AUX MINISTRES DE L'EGLISE DE NEUCHATEL
Copia. Coll. de M. le colonel Henri Tronchin, à Génère,
Très chers frères, je suis en telle perplexité que je ne sçay par quel bout commencer à vous escrire. 11 est
* A mes bien-aymés frères les pasteurs et ministres de l'Eglise de Neufchastel.
Le ministre Farel, après avoir vécu dans le célibat jusqu'à un âge fort avancé, était sur le point d'épouser Marie Torel, fille d'un réfugié de Rouen. — « Ce mariage, dit l'auteur de la vie inédite de Farel, fut trouvé fort estrange et hors de saison de la pluspart, et leur sembloit puisqu'il avoit atteint l'âge de soixante-et-neuf ans, sans s'estre soucié de mariage, qu'il s'en eust peu encores dispenser estant sur le bord de la fosse. Farel mesmes receut plusieurs fascheries des censures de ses amis, et des bruicts divers du commun..., et a esté l'opinion de tous qu'il s'estoit proposé de pourveoir à sa vieillesse, à cause de ses foiblesses, par le moien que Dieu luymesme a ordonné. » — Les annonces de cette union que désapprouvèrent les amis du vieux réformateur, existent encore aujourd'hui écrites de sa main à la Bibliothèque des pasteurs de Neuchâ-
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certain que le pauvre maistre Guillaume a esté pour ung coup si mal advisé, qu'il faut que nous soyons tous confus en honte avec luy. Mais tant y a que je ne voys point qu'on y puisse donner tel remède que j'ay entendu qu'on a désiré commencer. Car puisqu'il n'y a nulle loy qui empesche ung tel mariage, de le rompre quand il est faict, je ne sçays s'il seroit licite. Tant y a que le scandale en sera augmenté davantage. Si c'estoit une personne privée, je y trouverois plus de moyen. Maintenant que diront les malins et que penseront les simples, sinon que les prescheurs veuillent avoir une loy à part, et qu'en faveur de leur estât, ils rompent le lien le plus ferme du monde? Car combien que vous tiendiez à aultre fin , si estimera-on que vous preniez un privilège par-dessus les aultres, comme si vous n'estiez subjects à la loy et règle commune. Si on eust esté adverti du faict de bonne heure, il eust fallu rompre cette folle entreprise , comme d'ung homme qui eust oublié toute raison. Mais puisque avec le reste du mal, il s'estprécipité en sorte qu'il n'est pas possible de le relever de sa cheute, advisez si le remède est convenable d'annéantir ung mariage qui est desjà faict. Si on allègue que telle promesse estant contre l'ordre et honnesteté de nature ne doibt pas tenir, advisez si ce vice n'est point à supporter comme beaucoup d'aultres , quand on ne les peut corriger. Il y a demi-an que le pauvre frère eust annoncé hardiment qu'il eust fallu at-
tel : « Dieu bénie la promesse de mariage entre Guillaume Farel et Marie, fille de feu Alexandre Torel, de la ville de Rouam. Annoncé le 4 1 de septembre , le 25 et le 2 d'octobre. Espouséz au mardy 20 de décembre avant Noël 1558. »
tacher comme ung homme radotté celuy qui en si grande vieillesse eust prétendu d'avoir une si jeune fille; mais la chose estant faicte, il n'est pas aisé de la casser du tout. Quant à moy pource que je ne jugeray pas qu'il s'en peut deslivrer, ni que nous eussions le moien de ce faire, je lui dits qu'il s'en valloit myeulx despecher, qu'en reculant allumer de plus en plus les bruicts. S'il y eust eu fraude ou circumvertiond'ungcosté oud'aultre, le remède y seroit bon et propre; mais puisqu'il ne reste qu'une raison de l'inégalité de l'âge, je tenois le faict comme une maladie incurable, laquelle ne fait que s'aigrir et empirer par les médecines. Voilà pourquoy après luy avoir faict mes complaintes assez piquantes, je m'abstenoys de luy en dire plus avant de peur de le mettre du tout en désespoir1. Et de faict j'ay tousjours craint et deviné que cecy luy causeroit la mort par les conséquences que j'ay préveues. Si pour le moins il eust suivi mon conseil de ne se point retirer du lieu, on eust suivi quelque voye plus douce et modérée. Maintenant son absence a esté cause qu'on y a tenu plus rude procédure et violente, en quoy j'ay double pitié de luy. Mais je suis confus de mesme, d'aultant qu'il semble qu'il s'est voulu exclure de tous moyens. Toutesfois ne laisseray point de vous prier de vous souvenir comment il s'est employé par l'espace de 36 ans et plus à servir Dieu et édifier son Eglise, combien ses labeurs ont profité, et de quel zèle il a travaillé , et mesme les biens que vous avez receus de luy; et que cela vous induise à quelque humanité, non point pour approuver le mal,
