IV. — LE PÈRE PAULIN2 A M AZARIN
Ce jour de Noël [ ».*» décembre 1 65a. ]
Monseigneur, c'est avec joye que la présente est donnée à M. de l'Estrades 3 que je reconnois comme homme de bien , d'honneur et de haute réputation icy parmy tous les plus sages de l'Estat. Vostre Eminence peut répondre de sa fidélité'. Je répute à bonheur pour moy de l'avoir pour amy.
Je ne doute point qu'il ne porte à Vostre Eminence beaucoup de particularités d'icy touchant la détention de M. le cardinal de Retz. J'estois présent lorsque le Roy en donna le commandement, en présence mesme dudit seigneur cardinal, ce que Sa Majesté conduisit avec tant de sagesse qu'il est très-malaysé de le dire; seulement avanceray-je ce mot, qu'il n'y a jamais eu
1 Nous ne nous hasarderons pas à désigner 1 Le père Charles Paulin, jésuite, eon-
les Mies dames que Le Telher qualifiait si bru fesseur du roi. Mort le ta avril i653. talement. Nous laissons au lecteur le soin de 3 II s'agit sans doute du comte d'Rslrades.
,n«»llre les noms. (Voir lettre M.)
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politique plus rafliné qui l'eust pu si bien faire. J'estais auprès dudit seigneur cardinal, je luy faisois admirer ta bonté" du Roy et sa grandeur; je me ronjouissnis de plus de ce qu'il faisoit si bien sa cour. Le Roy s'approcha de tous deux et nous parla de comédie qu'il avoit en teste , en parla tout haut à M. de Villequier1, puis, comme en riant, s'approcha de son oreille (et ce fut le moment de son commandement), s'en retira tout aussytost, et, comme s'il l'eost entretenu de comédie : * Surtout, luy dit-il tout haut, qu'il n'y ayt personne sur le théâtre.» Cela dit, je priay le Roy d'aller à la messe, qu'il estait mîdy. Il y alla de ce pas. Sur le milieu de la messe, M. de Villequier luy vint rendre compte de l'exécution , tout bas à l'oreille. Et comme j'estais seul ce jour-là auprès du Roy, il se tourna vers moy et me dit: * C'est que j'arreste icy le cardinal de Retz. » Je croyois que le Roy avoit peur de le faire trop attendre sans luy parler. Je repartis : «Sire, Vostre Majesté n'a qu'à entendre le reste de la messe; M. le cardinal de Retz patientera bien.» — <rCe n'est pas cela, me dit le Roy; c'est que je l'ay fait arrester céans prisonnier.» En vérité, Monseigneur, je fus bien surpris. 0 Dieu ! que je fus surpris ! et dis au Roy : -Sans doute, Sire, il ne s'y attendoit pas.» Que dit Vostre Eminence de celte sagesse? La Rcync est très-satisfaite du Roy, et le Roy est tel qu'il doit estre pour la Revne sa mère. Elle régnera heureusement, s'il plaisl à Dieu, avec son tils. Cette vigueur du lils étonne et surprend tout le monde. Il se conserve pour Vostre Eminence. Il prie tous les jours Dieu pour elle, et au lit, et à son oratoire, et à la messe; cela est réglé. C'est aujourd'huy qu'il m'a dit que jamais il ne s'en dédiroit et qu'il aimeroit sans fin la Reyne et Vostre Eminence. Il a communié à la messe de minuit avec beaucoup de dévotion et de sentiment de Dieu. Sans doute, Dieu conduit le Roy par des voyes singulières.
Le cardinal Grimaldi a voulu étonner la Reyne sur la détention du cardinal de Retz, mais elle s'en est très-bien défaite; et, comme j'ay dit à Sa Majesté : «Le pape a-t-il quelque droit sur le temporel des rois? Quoy donc, un cardinal brouillon pourra perdre un Estât avec impunité! Le pape estant en France ne s'en défendroit pas luy-mesme.» J'assure Vostre Eminence que tout est icy bien calme, et que le peuple de Paris est très-consolé de la prison de son coadjuteur qui a esté trop et trop indomptable aux grandes oflres et bienfaits de Sa Majesté.
