‹ Lettres (volume 2)Chapitre 20 sur 47 · A LA FAMILLE DE BUDE · texte numérisé non relu

A LA FAMILLE DE BUDE

Copie. Bibl. de Genève. Vol. I08.

Messieurs et bien-aimés frères, combien que la pré-

* Cette famille n'avait pas encore quitté la France Voir les lettres, p. 180 et 206. Elle reçut cette nouvelle lettre de Calvin, à l'occasion de la mort d'un de ses membres, peut-être Mathieu de Budé, qui avait entretenu, en 4 546, une correspondance avec le réformateur, et dont on perd complètement la trace depuis cette époque. Il existe (Mss. de la Bibl. de Genève, vol. 409) une lettre de Mathieu Budé à Calvin, relative à l'assassinat de Jean Diaz à Neubourg. On y remarque ce passage: « Accepi tuas Hier as... qux mihi pergratse fuerunt, tum ob eam quam in eis agnovi animi tui erga me benevolentiam

sente s'adresse particulièrement à vous deux1, toutesfois je l'escris affin que, s'il vous semble expédient, elle serve à toute la maison. Si les nouvelles que j'ai sçu de la mort de vostre bon frère et le mien m'ont réjoui, comme il y en avoit juste occasion, vous qui avez mieulx congnu tout ce qu'en estoit, à la vérité avez bien plus ample matière de vous en resjouir, non pas de ce que vous estes privés d'une si bonne compaignie, laquelle vous et moi debvons à bon droict regretter, attendu mesmes que le nombre de ceulx qui cheminent aujourd'huy purement en la crainte de Dieu est tant petit et rare, mais pour la grâce singulière que Dieu luy a faite de persévérer en la crainte de son nom, pour la foy et patience qu'il a monstrée? et aultres signes de vraye chrestienté. Car tout cela nous est comme un miroir pour contempler en quelle vertu ce bon Père céleste assiste ses enfans , et surtout aux plus grandes difficultés. De là mesmes nous pouvons juger que sa mort est bien heureuse et bénie devant la face d'iceluy et de tous ses anges. Cependant vous devez penser que c'est aussy un bel exemple pour vous, de peur qu'il ne vous soit converti en tesmoignage pour vous rendre inexcusable devant Dieu le grand Juge. Car tout ainsy comme luy, mourant chrestiennement, vous a monstre comment vous devez vivre, il est certain que Dieu ne veult pas qu'une telle confirmation

et charitatem, tum ob consolationem quam in eis cepi non mediocrem... » 26 aprilis 1546. L'auteur de cette lettre n'est pas mentionné par M. Galiffe, Notices généalogiques, t. III, p. 83. Il était mort sans cloute avant l'établissement de sa famille à Genève.

1 Sans doute Jean de Budé, sieur de Vérace, et Louis, sieur de la Motte, son frère.

soit inutile. Sçachcz donc que la mort de vostre frère est comme une trompette de Dieu par laquelle il vous a voulu apeler à le servir purement, et ce en plus grande efficace que si vostre frère eust encore vécu dix ans pour vous prescher. Ainsy que les sainctes exhortations qu'il vous a faites vous résonnent tousjours aux oreilles; que son zèle brûle en vos cœurs ; que les prières esquelles il a persisté vous touschent au vif, pour vous mener à Celuy auquel il s'est rendu et remis comme l'un des siens. Je ne doubte pas que la condamnation qu'il a faite des superstitions et abus qui sont en la Chrestienté n'aient donné occasion de murmurera plusieurs, et n'ait animé les adversaires de l'Evangile h quelque rage contre toute la maison; mais ce n'est pas raison que les menaces et conspirations des iniques aient plus de force à nous abatre le cœur, qu'aura une vocation de Dieu si vertueuse à nous le soustenir. Brief c'est à vous d'adviser que le bien ne vous soit occasion de mal ; parquoy si jusques icy vous avez bien commencé, que ce qui vous doibt aider en avancement , ne vous retarde pas, mais plus tost redouble vostre ardeur, pour vous faire courir en plus grande diligence. Je ne suis pas ignorant des dangiers qui vous environnent, et ne suis pas si inhumain que de n'en avoir compassion telle que je doibs. Mais vous sçavez que cela n'excusera pas une si grande timidité, comme elle est en ceux qui s'entretiennent avec le monde , se déguisant en toutes formes, et d'aultant qu'il y en a bien peu qui en soient du tout exempts, nostre office est de nous soliciter et picquer, et mesmes d'aultant que chascun se doit par-

