‹ Lettres (volume 2)Chapitre 21 sur 47 · A UN NOUVEAU CONVERTI · texte numérisé non relu

A UN NOUVEAU CONVERTI

Minute originale. Bibl. de Genève. Vol. 107 «.

La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit et demeure tousjours sur vous par la communication de son Esprit.

Très cher frère, je loue nostre Seigneur de ce qu'il vous a réduyt à la pure et simple cognoissance de sa vérité , vous délivrant des erreurs où il permet les siens mesmes tomber quelquefois, afin de les humilier. Maintenant advisez de cheminer en ceste simplicité de la Foy, affin que Dieu vous y conforme de plus en plus, et qu'estant uni en ce monde avec nostre chef Jésus-Christ, et estant membre de son corps, comme il a pris nostre chair,

* Lettre sans indication de personne et d'année.

affin d'avoyr plaine fraternité avec nous , et vivant en l'obéissance de son Evangile qui nous enseigne de chercher en luy tout nostre salut, vous parveniez à la vie qui est promise aux fidelles, en attendant qu'il nous resuscite tous ensemble à sa gloire : comme il nous fault avoir espérance que cependant que nos corps dorment en terre, que nos âmes vivent avec luy.

Au reste quant à la question que vous me demandez, assavoir s'il n'est point licite à ung homme chrestien de communiquer à la Cène de Jésus-Christ qui se faict au lieu où vous estes, la responce seroit facile que ouy, moyennant qu'il y eust Cène de Jésus-Christ. Mais quant vous aurez bien tout regardé , il n'y a nulle conformité ny similitude entre la Cène et la messe papalle, non plus qu'entre le feu et l'eau. Il est vray que les ordonnances de Dieu ne peuvent estre empirées par la malice ny ignorance des hommes. Mais je vous nye que Jésus-Christ ait institué la messe, mais plustôt comme en dépit de luy elle a esté forgée de Sathan, affin de destruirela saincte Cène, car c'est une chose toute contraire, d'aultant qu'ils en font un sacrifice , attribuant à un acte follement inventé la vertu de la mort et passion de Jésus-Christ. Il yad'avantaige des ydolatries manifestes, non-seulement en ce que le pain y est adoré , mais qu'on y prie pour lestrespassés, qu'on a son refuge au mérite et intercession des saincts , qu'on y faict beaucoup de choses semblables , que Dieu repousse. Parquoy il n'est non plus permis aux fidelles de communiquer à une telle superstition, qu'il estoit anciennement de sacrifier en Béthel. Car cela contredit plainement à la confession de foy que Dieu demande de nous. Mais pour ce que cest

argument est desduit plus au long, aux livres qui en sont expressément escrit , je vous prie de les lire diligemment, vous recommandant à Dieu, à ce qu'il luy plaise vous montrer sa vollonté, et vous ouvrir les yeux pour bien discerner le blanc d'avec le noir, et allors je croy que vous aurez de quoy contenter vostre esprit, ne vous donnant plus licence de faire semblant en façon que ce soyt d'approuver l'impiété des mescbans. Sur quoy je prieray nostre bon Dieu qu'il vous augmente de plus en plus sa grâce, et après qu'il vous aura déclaré ce qui est bon, qu'il vous donne vertu et. constance de le suyvre et y adhérer. De Genesve, ce 13 jour de Juing (1548?)

Vostre bon frère,

Jehan Calvin.

A MONSIEUR DE FALAIS

Originale. Signature autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.

Monseigneur, je croy qu'il vauldra mieulx que ainsy soit. S'il eust esté possible de parler ensemble pour le

* M. de Falais était sur le point de quitter Bâle pour aller se fixer à Genève. Il arriva sans doute dans cette ville à la tin de juillet 4548. On lit dans une lettre de Calvin à Viret du 20 août 4548 : « Dominus Falesius, uxor et soror vos salutant... » Vol. 406 de la Bibl. de Genève. La correspondance de Calvin avec ce seigneur, dès lors interrompue, ne fut reprise qu'accidentellement, et cessa tout à fait en 4 552.

contract1, je l'eusse bien désiré. Mais je ne sçay, s'il vous viendra à poinct de venir ceste semaine. Tant y a que l'homme offre, en cas qu'il laissast sa femme veufve sans enfans, qu'elle ait mille escuz. En cas qu'il luy laissast des enfans, qu'elle en eust la moictié , à telle condition que si elle se marioit après, et eust aussi enfans du second mariage, qu'elle ne les peust advancer non plus les premiers. L'assignation présente se fera sur l'instrument de Paris, avec promesse quand il aura retiré son argent> et costé. Il m'est advis que son offre est assez libérale. Car il est mesmes bon que le mary retienne quelque bride en sa main. \

Des nopces j'espère que nous en ferons bien. Il fauldra qu'il y ayt quelque compagnie, mais non pas multitude. Et encores ce ne sera poinct pour vous presser, car il fauldra assigner les logis. Je pense que dix personnes en feront la raison, entre lesquels je me compte. Pour ce que mon frère n'est pas icy, je ne sçay si on pourra faire tenir lettres à Dole et Basle. Je croy bien que ouy, quand elles seroient icy pour tout le jour de demain.

J'avoye oublié du voiageur de France2. C'est de vous dire que je ne le trouve point hastif; et encore ce n'est poinct pour ce qu'il a de liquide, mais pour soliciter quelque advantaige par-dessus. Je désire bien qu'il plaise à Dieu de vous amener pour boire du vin sur le lieu, et bien tost. Si le porteur fust party plus matin , vous en eussiez eu un flascon. S'il y avoit un moyen de vous en

1 Le contrat de mariage de Mademoiselle de Wilergy.

2 M. de Montmor. Voir la note, p. 224,

départir la moitié, il ne seroit poinct épargné, mais quant j'en ay prins conseil, j'ay trouvé que non.

Sur ce, Monsieur , après vous avoir faict mes recommandations à vostre bonne grâce, et de Madamoiselle et de toute la maison , je prieray à nostre Seigneur vous avoir en sa garde. De Genesve, ce 17 de juillet. (1548). Vostre humble frère et serviteur,

Jehan Calvin, couché.

M. de Ballesan m'avoit requis par lettres, de regarder s'il pourroit estre secouru par vous. Luy faisant des excuses plus que à demy pour vous, j'avois toutesfois esté contrainct de luy promettre vous en escrire. Ce que j'avois délibéré de faire hier par Monsieur de Parey. Mais il oublia de venir , tant il estoit hasté de faire la journée.

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