‹ LettresChapitre 17 sur 71 · AU COMTE D'ARRAN · texte numérisé non relu

AU COMTE D'ARRAN

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.

Monseigneur, j'ay à m'excuser en premier lieu de ce que je respons à vos lettres si longtemps après qu'il vous a pieu me les escrire. Si je les eusse receues un mois après la datte, j'eusse eu honte d'avoir reçu tant d'honneur de vous sans m'acquitter plus tost de mon debvoir. Mais je ne sçais comment cela s'est faict qu'elles sont venues entre nos mains il y a seulement environ six sepmaines. Depuis il ne s'est point présenté messager seur jusques aujourd'huy pour vous remercier de la peine que vous avez prins de vostre grâce me faire sça-

* Jacques Hamilton, duc de Chatelleraut, comte d'Arran, fils aîné du seigneur de ce nom qui fut régent d'Ecosse sous la minorité de Marie Stuart. Le jeune comte d'Arran passa plusieurs années en France en qualité de capitaine des gardes écossaises, et contribua par son crédit à la formation de l'Eglise réformée de Chatelleraut. Bèze, Hist. eccl., t. I, p. 498. Emprisonné au château de Vincennes pour avoir trop librement parlé des affaires de la religion, il réussit à s'évader en 4559, et se déroba ainsi à la vengeance des Guises, résolus à frapper en lui une victime illustre, pour arrêter les progrès du schisme. De Thou, L. XXIV. Le comte d'Arran, à peine de retour en Ecosse, s'unit au prieur de Saint-André, favorisa les prédications de Knox, et, tout en aspirant à la main de Marie Stuart, il s'opposa constamment au libre exercice de la religion catholique à la cour. 11 tomba en démence peu après le second mariage de Marie, et il vécut assez néanmoins pour voir, en 4579, la disgrâce et la ruine de la noble famille d'Hamilton , dont il était devenu le chef par la mon du régent son père.

voir si bonnes nouvelles, qui m'ont donné de quoy m'esjouir tant et plus, et magnifier le nom de Dieu, de ce que par sa bonté infinie il vous a recueilli à son trouppeau. Vray est que ce bien n'est pas fort prisé des grands de ce monde qui ont les yeux esblouis de l'honneur auquel ils sont eslevéz. Mais je ne doubte pas, Monseigneur, que vous ne pratiquiez par effect ce que dit saint Jacques que les plus nobles et excellents ont à se glorifier en leur petitesse, d'estre mis au rang des subjets de Jésus-Christ, lesquels sont rejectéz et mespriséz. Et de faict si nous regardons bien à ceste vie tant fragile et caduque, les richesses, pompes et dignités qui n'en sont que les accessoires, ne nous arresteront pas icy-bas. C'est doncques bien raison que vous préfériez l'héritage du royaume des cieux à tout ce qui vous en pourroit destourner, voire jusques à ceste constance d'aymer mieulx estre participant des opprobres de Jésus- Christ et son Eglise que d'estre plongé aux délices d'Egypte. Tous protestent bien de vouloir estre chrestie s et profanent ce sainct nom, l'aiant tous commung? en la bouche. Mais puisque Dieu vous a éclairé en la pure congnoissance de sa vérité, vous pouvez aisément juger, Monseigneur, en faisant comparaison du blanc et du noir, combien peu de gens trouvent le droict chemin. Cela vous doibt tant plus faire priser ce thrésor inestimable de l'Evangile, puisque c'est la vraye clef pour nous donner entrée au royaume éternel, duquel tous incrédules sont esloignéz et privez. Mesmes d'aultant que nous sommes appelez en petit nombre , nous sommes plus estroittement obligez à ce bon Dieu qui nous a regardez en pitié pour nous faire ce privilège

