‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 46 sur 108 · ISA · texte numérisé non relu

ISA

gent1 y estoitvenu deux heures auparavant. Je donnay à disner à Son Altesse avec les officiers de M. le Procureur Général , luy fis voir le plan du parc et de tout le dedans du chasteau en Testât que Vostre Eminence le veut mettre. 11 vit ensuite tous les appartenons , dont la disposition luy plut extrêmement; surtout, il admira la pensée de Vostre Eminence du logement double de la cour en arcades et des deux grands portiques , particulièrement celuy qui donne dans le parc, qui est assurément le plus beau morceau d'architecture qu'il y ayt en France. M. le Prince médit une chose, sur le sujet des écuries , que j'estime assez considérable pour en faire rapport à Vostre Eminence. Ayant vu le plan et le lieu marqué par le sieur Levau 2 dans le dessin pour y bastir toutes les écuries pour le Roy, la Reyne, la Reyne mère, Monsieur et Vostre Éminencc, Son Altesse me dit que l'on ne pouvoit pas loger cinq ou six cens chevaux si proche du Roj sans que Sa Majesté et toute la cour fussent incommodées, soit de la senteur du fumier, soit de la quantité de valets et de canailles qui estoient toujours dans les écuries , et qu'il estoit mesme impossible que , pour vider les fumiers, il ne passast presque à toutes les heures du jour des charrettes |»ar la porte, en sorte que, bien souvent, elle se trouveroit embarrassée, et que son avis seroit de faire seulement une écurie pour cent chevaux au dedans du chasteau pour le plaisir du Roy, et, pour le surplus, faire bastir des écuries dans la basse- cour de la Pissotle. Vostre Eminence me fera sçavoir, s'il luy plaist, si cet avis luy donne quelque envie de changer de dessein. Ce pendant, je feray toujours travailler à l'entrée du chasteau*.

Je dois encore dire à Vostre Eminence que Son Altesse me parla eu particulier près de deux heures entières , prenant plaisir de m'expliquer toute la conduite qu'il avoit tenuu avec les Espagnols, et s'estendant fort en toutes occasions sur l'union inséparable qu'il vouloit avoir avec Vostre Eminence, et que non-seulement il en avoit la volonté, mais mesme qu'il n'estoit pas difficile de juger qu'il avoit assez d'esprit pour connoistre qu'il n'avoit point d'autre party à prendre que celuy-là, me priant et me conjurant par diverses fois de luy dire toutes les choses qui pourraient venir à ma connoissance dans lesquelles il pourrait manquer par inadvertance, ou que je pourrais sçavoir qu'il eust faites ou dites, et mesme de luy donner avis de toutes las occasions dans lesquelles il pourrait servir Vostre Eminence ; qu'il sçavoit bien la confiance qu'elle avoit en moy, et que, assurément,

1 Armand de Bautru , comte de Nogent Ca- * Louia Levau , né en 1 6i s , architecte, di-

pitaine des gardes de la porte; iieulenant gé- recteur des bâtiments de Louis XIV, de i <?•'■*

néral en Auvergne; maréchal de camp. Tue à 1670, époque de sa mort, au passage du Rhin, en 167a.

je trouverais que la volonté dans laquelle il estoit serait de durée, et qu'il ne se départirait jamais de la résolution d estre toujours a m y et serviteur de Vostre Éminence b.

J'ay omis de dire à Vostre Eminence que M. le Prince m'obligea presque par force à me mettre à table avec luy

L'avis que je donnay à Vostre Eminence des cent procureurs postulans au parlement de Paris, outre les quatre cens créés cy-devant, s'est trouvé lussy fort bon. J'espère que Vostre Eminence en pourra toucher près de 3 00,0 oo livres. Je luy en diray le détail lorsque j'auray l'honneur d estre auprès d'elle.

Je continue de presser toutes choses avec l'application que je dois. Je feray partir, lundy prochain, la première voiture. Je suis toujours en doute si je pourray avoir les couvertures des mulets du Roy pour le mariage , n'ayant point encore avis que le velours de Milan soit party. Pour colles de Vostre Éminence, il ne faut pas les attendre , estant impossible d'en pouvoir venir à bout. Si Vostre Eminence ne m'eust point dit et écrit qu'elle ne s'en soucioit point, elles auroient pu estre faites.

Vostre Eminence m'ordonne de faire faire encore une calèche de velours nraraoisy en broderie. Je la supplie de considérer que tous les brodeurs de Paris ont assurément de l'ouvrage qui ne peut estre cessé jusqu'au quinze et mesme jusqu'à la fin d'avril, et par conséquent, que l'on ne peut pas commencer un nouvel ouvrage avant ce temps-là. Vostre Eminence m'a toujours dit que le Roy arriverait à Paris à la fin de may, ou au commencement de juin, en sorte qu'il est quasy impossible que cette calèche se puisse faire, d'autant plus que je ne seray point icy pour presser les ouvriers et pour empescher que tous les brodeurs ne travaillent à d'autres ouvrages. Si l'on avoit envoyé cet ordre il y a trois ou quatre mois, ou bien lorsque j'envoyay mon mémoire des choses qui pouvoient manquer à ces préparatifs, parmy lesquelles je parlois d'une litière, cette calèche auroit pu se faire sans peine, et peut-estre que si elle estoit toute couverte d'un beau et riche brocard avec toutes les crépines de broderie, elle conviendrait mieux avec le grand carrosse de parade de velours rouge tout couvert de broderie qui marcherait derrière ladite calèche; d'autant plus que, outre le corps de ladite calèche, il faudra encore les housses des chevaux et les harnois de mesme étoffe en broderie, ce qui assurément est un trop grand ouvrage pour l'entreprendre. Je ne laissera) de faire travailler aux dessins en attendant la réponse de Vostre Éminence *'.

Je fais préparer le grand carrosse de broderie et les harnois pour le faire partir dans peu de jours; mais, comme ce grand voyage le gastera

Tort, que l'Infante 1 sera reçue et marchera presque toujours dans le carrosse de la Reyne. et qu'elle aura un autre beau rarrosse de campagne tout chamarré de grands passemens d'argent , si l'on désiroit que ce beau carrosse demeurasl icy pour le conserver pour l'entrée de Paris, il faudroit m'en donner avis. Quoyque je sçache bien qu'il est nécessaire que tout* les magnificences du Roy paraissent à l'entrevue du roy d'Espagne, je ne laisse pas de demander les intentions de Sa Majesté sur ce sujet , afin de no rien faire de mon chef \

J oubkoisde dire à Vostre Éminenceque M. le Prince fait grandes caresses à M. le mareschal de Clérambaut, et qu'il paroist avoir plus de confiance et plus de conversation avec luy qu'avec qui que ce soit , ce que ledit sieur mareschal attribue à l'amitié que M. le Prince sçait que Vostre Éminence a pour lu\J.