forcer de cheminer selon la mesure de la connaissance i. 10

qui luy est donnée , vous avez à regarder de plus près où c'est que vous estes parvenus. Car vous ne pouvez pas prétendre l'excuse commune dont plusieurs se couvrent, ainsi que d'un sac mouillé; c'est que Dieu ne leur a pas encore fait tant de grâce. Oultre ce que Dieu vous a ouvert les yeux, pour vous faire congnoistre quel zèle nous debvons avoir à le glorifier devant les hommes, la profession que vous avez faite vous y oblige aussy bien. Ainsy il ne reste sinon que de vous développer des solicitudes de ce monde, pour chercher à bon escient ce règne éternel de nostre Seigneur Jésus-Christ. Et s'il ne vous est là possible de l'advouer pour vostre Sauveur, que vous aimiez mieulx estre privez un petit de temps du pais de vostre naissance, que d'estre bannis à jamais de cest héritage immortel auquel nous sommes appelés. Vueillons ou non, si nous fault-il estre estrangiers en ce monde, encores, que nous ne bougions du nid. Mais bien heureux sont ceux qui déclairent cela par effect, et plus tost que décliner de la foy abandonnent franchement leur maison; et pour demeurer unis avec Jésus-Christ ne font difficulté de s'esloigner de leurs commodités terriennes. Ces choses sont dures à ceulx qui n'ont point goûté que vault Jésus-Christ; mais à vous qui avez senti sa vertu , tout le reste vous doibt estre, à l'exemple de sainct Paul, comme fiente et ordure. Combien qu'il ne vous doibt suffire de tenir bon quant à vos personnes, mais s'il y en a d'aultres plus débiles, vous les debvez fortifier par vos admonitions, et tenir la main à ce que rien n'aille en décadence.

Je suis loin des coups pour ceste heure, jenesçaysi ce sera pour longtemps. Mais je parle d'une chose cognue

et assez expérimentée. C'est grand' honte qu'en telle connoissance que Dieu nous a donnée, il y a si peu de cœur, auprès de ceste ardeur qui estoit aux martyrs qui nous ont précédez , lesquels estoient prests d'aller à la mort, si tost que Dieu les avoit illuminés en intelligence beaucoup moindre. Nous aprenons donc à deviser, au lieu qu'il nous convenoit apprendre à vivre; combien qu'il y a encores pis, pour en parler a la vérité, car plusieurs n'osent pas sonner mot, mais se contentent de resver à part, et se paistre de leurs imaginations, au lieu qu'il n'y a celuy qui ne dust chercher exercices continuels tant de leclures que de conférences et de saincts propos, affin de mieulx confirmer et enflammer. Je n'ay pas cause de me défier de vous, mais vous pardonnerez à ma solicitude qui procède d'un droict amour, si je suis esmu à vous admonester au nom de Dieu que vous ne délaissiez pas périr une telle bénédiction , comme celle que Dieu a mise en vostre famille, et pour ne point diminuer, advisez de croistre ; pour ne point reculer, advisez d'approcher; pour ne point défaillir, advisez de tendre à la perfection.

Sur ce, Messieurs et bien-aimés frères, après m'estre de bon cœur recommandé à vous tous qui désirez le règne de nostre Seigneur Jésus, et servez Dieu en bonne conscience, je prieray ce bon Père de vous avoir en sa protection, et le vous faire sentir, à ce que vous preniez en luy telle hardiesse qu'il apartient; vous guider par son Esperit en l'obéyssance de sa volonté, et se glorifier en vous jusques à la fin (1547 1).

Charles d'Espeville.

1 Ecrit au dos de la lettre, d'une main étrangère.

244 LETTRF.S

A MONSIEUR DE FALAIS

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Toi. 194.

