‹ Lettres intimesChapitre 6 sur 19 · fin d'août · texte numérisé non relu

fin d'août

Je ne vous saurois dire le regret que m'a porté la nouvelle de la mort de M. de la Barre. Je vous jure que je n'eusse pas cru l'aimer tant. Je sais le regret qu'en aurez eu, tant pour lui que pour votre sœur. Voilà les effets de cette malheureuse guerre ; je l'appelle ainsi quand je perds mes bons serviteurs. Le lendemain j'ai su la mort de Quasy, qui fut tué à Castillon - sur la brèche, le 22®, en repoussant un assaut qui dura quatre heures, où les ennemis furent battus avec grande perte. La peste tourmente les nôtres plus que les ennemis. Je crains qu'elle les contraindra faire ce que la force n'eût su. Dieu y veuille pourvoir. M. de Châtillon a défait en Gévaudan * un régiment de M. de Joyeuse, pris les enseignes et tué trois cens hommes. L'on me mande aussi queLavardiny est blessé à la mort, s'il n'est mort. Auxonne * triomphe ; nos gens y font fort bien. Je viens d'envoyer trois cens hommes à Royan ^, que le maréchal de Biron fait semblant d'assiéger, ce que je ne crois pas qu'il fasse. Ganisy a été gâté •"* à Castillon ; il a eu une arquebusade qui lui rompt les mâchoires. Tenez-moi en votre bonne grâce, mon cœur, et vivez assurée de ma fidélité. Si elle peut, elle s'affermit. Je baise les mains à petite

' Lever, enlever la paille, se dit d'une chose excellente, par allusion à l'ambre qui a la vertu d'attirer la paille.

* Petite ville de Guyenne (Gironde) sur la Dordogne : elle était assiégée par Mayenne qui s'en empara le 3 septembre.

' Aujourd'hui département de la Lozère.

* Henri IV écrit Aussonue, comme on prononce. ' Petite ville à l'embouchure de la Gironde.

^ Blessé.

sœur '. A Dieu, mon âme, je te baise les pieds un million de fois. Grandechevêche et Lambert trouveront ici mes recommandations. Envoyez-moi Lycerace.

A la même.

1587, 12 mars.

Plus je vais en avant, et plus il semble que vous tâchiez à me faire paroi tre combien peu je suis non-seulement en votre bonne grâce, mais encore en votre mémoire. Par ce laquais vous avez écrit à votre fils et non à moi. Si je ne m'en suis rendu digne, j'y ai fait tout ce que j'ai pu. Les ennemis ont pris File de Marans devant mon arrivée, de façon que je n'ai pu secourir le château, ce que j'y amenois de Gascogne n'étant arrivé. Vous ouïrez dire bientôt que je l'aurai repris, s'il plait à Dieu. Croyez que vous n'aurez jamais un plus fidèle serviteur que votre esclave qui vous baise un million de fois les mains. Ce 12^ mars.

A Madame la 2)nncesse de Conty.

1587, !•■ avril.

Ma cousine , suivant ce que m'avez mandé , et pour empêcher le mal qui est à craindre de tels différens, j'envoie le sieur de la Roque devers mes cousins, votre mari et le cardinal son frère, pour leur faire entendre ce que nous avons pensé, mon frère Monsieur le Prince * et moi, être nécessaire. Apportez-y de votre part toute la douceur que pourrez ; car ce n'est pas en ce temps que ceux de notre maison se doivent bander •. Et pour ce, je serai bien aise

* Catherine de Bourbon, sœur du roi de Navarre.

^ Le prince de Condé.

' Former des partis, des bandes, se diviser.

de voir les querelles particulières apaisées, pour entendre à démêler la générale, qui nous est plus importante ' et qui touche à toute la maison. J'y appliquerai tous les remèdes que je pourrai, si Ton me veut croire comme Ton doit. Ledit sieur de la Roque vous le discourra plus particulièrement.

Ce pendant, assurez-vous, ma cousine, de plus en plus de l'amitié de

Votre

Henry.

A Monsieur de Lubersac.

1587, vers le 10 arril.

Monsieur de Lubersac, j'ai entendu par Boisse - des nouvelles de votre blessure, qui m'est un extrême deuil dans ces nécessités. Un bras comme le vôtre n'est de trop dans la balance du bon droit; hâtez donc de l'y venir mettre et de m'envoyer le plus de vos bons parens que vous pourrez. D'Ambrugeac m'est venu joindre avec tous les siens, châteaux en croupe s'il eût pu ^ Je m'assure que vous ne serez des derniers à vous mettre de la partie; il n'y manquera pas d'honneur à acquérir, et je sais votre façon de besoigner en tel affaire *. A Dieu donc et ne tardez, voici l'heure de faire merveilles.

Votre plus assuré ami,

Henry.

* La succession au trône, contestée par les Guise.

* Maître d'hôtel de Catherine de Bourbon, sœur du roi de Navarre. 3 • Moutluc a parlé quelque part de cette antique qualité de la noblesse

de France, à laquelle il suffit d'un petit souris de son maître pour échauH'er les plus refroidis : « Et sans crainte de changer prés, vignes et moulins en chevaux et armes, ou va mourir au lit que nous appelons le lit d'honneur. » [Causeries du Ltindi. XL 316).

* Affaire est du masculin chez beaucoujj d'auteurs do cette époque.

[ir.87] LETTRES DE HENRT IV 83

A mon cousin Monsieur de Miossens.

15S7, vers le mois de juin.

Mon cousin, c'est à ce coup ' qu'il faut s'apprêter pour aller recueillir nos Reîtres. Je vous prie avertir tous les compagnons qui sont par delà; ils ont assez joui du repos de leurs maisons pour être sans excuse. J'aurai trop de regret si vous n'êtes de cette partie, ayant toujours été près de moi aux occasions plus périlleuses et importantes. Qu'il n'y ait donc rien qui vous retienne de me venir trouver lorsque je vous manderai. J'écris le même à Sainte- Colombe et Auront. Faites-leur tenir mes lettres.

Votre plus affectionné cousin et parfait ami,

Henry.

Harangue du roi de Navarre avant la bataille de Coutras '.

1587, 20 octobre»

Au prince de Condé et au comte de Soissons :

Vous voyez, mes cousins, que c'est à notre maison que Ton s'adresse. Il ne seroit pas raisonnable que ce beau danseur * et ces mignons de cour ' en emportassent les trois principales têtes, que Dieu a réservées pour conserver les autres avec l'Etat. Cette querelle nous est commune; l'issue de cette journée nous laissera plus d'envieux que de malfaisans; nous en partagerons Fbonneur en commun.

• C'est cette foi^. c'est maintenant.

- Coutras. petite ville de Guyenne (Gironde). Le roi de Navarre y battit l'armée catholique, commandée par le duc de Joyeuse, qui fut tué avec 400 gentilshommes et 3.000 soldats. Cette {grande victoire fut annulée par la passion du roi de Navarre pour Corisande : il alla lui porter les drapeaux qu'il avait pris et laissa le duc de Guise hatlre les Heîtres à. Vimaury et à Auueau, et les chasser de France.

5 Joyeuse.

* Mignon est pris ici dans le sens de Gau>,uwde, de gilon.

86 LETTRES DE HENRI IV [lo87J

Aîix capitaines et soldats :

Mes amis, voici une curée qui se présente bien autre que vos butins passés; c'est un nouveau marié ' qui a encore l'argent de son mariage en ses coffres; toute lélite des courtisans est avec lui. Courage! Il n'y aura si petit entre vous qui ne soit désormais monté sur des grands chevaux et servi en vaisselle d'argent. Qui n'espéreroit la victoire, vous voyant si bien encouragés? Ils sont à nous; je le juge par l'envie que vous avez de combattre ; mais pourtant nous devons tous croire que l'événement en est m la main de Dieu, lequel sachant et favorisant la justice de nos armes, nous fera voir à nos pieds ceux qui devroient plutôt nous honorer que combattre. Prions-le donc qu'il nous assiste ^ Cet acte sera le plus grand que nous ayons fait; la gloire en demeurera à Dieu, le service au Roi, notre souverain seigneur, l'honneur à nous, et le salut à l'Etat.

Au roi Henri III ^

15S7, 21 octobre (le lendemain de la bataille de Coutras).

Sire, mon seigneur et frère, remerciez Dieu : j'ai battu vos ennemis et votre armée. Vous entendrez de la Burthe

' Le duc de Joyeuse avait épousé Marguerite de Lorraine, sœur de la Reine, femme de Henri III, mais il y avait déjà six ans.

* Les ministres récitèrent en effet la prière de l'armée devant les soldats prosternés ; ce que voyant, M. de Joyeuse dit à M. de Lavardin : • Ils sont à nous : voyez comme ils sont à demi-battus et défaits ! A voir leur contenance, ce sont gens qui tremblent. — Ne le prenez pas là, répondit M. de Lavardin, je les connois mieux que vous: ils font les doux et chattemittes : mais que ce vienne à la charge, vous les trouverez diables et lions, et vous souvenez que je vous Tai dit. • (P. de Lestoile).

' Que cette lettre ait subi çà et là quelques altérations, comme le dit M. Berger de Xivrey, c'est possible ; mais la déclarer non authentique, quand Musset-l'atay anirme qu'elle a été tirée des archives de Navarre, et surtout quand l'abbé Brizard la publiée d'après les manuscrits de M. de la Roque, l'un des gardes du corps de Henri IV. c'est ce Sui ne nous paraît pas soutenable. Nous reproduisons le texte de l'abbé rizard, qui est de beaucoup préférable à celui donné par Musset-Pata}- .

si, malgré que je sois l'arme au poing au milieu de votre ro3'aume, c'est moi qui suis votre ennemi, comme ils le vous disent. Ouvrez donc vos yeux, Sire, et connoissez qui sont-ils. Est-ce moi, votre frère, qui peux être ennemi de votre personne? Moi, prince de votre sang, de votre couronne? Moi, François, de votre peuple? Non, sire, vos ennemis, ce sont ceux-là qui, par la ruine de notre sang * et de la noblesse, veulent la vôtre, et au par dessus votre couronne. Certes, si ny eût Dieu mis la main, c'étoit fait de vous, en ce lieu de Contras, et ils vous eussent en nous tué. Sire, comme en votre cœur ils nous ont tué. Car par après, tout seul resté de tant de rois et princes, de quel sommeil eussiez dormi entre ces épées rouges de votre sang, ou même entre pires choses que ces épées? Avisez promptement à cette besogne, si encore en est temps ; car le tout est caché dans les abîmes de la volonté de Dieu. Mais devant lui je proteste de la justice de mes armes et de tout ce sang dont un jour vous faudra lui rendre compte. Bandez, Sire, cette plaie de votre peuple; baillez-lui la paix; baillez-la à Dieu, à vos Etats, à votre frère, à votre conscience. Vainqueur, c'est moi qui vous la demande; ou s'il faut guerre, laissez-la moi rendre à ceux-là * qui seuls vous la font et à nous, et me les baillez à mènera cette heure qu'ils savent quel je suis. La Burthe, un des plus hommes de bien qui soit en la Chrétienté, et que par devers vous je dépêche avec simple lettre de créance, pour ce qu'en sa fidélité du reste m'en assure, et aussi pour ce qu'autrement ne puis faire *, vous iéra entendre que je ne veux que le repos de tous et la conservation du mien. Et de quoi votre Pape se mêle de me vouloir ôter ce que de Dieu je tiens *? Par quoi lui a Dieu été et lui sera toujours contraire en si méchante

' De notre race, de notre maison.

* Les Guise.

^ Parce que je ne puis moi-même me rendre auprès de vous.

* La buÛe de lo83 déclarait le roi de Navarre incapable de succéder au trône.

88 LEÏTRB:S de HENRI IV [lb87]

œuvre. Lequel Dieu vivant je prie bien fort, Sire, qu'il vous rouvre le clair entendement qu'il vous a baillé, et qu'il a permis être troublé pour les grands péchés de ce royaume, et aussi celui de la grand'part de votre brave noblesse à tel point aveuglée par ces Lorrains ; alors verriez à plein, Sire, qu'en toute cette pauvre France, n'est pas un seul cœur françois ennemi de son Roi. La grand'source de ce poison seroit découverte à tous; et vous, Sire, verriez qu'ici sommes, plus que ne pensez, vos véritables serviteurs et sauveurs de votre couronne.

A mon cousin Monsiew le maréchal de Matignon.

1587, 23 octobre.

Mon cousin, avant que partir de Coutras, j'avois donné ordre pour faire conduire les corps de feu M. de Joyeuse et de son frère ' à Libourne, ainsi que Maron, son secrétaire, auquel j'ai permis d'y aller, vous pourra dire. Auparavant je commandai que leurs entrailles fussent enterrées avec leurs cérémonies ^, à quoi les seigneurs et gentilshommes qui sont ici* et aucuns des miens assistèrent aussi. Je suis bien marri qu'en cette journée je ne puis faire différence des bons et naturels François d'avec les partisans et adhérens de la Ligue, mais pour le moins ceux qui sont restés en mes mains témoigneront la courtoisie qu'ils ont trouvée en moi et en mes serviteurs qui les ont pris. Croyez, mon cousin, qu'il me fâche fort du sang qui se répand et qu'il me tiendra point à moi qu'il ne s'étauche, mais chacun connoit mon innocence. Assurez-vous que je suis fort à votre dévotion. Je demeurerai

Votre très-afl'ectionné cousin et parfait ami,

Henry.

' M. du Saint-Sauveur.

•* Suivant les cérémonies de l'éclisc romaine.

* Prisonniers.

I [lo87] LETTRES DE HENRI IV 89

' A Monsieur de Batz.

I Monsieur de Batz, je suis bien marri que vous ne soyez

(encore rétabli de votre blessure de Goutras, laquelle me i l'ait véritablement plaie au cœur, et aussi de ne vous avoir rpas trouvé à Nérac d'où je pars demain ', bien fâché que k-e ne soit avec vous; et bien me manquera mon Fau- (cheurpar le chemin où je vas; mais avant de quitter le I pays, je vous le veux bien recommander. Je me méfie

de ceux de Saint-Justin -. Vous m'avez bien purgé ceux id'Eause, mais ceux de Cazères * et de Barcelone* sont de li vilains remuans, et je n'ai nulle assurance au capitaine La (iBarthe qui a par là une bonne troupe et qui m'a cepeni dantjuré son âme. Beaucoup m'ont trahi vilainement, mais

peu m'ont trompé; celui-ci me trompera s'il ne me trahit i bientôt. De plus, ces misérables que j'ai déchassés d'Aire 'I tiennent les champs. De tout ce serai-je tout inquiet jusqu'à il tant que je vous sache sur pied avec votre troupe, éclairant i le pays. Mon ami, je vous laisse en main ces affaires; et i quoique soit en vous ma plus sûre confiance pour ce

pays, toutefois vous aimeroit bien mieux là où il va et près

de lui.

Votre affectionné ami,

Henry.

A Madame la comtesse de Gramont.

13«7, 8 ilécenibru.

Montglas vient d'arriver. Il me hâte plus que les autres

1 Pour aller à Pau auprès de Corisaude.

- Petite ville du Marsan (Landes).

^ Petite ville de la Chalosse (Landes).

"• Petite ville de l'Armagnac (Gers).

yO LETTRES DE HENRI IV [l588]

et avec des raisons qui sont fort à craindre et qui ne se doivent écrire *. Elles vous seront dites. Il n'y a eu nul combat depuis celui d'auprès Montargis ^ Le duc du Maine s'est retiré à son gouvernement, et Monsieur d'Aumale chez lui *. Paris n'a voulu recevoir les Suisses du Roi * ni M. de Guise aussi qui s'est présenté au faubourg. J'ai l'âme fort traversée, et non sans cause. Regardez si la rançon de Navailles pourroit être modérée ^ par votre faveur. Je vous supplie, employez-vous-y pour l'amour de Tach et de moi. Ce porteur passe par Saint-Sever, et y repassera au retour. Tenez-moi en votre bonne grâce, comme celui qui vous sera fidèle esclave jusqu'au tombeau. Du Mont, ce 8"^ décembre. J'ai deux petits sangliers privés et deux faons de biche. Mandez-moi si les voulez'.

A la même.

1J88, 12 janvier.

Hier revint Pichery ', qui m'apporta une courte lettre de vous et me dit que l'on lui en avoit prise une autre. Tout fut ouvert. Regardez ce que vous me mandiez. Il me vint

1 Les amis du roi de Navarre le pressaient de venir reprendre la campagne ; la défaite des Reitres à Auneau (24 novembre) justifiait cette insistance.

^ Les Reitres avaient été battus une première fois à Vimory par le duc de Guise : c'est à ce combat que fait allusion le roi de Navarre qui ne connaissait pas encore leur nouvelle défaite du 24 novembre.

5 Le duc d'Aumale, Charles de Lorraine, était cousin germain des ducs de Guise et de Mayenne, et lun des principaux chefs de la Ligue.

■* Menacé, insulté par les Ligueurs, Henri III avait fait venir à Paris 4000 Suisses des Cantons catholiques pour brider la ville. Le prévôt dos marchands et les échevins obtinrent de Catherine de Médicis qu'ils resteraient dans les faubourgs • de peur de tumulte. •

3 Diminuée, réduite.

^ D'Aubigné nous apprend que Corisande avait le cortège le plus bizarre, et qu'elle allaita la messe accompagnée d'un Mercure, d'un bouffon, d'un more, d'un laquais, d'un singe et d'un barbet. Les petits sangliers privés devaient augmenter agréablement cette suite.

' L'un des quatorze grands laquais ou courriers de confiance.

i [1588] LETTRES DE HENRI IV \)\

I hier un homme de Paris, avec ample avis de tout. Le Roi 'y est arrivé fort applaudi du menu peuple, disant tout haut que les Ligueurs ne faisoient que menacer, mais ) que le Roi avoit chassé les étrangers '. La Reine-Mère n'a j montré joie de son arrivée, ains ^ dit partout que, sans i le Roi, M. de Guise les eût défaits. Il y a des particulaj rites que je ne puis écrire, pour avoir perdu le chiffre ;:que j'avois avec vous. Guitry et Glervaut* n'ont signé ::la capitulation et ont répondu qu'ils aimoient mieux per- 1 dre leur bien que de manquer à servir leur maître. Ils i sont à Genève; je les aurai au premier jour. La capitulation consiste en trois points : ceux qui voudront obéir à ledit demeureront libres en leurs maisons; ceux qui •} ne le voudront faire et promettront de ne porter plus les : armes, jouiront de leur bien en pays étranger; ceux qui I ne feront ni l'un ni l'autre seront conduits hors de France ■■ en sûreté. Tignonville * sera demain ici. Il ne vient encore nulle armée sur nos bras. Mon cœur, tenez-moi en 1 votre bonne grâce et vous assurez toujours de ma fidélité, qui sera inviolable. Je vous baise un million de fois les mains et à petite sœur. Ce 12*^ janvier.