M. Rose m'a écrit que Vostre Eminence désiroit que je m'informas^ adroitement si le parlement ne députeroit pas vers Vostre Eminence pour luy faire un compliment sur le sujet de la paix et du mariage, au retour du Roy. La pensée de Vostre Eminence sur ce sujet a esté prévenue par M. Talon , qui en fit la proposition à M. le Premier Président [de LamoignonJ le jour que la paix fut publiée. Ledit sieur Talon m'en fit l'ouverture aussvtosl que je fus de retour, et me dit qu'il n'avoit trouvé que deux exemples de complimens faits par ordre du parlement , l'un à M. de Sully, eo 1608, sur le sujet de quelques gages, et l'autre à M. le cardinal de Richelieu, en 1 636, pour le rappel de quelques conseillers qui avoient este exilés, et qu'il avoit dessein d'en faire l'ouverture, lorsque l'on porterait au parlement le traité de paix pour y estre enregistré, et qu'il feroit bien connoistre la juste différence qu'il y avoit entre ces occasions et celle que Vostre Éminence vient d'exécuter si glorieusement *.

Je vois beaucoup d'apparence que Vostre Eminence sera élue proviseur de Sorbonne par tous les docteurs de cette maison. 11 y a desjà trois ou quatre ans que mon frère l'abbé et M. MorcP travaillent à y disposer l?> esprits. La lettre du roy qui a esté écrite à M. le Chancelier a aussy produit son effet. Quoyque ce ne soit pas grand'ehose en soy, cela ne laissera pas de faire quelque éclat dans les pays estrangers; mais je crois que Vostre Éminence doit penser tout de bon à donner quelque chose de considération à la maison de Navarre, afin qu'elle porte quelque marque nV ses bienfaits, après avoir esté si longtemps son proviseur 3.

1 Marie-Thérèse d'Autriche, fille ainéc de de Paris, donl il était à cette époque fm fc Philippe IV; née en i63*. morte le 3« juil- memhres les plus éclairés et le* pli» reflet i683. dérés.

1 L'abbé Morel (Haiide), <le la maison de 1 Mazarin avait été nommé grand prowsvui

Sorbonne, docteur en théologie de la faculté «lu collège de Navarre .au mois de mai >**•>•"

AVEC MAZAKIV

llKPO«l<»r. M CAHI»I*»I. . K* MAR<.K.

\rle*. 18 mar».

1 Je suis bien ayse de voir que M. le Prince soit satisfait <le ce qui se fait à Vincannes. Pour les écuries, il me semble qu'elles sont assez éloignées des habitations de Leurs Majestés pour n'en pas appréhender la mauvaise senteur; en outre, y en ayant desjà pour placer plus de deux cens chevaux, ce que M. le Prince a proposé (de n'y en loger que cent) nepourroit pas avoir lieu. J'approuve pourtant que vous examiniez bien la chose, et je trouveray bon ce que vous résoudrez, bien entendu que je prétends qu'il y ayt toujours une entrée réglée dans le chasteau, c'est-à-dire qu'il y ayt du costé de ma galerie quelque chose qui revienne à ce qui est basty de l'autre costé. quand cela ne devrait servir que pour loger des olliciers du roy et de la reyne; et, en ce cas, il sera fort à propos de faire des écuries à la basse-cour de la Pissotte. Vous ne me mandez rien de l'eau qui est dans les fossés . et c'est le plus important , comme aussy ce qui se fait pour l'augmentation du parc.

h Si M. le Prince répond par ses actions aux paroles par lesquelles il tasche de persuader tout le monde qu'il veut vivre dans la dernière amitié avec moy, j'en auray beaucoup de joye, et luy sera très-heureux; mais si toutes ces avances vont à se mettre en •stat de demander des grâces que je ne croye pas que le Roy luy doive accorder, la bonne intelligence ne durera pas longtemps. Puisqu'il vous a tant pressé de luy dire vos senlimens dans les choses qui pourront regarder son service et la conservation de cette union entre luy et moy, je voudrais bien que vous prissiez occasion de reconnoistre les siens à l'égard du parlement, le<ruel assurément, je le prévois, sur le prétexte de faire soulager le peuple, à l'occasion de la paix . entreprendra des choses qui choqueront l'autorité royale et dans la forme et dans la substance, et il serait bon de sçavoir de bonne heure ce qu'on doit attendre dudit sieur Prince en un tel rencontre, c'est-à-dire | s* il ] lèverait le masque pour appuyer les résolutions que le Roy pourrait prendre, ou ne songerait qu à se mesnager, comme plusieurs personnes l'imaginent à cause de son humeur, et pour h» grandes démonstrations qu'il a faites à tous les gens de robe, ayant traité les présidens à mortier mieux que les officiers de la couronne. J'ay appris aussy, de personnes qui y estoient présentes, qu'il a fait applaudir aux harangues dans lesquelles on luy a dit que la paix luy estoit due et qu'on sçavoit bien que c'estoit luy qui avoit conclu le mariage.

* Il eust eu grand tort, s'il en eust usé autrement.

" La calèche, il la faut ordonner absolument, et quand elle sera preste le 10 ou le 10 juin ce sera assez. En broderie, elle sera mieux que de toute autre façon. Pour le bois, M. de Beaufort vous pourra assister et conseiller, en ayant entretenu le Roy à Aix. Je prétends donner un des attelages que l'Electeur de Cologne m'envoye, qui servira merveilleusement bien pour ladite calèche , les chevaux estant richement harnachés et enjolivés avec des plumes. Il y en aura deux attelages que ledit sieur Électeur vous adressera h Paris par le moyen de M. le mareschal de Fabert: et. en vostre absence, vous donnerez ordre qu'ils soyent reçus et conservés avec soin.

* Le Roy veut avoir le beau carrosse à la frontière, et Sa Majesté esj>ère qu'estant bien accommodé et empaqueté . | il | ne se gastera pas.

' Je ne doute pas de la vérité de cet avis: car M. le miireschal do Clérambaut sçait pratiquer tous les moyens imaginables pour acquérir l'amitié de quelqu'un . quand il >«-n veut donner la peine.

* Si la bonne volonté que M. Talon tesmoigne pour faire résoudre la députation doit acheter mon silence dans les entreprises qu'il fait et qu'il a dessein de faire , au préjudice du service du roy, dans le parlement, je m'y oppose de tout mon cœur, estant incapable de mimmiscer, par quelque raison que ce puisse estre, dans les choses qui choquent l'autorité' de Sa Majesté... J'ay plusieurs fois fait le pronostic de longue main que le parlement de Paris nous donnerait des affaires par le moyen [qu'il] verroit le plus plausible pour engager les peuples en sa faveur. Mais peut-estre qu'il se trompera en sa colère.

( Bibl. Imp. Mm. Baluxe , Paptert de» Armoire» , vol. 3*8 , fol. 1 45. — Bulletin 4e la Sent* de I HUtoire de France . doc. orig. 1 834, 1 , »o6.)

( Lettre original*.)

Paris, ia mars 1660.

Je n'avois point parlé à Vostre Eminence, depuis mon retour, de ses* affaires domestiques, voyant bien que celles du mariage du Roy estoient préférables , et ayant esté contraint , malgré moy, par la raison de l'application qu'il faut avoir pour cette nature d'affaires , de les abandonner pour trois mois. Et qui dit abandonner pour trois mois le ducbé de Nevers et tout le reste, dit en reculer le restablissement pour beaucoup d'années.

Je suis néanmoins obligé de luy rendre compte de ce qui s'est passé en la demande que j'ay faite à madame la princesse Palatine 1, lorsque j'estois près de Vostre Eminence, de nous faire donner procuration par M. le prince Palatin *, son mary, pour continuer le décret dudit duché de Nivernois, et, par ce moyen, en purger les hypothèques et en rendre la possession seure à Vostre Eminence. L'on a fait deux ou trois assemblées d'avocats pour cela, et, pour abréger, sans nous dire aucune raison valable, ledit prince l'a refusée. Ce n'est pas que, avec beaucoup plus de peines et de circuits, nous ne puissions nous en passer; mais j'espère que si Vostre Eminence fait tesmoigner à ladite princesse que cela ne luy plais! point, elle écrira de sorte à son mary qu'il n'en fera plus de difficulté*.