Monseigneur, en attendant le retour de sire Nicolas, je ne vous feray plus longues lettres, car par luy j'attends plus amples nouvelles. Au reste, s'il ne tient qu'à ma disposition, au plaisir de Dieu je ne fauldray à ma promesse l. Mais pource que je ne suis pas en ma liberté, il fauldra que j'attende comment les choses se porteront. Nous avons, Dieu mercy, aultre tranquillité que du temps du billet. Mais il n'y a jamais saison en l'année en laquelle je n'aye œuvre taillée, et plus que je n'en sçauroye despescher, quand je seroye bien bon cousturier.

Ce qui me tient pour ceste heure vous sera déclairé, si je puis aller par delà. Et encore que je feusse retenu par quelque affaire survenant que je ne prévoy pas, maistre Pierre Viret le vous dira pour moy, lequel est prest de suppléer au deffault. Mais devant que parler de supplément, nous verrons ce que Dieu nous permettera.

Quant aux livres2, au prix que j'ay faict avec l'im-

1 II s'agit d'une promesse de visite à M. de Falais. Calvin se rendit en effet à Bâle, le 2 février suivant. On lit, à cette date , dans les Registres du Conseil d'Etat de Genève : « Calvin va à Bâle. Le Conseil luy offre les choses nécessaires pour le voyage. — 26 février. Calvin de retour de Bàle. »

2 L'Apologie de M. de Falais.

primeur, joinct ce qui a esté despendu au tailleur qui a faiet les armoiries , le cent vous reviendroit à environ un escu. Je donnay trois florins de Savoye, c'est-à-dire testons, au tailleur pour sa peine ; puis il y a sa nourriture. Cela avec environ un teston qu'il cousta de le faire retourner, est par-dessus l'impression. Il y en a eu huict cents exemplaires. J'ay permis à l'imprimeur qu'il en retirast pour soy un cent, desduisant au tant pro rata sur le tout. La fin a esté que par ce moyen il s'en répandist en France. J'en ay envoyé çà et là environ cinquante, entr'aultres à Madame de Ferrare1, combien que cela ne vous empeschera de luy en adresser une coppie avec lettres. Les sept centz en tous fréz montoient à sept escus. Je croy que René, excepté la diligence, aura esté fidèle.

Sur ce, Monsieur, après m'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle, et vous avoir aussy présenté à tous deux les recommendations de ma femme, je supplieray nostre bon Dieu de vous avoir tousjours en sa garde, vous conduire par son Esprit, et vous augmenter en toutes ses grâces. Ce 24 de janvier 1548.

Votre humble frère et serviteur,

Jehan Calvin.

Je désire bien d'estre recommandé aux bonnes damoiselles que je n'ay jamais veues, et ma femme le semblable.

1 Renée de France, duchesse de Ferrare. Voir dans ce Recueil les lettres de Calvin à cette princesse.

A MONSIEUR DE FALAIS

Orig. autographe, Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, suyvantla résolution prinse entre nous, la venue de sire Nicolas Loser vous sera bien opportune pour exéquuter le voyage, si vostre disposition le souffre *. Il devoit aller jusque à Strasbourg ; mais affin que vous ne feussiez retardé, j'ay advancé un peu son partement. Je respons à ceux qui me demandent de vous, que desjà vous souhaitteriez d'estre icy. Mais si vous y viendrez ou non, qu'on le verra avec le temps.

Touchant le payement dont vous me touchastes, je croy que vous en demeurerez de bon accord. Du reste, nous en parlerons quand vous serez sur le lieu. Tant y a que le ministre du villaige 2 est homme de bonne sorte. Mais ce sera à vous de conclurre, quant vous serez venu. Cependant nous regarderons ça et là pour avoir le choix de ce qui vous plaira le mieulx. Je garderay les deux quittances jusque à vostre venue.

Sur ce, Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce , je supplieray nostre bon Dieu de vous maintenir tousjours en sa garde, vous conduire par son sainct Esprit, et vous assister en tout

1 Dans le voyage qu'il avait récemment fait à Bâle, Calvin avait décidé M. de Falais à venir se fixer définitivement à Genève.

