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AUX PRISONNIERS DE PARIS

Copie. Bibl. de Genève. "Vol. 107.

La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus- Christ soit tousjours sur vous, par la communication du Sainct-Esprit.

Très chers frères, si j'ay différé jusques icy à vous escrire, ce n'a pas esté par faulte de bon vouloir à m'emploier où j'eusse pensé vous pouvoir donner par mes lettres

* En note: « Il escripvit ceste lettre aux trois prisonniers qui estoient en la Conciergerie de Paris. L'un estoit nommé Meric Favre qui avoit esté pris en l'assemblée de la rue Saint-Jacques. »

Ces prisonniers échappèrent à la mort, et furent condamnés à un bannissement perpétuel. Mais un des compagnons de leur captivité, Jean Barbeville, de Rouen, périt, le 6 mars 1 559, sur un bûcher. Les flammes ayant consumé ses liens, il éleva ses mains libres au ciel; « et ainsi doucement sans grans signes de douleur, il rendit son âme à Dieu. » Hist. des Martyfs, L. VII, p. 457.

quelque allégement, et vous confermer de plus en plus en la saincte constance que Dieu nous a donnée, mais pource que je me confiois bien que nos frères qui sont par delà *, s'acquittoient de leur debvoir, je ne pensois pas que mes lettres fussent fort requises, ne qu'elles fussent désiréez de vous. Maintenant puisque je vois qu'elles vous peuvent profiter, je m'estimerois par trop inhumain si je défaillois à vostre requeste. Vray est que je suis contraint de m'excuser, si je n'y satisfaicts du tout, et mesmes comme je vouldroys bien. Car la fiebvre quarte qui m'a desjà tenu quatre mois, et ne m'a pas encores lasché, m'empesche de fournir à la troisième partie des affaires auxquelles il me fauldroit vaquer, si j'estois mieulx dispos. En faisant comparaison du petit mal auquel je languis, qui n'est quasi rien, avec les fascheries dont vous estes oppressez , pensant aussi comme je suis secouru, et vous à l'opposite cruellement molestez et traictéz, non-seulement j'ay occasion de prendre patience et m'alléger, mais d'estre touché de plus grande pitié, et de gémir pour les tentations dont vous pouvez estre assaillis ; aussi prier nostre bon Dieu qu'il adoulcisse vostre tristesse, et vous fortifie contre tous assaulx, lesquels si vous trouvez rudes et difficiles à soustenir, ne vous esbahissez point, sachans que la vertu de nostre foy n'est pas d'estre insensibles, mais de batailler contre nos passions, mesmes que Dieu nous veult faire sentir l'aide de son Esprit par nos infirmitéz , ainsi qu'il fut respondu à sainct Paul. Surtout pource qu'il ne se peut faire que la longue prison ne vous en-

1 Les ministres de Paris.

nuye en vous humiliant , ne doubtez pas que Dieu ne supporte vostre foiblesse quand vous y résisterez. Cependant invoquez-le, comme la nécessité vous sollicite, à ce qu'il vous donne persévérance pour vous mener jusques à plaine victoire, et qu'il continue à vous munir des armes que vous avez expérimentéez jusques icy estre suffisantes pour despiter Sathan et ses supposts. Vous sçavez pour quelle querelle vous combatez, c'est que Dieu soit glorifié, que la vérité de l'Evangile soit approuvée, le règne de nostre Seigneur Jésus exalté en sa dignité. Cela vous doibt bien plus inciter que ceux qui journellement s'exposent à la mort pour le service des princes terriens, ne doibvent estre ainsi pressez par leur folle ambition ou espoir d'acquérir faveur et crédit. Or voiant les paoures aveugles se jecter ainsy à l'advanture, nous avons bien à nous mirer à leur exemple de ne point perdre courage, quand il est question de marcher où le Roy céleste nous appelle. Mesmes puisqu'il ne nous mect jamais en œuvre que pour nostre salut, et que nostre condition n'empire point par la mort, mais s'il luy plaict nous amener jusques-là, il la convertit à bien et à profit pour nous. Et de faict il n'a nul besoing que nous luy soions tesmoins, ni advocats pour maintenir sa cause. Mais c'est autant d'honneur qu'il nous faict, nous emploiant à une chose si prétieuse et digne. Au reste tenez-vous asseuréz qu'estant entre les mains de vos ennemys, vous ne laissez pas d'estre en la protection de Celuy qui a les issues de mort en sa main, comme il est dit au pseaume, et par ainsi a des moiens infinis pour nous délivrer s'il luy plaist. Mais quoy qu'il en soit, apprestez-vous à luy faire le sa-

