‹ Lettres (volume 2)Chapitre 16 sur 47 · A JEAN FRELLON LIBRAIRE A LYON · texte numérisé non relu

A JEAN FRELLON LIBRAIRE A LYON

Imprimée. Nouveaux Mémoires de l'abbé d'Artigny, t. II, p. 70.

Seigneur Jehan, pource que vos lettres dernières me furent apportées sur mon partement, je n'eus pas loisir

1 Les Français assiégeaient alors la ville de Boulogne, occupée par les Anglais. La paix entre les deux monarques rivaux de France et d'Angleterre fut signée l'année suivante. De Thou,L. I et II.

2 Au dos, de la main de M. de Falais : Receu le 6 février 4546.

* Voici la suscription de cette lettre tirée des archives de l'ancie»

de faire response h ce qui était enclos dedans. Depuis mon retour, au premier loisir que j'ay eu , j'ay bien voulu satisfaire à vostre désir ; non pas que j'aye grand espoir de profiter guères envers tel homme, selon que je le voy disposé ; mais afin d'essayer encore s'il y aura quelque moyen de le réduire, qui sera, quand Dieu aura si bien besongné en luy, qu'il devienne tout aultre. Pour ce qu'il m'avait escrit d'un esperit tant superbe, je luy ay bien \oulu rabattre un petit de son orgueil, parlant à luy plus durement que ma coustume ne porte, mais je ne l'ai peu faire aultrement. Car je vous asseure qu'il n'y a leçon qui luy soit plus nécessaire que d'apprendre humilité, ce qui lui viendra de l'esperit de Dieu, non d'ailleurs. Mais nous y devons aussi tenir la main. Si Dieu nous faict ceste grâce à luy et à nous, que la présente response luy profite, j'auray de quoy me réjouir. S'il poursuit d'un tel style comme il a faict maintenant,

archevêché de Vienne, et publiée pour la première fois par l'abbé d'Artigny : A sire Jehan Frellon, marchand libraire demeurant à Lyon, en la rue Mercière, enseigne de l'Escu de Coulongne. — Le personnage mystérieux désigné dans cette lettre, n'est autre que Michel Servet, sept ans avant le procès qui devait attacher une si fatale célébrité à son nom. Fixé, comme médecin, à Vienne en Dauphiné, il entretenait, sous le couvert de Jean Frellon, une correspondance avec Calvin, et il venait d'envoyer au réformateur un extrait de l'ouvrage qu'il préparait sous le titre de Christianismi restilutio, en exprimant le désir de se rendre à Genève. Ce fut alors que Calvin écrivit à Farel la lettre souvent citée, où l'on remarque ce passage : « Servetus nuper ad me scripsit, ac literis ad-

junxit longum volumen suorum deliriorum Si mihi placeat, hue

se venturum recipit. Sed nolo fidem meam interponere, nam si venerit, modo valeat mea authoritas, vivum exire non patiar. » Lettre du 13 février 4546. On sait comment cette menace terrible tut réalisée sept ans après.

vous perdrez temps à me plus soliciter à travailler envers luy, car j'ay d'aultres affaires qui me pressent de plus près. Et ferois conscience de m'y plus occuper, ne doubtant pas que ce ne fust un Sathan pour me distraire des aultres lectures plus utiles. Et pourtant je vous prye de vous contenter de ce que j'en ay faict, si vous n'y voyez meilleur ordre.

Sur quoy, après m'estre de bon cœur recommandé à vous, je prye nostre bon Dieu vous avoir en sa garde. Ce 13 de février 1546.

Vostre serviteur et entier amy,

Charles d'Espeville.

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, je vous remercie du soing que vous avez de ma santé, craignant que je ne me gresve oultre mesure, m'efforçant de vous escrire pendant que je ne suis pas en disposition. Mais s'il n'y avoit qu'à vous escrire , ce me seroit une poine bien aysée à porter, si poine se doit appeller où on prent seulement plaisir. La difficulté est des fascheries et rompemens de teste qui interviennent, pour interrompre vingt fois une lettre, ouencord'advantaige. Quant à la santé, j'estois beaucoup plus débile, vous escrivant naguères, que ne suis à pré-

sent. Mais estant bien disposé par tout le reste du corps, je suis tormenté sans cesse d'une doleur qui ne me souffre quasi rien faire. Car oultre les sermons et lectures, il y a desjà un mois que je n'ay guères faict, tellement que j'ay presque honte de vivre ainsi inutile. Mais s'il plaist à ce bon Dieu de se servir de moy, il me relaschera et appaisera le mal, qui me pren si fort, que je ne puis vacquer à aucun labeur d'importance, pour employer le loysir qu'il me donne. Combien que cependant il ne laisse pas de m'exercer par quelques moiens, affîn que par oisifveté je ne m'enrouille. Tant y a que s'il ne me faict la grâce de me restituer en meilleure disposition, je ne suis pas en train de jamais monter sur cheval. Pourtant encor que je feusse mandé, si ne pourrois-je bouger de la maison en tel estât. Mais , comme vous dictes, on s'y passe de moy, de paour d'esmouvoir les testes furieuses. Et de mon costé, je quitte volontiers les diètes à ceux qui en sont friants, pour chose qu'on y face l. Je suis joyeux que nostre Seigneur vous a mis hors de poine quant à Norberg. Qu'il sera de faire au reste , vous aurez opportunité d'en adviser, ayant esté informé par Jehan de Rochefort, et après avoir establv vostre cas, selon qu'il se peut faire en l'issue d'Egypte et de Babylon. C'est comme il est dit par Moïse et par Ezéchiel : In tumultu et festinatione . J'espère au plaisir de Dieu, que s'en est faict à présent. Je ne m'esbahissois pas trop du longtemps que vous aviez esté sans

1 Une nouvelle diète était convoquée à Ratisbonne pour la pacification des troubles religieux de l'Allemagne. Cette assemblée s'ouvrit au mois de juin 4546, en présence de l'empereur, et fut, comme Ips précédentes, sans résultat.

recevoir lettres de luy, veu le voiage. Mais si Dieu luy a faict la grâce, et à vous aussi, de le faire eschapper des dangers , il n'aura pas tant targé qu'il ne soit aujourd'huy de retour. Ainsi estant à repos de ce costé-là , vous prendrez conseil.

De Constance, je ne vous en avoye parlé, si non en cas que la demeure où vous estes ne vous pleut pas. Mais quant il vous viendra à point, Strasbourg est plus propre, et l'ayme mieulx ne fust que pour la raison que vous alléguez.

En Metz ■ , je voy un grant mal , faulte de conduite et de cœur, combien que ce sont plus tost deux maulx. Mais Dieu trouvera le moien. C'est à nous de tenter tous les moiens qu'il nous présente et mesmes nous efforcer, où il semble que les moiens défaillent. Pource que je sçay qu'il n'est pas mestier de vous exhorter à ne vous y espargner, je m'en depporte.

Je ne m'esbahis point, si maistre Pierre Alexandre est hardy, ayant le menton ainsi soubstenu , avec ce qu'on est tout accoustumé à Heidelberg d'ouir ceste doctrine desjà de longtemps \ Mesme il sçait qu'il n'a aultre moyen pour s'advancer. Ainsi ce n'est pas mer-

1 Voir les notes, p. 80 et 91. Les protestants de cette ville, faiblement soutenus par la ligue de Smalkade, et intimidés par la présence d'un légat impérial, dévoué au clergé catholique, avaient déjà perdu les droits qui leur étaient garantis par l'accord de 4 543 , et se trouvaient privés de culte et de pasteur. (Voir une lettre de Myconius à Calvin, 43 novembre 4 543, Calv. épist. et responsa, édit. d'Amsterdam, p. 26.)