1 Voir la Correspondance latine de Calvin avecFarel (sept. 4558).
mais pour n'user point de rigueur extrême. Cependant pource que ce n'est pas à moi de vous donner mesure, je prieray Dieu de vous y guider en telle prudence et discrétion, que le scandale s'amortisse au moins de mal qu'il sera possible, et que le pauvre frère ne soit point abismé de tristesse.
Je prie d'estre humblement recommandé à Messieurs de la ville, auxquels je me suis déporté d'escrire, pource que je suis comme muet d'estonnement. Cependant je prieray de rechef nostre bon Dieu et Père qu'il vous ayt tous en sa garde, vous augmente en tous biens et fortifie en toute vertu, à ce que son nom soit tousjours glorifié en vous. De Genesve, ce 26 septembre 1558.
Vostre humble frère,
Jehan Calvin.
A L'ÉGLISE FRANÇAISE DE STRASBOURG
Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107 a.
La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus soit tousjours sur vous par la communication du Sainct-Esprit.
Très chers frères, ayans entendu premièrement les rixes et combatz qui ont troublé vostre Eglise, el depuis
* Lettre sans adresse, relative à la déposition du ministre Pierre
le changement de pasteur qui en est advenu, joinct aussi que nostre frère maistre Pierre Alexandre nous a protesté qu'il ne savoit pas pourquoy on l'avoit déposé, il nous a semblé bon de vous mander quelque mot d'advertissement lequel nous espérons que vous recevrez selon qu'il vous est escript. C'est, comme nous y procédons d'un zèle chrestien, rondeur et amitié fraternelle, qu'aussi de vostre part vous aurez patience de nous ouyr en telle doulceur et d'un esprit si débonnaire comme l'Escripture nous enseigne. Nous n'userons point de longue dispute pour monstrer que c'est une confusion tendante à ruine de l'Eglise, quand le magistrat met la main d'authorité absolue à eslire ou déposer les ministres. Mais d'aultant que souvent ils y sont contraincts par les contentions et troubles qui s'élèvent et qui attirent quant et quant telle obstination que les remèdes ordinaires n'y ont point de lieu, l'expérience nous doit enseigner pour l'advenir de ne vous picquer point en telle sorte que vous soyez cause de pervertir tout ordre. Il n'est jà besoing de vous démener
Alexandre. Une lettre de ce ministre à Calvin, conservée à la Bibl. de Genève, vol. 4 42, et datée du 42 octobre 4 555, nous apprend qu'il était à cette époque pasteur de l'Eglise française de Strasbourg. Il y fut remplacé, dans les premiers mois de l'an 4 559, par Guillaume Olbrac, ancien ministre de la Congrégation française de Francfort. Esprit conciliant et modéré, Pierre Alexandre avait fait de vains efforts pour désarmer à Strasbourg l'intolérance du parti ultrà-luthérien représenté par le ministre Marbach. Ce fut le triomphe de ce parti qui entraîna la déposition d'Alexandre (décembre 1 558) et peu d'années après (1563), la suppression momentanée du culte dans la paroisse dont Calvin avait été le premier pasteur. Voir YHistoire de î Eglise réformée de Strasbourg, de M. le pasteur Mœder. In-8°, 1853.
ce propos plus au long, car nous ne doutons point que chacun de vous n'aperçoive combien le mal est grand en soy et quelle conséquence il attire. Mesrne ce n'est pas d'aujourd'huy que la dissipation de vostre Eglise a commencé, et tant moins y a-t-il d'excuse pour ceux qui en sont coulpables. Ainsy nous vous prions au nom de Dieu de vous tenir cy-après mieulx sur vos gardes, affm de prévenir mieulx les astuces de Sathan, lequel estant vaincu de la vérité si évidente et de la clarté de l'Evangile que Dieu a mise au monde, ne cesse de vouloir pervertir toute police ecclésiastique pour nous exposer en opprobre et diffamer.
