis, n'estimant pas que ce soit une dépense nécessaire.
Outre les affaires dont j'ay reçu les ordres de Vostre Eminence par toutes ses dépesches, je veux croire que, si elle a eu la bonté de lire la description du duché de Nivernois que je luy ay envoyée, elle jugera bien qu'il est assez difficile d'estre chargé d'une plus grande affaire que celle-là \
Pour l'affaire de Bonnesson, je m'eslimerois bien heureux si j'y avois servy autant que les termes dont Vostre Eminence a la bonté de se servir le méritent. Je la supplie de croire qu'en petites et grandes affaires, dont elle voudra me confier le soin , j'y apporteray toujours toute la chaleur, le soin et l'application dont je seray capable, et que tant plus Vostre Eminence m'en donnera, tant plus je luy seray obligé, n'estant jamais si content et si satisfait que lorsque j'en ay mesme plus que je n'en puis faire. Il est vray que le déplaisir que je ressens bien souvent des fautes que je fais dans la conduite du plus grand nombre surpasse bien le plaisir du succès de quelques-unes.
Pour terminer cette affaire, il est nécessaire que Vostre Eminence me fasse sçavoir, s'il luy plaist, si le Grand Conseil continuera ses procédures contre tous les gentilshommes chargés par les informations, et, enfin, si le Roy veut pousser cette affaire jusqu'au bout, parce que l'on a sursis toutes procédures depuis l'exécution de Bonnesson h.
Je dois dire à Vostre Éminence que M. de Longueville tesmoigne par tous ses discours et par toutes ses actions un grand dévouement à M. le Prince; et, pour dire la pensée de ceux qui croyent sçavoir le secret, il craint plus M. le Prince qu'il n'a jamais fait; jusques-là que, pour faire voir à tout le monde qu'il estoit bien avec luy, il a fait imprimer deux lettres qu'il a reçues de M. le Prince, et les a envoyées ù tous les gentils-
Ma CORRESPONDANCE
hommes, villes et communautés de Normandie, et les a fait voir icy à tous ceux qui ont esté le visiter Madame de Longueville a repris du passement à ses mouchoirs, qu'elle avoit quitté depuis son retour1, et a commencé depuis un mois à donner de son chef des ordonnances sur le trésorier de sa maison , ce qu'elle n'avoit pas encore entrepris. J'ay cru que Vostre Eminence serait peut-estre bien avsc de scavoir ces choses.
Vostre Ëminence a laissé perdre le prieuré de Nanteuil , duquel je luy ay tant de fois écrit, qui vaut 3 à â,ooo livres de rentes, à dix lieues de Paris, y ayant plus de six mois qu'il est vacant; je crains fort qu'elle ne laisse perdre encore l'abbaye de Ferrières d.
J 'envoyé â Vostre Eminence le mémoire que l'économe des abbayes de M. le cardinal de Retz m'a donné pour faire voir ce qui est en ses mains.
Je luy envoyé aussy le mémoire de la dépense faite pour la livrée du roy du quartier d'octobre , avec le détail de toutes les étoffes qui sont entrées dans chacun habit; mais comme j'ay cru qu'elle ne voudrait pas voir ce détail, j'en ay fait un petit extrait qui est écrit de ma main*.
RÉP-iw Dt CARDINAL, Ki MARGE.
" Je suis persuadé que l'affaire de Nevers vous donnera bien de l'exercice, et que je me dois promettre de vos soins de très-grands avantages. Aussy je n'en perdra) pas le souvenir, comme des autres services que vous m'avez rendus et me rendez continuellement.
k Pour les affaires de la noblesse et de ce qu'il y aura à faire à l'avenir, je me remet* à ce que M. Le Tellier vous mandera suivant les ordres que le Roy luy en a donnés, qui sont en substance de pardonner à tous, à l'exception de Créqui et d'Annery qui prennent très-mal leurs mesures s'ils fondent leur repos sur les instances que M. le Prince pourra faire en leur faveur.
Cependant, comme plusieurs personnes m'ont écrit et parlé pour favoriser plusieurs gentilshommes contre lesquels le Grand Conseil poursuit, il sera bon qu'ils scachen» que je leur ay procuré leur grâce.
' Je connois trop M. de Longueville pour douter de ce que vous me mandez à son égard. Je serois très-ayse d'avoir, s'il estoit possible, un exemplaire des lettres imprimées que M. le Prince luy a écrites.
4 Vous avez raison de vous plaindre que ma négligence puisse avoir préjudicié à la collation du prieuré de Nanteuil. Je le veux donner à BenseradeV et peut-estre que l'inclination que le Pape tesraoigne à présent de vouloir bien vivre avec nous donnera facilité à bien sortir de cette affaire, dans laquelle je n'entends pas que Benserade dë-
1 Isaac Benserade, né à Lyons, près Rouen , en 1 6't a . Auteur de la plupart des ballets dans© par Luis XIV. Membre de l'Académie française en 1676. Mort le 19 octobre 1691.