2 L'an 4546 vit s'accomplir une grande révolution religieuse dans le Palatinat. L'électeur Frédéric II se rendant au vœu de ses sujets, proclama l'établissement de la Réforme et l'abolition de l'ancien

veille s'il en use hors de tout péril. Mais je voy bien qu'il n'est pas homme trop suffisant, et ne fust que par ses conclusions. Qui pis est, il y a une lourde faulte, en ce qu'il dit le jurement estre défendu de Dieu ; avec un blasphème, en ce qu'il attribue autorité à sainct Paul de permettre ce qui a esté deffendu de son maistre; mais ce sont les résolutions magistrales.

V Apologie se feroit beaucoup mieulx auprès de vous, que de lieu loingtain. Ce que je dis non pas pour m'en exempter, mais d'aultant que je pense qu'ainsi est. Car je suis bien tout prest à m'y emploier. Ainsi seroit bien maistre Pierre Viret, mais sa façon d'escrire ne seroit pas du tout propre à tel argument , à cause de sa prolixité. Et de moy j'aurois à ronger mes ongles en plus de cent passages , si nous ne conférions ensemble pour résouldre d'un commun accord de ce qui seroit bon dire ou omettre. Toutefois nous metterons poine de satisfaire à vostre désir quand vous en aurez conclud sur Fadvertissement de vos affaires. Tant y a, que je n'en ay retenu nul mémoire par devers moy. Ce que je vous manday de l'empereur n'estoit pas tant pour reprendre ce qui a esté faict, que pour alléguer la raison qu'elle ne devoit être insérée affin d'estre veue. Je loue nostre Seigneur de ce que le présent de mon Commentaire vous est agréable. Suyvant vostre response nostre frère envoie sa translation à Vendelin , vous addressant la préface, afin que l'ayant veue devant le coup, vous jugiez de ce qu'il vous semblera expédient.

culte dans ses états. Le principal instrument de cette révolution fut le ministre Paulus Fagius, disciple de Capiton. Sleidan, Comment., lib. XVI, p. 266. De Thou, L. II, c. 3.

La requeste que je vous faisois tant affectueuse de ne séparer vostre maison de l'Eglise française l, n'estoit point fondée sur aulcun rapport, mais seulement sur un article de vos lettres où vous me signifiez que vous seriez en train de ce faire, ne voyant là nul amendement. Il suffit que je sçay votre intention pour n'en plus estre en fascheries. Je voy bien les occasions que vous en pouvez avoir, mais j'ay esgard au scandale qui en sortiroit. Tout va bien que vous m'avez octroie ma requeste.

Je désireroie, Monseigneur, que les cent escus feussent envoyez à la damoiselle, et ils vous seroient rendus incontinent, envoyant aux damoiselles de Tilly ce qui leur reste, puisque le père se montre tel. Je désireroie qu'en nous disposant à porter volontiers et patiemment la croix, nous à former nos espaulles à telle charge (sic). Je le dis suivant le mot que vous me touchez. Mais ce sont matières dont on parleroit mieulx qu'on n'en peult escrire.

Je vous prye me tenir excusé, si je ne vous mande encor mon jugement de la translation des sermons de Messire Bernardin 2. Je vous puis bien dire un mot en

1 L'Eglise française de Strasbourg dont Calvin avait été pasteur, durant son exil de Genève.

2 Bernardino Ochino, de Sienne, ancien général de l'ordre des Capucins, un des plus illustres membres de cette émigration italienne qui donna Pierre Martyr à la Suisse. Renommé pour son éloquence dans toute l'Italie, il prêcha la Réforme dans les villes de Naples, de Bologne, de Venise, et se retira, en 1542, à Genève. Appelé comme ministre par plusieurs Eglises, il habita successivement Baie, Strasbourg, Oxford, Zurich, fut banni de cette dernière ville à cause de la publication d'un dialogue snr la polygamie, et alla

l'oreille, qu'ils sont plus utiles en italien qu'en aultres langues, n'estoit que le nom de l'homme sert ; et puis il y a telle diversité d'esprits, qu'il n'est pas mauvais de tascher à en amener aulcuns par ce moien. Du translateur, je vous en manderay en brief au plaisir de Dieu.

Touchant de Y Apologie des Damoiselles *, je pense, Monseigneur, vous en avoir desjà mandé mon advis en brief, pour le moins je l'avois icy déclairé, que l'auteur n'avoit point gardé ce que les Latins appellent décorum. Car la procédure ne convient pas aux personnes. Tous ne l'appercevront pas, mais ceux qui auront le sens ouvert. C'est la cause qui me la fait retenir par devers moy.

Les lettres de Diazius n'estoient pas nécessaires pour me montrer en quelle auctorité vous aviez ouvertes celles qu'il m'escrivoit 2. Car vous avez bien l'auctorité sans que nul aultre la vous donne. Je vous remercie humblement de l'offre tant gratieuse que vous me faites pour le baptesme de nostre enfant 3. Et sur ce, Monsieur, pour

mourir en Moravie (4564) après une vie errante et agitée. Ochino appartenait à la secte des antitrinitaires. Ses discours, tant admirés du cardinal Bembo , sont moins remarquables par la solidité de la doctrine, que par la chaleur des sentiments et l'éclat du langage. Ils ont été publiés sous ce titre : Predlche di messer Bernardino Ochino, 1543, et réimprimés à diverses reprises à Baie.

1 Les sœurs de M. de Falais.

2 Jean Diaz, natif de Cuença, en Castille, un des premiers disciples de la Réforme en Espagne, Après de brillantes études à l'université de Paris, Diaz visita Genève et Strasbourg, obtint l'amitié de Calvin, et se lia particulièrement avec Bucer qu'il suivit à la diète de Ratisbonne.

3 Calvin eut, cette année, de sa femme Idelette de Bure , un enfant qui mourut en naissant.

faire fin, après m'estre humblement et de si bonne affection qu'il m'est possible, recommandé à vostre bonne grâce, et celle de Madamoiselle, et tous avoir aussi présenté les humbles recommandations de ma femme, je prye nostre bon Dieu de vous conduire tousjours comme il a faict, se monstrant vray protecteur de vous et de tout ce qui vous concerne. (Avril 1546 *.)

Vostre humble frère, serviteur et entier amy à jamais,

Jehan Calvin.