M. le marquis de Vassé 3 vint me voir hier pour me dire que le marquis d'Aumont4 estoit condamné des médecins; que le gouvernement de Tou-

1 Anne de Goazague. (Voir leUre 73.) s Henri - François , marquis de Vasae, »>•

1 Edouard, prince Palatin, né en i6aft. dame du Mans. Mort on mai i68i.

avait épousé en i6A5 Anne de Goniague. Mort * César d'Aumont, marquis de Glairvanx.dit

en i663. le marqui» d'Aumont. Gouverneur àe la 1W

raine estant extraordinairement à sa bienséance , il me venoit porter parole que si Vostre Eminence estoit obligée de le vendre pour les dépenses de l'Estat, ou pour les récompenses qui sont à donner à divers officiers d'armée, il en donneroit plus que qui que ce soit, et qu'il seroit éternellement obligé à Vostre Eminence b.

Vostre Eminence me dit, estant auprès d'elle, que le Roy ne vouloit point que les officiers de la maison de la Reyne allassent au voyage, et qu'aussytost que Sa Majesté seroit arrivée à Paris, on establiroit sa maison. Je supplie Vostre Eminence de me permettre de luy dire qu'il me semble qu'il seroit bien plus magnifique que le roy d'Espagne 1 vist la maison de la Reyne toute disposée à la servir ; et si l'on considère la dépense extraordinaire qu'il faudra faire dans la maison du Roy, je ne crois pas qu'il en coutast îa ou i5,ooo livres davantage. L'ordre que Vostre Éminence m'a donné sera exécuté, si elle ne me fait rien sçavoir de contraire.

HH'uw: M CARMML, Kfl VA II fi F.

Avignon , ii murs.

* Je Iny pariera y comme il faut, afin que son mary donne la procuration que vous demandez.

b Quand le gouverneur de Touraine ne se porteroit mieux , comme nous en avons avis , il seroit diilicile de faire réussir ce que le marquis de Vassé tesmoigne de souhaiter.

(Bibl. Imp. Mss. Biiliuo. Papier» de* .4roiotnw,voI. 3a8, fol. io3.)

(Lettre originale.)

Paris, 16 mars 1 660

Tontes choses sont fort bien disposées dans la maison de Sorbonne pour élire Vostre Eminence proviseur, d'aujourd'huy en huit jours r a3 de ce mois ; je dois croire que cela passera tout d'une voix , sans aucune contradiction et sans qu'il paroisse, directement ni indirectement, que Vostre Éminence l'ayt souhaité, et encore moins sollicité. Comme il sera nécessaire , après cette élection , que Vostre Éminence choisisse l'un des docteurs de la maison pour son grand vicaire, ce qui fut ainsy pratiqué par feu M. le cardinal de Richelieu, je supplie très-humblement Vostre Éminence d'accorder cet honneur à mon frère2, la pouvant assurer qu'il s'en acquittera,

raine. Mort le ao ami 1661, âgé de soixante 1 Philippe IV. (Voir lettre a48.)

*t on ans. » L'abbé Nicolas Colberl. (Toir lettre 58.)

m CORRESPONDANCE

non avec la dignité proportionnée à celle de Vostre Éminence, son bienfaiteur, mais avec celle d'un bon docteur de Sorbonne, qui s'appliqua fort à bien faire son devoir et surtout à l'obligation qu'il a d'estre loulc sa vie dans une parfaite reconnoissance des bontés de Vostre Éminence'.

L'on m'a donné avis que feu Son Altesse Royale 1 avoit donné ses livre» au Roy. En ce cas, je supplie Vostre Éminence d'ordonner qu'ils rayent mis dans la bibliothèque de Sa Majesté, qui est leur véritable place.

Comme toutes les démarches de M. le Prince pour les choses qui peuvent avoir quelque rapport à Vostre Éminence doivent estre considérées, je dois dire à Vostre Eminence qu'ayant esté malade un jour, d'une manière de choléra-morbus , Son Altesse envoya sçavoir Testât de ma sanlé, et me fil l'honneur, le lendemain , de me venir voir avec M. le duc d'Enghien.

J'espère pouvoir faire partir après-demain le sieur Héron avec la cassette, pour le présent de la reyne future, et tout ce que le sieur Lescot me pourra donner. Je puis assurer Vostre Eminence qu'il ne tiendra pas à mes pressantes sollicitations que le Roy et Vostre Eminence ne soyent contens des préparatifs du mariage ; mais j'avoue que ce qui me doit venir de Milan me désespère, n'ayant aucunes nouvelles ni du velours pour les couvertures des mulets du Roy et de Vostre Éminence, ni du damas d'or passé pour la tapisserie de l'un des ameublemens.

Je fais partir après-demain la première voiture composée de quatre charrettes qui portent une bonne partie de l'équipage de Sa Majesté. Samedy prochain, les quatre carrosses pour la Reyne partiront avec les officiers de son écurie.

Je suis en peine s'il sera nécessaire de mettre du passement à deux des paires de draps de lit de la Reyne, ou s'il n'y en aura point du tout: et comme pour y mettre du point de Venise et d'Angleterre, c'est une dépense oui approchera de 10,000 livres, je n'ose la faire sans ordre de Voslre Eminence1.

Les habits du Roy s'avancent comme tout le reste, mais les marchand» et brodeurs ne veulent rien délivrer sur ma parole, eji sorte que /attends avec grande impatience l'ordre que j'ay demandé à Vostre Eminence sur ce sujet.

Je n'ay osé écrire à V ostre Eminence de l'affaire de M. de Saumerv*.

1 Gaston d'Orléans, mort à Blois le, a février t6Go, âgé de cinquante-deux ans. (Voir lettre 8.)

* Jacques- François de Johanne. sieur de

Saumery, grand maître des eaux-et-forvl* uV l'Ile -de -France, gouverneur de Chaiulwnl. Marié à Catherine Charon de Menars, ci par conséquent beau-frère de J. B. Colberl.

mon beau-frère, depuis qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire les instances que toutes les personnes de qualité faisoient pour avoir la capitainerie de Chambord; mais, apprenant de luy qu'il a reçu ordre de s'y en retourner et de continuer à servir comme il avoit accoustumé , j'ose espérer que Voslre Éminence aura, avec sa bonté ordinaire, considéré la fidélité de mes services pour donner à ce gentilhomme des marques de ses bienfaits ; la pouvant aussy assurer que luy et son père ', et tout ce qui le touche, se joignent dès à présent à tous mes frères et à moy pour eslre éternellement dans une parfaite reconnoissance des bontés de Vostre Éminence e.

•iennst or c»RD|«*i., gn MAMB.

Avignon, a* mars.

' J'en suis bien ayse, et je le seray aussy que vostre frère soit mon grand vicaire, si feu M. le Cardinal en avoit un et que vous croyiez que cela luy puisse servir de quelque chose, estant h la veille de changer de caractère et d'en avoir un qui n'est pas compatible avec ladite charge \

* 11 n'en faut pas mettre, le Roy m'ayant dit qu'il n'estoit nullement nécessaire; et, en tout cas, si Sa Majesté changeoit d'avis, [cela] se pourra faire a son retour à Paris.

