‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 85 sur 108 · XVII. - MÉMOIRE · texte numérisé non relu

XVII. - MÉMOIRE

DONT LB ROY MESMB DICTA LA SUBSTANCE AU SIKUR BOSB , SECBETAIRB DE SON CABINET , RT BELUT TOUS LBS ARTICLES, APRES LES AVOIR FAIT ESTENDRB Kfi SA PRESENCE EN LA FORME CY-DESSOUS :

Paris, au dmsteau du Louvre, le 9 mars 1661 .

fM. le Cardinal sentant approcher sa fin , et désirant se débarrasser de toute*, les affaires du monde pour vaquer ensuite tout entier aux pensées de l'éternité, donna ses derniers moniens de la vie temporelle à l'amour qu'il a toujours eu pour le bien de mon Estai et pour ma gloire particulière. Et, dans ce sentiment, il me laissa plusieurs avis très-importans , et entre autres ceux qui suivent, que j'ay recueillis le mieux que j'ay pu.

f Premièrement, de maintenir l'Église dans tous ses droite, immunités et privilèges, comme en estant le fils aisné, sans permettre qu'ils soyent affaiblis sous quelque prétexte que ce puisse eslrc; que j'y estois obligé en conscience; comme aussy, de bien prendre garde que ceux à qui je donnerais des bénéfices eussent la capacité, la piété, et les autres qualités requises pour les remplir dignement, et surtout qu'ils soyent bien intentionnés pour mon service et pour le repos de cet Estât, ajoutant que je devois tenir la main à ce que le luxe ne se glissasl parmy eux; et qu'au surplus, ils ne fissent rien d'indigne de leur professiou, ni de leur caractère.

«A l'égard de la noblesse, que c'estoit mon bras droit, que j'en devois l'aire cas, et la traiter avec confiance et bonté en tous rencontres.

«Que pour la magistrature, il estoit juste de la faire honorer, mais qu'il estoit très-important d'empescher que ceux de cette profession ne s'émancipent , et de les obliger de se tenir dans les bornes de leur devoir sans songer à autra chose qu'à rendre également à tous mes sujets la justice que je leur ay déposée.

« Que, par tous les devoirs d'un bon roy, j'estois obligé de soulager mon peuple, non-seulement sur la taille, mais aussy sur toutes les autres impositions de quelque nature qu'elles soyent , autant néanmoins que le pourroient permettre les dépenses nécessaires et indispensables pour la conservation générale de l'Estat, dans laquelle se rencontre la leur particulière.

k Que j'avois auprès de ma personne des serviteurs fort capables et d'une en tière fidélité. Que c'estoit à moy à discerner à quoy chacun d'eux est propre, pour les employer selon leurs talcns.

<rQue je devois bien prendre garde que chacun soit persuadé que je suis le inaislre; qu'on ne doit attendre les grâces que de moy seul; et surtout ne les distribuer qu'à ceux qui les méritent par leurs services, par leur capacité, et' par leur attachement à ma seule personne.

« Que je devois avoir soin que tous ceux de mon Conseil vivent en bonne intelligence entre eux, de peur que leur division ne préjudicie à mon service;

536 APPENDICE

entendre leurs avis sur les occurrences; chercher toujours le meilleur partv parmy leurs différentes opinions; prendre ma résolution de moy-mesme, et après cela, la soutenir hautement, sans permettre qu'il soit donné la moindre atteinte à mon autorité.

wQue si quelqu'un de ceux que j'employe dans mes affaires estoit assez malheureux pour rien entreprendre sans mon ordre, il falloit absolument l'éloigner de moy, comme indigne de me servir.

« Que je ne devois souffrir aucun scandale dans ma cour, ni tolérer le libertinage; que j'y estois obligé selon Dieu , et que mesme selon le monde il y alloit de mon honneur; et qu'il estoit bon que chacun sçus* que, sur cette matière, je serais sévère au dernier point et n'excepterais personne.*

(Le Roy, par de certaines intrigues, cessa de dicter la suite de ce mémoire.)

( NU. do Sainte-C.encviovc , Mss. Uttrt* de Louis XIV. I, L. F. 17, p. 1199. )

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