‹ Lettres intimes - 1842-1845 - Précédées de Ma soeur HenrietteChapitre 16 sur 23 · I.BTTRBS IMTIMB8 SSq · texte numérisé non relu

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«nous avons formée; de deux choses l'une : ou bien le voyage d'Italie se prolongera jusqu'en France, cl alors ce sera Ion voyage de retour; car compte bien ne jamais nous quitter. Ou bien il se bornera à Tllalie, et alors tu diras adieu aux Zamoyski dans ce beau pays, et tu nous viendras au printemps prochain. Entends-tu, chère amie? Ceci est arrêté, immuable, sans appel. Dis donc un adieu étemel aux lieux que tu parcours, et livre- toi à cette délicieuse impression qui doit accompagner le retour de l'exil.

J'imagine tout ce que ton dévouement pourra objecter contre notre résolution commune. Oh ! que ne puis-je te convaincre, comme je suis convaincu moi-même, que c'est en vertu même de ce dévouement que tu dois nous revenir et nous rester. 11 est évident que ta santé n'y résisterait pas; or, ma pauvre amie, que serais-je sans toi I O Dieu, cette pensée me fait horreur : elle s'empara de mon imagination au moment où je lisais le mot fatal de mademoiselle Ulliac, et je n oublierai jamais Taffreux cauchemar que j'éprouvai. Henriette, que serais-je sans toi, et à présent.

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et dans Tavenir surtout? Je te déclare qu'à rinstant où je ne t'aurai plus, je renonce à tout intérêt ù la vie; elle devient pour moi décolorée, sans nerf et sans ressort, je me suicide en un mot pour la société. Mon Dieu! que de fois j'en ai eu la tentation ; mais ton souvenir me sauvait et me faisait prendre la vie en estime et en affection. Je deviendrais égoïste, chère amie, égoïste d'une manière affreuse; ah! sauve-moi de ce malheur. Réfléchis à cela, bonne Henriette; songe que ma vie est attachée à la tienne, et tu seras convaincue que la première marque par laquelle tu peux me témoigner ton affection , c'est de le conserver pour moi.

Opposerais-tu notre état financier .^^ Amie, laisse-moi te combattre encore sur ce point. D'abord, je ne m'imaginerai jamais que ces grands seigneurs te laissent partir les mains vides et sans ressource pour l'avenir ; ce serait inouï. Et moi, chère amie, si dès la première année je suis au pair, il n'est pas probable que j'aille par la suite en rétrogradant, surtout quand j'aurai mes grades. Un licencié ne peut manquer de trouver des places forl

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avantageuses, au moins comme expectative. J'ai déjh de fort bonnes connaissances dans les classes, qui peuvent m'élre les plus utiles : MM. Julien, Qualremère , Galeron, Guihal, me témoignent beaucoup d'intérêt. C'est par M. Galeron que je suis arrivé à la place que j'occupe; M. Guibal m'a tout promis, quand j'aurai ma licence ; et puis , chère amie, j*ai des projets dont je te parlerai. Enfm, j'espère bien que désormais je pourrai au moins me suffire, et que dans un couple d'années, je pourrai rapporter à mon tour au fond commun. Tout ceci sans préjudice de mon avenir et sans suicide intellectuel.

D'ailleurs, chère Henriette, j'imagine bien qu'il ne serait guère dans tes goûts ni dans tes intentions de te condamner à l'oisiveté après ton retour. Mademoiselle UUiac m'a parlé de plusieurs projets, tous plus beaux les uns que les autres. Il n'y en a qu'un seul qui m'ait fort peu souri : c'est celui du pensionnat. Aussi m'a-t-elle dit qu'il était fort peu probable. Au nom du ciel, délivre-nous de celte engeance. Elle m'a parlé de cours publics a donner à des jeunes personnes ; c'est magni-

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fiquc, chère Ilcnriclle; d'un journal, également pour les jeunes personnes ; encore phis beau. Mademoiselle Ulliac a un nom, des connaissances, tout ce qu'il faut en un mol pour bien entamer une affaire. Elle me parlait de tout cela avec un enthousiasme à ravir; seulement, son lienriettc était nécessaire à tout; sans elle rien ne pouvait se faire. Reviens, chère amie; je te donnerai des matériaux tant que tu voudras, du grec, de Tallemand, du latin, de l'hébreu, de la philosophie, de la philologie, de la théologie même au besoin; je t'abandonne la propriété de tous mes travaux; seulement, reviens. C'est là mon delenda Carthago, Ce sera la péroraison de toutes mes lettres, jusqu'à ce que j'aie réussi à te convaincre.

Oh I je n'oublierai jamais ce soir du a novembre où mademoiselle Ulliac m'a ouvert les yeux. O mon Henriette, que tu as souffert I Et à Paris... elle me racontait tout cela, et moi, je tombais de surprise. Nos soins seuls, bonne amie, peuvent te remettre des peines que ki as endurées pour nous. Nous la dorhieronB, disait cette cxccUenlc amie. Oui, oui, chère

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Henrieiie, il est tempe que ce cœur si aimant se voie ei^uré de cœurs qui lui réfomémA;

il est temps que ce corps alTaibll par les sacrifioes reçoive les soins de ceux pour qui il a Uni souffert. — Autre raison, chcrcamic, qui depuis loBgtemps me préoccupe, et sur laquelle aussi mademoiselle Uiliac insistait beaucoup. C'est l'état politico-religieux de celle Pologne. Je ne pouvais t'en parler tandis que tu y étais; mais combien de fois j'ai frissonné enlisant les journaux, et songeant que mon Henriette était là ! Tu comprends sans que j*en dise davantage. Y retourne qui veut, mais une Française n'y peut plus revenir.

Je reviens aux considérations financières; car là, je le crains, sera le fort du conibat. Mais serions -nous obligés durant quelque temps de subvenir péniblement au présent, 1 avenir compenserait. Mademoiselle Uiliac parait ne manquer de rien, excepté de fonds. Ek bien î faudrait-il pour commencer l'exécution des projets communs, vendre notre petit patrimoine, qui empêcherait? Nos deux parts réunies feraient encore quelque chose, et maman le verrait avec plaisir, si elle pouvait

y voir un acheminement à Ion établissement parmi nous. C'est là sa pensée dominante, et je te dirai par la suite tous les plans qu'elle a formés pour la réaliser. Et puis, chère Henriette, Alain nous aime et nous rendrait au moins des services. — Allons, bonne amie, laisse-toi aller k envisager l'avenir sous des couleurs moins sombres. Ne faut-il pas aussi se confier un peu dans celui qui gouverne ce monde, et qu'on nous a appris à appeler un père : « Considérez les oiseaux des cieux ; ils ne sèment, ni ne moissonnent, et votre père céleste leur donne la pâture. Considérez les lys des champs; ils ne travaillent ni ne filent, et pourtant, je vous le dis, Salomon dans toute sa gloire n'était pas vêtu comme l'un d'eux. Que si Dieu prend ce soin d'un peu d'herbe qui demain sera jetée au feu, combien plus de vous-mêmes, gens de peu de foi I D D'ailleurs, je le répète, chère amie, car c'est ici la raison solide et positive : songe qu'il s'agit de ta vie, et par conséquent de la mienne.

Je ne te parlerai point encore cette fois, chère amie, de mes projets ultérieurs, non plu»

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