spécial, lequel ne nous appartenoit non plus qu'à tant de gens qui en sont débouttés; sinon que par sa bonté gratuite il nous a voulu adopter et choisir. Ainsi, Monseigneur, que les pauvres aveugles que vous voiez errer en ténèbres vous soient un miroir pour contempler le bien inestimable qui vous a esté donné d'estre esclairé du soleil de justice, qui est nostre Seigneur Jésus, pour parvenir à la vie céleste, aftin d'appliquer là tout vostre cœur comme à vostre seul thrésor, et de vous fortifier en vraye persévérance , selon que vous en avez passé obligation solennelle en recepvant la saincte cène, en laquelle nostre Seigneur Jésus se donne tellement à nous, qu'il veult aussy que nous soions à luy corps et âme, comme de faict il est rédempteur de l'un et de l'aultre. Je suis bien ayse, Monseigneur, que vous aiez le capitaine Bourdick auprès de vous, lequel selon le bon zèle que j'ay congnu en luy d'advancer le règne de Dieu, vous servira de bon exemple. Je croy aussy que vous l'avez retenu à telle fin désirant surtout avoir gens à vostre service qui vous ay dent de servir à Dieu, tellement qu'il domine et soit honoré tant de toute vostre suytte, que de vous qui en estes le chef.

Je loue Dieu aussi, Monseigneur, du soing que vous avez et sainct désir que la pure doctrine de l'Evangile soit preschée en vostre nation. A quoy je ne doubte pas que nostre frère maistre Knoch i s'employeroit volun-

1 Le célèbre réformateur John Knox. Banni de l'Ecosse et de l'Angleterre, sous le règne de Marie, il se retira en 4554 à Genève, Il y retourna pour la seconde fois en 1557, et remplit durant près de deux ans les fonctions de ministre de l'Eglise anglaise fondée dans cette ville.

tiers, comme de faict il Ta monstre. Mais pource qu'aiant telle charge icy, il n'est pas du tout en liberté, il fauldroit qu'il eust certain moien et adresse. Alors j'espère bien qu'il ne feroit point difficulté d'entreprendre le voiage i. Comment que ce soit, il ne fault laisser, s'il est possible, les bons commencements que Dieu y a mis, qu'on ne s'efforce à les avancer plus oultre.

J'ay à vous advertir, Monseigneur, de certain jeune homme qui est natif de... nommé...2, lequel s'est tenu quelque temps à Baie et raude par le pais de France, sinon qu'il y a environ un an qu'il s'est arrêté à Bourges, pource que s'il avoit entrée en vostre maison, je craindrois qu'il n'infectast tout de son venin. Je suis contrainct de vous dire que c'est un serpent plein d'orgueil, double et maling, et pratiquant par ses astuces à renverser et falsifier toute la vérité de Dieu. Car combien qu'il n'ait pas le sçavoir, il a de l'oultrecuidance et audace tant et plus. Je me tiens bien asseuré que l'aiant congneu, vous ne vouldriez nourrir une telle peste.

Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplyeray ce Père de miséricorde de vous augmenter en tous ses dons spirituels, vous fortifier par la vertu de son Esprit, à ce que son nom soit de plus en plus glorifié en vous, et vous tenir en sa saincte garde. Ce 1er d'aoust 1558.

1 L'avènement d'Elizabeth rouvrit aux exilés anglais le chemin de leur patrie. Parti de Genève à la fin de l'année 1558, Knox était de retour en Ecosse dans les premiers mois de l'année suivante.

2 Mots en blanc dans le manuscrit de Genève.

A MONSIEUR L'AMIRAL DE COLIGNY

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.

Monseigneur, j'espère qu'après avoir leu la présente, d'aultant qu'elle vous sera un tesmoignage du soing que j'ay de vostre salut, vous ne tiendrez pas maulvais que je vous l'aie escrite. Je n'eusse pas tant attendu de m'acquicter en cest endroit, si j'eusse eu facile accès, comme maintenant il m'est donné. Je ne vous feray plus longue excuse, estant bien persuadé que la révérence que vous portez à mon Maistre, vous fera trouver