A la même.

1588, 14 janvier.

Il ne se sauve point de laquais, ou pour le moins fort

1 Après la victoire du duc de Guise à Auneau, Henri III avait signé, le 8 décembre 1587, un traité avec le baron de Dohna, général des Reitres, par lequel les Reîtres, allemands et suisses, sengageaient à évacuer la France et à ne jamais y revenir.

* Au contraire, mais.

5 Gentilshommes calvinistes qui servaient dans l'armée de Dohna. ainsi que M. de Châlillon, fils de l'amiral Coligny.

* M. de Tignonville était l'un des anciens serviteurs de la famille de Henri IV. Il avait été premier maître d'hôtel de Jeanne d'Albret et avait épousé Marguerite de Selve, gouvernante de Catherine de Bourbon, sœur du roi de Navarre : leur iille était dame d'honneur de cette princesse («o^e de M. Berrjer de Xivrey).

\)i LETTRES DK HENRI IV [1588]

peu, qu'ils ne soient dévalisés, ou les lettres ouvertes Il est arrivé sept ou huit gentilshommes de ceux qu étoient à l'armée étrangère, qui assurent (comme est vrai car l'un est M. de Montlouet, frère des Rambouillet, qu étoit un des députés pour traiter) qu'il n'y a pas dix gen tilshommes qui aient promis de ne porter les armes M. de Bouillon n'a point promis. Bref, il ne s'est rie perdu qui ne se recouvre pour de l'argent. M. du Maine fait un acte de quoi il ne sera guère loué. Il a tué Sacrt more ' lui demandant récompense de ses services, à cou de poignard. L'on me mande que ne le voulant contenter ' il craignit qu'étant mal-content , il ne découvrit ses se crets, qu'il savoit tous, même l'entreprise contre la pe sonne du Roi, de quoi il étoit chef de l'exécution. Die les veut vaincre par eux-mêmes; car c'étoit le plus uti serviteur qu'ils eussent. Il fut enterré qu'il n'étoit pt encore mort.

Sur ce mot, vient d'arriver Merlans et un laquais ( mon cousin, qui ont été dévalisés de lettres et d'habill ment. M. de Turenne sera ici demain. Il a pris autour > Figeac dix-huit forts en trois jours. Je ferai peut-èt quelque chose de meilleur bientôt, s'il plait à Dieu, bruit de ma mort, allant à Hagetmau, a couru à Paris, quelques prêcheurs, en leurs sermons, la mettoient po un des bonheurs * que Dieu leur avoit envoyés. A Die mon âme, je vous baise un million de fois les mains Montauban, ce U*" janvier.

A la même.

Depuis que le laquais de ma sœur partit hier, il m'

1 Charles de Birague, dit le capitaine Sacremore. '^ En lui accordant en mariage Mile de Villars, lille aînée de la chessc de Mayenne.

^ Henri IV écrit : un des bons heurs.

venu avis de l'extréniité en laquelle est une ville du Haut-Languedoc, nommée BrugairoUes \ qui est assiégée par le Grand-Prieur de Toulouse, qui est frère du l'eu duc de Joyeuse. Les églises de M. de Montmorency m'ont fort pressé de leur assister de mes troupes, et pour m'y convier m'ont assuré que l'ennemi est résolu de donner plutôt une bataille que quitter le siège. Mon devoir et ce mot de bataille m'ont fait promptement résoudre à y aller. Je pars demain avec trois cens chevaux et deux mille arquebusiers pour y aller en diligence, faisant suivre le reste des troupes après. Me joignant aux troupes qu'a là M. de Montmorency, nous serons six ou sept cens chevaux et cinq mille hommes de pied. Les ennemis sont même nombre. Dieu nous aidera, en l'endroit du cadet, comme il a fait de l'aîné -. Je n'oublierai, par même commodité, de faire parler au comte de Quermaing. Envoyez-moi Lycerace. Je vous manderai par lui les extrêmes peines où je suis. Je ne sais comme je les puis supporter. Croyez que votre esclave vous sera fidèle jusques au tombeau. A Dieu, mon âme. Je vous baise un million de fois les mains. C'est le 22° janvier.

A la même.

IMS, 20 Uvrior.

Dieu a béni mon labeur : j'ai pris Damazan ', sans perdre qu'un homme. Je monte à cheval pour aller reconnoitre le Mas d'Agenès*; je ne sais si je l'attaquerai. Mon cousin -^ prend le temps ce pendant d'aller à Navar-

' Aujourd'hui dans le département de l'Aude. Elle fut prise et rasée par le Grand-Prieur de Toulouse.

* Qui fut battu et tué à Coutras.

' 'Ville de l'Aprénais, au nord de Nérac (Lot-et-Garonne).

* Autre ville de l'Agénais, sur la Garonne. On écrit ce nom aujourd'hui le Mas d'Agénais.

5 Le comte de Soissons. chef d'une branche cadette de la maison de Condé. II était fort épris de la sœur de Henri IV.

94 LETTRES DE HENRI IV [l588]

reins. Regardez où il vous semble que le deviez voir, ou avec ma sœur ou chez vous, car il fait état d'y passer et de vous voir. Mon opinion est que ce doit être avec ma sœur. Il ira demain, qui est dimanche, coucher à Hagetmau. Briquesières vous aura dit le désir que j'ai d'être en votre bonne grâce; je continuerai toute ma vie en ce désir. Sur cette vérité, je baise, ma chère maî^ tresse, un million de fois vos blanches mains. De Gastel- Jaloux, ce 20".

A la même .

1588, 23 février.

Vous ne trouvez point les chemins dangereux pour faire plaisir au moindre de vos amis ; mais sïl me faut écrire pour me donner du contentement, les chemins gont trop dangereux. Voilà les témoignages que j'ai de la part que je possède en votre bonne grâce. J'écris la lettre à Méritejn, que demandez, et vous l'envoie toute ouverte. Je crois quïl se mécontentera, mais j'aime mieux votre bonne grâce que la sienne. J'avois bloqué le Mas d'Agenès, mais je n'y avois mené l'artillerie, craignant que l'armée du Maréchal ne me la fit lever de devant en diligence, le Grand-Prieur de Toulouse étant joint avec Tarmée de Languedoc, à lui. Je vais monter à cheval avec trois cens chevaux et donnerai jusqu'à la tête de leur armée. Ce sera grand cas, si je n'en fais quelque chose. Je finis, croyant certainement que ne me voulez point de bien. Il est en vous de m'en donner telle impression qu'il vous plaira. Je vous baise un million de^ fois les mains. Ce 23^ février.

A la même.

1588, 1-mars.

J'ai reçu une lettre de vous, ma maîtresse, par laquelle

VOUS me mandez que ne me voulez mal, mais que vous ne vous pouvez assurer en chose si mobile que moi. Ce m'a été un extrême plaisir de savoir le premier, et vous avez grand tort de demeurer au doute qu'êtes '. Quelle action des miennes avez-vous connue muable ? Je dis pour votre regard*. Votre soupçon tournoit, et vous pensiez que ce fût moi. J"ai demeuré toujours fixe en l'amour et service que je vous ai voué, Dieu m'en est témoin. Vous avez opinion que Ihomme de delà est piqué; aussi est-il, mais c'est de force. Il fait gloire d'avoir atteint la perfection de dissimuler; je lui rabats cette opinion tant que je puis. H ne le faut être qu'en affaire d'Etat ; encore la faut-il bien accompagner de prudence. Hier le Maréchal et le Grand- Prieur vinrent nous présenter la bataille, sachant bien que j 'a vois congédié toutes mes troupes; ce fut au haut des vignes, du côté d'Agen. Ils étoient cinq cens chevaux et près de trois mille hommes de pied. Après avoir été cinq heures à mettre leur ordre, qui fut assez confus, ils partirent, résolus de nous jeter dans les fossés de la ville; ce qu'ils dévoient véritablement faire, car toute leur infanterie vint au combat. Nous les reçûmes à la muraille de ma vigne, qui est la plus loin, et nous retirâmes au pas, toujours escarmouchant, jusqu'à cinq cens pas de la ville, où étoit notre gros, qui pouvoit être de trois cens arquebusiers. L'on les ramena de là jusques où ils nous avoient assaillis. C'est la plus furieuse escarmouche que jai jamais \-ue, et du moindre effet, car il n'y a eu que trois soldats blessés, tous de ma garde, dont les deux n'est rien. Il y demeura deux des leurs, dont nous eûmes la dépouille, et d'autres qu'ils retirèrent à notre vue, et force blessés que nous voyons amener. Mon âme, tenez-moi en votre bonne grâce, c'est ce que je désire le plus au monde. Sur cette vérité, je vous baise un million de fois les mains. Ce premier mars.

* Où vous êtes.

* Pour ce qui vous reprarde.

A la même.

1588, 8 mai-i.

Dieu sait quel regret ce m'est de partir d'ici sans vous aller baiser les mains. Certes, mon cœur, j'en suis au grabat'. Vous trouverez étrange (et direz que je ne me suis point trompé) ce que Lycerace vous dira. Le diable est déchaîné. Je suis à plaindre, et est merveille que je ne succombe sous le faix. Si je n'étois huguenot, je me ferois turc. Ha ! les violentes épreuves par où l'on sonde ma cervelle ! Je ne puis faillir d'être bientôt ou fol ou habile homme. Cette année sera ma pierre de touche. C'est un mal bien douloureux que le domestique ! Toutes les géhennes ^ que peut recevoir un esprit sont sans cesse exercées sur le mien. Je dis toutes ensemble. Plaignez-moi, mon âme, et n'y portez point votre espèce de tourment. C'est celui que j'appréhende le plus. Je pars vendredi et vais à Clairac. Je retiendrai votre précepte de me taire. Croyez que rien qu'un manquement d'amitié ne me peut faire changer la résolution que j'ai d'être éternellement à vous; non toujours esclave, mais oui bien fort serf. Mon tout, aimez-moi. Votre bonne grâce est l'appui de mon esprit, au choc des afflictions. Ne me refusez ce soutien. Bonsoir, mon âme, je te baise les pieds un million de fois. De Nérac, ce huitième mars, à minuit.

A la même.

1588, 10 mars.

Pour achever de me peindre, il m'est arrivé l'un des plus extrêmes malheurs que je pou vois craindre, qui est la mort subite de Monsieur le Prince *. Je le plains comme ce

' J'en suis malade.

^ Tortures.

' Henri !«■ de Bourbon, prince de Condé. Il mourut le 5 mars 1588. à Saint-Jean-d'Angely, peut-être des suites de la blessure qu'il avait reçue à Coutras , plus probablement empoisonné par les ordres de sa

[1588] LETTRES DE IIENni IV 'J7

qu'il me devoit être, non comme ce qu'il m'étoit. Je suis asteure la seule butte où visent toutes les perfidies de la messe. Ils l'ont empoisonné, les traîtres ! Si est-ce que Dieu demeurera le maître, et moi par sa grâce, l'exécuteur. Ce pauvre prince (non de cœur), jeudi, ayant couru la bague, soupa se portant bien. A minuit lui prit un vomissement très-violent, qui lui dura jusques au matin. Tout le vendredi il demeura au lit. Le soir il soupa, et, ayant bien dormi, il se leva le samedi matin, dina debout et puis joua aux échecs. Il se leva de sa chaise, se met à promener par sa chambre, devisant avec l'un et l'autre. Tout d'un coup il dit ; « Baillez-moi ma chaise, je sens une grande foiblesse. » Il n'y fut assis qu'il perdit la parole, et soudain après, il rendit l'âme, assis. Les marques de poison sortirent soudain. Il n'est pas croyable l'étonnement que cela a porté en ce pays-là. Je pars, dès l'aube du jour, pour y aller pourvoir en diligence. Je me vois en chemin d'avoir bien de la peine. Priez Dieu hardiment pour moi. Si j'en échappe, il faudra bien que ce soit lui qui m'ait gardé. Jusques au tombeau, dont je suis peutêtre plus près que je ne pense, je vous demeurerai fidèle esclave. Bonsoir, mon âme, je vous baise un million de fois les mains.

A la même.

1548, 13 mai's.

Il m'arriva hier, l'un à midi, l'autre au soir, deux courriers de Saint-Jean '. Le premier rapportoit comme Belfemme, Charlotte-Catherine de la Trémoille. La princesse de Condé, au moment de la mort de son mari, était grosse du fait de Tun de ses pages appelé Belcastel, qui (ut le principal auteur de la mort du prince de Condé. Belcastel écnappa, par la fuite, au châtiment de son crime; un de ses complices. Brillant, fut écartelé. Quant à la princesse, elle fut arrêtée par ordre du roi de Navarre, et son jugement reculé jusqu'après ses couches. En 1595. elle fut déclarée innocente par arrêt du parlement de Paris, malgré les protestations du prince de Conty, du cardinal de Vendôme et du comte de Soissons.

' Saint-Jean-d'Angelv.

castel, page de Madame la Princesse, et son valet de chambre s'en étoientfuis, soudain après avoir vu mort leur maître; avoient trouvé deux chevaux, valant deux cens écus, à une hôtellerie du faubourg, que l'on y tenoit il y avoit quinze jours, et avoit chacun une malette pleine d'argent. Enquis, l'hôte dit que c'étoit un nommé Brillant qui lui avoit baillé les chevaux, et lui alloit dire tous les jours qu'ils fussent bien traités ; que s'il bailloifc aux autres chevaux quatre mesures d'avoine, qu'il leur en baillât huit; qu'il paieroit aussi au double. Ce Brillant est un homme que Madame la Princesse a mis en la maison, et lui faisoit tout gouverner*. Il fut tout soudain pris. Confesse avoir baillé mille écus au page, et lui avoir acheté ces chevaux, par le commandement de sa maîtresse, pour aller en Italie. Le second ^ confirme, et dit de plus que l'on avoit fait écrire une lettre, à ce Brillant, au valet de chambre qu'on savoit être à Poitiers, paroùilluimandoit être à deux cens pas de la porte; qu'il vouloit parler à lui. L'autre sortit. Soudain l'embuscade qui étoit là le prit, et fut mené à Saint-Jean. Il n'avoit encore été ouï; mais bien disoit-il à ceux qui le menoient : « Ah! que Madame est méchante! Que l'on prenne son tailleur, je dirai tout sans gêne ^ » Ce qui fut fait. Voilà ce que l'on en sait jusques à cette heure. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit d'autres fois. Je ne me trompe guères enmesjugemens. C'est une dangereuse bête qu'une mauvaise femme. Tous ces empoisonneurs sont papistes. Voilà les instructions de la dame. J'ai découvert un tueur pour moi. Dieu me gardera, et je vous en manderai bientôt davantage. Le gouverneur et les capitaines de Taillebourg m'ont envoyé deux soldats, et écrit qu'ils n'ouvriront leur place à personne qu'à moi. De quoi je suis fort aise. Les ennemis les pressent ; et ils sont si empressés à la vérification de ce fait, qu'ils ne leur donnent nul empêchement.

' Brillant avait été avocat au parlement de Bordeaux.

^ Le second courrier.

3 Sans torture, sans être mis à la question, à la géhenne.

Ils ne laissent sortir homme vivant de Saint-Jean que ceux qu'ils m'envoient. M. de la Trimouille * y est, lui vingtième seulement. L'on m'écrit que si je tardois beaucoup, il y pourroit avoir du mal et grand. Gela me fait hâter ; de façon que je prendrai vingt maîtres^ et m'y en iraijour etnuit, pour être de retour à Sainte-Foy, à l'assemblée. Mon âme, je me porte assez bien du corps, mais fort affligé de l'esprit. Aimez-moi et me le faites paroitre ; ce me sera une grande consolation pour moi. Je ne manquerai point à la fidélité que je vous ai vouée. Sur cette vérité je vous baise un million de fois les mains. D'Eymet ^ ce 13" mars.

A la onême.

1588, 15 mars.

Je vous écrivis hier tout ce que je savois. Il est arrivé, depuis, des nouvelles de la Cour. Le duc d'Epernon a querelle avec le maréchal d'Aumont, et son frère avec Grillon ''. Leur dispute est si violente qu'on ne peut les accorder. L'autorité du Roi interviendra. Ce pendant la Ligue se remue fort. Ce nous est autant de loisir. Je serai jeudi à Saint-Jean, d'où je vous manderai toutes nouvelles. L'on a trouvé sur le valet de chambre des perles et des diamans qui ont été reconnus. Je fais aujourd'hui douze lieues, et tout en pays d'ennemi. Bonjour, mon âme; assurez-vous de la fidélité de votre esclave. Il ne vous manquera jamais. Il vous baise un million de fois les mains. Ce l'ô" mars.

' Claude de la Trémoille, duc de Thouars, i'rère de la princesse de Condé, Tun des plus dévoués serviteurs du roi de Navarre.

* Cavaliers. iJne compagnie de cavalerie se composait alors de 40 ou 50 maîtres ou cavaliers.

' Petite ville du Périgord (Dordogne), sur le Dropt.

* Grillon. On a écrit et prononcé Grillon jusque clans le dis-huitième siècle.

100 LKi'TRES DE HENRI IV [I088]

A Monsieicr de ScorHac ' .

IÔ88, 15 mars.

Monsieur de Scorbiac, j'ai vu ce que vous m'avez écrit de l'état des [affaires de delà. J'en écris à M. de Terrides. J'ai commandé à du Pin - de vous faire tenir vos expéditions de la chambre de justice. Je vous prie tenir la main à ce qu'elle se fasse bonne et brève, et même contre les voleurs, picoreurs et traîtres *. Autrement Dieu ne vous bénira point : lequel je prie vous tenir, M. de Scorbiac, en sa sainte et digne garde. De Sainte-Foy, ce IS" mars 1S88.

Votre meilleur et plus affectionné ami,

Henry.

J Madame la comtesse de Gramont.

1588, 17 mars

J'arrivai arsoir en ce lieu de Pons *, où il m'arriva des nouvelles de Saint-Jean, par où les soupçons croissent du côté que les avez pu juger. Je verrai tout demain. J'appréhende fort la vue des fidèles serviteurs de la maison ; car c'est à la vérité le plus extrême deuil qui se soit jamais vu. Les prêcheurs romains prêchent tout haut par les villes d'ici autour, qu'il n'y en a plus qu'un à avoir ; canonisent ce bel acte et celui qui l'a fait ; admonestent tous bons catholiques de prendre exemple à une si chrétienne entreprise. Et vous êtes de cette religion ! Certes, mon cœur,

' Conseiller au parlement de Toulouse et chambre de l'édit, et surintendant des finances à Montauban.

* Secrétaire du roi de Navarre.