' J avois oublié de vous mander qu'ayant parié au Roy en sa faveur. Sa Majesté" m'a fait connoistre qu'elle donnerait les mains à tout ce que vous m'avez marqué de souhaiter à l'avantage de vostre beau-frère, à qui j'ay parlé en cette conformité a Aix.

(Bibl. Fmp. Mss. Bahize, Papier» de* Armaim, roi. 3a«. fol. i4S.— Bulletin de la Société de FOkkiVf de France , doc. orig. 1 83 h , I , a 1 7. )

(L*Urf original-.)

Paris, a 3 mare 1660.

Dès lors que tous les docteurs de la maison de Sorbonne ont eu la permission de s'assembler pour élire un proviseur, ils ont tous jeté les yeux sur Vostre Éminence, tous estimant ne pas pouvoir faire un plus digne choix, en sorte quaujourd'buy matin Vostre Éminence a esté élue par tous les docteurs de cette maison avec des éloges qu'ils ont faits tous à la gloire de Vostre Éminence dans leurs avis, n'y en ayant eu pas un qui ayt esté

' Nous avons consacré une note à ce per- *>nnage. (Voir lettre 8a.) Il paraîtrait, en outre, qu'il avait été gouverneur de Blois en i63 1 et capitaine du château de Chambord en 160Ù.

* On a mi parla lettre a '19 que (Gilbert sollicitait alors pour son frèiv l'évècbé de Luron. Il rémlle de la réponse du Cardinal qu'il s'était engagé à faire donner cet évéché à l'abbé Colberl.

contraire, ni qui ayt cherché à allonger. Depuis que les élections sont établies, il ne s'en est jamais fait une si glorieuse que celle-là. Vostre Erainence recevra, après Pasques, la lettre de compliment de la maison, pour laquelle il faudra penser avec le temps de faire quelque chose*.

J'ay vu les deux bois de calèche que M. le Premier1 a fait venir de Hollande; l'une est couverte d'une impériale, et l'autre est découverte. Il est nécessaire que je sçache de laquelle le Roy veut se servir pour l'entrée de l'Infante à Paris. Il me semble que la découverte est plus au goust ordinaire du Roy. Aussytost que j'auray reçu Tordre de Sa Majesté, je fera\ travailler aux broderies \

Pour dire le vray à Vostre Eminence, non-seulement je suis en estât d'acquitter toutes les dépenses qui m'ont esté ordonnées, mais mesme je prétends mettre à Vincennes les A 9 0,000 livres que Vostre Éminenre sçait, et dans une autre réserve, un million de livres*.

J'ay pressé M. le Surintendant de retirer les pierreries de la couronn» engagées aux Suisses et les trois diamans qui sont ès mains de M. Hervarl. Il m'a dit qu'il retireroit ces trois derniers , et que je les porterois avec raoy : que pour ceux des Suisses, il luy falloit donner quelque temps parce qup le sieur Faesch2, qui a pouvoir des Suisses sur cette affaire , n'est point en cette ville, joint qu'il faut quelque temps pour mesnagerson esprit d.

J'ay rendu à M. le Prince, en main propre, la lettre de Vostre Eminence: et, après l'avoir lue, je luy ay parlé suivant l'ordre de Vostre Eminence de la housse de son carrosse. Après quelques discours sur ce sujet, il m'a dit qu'il partiroit le mardy après Pasques; que, dès ce jour-là, il se^conformeroit à la volonté du roy, et qu'on ne luy verroit plus de housse clouée. J'ay cru qu'il suffisoit que cela se fist dans huit jours.

La vérité est qu'il ne mènera point de carrosse de deuil en Rourgogne. et que, peut-estre, il espère que la cour ou quittera le deuil, ou prendra le petit deuil avant qu'il joigne le Roy après son mariage; en sorte que l'on ne verra point ce changement de carrosse pour ce deuil. Mais comme il ne peut pas s'empescher d'exécuter l'ordre du roy pour l'avenir, et qu'il en a la volonté, j'ay cru que ce petit mesnagement n'estoitpas de conséquence'.

Son Altesse m'a dit que M. le Prince de Conti luy avoit écrit qu'on avoit trouvé estrange à la cour le traitement qu'il avoit fait aux présidens à

1 On désignait ainsi, sous l'ancienne monarchie, te premier écuyer du roi. Ces fonctions étaient occupées, depuis 16^6, par le manjuis de Reringhen, plus tard gouverneur «les citadelle* de Marseille, mort i Paris le

3o avril 1699 , âgé de quatre-vingt-neuf «n*. H eut pour successeur Jacques-Louis de hVrmghen , son fds.

1 Député des Cantons évangéliqiie*d<> if»-*>7 à 166*.

mortier, et qu'on avoit dit qu'il les avoit mieux traités que les ducs et pairs. Sur quoy il m'a dit qu'il avoit conduit les ducs et pairs plus avant que lesdits présidens à mortier; qu'il avoit fait donner, chez madame la Princesse, des fauteuils aux duchesses et mareschales de France et des sièges plians aux femmes des présidens à mortier; qu'il est vray qu'il les avoit traités également avec les mareschaux de France, et qu'en cela il avoit suivy l'exemple de feu Monsieur son père1 qui en avoit toujours usé de cette sorte, et que luy-mcsme l'avoit observé toujours; qu'il ne vouloit pas soutenir que Monsieur son père eust raison, mais qu'il ne pouvoit pas changer un traitement estably de cette sorte , joint à cela que , ayant une infinité de procès au parlement, il luy est nécessaire de raesnager l'esprit desdits sieurs présidens, et qu'après tout, si le Roy désiroit qu'il changeast ce traite- ' ment, il le feroit aussytost. J'ay observé seulement que, si cela arrive, il a dessein de leur dire qu'il a reçu cet ordre

HÉPOSSt DC CARDINAL, IX NARCK.

Augnon, 3i ui«r».

■ J'ay esté très-ayse de la manière obligeante dont ces Messieurs de Sorbonne m'ont voulu honorer, et je songeray à faire quelque chose qui leur marque ma reeonnoissance. Vostre frère m'a écrit là-dessus , et je voudrais bien sçavoir si c'est le curé de Saint-Paul qui ne s'est pas voulu trouver à l'assemblée.

* Le Roy dît que la calèche doit eslre découverte lorsque la nouvelle Reyne fera son entrée, mais qu'il faudra y faire une impériale qui ne doit pas estre si riche que le reste.

* Je suis bien ayse que vous soyez en cet estât, puisque les occasions de dépenser ne manqueront pas. Je vous dira y en passant que j'ay fait donner à M. I ^ Teliier, poulies dépenses courantes et pour l'affaire d'Orange, tout ce que j'avois à Lyon et tout ce que j'avois d'argent comptant dans mes cassettes.

* Les trois diamans sont les plus petits de ceux de la couronne; et si on pouvoit mettre quelque autre chose en échange pour retirer les pierreries que les Suisses ont , M. le Surintendant feroit un grand plaisir au Roy et à la Reyne. Je vous diray en passant qu'elles ne valent pas. à bien près, la somme pour laquelle elles sont engagées.