A MONSIEUR DE FALAIS

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, vous verrez icy ce que j'ay faict désirant de vous obtempérer2. Jen'oseroye pas me promettre qu'il y ait de quoy pour vous contenter. Il me suffira

1 Au dos, de la main de M. de Falais : Receue le \ 6 d'apvril 1 546.

2 A la demande de M. de Falais, Calvin avait préparé une apologie de ce seigneur, qui devait être présentée à l'empereur, à la diète de Ratisbonne. Ce mémoire, rédigé d'abord en français, puis traduit en latin, et contenant, avec une profession de foi, de précieux détails pour l'histoire de M. de Falais , est intitulé comme il suit : Apologia illustrissimi domini Jacobi a Burgondia, Fallesii Bredanique Domini, quâ apud imperatoriam majestatem inustas sibi criminationes diluit , Jideique sux confessionem edit. — Ce morceau a été publié à la suite des Lettres de Calvin à M. de Falais par l'é teur d'Amsterdam.

bien si vous avez ceste persuasion qu'il n'a pas tenu que je n'eusse bon vouloir. Je crains bien que vous n'y trouviez pas ce que vous aviez attendu. Mais ce n'est pas raison que je porte la faulte du trop grand crédit que je pourrois avoir envers vous. Si j'eusse esté disposé de ma personne, et que j'eusse eu loisir, possible est que j'eusse mieulx faict. Mais puisque ces deux cboses m'ont deffailly, je vous prye qu'il vous plaise me tenir pour excusé. Il ne m'eust pas tant cousté de remplir beaucoup plus de papier, mais je me suis estudié à estre brief, pensant qu'il n'y avoit rien meilleur, attendant la personne à qui l'escrit s'adresse. Il n'a pas semblé advis à Sainct-Àndré qu'il y manquast rien, sinon que estant venu au passage de vostre retraicte, vous pourriez insister à desduire par le menu, les voyages que vous feistes adoncq. J'avois bien pensé d'une aultre conclusion, mais pour ce que je ne sçavois pas bonnement quelle mesure y tenir, je l'ay laissée. Il sera en vostre discrétion d'y adjouster un article de cela, si vous le trouvez expédient. C'est quant aux biens, que vous ne luy osez faire aultre requeste, craingnant que ce ne fust poine perdue, de luy parler des biens, devant qu'estre rentré dans sa bonne grâce, et aussi que c'est la cbose que vous désirez le plus et préférez à tout le reste. Néantmoins qu'il luy plaise d'avoir esgard à une telle maison, et qu'il ne se laisse pas mener par ceux qui ne cherchent que la destruire. Je ne sçay s'il profiteroit à vos frères 1 de faire mention d'eux. Vous y ad-

1 M. de Falais avait cinq frères. Les seuls dont il soit fait mention, dans les lettres de Calvin sont Jean, seigneur de Fromont, et Pierre, pronotaire apostolique, qui avaient embrassé la Réforme.

viserez. En la fin, à mon jugement, il fauldroit ajouter une clausule, pour oster souspeçon que vous y eussiez trop grand regret, déclairant que pour l'honneur de Dieu vous en portez patiemment la perte, priant Dieu qu'il vous face tousjours sentir combien vault Jésus- Christ, et les biens qui vous sont donnez par luy, affin de réputer au prix de luy toute chose comme ordure et dommaige. Si vous délibérez d'entrer en propos des biens, il me semble qu'il seroit bon de le coucher ainsi en brief. Je vous ay amené l'excuse pourquoy je ne l'ay pas faict.

Or, Monseigneur, j'avois arresté l'homme qui m'avoit apporté vos dernières, espérant qu'il seroit le messager pour vous porter ceste response. Mais au bout de six jours, il est survenu une affaire souldaine à sire Nicolas présent porteur. Ainsy j'ay renvoyé Taultre, luy baillant deux jeunes enfans à conduire, pource qu'il ne pouvoit pas si tost arriver. Il a esté suffisamment admonesté, non pas tant par moy que par les aultres, de s'arrester et choisir quelque manière de vivre. Mais j'apperçois bien qu'il n'est pas encore las de courir. Cela vient en partie de sa trop grande simplicité, car il n'y a pas grant sens en sa teste. Quelqu'un du païs qui n'est guère plus saige que luy, desjà en passant luy avoit soufflé en l'oreille que je l'eusse bien peu recommander à Berne pour l'introduire à estre prescheur. Je l'ay repoulsé bien loing de ceste espérance. Mais il ne laisse point de vaguer. Et quant il aura approuvé un conseil, incontinent après c'est à recommencer. Il m'en faict mal, pource que je le trouve aultrement de bon vouloir et sans malice.

Quant à l'affaire du sire Nicolas, le cas est tel. Il n'avoit moien de saulver sa somme, qu'en prenant la place laquelle estoit adjugée en hypothèque à un aultre créancier premier en ordre, ayant retranché quelques pièces pour les fréz de la justice. Ainsi il estoit exclus, sinon qu'il eust prins charge de rembourser l'aultre. Qui pis est, celluy qui la tenoit, estoit hypothéqué ailleurs, en dangier que son bien ne fust vendu, et devoit recouvrer ses intérêts là-dessus. La pièce vault richement ce que ledit Nicolas en baille. Le mal estoit pour luy, qu'il en failloit payer sept cens escus dedans Pacques, et aussi qu'elle luy est trop grosse. Mais la nécessité faict oublier tout cela. Il est vray qu'il doit recevoir du sire Antoine Sieglessen, somme pour y satisfaire, mais il craint qu'elle ne soit pas preste en si brief terme, pource qu'il aura affaire à gens sans pitié. En ceste perplexité, il a pensé que si d'advanture Antoine de Sieglessen ne pouvoit si promptement fournir ce qu'il doit recevoir de luy, qu'il trouveroit secours envers vous pour un mois ou six sepmaines d'attente, en vous asseurant sur le sire Antoine et sur la place, à bonne condition et équitable. Quant il m'en a demandé conseil, je l'ay prié de tenter tous moiens devant qu'avoir refuge à vous. Ce qu'il avoit bien délibéré, comme il m'a dict, mais que c'estoit son dernier remède. Il vouloit en tout événement vous porter lettres d'assurances sur la place. Je n'en ay point esté d'advis craingnant qu'il ne vous semblast que ce fust occasion de long terme, luy promettant de vous certifier qu'il n'auroit pas tenu à luy, mais à moy.

Je vous ay bien voulu faire ce récit, Monseigneur,

affin que vous fussiez adverty qu'il ne s'est pas voulu advancer oultre son pouvoir par témérité, mais qu'il y a esté contraint; affin aussi que quant il ne se pourroit nullement passer devostre secours, voiant la cause, vous fussiez plus tost induict à luy ayder. Je vous asseure bien que rien ne sera en hazard, car l'assignation est trop bonne. Et s'il y avoit icy bourses, il n'eust pas fallu bouger de la maison. Mais le païs est tant desnué d'argent que c'est pitié, et aussi il luy en est plus deu à Strasbourg, qu'il ne luy en est de mestier. Je n'entreprens pas de vous en requérir, car ce n'est pas à moy. De ce que j'en ay faict pour vous oster lesdoubtes qui vous pourroient empescher, j'espère que vous le prendrez à la bonne part et ne l'attribuerez point à importunité. Joinct que mon devoir y est, pource que j'ay esté cause avec Monsieur David de l'envelopper en ceste solicitude. Car nous feismes le premier achapt en son absence pource que ledit Monsieur David avoit bonne dévotion de ce temps-là de s'y mettre.

Je croy que vous estes advertis par delà de la mort du marquis de Guast l. On ne sçait que l'empereur veult faire, sinon que gens descendent de Naples vers Gênes. On ne peult penser qu'il s'en veuille aller esbattre si loing qu'à Argiers. Et toutesfois je croy que se tenant seur du costé de France, et laissant l'Anglois pour amuser le roy, ayant tout bien ordonné en Allemaigne à son profict, qu'il ne se feindroit point d'aller en Argiers 2.