3 Henri IV a toujours été sévère et inflexible contre les voleries, pilleries et désordres. Déjà en 1587, il écrivait, le 21 mai, au duc de Montpensier : « La nécessité de la guerre, où je suis forcé et assez peu secouru, est cause que je suis contraint de ne voir point ce qu'en autre temps je ferois punir très-rigoureusement. »

* Petite ville de Saintonge (Charente-Inférieure).

c'est un beau sujet et notre misère, pour faire paroître votre piété et votre vertu. N'attendez-pas à une autre fois à jeter ce froc aux orties. Mais je vous dis vrai. Les querelles de M. d'Epernon avec le maréchal d'Aumont et Grillon troublent fort la Cour, d'où je saurai tous les jours des nouvelles et vous les manderai. L'homme de qui vous a parlé Briquesières m'a fait de méchans tours, que j'ai sus et avérés depuis deux jours. Je finis là, allant monter à cheval. Je te baise, ma chère maitresse, un million de fois les mains. Ce 17^ mars.

 la même.

1588, 21 mars.

Etant arrivé à Taillebourg, je trouve que Lavardin avoit pris l'île de Marans, avec son armée, qui est de quatre ou cinq mille hommes ; qu'il ne restoit plus que le château, qu'il battoit de deux pièces. Soudain je m'acheminai en ce lieu de la Rochelle pour tâcher à les secourir et assembler mes troupes, lesquelles j'estime être assez fortes pour faire un grand échec à Lavardin. Je ne crains sinon que ledit château soit mal pourvu, et qu'il se rende, ne sachant point de mes nouvelles. J'ai repris un des forts, et suis jour et nuit à faire faire des ponts, car l'eau est haute au marais. Il fut tué hier deux Albanois, et pris deux qui vouloient reconnoitre notre pont. Depuis que je suis ici, je n'ai couché qu'une heure, étant toujours à cheval. Pour le fait de la procédure de la mort de feu Monsieur le Prince, de plus en plus l'on découvre la méchanceté, et tout du côté que vous pûtes juger par ma dernière. Mon âme, tenez-moi en votre bonne garde, et n'entrez jamais en doute de ma fidélité. Que je sache souvent de vos nouvelles. A Dieu, mon cœur. Votre esclave vous baise un million de fois les mains. Ce 21 « mars.

A Mademoiselle de Bourbon \

1588, vers la fin do mars.

Ma nièce, maintenant qu'avez perdu votre père, dont je porte un extrême ennui, pour ce que je le tenois et aimois comme mon propre frère, je ne doute point qu'outre la douleur de cette perte, vous ne soyez en perplexité pour les divers conseils qu'on vous peut donner, soit de la Cour ou d'ailleurs, pour vous faire changer d'air et de nourriture ^. Mais j'estime tant de votre bon naturel que, rejetant toute induction à cet effet, vous vous conformerez à ce qui étoit de la volonté de votre dit père et à l'avis de ceux qui vous aiment. Vous ne pouvez être en lieu plus sûr, pendant ce misérable temps; vous ne pouvez être plus honorée ni en meilleure compagnie qu'au lieu où vous êtes ^ avec votre cousine, mademoiselle de Bouillon. Pour cet effet, j'écris à votre oncle, M. le cardinal de Vendôme *, qu'il ne vous laisse chômer de rien qui soit nécessaire pour votre entretènement. S'il y fait faute, nous aurons querelle ensemble. Croyez donc, ma nièce, mon conseil plus que nul autre, étant celui qui vous veut à présent servir de père. Avertissez-moi de ce qu'aurez besoin, et me tenez pour

Votre plus affectionné oncle et meilleur ami,

Henry.

A Monsieur de Scorbiac.

1588, Tora la fin do mai's.

Le roi de Navarre ayant pris Moutbéqui et Dieupentale, deux bourgs

' Catherine de Bourbon, marquise d'Isles, née en 1574, iille du prince de Condé et de sa première l'emme Marie de Clèves.

* De religion.

3 A Sedan, principauté qui appartenait aux ducs de Bouillon.

* Charles de Bourbon, cardinal de Vendôme, frère de Henri, prince de Condé et oncle de mademoiselle de Bourbon.

[lo88] LETTRES DE HENRI IV 103

du Languedoc (Tarn-et-Garonnc], y laissa des garnisons qui pillèrent et abandonnèrent ensuite ces deux villes.

Monsieur de Scorbiac, j 'entends que punition exemplaire soit faite de ceux qui ont quitté et pillé Maubequin et Dieupentale, que j'avois conquis au danger de ma vie, pour les arquebusades et le hasard d'une bataille. C'est ce que je vous dirai pour réponse. Faites toujours état de la bonne volonté de

Votre meilleur et plus affectionné ami,

A Madame de FonletrauU '.

1 5S8, vers la fin de mai.

Ma tante, il ne sauroit rien venir de votre part que je ne reçoive comme de ma propre mère. Je sais que les avertissemens que ine donnez procèdent d'une entière et parfaite amitié que me portez; mais vous savez quelle est ma résolution, de laquelle il me semble que je ne dois me départir, et que vous-même ne me le devez conseiller; connoissant (comme je vous ai toujours dit) que ce n'est à la Religion qu'on en veut, ains à l'Etat, ainsi que vous peut assez témoigner ce qui est naguères advenu à Paris, et l'entreprise que la Ligue a voulu, ces jours passés ^ faire sur le Roi ', qui est plus catholique que pas un d'icellc.

' Eléonore de Bourbon- Vendôme, abbesse de Fontevrault, sœur d'Antoine de Bourbon, père de Henri IV.

^ Le 12 mai, où éclata rinsurrectiou appelée la Journée des Barricades.

3 Le duc de Guise, maître de Paris après la victoire des Ligueurs, exigeait de Henri III : la lie utenan ce-générale du royaume pour lui, la convocation des Etats-Généraux à Paris, où ils seraient dominés par lui et ses partisans, la déchéance des Bourbons, l'exil des ministres, de d'Epernon, de Biron et de tous ceux qui auraient pu le gêner dans Pexercice du pouvoir, le gouvernement des provinces et toutes les charges pour ses amis, etc. Pendant que Catherine de Médicis discutait avec Guise ces inacceptables conditions, pour gagner du temps, Henri III se sauva de Paris.

104 LETTRES DE HENRI IV [l588]

Toutefois VOUS voyez si on a laissé de le traiter en huguenot. Croyez, ma tante, que ceux qui ont les armes en la main ne manquent jamais de prétexte ; et quant à moi aussi je ne m'arrête point là, mais je me remets en la bonté de Dieu, qui connoit la justice de ma cause et qui la saura discerner des pernicieux desseins des méchans. Celui qui donne et conserve les couronnes, conservera, s'il lui plait, à notre Roi celle qu'il lui a donnée. Il se faut résoudre à sa volonté et obéir à ses jugemens, selon que j'écris à M. le président Barjot pour vous faire entendre. Croyez que je vous aime et honore comme ma propre mère et que n'aurez jamais plus de part, en parent ou ami que vous ayez, qu'en celui qui est

Votre plus affectionné neveu, à vous obéir,

Henry.

Au capitaine Fortisson.

1588, 0 septembre.

Capitaine Fortisson, jai été bien aise d'entendre par M. de Castelnau, présent porteur, votre fidélité et affection à mon service. Je vous prie la continuer, vous assurant que je ne serai jamais ingrat, et qu'aux occasions qui s'offriront où j'aurai moyen de vous témoigner les effets de ma bonne volonté, vous m'y trouverez toujours disposé ; et vous ferai paroître comme je sais bien reconnoître ceux qui en ce temps s'emploient à me faire service. Et celle-ci n'étant à autre fin, je ne vous la ferai plus longue : et je prie Dieu vous avoir, capitaine Fortisson, en sa sainte et digne garde.

De Saint-Jeau-d'Angely, le 9« septembre 1588. Votre plus assuré ami, Henry.

A Madame la comtesse de Gr amont.

1588, 21 octobre.

Dieu a plus fait que les hommes n'espéroient ni moimême ; mais certes, comme vous verrez par la lettre que je vous écrivis hier, il nous envoya un temps terrible qui étonnoit tout le monde. Mais d'autre part il rendoit les plus braves de ceux de dedans malades et augmentoit letonnement des foibles de cœur; de façon qu'arsoir il m'inspira, après l'avoir prié, de les envoyer sommer ' à dix heures de nuit, contre tout ordre de guerre, ayant tiré, la journée, cinquante coups de canon sans effet. Au premier son de trompette, ils parlèrent ; et nouâmes si bien le traité, qu'à dix heures ils se sont rendus, et suis dedans, par la grâce spéciale de Dieu. C'est un lieu de grande importance et fort. Dans mardi nous tenterons, ce crois-je, le grand fait. Celui, dirai-je comme David, qui m'a donné jusques ici victoire sur mes ennemis, me rendra cette affaire facile Ainsi soit-il par sa grâce. Mon cœur, je suis plus homme de bien que ne pensez. Votre dernière dépêche me rapporta* la diligence d'écrire que j'avois perdue. Je lis tous les soirs votre lettre. Si je l'aime, que dois-je faire celle d'où elle vient. Jamais je n'ai eu une telle envie de vous voir que j'ai. Si les ennemis ne nous pressent, après cette assemblée, je veux dérober un mois. Envoyez-moi Lycerace, disant qu'il va à Paris. Il y a toujours mille choses qui ne se peuvent écrire. Dites la vérité : que vous faisoit Castille devant que vous lui voulussiez mal? Ah ! mon âme, vous êtes à moi. Faites, pour Dieu! ce que votre lettre porte. Sera-t-il bien possible qu'avec un si doux couteau j'aie coupé le filet de vos bizarreries ? Je le veux croire. Je vous fais une prière : que vous oubliiez toutes haines qu'avez

' Le roi de Navarre assiéûjeait Beauvoir-sur-Mcr (Vendée). 2 Rendit.

voulu à qui que ce soit des miens. C'est un des premiers changemens que je veux voir en vous. Ne craignez ni croyez que rien puisse jamais ébranler mon amour. J'en ai plus que je n'en eus jamais. Bonsoir, mon cœur; je m'en vais dormir, mon âme plus légère de soin que je n'ai fait depuis vingt jours. Je baise mes beaux yeux par millions de fois. Ce 21"^ d'octobre.

A Monsieur de Lcmnay, baron (VEntraigues,

Gouverneur de Vivaraîs et de Gévaudan.

1588, 23 octobre.

Monsieur de Launay d'Entraigues, Dieu aidant, j'espère que vous êtes à l'heure qu'il est rétabli de la blessure que vous reçûtes à Goutras, combattant si vaillamment à mon côté ; et si ce est, comme je l'espère, ne faites faute (car Dieu aidant, dans peu nous aurons à découdre, et ainsi grand besoin de vos services) de partir aussitôt pour me venir joindre. Sans doute vous n'aurez manqué, ainsi que vous Favez annoncé à Mornay, de vendre vos bois de Mezilac et Cuze, et ils auront produit quelques mille pistoles. Si ce est, ne faites faute de m'en apporter tout ce que vous pourrez; car de ma vie je ne fus en pareille disconvenue, et je ne sais quand, ni d'où, si jamais, je pourrai vous les rendre; mais je vous promets force honneur et gloire : et argent n'est pas pâture pour des gentilshommes comme vous et moi.

La Rochelle, ce 2u« octobre 1588.

Votre affectionné, Henry.

A Madame la comtesse de Gramont.

1588, 30 novembre.

Renvoyez-moi Briquesières, et il s'en retournera avec tout ce qu'il vous faut, hormis moi. Je suis fort affligé de la perte de mon petit, qui mourut hier K A votre avis, ce que ce seroit d'un légitime ? Il commençoit à parler. Je ne sais si c'est par acquit c£ue vous m'avez écrit pour Doysit; c'est pourquoi je fais la réponse que verrez sur votre lettre. Par celui que je désire qui vienne, mandez m'en votre volonté. Les ennemis sont devant Montaigu *, où ils seront bien mouillés, car il n'y a couvert à demi-lieue autour. L'assemblée sera achevée dans douze jours. Il m'arriva hier^ force nouvelles de Blois*; je vous envoie un extrait des plus véritables. Tout à cette heure me vient d'arriver un homme de Montaigu. Ils ont fait une très-belle sortie et tué force ennemis. Je mande toutes mes troupes et espère, si la dite place peut tenir quinze jours, y faire quelque bon coup. Ce que je vous ai mandé de ne vouloir mal à personne est requis pour votre contentement et le mien. Je parle asteure à vous comme étant mienne. Mon âme, j'ai une envie de vous voir étrange. Il y a ici un homme qui porte des lettres à ma sœur du roi d'Ecosse "•. Il me presse plus que jamais du mariage ^ Il s'offre de me venir servir avec

' On n'a aucun renseignement positif sur cet enfant, ni sur sa mère ; Voltaire dit que c'était uu fils de Corisande, mais le ton de cette lettre prouve bien que non.

* Place forte du Bas-Poitou (Vendée).

3 Le roi de Navarre était alors à la Rochelle.

* Où les Etats-Généraux s'étaient réunis le 1G octobre, et, par l'ordre de la Ligue et du duc de Guise, venaient de déclarer le roi de Navarre criminel de lèse-majesté divine et humaine, indigne de la succession au trône et déchu de tous ses droits et biens. Le Béarnais exclu du trône, les Etats et le duc de Guise commencèrent à enlever à Henri III toute autorité dans le gouvernement.

5 Jacques VI, fils de Marie Stuart, né en 1566, et qui succéda en Angleterre à Elisabeth en 1603 sous le nom de Jacques l", roi de la Grande-Bretagne.

6 Avec Catberiue de Bourbon, sœur du roi de Navarre.

six mille hommes à ses dépens, et venir lui-même offrir son service. Il s'en va infailliblement roi d'Angleterre'. Préparez ma sœur de loin à lui vouloir du bien ', lui remontrant l'état auquel nous sommes, et la grandeur de ce prince avec sa vertu. Je ne lui en écris point. Ne lui en parlez que comme discourant ; qu'il est temps de la marier, et qu'il n'y a parti que celui-là. Car de nos parens, c'est pitié \ A Dieu, mon cœur, je te baise cent millions de fois. Ce dernier novembre.

A Monsieur de Faget *.

1588, Ters la mi-décembre.

Byssouse ^ m'a dit que vous vous portez bien en mariage. J'ai été bien aise d'avoir su de vos nouvelles. Continuez la volonté que vous m'avez témoignée. Les ennemis sont près de nous ^. M. de Nevers se veut faire battre '. Je te renonce si tu ne viens, mais je dis bientôt, car il ne se présenta oncques de plus belles occasions. Adieu, Faget, je suis Votre meilleur maître et plus affectionné ami,

Henry.

Si vous ne venez, je vous pendrai.

J'ai charge de Frontenac *, d'Harambure, Méragues, Bo-

' Il deviendra infailliblement roi d'Angleterre, puisque Elisabeth ne se mariera pas, n'aura pas d'enfants, et qu'il est son héritier.

^ Catherine refusa Jacques VI. « Pour celui-là, disait-elle plus tard à Sully, j'avoue que je fus si sotte, à cause de quelques fantaisies que j'avois lors en tète, que je n'y voulus point entendre. »

' Il n'y a alors dans la maison de Bourbon que le comte de Soissons, né en 1566, qui fût à marier. C'est de lui que parle le roi de Navarre, qui était absolument opposé à ce que le comte de Soissons épousât sa sœur.

"* Le baron de Fag-et était de la maison de Montesquieu ; il venait d'épouser Anne do Villeneuve, dame de la Serre.

5 M. deViçose, dont le roi de Navarre écrivait le nom Byssouse, comme il le prononçait, était un des secrétaires du roi de Navarre.

•^ Le roi de Navarre était à la Rochelle.

' Il venait d'entrer avec une armée dans le Poitou pour combattre les huguenots.

^ . Ce mien ancien et confident serviteur. » disait Henri IV en 1600 (lettre du 23 mai;.

[1588] LETTRES DE HENRI IV lO'J

nyères et de tous vos amis, et particulièrement de Madame.... qui nous nourrit une belle fille, devons baiser les mains de leur part. Quant à moi, je lie suis point votre valet; le diable vous emporte si vous le croyez.

Armagnac '.

Vous êtes désiré ici, et croyez-le, et que je suis votre serviteur,

De Yicose.

A Monsieur de Ségur.

158S, 20déceml)re.

Monsieur de Ségur, ayant su que votre fièvre vous augmentoit, j'ai dépêché ce laquais exprès pour savoir de vos nouvelles; et si avez affaire de M. Hortoman *, je vous l'enverrai. Si je n'étois à la tête ' de M. de Nevers, j'irois vous voir et vous assister avec autant d'aff'ection que si vous étiez mon père. A Dieu, monsieur de Ségur, lequel je prie vous donner la santé que je désire pour moi-même. Votre très-affectionné maître et parfait ami,

Henry.

A Madame la comtesse de &ra)nont.

1588, 22 décembre.'

Vous me pensiez soulagé pour être retiré en nos garnisons. Vraiment s'il se refaisoit encore une assemblée, je deviendrois fol. Tout est achevé et bien. Dieu merci. Je m'en vais à Saint-Jean assembler nos troupes, pour visiter M. de Nevers, et peut-être lui faire un signalé déplaisir,

' Premier valet de chambre du roi de Navarre. ^ Médecin du roi de Navarre.

' Devant.

110 LETTRES DE HENRI IV [lS89]

non en sa personne, mais en sa charge '. Vous en ouïrez parler bientôt. Tout est en la main de Dieu, qui a toujours L6ni mes labeurs . Je me porte bien, par sa grâce, n'ayant rien sur le cœur qu'un violent désir de vous voir. Je ne sais quand je serai si heureux. S'il s'en présente occasion, je lui montrerai que je sais bien qu'elle est chue. Je ne vous prierai pas de m'aimer ; vous l'avez fait que vous n'en aviez pas tant d'occasion. Il y a deux choses de quoi je ne douterai jamais : de vous, de votre amour et de sa fidélité. J'attends Lycerace; les bons amis sont rares. Vraiment j'acheterois bien cher trois heures de parlement avec vous. Bonsoir, mon âme ; je voudrois être au coin de votre foyer pour réchauffer votre potage. Je vous baise un million de fois. C'est le 22*^ décembre.

A la même .

158», 1" janvier.

Ne vous manderai-je jamais que prises de villes et forts? Anuit 2 se sont rendus à moi Saint-Maixent et Maillezais ^, et espère, devant la fin de ce mois, que vous ouïrez parler de moi. Le Roi triomphe * ; il a fait garrotter en prison le cardinal de Guise, puis montrer sur la place,vingt-quatre heures, le président deNeuilly ^ etle prévôt des marchands", pendus, et le secrétaire de feu M. de Guise ', et trois autres *. La

' Le roi de Navarre se préjiarait à enlever Niort, qu'il surprit en effet quelques jours après.

■^ ÂujourcVhui.