1 Ne serait-ce pas que madame de Longueville qui, depuissa réconciliation, avait eu des
à donner des
!Cft<
peinte un sol . désirant en faire moy-mesme toute la dépense. !><• Roy a nommé au cardinalat M. Mancini 1 duquel j'espère que Sa Majesté sera bien servie à Rome. Vous voyez par cette nouvelle grâce que le Roy prend plaisir à embrasser toutes les occasion» de ru obliger en tesmoignant que mes services luy sont agréables.
' Le Roy a esté très-ayse de voir ce que vous m'avez écrit sur cela , et le mémoire que vous m'avez envoyé, et je crois qu'à l'avenir vous ne devez pas estre chargé de la inesme peine que vous avez eue en ce rencontre avec tant d avantage pour Sa Majesté.
(Bibl. Imp. Mm. Baluie. Papiert âe$ Armorrrn , roi. 3*8, fol. 99.)
(Lettre •atogr.phe.)
Paris, s janvier 1660.
Vostre Éminence m'ayant parlé, dans plusieurs de ses lettres, des plaintes de M. le Procureur Général touchant la liaison qu'il dit que j'ay avec M. Talon, je la supplie très- humblement de me faire sçavoir ses sentimens sur ce sujet, afin que je m'y conforme entièrement. Et pour cet effet, je dois luy dire qu'il y a cinq à six ans que ledit sieur Talon a commencé de faire quelques avances d'amitié avec moy, en m'assurant toujours que sa résolution et ses sentimens estoient de demeurer éternellement attaché au service du roy et aux intérests de Vostre Éminence, pour laquelle il tesmoigne toujours une vénération et un respect proportionnés à ses grandes et illustres qualités; et je suis quasy persuadé qu'il n'auroit pas fait le dessein de se lier d'amitié avec moy s'il n'avoit pris cette résolution, vu qu'il est bien informé que je suis pour le moins aussy sévère sur cette matière qu'il l'est sur les affaires publiques. Ces avances n'ont pas eu beaucoup de suite, nos affaires ne nous permettant pas de recevoir ni de rendre beaucoup de visites inutiles. Depuis le départ de Vostre Eminence de cette ville, elles ont esté un peu plus échauffées, vu que, pendant Testé, nous nous sommes vus quatre fois, ainsy que j'en ay rendu compte à Vostre Eminence. Depuis le g septembre, nous ne nous sommes vus que dimanche dernier. Il me vint voir, croyant que je dusse partir deux jours après, me renouvela ses protestations, et m'assura, comme il a toujours fait, qu'en toutes affaires où le service du roy et la satisfaction de Vostre Éminence seroient apparens , il feroit son devoir et donneroit sujet d'estre satisfait de sa conduite; qu'en toutes autres, il supplioit qu'on l'informast des intentions du Roy, et qu'on écoutast ses raisons, promettant
• François-Marie Mancini, frère de Lan- Mazarin. Cardinal en 1660. Mort à Rome le mit Mancini, qui avait épousé une sœur de 18 juin 167a , âgé de aoixante-sii ans.
de se conformer ensuite aux volontés de Sa Majesté, et à ce qui luy se mit expliqué de la part de Vostre Eminence. Il m avoua mesme que, naturellement, il estoit assez porté contre les affaires de finances, et que le grand abus qui s'y commettoit ne pouvoil pas permettre qu'en plusieurs rencontres il ne parlast contre les sentimens de ceux qui en ont l'administration; mais qu'en toutes celles où on luy feroit connoistre les sentimens de Vostre Eminence, il les suivroit toujours. Ce sont là les protestations qu'il m'a faites.
Si Vostre Eminence estime qu'H soit bon, pour le service du roy et pour sa satisfaction, d'entretenir cette amitié, c'est-à-dire de nous voir environ quatre ou cinq fois l'année, je le feray; sinon, je me retireray avec plaisir, et sans mesme qu'il s'en aperçoive. Quant à la liaison pour nuire auditsieur Procureur, Général dont il nous accuse, je supplie Vostre Eminence d'estre persuadée qu'autant que je puis connoistre ledit sieur Talon , il n'y a pas deux esprits en France plus éloignés de cette manière d'agir que le sien et le mien \
Je dois dire à Vostre Eminence qu'on travaille aux couvertures de mulets icy et à Milan. Tay fait faire le calcul de ce à quoy monterait l'une de ws couvertures faites à Paris, et j'ay trouvé qu'elle reviendra à plus de 3,5 oo livres, quelque mesnage qu'on y apporte. Aussytost que je seray informé de ce à quoy reviendront celles de Milan, ce qui sera, comme je crois, par le premier ordinaire, je prendray résolution d'en faire faire la plus grande quantité au lieu où elles seront à meilleur prix; mais en quelque lieu que ce soit, je vois que ce sera une fort grande dépense, sur laquelle il est bien important que je sçache la volonté de Vostre Eminence. Ce pendant on travaille incessamment, et si Vostre Éminence se pouvoit contenter à présent de vingt-quatre de chaque façon, on pourroit faire faire les autres pendant l'esté prochain à meilleur compte1*.