1 Alphonse d'Avalos, marquis deGuasto, gouverneur du Milanais, et l'un des plus habiles généraux de Charles-Quint. Il mourut en

2 L'empereur avait entrepris, en \ 541 , une désastreuse expédition

Maistre Guillaume Farel et maistre Pierre Viret m'ont pryé au passé d'icy, de vous faire leurs humbles recommandations. Ils ont esté icy huict jours à ma grande consolation sinon d'aultant qu'ils m'ont recullé en vostre excuse. Je suis joyeux de vostre bonne disposition, premièrement pour vostre soulaigement , et aussi pource que j'espère qu'elle nous sera le moien de vous veoir. Cependant nous prierons Dieu qu'il vous veuille encore restaurer de mieulx en mieulx , combien qu'il ne nous fault pas attendre, ne vous ne moy, d'estre jamais fort vaillans en ce monde.

Nous avons faict Sainct-André prescheur, de quoy vous serez possible esbaliy. Il ne s'y attendoit pas et je croy aussi que son couraige n'y inclinoit pas du premier coup. Mais nous avons faict conscience voyant son zèle et sa dextérité , de le laisser tousjours oisif. J'espère que Dieu en sera servy au profict et édification de son Eglise. Il n'a pas esté amené sans combat, mais congnoissant que la vocation venoit d'en hault, il n'y a pas résisté.

Sur ce, Monseigneur, après avoir présenté les humbles recommandations tant de moy que de ma femme à vostre bonne grâce et à celle de Madamoiselle , je supplieray nostre bon Dieu de vous avoir tousjours en sa protection , vous conduisant à son honneur comme il a faict jusques icy, et se monstrant si puissant en vous qu'on y congnoisse tousjours le fruict de ceste belle victoire

contre la ville d'Alger. Les mouvements militaires qu'il opérait alors en Italie étaient destinés à masquer ses véritables projets d'attaque contre les princes protestants d'Allemagne.

en laquelle Jésus-Christ nous console. De Genesve ce 16 d'apvril 1546.

Vostre humble serviteur et frère en nostre Seigneur Jésus ,

Jehan Calvin.

Comme j'avois achevé ces présentes, j'ay eu de piteuses nouvelles de la mort du bon Diazius *. Mais il fault que les malheureux papistes monstrent de plus en plus qu'ils sont menez de l'esperit de leur père, qui dès le commencement a esté meurtrier.

A MONSIEUR DE FALAIS

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, j'ay retenu ce porteur huict jours entiers, attendant le retour du sire Nicolas , affîn d'avoir messager prest , si d'adventure il y avoit rien en vos lettres qui requist soudaine responce. En la fin ne sachant s'il viendroit de brief, je luy ay faict sa dépesche qui est seulement de vous mander que nous n'avons

1 Jean Diaz périt à Neubourg, le 27 mars 4546, assassiné sous les yeux et à l'instigation de son propre frère, Alphonse Diaz, venu de Rome pour l'accomplissement de cet exécrable attentat qui demeura impuni. On peut lire les tristes détails de l'assassinat de Jean Diaz, Sleidan, Lib. XVII, p. 274, et Histoire des Martyrs, L. III, p. 4 63.

pour le présent nulles nouvelles par deçà, sinon que cependant nostre Alleman nous a esté amené de Francfort, et l'avons baptisé dimanche dernier. Il est vray que du commencement j'en feus un peu fasché, craignant le bruit qui en seroit. Et de faict celluy qui le bailla au marchant qui Fa icy conduict, joua mal son personaige. Mais ne doubtant pas que la chose estoit ainsi advenue par l'ordonnance de Dieu, combien que je ne sceusse point la fin pourquoy, je me délibéray d'en faire mon devoir. Car ce n'est pas à nous d'enquérir tousjours pourquoy Dieu dispose ainsi des choses , mais de faire nostre office, sans en disputer plus longuement. Les frères furent d'avis que l'acte se fist en la plus grande assemblée, où je déclaray ce qui me sembla estre à propos. Et la chose est tournée en plus grande édification que nous n'espérions, dont nous avons à louer Dieu. Toutefois je vous remercie affectueusement de la poine qu'il vous a pieu en prendre. Car le marchant qui me l'a amené, m'a bien confessé que vous aviez commandé qu'on le vous envoyast. Mais Dieu y a proveu contre nos délibérations.

On devine icy que l'empereur, aprez avoir fait quelques contenances à la journée l, fera souldain un pertuis en l'air pour se retirer. Mais je ne sçay s'il pourrait demeurer oisif. Si c'estoit à moy à faire, je lui donnerois quelque bonne commission , laquelle l'empescheroit d'approcher de nous pour longtemps. Je désire qu'il soit à son ayse moyennant qu'il ne nous moleste point.

1 La diète de Ratisbonne qui s'ouvrit en juin 1546. Charles-Ouint y parut, avec des paroles de conciliation et de paix, au moment où il disposait tout pour la guerre.

Combien qu'il y a une bonne bride pour le retenir, de laquelle je me contente.

Je ne vous ay point escrit par maistre Pierre Viret, pource que je n'estoye point certain s'il iroit, ou non. Je croy que vous aurez esté joieux de l'avoir veu.

A tant, Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle, vous avoir aussi présenté à tous deux les humbles recommandations de ma femme , je supplye nostre bon Dieu d'estre tousjours garde de vous, et d'adresser toutes vos voies à son honneur, pour estre de plus en plus glorifié par vous. De Genesve, le 11 de may (1546 ').

Vostre serviteur, humble frère et entier amy à jamais,

Jehan Calvin.

A MADAME DE FALAIS

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Madamoiselle, combien que l'addition des lettres m'a merveilleusement contristé , toutefois si estoit-il bon que j'en feusse adverty, car cela servira à nous soliciter que nous prions Dieu de tant meilleur cueur,

1 Au dos, de la main de M. de Falais : Receu le %\ mai 1546. Responçlu le 5 juin ensuivant.

que le dangier est à craindre *. Et de faict, j'en avois desjà entendu quelque chose par monsieur Dallein, et maistre Pierre Viret me Fa confermé. Reste qu'en pryant Dieu qu'il nous regarde en pitié en cest endroict, nous attendions patiemment l'issue telle qu'il luy plaira envoier. Et quelque chose qu'il en dispose, que nous soions préparez à le porter, de sorte qu'il apparoisse par effect comment nous luy sommes obéissans. Pensez mesme que par ceste longue maladie et tant de recheutes, nostre Seigneur vous admoneste avant le coup de vous fortifier, afin que vous ne soiez surprinse, quoy qu'il en advienne. Tant y a que je croy bien qu'encor qu'il revienne au-dessus, nous ne ferons pas luy ne moy longue demeure icy-bas. Et possible que vous nous pourrez bien convoier tantost après. Mais encore ne laissé-je pas d'espérer nouvelles plus joieuses.

Sur ce, Madamoiselle , après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplie nostre bon Dieu de tousjours avoir l'œil sur vous, et le vous faire sentir par expérience à vostre consolation, vous augmentant en tous les biens dont ses enfans doivent estre riches. De Genesve, ce 21 de juing (1546 2).

Vostre humble frère, serviteur et ancien amy,

Jehan Calvin.

Ma femme vous présente ses humbles recommandations.

1 M. de Falais était alors dangereusement malade.

2 Au dos, de la main de M de Falais : Receu le 22 juillet. Ce détail, rapproché du début de la lettre suivante, nous donne la date de celle-ci.