* Veigy, près de Genève M. de Falais y fit l'acquisition d'un domaine qu'il habita durant plusieurs années.

et partout. Nous vous prions, ma femme et moi de présenter aussi nos humbles recommandations à Madamoiselle, sans oublier Mademoiselle de Brédan. Ce pénultiesme de febvrier 1548.

Vostre serviteur, humble frère et entier amy,

Jehan Calvin.

Je pensoye bien que le sire Nicolas devoit partir, et estre le messaiger; mais ce sera pour d'icy à cinq ou six jours. Cependant je n'ay voulu différer à donner les présentes à M. Brevassis.

A MONSIEUR DE FALAIS

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, vos lettres sont venues bien à poinct, pour empescher le partement de mon frère; car c'estoit chose conclue, si je n'eusse esté adverty. Mais pour vous dire mon advis sur les raisons qui vous retiennent là, je ne trouve pas qu'elles deussent avoir telle importance. Vous voiez comme je vous en escris privéement; et ne crains pas de le faire, estant advoué par vous. Je n'avoye pas estimé qu'il vous fallust renoncer expressément à la bourgeoisie1, combien que je prévoyé bien cela comme une renonciation tacite, quant

1 M. de Falais ne pouvait s'établir à Genève sans perdre le droit de bourgeoisie qu'il avait acquis à Baie.

vous auriez arresté vostre demeure en aultre seigneurie. Puisqu'il y a d'advantaige, c'est raison de passer par là, sinon qu'on peult obtenir quelque modération, assavoir quant mesme vous seriez plus longtemps absent, qu'en vous offrant à faire tous devoirs de bourgeois en vostre absence, qu'il leur pleustvous retenir. Ou bien s'il n'y avoit point d'espérance quant à cela, il seroit question de présenter nouvelle requeste, sur la response qu'ils vous ont donnée, pour les prier que cas advenant que vostre commodité portast de vous tenir icy, ou après que vous y seriez venu, qu'il ne vous fust pas propre de retourner, qu'ils se contentassent de renonciation par procureur. Combien que je vouldroye coucher les deux conditions en telle sorte, comme ainsi soit qu'ils vous ayent respondu comme ils ont, vous estant incertain quant vous serez venu par deçà, si vous trouverez bon d'y faire vostre résidence, les vouldriez bien supplier, qu'en suppléant, comme il sera de raison , à ce qui pourroit deffaillir par vostre absence, il leur pleust vous retenir encore pour quelque temps, et en somme vous prolonger le terme. Ou bien, craignant de les importuner, que pour le moins vous les priez d'accepter renonciation par lettres, à cause de la foiblesse de vostre personne, comme ils sçavent que vous n'estes pas si portatif. En ce faisant vous leur osteriez une partie de la souspeçon qu'ils peuvent concevoir, que vous les voulez abandonner. Tant y a qu'ils auront, ce me semble, plus d'occasion de se contenter. Quoy qu'il en soit, je n'ay pas espéré que le droict de bourgeoisie vous demeurast à la longue.

Touchant du bruict que vos rustres ont semé pour

vous calumnier, cela ne m'esbahit guère. Mesme j'ay bien faict mon compte que vous ne partiriez pas , sans que plusieurs en dissent leur rattelée. Et vous fault préparer à cela, tant pour l'aiiltre année que pour cestecy. Toutefois il y a un bon réconfort que cela s'en va tantost en fumée. Je crains encore moins la menace faicte en l'oreille, car il fauldroit grande entreprise en un tel chemin ; et ne sçay qui en oseroit estre le chef en si grant difficulté et si gros hazart. Brief, je n'y aperçois nul danger pour vous , selon que nous avions disposé les journées. Mais puisque vous trouvez meilleur de différer pour quelques mois, et que le conseil d'aulcuns amis le porte ainsi, je ne vouldroye vous en faire plus grande instance ; et m'accorde plustost à ce dellay qu'eu vous sollicitant au contraire, vous mectre en mal danger ny en fascherie.

