A CHARLES COLBERT, A VIENNE
(Lettre antographe.)
J( De... (î), ih avril 1660.
Je suis surpris que vous n'eussiez p«i ît encore eu vostre première audience lorsque vous avez écrit vostre lex du ao mars. Vous aurez trouvé les ministres de l'Empereur bien con >és en la résolution de ne point cesser l'action des armes contre la Suè* depuis la mort du Roy [Charles- Gustave]. Vous devez agir avec le marqui: 5 Las Fuentes2 comme estant bien et sincèrement intentionné; mais il faut presser une réponse définitive de l'Empereur, et, dans tous vos discours, relever la puissance du Roy, la bonté, le grand nombre de ses troupes. Et surtout, je vous prie de bien considérer que la principale partie d'un ambassadeur ou envoyé consiste à s'insinuer dans les bonnes grâces du prince vers lequel il est envoyé et de ses ministres , et que l'on peut tirer assurément une infinité d'avantages de celte maxime, pourvu que la sçachiez bien mettre en pratique.
Vous sçavez que toute l'Europe croyoit, encore que Son Eminence eust fait la paix, qu'elle ne la vouloit point; et la raison que l'on en alléguoit est que la guerre luy est nécessaire pour se maintenir dans l'opinion du Roy et pour avoir de l'argent. Après cela » il y a des gens qui allèguent cette mesme raison pour persuader que Son Eminence ne veut point la paix en Allemagne. Il est bon que quelquefois vous fassiez entrer cette matière dans vos entretiens avec le marquis de Las Fuentes et que vous luy fassiez bien connoistre la sincérité des intentions de Son Eminence sur ce sujet (la connoissance que le Roy a de ses services; combien Sa Majesté
1 II y était arrivé le 1 U mare. H devait ensuite aller en Prusse pour raccommodement d'une affaire concernant la Pologne et la Suède. {Gazette de France, 1660.)
1 Le marquis de Las Fuentes était «lors ambassadeur d'Espagne à Vienne; plus tard, en 1669 , il fut nommé ambassadeur de la même cour en France.
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est contente de l'amitié qu'il tesmoigne à Son Eminence), et mesme en toutes ses autres actions. Enfin , il est bon que vous estendiez toutes les autres raisons que vous sçavez pour faire connoistre que l'establisseinent «le la paix dans toute l'Europe est avantageux et glorieux à Son Eminonce.
(Bibl. Imp. Mm. Balute, Papiers de, Armoire» , roi. 178, fol. o«.)
(Lettre «ntograpue. )
Blois, su avril 1660.
Je suis party de Paris hier matin et fais estât d'arriver à Bayonne le 'i du mois prochain. J'ay tout lit i d'espérer que le 1 o ou le 1 9 , au plus tard, tout 1 équipage de Vostre * '.linence y arrivera, ayant laissé le carrosse et les couvertures de mir* assez avancés pour n'en pouvoir presque douter. •'
Je dois dire à Vostre Émi*> e une chose qui me fait beaucoup de peine et à laquelle je ne puis j sque trouver de remède, quelque soin et application que j'y prenne : c'est qu'il se perd une furieuse quantité de vaisselle d'argent dans le service de Vostre Eminence, particulièrement depuis deux ou trois mois, et que cela ne se peut faire qu'il n'y ayt un voleur domestique que je ne puis découvrir sans une application personnelle. J'avoue que c'est à présent une des choses qui me donnent le plus de peine et d'inquiétude.
( Arrh. des Aff. étr. friture, vol. 170, pièce 76.)
( Lettre Autographe. )
Paru, 1 1 juillet 1660.
J'arrivay hier en cette ville, et je commence à me débarrasser de toutes les visites et des affaires les plus pressées pour m'appliquer ensuite tout de bon à ce qui concerne le duché de Nevers, qui a esté assurément trop longtemps abandonné. J'ay informé Vostre Eminence d'une poursuite que je faisois faire pour découvrir la mort d'un gentilhomme de ce duché que je soupçonnois de s'estre pendu; à présent, je crois en avoir la preuve claire. C'est ce qui oblige le sieur Figeau, qui a intérest dans la succession, à
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aller trouver M. le Prince en poste pour faire demander par son moyen à Vostre Éminence cette confiscation mais comme j'ay informé Vostre Éniinence de ce dessein, dès il y a longtemps, je ne doute point qu'elle ne refuse cette grâce. Toutefois, si elle avoit peine d'avouer qu'elle voulust tirer cette confiscation à son profil, je la supplie de dire qu'elle me l'a accordée: de cette sorte ? je crois que nous éviterons toute contestation, et j'espère que le succès de cette affaire donnera 1 oo ou 1 q 0,000 livres de profit à Vostre Eminence, en terres nobles, dont je pourray me servir pour éteindre une bonne partie des fondations faites aux Minimes, Jésuites et autres, qui sont payées sur les plus clairs deniers des revenus du duché.
Vostre Eminence se souviendra, s'il luy plaist, qu'elle a accordé la chanoinie et maistrisc d'école de Bayeux , qui vaque, à un docteur de Sorbonne pour lequel je luy ay parlé.
(Areh. des AIT. étr. France, vol. 170. pièce 100.)
(beUrenntographe.)
Paris, i3 juillet 1660.
J'ay fait partir ce matin de la mesnagerie de Vincennes le contenu au mémoire cy-joint. J'espère pouvoir envoyer toutes les semaines une voiturr pareille; et si Vostre Éminence désire plus souvent des fruits, en mêle faisant sçavoir, j'en enverray, tous les trois jours, une bonne quantité. Mais je suis obligé de luy dire avec douleur que, quelque dépense que nous ayons faite dans le jardin de Vincennes, il n'y croistpas un fruit qui mérite d'estre présenté à Vostre Eminence, en sorte que tous ceux qui ont esté envoyés les années passées au Roy, à la Reyne mère et à Vostre Eminence ont esté achetés à la halle. Ce misérable terrain est tellement ingrat que. quelque dépense que l'on fasse pour l'engraisser, il est impossible d'y réussir.