3 Petites villes du Bas-Poitou.

* Henri III venait de l'aire le grand coup d'Etat de Blols. Il avait fait tuer le duc de Guise le 23 décembre, le cardinal de Guise le lendemain, pendu plusieurs députés aux Etats, enragés ligueurs. Le roi de Navarre ne savait pas encore que le cardinal eût été tué.

' Etienne de Neuilly, premier président de la cour des Aides.

^ La Chapelle-Marteau, prévôt des marchands de Paris, gendre du président de Neuilly.

' Péricard. — Le roi de Navarre était mal informé. Péricard racheta sa vie et sa liberté eu trahissant les secrets de son maître.

^ Deux échevins de Paris, et le lieutenant civil d'Amiens.

Reine-mère lui dit : « Mon fils, octroyez-moi une requête que je vous veux faire. — Selon que ce sera, Madame. — C'est que vous me donniez M. de Nemours * et le prince de Joinville^ Ils sont jeunes, ils vous feront un jour service. — Je le veux bien, dit-il. Madame. Je vous donne les corps et en retiendrai les têtes *. » Il a envoyée Lyon pour attraper le duc du Maine. L'on ne sait ce qu'il en est réussi *. L'on se bat à Orléans, et encore plus près d'ici, à Poitiers, d'où je ne serai demain qu'à sept lieues. Si le Roi le vouloit, je les mettrois bien d'accord. Je vous plains, s'il fait tel temps où vous êtes qu'ici, car il y a dix jours qu'il ne dégèle point. Je n'attends que l'heure de ouïr dire que l'on aura envoyé étrangler la feue reine de Navarre ^. Cela avec la mort de sa mère " me feroit bien chanter le cantique de Siméon ', C'est une trop longue lettre pour un homme de guerre. Bonsoir, mon âme, je te baise cent millions de fois. Aimez-moi comme vous en avez sujet. C'est le premier de l'an.

Le pauvre Harambure est borgne, et Fleurimont s'en va mourir.

A la même.

1589, vers lami-janTJer.

Jère n'a pu être dépêché à cause de ma maladie, d'où je m'en vais dehors, Dieu merci ^. Vous ouïrez parler bientôt

' Charles-Emmanuel de Savoie, frère utérin du duc de Guise.

* Charles de Lorraine, fils aiué du duc de Guise.

3 Les deux jeunes princes furent cependant épargnés. Ils restèrent en prison, d'où ils s'échappèrent le premier eu 1591, le second en loOO.

* Mayenne échappa aussi et devint le chef de la Ligue.

5 Sa femme. Il pourrait alors se remarier, ou devine avec qui; mais Marguerite de Valois devait survivre à Henri IV.

fi Catherine de Médicis mourut le 5 janvier, quatre jours après que Henri IV écrivait ces lignes.

'' C'est le Nviic dimittis (Saint-Luc, ch. 2. v. 29).

* Le roi de Navarre venait d'avoir, à la Molte-Freslon, une pleurésie grave dont il fut très-bien soigné par son médecin, M. Hortoman ou Orthoman.

112 LETTRES DE HENRI IV [lD89l

de moi, à d'aussi bonnes enseignes que Niort. Si vous voulez dire vrai, cette dame, qui étoit venue, étoit bien fâcheuse ; je crois qu'elle vous a bien importuné. Je ne puis guères écrire. Certes, mon cœur, j'ai vu les cieux ouverts, mais je n'ai été assez homme de bien pour y entrer. Dieu se veut servir de moi encore. En deux fois vingt-quatre heures je fus réduit à être tourné avec les linceuls. Je vous eusse fait pitié. Si ma crise eût demeuré deux heures à venir, les vers auroient fait grand'chère de moi. Sur ce point me vient d'arriver nouvelles de Blois. Il étoit sorti deux mille cinq cens hommes de Paris pour secourir Orléans, menés par Saint-Pol *. Les troupes du Roi les ont taillés en pièces, de façon que l'on croit qu'Orléans sera pris par le Roi dans douze jours. M. du Maine ne s'émeut guères. Il est en Bourgogne. Je finis, parce que je me trouve mal. Bonjour mon âme.

A Monsieur le duc cVEpernon ^

1589, 28 janvier.

Mon cousin, je vous remercie de votre bonne Visitation, qui m'a été fort agréable. Je me porte, grâce à Dieu, de mieux en mieux, et m'en vais prêt à bien faire. Le sieur de Beaujeu vous dira comme j'ai été ce jourd'hui à la chasse. Il ne tiendra plus qu'à vous que je n'aie ce contentement de vous voir, à quoi je vous prie vous disposer, espérant vous envoyer dans peu de jours un gentilhomme qui vous fera plus particulièrement entendre mon intention. J'ai reçu quelques lettres que des miens ont surprises, et pour ce qu'elles parlent de vous, je vous les envoie. A Dieu, mon

' François d'Orléans, comte de Saint-Pol, fils du duc de Longueville, comte de Dunois.

^ Le duc d'Epernon, l'un des principaux favoris de Henri IH, poussait le Roi à s'allier avec le roi de Navarre.

cousin, excusez le malade et faites entièrement état de l'amitié de

Votre bien affectionné cousin et plus parfait ami,

Henry.

De Niort, ce samedi aS'' janvier 1589.

A Madame la comtesse de Gramont.

1589, 8 mars.

Mon cœur, Dieu me continue ses bénédictions. Depuis la prise de Châtellerault j'ai pris l'Ile-Bouchard, passage sur la Vienne et la Creuse, bonne ville et aisée à fortifier. Nous sommes à Montbazon, six lieues près de Tours, où est le Roi *. Son armée est logée jusques à deux lieues de la nôtre, sans que nous nous demandions rien ; nos gens de guerre se rencontrent et s'embrassent, au lieu de se frapper, sans qu'il y ait trêve ni commandement exprès de ce faire. Force de ceux du Roi se viennent rendre à nous, et des miens nul ne veut changer de maître. Je crois que Sa Majesté se servira de moi ; autrement il est mal ^, et sa perte nous est un préjugé dommageable. Je m'en revais à Châtellerault prendre quelques maisons qui font la guerre. Dites à Castille qu'il se hâte de se mettre aux champs. C'est à ce coup qu'il faut que tous mes serviteurs fassent merveilles. Car, par raison naturelle, avril et mai prépareront la ruine d'un des partis ; ce ne sera pas du mien, car, c'est celui de Dieu. Mon âme, le plus grand regret que j'aie en l'âme, c'est de me voir si éloigné de vous, et que je ne vous puis rendre témoignage que par écrit de l'amour que j'ai et aurai toute ma vie pour vous. Ce 8^ mars, de Montbazon. Je vous prie, envoyez-moi votre fils *.

' Henri III s^était retiré à Tours, avec le Parlement de Paris. Le roi de Navarre négociait alors son alliance avec Henri III.

* Après le meurtre des Guises, Catherine de Médicis avait déjà dit à son fils : « Dieu veuille que vous ne soyez pas ainsi devenu roi de néant.»

' Antoine de Gramont, mort en 1644. Il fut le père du chevalier de Gramont, l'auteur des célèbres mémoires.

414 LETTRES DE HENRI IV !l589]

A la même.

1589, 2>* mars.

Mon cœur, j'ai fait un voyage de huit jours vers le Berry, où je n'ai été inutile, ayant pris miraculeusement le château d'Argenton, place plus forte que Lectoure ; défait une troupe de cinquante hommes choisis de la Ligue qui la venoient secourir; réduit bien trois cens gentilshommes ligueurs, les uns à porter les armes avec moi, les autres promis de ne bouger, et ont pris sauve-garde, les autres contraints de ne bouger de chez eux, de peur qu'on ne leur prenne leurs maisons. J"ai pris aussi le Blanc en Berry, et dix ou douze autres forts. Gela s'appelle cent mile écus de revenu. Je me porte très-bien. Dieu merci, n'aimant rien comme vous au monde. J'ai reçu votre lettre, il n'a fallu guères de temps à la lire. Bonsoir, mon âme ; je vous baise un million de fois. C'est le 28'' mars, de Châtellerault.

A Monsieur de VEstang .

Henri III venait de s'allier le 3 avril, avec le Béarnais. La Sorbonne avait proclamé sa déchéance ; la Ligue était en pleine insurrection partout ; les Seize arrêtaient et mettaient à la Bastille les membres du Parlement qui voulaient, avec le président de Harlay, rester fidèles au Roi ; la plupart des grands seigneurs Tavaient abandonné ; il lui fallait s'allier avec Henri de Navarre, s'il voulait continuer la lutte. C'est ce qu'il fil. Les deux rois se réunirent au château de Plessis-lez-Tours, le 30 avril.

Monsieur derEstang,c'està ce coup qu'il faut que chacun s'évertue de bien faire. Le Roi se veut servir de nous contre ceux qui depuis tant d'années troublent son Etat, et pour ce il nous a accordé un passage sur la rivière de Loire. Je lui ai promis de le bien et fidèlement servir avec nos amis:

[1d89j lettres de HENRI IV 115

je VOUS tiens du nombre et m'assure qu'à une si belle occasion vous ne voudriez faillir. Je vous prie donc incontinent me venir trouver avec vos armes et chevaux droit au Pontde-Cé ; car de demeurer au logis tandis que nous serions aux mains avec ces Messieurs ', et qu'il y a une trêve générale accordée entre lui - et nous, je ne le puis croire. Assurezvous que vous serez le très-bien venu et reçu.

C'est à ce coup qu'il faut venir ; m'assure que vous ne me manquerez, puisque je vous en prie.

Votre bien affectionné ami.

Henry.

A Bressuire. ce Séjour d'avril.

A Monsieur de Lestelle.

lô«9, 19 avril.

Crapaud, que voulez-vous dire; il n'est pas temps peutêtre de venir? Votre frère dit que si, et Lavardin est aussi gros que vous, pour le moins. Laissons raillerie. Ne vous excusez, ce n'en est pas la saison. Mais si vous m'aimez, et si vous voulez que je le croie, montrez l'exemple aux autres. Je te prie. Crapaud, viens-moi trouver et amène ce que tu pourras ou ce que tu voudras ; car en quelque façon que je te voie, tu seras le bienvenu. Ce que nous avons fait jusques ici n'est pour rien compté, au prix de ce que nous ferons asteure. A Dieu : Viçouse vous verra : Viçouse vous dira tout. De Saumur, ce 19" avril.

Votre plus affectionné maître et ami,

Henry.

' De la Ligue.

5 Le Roi.

\\Q LETTRES DE HENRI IV [l589]

A Monsieur du Plessis- Mornay '.

1589, 30 avril.

Monsieur du Plessis, la glace a été rompue, non sans nombre d'avertissemens que, si j'y allois ', j'étois mort. J'ai passé l'eau ' en me recommandant à Dieu, lequel par sa bonté ne m'a pas seulement préservé, mais fait paroitre au visage du Roi une joie extrême; au peuple, un applaudissement non pareil, même criant : Vnent les Rois, de quoi j'étois bien marri. Il y a eu mille particularités que l'on peut dire remarquables *. Envoyez-moi mon bagage, et faites avancer toutes nos troupes. Le duc de Mayenne avoit assiégé Châteaurenaud ; sachant ma venue, il a levé le siège, sans sonner que la sourdine, et s'en est allé à Montoire et Lavardin. Demain vous aurez plus de nouvelles. A Dieu.

Du faubourg de Tours, où est le quartier de notre armée, ceSOe avril 1589.

Votre affectionné maître et meilleur ami,

' Du Plessis-Mornay était le principal publiciste du roi de Navarre et l'un de ses principaux conseillers. Comme tous les hommes remarquables de ces vigoureuses générations d'autrefois, il était à la fois capitaine, diplomate, administrateur, politique et écrivain. Fervent huguenot, il commença à se séparer de Henri IV au moment de son abjuration et perdit une grande partie de son crédit.

2 Trouver le Roi, au château de Plessis-lez-Tours. (voy. p. 114).

3 La Loire.

* « Il est incroyable la joie qu'un chacun montra avoir de cette entrevue, et avec quelles acclamations de liesse elle fut poursuivie : car il s'y trouva une telle foule, concours et affluence de peuple, nonobstant tout l'ordre qu'on s'essayât à y donner, que les deux Rois furent un grand quart-d'heure, dans l'allée du parc dudit Plessis, à se tendre les bras l'un et l'autre, sans se pouvoir joindre et approcher, tant la presse y étoit grande et le bruit des voix du peuple résonnant, qui crioit à grande force et exaltation : Vive le Roi, Vive le roi de Navarre, Vivent les Rois ! Enfin, s'élant joints, ils s'embrassèrent très-amoureusement, même avec larmes, principalement le roi de Navarre, des yeux duquel on les voyoit tomber grosses comme pois, de grande joie qu'il avoit de voir le Roi. . (P. de Lestai le.]

A Madame la comtesse de Gr amont.

Mon âme, je vous écris de Blois, où il y a cinq mois que l'on me condamnoit hérétique et indigne de succéder à la couronne, et j'en suis asteure le principal pilier. Voyez les œuvres de Dieu, envers ceux qui se sont toujours fiés en lui! Car y avoit-il rien qui eût tant apparence de force qu'un arrêt des Etats? Cependant j'en appelois devant Celui qui peut tout ', qui a revu le procès, a cassé les arrêts des hommes, m'a remis en mon droit, et crois que ce sera aux dépens de mes ennemis ^ Ceux qui se fient en Dieu et le servent ne sont jamais confus ^ Je me porte très-bien, Dieu merci, vous jurant avec vérité que je n'aime ni honore rien au monde comme vous *, et vous garderai fidélité ^ jusques au tombeau. Je m'en vais à Beaugency, où je crois que vous ouïrez bientôt parler de moi ^. Je fais état de faire venir ma sœur bientôt. Résolvez-vous de venir avec elle ^. Le Roi m'a parlé de la Dame d'Auvergne ^; je crois que je lui ferai faire un mauvais saut. Bonjour, mon cœur, je te baise un million de fois. Ce 18^ mai. Celui qui est lié avec vous d'un lien indissoluble.

' Ainsi font bien d'autres, a ajouté Corisande dans les interlignes. Toute la lettre est ainsi commentée par elle, et ses observations indiquent une disposition d'esprit peu bienveillante pour son royal amant.

* Tant mieux pour vous.

3 Voilà pourquoi vous y devriez songer . — Confus, confondus.

* Il n'y a rien qui y paroisse.

5 Corisande a ajouté au commencement de ce mot : l'in — et quand le mot est ainsi devenu Vinfidélité. elle dit alors : Je le crois.

8 Je n'en doute point : d'une ou d'autre façon.

^ Ce sera lorsque vous m'aurez donné la maison que m'avez promise près de Paris, que je songerai d'en aller prendre la possession et de vous en dire le grand merci.

'^ Marguerite de Valois, alors retirée au château d'Usson.

118 LETTRES DE HENRI IV [l589!

A la même.

1589, 21 mai.

Vous entendrez de ce porteur l'heureux succès que Dieu nous a donné au plus furieux combat qui se soit fait de cette guerre '. Il vous dira aussi comme M. de Longueville, de la Noue et autres ont triomphé près de Paris. Si le Roi use de diligence, comme j'espère qu'il fera, nous verrons bientôt les clochers de Notre-Dame de Paris. Je vous écrivis, il n'y a que deux jours, par Petit-Jean. Dieu veuille que cette semaine nous fassions encore quelque chose d'aussi signalé que l'autre. Mon cœur, aimez-moi toujours comme vôtre, car je vous aime comme mienne '. Sur cette vérité, je vous baise les mains. A Dieti, mon âme. C'est le 21" mai. De Beaugency.

Au Roi mon souverain seigneur.

iâéfl, 6 jnin.

Mon maitre *, vous savez comme le comte de Soissons s'étoit gouverné en mon endroit; si n'ai-je pour cela laissé de porter un regret infini du désastre qui lui est arrivé *, que je puis appeler ainsi, tant pour la façon de sa prise, que pour celui qui l'a pris. Dieu l'a puni justement pour sa présomption : si son maitre punissoit sa jeunesse, ce seroit

' Les ducs de Mayeuue et d'Aumale à la tête des Ligueurs avaient attaqué le faubourg baint^Symphorien à Tours, les 8 et 9 mai^ et avaient été repoussés par le comte de Chàtillon, fils de Coligny.

^ Ici Corisande a ajouté : « Vous n'êten à mol, m moi à vous. »

3 C'est ainsi qu'au temps de leur jeunesse, le roi de Navarre appelait amicalement Henri III. Après leur réunion au Plessis-lez-Tours, le roi de Navarre cessa d'appeler le Roi monseigneur et reprit l'ancienne appellation.

'* Le duc de Mercœur venait de le faire prisonnier à Château-Girons, près de Rennes.

trop. Ayez donc pitié de lui ; et asteure qu'il sera sage à ses dépens, retirez-le, vous en avez plusieurs moyens en votre main. Il a cet honneur de vous appartenir * ; vous obligerez toute sa race, non à vous servir, car ils le vous doivent, mais à vous aimer, qui est une chose à quoi les obligations forcent. Je ne le dis pour moi, car je vous jure devant Dieu que je n'aimerois un frère comme je vous aime. Pardonnezmoi ce hardi langage ; une douzaine des principaux de votre royaume vous le pussent-ils dire avec autant de vérité que je fais !

Mon avis sur ces circonstances est que, tant que vous ferez de diverses armées, il ne faut douter que ne soyez sujet à tels accidens. Je dirai donc que Votre Majesté doit avoir un chef aux provinces où il n'y en a point, avec ce qu'il lui faut seulement pour conserver ce que vos serviteurs tiennent, et faire que ce qu'il y aura de plus vienne tout à vous. Car rabattant l'autorité du chef, les membres ne sont rien. Ceux que vous envoyez aux provinces veulent tous vous acquérir quelque chose, et par là se rendre recommandables. C'est un juste désir, mais non propre pour votre service asteure. Trois mois de défensive par vos serviteurs, et vous employer ce temps à assaillir, vous mettent non du tout hors de peine, mais vos affaires en splendeur et celle de vos ennemis en mépris, grand chemin de leur ruine. Je puis vous donner ce conseil plus hardiment que personne ; nul n'a tant d'intérêt à votre grandeur et conservation que moi, nul ne vous peut aimer tant que moi, nul n'a plus expérimenté ceci que moi, à mon grand regret. Lorsque nous oyions dire : le Roi fait diverses armées, nous louions Dieu et disions : Nous voilà hors de danger d'avoir du mal. Quant nous entendions : le Roi assemble ses forces et vient en personne, et ne fait qu'une armée, nous nous estimions, selon le monde, ruinés. Votre Majesté juge sur cette comparaison la justice des deux causes ; la diflérence

' Le comte de Soissons était de la famille des Bourbons, branche de la maison de France.