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, vous voyez par la date des aultres lettres combien elles ont reposé longtemps chez moy depuis qu'elles estoient escrites, d'aultant que le porteur ne pouvoit trouver moien de faire charger son cas. De quoy je vous ay voulu advertir, de peur qu'il ne vous semblast qu'il les eust si longtemps tenues entre ses mains. Nous sommes en grande attente de vos nouvelles pour le bruict qui court. Dieu face par sa grâce que vous aiez matière de nous resjouir. Or cependant que le porteur a targé, je me suis advisé, Monsieur, de vous faire une requeste. Vous sçavez que nostre frère Viret est à marier \ J'en suis en aussy grand soing que luy. Nous trouvons assez de femmes icy, à Lausanne, à Orbe. Mais il n'y en a point encore apparu une de laquelle je me contentasse du tout. Durant que nous serons à délibérer, je vous prierois volontiers, si vous en aviez marqué une par delà qui vous sembla propre pour luy, qu'il vous pleust le me signifier. Je ne me suis voulu adresser à aultre qu'à vous, pource que tous n'ont pas la prudence qui est icy requise. Vous me pourriez allé—

1 Viret avait épousé en premières noces Elisabeth Turtaz, d'Orbe, avec laquelle il vécut dans une pieuse union, et qu'il perdit au mois de mars 1546. Il se remaria, vers la fin de l'année, avec la fille d'un bourgeois de Genève. La correspondance latine de Calvin contient plusieurs lettres fort curieuses sur ce sujet.

guer que j'y en congnois pour le moins quelqu'une ; mais je n'oseroye sonner mot, devant qu'en avoir vostre jugement, lequel vous pourrez mander en ung mot, car je tiendray vostre silence pour un non placet l. Je n'ay point faict difficulté de m'adresser à vous privément en cecy, combien que ce soit matière scrupuleuse, car la nécessité m'excusera, encore que je feusse importun, pour ce qu'il n'y avoit nul aultre auquel il me semblast bon de me fier, et je sçay bien que de vostre costé sçacbant combien le mariage d'un tel homme emporte pour l'Eglise de Dieu, vous n'y vouldriez pas estre espargné. Combien que je ne vouldroye pas vous empescher à procurer pour luy, cas advenant, que son parti se trouvast là. Mais quant à demander conseil, j'ay pensé que vous me donneriez ceste liberté.

Sur ce , Monseigneur, après m'estre recommandé à vostre bonne grâce de telle affection comme je vous ayme, je supplye nostre bon Dieu d'avoir tousjours le soing de vous, en vous conduisant tellement que vous serviez de plus en plus sa gloire. Genesve, 4 juillet 1546.

Vostre serviteur, humble frère et entier amy,

Jehan Calvin.

A MONSIEUR DE FALAIS

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, comme j'attendoye d'heure en heure Jacques de son retour de Lyon, pour vous faire response

1 Allusion à une sœur de M. de Falais.

par luy, je fus esbahy Panltre jour quand mon frère me dist qu'il estoit passé sans parler à moy. Et maintenant il fault que je vous escrive bien en haste pour le souldain partement du porteur. Vray est que j'en feus hier adverty, mais ce feust à huict heures de nuict, que ma migraine me pourmenoit si rudement, qu'à grant poine j'onvrois la bouche. A ce matin je pensois qu'il fust party jusque à ce que à l'issue du sermon il m'a dit qu'il attenderoit un quart d'heure pour me faire plaisir. Par quoy je vous prieray d'excuser la briesveté.

Quant à l'affaire du personnaige dont je vous avois requis *, il m'a respondu en vous merciant bien humblement de la bonne affection que luy monstriez, qu'il vouldroit devant toutes choses avoir communiqué avec la partie, craignant que par faulte d'advertissement mutuel , ils ne se trouvassent pas bien ensemble à l'advenir. Or durant ces troubles il lui semble que le voiage seroit mal pris , et je suis bien de cest advis. Par quoy il y auroit danger d'une longue traisnée , qui est contre vostre intention, laquelle je trouve bien raisonnable. Au reste il n'y avoit nul empeschement quant aux maladies % mais je troiwe cela fascheux qu'un affaire incertain soit si long temps en suspend , combien que je ne réprouve pas sa demande, attendu les raisons qu'il m'a allégué , qu'il est nécessaire que la femme qu'il prendra soit advertie de quelques charges domestiques qu'il est contraint de porter. Oultre ce que l'amour requiert cong-

1 Le ministre Viret. Voir la lettre précédente.

2 Durant son premier ministère à Genève (1534), Viret faillit périr victime d'un empoisonnement dont il ressentit les effets jusqu'à la fin de sa vie.

noistre précédente (sic)y et jamais les mesnages ne se portent bien, sinon qu'on se soit déclairé privément l'un à i'aultre, et qu'on ait traicté des conditions que chascun requiert en sa partie. Le mal est en la longue attente , et pourtant n'y voy pas grant propos. Je prye Dieu en que ce soit, qu'il le veuille bien adresser.

Du livre *, il me semble que je vous en ay suffisamment mandé ce qu'il m'en sembloit, par quoy je n'entens pas pourquoy vous en demandez mon jugement de nouveau, n'estoit pour luy monstrer. Or il sera mieux prins de luy, ce me semble, quant il vous plaira luy monstrer l'article de mes lettres, d'autant que j'en parle plus librement, ne congnoissant point l'aucteur. Toutefois s'il vous semble qu'il y ayt à redire, quand il vous plaira m'en advertir, je suivray vostre conseil.

Au reste Antoine Maillet m'escrivit qu'il avoit parlé à Peter Telsen, me mande que les douze escus qu'a desboursé maistre Valerand , vous doivent estre rendus ; toutefois que je n'ay que faire de m'en tant haster, qu'à ma commodité. Je ne sçay s'il l'a fait par erreur, mais s'il y avoit encore douze escus à payer, Peter Telsen auroit desboursé un double plus qu'il ne devoit. Car je vous envoiay par mon frère douze escus , lesquels vous me mandastes avoir reçeus. Toutefois si Peter Telsen avoit failli, je ne vouldrois que ce fust à vostre dommaige, combien que je ne sçay où il auroit emploie l'argent; mais de cela ce sera à moy d'en faire avec luy. Devant qu'en sonner mot, j'ay bien voulu en sçavoir la

1 M. de Falais avait envoyé à Calvin un livre de théologie écrit par un certain Denis de la Roche, en lui demandant son avis sur cet ouvrage.

vérité. Je vous prye doncq qu'il vous plaise me faire sçavoir si oultre les douze escus que vous rendit mon frère , il y en est encor sorty pareille somme de vostre bourse.

Puisque là-bas ils ont ainsy fait des enraigéz, je ne voy pas qui vous empesche de publier vostre Apologie, et me semble fort expédient. Toutesfois j'en dis ce que j'en pense sans préjudice. Le reste demeure en la plume, car le porteur ne m'a pas donné si long terme. Ainsi , Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle, je supplye nostre bon Dieu de vous avoir tousjours en sa garde, vous faisant grâce de tellement cheminer tousjours qu'il soit de plus en plus glorifié en vous. Je luy rens grâces de ce qu'il a commencé de vous remectre au-dessus, mais je le supplye vous augmenter journellement la force jusque à ce que vous soiez pleinement restauré. Ma femme vous présente ses humbles recommandations. De Genesve, ce 4 d'octobre 1546.

Vostre serviteur, humble frère et entier amy,

Jehan Calvin.

