‹ Lettres intimesChapitre 12 sur 19 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Jointes à cette lettre, et qui sont demeurées une de nos meilleures chansons populaires.

Charmante Gabrielle.

Percé de mille dards.

Quand la gloire m'appelle A la suite de Mars.

Cruelle départie.

Malheureux jour !

Que ne suis-je sans vie Ou sans amour !

L'amour sans nulle peine M'a, par vos doux regards, Comme un grand capitaine.

Mis sous ses étendards. Cruelle départie

• Malgré cette déclaration, on a attribué, à tort suivant nous, les vers qu'on lira plus loin à Bertaut, évêque de Séez, poëtc favori du Roi; on les chantait sur un air de noël composé par Ducauroy.

- Lapins.

286 LETTRES DE HENRI IV [l598]

Si votre nom célèbre Sur mes drapeaux brilloit.

Jusqu'au delà de l'Ebre, L'Espagne me craindroit.

Cruelle départie...,.

Je n'ai pu, dans la guerre, Qu'un royaume gaignier; Mais sur toute la terre Vos yeux doivent reignier.

Cruelle départie

Partagez ma couronne ', Le prix de ma valeur ; Je la tiens de Bellone, Tenez-là de mon cœur.

Cruelle départie

Bel astre que je quitte !

Ah ! cruel souvenir 1 Ma douleur s'en irrite.

Vous revoir ou mourir.

Cruelle départie

Je veux que mes trompettes, Mes fifres, les échos, A tous momens répètent Ces doux et tristes mots :

Cruelle départie

A Monsieur de Rosny.

1599, 12 septembre.

Mon ami, j'ai été averti que ceux qui vous veulent mal font courre un bruit, que vous faites composer par Le Luat * un livre par lequel on me conseille que pour mettre un tel ordre en mon royaume et en mes affaires et finances qu'il seroit besoin, qu'il faut que je chasse M. le connétable, M. le chancelier et ceux qui les ont ci-devant maniées, y en appelant d'autres en leur lieu, à l'imitation d'un de mes prédécesseurs, qui s'en trouva bien ; et que l'on décrit en

* Cette proposition n'était pas une façon de parler en vers : elle était fort sérieuse. Le Roi voulait obstinément épouser Gabrielle, et c'est bien probablement la cause de la mort de sa maîtresse.

^ Ecrivain du temps, que Tallemant des Réaux appelle • un fou de belles lettres, >

[la98] LETTRES DE HENRI IV 287

ce livre celui qui le lui conseilla et le poussa à ce faire, de votre humeur et façon de faire ; ce que je vous ai bien voulu mander, et vous prier de m'écrire ce qui en est ; vous en enquerrant bien particulièrement du dit Le Luat. Car ces artifices-là, desquels se pensent servir vos ennemis pour vous faire de mauvais offices seroient trop grossiers et ne le pourroient sur moi qui vous aime. Continuez seulement à me bien servir et fidèlement, et laissez parler ces gens-là, qui, lassés de médire, ne vous porteront envie que pour ce que vous ferez bien. Je vous dépêche ce laquais exprès pour ce sujet-là. Adieu. Ce 12" septembre, à Fontainebleau.

Henry.

A Gairielle d'Esirées.

1599, 12 septembre.

Mes belles amours, deux heures après l'arrivée de ce porteur, vous verrez un cavalier qui vous aime fort, que Ton appelle roi de France et de Navarre, titre certainement honorable, mais bien pénible. Celui de votre sujet est bien plus délicieux. Tous trois ensemble sont bons, à quelque sauce que l'on les puisse mettre, et n'ai résolu de les céder à personne. J'ai vu par votre lettre la hâte qu'avez d'aller à Saint-Germain. Je suis fort aise qu'aimiez bien ma sœur ; c'est un des plus assurés témoignages que vous me pouvez rendre de votre bonne grâce, que je chéris plus que ma vie, encore que je m'aime bien. C'est trop causé pour vous voir si tôt. Bonjour, mon tout. Je baise vos beaux yeux un million de fois. Ce 1 2^ septembre, de nos délicieux déserts de Fontainebleau.

28S LETTRES DE HENRI IV [IjOS]

Réponse du Roi aux députés du clergé.