120 LETTRES DE HENRI IV [lD89]

de rétablissement, du parti ; lesquels sont le plus aguerris. L'on dira : mais ils ont les capitales villes. Ce sont les aspics qu'ils nourrissent en leur sein, qui les tueront, si ce que dessus est fait ; mais si on leur donne loisir, ils ruineront et vous et eux. Mon maître, gardez cette lettre pour, si vous me croyez et qu'il vous en arrive mal, me le reprocher ; aussi qu'elle me serve d'acte de ma fidélité, si vous ne me croyez et que vous en trouviez mal. Montrez cet avis à qui il vous plaira. Je voudrois avoir donné beaucoup et être près de Votre Majesté, pour alléguer mille raisons qui font pour moi, qui seroient trop longues à écrire. Voici un coup de partie : résolvez mûrement et exécutez diligeamment. J'attendrai votre commandement comme Votre très-humble et très-obéissant sujet et serviteur,

Au même.

Mon maître, je vous avois écrit hier, tant pour le pauvre comte de Soissons, que mon avis sur ces circonstances. J'approuve l'élection du prince de Bombes * pour la Bretagne, et encore plus que votre voyage n'est retardé % car le bruit couroit partout qu'alliez en Bretagne; j'en étois enragé *, car pour regagner votre royaume, il faut passer sur les ponts de Paris. Qui vous conseillera de passer par ailleurs n'est pas bon guide. Mon maître, ayez pitié du comte de Soissons ; qu'il ne soit privé, par une longue prison, de vous faire service, et de s'en rendre capable en l'exerçant. Bien que ce

' Henri de Bourbon, prince de Bombes, fils aîné du duc de Montpensier. Nommé gouverneur de Bretagne, il lutta d'abord avec avantage contre le duc de Mercœur, mais il fut battu par lui, en 1592, à la bataille de Craon.

•■i N'est pas seulement différé, mais ne se fera pas.

3 Si le Koi va en Bretagne, il est ruiné, écrivait le roi de Navarre à Du Plessis-Mornay. Les raisons : ses ennemis feront courre le bruit qu'il fuit devant M. de Mayenne, etc. (Lettre du 24 mars 1589.)

porteur désirât de vous porter les fruits de son labeur, si Tai-je expressément dépêché pour le sujet de mon cousin, le comte, à qui je veux rendre ce que je crois qu'il ne pense pas. Mon maître, vous répondrez pour moi de mon bon naturel. M. de Marolles vous contera toutes nouvelles. Je remets le tout sur lui. Bonjour, mon maître; Dieu vous donne ce que je vous désire, et vous serez le plus heureux prince du monde. De Villiers, ce 7^.

Votre très-humble et très-obéissant sujet et serviteur,

Henry.

A Malet,

Conseiller, trésorier et receveur général de mes maisons et finances, à la Rochelle.

1589, 8 juin.

Malet, j'envoie par delà Pierre, présent porteur, garçon de ma garde-robe, pour chose que je lui ai commandée ; et pour ce qu'il y pourra séjourner jusques à ce que je le mande, ne faillez de lui fournir l'argent qui lui sera nécessaire pour la dépense et ce dont il aura besoin, et du tout en ferai expédier les mandemens nécessaires pour vos comptes; et ce pendant vous pourrez garder cette-ci, laquelle n'étant à autre fin, sur l'assurance que vous n'y ferez faute, je prierai Dieu vous avoir, Malet, en sa sainte et digne garde. De Villiers en Beauce, ce 8'' jour de juin 1389.

y Votre meilleur maître et assuré ami, » Henry.

» Armagnac* dit que je n'ai point de chemises, envoyez ') m'en *. »

' Jean d'Armagnac, premier valet de chambre du roi de Navarre. * Ce qui est entre guillemets est de la main de Henri IV.

A Madame la comtesse de Gramont.

1589, 24 juin.

Vraiment, j'appréhende de vous écrire, car vos lettres me témoignent que n'y prenez pas beaucoup de plaisir. Dieu bénit de plus en plus mes labeurs ; nous primes hier Pluviers *, et crois qu'Etampes suivra de près. Ce porteur vous contera si bien comme tout va, quej'aurois peur de vous importuner par vous en écrire le discours. Peguilain *, lieutenant de votre fils, a envoyé vers M. d'Epernon pour demander pour lui la compagnie. Je m'y trouvai et en rompis le coup ; pourvoyez-y, car le Roi fera servir ladite compagnie de votre fils, ou ici, ou auprès du Maréchal. Choisissez. Votre homme n'est encore venu pour le fait de 1 evêché. Quoique me fassiez, si n'aimé-je ni honoré-je rien que vous au monde. Sur cette vérité, je vous baise les mains un million de fois. De Pluviers, ce 24*^ juin.

A la mêHie.

1589, 14 juillet.

J'attends votre fils, qui n'est loin. Toutefois, ce quïl a à faire est le plus dangereux. Il s'accompagnera de quelques troupes qui me viennent. Nous sommes devant Pontoise, que je crois que nous ne prendrons pas. L'on l'a attaqué contre mon opinion; les plus vieux ont été crus. J'ai peur qu'ils revoyent. Hautefort fut tué hier, qui est perte pour la Ligue ^ Les ennemis et nous avons été en bataille tout ce jourd'hui, pêle-mêle, la rivière entre deux. Leurs troupes

' Nom aucicu de Pithivicrs.

'■' C'est ainsi qu'on prononçait et écrivait le noai actuel de Puy- Guilhem.

' Ce fut une telle perte pour la Ligue, que la mort de M. de Hautefort et la blessure de M. d'Alincourt. gouverneur de Pontoise, amenèrent aussitôt la capitulation de la ville.

ne sont pas égales aux nôtres, ni en nombre, ni en bonté. L'Isle-Adam s'est rendu anuy *, qui est un pont sur la rivière d'Oise. J'y vais loger demain. Il n'y a plus d'eau entre M. du Maine et moi ; il est à Saint-Denis. Nous nous joindrons aux Suisses dans six jours. M. de Longueville et de la Noue les mènent. Bien que nous soyons jour et nuit à cheval, si est-ce que nous trouvons cette guerre bien plus douce; l'esprit y est plus content^ Devant hierje fis voir mes troupes au Roi, passant sur le pont de Poissy. Je lui montrai douze cens maîtres et quatre mille arquebusiers. Mon cœur, j'enrage quand je vois que vous doutez de moi, et de dépit je ne tâche point de vous ôter cette opinion. Vous avez tort, car je vous jure que jamais je ne vous ai aimée plus que je fais, et aimerois mieux mourir que de manquera rien que je vous aie promis. Ayez cette créance et vivez assurée de ma foi. Bonsoir, mon âme, je vous baise un million de fois. Ce 14^ juillet, du camp, à Pontoise.

A Monsieur de Souvré^.

1589, 1" août.

Après de nombreux succès remportés sur les Ligueurs, Henri III joint au roi de Navarre et aux Suisses, arriva le 30 juillet devant Paris et campa sur les hauteurs de Saint-Cloud. « Ce seroit grand dommage, disait le Roi, de ruiner une si belle et bonne ville ; toutefois, il faut que j'aie raison des rebelles qui sont dedans ; c'est le cœur de la Ligue, c'est droit au cœur qu'il faut la frapper. • Paris n'avait pour se défendre que les 10,000 hommes de Mayenne ; mais la démagogie turbulente, qui suivait les chefs de la Ligue, trouva dans Jacques Clément l'assassin qui devait traduire en action les haines féroces qui animaient ces foules exaspérées par la peur.

Monsieur de Souvré, la prospérité des affaires du Roi ,

* Aujourd'hui.

* Le futur roi, et grand roi de France, devait être en effet content de ne plus être un rebelle.

' Gilles de Souvré, marquis de Courtenvaux, mort en 1626, âgé de quatre-vingt-quatre ans. Il était alors gouverneur de Tours. Serviteur dévoué de Henri III, il était très-aimé du roi de Navarre, qui plus tard le nomma gouverneur du Dauphin.

après la reddition de Pontoise et la prise du pont de Saint- Cloud, que les Ligueurs ont quitté lâchement, a bien cuidé* être changée par le plus malheureux acte qui fut jamais commis ; mais Dieu a préservé Sa Majesté miraculeusement pour rendre, comme je crois, ses ennemis plus coupables et en avancer la ruine. La résolution de cet hypocrite cafard s'est exécutée ; le coup s'est donné, mais il n'a pas porté comme il espéroit ; tellement que nous sommes assurés de la guérison. Vous pouvez penser quel ennui ce nous a été du commencement. J'étois près les faubourgs Saint-Germain quand le Roi m'a mandé que je le vinsse trouver. Etant arrivé, il m'a commandé de tenir le Conseil. Cet acte au reste nous a tous redoublé le courage et le désir de le venger sur la tête de ses ennemis, qui voyant leur dessein n'avoir réussi à leur gré, en crèveront de dépit et sentiront bientôt l'horreur de leur jugement. Tenez toutes choses dans votre gouvernement en état, qu'il n'y arrive aucune altercation ; vous ayant bien voulu écrire la présente pour vous témoigner que Sa Majesté est hors de danger 2, et que dans six jours Elle pourra monter à cheval. Assurez-vous aussi. Monsieur de Souvré, de mon amitié, et croyez que je suis

Votre plus affectionné et meilleur ami,

Henry.

A Saint-Cloud, ce premier d'août .

L'avis que j'ai eu de la disposition du Roi, depuis la présente écrite, me fait maintenant changer de style, étant les chirurgiens en grand doute de sa guérison. S'il en avient faute (que Dieu ne veuille ! ), je te prie, mon ami, de me vouloir être tel que je me suis toujours promis. Je m'assure qu'un bon cœur n'aimera jamais la Ligue, ayant fait un si malheureux acte. Croyez Lambert de ce qu'il vous dira de ma part, et que n'aurez jamais un meilleur ami que moi.

' A bien cru.

* Ce fut d'abord Ta vis des chirumieus.

A Monsieur de Grillon.

15?9, au commencement d'août.

Parmi la presse de mille et mille affaires, si aurez-vous ce mot de ma main, pour vous assurer combien je prise l'affection que vous m'avez toujours gardée. Vous aurez beaucoup de regret à notre commune perte ; vous avez perdu un bon maitre, mais vous éprouverez que j'ai succédé en la volonté qu'il vous portoit. A Dieu.

Henry.

A ma cousine la duchesse de Montmorency ' .

1 589, au commencement d'août.

Ma cousine, Gharetier ^ vous dira ce qu'il me semble que l'on doit faire pour vos sujets de Montmorency. J'ai vu ce que l'on vous mande de Languedoc^, de quoi je suis trèsaise. La mutation de règne ne diminuera point à mon cousin M. le Maréchal l'envie de bien faire, car il sait bien que je Taime mieux que ne faisoit pas l'autre. Je vous verrai demain, qui me fera finir. Bonjour ma cousine.

Henry.

A Madame la comtesse de Gramont.

1589, 9 septembre.

Mon cœur, c'est merveille de quoi je vis au travail que j'ai. Dieu ait pitié de moi et me fasse miséricorde, bénissant mes labeurs, comme il fait en dépit de beaucoup de gens ! Je me porte bien, et mes affaires vont bien, au prix de ce

' Antoinette de la Marck, femme de Henri I", duc de Montmorency, maréchal de France, gouverneur du Languedoc. * Secrétaire du duc de Montmorency.

' Où se trouvait le duc de Montmorency, qui en était gouverneur.

126 LETTRES DE HENRI IV [l589]

que pensoient beaucoup de gens. J'ai pris Eu. Les ennemis qui sont forts, au double de moi, asteure, m'y pensoient attraper ; ayant fait mon entreprise, je me suis rapproché de Dieppe et les attends à un camp que je fortifie. Ce sera demain que je les verrai, et espère avec l'aide de mon Dieu, que s'ils m'attaquent, ils s'en trouveront mauvais marchands. Ce porteur part par mer ; le vent et mes affaires me font finir, en vous baisant un million de fois. Ce 90 septembre, dans la tranchée à Arques.

A Monsieur de Vivans ' .

1599, 23 septembre.

Monsieur de Vivans, je m'étonnerois d'avoir si longtemps demeuré sans entendre de vos nouvelles, ne toit que je m'assure que la difficulté des chemins en est la seule cause, comme ce Test aussi de ce que vous n'avez plus souvent des miennes. Je pensois toujours me rapprocher de la rivière de Loire, et lorsque les passages de là à vos quartiers ne seroient plus si mal aisés, mais mon séjour a été de deçà plus long que je ne pensois : premièrement par occasion, pour y recouvrer plusieurs petites places que y tenoient les ennemis, qui incommodoient fort le pays; et depuis par force, parce que le duc du Maine et tous ses parens, avec toutes les plus grandes forces qu'ils pourroient avoir de longtemps, m'y sont venus trouver et fermer mon passage, publiant déjà la chose que j'espère en Dieu qui ne leur adviendra jamais -. Il y a quinze jours que leur armée n'est point à plus de trois lieues de moi. Il y en a huit entiers

• Geoffrojr de Vivans, capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur du Périgord et du Limousin, tué d'un coup de mousquet en 1592.

^ Le duc de Mayenne avait écrit à tous les princes étrangers qu'il tenait le roi de Navarre acculé dans un coin, d'où il ne pouvait sortir qu'en se rendant à lui ou en se jetant à la mer. Madame de Montpensier annonçait qu'avant huit jours on amènerait en triomphe à Pans le Béarnais garrotté ; on louait fort cher et on pavoisait les fenêtres du fauhourg Saint- Antoine, pour le voir passer quand on le conduirait à la Bastille.

que nous sommes logés à deux arquebusades les uns des autres. Je ne vous dirai point ici les particularités de ce qui s'est passé ' ; j'ai mieux aimé le vous faire voir en un mémoire que j'en ai fait rédiger par écrit et à la vérité, que je vous envoie. Par où vous verrez qu'ils ne se sont guères bien servi de leur avantage ^ lequel j'espère qu'ils ne garderont pas longtemps, et qu'il commencera à tourner de mon côté dans trois ou quatre jours que mes cousins, le comte de Soissons, de Longueville et maréchal d'Aumont seront joints à moi avec plus de deux mille bons chevaux et dix mille hommes de pied qu'ils amènent avec eux, compris les Reîtres qu'a amenés Tisels Schomberg et les Suisses que je leur avois laissés. J'attends aussi en même temps quatre mille Anglois que m'envoie la reine d'Angleterre. Quand tout cela sera joint ensemble, la troupe sera assez bonne pour leur donner de l'exercice, comme c'est bien mon intention de le faire. Mais la façon dont ils se sont comportés aux précédentes occasions me fait soupçonner qu'ils ne feront point de conscience de ne nous attendre pas. Je ne leur en donnerai pas la peine, si je puis, et serai à eux de si bonne heure, que la patience n'en sera pas longue. Je prévois que tout ce que je vous en dis ne fera que vous accroître le regret que vous aurez de ne vous pouvoir trouver en cette occasion. Je le regrette autant que vous le sauriez faire, tant pour le contentement que j'aurois de vous voir près de moi, que parce que je sais que vous y seriez très-utile. Mais mes affaires sont en tel état que en quelque part de mon royaume que soient mes serviteurs, ils trouvent assez de quoi s'occuper. J'ai prou ^ de sujets de connoître avec quelle affection vous le faites, aux occasions

' La bataille d'Arqués, suite d'engagements et de rencontres qui durèrent quinze jours, pendant lesquels Mayenne et ses .30,000 hommes ne Surent venir à bout de forcer Henri I\ et ses 7,000 soldats retranchés ans le camp d'Arqués. La journée principale, celle qui porte le nom de bataille d'Arqués, est du 21 septembre.

* Leur nombre.

' Beaucoup.

qui se présentent. J'espère que vous connoîtrez aussi quelque jour que j'aurai eu bonne souvenance; car si je reçois quelque contentement de ce qu'il a plu à Dieu m'appeler à plus grande fortune, c'est principalement pour le désir que j'ai d'en faire part à mes bons et anciens serviteurs, au nombre desquels vous savez que je vous ai toujours reconnu, et des premiers. C'est ce que je vous dirai pour cette fois : sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur de Vivans, en sa sainte et digne garde. Ecrit au camp d'Arqués, ce vingt-troisième jour de septembre 1589.

Henry.

A Monsieur de Harambure K

1589, 1" novembre.

Après la bataille d'Arqués, Henri IV se porta sur Paris et enleva, le 1" novembre, après un rude combat, les faubourgs de Paris qui furent livrés au pillage. La Noue essaya le lendemain de s'emparer de la Cité, pendant que M. de Harambure attaquait la porte Saint-Germain ; cette double attaque échoua, et Mayenne arrivant, le 3 novembre, Henri IV décampa et se retira à Tours.

Borgne, prenez quarante ou cinquante maîtres, et allez donner jusques dans les portes de Paris. Il faut en savoir des nouvelles, car l'on tient que l'armée des ennemis revient là. Ce porteur est brave et gentilhomme d'honneur; il sait tout le pays. Bonsoir, Borgne, menez trente arquebusiers.

Votre meilleur maître, Henry.

' Jean de Harambure, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi de Navarre, avait été élevé avec lui dès Teniance : aussi le Roi l'aimai t-il beaucoup et le traitait avec une grande familiarité. Après l'avènement de Henri IV, il fut nommé grand giboyeur de sa maison, commandant de sa compagnie de chevau-légcrs et gouverneur de Vendôme. M. de Harambure mourut en 1624. Le musée de Versailles possède un joli portrait de l'ami de Henri IV.

* M. de Harambure avait perdu un œil dans un combat livré dans les derniers jours de 1588. (Voyez la lettre du 1" janvier 1589.)

[l589] LETTRES DE HENRI IV 129

A Monsieur de Grillon.

1589, 6 noTcmbre.

Monsieur de Grillon, pour la multitude d'affaires desquelles j'étois chargé lorsque j'envoyai Mont-Basin par delà, je n'eus le moyen de vous écrire; bien lui commandai-je de vous voir de ma part et me rapporter de vos nouvelles : à quoi j'estime qu'il a satisfait, puisqu'il m'a dit que vous vous portiez mieux, de quoi j'ai été infiniment aise. J'ai commandé au sieur de la Borde, que j'ai chargé de cette-ci, de vous voir de ma part, vous dire de mes nouvelles, et comme nous avons été trois jours aux faubourgs de Paris, et comme j'espère de vous voir bientôt, puisque nous tournons la tête vers la rivière de Loire. Ce pendant, assurezvous toujours de mon amitié, et croyez que vous trouverez en moi ce que vous avez perdu au feu Roi, mon seigneur et frère : et sur ce, je prie Dieu vous avoir. Monsieur de Grillon, en sa sainte garde. Ecrit au camp d'Etampes, ce sixième jour de novembre 1589.

Henry.

A Monsieur du Plessis-Mornay.

1589, 7 novembre.