* Vous verrez que je vous avois desjà écrit que M. le Prince pourrait se prévaloir de son voyage en Bourgogne pour réformer la housse de son carrasse , et j'ay esté très-ayse qu'il ayt pris cette occasion , ne doutant pas qu'il n'ayt donné ordre que madame la Princesse et son fils en usent de mesme que luy; car s'il arrivoit autrement, le Roy seroit contraint d'y remédier. Je vous prie de vous en informer et parier, en cas de besoin, ou écrire de ma part, faisant toujours connoistre que le seul désir d'espargner à M. le Prince un ordre du roy d'en user comme Monsieur son père a fait, m'a obligé de luy faire sçavoir par lesdites raisons ce qu'il avoit à faire.

' Il est vray qu'on a écrit plusieurs lettres de Paris sur le bon traitement que M. le

* Henri de Bourbon, prince de Condé, duc d'Enghien, premier prince dti sang, né en i588. Mort le s6 décembre i66fi.

Prince faisoil aux présidens a murtier et généralement à tous les gens de robe, et ii est vray aussy qu'on a fait de grands discours là-dessus; mais le Roy n'est jamais entré en matière, et moy aussy peu, Sa Majesté ne prenant aucune part aux civilités que M. le Prince fait aux uns et aux autres. Vous en parlerez donc en celte conformité, et il ne sera pas dit qu'on oblige M. le Prince à s'exposer de recevoir du préjudice dans ses procès, en l'empeschant de rendre à ces Messieurs les honneurs qu'ils peuvent prétendre.

Je vous diray pourtant que la pensée dudit prince, d'avertir lesdits présidons à mortier, n'est pas digne d'une personne de sa qualité; et si, en d'autres choses de cette nature, il estoit capable d'en user de mesme , je vous avoue que je n'aurois pas la croyance qu'il eust des sentimens tels qu'il faut pour vivre à la cour avec franchise et sans pratiquer des artifices pour gagner l'amitié des uns et de» autres , et rendre odieut ceux qui sont auprès du Roy.

( Bibl. Imp. Mm. Bal me , Papier» de* Armoires , vol. 3»8 , fol. 1 3g. — Bulletin de la Soctett de rilutoire de France , doc. orig. i834 , 1 , 317.)

(Lettre autographe.)

Paris, «3 mars 1660.

Je suis bien fasché que vous n'ayez pas reçu ma lettre avant vostre départ de Brisach ; je ne sçais pas d'où ce grand retardement peut provenir. Je crois que ma lettre vous aura autant instruit que je le puis faire sur toutes les choses qui me sont tombées dans l'esprit. Quoyque cet employ soit assurément bien fort l, il ne faut pas laisser d'employer tous vos soins et toute vostre industrie pour vous en bien acquitter. Surtout, establisseï une voye seure et la plus prompte que vous pourrez pour vos dépesches: c'est assurément le principal afin que l'on puisse recevoir vos lettres et que l'on vous puisse écrire. Nonobstant la force de cet employ, je ne laisse pas d'espérer qu'avec vostre application, qu'il faut redoubler en une occasion si importante, et la connoissance que vous avez desjà des affaires d'Allemagne vous vous en acquitterez à la satisfaction universelle. Donnez-vous bien de garde de chiffrer et déchiffrer vos dépesches; cela occuperoit assurément tout le temps que vous pouvez beaucoup mieux et plus utilement employer : c'est le fait de César2, ne doutant point que vous ne soyez assuré de son secret. Il faut soigneusement mesnager vostre temps pour l'employer à vous informer et à apprendre toutes choses par tous les lieux où vous passez.

1 11 s'agissait, semble-l-il, d'une difficulté à laquelle avait donné lieu reiécution du traite à Munster. -- * Commis de CliarW GdHwrl.

AVEC MAZARIN. à39

Je vous envoyé un mémoire que le père Le Cointe1, de l'Oratoire, a fait. Comme il a esté à Munster pendant toute la négociation, jay cru qu'il pourroit sçavoir quelque chose de particulier; quoyque je ne doute point que vous ne sçachiez tout ce qui est contenu en ce mémoire , je ne laisse pas cependant de vous l'envoyer.

Je n'ay pu encore faire déchiffrer vostre lettre de Francfort, parce que je ne la reçus qu'hier au soir; par le premier ordinaire , j'y feray réponse. Pour ce qui est du présent que vous me demandez, il faut que vous voyiez ce qui sera propre en Allemagne. Comme il me semble que les dames n'y ont pas grand pouvoir, je crois qu'il ne faut y envoyer que ce qui peut estre propre aux hommes. Je pourray vous envoyer dans huit jours quelques médailles d'or et d'argent du Roy, de la Reyne et de Son Eminence. Je pourray aussy vous envoyer des montres d'or et d'argent, des étuis de deux et de trois pièces, les uns simples, les autres garnis d'or, des agendas aussy garnis d'or, des étuis à cure-dents et cure-oreilles et d'autre nature ; mais je n'en feray point acheter que vous ne m'ayez écrit ce qui vous seroit propre.

Comme il sera nécessaire que vous veniez à la cour après ce voyage, nous parlerons de ce qui se pourra faire pour vous, pour Faille2 et César.

Il faut que vous portiez le deuil que la cour porte de Son Altesse Royale3, et par conséquent je ne vous feray faire icy aucun habit; vous avez encore le deuil du roy de Suède4 que la cour prendra sur celuyde Son Altesse Royale.

Vous pouvez faire la grâce que vous m'écrivez au courrier qui vous a porté ma lettre. C'est tout ce que vous aurez de moy pour cet ordinaire.

( Bibl. lmp. Mss. BaIuzo, Popiêrt dt$ ArmonreM , vol. 178 , fol- 56.)

( Lettre autographe. )

Paris, afi mare 1660.

Vostre Eminence ne m'a point fait sçavoir combien elle désiroit de médailles de toutes les façons que le sieur Varin a faites; elle sçait qu'il y en a du Roy, de la Reyne et de Vostre Eminence , de deux grandeurs : Tune

1 Charles Le Cointe, né à Troyes en 1 61 1 ; oratnrien. Fut attaché à Servien pendant les négociations du traité de Munster. Figure pour t,5oo livres sur la liste des pensions accordées aux savant» par Louis XIV, en i663. Mort le 18 janvier 1681.

1 Greffier du Conseil souverain d'Alsace. J Gaston d'Orléans, mort le a février

* Charles-Gustave, mort à Gothembourg, le i3 février 1660, âgé de trente-sept ans.

de dix à douze pistoles, et l'autre de cinq à six; et des pièces de largesse d'une pistole chacune en or, et environ de dix à douze livres en argent.

J'en feray faire trente de douze pistoles de chacune façon, et cinquante de six pistoles aussy de chacune façon, et deux cens d'argent, de raesme.

Pour des pièces de largesse, j'en feray faire deux cens d'or et trois mille d'argent. Si Vostre Éminence veut augmenter ou diminuer, elle me le fera sçavoir, s'il luy plaist \

J'ay parle* à M. le Procureur Général , à mon retour, pour donner part dans quelque ferme aux sieurs Cenami et tascher, par ce moyen, de les tirer d'affaire. Quelques jours après, il m'a dit qu'il n'avoit pu obliger aucune compagnie de fermiers à les prendre pour associés, pour deux raisons: l'une, qu'ils ne pouvoient faire aucune avance; et l'autre, que lestât auquel estoient leurs affaires décréditeroit entièrement toutes les compagnies des fermes. Et, sur cela, ledit sieur Procureur Générai m'assura qu'il n'avoit pu surmonter cette difficulté sans courir risque de rompre toutes les compagnies des fermes; mais que, si Vostre Eminence désiroit que l'on donnast moyen auxdits Cenami de se restabiir, il offroit de leur faire un fonds depuis 10 jusqu'à 20,000 livres tous les ans, par le moyen de quelque retranchement sur quelques-uns des estats du roy, à l'avde duquel ils pourraient payer leurs dettes et restabiir leur maison. J'attendray les ordres de Vostre Eminence pour luy dire ses intentions sur ce sujet fc.