Touchant l'acte présent, s'il est ainsi que nostre frère maistre Pierre Alexandre nous a escript, c'est qu'il n'a esté accusé de personne, et qu'on luy a deffendu la chaire sans luy dire pourquoy. Nous trouvons cette façon bien estrange, comme de faict elle ne se pourroit excuser. Tant y a que nous ne vous avons pas voulu dissimuler ce que nous avons entendu par ses lettres, seulement, affm que vous advisiez s'il y avoit eu quelque faulte en la procédure, de la corriger affm que nul n'ait occasion de se plaindre, et aussi que tout scandale soit osté. Non pas que nous entendions vous porter aulcun préjudice par ceste admonition, mais affîn de nous acquitter de nostre debvoir. C'est en somme ce que nous vous pouvons mander, sans nous ingérer plus avant en une cause qui ne nous est pas assez cognue, non pas que nous doutions de vostre intégrité, mais pource qu'il nous pourroit estre imputé à légèreté trop grande, si nous passions plus oultre sans estre informez du faict. Nous ne voulons pas vous importuner en vous requérant de
nous en mander ce qui en est, sinon que nous voudrions bien que tout fust mieux éclaircy pour abbatre beaucoup de bruictz. Mais cela gist en vostre discrétion. Ce nous est assez de vous avoir exhorté fraternellement à mettre toute peine et diligence de gouverner l'Eglise qui nous est commise en bonne concorde, et empescher que l'ordre qui doit estre inviolable ne soit pas renversé par noises et débats. Car vous sçavez que l'esprit de mansuétude doit retenir les enfans de Dieu en doubte et modestie. Sur quoy, très chers frères, nous prierons Dieu qu'aiant amorti, voire aboli du tout les différens qui ne vous ont que par trop desbauchéz, il vous maintienne soubz sa conduitte et protection, vous face prospérer en tout bien, et augmente en vous les dons de son Esprit, affin que son nom soit glorifié. De Genève, ce 10 de décembre (1558).
AU ROI DE NAVARRE
Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107 a.
Sire, je pense bien que les différens qui sont advenus entre ceulx qui font profession de servir à Dieu et resti-
* Au dos, d'une main inconnue : « Au roy de Navarre, afin qu'il ne s'offensast de ce que maistre François son ministre s'estoit opposé à David; qu'il souffristle dit François ministre en son pays, et approuvast ceux qui se retireroient des superstitions, donnant re-
tuer la pure doctrine de l'Evangile, vous ont troublé et fasché, car c'est une tentation difficile à surmonter. Je dicts pour ceulx qui sont bien affectionnez non-seulement de cheminer en la crainte de Dieu, mais aussy de maintenir sa vérité. Et aujourd'huy quant les plus forts et constans sont bien empeschéz à soustenir les combats contre les ennemys manifestes, quant le mal redouble et que nous avons la guerre au dedans, si nous n'estions fortifiez de Dieu , nostre foy pourroit estre bien tost et souvent esbranlée. Et combien que je me confie, Sire, que cela ne vous a destourné ne refroidy, si ai-je à vous prier qu'il vous plaise d'admettre les excuses que je vous feray pour l'homme qui vous a semblé trop rude et austère. Encores qu'il y eust eu de l'excès, ou quelque inconsidération , le zèle qu'il a de servir à Dieu mérite bien d'estre supporté en cest endroit. Je croy bien que vous estes adverty, Sire , que desjà de longtemps nous l'avions envoyé par delà pour subvenir aux bonnes gens qui estoyent affamez de la pasture de vie. Ce n'estoit pas sans l'avoir esprouvé de longtemps,
traite aux persécutés en Espagne, et s'encourageant de servir à Dieu sans dissimuler. »
Quelques démêlés s'étaient élevés dans la maison du roi de Navarre, entre son chapelain Pierre David, ancien moine augustin, gagné secrètement par les cardinaux de Bourbon et de Lorraine pour ramener ce prince à la foi catholique, et le ministre François Bois-Normand. Respectueux envers le roi, mais incorruptible dans l'exercice de son ministère, ce dernier aima mieux quitter la cour, et se retirer à Genève que de pactiser avec les faiblesses du monarque, et les coupables pratiques de son chapelain. Averti de ce qui se passait à la cour de Nérac, Calvin adressa de libres exhortations au roi de Navarre, en l'invitant à rappeler son ancien ministre, et à se montrer plus résolu au service de Dieu.