A MADAME DE FALAIS

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Madamoiselle, pour ce que vous me mandiez par vos

dernières lettres que vous m'envoiez quant et quant celles i. il

de Monsieur de Fresne, je craignois que le porteur n'eust pas faict son devoir en bien gardant ce qui luy avoit esté commis. Mais il m'a asseuré qu'il n'avoit rien receu aultre que ce qu'il m'a baillé. Par quoy je devine qu'elles seront demeurées par oubly. Je croy que l'intention pourquoy vous les m'envoiez, estoit affin d'avoir mon advis comment on pourroit en advertir Monsieur l< Or puisqu'il faut qu'il en sasche les nouvelles, je ne feroys difficulté de luy en ouvrir quelque propos , quant il sera en bonne disposition, et puis luy en dire ce qui en est. Moiennant qu'il ne soit point mal de sa personne , il n'est pas homme qui se laisse vaincre de tristesse, et qui ne sasche faire proficter les grâces que Dieu luy a données pour sa consolation.

Il me souvient que naguères vous plaignant de voir Monsieur jouir tout seul de mon Commentaire* vous me priez de penser aussy bien à ceux qui n'entendent que François, affin d'en avoir part, et me priez de mes Sermons. Or s'il estoit question de les mectre en avant, j'y vouldroys bien y mectre la main à bon escyent, mais cela ne sera pas de ceste année. Cependant si Dieu me faict la grâce d'achever l'épistre aux Galatiens qui doibt estre brief , j'ay le mole de quelque traicté lequel sera François comme Latin , où il y aura quelque profict comme j'espère.

Après m'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce , et vous avoir présenté les humbles recom-

1 Allusion à la mort d'une des sœurs de M. de Falais, qu'on n'osait lui communiquer.

2 Le Commentaire de la première Epîlre de saint Paul aux Corinthiens, dédié à M. de Falais.

mandations de ma femme, je prieray nostre bon Dieu de vous avoir en sa saulve garde, se servant de vous de plus en plus à l'avancement de son règne. De Genesve ce 19 d'octobre (4546).

Vostre serviteur et humble frère ,

Jehan Calvin.

A MONSIEUR DE FALAIS

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, je croy que vous avez receu mes dernières lettres, par lesquelles vous aurez entendu que les vostres m'avoient estes rendues par Alexandre, mais sur le tard. Je remercie nostre bon Dieu affectueusement , des nouvelles que Madamoiselle m'a mandé de vostre convalescence. J'espère au plaisir de celluy qui a si bien commencé, qu'au primtemps vous serez si dispos, qu'on ne vous sçaura tenir de vous esgaier, pour récompenser les faultes du temps passé. Nous attendrons de cela et de tout le reste, ce qu'il luy plaira par sa bonté infinie nous envoier, ayant bonne espérance que la raige qu'a jette sur vous la Court de Malignes s'en ira bientost en fumée 1 .

Je croy qu'il sera tantost temps de sonner à la re-

1 La confiscation des biens de M. de Falais avait été prononcée par la cour de Malines. Cet arrêt était soumis à la confirmation de l'empereur.

traitte pour tous les deux camps l; Je prye Dieu de conduire si bien tout que la départie soit à l'avantaige de son honneur. Je suis plus joieux qu'il face la guerre à ce malheureux Tiran de sa propre main qu'aultrement. Car si nous faisions quelque chose d'importance , je craindrois tousjours la queue en la présumption. Jamais nous n'avons entendu qu'estoit devenu cest écervelé le Conte de Beurre % s'il est passé avec son armée, ou s'il a esté repoussé. Quoi qu'il en soit, non in multitudine, neque in brachio.

Maistre Valerand retourne; vous sçaurez mieulx de tout Testât de vos affaires. Toutefois je n'y voy aultre moien, si non de faire surcéance de vostre costé, jusque à ce que Dieu face ouverture meilleure. Vous sçaurez qui est ce porteur et à quelle intention il s'en va par de là. Pour ce que je trovoye sa délibération bonne , je ne l'en ay pas voulu destourner.

Sur ce, Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce , je pryerai nostre bon Dieu d'avoir tousjours sa main estendue pour vous

1 La sentence qui mit au ban de l'empire l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, 20 juillet 1546, fut le signal de la guerre en Allemagne. L'armée impériale et celle des princes protestants s'observaient depuis plusieurs mois, sur les bords du Danube, sans pouvoir obtenir l'une sur l'autre aucun avantage décisif. Mais les troupes de Charles- Quint étaient décimées par la disette et les maladies, tandis que l'abondance régnait au camp des confédérés.

2 Maximilien d'Egmont, comte de Buren , capitaine vaillant et aventureux. Il amenait à Charles-Ouint un puissant renfort des Pays-Bas, et il exécuta cette opération difficile avec le plus heureux succès.

conduire par sa grâce. De Genesve , ce 19 d'octobre

Vostre serviteur , humble frère et entier amy ,

Jehan Calvin.

Ma femme aussi supplye d'estre toujours humblement recommandée à vostre bonne grâce.

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, je n'ay rien pour le présent à vous mander, sinon que le sieur Maldonade m'a monstre vos lettres, pour avoir conseil de moy de ce qu'il devoit faire. Je n'ay pas esté d'advis qu'il se mist en chemin par ce temps, sinon qu'il y ait nouvelles plus pressantes. Quand vous aurez leu le double de ses lettres, je croy que vous les trouverez si amples qu'il ne sera mestier de longue consultation. Toutefois quant il vous plairoit commander à quelqu'un de s'en enquérir, encor y auroit-il plus d'asseurance, Mais je l'ay adverty qu'il sera expédient de supprimer les noms, de paour que les marchans pour gratifier n'anticipent à le signifier à ceux qui en deveroient respondre. Et cela sera aysé, en proposant le faict, sans alléguer ne ville ne personne. Si vous trouvez qu'il doive marcher, incontinent il se mectera en chemin. Pour le nepveu il ne me sembloit pas, les choses estans

disposées comme elles sont, que sa présence fust là fort requise, jusque à tant qu'il vous plaise luy faire sçavoir comme il en ira. Et aussi \ous aviez adjousté aux lettres un mot de vostre main qui le rendoit suspens pour l'attente des bonnes nouvelles.

Quant à l'homme dont vous touchez, j'en ay mandé ce que j'en sçavoye à Antoine Maillet. Je n'oserois passer oultre cela, pource que je ne l'ay pas tant congneu que j'en puisse asseurer d'advantaige. De son parentaige, nostre frère Sainct-André vous en a mandé ce qu'il en sçavoit, comme il m'a dict. Et aussi vous avez eu loysir d'y prendre garde, depuis qu'il est par delà. Je l'estime de bonne sorte. Mais je craindrois tant d'avoir esté occasion de vous mal adresser, que je fais difficulté de m'advancer beaucoup en cest endroit.

Sur ce, Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce , et de Madamoiselle , je supplieray nostre bon Dieu de vous avoir tousjours eu sa saincte protection, continuant de se glorifier en vous, et vous bénissant en toutes choses. Ma femme vous présente aussi à tous deux ses humbles recommandations. De Genesve, ce 24 d'octobre 1546.

Vostre humble serviteur et frère,

Jehan Calvin.

Monseigneur, vous me pardonnerez que ces lettres demeurarent sur ma table, quand je feis mon pacquet dernier. Le messaiger les pensoit avoir, et je feus bien esbahy quand je les trouvay. Ce 28.