* Gaspard de Coligny, seigneur de Chatillon, amiral de France, né le 4 6 février 4 517, mort le 24 août 4572. Instruit dans les lettres par Nicolas de Beraut,il prit dès sa jeunesse une part brillante aux guerres d'Italie, et mérita d'être compté parmi les plus illustres capitaines de son siècle. Pris par les Espagnols dans la ville de Saint-Quentin après une défense héroïque (27 août 1557), et conduit au fort de l'Ecluse en Flandre , il y tomba gravement malade, et ne trouva de consolations que dans la lecture des livres saints. Ainsi naquit dans le cœur de l'amiral la foi pour laquelle il devait désormais vivre et mourir, et dont on retrouve l'expression dans les Mémoires composés durant sa captivité : — « Tout le reconfort que j'ay c'est celuy qu'il me semble que tous les chrestiens doivent prendre que tels mystères ne se jouent point sans la permission et volonté de Dieu, laquelle est tousjours bonne, saincte et raisonnable, et qui ne fait rien sans justes occasions, dont toutefois je ne sais pas la cause, et dont aussi peu je me dois enquérir, mais plustost m'humilier devant luy en me conformant à sa volonté. » — Instruit, sans doute par d'Andelot, des dispositions de l'amiral, Calvin se hâta de lui écrire une première lettre d'encouragement et de consolations.

bon ce que vous verrez estre procédé de iuy, et vous estre proposé en son nom. Je n'useray pas non plus de longues exhortations pour vous confermer en patience, pource que j'estime et mesme j'ay enfendu que nostre bon Dieu vous y a tellement fortifié par la vertu de son Esprit, que j'ay plus tost occasion de luy en rendre louange que de vous inciter davantage. Et de faict, c'est icy surtout que la vraye magnanimité se doibt monstrer, de surmonter toutes nos passions, non-seulement pour en estre victorieux, mais pour offrir un vray sacrifice d'obéyssance à Dieu. Or ce n'est pas assez de se monstrer vaillant, et ne point deffaillir ou perdre couraige en adversité, sinon que nous aions ce regard de nous submectre du tout à la bonne volunté de Dieu, et nous y accorder paisiblement. Or puis qu'il vous a desjà donné telle constance, il n'est plus besoing, comme on dict, de vous y exhorter. Seulement je vous prieray de penser plus oultre, c'est que Dieu en vous envoyant ceste affliction, vous a voulu comme retirer à l'escart, pour estre mieulx escouté de luy. Car vous sçavez assez, Monseigneur, combien il est difficile parmy les honneurs, richesses et forces du monde, de luy prester l'oreille, pource qu'on est par trop distrait çà et là, et comme esvanouy, sinon qu'il use de tels moiens pour recueillir ceulx qui sont à soy. Non pas que les dignités, estats et biens temporels soient incompatibles avec la crainte de Dieu, attendu mesmes (que) selon qu'il eslève les hommes, il leur donne occasion de s'approcher tant plus de luy, et d'estre plus incitez à l'honorer et le servir, mais je croy que vous avez expérimenté que ceulx qui sont les plus avancez au monde, y sont telle-

ment occupez et comme tenus captifs, qu'à grant paine prennent-ils loisir de s'applicquer à bon escient à l'estude principalle, qui est de faire hommaige à Dieu, de se desdier plainement à luy, et d'aspirer à la vie céleste. Parquoy, Monseigneur, je tous prie, d'aultant que Dieu vous a donné ceste opportunité de profiter en son escolle, comme s'il vouloit parler à vous privément en l'oreille, d'estre attentif à gouster mieulx que jamais que vault sa doctrine, et combien elle nous doibt estre précieuse et amyable, et vacquer diligemment à lire sa saincte parole, pour en recevoir instruction, et pour prendre une racine vive de foy, afin que vous soiez confermé pour le reste de vostre vie à batailler contre toutes tentations. Vous sçavez quelles corruptions il y a partout, et d'aultant plus fault-il que les enfans de Dieu se gardent soigneusement de se mesler parmy, de peur d'en estre souillez. Vray est qu'aujourd'huy toutes choses seront plustost permises, que d'honorer purement Dieu, tellement que vous ne pouvez lui rendre fidèle debvoir, qu'il ne vous faille soustenir plusieurs murmures et menaces. Tant y a que l'honneur de Dieu vous doibt estre tellement privilège, que le reste soit mis bas auprès, et sa grâce mérite bien d'estre préférée à toutes faveurs des créatures. Nous avons ung grant avantage, que, si nous sommes débilles, il nous a promis de suppléer par sa vertu à nostre défault, comme aussi nos vrayes armes sont d'avoir du tout nostre refuge à luy, le priant qu'il soit nostre force. Au reste, Monseigneur, combien que la gloire de Dieu , et ce qui appartient à son règne, doibvent tousjours aller devant, confiez-vous aussy à la promesse de nostre Seigneur Jésus-Christ, que le reste