IjfiP, 2!< septembre

L'archevêque de Tours, M. de la Guesle, parlant au nom du clcrp:é, venait de se plaindre au Roi des abus de toutes sortes, des usurpations et des maux qui s "étaient introduits dans 1 église de France. Le Roi lui répondit :

A la vérité, je reconnois que ce que vous m'avez dit est véritable. Je ne suis point auteur des nominations ; les maux étoient introduits auparavant que je fusse venu. Pendant la guerre, j'ai couru où le feu étoit plus allumé, pour l'étouffer ; maintenant que la paix est revenue, je ferai ce que je dois faire en temps de paix. Je sais que la Religion et la Justice sont les colonnes et fondemens de ce royaume, qui se conserve de justice et de piété'; et quand elles ne seroient, je les y voudrois établir, mais pied à pied, comme je ferai en toutes choses. Je ferai en sorte, Dieu aidant, que l'Eglise sera aussi bien qu'elle étoit il y a cent ans : j'espère en décharger ma conscience et vous donner contentement. Cela se fera petit à petit : Paris ne fut pas fait en un jour. Faites par vos bons exemples que le peuple soit autant excité à bien faire comme il en a été précédemment éloigné. Vous m'avez exhorté de mon devoir, je vous exhorte du vôtre. Faisons bien, vous et moi; allez par un chemin, et moi par l'autre ; et si nous nous rencontrons, ce sera bientôt fait. Mes prédécesseurs vous ont donné des paroles avec beaucoup d'apparat; et moi, avec jacquette grise, je vous donnerai les effets. Je n'ai qu'une jaquette grise: je suis gris par le dehors, mais tout doré au dedans '.

1 La devise de Charles IX était : deux colonnes avec les mots : Pietate et justiciû.

■■' Allusion au luxe, aux promesses non suivies d'effet et à la mauvaise administration de Henri III, qui était tout doré au dehors.

Au connétable de Montmorency .

109$', 28 septembre.

Mon compère, j'ai su par le sieur du Laurens la perte que vous avez faite', laqpielle ne nous peut être que fort sensible, pour n'être commune et avoir perdu une personne qui vous étoit si chère et qui vous le devoit être pour plusieurs occasions. Mais il se faut du tout conformer à la volonté de Dieu, et votre âge et longue expérience à souffrir toutes sortes d'afflictions vous doit servir à vous y résoudre. Je fusse allé moi-même vous consoler, et, en cette si pressante et cuisante affliction, vous rendre des témoignages certains de mon amitié et du ressentiment que j'ai de votre douleur, si demain je ne faisois mes Pâques et touchois les malades * en ce lieu, où de toutes parts il y en est tant arrivé que le nombre est de plus de quinze cents ; ce qui fait que je vous dépêche le sieur de Praslin exprès, auquel j'ai recommandé d'être ici demain de retour de bonne heure, pour, si vos amis jugent que ma présence soit nécessaire près de vous, mettre aussitôt le pied en letrier et vous aller moi-même consoler. Mais, mon compère, le ressentiment que j'ai de votre ennui ' m'ôte le pouvoir de vous le représenter : si qu'il vaut mieux que je laisse faire cet office au dit sieur de Praslin, et finisse par prier Dieu vous consoler et avoir en sa garde. Ce 28« septembre, à Monceaux.

Henry.

• La connétable de Montmorency, Louise de Budos, était morte le 20, à Chantilly.

* Les rois de France avaient le don miraculeux de guérir les écrouelles : « Dieu te guérisse, le Koi te touche, • disaient-ils.

' Tourment de l'âme, douleur.

A Mofisieur de Maulevrière.

1598, Tcrs la fin de septembre.

Monsieur Maulevrière, je plains infiniment l'ennui de mon compère, que je ressens comme si c'étoit le mien, et me réjouis encore de ce que vous êtes près de lui, pour le lui faire passer au mieux qu'il vous sera possible. Je vous commande et vous conjure, si vous maimez, que vous n'en bougiez et ne l'abandonniez en cette affliction, où je sais combien peut la présence d'un parent et bon ami tel que vous lui êtes, et auquel il ait créance. J'envoie ce laquais exprès pour savoir de ses nouvelles ; mandez m'en par lui et amplement ; et si d'aventure vous connoissez que pour lui faire passer son ennui plus aisément, et lui arracber la douletir du sein, il doive faire quelque voyage, conseillez-lui de venir ici. Je voudrois que d'ici à quelques jours vous l'amenassiez avec peu de train, afin qu'étant près de moi, je m'essaye de lui arracber la douleur de l'esprit. Son âge • lui devroit avoir appris à consoler les autres, à plus juste raison, lui-même. Bonjour, Maulevrière.

Henry.

Au connétable de Mojiimorency .

159S, 3 octobre.

Mon compère, vous avez quelque raison d'avoir de l'ennui et de ressentir votre douleur, vu que même ceux auxquels elle ne toucbe la ressentent et vous en plaignent. Mais si d'un côté elle est sensible, d'un autre vous avez avec l'âge une longue expérience pour la supporter ; et vous devriez vous-même consoler un autre, quand il en

' Le Connétable avait alors soixante-quatre ans.

seroit réduit là, et vous réserver pour encore me servir et cet Etat, sans vous laisser abandonner à la douleur, imitant en cela plutôt le courage des femmes que non d'un homme tel que vous devez être et vous montrer. C'est pourquoi, mon compère, je vous prie, et pour l'amour de moi et pour l'amour de vous-même, de vous consoler en ce que c'a été la volonté de Dieu^ à laquelle nous nous devons tous conformer. Le soin que je veux avoir de vous me fait ainsi vous parler. Que si d'ici à quelque temps, pour essayer de passer votre ennui, vous voulez me venir voir avec peu de train, croyez que vous serez le bien venu, et que je tâcherai à le vous faire passer. Faites-le donc, pour l'amour de moi, qui vous en prie de toute mon affection, et Dieu, mon compère, vous consoler. Ce 3" octobre, à Monceaux.