DE CALVIN. i 67

A MONSIEUR DE FALAIS

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, combien que j'attendois vos lettres de jour en jour, je n'ay voulu toutefois laisser aller ce porteur sans vous escrire, pour donner response à vos dernières. Je commenceray par l'article du livret que m'envoiastes. Ayant leu ma response, et le jugement que j'en avoye , vous me nommastes l'aucteur; et pource qu'il est un peu adonné à son sens, vous me priez de tous en mander mon advis, aflin de luy en dire à son retour ce qu'en auriez trouvé. Vos paroles sont : « L'aucteur est Denis de La Roche , lequel m'a pryé le tous envoier secrètement. Parquoy ne sçay comment devray user pour l'admonester, car je crains qu'il se doublera qu'il vient de vous, d'antant qu'il est un petit de grant cueur, et tient quelquefois volontiers son opinion. Pource que vous le congnoissez de plus longtemps que moy, escrivez-m'en vostre advis affin qu'à son retour je puisse luy dire le jugement que j'en ay trouvé, quant il le me demandera. »

Sur cela je me suis excusé , ne sçachant comment y procéder, veu qu'en brief je vous avois déclairé ce que j'en sentoye. Si vous demandiez plus longue déduction, je ne la pouvois si bien faire que de récente mémoire. Et de faict j'ay bien oublié une partie de ce que vous en ay escrit. Voilà qui me faisoit doubter de vostre inten-

tion, pource qu'il me sembloit que demandiez derechef ce que j'avoye desjà faict. Et encor n'entens-je point parquoy vous en vouliez avoir nouvelle déclaration de moy, sinon que la première ne vous contentast point. Or à grant poine pourrois-je deschiffrer par le menu les choses qui me sont eschappées. Car je n'ay retenu qu'une idée confuse de l'argument général, et quelques poincts par cy par là.

Quant au mariage dont je vous avoye requis *, je vous prye, Monseigneur, de croire ce que je vous en diray; car je vous en compteray la pure vérité sans dissimulation aulcune. La raison qui m'esmeut de vous en escrire fust, qu'on luy adressoit icy party qui ne luy convenoit pas. Mais pour l'affection véhémente d'aulcuns qui s'en mesloient , nous estions en poine de le refuser. Ainsi pour rompre ce coup, j'eusse désiré qu'il s'en fust trouvé un par delà ; car il y eust eu moins d'envie et de jalousie quant il l'eust prins de loing, comme desjà nous avions bien expérimenté les murmures qu'en faisoient aulcuns, quant nous ne suivions point leur cordelle. Au reste, je vous asseure qu'il ne prétendoit pas ailleurs par insinuation oblique. Mais sans penser ny à celle dont vous me respondistes de vostre grâce , ny à nulle aultre , je m'estois advisé de vous recommander l'homme en tel cas. Or vous sçavez que les premières lettres demeurèrent longtemps en chemin devant que nous eussions de vos nouvelles qui me fust cause de redoubler, mesme à l'instance de l'homme , combien que je n'entendoy pas bonnement pourquoy. Car cependant, à ce que j'ay ap-

1 Pour le ministre Pierre Viret. Voir les lettres à M. de Falais du 4 juillet et du 4 octobre 1546, p. 457 et 4 59.

perçeu depuis, on luy parloit d'ailleurs. Toutefois ayant receu de vos nouvelles, je communicquay avec luy, et la conclusion fust telle que vous ay mandé, sans user de civilité feincte, ny de tergiversation. Depuis j'ay sceu que le propos d'une vesve continuoit, combien que de ceste heure je ne sçay comment il en va. Et tant s'en fault que je m'en soye meslé, que sçachant en ceste ville une vesve d'aussi bonnes conditions que je vouldroys souhaitter pour moy, quant Dieu m'auroit affligé jusque là que de m'avoir destitué de ma compaignie l, et qu'il me fauldroit remarier; considérant les propos qui se menaient de l'aultre costé, je ne me suis pas voulu ingérer de la mettre en avant. Et toutefois je ne doubtois pas que ce ne fust son profict singulier. Mais .plus que je m'estois acquitté d'office d'amy, il me suffisoit de le recommander à Dieu, et cependant laisser l'eau aller son cours. Voilà comment je vous ay remercié sans hypocrisie, vous remonstrant les empeschemens que j'avoye icy. Et ne pense point qu'il y eust fiction en l'homme pour lequel je parlois; qui plus est, j'en oseroye quasi bien asseurer. Mais en peu d'heures propos changent. Voiant la disposition présente , je ne luy ay rien voulu communicquer du contenu de vostre lettre. Je n'useray pas de longues excuses envers vous ; et aussi il y a un bien que la chose n'a esté esvantée. Parquoy selon vostre prudence vous pourrez bien prendre le tout comme si jamais il n'en avoit esté mention. Cependant vostre bon

1 Calvin perdit sa femme, Idelette de Bure, au commencement d'avril 4 549, et ne se remaria jamais. Sa correspondance latine contient deux belles et touchantes lettres à Viret et à Farel (7 et \ \ avril) sur ce triste événement.

vouloir, ne sera point ensepvely envers moy, ny envers l'homme à qui le cas attouche principalement. Car je vous asseure qu'il le recongneut à bon escient , et sçay qu'il l'a imprimé au cueur, encor que nul effect ne s'en soit ensuivy.

Quant à l'argent qui a esté desboursé à l'occasion de nostre enfant, sans que vous en soiez plus importuné, Antoine Maillet y mectera fin. Puis, au plaisir de Dieu, je feray mon devoir, vous merciant bien affectueusement de ce qu'il vous plaist avoir patience jusque à ce que la conclusion en soit faicte.

Puisque Y Apologie n'est point encore sortie , il est bien expédient d'avoir les nouvelles que maistre Valerand i pourra apporter. Et de faict outre la circumstance survenue en vostre cas particulier, la déclaration qu'a faict l'homme en général contre toute la cause, mérite bien que le style soit changé et qu'il y ait des additions entrelacées. Et puisque Dieu a permis que vous aiez tant attendu , la fin qu'il y donnera vous enseignera encor plus certainement.

Combien que j'ay bien ouy parler d'un homme estant prins à Berne pour empoisonneur et boutefeu , néantmoins j'ay si peu d'advertissemens de ce lieu-là que je n'en ay rien entendu que du bruict commun. Parquoy je n'avoye garde de vous en rien mander. S'il est ainsi qu'on vous a rapporté, je congnois qu'il est bon mestier que ma vie soit en plus grande recommandation à Dieu qu'à nos voisins.

Combien que vostre débilité soit longue, toutesfois

1 Valeran Poulain , de Lille , qui devint plus tard ministre de l'église française de Francfort.

c'est beaucoup que vous alliez tousjours petit à petit en amendant. Et quant je regarde à la maladie, j'ay plus grande occasion de m'en contenter. Cependant nous ne laisserons point de pryer Dieu qu'il luy plaise de vous confermer du tout, luy rendant grâces de ce qu'il vous a retiré du bort du sépulchre. Au reste j'espère à l'apparence qu'il nous donne , qu'il se veult encor un bon coup servir de vous en santé, comme il s'en est servi en maladie. Car estans abattus tout plats au lict, il s'en fault beaucoup que nous luy soions inutiles, si nous rendons tesmoignage de nostre obéissance envers luy en nous remectant en son bon plaisir ; si nous donnons approbation de nostre foy résistant aux tentations ; si nous faisons valoir les consolations qu'il nous donne pour surmonter les fascheries de la cbair. Cela est aux maladies* et principallement longues, où est requise une plus singulière patience , mais surtout en la mort. Néantmoins comme j'ay dict je me confie en ce bon Dieu que vous ayant exercé par maladie, vouldra encor employer vostre santé à quelque bonne chose. Cependant nous avons à le prier qu'il nous soustienne en ferme couraige , ne permectant point que nous deffaillions pour la longue attente.