et avoir cognu sa suffisance et preud'hommie. Nous estimons bien selon qu'il a commencé icy entre nous, que par delà il s'est aussi efforcé de servir à Dieu. S'il vous a offensé, Sire, résistant à David, et retirant de luy tous ceux qu'il pouvoit, je vous prie au nom de Dieu de bien poiser toutes les raisons, et, en ce faisant, j'espère que vous serez facilement appaisé, ou pour le moins adoulci. Je suis contrainct de vous déclairer, Sire, qu'oultre ce qu'il n'y a nulle fermeté de bonne doctrine en David, il est fort plein d'outrecuydance et de vanité, et jusques à ce qu'il ait mieulx apprins de s'abaisser, et n'estre plus tant adonné à soy, il ne sera jamais propre pour servir à Dieu. Parquoy si maistre François a conseillé à ceulx lesquels il avoit enseigné et qui se fioient en luy, de se destourner d'un homme double, branlant à tout vent, qui les vouloit faire nager entre deux eaux, il ne s'en fault esbahir, et je vous prie, Sire, de ne le trouver estrange, comme de faict je suis bien persuadé, combien que vous soyez roy et prince de si haulte maison, que vous n'entendez pas et ne vouldriez nullement que pour vous complaire on offensast Dieu, auquel grans et petits doibvent estre subjects. Quant à la difficulté qu'il a faict de certaines cérémonies, je vous prie, Sire, de bien considérer combien tous vrais chrestiens ont à détester les horribles superstitions où nous avons esté plongez, et vous pardonnerez aisément à ceulx qui hayssent tout ce qui nous y peult induire, jusques à le fuir et s'en esloigner tant qu'il leur est possible. Je sçay, Sire, que vous n'avez point liberté de faire ce que vous désireriez bien, mais si l'infirmité vous empesche de vous acquiter pleinement de vostre debvoir, je vous prie ne restreindre à vostre
mesure les bonnes gens que Dieu a fortifiez davantage, et laisser leurs consciences libres, quant ils ont juste raison et fondement de s'abstenir des choses qu'ils pensent ne leur estre licites. Vray est que de leur costé ils doibvent bien cheminer en modestie, et se conserver tellement purs à Dieu, que leur zèle n'empesche point de vous obéir, et rendre la subjection qu'ils vous doibvent, en toute humilité. Seulement qu'ils ne soyent pas contraints à faire chose qui desplaise à Dieu , et contrairement à sa parolle.
L'homme contre lequel vous avez esté indigné, Sire, est venu par deçà. Nous l'avons adverty et exhorté de ce qui nous sembloit estre bon. Or d'aultant qu'il a édifié très bien l'Eglise de Dieu en vos pays, et que son labeur a fort profité, je prendray la hardiesse de vous supplier, au nom de Dieu, qu'il vous plaise luy permettre de continuer avec telle modération que nous pensons bien qu'il fera. J'espère bien que vous ne me refuserez point en ceste requeste, sçachant que je ne prétens point à aultre fin sinon que vous faciez à Dieu un service qui luy soit agréable ; comme à l'opposite ce n'est pas une légère offense de retarder ceux qui désirent d'advancer le règne du Fils de Dieu.
Le présent porteur *, Sire, suyvant quelques propos qu'on vous a déjà tenus, a entrepris ce voiage pour estre mieulx certifié de vostre bonne volonté, sçavoir s'il auroit le moien d'avoir quelque retraite pour les bonnes gens qui seroient persécutez en Espaigne, afin d'y vivre sous vostre obéyssance \ Pource que j'ay entendu, Sire,
1 Le ministre Pierre Villeroche.
2 Les rigueurs de l'inquisition clans la péninsule amenèrent une
que vous estes assez enclin desjà à un tel bien, je n'insisteray point à vous en faire longue requeste. Seulement je vous asseure du présent porteur qu'il a conversé par deçà en homme chrestien et désirant de servir à Dieu. Et ne doubte pas que partout où il sera, il ne continue en bien. Il m'a semblé bon de vous rendre ce tesmoignage, attendu la malice qui règne aujourd'huy quasy par tout le monde.