Je ne sçay pas si cest esté descouvrira les conseils de ceux qui peuvent troubler le monde \ Quant à moy, je ne le pense pas, s'il n'y survient quelque accident nouveau. Toutefois je ne me fie pas tant en mes conjectures, que je n'attende le temps , et me remecte à ce qui plaira à Dieu en disposer.

Encore que vostre venue soit retardée, il n'y aura nul intérest pour la maison, car je n'avoye arrêté nul marché. Seulement j'avoye achepté un bon tonneau de vin, tel qu'il seroit difficile à recouvrer. Mais je m'en suis deffaict sans difficulté, et mesme à requeste. Ainsi

1 L'empereur et le nouveau roi de France, Henri II. Fidèle à la politique de François Ier, ce prince, persécuteur de la Réforme dans ses état3, venait de conclure un traité secret avec les princes protestants d'Allemagne.

ce sera à vous d'adviser comme les affaires se porteront par delà, et sur ce prendre conseil. Et ne soiez en poine que nul prengne mal ce changement, car combien que tous ceux de vostre congnoissance désirent bien de vous voir icy, toutefois il n'y a celluy qui ne préfère vostre commodité et repos.

Si j'eusse trouvé messaiger propre, je n'eusse pas attendu si longtemps à vous envoier le supplément des Apologies. Mais je ne sçay par quel moien, car jusque icy il ne s'est offert ne voiture ne porteur. Quant je le pourrai faire, je n'y fauldray. Des latines vous ne m'en avez poinct déclairé vostre vouloir, que je sçache. Plus tost vous remettiez cela à vostre venue. Parquoy mandez-moi, s'il vous plaist, en un mot, qu'on les imprime, et il se fera.

Sur ce, Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je prieray nostre bon Dieu de vous tenir en sa protection, avoir tel soing de vous que tous vos pas soient guidez par luy, et vous faire servir tousjours de plus en plus à sa gloire. Ma femme vous présente aussi ses humbles recommandations , et tous deux désirons d'estre bien recommandé à Madamoiselle et à Madamoiselle de Brédan. Ce 3 d'apvril (I5481)

Vostre humble frère et serviteur,

Jehan Calvin.

1 Au dos, de la main de M. de Falais : Receue le 42 apvril 4548.

A MONSIEUR DE FALAIS

Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, je vous ay envoyé ce porteur à cause que je receus hier lettres de Lion, qui contiennent la clausule icy couché : « Si le personnaige avoit dévotion « de besongner avec moy, certes il en seroit temps. « Car j'ay divers moiens d'employer les deniers à pro- « fict honeste, dons j'espère, moiennant la bénédiction « du Seigneur, que chascun seroit content. J'en attens « à toute heure response, et vous prye que ce soit en « brief. Car vous sçavez qu'il advient en une heure ce « ce qui ne faict en cent. Et je voy plusieurs fenestres « ouvertes qui me sont à propos. Mais la principalle « seroit que je peusse voler un bon coup au lieu « où... etc. » Ce n'est point par deffiance que je ne vous ay mandé l'original, mais pour raison qui vous contentera, quant il plaira à Dieu, vous amener jusque icy. Je sçay qu'il y a bien à prendre conseil en matière de telle importance ; mais vous sçavez de quoy vous m'aviez requis. C'est qu'il se fîst quelque chose pour ceste foire, qui m'a faict soliciter plus hastivement. Il vous souvient de l'offre qu'il vous faict par les aultres lettres. De l'homme , je vous en ay dict ce que j'en congnois. C'est qu'il est d'une industrie grande et de

* Sans date. Cette lettre paraît avoir été adressée à M. de Falais peu avant son établissement à Genève.

preud'homie en laquelle je m'oseroye bien lier jusque au bout. Je vous prye doncq, Monseigneur, de me vouloir mander vostre intention, affin que j'aye à luy faire response par Nicolas Picot. Qui sera l'endroict où je prieray nostre Seigneur de vous avoir en sa garde, vous envoyer ce qu'il congnoît vous estre expédient et à Madamoiselle, me recommandant à vostre bonne grâce de tous deux. Ce mercredy.

Vostre humble frère et serviteur,

Jehan Calvin.

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