sera puis après adjousté. Ainsi ne doubtez pas qu'en vous adonnant au service de Dieu, vous ne sentiez en toute sorte sa bénédiction, et qu'il ne vous monstre par eflect quel soing il a de ses enfans, pour leur donner ce qui leur est propre, mesme quant à la vie transitoire; comme, à l'opposite, il n'y a nulle vraye prospérité sans sa grâce, et mesmes quant ceulx qui s'esloignent de luy, cuydent avoir tout gaingné, qu'en la fin tout leur est converti en malheur. Mais pource que ces choses n'entrent point aisément au sens des hommes, il est besoing de vous exercer en lecture, comme je croy que vous le faictes, et que vous estes délibéré de poursuyvre. Sur ce, Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplie ce bon Dieu de vous avoir en sa saincte protection, vous gouverner par son Esprit, vous fortiffier en toute vertu, et vous délivrer bientost de façon que nous aions de quoy luy rendre action de grâce. Ce 4 septembre 1558.

À MADAME L'AMIRALE DE COLIGNY

Copie. Bibl. imp. Coll. Dupuy, vol. 102.

Madame , si la tristesse que vous avez receue de la prise de monsieur vostre mary a esté dure et amère ,

* On lit au Livre d'heures de Louise de Coligny, ces mots écrits

toutesfois j'espère que vous aurez desjà en partie cogneu par ce fruict, que Dieu ne vous a point envoyé une telle affliction que pour vostre bien et salut, et voilà ce qui doit adoucir toutes nos fascheries pour nous rendre patiens et pour nous assubjectir paisiblement à la bonne volonté de Dieu. C'est de cognoistre que non-seulement il examine nostre foy, mais aussy qu'en nous retirant des alléchemens et délices du monde qui nous trompent, il nous fait gouster sa bonté, nous fait sentir son ayde, et nous recueille comme sous ses aisles afin que nous puissions dire avec David que nostre souverain bien est d'adhérer à luy. Et de faict, quand nous avons le vent en poupe, comme on dict, il est bien difficile que nos esprits en s'égayant ne s'esgarent , et c'est un miracle qui n'advient guères souvent, que ceux qui sont en longue prospérité , se retiennent sous la crainte de Dieu. Et voilà pourquoy, afin de tenir ses enfans en bride, il leur envoyé des afflictions diverses. Mesmes nous voyons que David a eu besoin de telle médecine ,

de la main de l'amiral son père : « Le XYIme jour d'octobre 1547 Gaspard de Coligny seigneur de Chatillon et depuis admirai de France fut marié à Fontainebleau en premières nopces à Charlotte de Laval. » Puis, après l'énumération des enfants qui naquirent de cette union, se lisent ces mots : « Le Illme de mars 4 568 mourut Madame l'admiralle leur mère..., à Orléans. » Bulletin de la Soc. d'hist. du protestantisme français, 2e année, p. 6. Ame héroïque et pieuse, Charlotte de Laval était digne d'unir sa destinée à celle de Coligny. — « Ceste dame, dit un historien, avoit tousjours esté fort adonnée à la religion, et d'une souveraine constance à supporter les afflictions de son mary et les siennes. Entre les autres vertus et dons de l'esprit qui la rendoient recommandable, le soin qu'elle prenoit des pauvres et des malades, et ses aumosnes luy donnoient une louange singulière. Vie de l'amiral de Coligny. Amsterdam, 4643.