Au reste, Sire, selon que tous les jours plusieurs assaulx vous sont dressez, qui vous pourroyent induyre en beaucoup de tentations mauvaises, tant plus vous faut-il esvertuer. Car quant il est question de l'honneur et service de Dieu, il n'y a nulle excuse de timidité. Et pourtant sainct Paul nous remonstre que pour confesser franchement la vérité de Jésus-Christ , nous n'avons point receu un esprit de crainte mais de hardiesse. Si nous en avons receu une petite portion, tellement que nous soyons par trop débiles, prions ce bon Père céleste, qui est assez riche et libéral , qu'il supplée à ce qui nous défault. Mesme selon le monde il ne vous est rien plus expédient, Sire, que de vous préparer à la plus grande magnanimité pour vous porter constamment , quand la nécessité le requerra. Car quoy que vous dissimuliez, Dieu en la fin vous attirera plus avant à
émigration considérable parmi les populations voisines de la Navarre. L'an 1552 vit l'exil volontaire d'un grand nombre de luthériens espagnols, intimidés par les bûchers. De ce nombre étaient Cassiodore de Reyna, Jean Pérez, Julien Hernandez et Cyprien de Valéra. Les deux premiers se retirèrent à Genève. Voir Llorenle, Histoire de l'Inquisition en Espagne, t. I, et l'ouvrage du docteur Maccree, History of the progress and suppression of the Reformation in Spam. ln-8°. Edimbourg, 4829.
maintenir sa cause. Ainsi armez-vous de bonne heure, je vous prie, Sire, vous exerçant en la parolle de Dieu, et souffrant d'estre enseigné et exhorté par icelle, tellement que les biens, l'honneur, la haultesse et dignité royalle n'empeschent qu'en portant le joug de Jésus- Christ, vous n'aspiriez au royaume céleste.
Sur quoy, Sire, je supplieray nostre bon Dieu qu'il luy plaise desployer sa vertu en vous, et vous remplir de son Sainct-Esprit, vous ayant en sa garde et vous faisant florir en toute prospérité. Sire, je me recom-
mande très humblement à vostre bonne grâce. Ce,
A UN SEIGNEUR DE JERSEY
Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107».
Très cher seigneur et frère, nous louons Dieu de la bonne affection qu'il vous a donnée d'essayer s'il se
* A un seigneur de l'isle voisine de Normandie.
Lettre sans date. 4 558? Les îles anglaises de Jersey et de Guernesey participèrent aux révolutions religieuses de l'Angleterre sous le règne de Marie et d'Elisabeth. Déjà sous le règne d'Edouard VI, l'île de Guernesey comptait une Eglise réformée française, dont le ministre Denis Le Vair fut martyrisé, en 4 555, à Rouen. Bèze, Hist. eecl;, t. I , p. 95. L'Eglise réformée de Saint-Hélier, dans l'île de Jersey, s'est perpétuée jusqu'à nos jours.
pourra dresser par vostre moyen quelque petite Eglise au lieu où vous estes. Et de faict, selon que les supposts du diable se efforcent en toute violence d'abolir la vraye religion, et esteindre la doctrine de salut, et exterminer la mémoire de Jésus-Christ, c'est bien raison que nous travaillions de nostre part à procurer que l'Evangile s'avance, et que par ce moyen Dieu soit purement servi, et que les poures brebis errantes soient rengéez sous la conduite du souverain pasteur auquel tout le monde doibt estre sujet. Et vous sçavez que c'est un sacrifice agréable à Dieu d'avancer le cours de l'Evangile par lequel nous sommes esclairéz au chemin de salut, pour desdier nostre vie à l'honneur de Celuy qui nous a si chèrement acquis pour dominer au milieu de nous. Parquoy nous vous prions de prendre couraige, comme aussi nous supplions le Père de toute vertu de vous confirmer en ce saint propos. Cependant pource que nous avons entendu que vous désirez d'estre secouru de nostre costé, et avoir homme qui fust propre à édifier, nous n'avons voulu faillir à nostre devoir. Nous vous adressons donc nostre frère le présent porteur, lequel a monstre par effect de quel zèle il estoit mené, et a tellement conversé avec nous que nous ne doubtons pas que sa vie ne soit en bon exemple. 11 est de pure doctrine, et d'autant que nous en pouvons juger, ceux qui se contenteront d'estre enseignez en simplicité et se rendront dociles, pourront profiter en ses prédications. Nous ne vous prions point de le recevoir humainement, nous confians de vostre bon vouloir. Seulement il vous plaira luy faire sentir par expérience que son labeur n'est pas inutile envers vous.
Sur quoy, très cher seigneur et frère, après nous estre affectueusement recommandez à vos prières, nous supplierons le Père céleste vous maintenir en sa saincte garde, vous augmenter ses dons spirituels, vous gouverner tellement par son Esprit que son nom soit de plus en plus glorifié en vous. (1558?)