Je conjure Vostre Éminence de me faire sçavoir, en réponse de cette lettre, si je ne pourray point avoir encore quelques jours au delà du 6 may pour l'équipage du Roy. Quelle ne craigne point, s'il luy plaist , que je me relasche si j'ay plus de temps, la pouvant assurer que, quand j'aurois jusqu'au ao may, il y a à travailler nuit et jour, sans aucune relasche. Je demeureray icy jusqu'au i3 ou î&du mois prochain, en sorte que je pourray avoir réponse de cette lettre; et si, par celte réponse, Vostre Eminence me fait connoistre que j'y puis demeurer jusqu'au 2 5, j'espère que tout ce que je fais faire pour elle pourra partir en mesme temps que moy \

Puisque Vostre Eminence a trouvé bonne l'ode que je luy ay envoyée et qu'elle désire sçavoir le nom de celuy qui l'a faite, il s'appelle Perrault', avocat au parlement, qui a du génie, et qui fait fort bien les vers.

1 Charles Perrault, né1 en 1628. D'abord avocat au parlement, puis premier commis de la surintendance des bâtiments du roi en mûri, ei contrôleur gênerai aos mêmes i>aiiments. Membre 'de l'Académie franchise en 1671. Mort le 16 mai 1 708. Il avait composé

l'ode sur la paix des Pyrénées et une autre <A>sur le mariage du Roi. C'est de la pranwr? qu'il est question dans cette lettre. Charle* Vtr rault a laissé des mémoires curieux, priiM* paiement relatifs à ta surintendance des Moments pendant l'administration de Colbert.

Je donneray ordre icy que Ton reçoive les deux attelages que M. l'Electeur de Cologne envoyé à Vostre Éminencft, lesquels je feray mettre à Vincennes. S'ils sont richement harnachés, comme Vostre Eminence l'écrit, il seroit bon de les voir pour cela avant que de travailler à la broderie , parce qu'il seroit peut-estre nécessaire qu'elle eust rapport avec ces harnois, ce qui nous espargneroit beaucoup de temps, de travail et de dépense. Mais comme je me méfie fort des Allemands sur le sujet de ces ouvrages, je supplie Vostre Éminence de m'expliquer si je n'en feray point faire d'autres*.

Je ne crois pas devoir entrer en éclaircissement de tout ce que Vostre Eminence m'écrit sur le sujet de M. Talon. Il me suffit d'estre bien assuré que, quand je le verrois tous les jours, au lieu que je ne le vois peut-estre que trois ou quatre fois l'année, il ne m'attirera jamais dans ses sentimens s'ils sont contraires à l'autorité du roy ; et que , sur cette matière , j'ay de la fermeté et des raisons de reste , non-seulement pour me conserver, mais mesme pour en donner aux autres. Quand Vostre Eminence désirera qu'on le voye et qu'on luy parle, elle en donnera, s'il luy plaisl, les ordres; mais je la supplie de croire que, à compter de ce jour, je ne le verray point que lorsque les affaires de justice m'y obligeront; et peut-estre que, en gardant cette conduite, je pourray retrancher une ou deux visites chaque année e.

1 Tout cela est bien.

' Pourvu que

faut finir sans le moindre délay, car venter non patitur diktionem.

c Je n'ay rien à ajouter à ce que je vous ay écrit sur ce sujet. Vous ne pouvez pas demeurer jusqu'au a 5 , car vous ne pourriez arriver à temps, n'y ayant rien de si certain que le Roy Catholique sera le 6 ou le 8 may à Fontarabie , et que Leurs Majestés seront à la fin de ce mois à Saint-Jean-de-Luz.

* J'ay fait un équivoque, si je vous ay écrit qu'ils estoient richement harnachés; car je crois qu'ils n'arriveront à Paris qu'avec une couverture de toile. Il faut donc ordonner absolument des harnois très-riches qui fassent beaucoup d'éclat.

• Je vous entreuendray sur le sujet de M. Talon , lorsque je vous verray.

(Bibl. Imp. M». Baluze, Papier» de* Armoire*, toI. 3a8, fol. > — Bulletin de la Société de l'Hietoire de France, doc orig. 1 835 , I , aao. )

(Lettre autographe.)

Paris, 37 mars 1660.

Monseigneur, j'ay reçu les ordres qu'il vous a plu m'envoyer pour mettre en liberté les sieurs Laubarderie , Lézanville et de Bordeaux Pour ce qui regarde le crime particulier de Lézanville, comme le Roy luy avoit pardonné le tout, avant mesme l'abolition générale, M. le Chancelier [Séguier) luy a accordé une grâce particulière pour le crime du meurtre des archers.

Je n'ay point trouvé, avec vostre dépesche du i5, l'ordre pour faire sortir le nommé Aurin2. Il est nécessaire d'avoir encore un autre ordre pour mettre en liberté le sieur de Jaucourl, neveu de Bonnesson, qui estoit page de la grande écurie3.

J'ay rendu à M. le Prince la lettre du roy que vous m'avez adressée. Son Altesse doit partir mercredy prochain pour la Bourgogne , quoyqu'elle n'ayt pas encore reçu les lettres du roy au parlement et à la chambrv des comptes pour le recevoir. Je crois qu'il seroit bien à propos de les lut envoyer directement en Bourgogne, au cas qu'elles ne soyent pas encore parties de la cour.

Lorsque j'ay reçu les ordres du roy pour faire arrester les deux solliciteurs de l'affaire des huiles, M. le Procureur Général estoit à Saint- Mandé, pour s'en aller à Vaux. Je luy en donnay part, et il m'a fait réponse que cette exécution pouvoit estre différée jusqu'à son retour.

11 ne me reste qu'à vous rendre mes très-humbles actions de grâces du contenu de vostre dépesche du 1 3 et de tous les bons offices et marques effectives de l'honneur de vostre protection que vous voulez bien me donner, et à mes frères, en toutes occasions, vous pouvant assurer que j'en conserve le souvenir aussy vivement que je dois, et qu'en souhaitant que vous soyez toujours infiniment au-dessus de ma reconnoissance, je ne laisse pas de me flatter que peut-estre un jour je pourra y trouver quelque occasion de la bien marquer.

(Bibl. Imp. Mss. S. P. S.ooi, Le Tellier, Papier, d'État, roi. 19, fol. i46.»

1 GVst la seule fois qu'on voit ce nom avait été mis à la Bastille pour avoir fait dos

dans les lettres relatives au procès des gen- procurations à des nobles de la province desi-

tilsbommes. Était-ce un parent de M. de Bor- rant se faire représenter aux assemble*». (S oir,

deaux , intendant des finances, qui avait été à l'Appendice, la lettre de Pomereu à Le Tel-

ambassadeur en Angleterre en |664, etc.? lier, du 11 octobre 1659.)