Je visitav hier tous les bastimens et donnav tous les ordres nécessaires pour les avancer le plus qu'il se pourra, jusqu'à l'arrivée de Vostre Eminence. Quovque je les aye trouvés en assez bon estât, ils ne sont pas néan-
1 D'après l'ancienne législation, les biens des suicides faisaient retour soit au roi, soit au seigneur du lieu; ceux des condamnés à mort revenaient au roi , par droit d'aubaine. La collection Frffwvdes Affaires étrangères contient un
grand nombre de Rolle» de plactt» prêtent™ <in roy sur lesquels figurent des propositions, toujours accueillies, de laisser aiu familles les biens qui, par suite de suicide 011 de condamnation capitale, auraient dA faire retour au roi.
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moins tant avancés que je le crovois. Ce qui est bon, c'est qu'il n'y a nulle maladie, comme les années passées, ce que j'attribue au remplissage des fossés que j'ay fait faire de trois pieds de haut seulement.
Je supplie Vostre Éminence de m'avertir trois ou quatre jours avant qu'elle vienne en cette ville, afin que je puisse faire tendre son palais. Sur ce sujet, je dois l'avertir que, n'ayant aucun lieu assez spacieux pour ranger tout ce qui est revenu de Saint-Jean-de-Luz, tant pour le Roy que pour Vostre Éminence, je suis obligé de me servir de l'appartement bas de son palais, dont par conséquent elle ne pourra se servir jusqu'à ce que le tout soit distribué, à moins qu'elle ne donne un ordre contraire.
( Arch. rtW AIT. Hr. France, vol. 70, pièce 103. )
< Lettre autographe. )
Paris, H) juillet t66o.
Je me sers de la permission que Vostre Eminence a eu la bonté de me donner de luv déclarer mes besoins, et de la grâce qu'elle m'a faite de nie promettre de me refuser nettement ceux qui luy pourroient donner ou faire la moindre peine, pour luy demander la grâce de pouvoir me défaire de la charge que je tiens de ses bienfaits1. Vostre Eminence me la peut accorder de deux manières : l'une, en me permettant de tirer 5oo,ooo livres dont le sieur Brisacier m'a fait faire offre; l'autre, en choisissant une personne qui puisse bien servir le Roy et Vostre Éminence, et la luy donnant, ou par pure gratification, ou pour une récompense proportionnée à la considération que Vostre Éminence auroit pour sa personne et au service qu'elle auroit à rendre.
Je commis l'avantage que ma famille recevroit de la première manière, mais j'avoue à Vostre Éminence que mon esprit se laisseroit flatter davantage de la seconde, parce que Vostre Éminence n'ayant jamais rien demandé de semblable à personne, je recevrois le plaisir de me voir distingué de tous les autres, qui est la seule chose à laquelle je souhaite ardemment de parvenir et dont l'espérance seule me peut flatter et redoubler les forces de mon esprit pour mieux servir Vostre Éminence. 11 me semble de plus que si Vostre Éminence en usoit de cette sorte, ce seroit une preuve qu'elle
1 11 s'agissait de la charge de secrétaire de* commandements de la reine, que Colbert vendit plus tard à Rrisacier. (Voir la lettre 199,
du 16 juin i65g, à laquelle il paraîtrait, s'il faut en juger par celle-ci , que Mazarin n'avait pas répondu. )
commencerait à me connoistre, àquoyje ne crois pas eslre parvenu depui> près de onze ans que j'av l'honneur de la servir, la pouvant assurer que je n'ay jamais rien demandé, obtenu, ni mesme souhaité pour ma fortune particulière que je n'eusse abandonné avec joye pour une petite marque que mes services donnoient quelque satisfaction à Vostre Eminence ou luy espargnoient quelque peine. En un mot, le plus ardent de mes souhaits est que Vostre Éminence me mette à quelque épreuve secrète et qui nie soit inconnue , qui puisse luy faire connoistre les véritables sentimens de mon cœur sur ce qui regarde sa personne et sa fortune, et combien le plaisir d'une grande élévation de fortune, et pour moy et pour toute ma famille, seroit peu proportionné dans mon esprit à celuy de me satisfaire moy-mesme dans le service de Vostre Éminence, estant très-assuré que si j'estois satisfait. Vostre Éminence le seroit aussy. Quelque effort que je fasse, je ne puis pas exprimer ce que mon cœur pense sur cette matière.
Je ne puis pas m'empeseber de demander encore à Vostre Eminence une chose que, s'il estoit permis de capituler avec son maistre, je luy demanderois : qu'elle voulust bien me donner une heure d'audience toutes les semaines, c'est-à-dire à peu près le mesme temps qu'elle a la bonté de nie donner pour faire réponse à mes lettres, quand je suis absent, et dans cette heure, me donner tous ses ordres et ses résolutions sur mes demandes, et me retrancher par conséquent tout le reste du temps que je consomme bien souvent inutilement auprès d'elle. Avec cet ordre, si Vostre Eminence le trouve bon, je suis capable d'entreprendre deux fois plus de travail que je n'en fais pour l'ordinaire.
La fièvre a quitté cette nuit M. de Mancini, et il a assez bien reposé. C'est une fièvre tierce réglée; les médecins espèrent qu'il en sera quitte pour cinq ou sept accès.
(Arcli. des AIT. élr. France, vol. 170, pièce io4.)