Je crois estre obligé de dire à Vostre Eminence que M. le duc François 1 m'est venu voir et m'a fort entretenu de ses intérests, s'expliquant que Monsieur son frère2 et luy espèrent que Vostre Eminence les restablirn dans tous leurs Estais. Us appuyent celte espérance d'une infinité de raisons
1 Nicolas-François de Lorraine, dit le duc Françmi, né en 1 609, cardinal en 1627. Ayant renoncé à l'état ecclésiastique, il avait épousé, en 1 636 , Anne-Marguerite de Gonzague de Mantoue. Mort le a6 janvier 1670.
1 Charles IV, duc de Lorraine (V. lettre q3),
sieur de Lorraine. Prince remuant, léger, ir-
réfléchi. Chassé plusieurs fois de son durt* par les années françaises, il le recouvra *n t659, à la paix des Pyrénées. Cbarie* IV se singularisa en outre par ses nombreux mariages, notamment en épousant la tiile -i'm, apothicaire de Paris, Marianne Pajot, qu'il répudia bientôt après.
qui aboutissent à deux points : l'un , du peu d'avantage que ie roy recevrait de leurs dépouilles, estant tous résolus, à ce qu'ils disent, de ne point rentrer dans leurs Estais qu'ils ne leur soyent rendus entiers; et l'autre, de l'avantage que Voslre Eminence recevrait de s'acquérir une maison comme ia leur, dont l'aisné et tous les cadets auroient un attachement entier aux intérests de Vostre Eminence. Pour en donner des assurances à Vostre Eminence, ils luy demanderaient avec instance une de Mesdemoiselles ses nièces pour le prince son fds; et, pour augmenter celte seureté, il ajouta que le roy pourrait tenir une garnison dans la citadelle de Nancy l'espace de dix ans, et mesme davantage, s'il le désirait; s'expliquant assez pour faire connoistre qu'il désirait cette dernière condition pour assurance de la foy du duc, son frère, lequel s'estoit expliqué à luy plusieurs fois en ronformité de ce discours, m'assurant que son intention estoit de s'attacher aux intérests de Vostre Éminence par ce mariage.
Deux jours après, M. de Guise2 m'est venu voir, et, dans son discours, m'a expliqué les sentimens et les intentions de M. de Lorraine [Charles], qui a la mesme espérance que Monsieur son frère [François] me tesmoigna que Vostre Éminence le restablira dans ses Estats entiers; mais sur le sujet du mariage, il me fit entendre qu'il avoit donné ordre à M. de Saint- Martin 5 de le proposer pour luy, et qu'il estoit toujours fort mal satisfait de son frère.
J'ay cru estre obligé de rendre compte de tout cecy à Vostre Eminence, ne sçachant pas de quelle conséquence cela peut estre c.
J'envoye à Vostre Eminence la copie d'un mémoire qu'elle me fit écrire en présence du Rov concernant les préparatifs de son mariage, par lequel elle verra ce qui est exécuté, et ce qui reste à exécuter. J'y ay joint un mémoire des choses que l'on pourrait avoir omises. Je supplie Vostre Eminence de me faire sçavoir ses intentions sur l'un et sur l'autre, afin <jue je fasse expédier le tout diligemment pour aller ensuite trouver Vostre Eminence.
11 est nécessaire que Voslre Eminence dise à M. le mareschal de Vil— leroy 4 d'écrire une bonne fois aux prévost des marchands et échevins de Lyon pour laisser passer tout ce qui nous vient d'Italie, ou bien il faut y chercher quelque autre remède. Ils nous retiennent encore à présent une
1 Ferdinand-Joseph-François de Lorraine, dit le Prince, fils de Nicolas-François, né en
1 Henri II de Lorraine, duc de Guise. ( Voir lettre 65.)
3 Charte* de La Baume, marquis de Saint-
Martin, né le ao mars 1611, d'abord lieutenant des gardes françaises. Il entra ensuite au service de l'Espagne , et fut gouverneur de Dole en i658.
* Nicolas de Neuville, maréchal deVilleroy, gouverneur du Lyonnais. (Voir lettre 1.)
caisse de Milan et une de Florence, sous prétexte qu'ils veulent avoir un certificat si^né de la main de Vostre Eminence, et ne veulent pas recevoir le mien que je leur ay envoyé.
RKPOHHB DU CARDINAL. KN MARGE.
Arles , 1 3 janvier.
' Je désire que vous viviez avec M. Talon, avocat général, comme vous avez fait jusqu'à présent, me remettant de vous entretenir à fond là-dessus lorsque je vous verray. Cependant, il seroil bon que luy et M. Voisin 1 sçussent que le Roy ne se petit empescher de confirmer pour deux ans M. de Sève» dans la charge de prévost des marchands, car, comme il y a à faire plusieurs choses sur les rentes, il faut se prévaloir de la parfaite connotssance que ledit sieur de Sève en a; mais vous pourrez ajouter que personne ne succédera audit sieur de Sève que M. Voisin, lequel sera sans faute prèvost des marchands dans deux ans. comme je luy ay promis, après que le Roy l'a trouvé bon.
b Je |>eux me passer de mes couvertures de mulets, car elles ne me sont en aucun.» façon nécessaires, et je vois que la dépense est excessive. Pour celles du Roy. il les faut avoir, et mesme les trente ordonnées, s'il sera possible, sinon il faudra se contenter uV vingHuatre.