(Voir lettre 63.) 3 II a été question de ce page dans la letlrt

1 Aurin était un notaire de l'Orléanais qui a 1 5, du a septembre 1659.

(Lettre originale.)

Paris, 5 avril 1660.

Je n'ay pu jusqu'à présent satisfaire à l'information qui se doit donner à Vostre Érainence sur la plainte que l'abbé Buti luy a faite, touchant la lettre que je luy ay écrite. Pour cet effet, je supplie Vostre Éminence de me permettre de luy dire que, pour peu de réflexion qu'elle fasse à ses affaires, elle trouvera que je suis chargé de l'administration et du détail de vingt-trois abbayes qui composent 5à 600,000 livres de revenu, de deux grands duchés dont l'un est assurément un abisme d'affaires et de procès, d'un grand domaine qui est celuy de La Fère, et d'un petit qui est celuy du duché d'Auvergne, de près de 3 00,0 00 livres de revenu sur le roy en divers droits, de toutes les terres que Vostre Eminence a à présent en Alsace, de ses gouvernemens d'Alsace, Brisach, Auvergne et Brouage, des bastimens de tout ce qui concerne Vincennes, du détail de sa maison et de son garde-meuble, et d'une infinité d'autres affaires qui surviennent à tous momens. Je ne dis point cecy pour exagérer mon travail à Vostre Érainence; au contraire, je la supplie de croire comme une vérité constante que mon inclination naturelle est tellement au travail que je reconnois tous les jours, en réexaminant en mon dedans, qu'il est impossible que mon esprit puisse soutenir l'oisiveté ou le travail modéré, en sorte que du jour où ce malheur m'arrivera dans le cours de ma vie, je n'ay pas six ans de temps à vivre ; ce qui me fait connoistre clairement que je suis obligé à Vostre Eminence de la vie, et delà vie agréable, quand elle ne m'auroit pas d'ailleurs comblé de bienfaits, et en ma personne et en celle de tous mes frères. En sorte que je connois fort bien que je suis sans comparaison plus obligé à Vostre Eminence que qui que ce soit ne le peut jamais estre; et c'est sur ce pied que je mesure aussy la reconnoissance que j'en dois avoir.

La satisfaction que ce travail mé donne ne laisse pas d'estre troublée par deux déplaisirs assez sensibles :

L'un , qu'il est appliqué sur une matière qui n'est nullement agréable à Vostre Éminence, parce que son zèle et sa chaleur pour la gloire et la grandeur du Roy et de l'Estat sont tels qu'elle croiroit leur dérober les momens qu'elle employeroit avec un peu d'application à ses affaires, joint que, quoyqu'elle connoisse mieux que qui que ce soit l'impossibilité de tarir les besoins d'un si grand Estât, son amour est tel qu'elle voudroit toujours sacrifier ce qu'elle a do biens et dVstablissemens personnels pour remédier"

htxh CORRESPONDANCE

aux moindres. En cela , comme en toute autre chose , son raisonnement est infiniment élevé au-dessus des autres hommes.

L'autre déplaisir sensible que ce travail me donne est de voir les fautes que j'y commets tous les jours, et que le défaut de temps m'empesche de conduire les affaires de Vostre Éminence avec la perfection que je devroi* et que je souhaiterois, et particulièrement par la nécessité absolue qu'il y auroit d'estre pour le moins trois ou quatre mois de l'année, soit dans ses duchés, soit dans ses principales abbayes, pour régler une infinité d'affaires qui pourroient en augmenter considérablement les revenus.

Pour suppléer à mon défaut, autant qu'il est possible, j'ay cherché fort longtemps un homme capable de bien et fidèlement exécuter toutes les résolutions que je prendrois pour l'augmentation et liquidation des revenus de Vostre Eminence. Tay trouvé le sieur Berryer l, qui est d'assez bonne naissance, qui a i,5oo,ooo livres de biens de bonne nature, fort zélé pour le service de Vostre Eminence , et très-capable de bien exécuter tou! ce que je luy ordonne. Depuis 1 655 jusqu'à présent, je luy ay fait visiter toutes les abbayes de Bourgogne, Auvergne et Normandie, où il a demeuré en chacune six semaines ou deux mois; je l'ay tenu dans le duché de Mayenne, en quatre voyages, l'espace d'une année entière; [je l'av tenu] il y a six mois à Nevers pour conduire tout ce que Vostre Eminence a approuvé que l'on y fist. A présent, il est en Bourgogne, qui travaille à assurer le recouvrement de toutes nos assignations; et je puis dire avec vérité que, depuis 1 655, il ne s'est point passé d'année que je ne luy aye fait dépenser i5,ooo livres chacune pour le service de Vostre Eminence. Cependant, comme je ne puis point fournir cette dépense, quoyque trèsnécessaire , et que j'ay esté bien ayse de mesnager à Vostre Eminence les appointemens et voyages de cet homme, je l'ay entretenu pendant tout ce temps de la connoissance que Vostre Éminence auroit de ses services, d'espérances d'un bénéfice pour un de ses enfans et de quelque establissemenl pour luy, et d'autres choses de cette nature, afin de l'exciter toujours et d'en tirer le plus d'avantages que je pourrois pour Vostre Éminence. Les choses estant en cet estât, il reçoit la lettre de l'abbé Buti dont j'envoye la copie à Vostre Éminence. A l'heure mesme il me l'envoyé, et m'écrit, tout désespéré, qu'il voit bien que Vostre Éminence ne connoîst point Ni services, et que si cela estoit, il seroit impossible qu'un homme comme l'abbé Buti, domestique de Vostre Éminence, et fort bien auprès d'elle, sur un simple rapport d'une femme (dont la réputation n'est pas trop

1 Louis Berryer. ( Voir lettre a 1 8.) On voit dans la même lettre que Colbert avait déjà fait don ner un bénéfice à un neveu de Berryer.

AVEC M AZARIN.

honiie), et dont le fondement est absolument faux, eust voulu luy écrire une lettre si désobligeante. Pour remédier à ce mal et continuer à mesnager cet esprit, j'écris la lettre que Vostre Eminence a vue, et la luy envoyé, à cachet volant, pour la faire tenir ensuite à l'abbé Buti.

Le fondement de toute cette affaire est que cet abbé connoist depuis quelque temps une femme de Luzy \ qui est du duché de Nivernois. Voulant la faire venir à Paris, il luy a proposé un mariage avec un officier du raareschal de Gramont. En partant pour s'en aller à la cour, il luy donna rendez-vous à Lyon, où il demeura deux jours avec elle. Cette femme n'estimant pas que ce mariage luy fust avantageux, et l'officier du mareschal de Gramont ayant trouvé aussy autre chose que ce qu'on luy avoit fait entendre, la femme feignit qu'on la vouloit obliger, sous le nom de Vostre Éminence, à épouser un capitaine de cavalerie, et forgea une histoire sous ce prétexte. L'abbé Buti se sentit piqué, et, pour faire connoistre qu'il avoit «ïrand crédit, écrivit cette lettre. Je sçais une partie de cette histoire par l'officier mesme du mareschal de Gramont qui me l'a dite, et je juge le reste parce que je sçais que le sieur Berner n'a jamais entendu parler de cette femme.

