INTIMES
giies formalilés qui ne 8onl plus qu'enhuvcuscs. J'attends de jour en jour l'ordre de passer mon examen.
C'esl encore Ion bon ange, cluTe amie, qui m'a guidé dans celle aflaire ; j'ai trouvé au ministère un excellent homme, M. Soulice, qui a conservé de loi un souvenir fort afTcctueux. Mademoiselle UUiac m'a adressé à lu ol il m'a rendu plusieurs services importants. Sans lui, j'eusse été prodigieusement retarde, et maintenant il est impossible que les plus longs délais dépassent le premier janvier. Du reste, ma préparation est depuis longtemps achevée et m'a coûté assez peu de travail.
Voici mon adresse exacte : rue des Deux-* Eglises, 8.
Quant à mes travaux, bonne Henriette, je l'en réserve le détail à ma prochaine lettre : celle-ci a déjà atteint un volume menaçant. Je suis très régulièrement les cours de la Faculté des lettres à la Sorbonne, et ceux du Collège di France qui cadrent avec mon but actuel. Les cours de la Sorbonne ont cette année un intérêt et une activité toute nouvelle, la presse quotidienne ayant attiré sur eux l'attention
publique qui s'en était un instant écarlée. D'ailleurs, un contre-coup est venu du Collège de France: l'interruption volontaire, mais sciemment amenée, du cours de MM. Michelel et Quinet a fait refluer sur la Sorbonne la classe remuante et tapageuse du peuple étudiant, ceux qui vont à un cours pour battre des mains, frapper des pieds et pousser des cris.
Si la Sorbonne y a gagne des auditeurs, elle n'y a pas gagné beaucoup d'ordre, et elle a vu dans ses paisibles enceintes se passer des faits presque inouïs dans ses fastes. J'ai été témoin moi-même, au cours de M. Lcnormanl, d'une scène inqualifiable et indescriptible, vrai type du XIX® siècle ; un professeur remarquable par sa liberté d'esprit, quoique je sois bien loin d'adopter toutes ses opinions, interpellé, durant toute la durée de son cours, par de grossières injures et de furieuses clameurs, sans qu'on sût trop j)Ourquoi. Celait évidemment un complot formé entre les meneurs pour obliger celui-ci à quitter la cliairc, jusqu'au moment où on leur aurait rendu M. Quinet. C'était M. Quinet qu'ils lui redc-
Il 1 ^ I \ 1 I M I
mandaient à grands cris, comme .> ;* i ùl dépendu de lui de lui rendre la parole. Les journaux français, s'ils |)arvienncnl jusqu'à t i. l'auront sans doule porté le retcnlisseinent lointain de ces querelles d'école.
Mon Dieu ! ma clièrc amie, je m'endors dans ces longues causeries, et pourtant une pensée ci*uelle vient en troubler la douceur. Peut-être celle à qui je les adresse est maintenant souflranle, épuisée. Qui sait si elle pourra seulement les lire!!... Compare les dates, chère amie : aujourd'hui 1 6 décembre, et ta dernière Icllre du 28 octobre, qui semblait m'en promettre une autre dans un terme assez rapproché ! J'attends, j'attends avec impatience : l'heure du courrier est tous les jours pour moi une heure solennelle. Maman et notre frère partagent aussi mon inquiétude.
Notre bonne mère est bien, et je vois avec plaisir qu'elle trouve l'occasion de faire de petits voyages ù T^nnion et à Guingamp, lesquels senent un peu à la disiraire. Elle me croit encore à Stanislas, et je ne puis lui colorer ma sortie de cette maison que quand
j'aurai passé mon baccalauréat. Aie donc bien soin, en lui parlant de moi, de te conformer à ce point de vue. Là, chère amie, est la plaie irrémédiable, et ma pensée ne peut se tourner de ce côté sans un cruel déchirement. Il me faut beaucoup de force de volonté interne pour en faire abstraction. Notre frère me soutient cl m'encourage d'une manière toute amicale. Il a pris aussi de son côté des renseignements surTEcole normale, et me supplie d'y entrer. Je lui ai fait passer les quinze cents francs de Rothschild, lesquels m'étaient devenus complèlemcnl inutiles. En cas de besoin imprévu, il m'a ouvert un crédit chez Mallet frères. J'ai préféré ce système, qui mettra nos fonds en sûreté et les fera fructifier.
Mademoiselle Lilliac est bien ; je l'ai vue il y a peu de jours : elle attend ta lettre pour le répondre. Madame Ulliac est bien soulfrantc. Je trouve toujours en elles l)onté et afTection parfaites. Mon délassement hebdomadaire est de' endre les mercredis soir ù leurs
séanccb magnétiques, dont pourtant, il faut Ta vouer, le plus grand charme n' suite pour