' Je vous diray en un mot que je ne suis pas capable seulement d'entendre des propositions qui aillent à faire le moindre préjudice aux affaires du roy pour estre avantageuses aux miennes particulières. Ainsy, ni M. le duc de Lorraine, ni M. le duc François ne gagneront rien s'ils prétendent que je soye leur avocat auprès du Roy pour obliger Sa Majesté à leur rendre entièrement toute la Lorraine, au préjudice de ce qui est porté pale traité de paix fait avec les Espagnols, protecteurs des inlérests de la maison de Lorraine. Comme j'ay dit plusieurs fois à ces princes et particulièrement, à Saint-Jean-de- Luz, à M. de Lorraine et à M. de Guise, il seroit estrange et mesme injuste que Ion prétendist du Roy et de moy, en leur faveur, plus que ce qui leur a este1 accordé par le roy d'Espagne \ de qui le duc est allie* et qu'il a servy trente ans. par le ministère uV don Louis de Haro *. Vous pouvez parler en cette conformité.
( Bibl. Imp. M»s. Bnluze , Papier* de* Armoire* , vol. 3a8 , fol. 117. — Bulletin de la Sorvt- He rihUoirt de France . doc. orig. 1 834 . 1 . 1 88. 1
1 Daniel Voisin, successivement iiiaitre des requêtes en i6'j6, conseiller au Grand Conseil, intendant en Auvergne et en Champagne, prévôt des marchands en t<"6s. Beau- frère de l'avocat général Talon.
* Alexandre de Sève, conseiller d'État en 1O57, conseiller au Grand Conseil, intendant en Danphiné; prévôt des marchands do la ville
de Paris de i654 à 1663. Mort le a* fe*rw
Philippe IV, né en ifioâ, était monte sur le trône en 1 fia 1 . Mort le 1 7 septembre 1 66-'» 4 Louis de Haro, ne en 1^98, principal ministre de Philippe IV, qu'il représenta a» trait*- d^ Pyrénées. Mort le 17 nmenibr* 1 fifi 1 .
AVEC M AZARIN. A 19
(Lettre autographe.)
Lyon, ia février 1660.
A mon arrivée icy, j'aj appris par un bruit incertain que levesque de Luçon estoit mort. Si ce bruit se trouvoit véritable, je supplie très-humblement Voslre Éminence d'accorder à mon frère cet évesché duquel elle avoit bien voulu l'agréer pour coadjuteur. Je n'ay recours qu'à la bonté de Vostre Éminence pour obtenir des grâces de cette considération , sçacbant bien que je ne puis les mériter par aucun service, mais seulement par un attachement perpétuel a tousses intérests... 1
(Arrb. des AflT. «Hr. Fronrr, vol. 170, piiwe 11.)
( Lettre niitngrapbe. )
Paris, «7 février 1660.
Monseigneur, après vous avoir rendu mes très-humbles actions de grâces des bontés que vous voulez bien avoir pour mon frère et pour moy, je vous supplie de me permettre de vous demander les ordres du roy nécessaires pour faire sortir de la Bastille et du chasteau d'Amboisc tous les prisonniers qui y ont esté mis pour le fait des assemblées de noblesse, Son Éminence m'ayant ordonné de les faire sortir tous, en conséquence des lettres d'abolition qui ont esté vérifiées au Grand Conseil.
(Bibl. !n»p. Mm. S. F. 3,ooh. Le TVNier. Papier* d'État, vol. 19. fol. 8a.)
I Uttre original*. )
Paris, :i7 février i66u.
JVnvoye à Vostre Éminence l'arrest contre la ville de Toulon pour la restitution de i65,ooo livres que les particuliers habitons d'icelle prirent au roy, par tumulte cl sédition, des marchandises du tiers en i65o.
Mon frère Charles est sorty de Philipsbourg, extraordinoirement satisfait du mérite, de la sagesse et de la bonne conduite du sieur de Camar-
1 Voir leltrc 1 97.
sac, ù laquelle certainement il ne se peut rien ajouter; et, au contraire, il n'a esté" guère satisfait de celuy que Vostrc Eminence y a envoyé, qui a fait prendre un poste fixe à sa compagnie et fait porter son nom par toutes les rondes pendant la garde de la nuit, au lieu de celuy de Vostrc Eminence, suivant en cela le bon exemple et les instructions de M. de Saint- Geniès
Madame de Venel m'a fait connoistre la peine où elle se trouvoit de sçavoirsi Mesdemoiselles, nièces de Vostre Eminence, recevraient la visite de M. le Prince1 ou non, parce que, si elles la recevoient, Mesdemoiselles seroient obligées d'aller visiter madame la Princesse, et ensuite madame de Longueville. Ensuite M. de Longueville les viendroit visiter, ce qui lireroit assurément une grande suite de visites contraires, à ce qu'elle m'a dit. aux intentions de Vostre Eminence. De concert avec ladite dame, j'ay prié M. de La Croisette de faire en sorte que M. le Prince retardas! sa visite, ce qu'il m'a promis, jusqu'à ce que nous sçachions les volontés de Vostre Eminence b.