Combien que la retraicte du Renard 1 soitdoubteuse, ce n'est pas néantmoins peu de chose qu'au lieu de parvenir où il prétendoit, qui eust esté son grand advantaige, il est allé en escrevice. Et à ce que nous avons entendu , il a laissé les enseignes , comme la main de Dieu le persécutoit. Or j'ayme tousjours mieulx que Dieu luy couppe

1 L'empereur Charles-Quint. Voir la note 4, p. 4 64.

un doibt que nous un bras. Non pas que ce ne soit l'œuvre de Dieu ce qu'il fera par nous , mais je crains tousjours tant ceste gloire, que l'œuvre apparente de Dieu me resjouit plus. Et aussi le malheureux a plus d'occasion d'estre confus en son cueur. Quoy qu'il en advienne , j'ay pensé dire vray après les nouvelles de son deppart, en escrivant ce qui s'ensuit: Où va-t-il? où est-il allé? que deviendra-il le meschant? Pour le moins Dieu en le chassant a bien son orgueil avallé.

Il vole un bruict qui me trouble et fasche plus qu'il ne m'estonne. C'est que Maurice lui vouldroit tenir compaignie à ruiner son cousin et son beau-père, et finallement à se ruiner soy-mesme l. Car il fauldroit bien que Sathan l'eust du tout possédé. Nous attendrons toutefois ce qu'il plaira à Dieu, estants prects de recevoir tout ce qui luy aura pieu.

Quant à l'advis que vous me demandiez , s'il seroit expédient de refreschir la mémoire aux ambassadeurs, devant que j'eusse opportunité de vous escrire, la saison en estoit passée. Parquoy je m'en teus , non pas tant par oubly que pour ceste considération : ne pluvia post messem.

Il y a bien un point que je pense avoir oublié : c'est de la complainte qu'on faict, qu'il semble que je veuille enclorre le Corps au pain. Je ne sçay où ils l'ont rêvé ce songe. Je parle de ceste matière en plusieurs traictéz ,

1 Maurice de Saxe, cousin de l'électeur Jean-Frédéric et gendre du landgrave de Hesse, trahissant lâchement la cause des confédérés, conclut un traité secret avec l'empereur, auquel il prêta serment de fidélité, et qui lui garantit en retour les dépouilles de son beau-père.

mais principalement en Y Institution, au Catéchisme, au Commentaire des Corynthiens, et en la façon d'administrer la Cène. En la Supplication j'en touche assez légièrement. Oultre cela j'en ay composé un petit livre propre. Je croy qu'un lecteur de bon jugement n'y trouvera point de contredict. Mais voilà que c'est, plusieurs ne pensent pas qu'on distingu eentre le seigne et la vérité, si on ne les sépare du tout , pour faire Dieu comme un joueur de farce, qui monstre par figure des choses vaines et faulses. Cependant nostre office est de recongnoistre que cela vient de l'astuce de Sathan , lequel ne cherche qu'à brouiller les esperits , pour rendre nos labeurs inutiles. Ainsi pryonsDieu qu'il donne accroissement par sa grâce, affin que ne travaillons en vain. Tels exemples nous y doivent inciter, et pareillement admonester, à ce que ne pensions point avoir beaucoup faict d'avoir escrit.

Monsieur, après vous avoir présenté les humbles recommandations tant de moy que de ma femme à vostre bonne grâce, et celle de Madamoiselle, je pryeray nostre bon Dieu qu'il luy plaise de vous conserver tousjours en sa saincte protection, vous fortifiant par son Esperit en toute vertu, faisant de plus en plus reluire sa gloire en vous. De Genesve, ce 16 de novembre 1546.

Je supplye d'estre excusé des faultes, car je n'ay peu relire la présente estant occupé d'un mal de teste qui m'a saisy. Nostre frère Gallasius i se recommande aussi

1 Nicolas des Gallars, de Paris (M. de Saules), ami et secrétaire de Calvin, et l'un des ministres les plus distingués de Genève. Il fut envoyé comme pasteur à l'Eglise de Paris, en 1557, reconstitua, en 1560, l'Eglise française de Londres, assista, l'année suivante, au col-

humblement à vous, et vous envoyé un distiche qu'il a composé sur le Renard. Nous avons grant désir d'avoir des nouvelles. Si la guerre ne donnoit fériés aux presses, j'eusse envoyé à Vendelin les Galathiens ; mais puisque les Corynthiens demeurent là au coffre, je n'ay que faire de me haster.

Votre humble serviteur, frère et entier amy ,

Jehan Calvin.

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, le jour devant que Camus arrivast , j'avoye escrit tant à vous qu'à d'aultres par un jeune cousturier Picard. Mais pource que je n'estois pas certain si on vous avoit encore adverty de la mort de Madamoiselle vostre seur l, je n'avoye osé en faire mention. Maintenant j'ay esté joieulx , et ay remercié Dieu de bon cueur, voyant par les lettres de Madamoiselle, que vous aviez incontinent prins vostre résolution sur le poinct duquel j'eusse fait mon principal fondement, si je vous eusse voulu consoler. Et de fait vous avez bien occasion

loque de Poissy, fut nommé ministre de l'Eglise d'Orléans et devint, en 4574, prédicateur delà reine de Navarre. On a de lui divers ouvrages mentionnés par Senebier, Hist. litt., 1. 1, p. 344 .

1 Hélène de Falais. Elle avait épousé Adrien de l'Isle, seigneur de Trénoy.

de recognoistre la grâce que Dieu luy a faicte, et à vous avec. Car puisque son mary est ainsi refroidy , la bonne dame eust esté en une malheureuse captivité , si elle feust demeuré plus longtemps au monde, et n'eust jamais faict que languir. De vostre costé vous n'eussiez pas eu le moien de luy tendre la main, ny de la soulager en ses douleurs. Ainsi jamais vous n'eussiez pensé à elle qu'avec regret et fascherie. Dieu doncq a eu pitié de vous et d'elle, quant il y a proveu , et surtout quand il a prévenu les dangiers auxquels elle pouvoit tomber par longue succession de temps , selon la fragilité qui est en nous. Et nous avons encore un meilleur reconfort , que nous ne serons pas longtemps à nous retrouver ensemble. Cependant que nous penserons à nous préparer de la suivre , l'heure sera tantost venue. Mais j'ayme beaucoup mieulx de vous congratuler, d'aultant que nostre Seigneur vous a mis ces choses au cueur desjà , que de travailler à les vous réduire en mémoire. Les aultres nouvelles que m'a dict Camus de vostre part m'ont aussi resjouy, en attendant que Dieu ameine à bonne issue ce qu'il a mis en bon train.

Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce , et vous avoir présenté les humbles recommandations de ma femme, je prieray nostre bon Dieu de vous avoir tousjours en sa saulve garde, vous fortifier de corps et d'esperit, affin de tousjours se servir plus amplement de vous. De Genesve , ce 20 de novembre 1546.

Vostre humble serviteur et entier amy,

Jehan Calvin.

Je vous asseure que vous serez cause de me faire dé-

sirer la venue du printemps plus que je n'eusse faict aultrement. Nostre frère des Gallars se recommande aussi à vostre bonne grâce bien humblement*

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