comme il a confessé qu'estant à son aise, il se promettoit plus qu'il ne lui estoit licite, ne pensant plus que toute sa vertu estoit de s'appuyer en Dieu. Et je ne doubte point que depuis un an vous n'ayiez gousté que ce chastiment vous estoit plus profitable , que vous ne l'eussiez pu concevoir, devant que l'avoir esprouvé. Et en cela sentons-nous, combien que les adversités qu'on appelle nous sovent communes avec les incrédules et gens prophanes du tout adonnés au inonde, toutesfois Dieu bénit celles que nous avons à souffrir, les tournant à tel usage que nous avons tousjours à nous consoler et esjouir en nos tristesses. Il y a aussi à recognoistre qu'encore il luy a pieu de vous espargner, car vous voyez combien plus rudement il traite beaucoup d'autres , lesquels toutesfois n'ont nul allégement en leurs douleurs; et c'est afin que vous puissiez plus à l'aise faire vostre profict d'une telle admonition, pour ne vous point arrester à nuls biens ny honneurs du monde , et mesme quand il luy plaira de vous en eslargir encore plus qu'il n'a faict jusques icy, vous bien garder que vostre cœur n'y soit enveloppé , mais que vous usiez tellement des biens temporels, qu'ils ne vous empeschent point de passer plus oultre. Et de faict combien que tout nous vinst à souhait, sans jamais avoir nulle fascherie, la brièveté de nostre vie nous monstre assez que c'est un pauvre arrest qu'icy-bas. Quoi qu'il en soit, Madame, ne vous lassez à servir à un si bon Maistre, et de vous assubjestir à un si bon Père, sçachant que toute nostre sagesse est de nous laisser gouverner à luy, en attendant que nous soyons recueillis en son repos éternel. Et combien que ce soit aujourd'huy une chose tant odieuse

que de l'honorer purement, que vous aimiez mieux irriter chasqu'un contre vous, pour complaire à luy seul, que de vous divertir du droict chemin , pour éviter les haines et murmures du monde. Et de faict, c'est bien raison que nous soyons dédiés à Geluy qui nous a si chèrement rachetés , et selon l'amour qu'il nous a porté , que nous prisions plus sa grâce que toutes les faveurs du monde.

Sur ce, Madame, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplieray nostre bon Dieu de vous tenir en sa sainte garde; vous gouverner par son Esprit vous augmenter en tous biens spirituels, et vous fortifier en constance invincible. Ce 4 septembre 1558.

AUX FIDELES DE METZ

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107*.

Très chers seigneurs et frères , après avoir ouy monsieur de Dommartin , et aussi veu l'advertissement que

* Voir les notes, t. I, p. 80 et 91. Le 40 avril 1550, une importante révolution s'accomplit à Metz. Le connétable de Montmorency prit possession de cette ville au nom du roi de France, après avoir garanti aux habitants le maintien de leurs privilèges comme mem bres de l'empire. Le sort des protestants de Metz, déjà privés de l'exercice public de leur culte, devint alors plus rigoureux. Ils ne continuèrent pas moins à former des assemblées secrètes, « s'en-

vous avez envoie par escript, il nous semble que vous ne sçauriez mieulx faire, que de commencer à vous assembler au nom de Dieu , tant pour le prier que pour recevoir instruction de sa Parolle , car cela sera pour vous mettre en possession et donner ouverture au secours duquel vous avez besoing. C'est que le comte palatin et les aultres princes s'en meslent , car si vous ne faisiez nul semblant sur le lieu , croyez que les poursuites seroient bien froides , quelque diligence qu'on y feist. En premier lieu nous ne sçavons pas si le comte palatin pourroit estre induict à prier le roy de vous donner telle liberté , pource que cela seroit comme approuver l'usurpation qu'il a faicte quant à la police. Mais prenons le cas que cela [soit] desjà obtenu, advisez s'il ne reculleroit pas plus tost que d'advancer, car une requeste est tost refusée, et ung secrétaire trouveroit aisément beaucoup de belles couleurs pour tergiverser. Cependant le roy brasseroit nouvelles praticques en vostre ville pour rompre l'entreprise, en sorte que vous en seriez plus eslongnéz que jamais. Parquoy il est du tout nécessaire d'entrer en possession pour estre favorisez et aydéz des princes. Du reste nous serions bien d'advis

courageant tellement les uns les autres, que nonobstant les grandes désolations advenues (en leur ville), ils délibérèrent de n'en bouger, et y attendre la grâce de Dieu en patience. » Le nombre des réformés s'accrut de jour en jour, et plusieurs gentilshommes du pays, notamment les seigneurs de Dommartin et de Clervant, s'étant unis à ceux de la religion, ils résolurent, en 1558, de se déclarer ouvertement, en recourant à l'intervention des princes allemands pour obtenir du roi de France le libre exercice de leur culte, tel qu'il leur avait été garanti par l'accord de 1543. Bèze, Hist. eccl., t. III, p. 436 et suivantes.