Pour le logement de mesdites demoiselles au Louvre, Vostre Eminence est informée qu'elles ne peuvent pas conserver celuy qu'elles occupoient, en sorte que nous chercherons , M. Ratabon etmoy, quelque autre logement plus commode que celuy-Ià , au cas que nous ne recevions point d'ordre contraire de Vostre Eminence*.
néro*sE i>t cardinal, m «auge.
• Je feray partir vostre frère qui est icy dans trois on quatre jours pour s'en aller à Philipsbourg pour y commander. Il verra, en arrivant, les abus qui s'y pourront esln introduits, et je vous prie de prendre la peine de l'instruire particulièrement de eequ il aura à faire lorsqu'il sera arrivé. Je donnerny les ordres pour les fortifications; il devra en référer avec subordination à M. de Sainl-Geniès , prendre ses avis pour ce qui regardera lesdites fortifications, luy demander secours en cas de besoin; mais c'est vostre frère qui doit répondre de la place.
b Je ne vois aucune nécessité de recevoir la visite de M. le Prince, et, si on luy en dit un mot. il n'y songera pas; mais, en tout cas. s'il estoit jugé à propos de la recevoir 00 pourrait, par le moyen de M. de La Croisette. faire en sorte que M. de Longueville ne prist pas celte peine ; et assurément il le trouvera bon. Je vous prie d'assister madame de Venel de vos conseils en tout ce qui peut regarder la conduite de nies nièces. Je voudrais fort qu'elles ne fissent aucun bruit . et ne parussent pas en publie >i souvent comme elles font. Je vous prie d'y donner ordre: j'ay écrit un mot en cpuv conformité à madame de Venel et à ma nièce.
' U> prince de Condé. rentré en jfràce par une stipulation du traite des Pin-mw.
AVEC MAZARIN. kti
Pour le logement, je voudrais bien qu'elles le prissent chez moy ; car il y aura peine d'en trouver un dans le Louvre, outre que je vous diray confidentiellement qu'il ne serait pas bien que le Roy y trouvast ma nièce, en retournant à Paris avec la nouvelle Reyne. Et je ne dis pas cela sans beaucoup de raison». J'attendray pourtant que vous me mandiez là-dessus ce que vous estimerez à propos.
(Bibi. Imp. Mss. Battue, Papier, du Armoire,, vol. 3*8, fol. 68.)
(Lettre originale.)
Paris, a mars 1660.
Par une lettre que j'ay reçue icy de Vostre Éminence, en date du ao janvier, elle me fait l'honneur de me dire qu'il faut faire faire encore un carrosse pour les filles demoiselles de la reyne future, pareil à celuy du premier écuyer, avec de l'or et de l'argent; mais comme il n'y a que de la soye à celuy du premier écuyer, je feray faire celuy-cy de mesme, à moins que Vostre Eminence ne me fasse sçavoir, par sa réponse à celle-cy, que le Roy veut qu'il y ayt de l'or*.
Pour ce qui est des préparatifs du mariage du Roy, je supplie Vostre Eminence de croire que j'y apporte toute la diligence qu'il est possible, et que je souffre beaucoup devoir que toutes choses ne s'avancent pas comme je désirerais bien.
Je feray partir dans le commencement de la semaine prochaine le sieur Guillain avec les tapisseries, c'est-à-dire sept tentures qu'il dit luy avoir esté ordonnées, sur quoy je ne puis pas m'empescher de dire, quoyque cela ne soit pas de mon fait , que l'on se repentira beaucoup de fois de n'en «fvoir pas fait venir davantage; mais il sera trop tard.
J'ay fait mettre une belle crépine au dais qui servit au sacre du Roy, lequel partira en mesme temps.
Je fais travailler avec le plus de diligence qu'il est possible aux casaques des gardes de Vostre Éminence; mais je suis bien surpris qu'elle me parle, par ce mesme article, des couvertures des mulets et des chevaux de main, de broderies, et d'un beau carrosse qu'elle dit attendre avec impatience, et en avoir besoin pour le a 5 avril lorsqu'elle ira voir le roy d'Espagne à Fontarabie1, vu que par la lettre de Vostre Éminence du 20 janvier, elle ordonne de ne pas continuer les couvertes de mulets et chevaux de main, et qu'on en a fait cesser le travail depuis ce temps-là.
1 Province de Saint-Sébastien, prés de la Bidaseoa, et sur la rive gauche.
A l'égard du carrosse , il est vray que j'en ay écrit à Vostre Eminence dein fois consécutives dès le mois de septembre, mais elle m'a fait réponse qu'il n'y avoil rien qui pressas! , et qu'il n'esloit point nécessaire d'en avoir un pour le mariage. Vostre Eminence aura la bonté de considérer, par ces raisons, qu'il est impossible que je puisse luy donner la satisfaction qu'elle désire b.
Je fais travailler incessamment à un livre pour elle qui sera, comme j'espère, assez agréable.
Je prie Vostre Eminence de bien penser s'il ne seroit point nécessaire de porter quelque argenterie vermeil doré pour un buffet, et quelque beau meuble, ou quelque riche tapisserie, parce qu'il me semble que le plus superbement qu'elle pourra estre meublée et servie, ce sera assurément le plus avantageux pour la gloire de la couronne.