Après son avènement, Henri IV se trouva dans une position plus que difficile, et pour la surmonter, il lui fallut les fortes qualités dont il était doué, une confiance illimitée dans la justice de sa cause et la grâce de Dieu, et surtout son ardent patriotisme. Les Catholiques exigeaient qu'il abandonnât les Protestants ; les Protestants voulaient qu'il renvoyât les Catholiques. Dût le pays y périr, les uns et les autres ne voulaient que le triomphe de leur parti. Nous avons revu depuis cet entêtement antipatriotique des partis, mais nous n'avons pas retrouvé Henri IV pour dompter leur entêtement. Henri IV garda les ministres de Henri III et les grands officiers de la Couronne, et se manifesta ainsi à tous comme son successeur ; il conserva bon nombre de Catholiques dans son armée, surtout après que M. de Givry lui eût dit : « Vous êtes le roi des braves, et il n"y a que les poltrons qui vous quitteront. ■ Il eut plus

de peine avec les Huguenots, dont l'esprit étroit ne pouvait s'accommoder aux larges vues du Roi ; il chercha à les calmer, et pour ce faire écrivit à un de leurs princi]jaux chefs, du Plessis-Mornay, la lettre suivante :

Monsieur du Plessis, depuis un mois il a passé certain bruit de quelque remuement qu'on s'est efforcé de faire en un colloque tenu à Saint-Jean, tendant à l'élection d'un nouveau protecteur de nos églises *, fondé sur l'incertitude de ma persévérance en la Religion, sur la conservation des personnes, et entremise ou direction des affaires d'icelle ; comme si je m'étois du tout jeté entre les bras des uns et que j'eusse quitté ou abandonné les autres; entre lesquels y a des malcontens qui se servent de tous les artifices qu'ils peuvent pour y attirer nos églises de deçà. Vous savez ce que l'on brassoit sous main à la dernière assemblée tenue à la Rochelle. Geux-là pensent avoir maintenant trouvé l'occasion tout à propos, pour la prendre au poil, et en épluchant mes actions et déportemens, m'accuser d'inconstance, et, sous prétexte d'icelle, parvenir à leurs desseins. Il n'est pas que vous n'en ayez ouï parler; mais comme celui qui sait les choses passées, et qui peut autant que nul autre répondre de ma résolution, je vous prie tenir les dites églises et toutes autres personnes que pourrez, averties que telles procédures sont illicites, pleines de calomnies et de mensonge. Je sais que les gens de bien vous croiront, et leur montrant cette lettre y ajouteront foi. Car si je connoissois particulièrement ceux qui ourdissent telles entreprises, je leur écrirois; mais encore afin de les rendre plus capables des choses passées, je vous dirai qu'incontinent après la mort du feu Roi, ses serviteurs catholiques me vinrent trouver, me reconnoissant pour son successeur légitime et me firent, à la vérité, démonstration de beaucoup d'affection. Le seul scrupule de leur religion les retenoit : sur quoi, après plusieurs contestations, je fis

* Le vicomte de Turenne et le 'duc de Thouars cherchaient à se faire élire.

[Iu89] LETTRES DE HENRI IV 131

la protestation qu'avez vue ', pour les conserver sous mon obéissance et l'Etat tout ensemble; car c'étoit la plupart officiers de la couronne. A cela j'eus les sieurs de Châtillon, de la Noue, de Beauvais-la-Nocle, de Guitry et plusieurs autres pour témoins et conseillers. On se plaint de ces mots que Dieu absolve *, insérés dans la dite protestation ; ils en furent par moi rayés, et ne se trouveront point en l'original. Je ne puis pas empêcher ceux qui en ont envoyé des copies de l'avoir ajouté ou baillé à l'imprimeur. Ils disent que j'ai démis les officiers de la Religion qui vi voient avec quelque commodité, employés en de petites charges, que les ministres ne sont plus payés, que les commissaires pour l'exécution de la trêve ont, contre le contenu d'icelie, remis les offices royaux, l'exercice de la religion romaine ' ; qu'on veut anéantir l'établissement des chambres ^ ; bref, qu'en la religion, en la justice et aux finances, leur condition est pire qu'elle n'étoit du vivant du feu Roi, qui n'eût touché à ces choses, ains les eût laissées en l'état qu'elles étoient, ne se ressentant aucunement de l'accroissement de ma dignité, ni de la faveur qu'on se promettoit à mon avènement à cette couronne ; qu'ils ne voient aucun acheminement à la paix, étant j à la trêve plus que demi-passée et les six mois bien avancés.

Voilà ce dont ils font semence et fondement pour faire naître ou bâtir un nouveau protecteur. Je ne sais qui pourroit être cestui-là, qui ait tant exposé sa vie aux dangers, son labeur et ses biens, pour me priver de cet office, à présent confus^ avec ma dignité, et lorsque j'ai plus de moyen de le rendre plus illustre et plus assuré pour eux que jamais.

' Il s'agit de la déclaration du 4 août, par laquelle Henri IV jurait de conserver la religion catholique et s'engageait à se faire instruire par un bon et légitime concile général ou national.

^ En parlant de Henri III. Les Protestants regardaient ces mots comme une sort* de déclaration de catholicisme.

^ Il y a sans doute ici quelque chose de passé dans le texte de cette lettre publiée par du Plessis-Mornay dans ses Mémoires.

* Des chambres mi-parties établies dans les parlements.

' Confondu.

132 LWTTRES DE HENRI IV [l589]

De dire que c'est pour doute que je veuille changer de religion, j'ai persisté, grâces à Dieu, constamment jusqu'à cette heure; mais chacun sait les brouilleries et difficultés que j'ai eues à mon avènement, et que j'ai encore; combien de personnes farouches j'ai eu à apprivoiser, en leur ôtant de la fantaisie que je ne tâchois qu'à m'établir, pour puis après renverser leur dite religion; la peine que j'ai eu de retenir la plupart de nos Suisses et beaucoup de la noblesse, qui menaçoient de prendre parti avec la Ligue, à regagner le peuple, presque partout séduit et dévoyé par les séditieux sermons des prêcheurs. Ce non obstant, au milieu de ces travaux et au plus fort de mes affaires, une bonne partie des nôtres m'a laissé, et quelque prière ou remontrance dont j'aie usé, ils ont voulu retourner chez eux. Je ne les ai point pourtant oubliés, les aimant tous autant que je fis jamais; mais comme j'avois promis de ne pourvoir aux charges d'aucunes personnes de la Religion de six mois, il a été bien raisonnable de communiquer et conférer plus ordinairement avec ceux que j'ai trouvés établis qu'avec les autres qui n'avoient aucune administration, joint leur fidélité et affection, pour laquelle je ne pouvois moins que les continuer.

Quant à la paix et la condition en laquelle on se plaint être pirement traité que l'on n'eût été du vivant du feu Roi, avec autres mécontentemens que l'on se forge, vous savez, M. du Plessis, que ma résolution étoit, il y a deux mois, d'aller à Tours, pour, avec mon Conseil et ma Cour de parlement, pourvoir à toutes ces choses et à tous moyens de rendre mes sujets d'une et d'autre religion satisfaits et de mes promesses et du bon traitement qu'ils pouvoient espérer de moi. Pour cet effet, j'avois divisé mon armée en trois; l'une pour l'Ile-de-France, l'autre pour la Champagne et la Bourgogne, retenant la troisième près de moi. Mais comme je pensois passer au Pont-de-l'Arche, étant conseillé d'aller assurer ma ville de Dieppe, et pour tirer plusieurs commodités dont j'ai été secouru par ma bonne

sœur la reine d'Angleterre, voici l'armée du duc de Mayenne, avec laquelle j'ai toujours été depuis aux mains. Vous savez les exploits qui se sont passés; je n'en dirai rien davantage, sinon que j'y ai grandement éprouvé la faveur et assistance de Dieu, et n'ai point intermis * l'exercice de la Religion partout où j'ai été, tellement que telle semaine sept prêches se sont faits à Dieppe par le sieur d'Amours. Est-ce de là donner argument ou indice de changement? Si je n'ai parlé si souvent ou caressé ceux de la Religion, comme ils désiroient, la gravité de tant d'affaires m'en pouvoit dispenser; si je n'ai pourvu à toutes leurs nécessités, le pouvois-je faire de moi-même en un tel changement, et ayant une telle armée sur les bras? Cependant l'impatience de telles gens, qui ne voient ni considèrent mes actions, qui voudroient que je bandasse l'arc de mes affaires à la corde de leurs passions, ou bien que je leur rendisse compte de mes conseils, et qui voudroient encore me donner loi en ce qui dépend de l'administration que Dieu m'a commise, tâche de séparer de moi ceux avec lesquels j'ai si longtemps conversé, ceux que je pense m'être doublement acquis, ceux que j'aime d'un amour paternel et desquels la conservation ne sauroit être si chère à personne qu'à moi. C'est assez pour vous qui savez mes affaires. Je vous donne toute créance pour écrire et dire sur ce sujet ce que connoîtrez être de la vérité, selon les circonstances du temps et des personnes que vous jugerez convenables et capables de ces raisons. A Dieu, Monsieur du Plessis, auquel je prie vous avoir en sa sainte garde. Au camp d'Etampes, ce 1^ novembre 1589.

Henry.

' Mis un intervalle, une discontinuatiou.

A Madame la comtesse de Gr amont.

1589, Tcrs le 20 novembre.

Mon cœur, ne doutez pas que je ne prenne bien garde à moi, mais ma principale assurance est en Dieu, qui me gardera par sa grâce. Votre fils sera ici anhuy \ du tout guéri. Nous sommes devant Vendôme, que j'espère prendre demain, et veux nettoyer les environs de Tours, devant qu'y aller. Il n'est pas croyable les menées qui se font partout; je dis dedans nous-mêmes ; le diable est déchaîné. Dieu sera sur tout, par conséquent mes affaires iront bien, car j'ai en lui toute ma confiance. Soyez toujours assurée de ma foi, elle est inviolable. Bonjour, mon âme, je m'en vais aux tranchées. Je te baise un million de fois. Nos Reitres sont entrés en Champagne, c'est-à-dire les trois mille, et cinq mille Lansquenets ^ ; car la grande levée ne viendra qu'en juin. Dans deux jours, j'y envoie le maréchal d'Aumont pour les employer en Lorraine, jusqu'à ce qu'ayant fait mes affaires à Tours, je les puisse aller joindre, qui sera à la mi-décembre, et pense vous pouvoir assurer que dès la fin de janvier je serai dans Paris. A Dieu.

A Monsieur de Soutiré.

15S9, 25 novembre.

Monsieur de Souvié, tout hier je séjournai en cette ville pour attendre nouvelles de Montrichard ^ ; maintenant je monte à cheval pour m'en aller droit au Mans. Assurez ceux du dit Montrichard que si cette fois ils font les trompeurs, que je les ferai tous pendre; et leur envoyez la présente

> Aujourd'hui.

^ Soldats de pied, levés en Allemagne.

^ M. de Marolles venait de s'emparer de cette petite ville et de là les Ligueurs incommodaient fort la ville de Tours. Il se rendit aussitôt à M. de Souvré.

pour assurance de ma promesse, à laquelle je vous jure que je ne manquerai nullement. Et sur ce, Dieu vous ait, Monsieur de Souvré, en sa garde. A Tours, ce 2o« novembre.

Henry.

A Madame la duchesse de Nevers ' .

1589, 16 décembre.

A la mort de Henri III, le duc de Nevers, en homme avisé, était resté neutre entre le Roi et la Ligue, attendant que la fortune lui montrât le chemin qu'il fallait prendre. La bataille d'Arqués le décida à se rallier à Henri IV, dont il devint l'un des meilleurs serviteurs.

Ma cousine, j'ai toujours eu cette opinion de votre bonne volonté et affection en mon endroit, comme je Gonnois même par la lettre que m'avez écrite par ce porteur, que j'en ai grande occasion. Vous ne pouviez faire paroitre cette affection à personne qui vous aime plus que moi, et qui désire plus votre contentement et celui de mon cousin le duc de Nevers, votre mari. Vous le connoitrez toujours par effet; aussi veux-je croire qu'en tout ce que je puis espérer de secours et d'avancement en mes affaires par le moyen de mon dit cousin et de vous, j'en recevrai contentement. Je vous prie faire état de mon amitié, et tout ainsi que vous m'assurez que mon dit cousin sera toujours tel en mon endroit qu'il a été et qu'il doit être, et que j'aurai occasion d'être content de lui, je vous prie aussi lui dire qu'il n'a jamais eu Roi qui l'ait aimé plus que moi et qui ait eu plus de volonté de reconnoitre ses services et le traiter selon ses mérites, que j'ai, comme il connoitra en tout ce qui s'offrira pour son contentement. Conservez-lui

• Henriette de Clèves, fille de François \" de Clèves, duc de Nevers, née en 1342. Elle hérita de son frère François II, duc de Nevers, du duché et l'apporta à son mari, Louis de Gonzague, qu'elle épousa en

donc cette bonne volonté, et me continuez la vôtre, et vous trouverez tous deux en moi toute l'amitié que vous sauriez désirer. Sur cette vérité, je prie Dieu, ma cousine, vous avoir en sa sainte garde.

Ecrit à Laval, le 16« décembre.

Henry.

Ma cousine, si vous êtes honnête femme, vous viendrez à Tours voir votre cousin, pour y passer une partie de Thiver, et là nous rirons à bon escient et passerons bien le temps. Faites cela, je vous prie.

A Mo7isieîir de Vivans.

1589, 16 décembre.

Monsieur de Vivans, je vous ai, depuis peu de jours, écrit par le sieur de Frontenac, auquel j'ai outre ordonné charge particulière de vous voir, pour vous dire de l'état de ma disposition et de tous mes affaires qui vont. Dieu merci, prospérant de jour à autre. Cette-ci sera seulement pour vous dire que mon cousin le maréchal de Matignon m'a écrit que l'une des deux maisons ' que vous avez dernièrement prises, estimant qu'elles fussent à ceux de la Ligue, appartient à un qui est mon serviteur et qui n'est point de la Ligue.

Pour cette occasion, je désire que vous lui faites rendre la dite maison, à la charge, s'il y a quelque fortification, de la faire démolir, comme pareillement à l'autre, n'étant point nécessaire d'y tenir aucune garnison ni y faire, pour ce, lever aucune imposition; n'y ayant rien dont mes pauvres sujets soient plus travaillés que de tous ces petits forts, desquels en mon cœur j'ai bien juré la ruine -. Il faut venir

' Châteaux.

* Sur ce point, comme sur plusieurs autres, le cardinal de Richelieu mit à exécution les idées de Henri IV ; il fit démolir un grand nombre de châteaux-forts.

aider ici à ruiner et rompre la tête à mes ennemis, comme je fais bien état que vous serez, à ce printemps, de la partie. Je vous prie de vous y disposer de bonne heure et m'amener la meilleure troupe que vous pourrez. Mon cousin le vicomte de Turenne m'assure aussi quïl viendra, et pourrez venir de compagnie. Vous pouvez être assuré d'être toujours aussi bien vu et reçu que jamais. C'est des anciens services que j'ai toujours la mémoire la plus fraîche. Vous aurez su du dit sieur de Frontenac comme il me laissa au partir du Mans, que je fis conduire l'armée par mon cousin le maréchal de Biron, à Alençon, pendant que je m'en venois faire unpetit voyage jusques ici, pour m'assurer de quelques autres villes de cette province : ce que j'ai fait, ayant achevé de nettoyer la Touraine, l'Anjou et le Maine. Je partirai demain pour aller trouver mon armée au dit Alençon, que j'espère recouvrer comme les autres. Et si la Fortune nous veut rire, je vous assure que le mauvais temps ni les mauvais chemins ne m'empêcheront pas de la suivre, en quelque part qu'elle se présente ; sans porter envie au duc de Mayenne, qui se repose à Paris, où j'espère bien me reposer aussi quelque jour à mon tour. C'est ce que je vous dirai pour cette fois : priant Dieu, Monsieur de Vivans, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. Ecrit à Laval, ce 16« jour de décembre 1589.

Henry.

A ma cousine la duchesse de Montmorency.

1Û90, 7 janyier.

Ma cousine, vous verrez par la lettre que j'écris à mon cousin, votre mari, la bonne affection que je lui porte. Je vous prie me continuer la vôtre, et le disposer à me venir trouver le plus tôt que faire se pourra. Assurez-le particulièrement que je l'aime et me fie tellement en lui, que je veux, comme il sera près de moi, m'y reposer de la plupart

138 LETTRES DE HENRI IV [l590]

de toutes mes affaires^ ne trouvant à la vérité personne si capable ni si digne de me soulager que lui au travail que je prends tous les jours. Je vous prie derechef solliciter fort mon dit cousin de venir promptement. Depuis que je ne vous ai vue, j'ai pris le Mans, Alençon, Argentan et cette ville de Falaise de force. Je continue toujours mon voyage; j'espère que dans huit jours la Normandie sera nette de Ligueurs, et qu'il n'y restera que Rouen, et que la Bretagne sera aussi bientôt après au même état. Voilà comment Dieu m'assiste. Je le prie, ma cousine, qu'il vous ait en sa garde. Je me recommande à mademoiselle de Rieux K Ecrit à Falaise le 7" janvier.

A Madame la comtesse de Gramont.

1590, 8 janvier.

Mon âme, depuis le parlement do Lycerace, j'ai pris les villes de Séez, Argentan et Falaise, où j'ai attrapé Brissac* et tout ce qu'il avoit mené de secours pour la Normandie. Je pars demain pour aller attaquer Lisieux, en m'approchant du duc de Mayenne, qui tient assiégé Pontoise. Mes troupes sont crues depuis le départ de Lycerace de bien six cens gentilshommes, et deux mille hommes de pied; de façon que, par la grâce de Dieu, je ne crains rien de la Ligue. J'ai fait la cène anhuy ', que je ne pensois pas faire en Normandie, il y a un an. Je vous dépêcherai dans trois jours un de mes laquais par mer, car je suis sur le bord. Certes, je fais bien du chemin, et vais comme Dieu

* Suzanne de Rieux, seconde fille de Guy dé Rieux, seigneur de Châteauneut', dite la belle Chàteauneuf. Elle avait épousé Antonetti, que Henri III tua de sa main, en 1577, pour avoir sa femme dont il était amoureux.

* Charles de Qossé, comte de Brissfic, un des principaux chefs de la Ligue, celui qui li\«ra Païis à Henri IV en 1594.

* Aujourd'hui.

me conduit; car je ne sais jamais fee que je dois faire au bout; cependant mes faits sont des miracles, aussi sont-ils conduits du grand Maître. Je^ n'aime rien que vous, et en cette résolution je mourrai, si ne me donnez occasion de changer. Je me porté très-bien^ Dieu merci; fort. à votre service. A Dieu, mon cœur, je te baise un million de fois. De Falaise, ce 8® janvier.