que les deux se feissent ensemble , c'est que cependant que vous commencerez en la maison à monstrer le désir que vous avez d'estre enseignez en la pure doctrine de l'Evangile, vous aiez homme qui sollicite pour vous vers les princes de prendre la cause en main. Nous voyons bien que la deffense qu'on vous a faict de vous assembler empeschera fort que vous n'osiez commencer, sans estre asseuréz de support. Mais si fault-il surmonter ceste tentation, s'il est possible. Car si vous ne prenez hardiesse à vous déclairer, vous ne trouverez nul prince qui s'en veuille mesler, et aussi les poursuites telles qu'ils les font ne serviroient de guères. Au reste si on vous fasche ou moleste pour estre contrevenus à la deffense , vostre excuse sera que vous n'entendez pas avoir offensé , veu que vous ne troublez rien en Testât public, mais usez de la liberté qui vous a esté octroyée par l'accord fait et passé l'an 1543 ', duquel vous prétendez vous ayder, veu mesmes que ce qui a esté naguères arresté et conclud entre les estats de l'empire y est conforme. Vous pourrez aussyremonstrer que le roy, en tant qu'il se dict protecteur, ne vous doibt empescher de telles libertés, et tant moins le conseil, veu qu'il est membre de l'empire. Cependant aussi le meilleur sera à mon advis, de choisir un homme qui ne soit pas subject naturel du roy, affin qu'on n'attente pas si hardiment sur luy. S'il est possible d'avoir maistre Pierre Alexandre2 parles soings de messieurs de Strasbourg, vous ne sçauriez mieulx adresser pource qu'il est bour-

1 Voir les notes, t. ï, p. 91 et 143, et Bèze, Hist. eccl., t. NI, p. 435, 436.

2 Ministre de l'Eglise française de Strasbourg.

geois de leur ville, et auroient plus d'occasion de se formaliser. Et croyez qu'il n'y a ceiuy de nous qui ne fustprestà s'emploier jusques.au bout. Et si il y a une occasion spéciale qui nous empesche , c'est que aulcuns escervelés d'Alemaigne , soubs ombre que nous n'accordons point à leur fantaisie que le corps de Jésus- Christ est enclos soubs le pain de la Cène, nous seroient plus contraires que les papistes mesmes. Ainsy d'autant que pour le présent il nous vault mieux tenir quoys, nous vous donnons le conseil que nous vouldrions prendre si nous estions en vostre lieu. S'il est difficile de gaingner vers messieurs de Strasbourg qu'ils donnent congé à maistre Pierre Alexandre , pour aller essayer telle entrée, il fauldroit en ce cas supplier les princes qu'ils les en requissent et exhortassent secrètement, car nous ne doubtons pas qu'ils ne s'y accordent se voyant authoriséz. Voilà en somme la procédure que nous jugeons estre la meilleure et plus convenable. Et pource que la difficulté vous pourroit retarder, nous vous prions de considérer, puisque est l'œuvre de Dieu, qu'il ne se fault pas porter laschement, mesmes de vous confier en luy qu'il besongnera par sa vertu pour y donner meilleure yssue que vous ne pouvez concevoir, puisque ce sont les deux choses qu'il a le plus prétieuses que son honneur et le salut de son Eglise. Ne doubtez point que quand vous travaillerez pour restablir son service, et faire qu'il soit purement adoré entre vous, et aussy que la doctrine de vie soit preschée, il ne vous tienne la main forte, et si la crainte vous a ju,sques icy empeschéz de faire vostre debvoir, et a fermé la porte à vostre ville à la saincte vérité de Dieu, esvertuez-vous tant plus pour récompen-

ser les faultes passées. De nostre costé ne pouvant mieux faire, nous bataillerons avec vous par prières, et nous supplions le bon Dieu et Père des miséricordes vous tenir en sa garde, vous augmenter en tous dons spirituels, vous gouverner par son Esprit, et vous fortifier en constance invincible pour le glorifier. Ce 10 septembre (1558).

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