Je feray chercher des cassettes, et feray en sorte que Vostre Érainence trouve des oranges de Portugal à Saini-Jean-de-Luz.
Je donne ordre à Lyon que l'on envoyé une caisse d'eau d'orange de Rome à Vostre Eminence , pour la Reyne.
Vostre Eminence m'a ordonné de faire faire une toilette pour le Rov, el m'ordonne encore par sa dernière d'assister M. de Guitry 1 pour les habit* h faire de nouveau pour Sa Majesté. J'obéiray comme je dois ; mais je la supplie de me permettre de luy dire que ces dépenses sont si grandes, depuis qu'elles ne sont point limitées, qu'il est quasy impossible que je me puisse déterminer à ce que je dois faire. La toilette du Roy, les étoffes et dentelles choisies par madame de Créqui 2 monteront à plus de ta,ooo livres, et II. de Guitry prétend que les seuls habils du Roy monteront à plus de 90,000 livres, en sorte que, n'en ayant touché que a A, il restera encore à luy fournir 66,000 livres. Vostre Eminence voit bien par là qu'il vaudroit beaucoup mieux donner une somme à ces Messieurs-là , afin qu'ils la mesnageassent.
Le rasement de Cléry est si bien achevé qu'il y a lieu d'estre salisfait <le la conduite du lieutenant du grand prévost; le reste de cette affaire s'exécutera en In forme que Vostre Eminence l'ordonne.
J'envoye à Vostre Eminence une ode qui a esté faite sur la paix , quelle trouvera assez bonne r.
1 Gui de Chaumont, marquis de Guitry, ne ou 1 64 1 , mattre de la garde-robe du roi , maréchal île camp en luGo.Tué au passage du Rhin en 167a.
1 âom -Armande de SainMiolaisdeLansar ;
miere dame d'honneur de Marie -TVfW' d' Autriche, el première dame du palais. Mortle 10 août 1
Je dois dire à Voslre Éminence que j'ay eu l'honneur de voir M. le Prince et H, le duc d'Enghien 1 de sa part à leur arrivée à Saint-Maur ; que M. le Prince m'a tesnioigné en des termes fort affectueux les obligations qu'il avoit à Vostre Éminence et l'envie qu'il avoit de le luy bien faire connoistre ; a quoy je dois ajouter qu'en toutes occasions il parle toujours de cette sorte 4.
J'ay mis entre les mains du milord Germain les déclarations de ce que le roy d'Angieterre doit à Vostre Éminence en principal et intéresls, à quoy ayant ajouté les intérests depuis 1 666 jusqu'à présent, il ma fait sentir qu'il doutoit que le roy d'Angleterre les voulust signer de celte sorte, ce qui m'a assez surpris et fait connoistre de quel caractère sont ces esprits',
HÉPONSK Dl CARDINAL, BU MAftOK.
Au. iS mars.
* L'intention du Roy est que le carrosse des lilles soit comme celuy du premier
écuyer.
k Je m'assure que si vous avez pu faire travailler à mes couvertures, et aux autres choses dont je vous ay écrit avec tant de presse, vous l'aurez fait; car, pour paroistre superbement , comme vous dites, rien n'est à l'égal des belles couvertures, d'un beau carrosse et des couvertures des chevaux de main ; et bien que vous m'écriviez qu'on ne pourroit pas avoir ce que dessus, je me flatte que vous en aurez donné les ordres avec telle diligence que, s'il arrive que l'entrevue soit différée de trois semaines ou un mois, je pourray avoir à temps lesdites choses.
c Il y a de fort bonnes pensées, et je voudrais sçavoir qui l'a faite. Je reçois les mesmes avis, de tous costés, de M. le Prince. Assurément, il aura en moy un bon amy, s'il veut; et je crois, sans vanité, qu'il le doit vouloir, et que tout l'avantage est de son costé.
' Pour la signature sur laquelle M. Germain vous a fait difficulté, vous en userez comme vous jugerez plus à propos; car, aussy bien, lorsque j'ay donné ledit argent, je n'ay pas cru le prester, mais en faire un présent.
(Bibl. Imp. Mas. Baluie , Papier» dee Armoirte, vol. 3*8, fol. i63. — BuUetm de la Société de rmetoire de France, doc. orÏR. 1 83* . 1 , 196. )
' Henri-Jules de Bourbon, duc d'Enghien, après le Grand Condé, *>n père. Mort le ité en i6&3. Premier prince du sang, premier 1" avril 1709. ( , f<air de France. Gouverneur de Bourgogne,
(Lettre autographe.)
Paris, 5 mars 1660.
Je reçus hier, par les mains du gentilhomme envoyé de la reyne de Suède, le billet de Vostre Éminence du a 5 du passé pour la restitution dos tapisseries. Aussytost, je fis porter toutes lesdites tapisseries chez MM. Tallemant, à qui je donnay mémoire de tout ce qu'ils dévoient dire, et, ce matin , j'ay mené chez eux le gentilhomme , leur ay donné en sa présence ma promesse pure et simple à volonté pour les intérests , et ils ont pris ensemble heure à demain matin pour compter l'argent et retirer lesdites tapisseries. Le tout s'exécutera de sorte qu'il ne paroistra en aucune façon que lesdites tapisseries ayenl jamais esté dans le palais de Vostre Eminence.