A la même.

1590, 16 janvier.

Mon cœur, vous n'avez daigné m'écrire par Viçose. Pensez-vous qu'il vous siée bien d'user de ces froideurs? Je vous en laisse à vous-même le jugement. J'ai été très-aise de savoir de lui le bon être auquel vous êtes; Dieu vous y maintienne, et me continue ses bénédictions comme il a fait jusques ici. J'ai pris cette place sans tirer le canon que par moquerie, où il y avoit inille soldats et cent gentilsbommes. C'est la plus forte que j'ai réduite en mon obéissance, et la plus utile, car j'en tirerai 60,000 écus. Je vis bien à la huguenote, car j'entretiens 10,000 étrangers et ma maison de ce que j'acquiers chacun jour. Et vous dirai que Dieu me bénit tellement, qu'il n'y a que peu ou point de maladies en mon armée, qui augmente de jour à autre. Jamais je ne fus si sain, jamais vous aimant plus que je fais. Sur cette vérité, je te baise, mon âme, un million de fois. De Lisieux, ce 16^ janvier.

A Monsieur de Grillon.

1590, 26 janricr.

Monsieur de Grillon, j'ai trouvé votre frère en cette place de Honfleur, résolu, dit-il, de s'opiniâtrer contre l'exemple que vous lui avez donné de meilleur conseil; dont je suis

140 LETTRES DE HENRI IV [l590]

bien marri, pour avoir connu tant d'affection et de valeur en vous, qu'il me veuille faire dommage aux miens, ni entendre quoi que ce soit, à mon très-grand regret. Mais puisque j'en suis si avant, j'espère que Dieu me donnera aussi bonne issue de cette mienne entreprise qu'il a fait des autres ', et que l'opiniâtreté de votre frère n'apportera aucune mutation ni changement à votre affection accoutumée à mon service, ni en la bonne volonté que j'ai toujours eue et que je veux continuer en votre endroit, quand l'occasion se rencontrera de la vous faire connoitre par effet. Priant sur ce Notre-Seigneur, vous avoir. Monsieur de Grillon, en sa sainte garde. Ecrit au camp de Honfleur, ce 26C janvier 1590.

A Madame la comtesse de Gr amont.

1590, 29 janvier.

Mon cœur, j'ai achevé mes conquêtes jusques au bord de la mer. Dieu bénisse mon retour comme il a fait le venir *. Il le fera par sa grâce, car je lui rapporte tous les heurs qui m'arrivent. J'espère que vous ouïrez bientôt parler de quelqu'une de mes saillies *; Dieu m'y assiste par sa grâce. Le Légat, l'ambassadeur d'Espagne, le duc de Mayenne, tous les chefs des ennemis sont assemblés à Paris. Les oreilles me devroient bien corner, car ils parlent bien de moi. Je reçus hier de vos lettres par l'homme de Revignan *; je fus très-aise de savoir votre bon état. Pour moi, je me porte à souhait, vous aimant plutôt trop qu'autrement. J'ai failli à être tué trente fois à ce bordel ^. Dieu

' En effet, le commandeur de Grillon capitula le 28 janvier.

'^ Comme il a béni ma venue.

' Attaques.

* Ce doit être un homme de M. de Ravignan, premier président du conseil souverain de Pau.

5 Masure, petite terme. — On ignore de quel grand péril veut parler Henri IV.

est ma garde. Bonsoir, mon âme, je m'en vais plus dormir cette nuit que je n'ai fait depuis huit jours. Je te baise un million de fois. Ce 29^ janvier.

A Monsieur de Rosny '.

1590, 18 février.

Monsieur de Rosny, par votre importunité je m'achemine au secours de Meulan *, mais s'il m'en arrive inconvénient, je vous le reprocherai à jamais \

Henry.

A Monsieur de Fervaques.

1590, vers le 10 mars.

Fervaques, à cheval, car je veux voir à ce coup-ci de

quel poil sont les oisons de Normandie. Venez droit à

Alençon.

Henry.

* Maximilien de Béthune , baron de Rosny, créé duc de Sully en février 1606. Né en 1560, Sully mourut en 1641. Il fut l'un des plus braves capitaines du roi de Navarre, et l'on dirait de lui aujourd'hui quil était un habile ingénieur. Il serait impossible de citer tous les combats auxquels il assista, car il se trouva à tous. Sully était infatigable au travail, instruit, actif, opiniâtre dans ses idées, rude, orgueilleux, résolu, austère. Ce n'était pas un esprit aimable, mais sage, froid, juste, et voyant les choses de haut ; ainsi, quoique calviniste sévère, il engagea Henri IV à se convertir. Comme tous les grands hommes de ces temps héroïques, Sully était un vaillant et savant otficier, un négociateur émérite, un politique et un administrateur de premier ordre. On n'avait pas encore imaginé la division du travail et les spécialités. Quand il fut nommé surmtendant des finances (1399), il les réforma et les mit en ordre, en y apportant son honnêteté et en faisant une guerre sans merci aux voleurs. Henri IV le nomma aussi surintendant des bâtiments et fortifications, grand-voyer de France et grand-maître de l'artillerie. C'était en réalité un premier ministre ; il ne lui a manqué que le titre. Sully est surtout célèbre comme ami de Henri IV, auquel il n'hésitait pas à dire de rudes vérités à l'occasion. Après la mort cfu Roi, il vécut clans la retraite et écrivit ses précieux Mémoires.

- Menacé par le duc d'Aumale, qui, en même temps, menaçait la terre de Rosny.

5 Le roi arriva le 23 devant Meulan, ravitailla la ville et força le duc d Aumale à s'en aller.

142 LETTRES DE HENRI IV [l590[

A Monsiettr de Romy.

Mon ami, je ne pensai jamais mieux voir donner une bataille que ce jour d'hui. Mais tout s'est passé en légères escarmouches, et à essayer de se loger ' chacun à son avantage. Je m'assure que vous eussiez eu regret toute votre vie de ne vous y être trouvé. Partant, je vous avertis que ce sera pour demain * ; car flous sommes si près les uns des autres, que nous ne nous en saurions plus dédire. Amenez tout ce que vous pourrez, et surtout votre compagnie et les deux compagnies d'arquebusiers à cheval de Badet et Jammes, que je vous ai laissées. A Dieu.

Henry.

Allocution du Roi à ses troupes

Avant la bataille (VTvry.

1590, 14 mars.

Vous êtes François; je suis votre Roi; voilà l'ennemi !

Puis montrant son casque, orné de plumes blanches, il dit :

Enfans, gardez bien vos rangs. Si l'étendard vous manque,

voici le signe du ralliement; suivez mon panache, vous le verrez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire.

' Prendre des positions.

X M, ^f,T^^ ®^^ ^*'^* '^ lendemain, 14 mars, que Henri IV ffagna la bataille d Ivry. o o

A Monsieur de CuHon '.

1590, 14 mars.

Curton, je vieng de battre mes ennemis dans la plaine d'Ivry. Je ne tarde pas à te l'écrire, persuadé que personne n'en recevra la nouvelle avec plus de plaisir cjue toi. Ce 14® mars, à neuf heures du soir.

Henry.

A mon cousin le duc de Zonguemlle.

1590, 14 mars.

Mon cousin, nous avons à louer Dieu : il nous a donné une belle victoire *. La bataille s'est donnée, les choses ont été en branle ' ; Dieu a déterminé selon son équité : toute l'armée ennemie en route, l'infanterie tant étrangère que françoise rendue, les Reitres pour la plupart défaits, les Bourguignons bien écartés, la cornette blanche * et le canon

' François de Chabannes, marquis de Curton, mort en 1605, l'un des meilleurs serviteurs de Henri IV. Par un hasard assez singulier, dit Saint-Foix (Hist. de VOrdre du Saint -Esprit), le même jour, à la même heure, le marquis de Curton écrivait au Roi : « Je viens de battre vos ennemis dans la plaine d'Issoire. Le comte de Randan, qui les commandoit, vient de mourir de ses blessures ; mon fils a été aussi blessé, mais j'espère qu'il n'en mourra pas. Rastignac, Lavedan etChazeron ont fait des merveilles. J'enverrai demain un plus long détail à Votre Ma-

iesté. Ce quatorzième mars 1590, à neuf heures du soir. » Mais il est )ien évident que Saint-Foix, qui, le premier, a publié ces deux lettres, a arrangé l'une ou Tautre, ou même les deux, pour produire un effet. Quoi qu'il en soit, Henri IV nomma M. de Curton lieutenant-général de l'Auvergne, en récompense de cette victoire.

* Celle d'Ivry.

' Ont été douteuses.

* Ce n'est pas Henri IV qui a la cornette blanche, mais les Ligueurs. Henri IV n'a jamais eu de drapeau blanc, quoi qu'on en dise. Comme roi de France, il avait le drapeau bleu fleurdelisé d'or, c'est-à-dire la vieille bannière de France ; comme Bourbon, il avait le drapeau tricolore bleu, blanc et rouge, c'est-à-dire un drapeau aux couleurs de sa maison. Je renvoie, pour les détails et les preuves de cette assertion, qui semble au premier abord fort étrange, à l'ouvrage de M. Gustave Desjardins : Recherches sur les drapeaux français.

144 LETTRES DE HENRI IV [l590]

pris, la poursuite jusques aux portes de Mantes. Je puis dire que j'ai été très-bien servi, mais surtout évidemment assisté de Dieu, qui a montré à mes ennemis qu'il lui est égal de vaincre en petit ou grand nombre. Sur les particularités, je vous dépêcherai au premier jour; mais pour ce qui est question d'user de la victoire, je vous prie, incontinent la présente reçue, de vous avancer avec toutes vos forces sur la rivière de Seine, vers Pontoise ou Meulan, ou tel autre lieu que jugerez propre, pour vous joindre avec moi ; et croyez, mon cousin, que c'est la paix de ce royaume et la ruine de la Ligue, à laquelle il faut convier tous les bons François à courir sus. Venez donc, je vous prie, et amenez avec vous vos étrangers, que je pense vous être joints à cette heure. Je prie Dieu, mon cousin, vous avoir en sa garde. De Rosny , à une lieue de Mantes, le 1 4^ mars

Henry.

Votre frère ' a fait paroître qu'il craignoit aussi peu les Espagnols que moi ; il a très-bien fait. Ils ne s'en retourneront pas tous. Nous avons presque tous les drapeaux et ceux des Reîtres. Il est demeuré douze ou quinze cens hommes de cheval. MM. de Humières et de Mouy sont arrivés à la première volée de canon. Dedans deux jours je vous enverrai les particularités. Le courrier rapporte que le duc de Mayenne s'est sauvé dedans Mantes.

A Madame la comtesse de Gramont.

Mon âme, depuis que je vous écrivis, il est arrivé des nouvelles. Il plaît à Dieu d'étendre le bonheur dont il favorise mes affaires. Le propre jour que je combattois à Ivry. Randan - fut tué en Auvergne, qui avoit plus de cinq cens

' Le comte de Saint-Paul.

^ Jean-Louis de la Rochefoucault, comte de Randan.

gentilshommes, et de Tinfanterie en nombre. Il a laissé trois pièces d'artillerie qui ne feront faute entre nos mains. C'est effet de la justice de Dieu, qui témoigne évidemment à mes ennemis ce que doivent attendre ceux qui portent les armes contre leur devoir. Viques ', avec des troupes ', n'a eu un meilleur sort en Basse-Normandie ; Canisy leur est tombé sus de telle furie, qu'il les a couchés tous à plat. C'eût été un triomphe complet, s'il ne l'avoit payé d'une seconde balafre en la bouche * ; ce qui n'empêche son brave langage ; mais bien, disoit-il à La Noue, de ne le plaindre point, puisqu'il lui en restoit assez pour crier Vive le Roi quand nous serons dedans Paris. Voilà certes, mon âme, un brave serviteur. Que ne m'aimez-vous autant ! Dieu me donnera-t-il aussi victoire sur votre cœur ? Ce me sera la plus chère. Bonsoir, mon âme, je baise un million de fois vos blanches mains. Ce cinq avril.

A la même.

1590, 14 mai.

Mon âme, je te prie de trouver bon, si le malheur vouloit que M. deTurenne mourût, que je ne donne l'état que demandez à votre fils. Ce n'est chose propre pour lui, et seroit le rendre inutile; car depuis qu'ils sont à cette charge, elle est si cagnarde *•, que c'est la perte d'un jeune homme. Vous me l'avez donné; laissez-le moi nourrir ^ à ma fantaisie, et ne vous donnez peine de lui. J'en aurai tel soin, que vous connoitrez combien je Faime pour l'amour de vous. J'en ai parlé

' M. de Vicques, dit l'Ile-Manière, était un des plus ardents ligueurs de Rouen.

* Troupes composées de soldats, tandis que M. de Randan avait combattu avec des gentilshommea.

3 M. de Canisy avait été Uessé un^ première fois en 1586. Voy. Lettre à Corisande, page 82.

* Fainéante.

' Elever, diriger.

146 LETTRES DE HENRI IV [l59u]

à La Basse, et de vos autres affaires. Je suis en colère quand vous croyez qu'il ne me faut que vouloir. Je vous jure qu'étant roi de Navarre je n'ai point éprouvé les nécessités que je fais depuis un an. Je suis devant Paris *, où Dieu m'assistera. La prenant, je pourrai commencer à sentir les effets de la couronne. J'ai pris les ponts de Charenton et Saint-Maur à coups de canon, et pendu tout ce qui étoit dedans. Hier je pris le faubourg de Paris, de force; les ennemis y perdirent beaucoup et nous peu ; bien est vrai que M. de la Noue y fut blessé, mais ce ne sera rien. Je fis brûler tous leurs moulins, comme j'ai fait de tous les autres côtés. Leur nécessité est grande, et faut que dans douze jours ils soient secourus, où ils se rendront-. J'envoie quérir votre fils, car je crois qu'il se fera quelque chose de beau ici devant. Je retiens Castille pour huit jours. Je me porte très-bien, Dieu merci, et vous aime plus que vous ne faites de moi. Dieu me donne la paix, que je puisse jouir de quelques années de repos. Certes, je vieillis fort. Il n'est pas croyable les gens que l'on met après moi pour me tuer, mais Dieu me gardera. Je suis fort fidèlement servi, et vous dirai que les ennemis me feront plutôt mal que peur. Sur cette vérité, je te baiserai, mon cœur, un million de fois les mains, la bouche et les yeux. A Chelles, ce U'^ mai.

A Madame la comtesse de la Roche- Guyon

Après avoir tant tourné autour du pot que vous voudrez,

' Après la -victoire d'Ivry, Henri IV était venu assiéger Paris, le 8 mai.

* Henri IV se trompait. Paris supporta la plus épouvantable famine

iusqu'au 18 septembre, époque à laquelle le duc de Parme, Alexandre ''arnèse, entra dans Paris après avoir pris Lagny (8 septembre) et Corbeil (24 septembre), et ravitaillé la capitale aSamée.

' Antoinette de Pons, marquise de Guercbeville, veuve du comte de la Roche-Guyon. mort en 1586. Henri IV l'avait vue, pendant l'hiver de

si faut-il venir à ce point, qu'Antoinette confesse avoir de Tamour pour Henry. Ma maitresse ', mon corps commence à avoir de la santé, mais mon âme ne peut sortir d'affliction, que n'ayez franchi ce saut. Puisqu'avez assurance de mes paroles, quelle difficulté combat votre résolution? Qui l'empêche de me rendre heureux? Ma fid*^lité mérite que vous ôtiez tous obstacles. Faites-le donc, mon cœur, et faisons comme par gageure à qui se rendra plus de témoignage d'une vraie et fidèle amour. Si j'use de termes trop familiers avec vous, et qu'ils vous offensent, mandez-le moi et me le pardonnez en même temps. Désirant établir avec vous une familiarité éternelle, je me sers des termes que j'y estime les plus propres. Je ne sais quand je serai si heureux de vous voir. Nous assiégeons Saint-Denis anuyt *, qui m'attachera pour quelque temps plus étroitement à l'armée. Vous eussiez fait une œuvre plus pie d'envoyer ici votre amour en pèlerinage, que d'aller, par ce chaud, à pied, où vous avez été. Jésus! que je l'eusse bien reçue! Si le loisir me le permettoit, je vous ferois un discours d'une feuille de papier, du traitement que je lui eusse fait.

Le duc du Maine ' est à Bruxelles, et ses Reîtres se sont retirés, et tient-on au pays plus qu'autrement qu'il ne ramènera personne. Le prince de Gonty a pris la Ferté- Bernard et vient avec ses troupes. Mon tout, aimez-moi comme celui qui vous adorera jusques au tombeau. Sur cette vérité, je baise un million de fois vos blanches mains. Ce 28« mai.

1589-90, en Normandie, où elle vivait retirée dans ses terres ; il en était devenu amoureux et lui promettait de l'épouser, si son mariage avec Marguerite de Valois était cassé. Madame de la Roche-Guyon résista au Roi, se maria en 1594 à Charles du Plessis, seigneur de Liancourt, et devint dame d'honneur de Marie de Médicis. Madame de Liancourt mourut en 1632.

* A cette époque, ce mot signifie simplement une femme dont on est le serviteur.

* Aujourd'hui.

' Mayenne. — Il était allé chercher de secours à Bruxelles auprès des Espagnols.

148 LETTRES DE HENRI IV [l590]

Au capitaine La Boullaye.

1S90, 21 juin.

Capitaine La Boullaye, ce ne m'a été chose nouvelle d'avoir entendu par ce porteur que vous ayez bien fait votre devoir pour la conservation de ma ville de Vernon ; car je m'assurois que vous correspondriez à la fiance que j'ai eue en vous. Je l'ai eu fort agréable, et pouvez vous assurer qu'en continuant de me bien servir comme je me promets que ferez toujours, je reconnoitrai vos services en ce qui s'offrira de faire pour vous : et sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, capitaine La Boullaye, en sa sainte garde. Du camp d'Aubervilliers, le 21 <> jour de juin 1590.

Henry.

A Monsieur de Canisy '.

Monsieur de Canisy, sachant que vous seriez trop marri de perdre l'occasion d'une bataille, et espérant dans peu de jours d'en donner une au duc de Mayenne, s'il s'avance, comme il dit le vouloir faire, pour secourir Paris, étant déjà à Soissons avec la plupart de ses forces, je vous en ai voulu donner avis, et quant et quant * vous prier, comme je fais au comte de Thorigny ^, de monter incontinent à cheval avec votre compagnie, pour vous rendre au plus tôt que vous pourrez à mon armée, à laquelle vous ne sauriez être trop tôt; vous joignant en chemin à mon cousin le duc de Montpensier, si déjà il ne sera acheminé vers moi, comme je lui mande de faire incontinent; et sur ce, je prie

> René de Carbonel, marquis de Canisy. gendre du maréchal de Matignon. — Voir page 145.