Je dois ajouter à ce discours que si cet abbé, en passant à Nevers, se sert du nom de Vostre Eminence, comme il a accoustumé de le faire, il donnera matière à une infinité de gens, dont il faut choquer les intérests pour retrancher les usurpations qu'ils ont faites, de résister avec bien plus de force qu'ils n'auroient fait à tout ce qu'il est nécessaire d'entreprendre pour le service de Vostre Eminence. Et en un mot, il nous gastera plus d'affaires en deux heures de temps que nous n'en pourrons restablir en six mois.

( Arch. des Iff. étr. Franc*, vol. 170, pièce 69.)

(Lettre origintle.)

Paris, 8 avril 1660.

Sur ce que Vostre Éminence m'ordonne, par son billet du 1 5 du passé, de luy faire sçavoir si mon frère et moy n'avons point d'engagement pour une chanoinie de Luçon demandée par M. Sallo 2, conseiller de la cour,

1 Chef-lieu de canton de l'arrondissement première chambre des enquêtes; fondateur du de Château-Chinon (Nièvre). Journal des Savants, dont le premier numéro

1 Denis Sallo, né en tfiaô. Conseiller à la parut le 5 janvier i665. Mort en 1669.

je dois luy dire que si mon frère estoit évesque, le plus grand honneur et la plus grande considération qu'il pust recevoir, ce seroit que Vostre Eminence eust la bonté de donner quelque bénéfice qui fust à sa collation. Mais ne l'estant point, il n'a aucun droit, et ce droit appartient au roy à cause de la régale; par conséquent, il ne nous reste qu'à rendre nos très-humbles actions de grâces à Vostre Éminence, avec le respect que nous devons , de la lettre qu'il luy a plu m'écrire à ce sujet.

Après avoir rendu un million de grâces à Vostre Éminence de la bonté qu'elle a de donner l'évesché de Luçon à mon frère, luy protestant une éternelle reconnoissance accompagnée d'un amour et d'un zèle très-ardens pour sa gloire et d'un abandonnement entier pour, ce qui concernera ses intérests et ceux de sa maison, reconnoissant que nous ne pouvons jamais rien faire qui mérite la moindre marque de ses bontés dont nous avons reçu et recevons tous les jours des effets qui surpassent infiniment toutes nos espérances, je ne cesscray de la supplier très-humblement et avec tout le respect que je luy dois d'avoir encore cette bonté pour nous de souffrir nos défauts et d'y compatir comme elle a la bonté de faire si souvent, et qu'elle a si heureusement pratiqué, pour le salut de l'Es ta t, envers ceux qu'elle honore de quelque affection particulière. Sur ce fondement, j'oseray appeler de sa bonté à sa bonté mesme de la résolution de charger cet évesché d'une pension ; et , "après avoir protesté que nous ne pouvons mériter la seule dignité d'évesque , encore moins accompagnée de quelque petit revenu que ce soit, et encore moins d'un revenu assez considérable comme celuy-là , j'oseray néanmoins luy représenter, avec le respect et la soumission que je dois :

Qu'il y a -deux ans entiers, j'eus l'honneur de demandera Vostre Eminence la grâce de la coadjutorerie , à la sollicitation du défunt évesque; que Vostre Éminence eut la bonté de me dire qu'elle me l'accorderoit volontiers, mais que cela luy pourroit attirer sur les bras quantité d'évesque* qui demanderoient la mesme grâce. Depuis ce temps, je n'en ay point ouvert la bouche et m'employay seulement à empescher que l'évesque n'en parlast à qui que ce soit, afin que cette demande demeurast secrète, comme cela réussit.

Qu'il y a quinze mois, M. de Rodez" ayant demandé la mesme coadjutorerie, Vostre Éminence luy dit qu'elle l'avoit promise à mon frère, en sorte que ledit sieur de Rodez rendit cette grâce si publique que nous ne pusmes jamais empescher que tout le monde ne nous en fist compliment. Et quoyqu'il y eust beaucoup d'apparence que Vostre Éminence voulut

1 Hardouin de PvreTue. (Voir totlre I&8.)

AVEC MAZARIN. khi

nous Taccorder dans ce temps-là , et raesme qu'il n'y eusl aucune conséquence à craindre puisque aucun évesque ne se servit de cette déclaration publique pour demander la mesme chose, néanmoins je me retins dans le silence, et j'y serois encore si Vostre Éminence n'eust eu la bonté de m'en parler à Aix.

Que lorsque M. de Rodez demanda la coadjutorerie pour luy, Vostre Eminence me dit qu elle destinoit l'évesché de La Rochelle pour mon frère. Luy ayant représenté que j'avois pensé à l'évesché de Luçon, à cause de son revenu modique, et que celuy de La Rochelle estoit trop fort pour luy, Vostre Éminence approuva ma raison et me dit qu'on pourroit mettre une pension sur celuy de La Rochelle, en sorte que cela me fit connoistre que Vostre Éminence estimoit celuy de Luçon de sa portée.

Que cet évesché n'est affermé que 18,000 livres; et quoyqu'on dise qu'il augmentera, néanmoins il n'y a guère d'apparence de fonder une diminution assurée du plus liquide d'un revenu si modique sur une augmentation dont on n'a aucune connoissance certaine.

Qu'en effet ledit évesché ne passe, dans l'opinion commune, que pour 1 8,000 livres de revenu; et s'il paroist, dans le monde, que Vostre Éminence ne nous a pas estimés dignes de la grâce entière, il ne se peut que cela ne fasse un mauvais effet contre nous; et quoyque cette raison ne soit pas de grand poids à l'égard de Vostre Eminence, j'espère néanmoins qu'elle voudra bien la considérer avec les autres.

Pour ce qui est de la décharge de cette pension , que Vostre Eminence me fait espérer dans peu, je la supplie de me permettre de luy dire qu'elle eut la bonté de me promettre la mesme chose pour mon remboursement des 18,000 livresque je donnay lorsqu'elle accorda la lieutenance aux gardes à mon frère, et que depuis ce temps-là je ne luy en ay pas ouvert la bouche. Et si Vostre Éminence veut faire réflexion sur ma petite conduite, elle trouvera que si la pension est créée, elle n'en entendra jamais parler, et que l'évesché et l'évesque en seront chargés tant que les pensionnaires vivront.

Quant à la conséquence que Vostre Eminence pourroit craindre ou qu'elle veut confirmer en ma personne , il me semble que Vostre Éminence n'a guère accoustumé de mettre des pensions sur des éveschés de si modique revenu, joint qu'il me semble que ceux qu'elle favorise de ses grâces auroient peine de pouvoir m'alléguer pour exemple, quoiqu'ils ayent tous beaucoup de mérite et tesmoigné leur fidélité au service du roy et leur zèle pour Vostre Éminence en quelques occasions. En quoy je suis fortifié par l'exemple, n'y ayant eu aucun évesque qui se soit servy de la déclara-

hhS CORRESPONDANCE

lion publique que Vostre Eminence fit à M. de Rodez d'avoir accordé à mon frère la coadjutorerie de cet évesché , pour obtenir la mesme grâce.

Enfin, Monseigneur, Vostre Eminence a fait jusqu'à présent ma fortune et celle de toute ma famille. Quand elle en demeureroit là, nous ne pourrons jamais porter nos services ni nostre reconnoissance à l'égal de ses bienfaits; et, pour comble, je la supplie de me pardonner la liberté que j'ay prise de luy représenter mes foibles raisons.

(Areb. dc«Aff. étr. Frann, roi. 170, pièce 65.>

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