M. le Prince a pris jour à lundy prochain pour aller voir Vincennes. M. le mareschal de Glérambaut l'accompagnera et fera les honneurs du chasteau. Jé luy donneray à disner par le moyen des officiers de M. le Procureur Général et tascheray de luy faire voler quelques pies.
Je dois dire à Vostre Eminence que Son Altesse [le prince de Condé) m'est venue voir, et que c'est une suite de ce qu'elle dit et publie partout des obligations qu'elle a à Vostre Éminence, et de l'envie qu'elle a d'estre toujours fort étroitement unie avec elle.
Je ne puis pas m'empescher de dire à Vostre Eminence que, depuis que je suis au monde , je n'ay point eu tant de chagrin et d'inquiétude que j'en ay à présent par l'appréhension que quelque chose ne manque au mariage du Roy, et que Sa Majesté ne soit pas satisfaite, et encore moins Vostre . Éminence. J'ay abandonné généralement toutes autres affaires pour ne vaquer qu'à celle-là, et quoyque je ne fasse autre chose depuis cinq heure* du malin jusqu'à onze heures du soir, j'ay le déplaisir de voir que toutes les choses ne s'avancent pas assez. Mais, pour le velours qui se fabrique à Milan, quoyque j'aye écrit dès lors que je passay à Lyon la première fois, et que j'aye répété, par une infinité de lettres suivantes, que l'on m'envoyast parvoitures expresses ce qu'il y en avoit défait, néanmoins je n'en ay encore aucunes nouvelles, ce qui me désespère. Je puis assurer Vostre Eminence que je feray le mieux que je pourray; mais je suis obligé de le dire : soit que je manque d'industrie, soit que je manque d'ordre, soit que je sois chargé de trop d'affaires, assurément j'ay le regret de voir que le Ro*
et Vostre Eminence ne sont pas servis en ce rencontre comme ils devraient l'estre'.
A ce déplaisir Vostre Éminence ajoute encore celuy de me donner l'ordre de luy envoyer son beau carrosse par des chevaux deBlavet1^); et, non-seulement elle ne m'en a jamais donné aucun ordre, mais mesme, après lavoir demandé par lettres , Vostre Éminence m'a rerais et m'a dit en termes exprès qu'il n'estoit point nécessaire d'en avoir, et que , à son retour à Paris, elle y aviseroit. J'avoue à Vostre Eminence que cela m'étourdit de telle sorte que je ne sçais plus ce que je fais h.
M. le duc de Longueville a pris la peine de venir me voir deux ou trois fois depuis son retour, et, après m'avoir toujours tesmoigné la joye qu'il avoit de voir M. le Prince dans le sentiment de reconnoissance des obligations qu'il avoit à Vostre Eminence et d'envie de se tenir toujours étroitement uny d'amitié et de services avec elle , il m'a parlé de deux choses :
L'une, de la prière qu'il fait à Vostre Eminence de luy faire accorder par le Roy des lettres pour faire relever immédiatement de la couronne le comté de Dunois, qui relève naturellement du comté de Blois. Pour fonder son droit, il dit que Charles VII accorda ce droit par lettres qui sont demeurées un assez long temps sans exécution ; que luy a porté les foy et hommage à la couronne, eu conséquence de ces lettres, sans opposition de feu Son Altesse Royale [Gaston d'Orléans], ni de ses officiers; qu'il croit mesme que ses prédécesseurs en ont peu porté au comté de Blois, et qu'il n'a pas voulu demander ces lettres pendant la vie de Son Altesse Royale , crainte de luy déplaire; mais à présent que ces apanages ne sont point donnés, il espère que Vostre Éminence luy fera accorder cette grâce, ayant desjà prétention d'estre en possession de cette mouvance immédiate*.
Mondit sieur de Longueville m'a encore parlé de son droit sur la principauté d'Orange, qui semble fort bien fondé, et il m'a répété plusieurs fois que si le Roy vouloit se servir de son droit, pour la réunir à la couronne, ou Si Vostre Éminence en avoit quelque envie, il estoit prest de faire tout ce que le Roy ordonneroit sur ce sujet.
RÉPOKSB DU CARDINAL , KR MARGE.
Aric.,i8D..in.
' Il faut faire ce qui se peut, et ne se pas tourmenter du reste. Le Roy est fort persuadé que vous n'oublierez rien de ce qui sera possible afin qu'il soit bien servy en ce rencontre, et cela vous doit suffire, quelque chose qu'il arrive des couvertures , lesquelles il sera assez qu elles partent de Paris le 10 du mois prochain; car elles ne doivent servir que lorsque la nouvelle Reyne quittera Fonlarabie pour venir à Sainl-Jean-dc-Luz.
1 Carrossier el loueur de chevaux,
m CORRESPONDANCE
b Ne vous inquiétez pas, ni pour mes couverture», ni pour mon carrosse. Jeu ij mis l'esprit en repos, et j'avoue que j'ay tort de ne vous avoir pas déclaré ma volonté assez à temps comme je voulois.