^ Quant et quant, en même temps.

' Fils du maréchal de Matignon, beau-lrère de M. de Canisy.

Dieu qu'il vous ait, Monsieur de Ganisy, en sa sainte garde. Au camp d'Aubervilliers, ce 22" jour de juin 1590.

Henry.

A Monsieur de Beuvron,

Cajaitaine de rÀnquante hommes d'armes de mes ordonnances. 1590, 10 juillet.

Monsieur de Beuvron, toutes les forces que mes ennemis ' espèrent assembler se doivent joindre en leur armée dans quatre jours au plus tard, qui me fait croire que bientôt après la bataille se pourra donner. Je vous écris ce mot pour vous prier de monter à cheval incontinent que l'aurez reçu, et amenez votre compagnie et tout ce que vous pourrez trouver de mes serviteurs. Venez donc, je vous prie, si avez volonté d'être à la bataille.

L'assurance que j'ai que n'y ferez faute me fera finir la

présente ; priant Dieu, Monsieur de Beuvron, qu'il vous ait

en sa sainte garde. Du camp de Saint-Denis, le quinzième

jour de juillet 1590.

Henry.

A Madame la comtesse de Gramont.

1590, 15 juillet.

Vous aurez bientôt de mes nouvelles par La Vye, pour qui j'ai fait en votre faveur chose de quoi il est content. Saint- Denis etDammartin se sont rendus. Paris est aux abois, de telle façon que cette semaine il lui faut une bataille ou des députés. Les Espagnols se joindront mardi prochain au gros duc * ; nous y verrons s'il aura du sang au bout des

• Mayenne s'avançait par Soissons, pour secourir Paris assiégé par Henri ÏV.

* Mayenne.

>1,50 LETTRES DE HENRI IV [l590l

ongles * . Je mène tous les jours votre fils aux coups, et le fais tenir fort sujet auprès de moi ; je crois que j'y aurai de l'honneur. Castille enrage que son régiment ne vient. Je vis hier des dames qui venoient de Paris, qui me contèrent bien des nouvelles de leurs misères. Je me porte très-bien, Dieu merci, n'aimant rien au monde comme vous : c'est chose de quoi je m'assure que ne douterez jamais. Sur cette vérité, je vous baise, mon âme, un million de fois ces beaux yeux que je tiendrai toute ma vie plus chers que chose du monde. Ce 15« juillet.

A mon cousin le duc de Nemours -.

1590, virs le iO juillet

Mon cousin, vous avez fait assez paroîtrc votre valeur et générosité en la défense de Paris, jusqu'ici ; mais de vous opiuiûtrer davantage sous une vaine attente de secours, il n'y a aucune apparence ; et si vous me contraignez do tenter la force, vous pouvez penser qu'il ne sera lors en ma puissance d'empêcher qu'elle ne soit pillée et saccagée. Encore quand le secours que vous attendez viendroit, vous savez qu'il ne peut passer jusques à vous sans une bataille, laquelle, devant que me donner ni présenter, votre frère ' se souviendra de la dernière '' ; et quand bien Dieu me défavoriseroit tant pour mes péchés que je la perdisse, votre condition seroit encore pire, pour n'avoir voulu reconnoître votre roi légitime et naturel, de tomber sous le

' Ce proverbe est analogue à celui-ci : • Avoir du sang dans les veines. »

* Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, mort en 1595. Mayenne l'avait nommé gouverneur de Paris. — Ces ducs de Nemours, originaires de Savoie, descendaient de Philippe de Savoie, créé duc de Nemours par François \".

^ Henri de Savoie, marquis de Saint-Sorlin, qui devint duc de Nemours après la mort de Charles-Emmanuel.

* Ivry.

joug et domination des Espagnols, les plus fiers et les plus cruels du monde. Partant, je vous prie do vous souvenir de ce qui s'est passé, et jeter les yeux sur ce qui peut avenir et me reconnoitre pour tel que devez : Votre bon roi et bon ami,

Henry.

Ce que le Roi a dit au cardinal de Gondi et à Varchevéqne de Lyon, députés des Ligueurs.

Pressé par la famine, le peuple de Paris et le Parlement forcèrent les chefs de la Ligue* à envoyer des députés pour demander la paix au Roi.

Le cardinal de Gondi et l'archevêque de Lyon vinrent le trouver à l'ahbayc do Saiut-Antoine-des-Champs. Le Cardinal lui exposa le misérable état de la France, le désir que les gens de bien de Paris avaient d'y mettre un terme et de voir la paix se conclure. Il demanda un sauf-conduit pour aller trouver le duc de Mayenne afin de le faire entrer dans la négociation, pour que la paix fût générale, rappela au Roi l'exemple des Gantois, qui réduits au désespoir avaient vaincu une grosse armée du Roi et du comte de Flandre, et termina en disant qu'il ne devait trouver mauvais si, pour leur religion, ils souffraient une si grande faim, car les huguenots de Sancerrc, pour la leur, avaient fait la même chose.

Leur ayant demandé leurs pouvoirs, le Roi y lut qu'ils étaient chargés d'aller vers le roi de Navarre, pour traiter de la paix générale, et vers le duc de Mayenne pour l'amener à traiter également. « Le Roi leur contredit cette qualité de roi de Navarre, et leur dit que s'il n'avoit que cette qualité, il n'auroit que faire de pacifier Paris et la France ; et que toutefois, sans s'amuser à cette formalité, pour le désir qu'il a de voir sou royaume en repos, il passeroit outre, encore que cela fût contre sa dignité. Puis il dit :

» Je ne suis point dissimulé, je dis rondement et sans feintise ce que j'ai sur le cœur. J'aurois tort de vous dire que je ne veuille point une paix générale. Je la veux, je la désire, à fin de pouvoir élargir les limites de ce royaume, et des moyens que j'en acquerrois soulager mon peuple, au. lieu de le perdre et ruiner. Que pour avoir une bataille je

' MM. de Nemours et d'Aumale, le Légat et Madame de Montpensicr.

132 LETTRES DE HENRI IV [l590j

donnerois un doigt, et pour la paix générale deux. Mais ce que vous demandez ne se peut faire. J'aime ma ville de Paris. C'est ma fille aînée, j'en suis jaloux. Je lui veux faire plus de bien, plus de grâce et de miséricorde qu'elle ne m'en demande. Mais je veux qu'elle m'en sache gré, et qu'elle doive ce bien à ma clémence, et non au duc de Mayenne, ni au roi d'Espagne. S'ils lui avoient moyenne la paix et la grâce que je lui veux faire, elle leur devroit ce bien, elle leur en sauroit gré, elle les tiendroit pour libérateurs, et non point moi. Ce que je ne veux pas. Davantage, ce que vous demandez, différer la capitulation et reddition de Paris jusques à une paix universelle, qui ne se peut faire que par plusieurs allées et venues, c'est chose trop préjudiciable à ma ville de Paris, qui ne peut attendre un si long terme. Il est déjà mort tant de personnes de faim, que si elle attend encore huit ou dix jours, il en mourra dix ou vingt mille hommes, qui seroit une étrange pitié. Je suis le vrai père de mon peuple. Je ressemble cette vraie mère dans Salomon. J'aimerois quasi mieux n'avoir point de Paris, que de l'avoir tout ruiné et dissipé après la mort de tant de pauvres personnes. Ceux de la Ligue ne sont pas ainsi. Ils ne craignent point que Paris soit déchiré, pourvu qu'ils en aient une partie. Aussi sont-ils tous Espagnols ou espagnolisés. Il ne se passe jour que les faubourgs de Paris ne souffrent ruine de la valeur de cinquante mille livres par les soldats qui les démolissent, sans tant de pauvres gens qui meurent. Vous, Monsieur le Cardinal, en devez avoir pitié. Ce sont vos ouailles, de la moindre goutte de sang desquelles vous serez responsable devant Dieu ; et vous aussi, Monsieur de Lyon, qui êtes le primat pardessus les autres évêques. Je ne suis pas bon théologien ; mais j'en sais assez pour vous dire que Dieu n'entend point que vous traitiez ainsi le pauvre peuple qu'il vous a recommandé, même à l'appétit et pour faire plaisir au roi d'Espagne, et à Bernardin Mendozze ', et à M. le Légat. Vous

' Amhnssarlciir d'Espanjuc.

[raOO] LETTRES DE HENRI IV 153

eu aurez les pieds chauffés en l'autre monde. Et comment voulez-vous espérer de me convertir à votre religion, si vous faites si peu de cas du salut et de la vie de vos ouailles? C'est me donner une pauvre preuve de votre sainteté. J'en serois trop mal édifié.

• Sur ce, Monsieur de Lyon s'excusa fort, disant qu'il n'étoit point Espagnol. Le Roi lui dit :

» Je le veux croire ainsi ; mais il faut que le montriez par les effets. Au surplus, je vous montrerai une lettre, par laquelle le roi d'Espagne mande qu'on lui conserve sa ville de Paris ; car s'il la perd, ses affaires vont très-mal.

» Ce qui fut attesté être vrai par aucuns des assistans, même par l'un d'eux qui étoient là, et qui dit qu'il avoit la lettre, et la montreroit. M. Te Cardinal prit la parole et dit que l'occasion pour laquelle ils demandoient que le traité fût général avec le duc de Mayenne, étoit parce qu'ils savoient bien que Paris étant rendu sans une paix générale, il ne seroit point en sûreté, parce que tôt après le roi d'Espagne et le duc de Mayenne l'iroient assiéger et le pourroient reprendre. Joint que si Paris étoit rendu sans une paix générale, les trois quarts delà ville s'en iroient. Sur ce, le Roi, jetant les yeux sur toute la noblesse *, dit :

» S'il y vient lui et tous ses alliés, par Dieu nous les battrons bien, et leur montrerons bien que la noblesse françoise se sait défendre. Puis. soudain se corrigea : J'ai juré contre ma coutume ; mais je vous dis encore que par le Dieu vivant nous ne souffrirons point cette honte.

• Sur ce, la Noblesse, avec une acclamation grande, lui dit qu'il n'avoit point juré sans cause, et que ce qu'il avoit dit valoit bien un bon jurement. Puis il dit que si sa ville de Paris se dépeuploit d'aucuns méchans, il la repeuplcroit de cent mille hommes gens de bien des plus riches et nullement séditieux, et que partout où il iroit il feroit un Paris. Qu'il y avoit en cette armée cinq cens gentilshommes réunis avec lui cjui avoient été de la Ligue, qu'on sût d'eux s'ils s'y trouvoient mal, et sils se repentoient d'être venus à lui. Au surplus qu'il ne pouvoit trouver bon que sa dite ville de Paris fût si soigneuse du bien du duc de Mayenne et du roi d'Espagne, que de se vouloir rendre arbitre de la pacification d'entre eux et lui. Que si c'étoit une république de

• Le Roi était venu avec mille ou douze cents gentilshommes.

■lo4 LETTRES DE HENRI IV [l590l

Venise ou autre ville franche, cela scroit tolérablc ; mais qu'une ville sa sujette se veuille mêler d'être arbitre entre lui et ses ennemis, c'est chose qu'il no peut souffrir. Au surplus l'absurdité est fort grande qu'une ville affamée et pleine de nécessité entreprenne de persuader la paix au duc de Mayenne, qui est gros et gras, et à son aise. Il seroit bien plus à propos et faisable, que le duc de Mayenne, qui n'est pressé de nécessité, entreprît de prêcher la paix à la dite ville maintenant pressée de nécessité, et à cette occasion facile à se laisser persuader d'en vouloir sortir. — Sur ce, l'archevêque de Lyon répliqua que ce qu'ils vouloieut traiter la paix générale, étoit pour le bien de la France, et afin de la remettre tout en un coup eu repos. A quoi tout soudain le Roi répondit en cette sorte :

» Et vraiment, afin de vous ôter, et à tout le monde, l'opinion qu'on pourroit avoir que je vous veuille trop presser, je me viens d'aviser d'un moyen, sans en avoir communiqué à mon Conseil, par lequel je vous rendrai satisfaits. Vous espérez prompt secours du duc de Mayenne : je ferai un accord avec vous ; dressons des articles et conditions, sous lesquelles vous promettrez vous rendre à moi au cas que dans huit jours vous ne serez secourus du duc de Mayenne, et me donnerez otages. Je vous accorde, que en cas que vous ne soyez secourus dans le dit temps, ou que dans le même temps le dit duc de Mayenne ne soit d'accord avec moi d'une pacification générale et des articles d'iccUe, de vous recevoir les dits huit jours passés sous les dites conditions.

» Et au cas que dans les dits huit jours vous soyez secourus par le dit duc de Mayenne, ou qu'il se fasse une paix générale, en ce cas vous serez délivrés de la dite promesse, et vos otages vous seront rendus : pendant lesquels vous pourrez aller voir le dit duc de Mayenne. Et voilà tout ce que je vous puis accorder, ce que vous présenterez à ceux de Paris, afin que chacun connoisse que je ne leur refuse point la paix, et que je leur tends les bras ouverts, désirant leur salut plus qu'eux-mêmes. S'ils acceptent cette condition, dans huit jours ils seront en repos. S'ils cuident *

' S'ils croient.

attendre à capituler quand ils n'auront que pour un jour de vivres, je les lairrai dîner et souper ce jour-là, le lendemain seront contraints se rendre la corde au col, au lieu de la miséricorde que je leur offre. J'en ôterai la misère, et ils en auront la corde ; car j'y serai contraint pour mon devoir, étant leur Roi et leur juge, pour faire pendre plus de centaines d'eux, qui par leur malice ont fait mourir plusieurs innocens et gens de bien, de faim. Je suis débiteur de cette justice devant Dieu. Vous ferez donc, comme je vous ai dit, entendre ceci à mon peuple, et je vous somme et conjure d'ainsi le faire, en présence de tous ces princes et de toute cette belle et grande noblesse, lesquels, au cas que vous y faillirez, vous reprocheront tout le temps de leur vie, comme encore je ferai, votre infidélité envers votre patrie, si vous aurez tu et celé à mes sujets le désir que j'ai de leur donner la paix et mettre ce royaume en repos. Et, au surplus, quand vous cèlerez cela à mon peuple de Paris, vous n'y gagnerez rien ; car mes soldats, qui sont aux faubourgs et parlent jour et nuit aux vôtres et à ceux de Paris, le leur feront entendre à votre confusion.

» Sur ce les dits Cardinal et Archevêque promirent solennellement l'aire entendre ce au peuple de Paris. Le Roi continuant puis après son propos, dit qu'il n'y avoit gentilhomme de bonne maison en tout son royaume qui ne lui fût parent ou allié ; et que, à cette occasion, si le royaume étoit électif comme la Pologne, la France auroit raison de l'élire plutôt que nul autre. Des vertus et des dons de grâces qui peuvent être en lui, qu'il s'en taisoit, et confessoit qu'il y en avoit peu ; et toutefois tel qu'il étoit, il ne voudroit être échangé contre nul prince du monde. Il s'ébahissoit donc comme il se trouvoit des François si peu amateurs de leur patrie et de leur liberté, qu'ils se voulsissent * échanger contre le roi d'Espagne, roi vieil, qui tombe toujours du mal caduc* et qui étoit une planche pourrie : car lui mort, tous ses Etats tout d'un coup tomberont en une fort grande confusion. Qu'il avoit beau se fier en un beau nombre de petits roitelets alliés et ligués ensemble ; qu'il voudroit qu'au lieu de cinq ou six, ils fussent trente. Plus il y en auroit, mieux cela iroit pour lui . Plutôt Dieu lui donneroit moyen de les rendre rois de Brésil. Puis se souvenant de la comparaison qu'avoit faite M. le Cardinal

• ' Voulussent.

* L'épilepsie, dont il avait hérité de son père Charles-Quint.

1o() LETTRES DE HENRI IV [l590]

de ceux de Saiiccrrc ', leur dit que cet exemple n'étoit à propos: car ceux de Sancerre sétoient résolus à rextrémité, pour ce qu'on leur vouloit ôter la vie, leur religion, leur liberté et leurs biens :

« Et moi, je veux rendre aux Parisiens la vie que Mendozze, ambassadeur d'Espagne, de présent à Paris, leur veut ôter par la famine. Quant à la religion, tous ces princes et seigneurs catholiques vous témoigneront comme jen use, et si je contrains tant soit peu leur conscience, ni en l'exercice de leur religion, ni autrement. Quant à la liberté et aux biens, je les veux rendre à mes sujets. Et quant à la comparaison des Gantois, elle n'est pas bonne. Les Parisiens ont assez montré le cœur qu'ils ont, quand ils se sont laissé occuper leurs faubourgs. J'ai cinq mille gentilshommes qui sont ici, qui ne se lairront traiter à la gantoise. Puis j'ai Dieu pour moi et la justice de ma cause *. »

Le pourparler se prolongea encore quelque temps ; on parla de la paix de Nemours, que le Roi reprocha à Monsieur de Lyon ; ensuite il montra aux députés les lettres de Mendozze au roi d'Espagne, que l'on venait de surprendre ; il leur annonça la défaite, par les Anglais, de la Hotte espagnole, la condamnation à mort d'Antonio Ferez, l'un des ministres de Philippe II, et sa fuite en Aragon ; enfin il monta à cheval et s'en alla.

A mon comin le duc de Nevers.

1590, 25 ftoût.

Mon cousin, j'avois dépêché à Pluviers devers vous sur l'avis que l'on m'avoit donné que vous étiez en ces quartiers-là ; mais ce gentilhomme m'a réjoui d'une meilleure nouvelle, qui est de votre arrivée à Gorbeil ; dont je suis très-aise, et vous puis dire que vous soyez le très-bien venu, pour vous trouver à la bataille des bons François contre ceux qui ont quitté ce beau nom pour se faire Espa-

' Le siège de Sancerre est de 1573, après la Saint-Barthélémy. '•î Tiré des pièces do la Satire Ménippée, édition de Ratisbonne, t. 1, p. 448.

[1590] LETTRES DE HENRI IV 1 o7

gnols. L'espérance que j'ai de vous voir bientôt fera ma lettre plus courte ; remettant le surplus sur le sieur de la Roque, avec prière à Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa très-sainte et digne garde.

De l'Hermitage près Chaillot, ce 2o*^ août.

Henry.

A Monsieur de Hararnbme.

1590, 29 aoflt .

Borgne, si les ennemis n'ont point passé, vous m'aurez demain matin ou le baron *. Ce pendant tenez-moi averti ; ce pendant conservez-vous tous, car j'espère que nous nous battrons bientôt. M. de Turenne arrive demain ; je renforcerai notre troupe. Recommandez-moi aux compagnons.

De l'Hermitage, ce mercredi à cinq heures du soir,

29« août.

Henry.

Le chancelier des Quinze- Vingts vous baise les mains ; gare l'œil, car vous seriez aveugle.

A Madame de la Roche-Guyon.

Page 1