Je suis toujours dans les éternels sentimens des obligations que j'av à Vostre Eminence. Le Roy et la Reyne me permettent d'estre auprès de Leurs Majestés, avec des bontés inouïes. Je sçais à qui j'en ay l'obligatiou première. C'est à Vostre Eminence , de qui je suis, Monseigneur, le très-dévoué serviteur.
Ch. Pallis.
( Arcb. des AIT. élr. tramer . vol. iU . pi«e i*7 >
1 Antoine d1 Aumonl, marquis de Villequier, dont il a été question, lettre 8. Cette même lettre mentionne «on 01», Loui«-Marie d'Au-
monl, également marquis de Villequier.
lui-ci , né en 1 638 , mourut en 1 70S.
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(lettre autoRraphe.)
San» claie.
Monseigneur, ce petit mot à part est un résultat de toute la lumière que jay pu prendre touchant le retour de Vostre Èminence dans Paris, que je soumet» à celles quelle voudra préférer, (assurant de telle fidélité et soumission à son service que je mestimeray heureux quand, par ma destruction totale, je pourray contribuer d'un seul point à son élévation.
Si Vohtre Éminence rentre dans Paris en plein jour, avec son escorte ordinaire et celle de ses amis, elle y sera reçue autant bien qu'un ange du ciel. Le peuple espère d'elle tout bien, toute bonne fortune, son salut. Benedictm (fui venit in nomme Domini et Régis.
Je suis le deruierdes hommes, et de Vostre Eminence, Monseigneur, le plus dévoué et obligé serviteur.
Ch. P ai lin.
( An*, des AIT. étr. Fronce , vol. i5o, pièce 7(i.|
\ Lettre antoj»raphe. — Écriture altérée par In maladie. )
Sans date. [Commenccmenl d'avril l653.]
Monseigneur, comme j'ay vécu, je meurs tout vostre. Je prends la liberté de recommander à Vostre Eminence nostre Compagnie qui ne luy manquera jamais de fidélité ni de respect. Si elle désire mettre en ma place mon corn pagnon1, elle rencontrera en sa personne la suffisance, la probité et une fidélité sans exemple.
Le Roy croist en sagesse et en dissimulation. Vostre Éminence permettra à son fidèle serviteur mourant de luy dire qu elle ne doit approcher de Sa Majesté que ses créatures assurées.
MM. les évesques de Rodez -2 et de Glandcve3 seront mieux à leurs éveschés qu'à la cour. Ceux de Coutances* et d'Avranches5sonlà vous, et très-prononcés.
M. l'abbé d'Aisnay6 n'a aucune qualité pour Lyon. La politique chrétienne et mondaine sont contraires à cet establissement.
Dieu vous fasse prospérer; c'est le vœu de celuy qui est jusqu'à la fin, Monseigneur, de Vostre Eminence, le très-dévoué et fidèle serviteur,
Le 5 de ma fièvre. Ch. Paulin.
(Arrb. de. AIT. étr. Fram*, voL i5o, pièce toh.)
1 Sans doute le père Annal, dont il est question dans d'autres lettres du P. Paulin. T'est lui qui fut nommé. ( Voir lettre i «3. )
* Hardouin de Péréfixe. (Voir lettre 1 43.)
1 Jean-Dominique Ithier, évéque de Glandève (Provence), de i653 à septembre 1679.
> Claude Auvry. (Voir lettre i43.)
* Gabriel Boislève, évèque d'Avranchcs.dii 98 avril i65a au 3 décembre 1667.
♦ Camille de Neuville de Villeroy. (Voir lettre 5o. )
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