* Je m'employeray volontiers pour servir M. le duc de Longueville , en ce qu'il demande pour le comté duDunois; mais je voudrais bien qu'après vous en estre informé . vous me lissiez sçavoir si cela se peut faire sans aucun préjudice au service du roy. et sans que cela piûsse estre tiré a conséquence pour d'autres.
(Bibl. Iiup. Mes. Baluie. Papier* de* Armoire*, vol. 3a8. fol. i55. — Bulletin de la Société de l'Histoire de France. Ane. orig. i83'i . I . io3.)
(Lettro autographe.)
Pari», 6 mars 1660.
Je me suis fait à raoy-mesine la réprimande que Vostre Éminence ordonne pour le malheur arrivé aux oranges de Portugal, parce que c'est moy qui ay fait cette faute et non le sieur de Terron. La vérité est qu'ayant remarqué, depuis quelques années, que Vostre Éminence pouvoit prendre quelque plaisir à donner le premier de ces oranges à la Reyne, j'ay fait toutes les diligences qui m'ont esté possibles pour me pouvoir donner à moy-mesme la joye que je ressens, quand je puis faire quelque chose qui puisse donner quelque plaisir à Vostre Eminence. Pour cela il n'y a point d'année que je n'aye ordonné dans le mois d'avril au sieur de Terron de s'associer avec quelques marchands de La Rochelle ou de prendre telles mesures qu'il estimeroit les plus seures pour avoir les premières oranges qui arriveroient dans toutes les costes de Poitou, Saintonge et Guyenne. N'estant point satisfait de sa conduite dans l'exécution de cet ordre , je me suis entendu avec les commis de la douane de Rouen , auxquels je me suis obligé à donner six livres de chacune orange pourvu qu'ils me livrent tous les ans les deux cens premières, et à la charge qu'ils empescheront l'ouverture des bateaux qui en pourraient arriver jusqu'après trois jours qu'ils m'auront envoyé lesdites deux cens.
Ce fut par ce moyen que j'envoyay l'année passée ces oranges en poste jusqu'à Lyon; et n'estant point encore assez assuré par ce moyen, cette année j'ay pris intérest d'un quarl dans un petit bastiment que MM. Tallemant et moy avons envoyé en Portugal avec ordre exprès de prendre toutes les premières oranges et s'en venir aussytost sans rien attendre. Et, en effet t nous en avions eolt«» année dix jours avant qu'aucun autre vaisseau fiisl arrivé: et, à l'heure que je parle, j'a\ intérest d'un quart dans une bou-
tique, à la foire de Saint-Germain, qui débile nos oranges de Portugal. Nonobstant toutes ces précautions, je n'ay pu encore parvenir à mon dessein. L'année passée . Vostre Eminence me fit réprimande de ce qu'elles ne se trouvoient pas bonnes. Cette année, elles se sont trouvées et mauvaises et gelées. Et pour les bonnes qui sont icy, j'avoue que je n'ay point cru en devoir envoyer à Vostre Eminence , ne doutant point qu'il n'y en eust quantité en Provence.
Peut-estrc que je seray plus heureux une autre fois.
RÉPONSE DU CARDINAL , Ml MARGE.
Vous avea eo grand tort de me faire cet éclaircissement, et je suis fasché de vous eu avoir écrit; mais je croyois qu'en exécution de vos ordres, les oranges eussent [été] envoyées de La Rochelle et qu'on n'eust pas pris bien le temps et les précautions pour le faire à propos ; mais enfin , je me plains de vous que vous vous arrestiez à cette sorte de bagatelles, estant satisfait au dernier point de tout ce que vous faites incessamment pour mon service et pour l'avantager en tous rencontres.
(Bibl. Imp. Mm. Battue, Papiers de» Armoirt», vol. 3a8, fol. 70.)
(Lettre originale.)
Paris, 8 mars 1660.
Vostre Eminence aura vu, par ma précédente, que j'ay exécuté l'ordre qu'elle me donne, par sa lettre du a 5 du passé, touchant les tapisseries de la reyne de Suède, sur lesquelles j'aurois oublié mon métier si javois expliqué l'ordre de Vostre Eminence de pouvoir faire crédit des 1 1,000 livres dont ladite reyne parle par sa lettre. Au cas que l'envoyé demande à retirer partie des tapisseries, l'on retiendra celle de Pétrarque et quelque autre des plus belles à proportion, et je luy feray donner passe-port des fermiers des douanes, en sorte qu'elles ne seront point ouvertes et ne payeront rien.
Il, le Prince vint hier à Vincennes accompagné de M. le duc d'Enghien, M. le mareschal de Clérambaut et M. de Guitaut1. M. de No-
' Guillaume de Pecbpeiroti -Comminges, voué et dont il avait toujours suivi la fortune,
comte de Guitaut, né le 5 octobre 1 6a 6. Page l'avait ensuite nommé son chambellan. En
île la potite écurie, puis gouverneur des îles i O&9 , à la réconciliation du prince avec la
Sainte-Marjjuorile iH capitaine de chcvau-légers cour, il était allé trouver Louis XIV de sa part.
•■11 1 tî/iS. Le princ»' de Uondé , à qui il était dé- Mort le «7 décembre 1 685.