Henry.

A Monsieur de Grillon.

1598, 10 octobre.

Brave Grillon, vous avez oublié votre maître et vos amis; je n'en fais de même : aussi aimé-je mieux que vous ne faites. Vous saurez de mes nouvelles par le sieur de Pilles^ mais par ce mot vous serez assuré de la continuation de mon amitié. Il y a fort longtemps que l'on dit que vous venez ; mais je n'en croirai rien que je ne vous voie. A Dieu, brave Grillon. Ce 10" octobre, à Monceaux.

Henry.

A Qabrielle d'Estrées.

1598, 14 octobre.

Mon cher cœur, vous vous êtes plaint d'avoir été deux jours sans savoir de mes nouvelles; ce fut quand je cou-

chai dehors' et que je fus si malade. Encore dès que fus ici le soir, je vous écrivis un mot. Je ne me puis ravoir de mon humeur mérancolique, et crois que mardi je prendrai médecine; mais rien ne m'y servira tant que votre vue, seul remède à toutes mes tristesses. Je vous fusse allé voir dès demain, n'étoit les extrêmes affaires que j'ai avec mon conseil* sur l'état* de l'année qui vient. Je remettrai toutes nouvelles à notre première rencontre ; seulement vous dirai que je vous envoie la lettre de Fourcy, pour les marbres, et que M. de la Rivière sera à vous dès que vous le voudrez. Bonjour, mon cher cœur, je te baise un million de fois. Ce 14^ octobre.

A Monsieur de Rosny

lli9S, lô octobre.

Mon ami, je ne doute nullement que le bruit qui a couru de ma maladie ne vous ait affligé, et que l'on ne l'ait fait plus grande, et causée d'autre cause qu'elle ne s'est trouvée. Mais Dieu en soit loué, j'en suis tantôt guéri, et que la fièvre m'ayant pris sur les six à sept heures du soir dimanche *, ne m'a laissé que ce matin *, par une grande sueur qui me l'a emportée du tout. Ce qui me mettoit en peine est que depuis vingt ans, fièvre ne m'avoit tant duré (sinon que à la Motte-Freslon ^ quand j'eus cette grande pleurésie) et que je me voyois tellement abattu contre mon naturel ordinaire, que vous connoissez, et avec cela si chagrin, que tout me déplaisoit. Aujourd'hui je me suis levé pour dîner ', et puis remis au lit pour me reposer, et

' Hors de chez lui, de Monceaux.

* Conseil de finances.

^ Préparation du budget, comme on dirait dans le jargon anglo-français d'aujourd'hui.

5 Jeudi, 15 octobre.

«^ Voir la lettre de 1589, vers la mi-janvier, adressée à la comtesse de Gramont.

^ On dînait vers dix ou onze heures.

[1d98] lettres de HENRI IV 293

espère me lever pour souper. Si cette nuit je me trouve mieux que je n'ai fait la dernière, car elle m'a été extrêmement fâcheuse, je m'habillerai demain et sortirai un peu dehors pour prendre l'air et me promener, mais non pour aller loin. Si je n'eusse hier pris de la casse, qui m'a extrêmement purgé, j'étois pour être plus longtemps malade, et c'est merveille, vu ce que j'ai vidé, que je ne l'aie été davantage. Je serai très-aise de vous voir dimanche; amenez avec vous MM. d'Incarville et Châtillon, mais nuls autres.Que si quelques-uns veulent venir avec vous, ne vous en chargez; au contraire dites-leur que je vous ai défendu d'en amener aucuns, et que vous venez seulement pour me voir, sans me parler d'affaires pour qui que ce soit. L'on me vient parler de force auditeurs des comptes morts; j'ai fait réponse que je n'y voulois nullement entendre, quelques offres que l'on m'ait faites. Je vous prie, courons-en la suppression. Vous verrez, avant partir, M. le Chancelier, et saurez de lui s'il a rien à me mander, et lui direz que je trouve un peu étrange de ce que contre ce que je lui avois écrit touchant l'érection du siège présidial * de Lectoure, de n'en parler à personne, il en a communiqué à quelques autres de mon conseil que à vous, et qu'il y fait de la difficulté, après mon commandement. Faites que je n'oye plus parler de cette affaire et que je ne lui en écrive plus, ni à vous. A Dieu, mon ami. Assurez tout le monde de ma guérison. Ce jeudi, à sept heures du soir, 1o« octobre, à Monceaux.

IIexry.

Lettre de Gabrielle d'Estrées à la, duchesse de Nevers.

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