crifice de vos âmes s'il luy plaist ainsy. Et ne soiez point refroidis par les mocqueries et menaces des iniques, car quoy qu'ils despitent nostre simplicité , ce vous doibt bien estre assez qu'elle soit agréable à Dieu. Aussi en vous proposant devant les yeux Jésus-Christ pour exemple, qui a esté assailli de telles gaudisseries des contempteurs de Dieu, pratiquez ce qui nous est enseigné au Pseaume 1 1 9 : Seigneur, que tes miséricordes viennent à moy, ton salut selon ta parolle; et je respondray à ceux qui me feront reproche. Item , Les orgueilleux se sont moquez de moy, toutesfois je n'ay point décliné de la loy. Item, Les meschans m'ont tendu leurs filets, mais je ne me suis point destourné de tes commandemens . Item, Les princes m'ont persécuté sans cause, et mon cœur a tremblé à ta parolle. Item, Les princes se sont assis et ont débattu contre moy, et ton serviteur a médité en tes statuts. Et aprenez avec Isaïe de prendre Dieu à garant, afin de n'estre point efïraiéz de la fierté et présomption de ceux qui escument ainsy contre le ciel. Toutesfois ne laissez pas d'user de modestie et douceur pour voir si vous les pourriez gagner, non-seulement pour amortir leurs cœurs envers vous, mais pour les ranger en l'obéissance de Dieu. Seulement que vous ne décliniez pas du bon chemin auquel vous estes entrez, et lequel vous avez poursuyvy jusques à ceste heure, mais qu'aians eslevé vos yeux au ciel, vous aspiriez à la palme qui nous est là apprestée, de quoy nous prierons Dieu qu'il vous face la grâce, se monstrant vostre protecteur, le vous faisant sentir, et donnant telle issue à vos afflictions, que nous aions tous matière d'en bénir son sainct nom. Mes frères sont compris en ceste dernière sentence, combien que

j'espère que Monsieur de Racam * vous escrira à part. Ce 18 defebvrier 1559.

Vostre bon frère,

Charles d'Espeville.

A L'EGLISE FRANÇAISE DE FRANCFORT

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.

La dilection de Dieu nostre Père , et la grâce de nostre Seigneur Jésus soit tousjours sur vous , par la communication du Sainct-Esprit.

Très chers seigneurs et frères, combien que la maladie si longue de laquelle Dieu m'afflige ne soit pas sans ennuy % et que la désolation de la poure Eglise de Lausanne me tourmente encores beaucoup plus que le mal

1 Ministre de l'Eglise de Paris, alors à Genève.

* Longtemps en proie aux luttes et aux tiraillements intérieurs, cette Eglise était menacée de nouveaux périls , par l'invasion de doctrines mystiques et anabaptistes dont la contagion s'était rapidement répandue dans quelques-unes des Eglises réformées de l'Allemagne.

2 « L'an 1559 (Calvin) fut assailli d'une longue et fascheuse fièvre tierce fort aspre, durant laquelle force luy fut à son grand regret de s'abstenir de lire et de prescher... Ceste maladie le laissa tellement débilité que jamais depuis il n'a pu revenir en une pleine santé. » Vie de Calvin, par Th. de Rèze.

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de ma personne *, tontesfois je n'ay pas laissé de sentir nouvelle douleur et angoisse des troubles que j'ay entendu que Satan a de rechef suscité entre vous. L'expérience du temps passé devoit bien retenir ceux qui ont commencé de rompre encores l'unité et concorde, laquelle Dieu par sa bonté avoit remise entre vous. Mais si vous en voyez quelques-uns si addonnéz à leur sens propre que leur ambition et curiosité tendent à la ruine de l'Eglise , c'est à vous d'y remédier. Et s'ils sont si opiniastres qu'on ne les puisse fleschir, d'y pourvoir par le remède ordinaire , c'est qu'ils soyent exclus de vostre compagnie. Je sçay bien que vous donnant conseil, je ne puis éviter ceste calumnie que j'entreprens par trop, et que je me dois contenter de ma charge, sans vouloir gouverner si loing. Mais il me suffit d'avoir Dieu pour tesmoin que l'amour que je vous porte et le soin que j'ay de vostre salut m'incite et contraint, voire avec grant regret à m'y ingérer. Et je croy aussi que pour la pluspart en estes persuadez, j'oseroys bien dire tous, combien qu'aucuns qui sont marris quand on procure le bien, murmurent de ce qu'ils congnoissent eulxmesmes estre bon et utile. Mais encore aimé-je mieulx espérer quand chacun verra que je m'estudie à réunir ce qui est dissipé sans blesser personne, qu'il n'y aura celuy qui ne me sçache bon gré de m'estre employé en cest

1 La destitution du ministre Viret par les seigneurs de Berne (20 janvier 4559) fut suivie de la démission de quarante de ses collègues, du pays de Vaud, qui réclamaient vainement avec lui l'établissement d'une discipline ecclésiastique. Ruehat, Hist. de la Réf., t. Vï , p. 256 et suivantes. Du nombre des ministres démissionnaires, étaient Théodore de Bèze, Raymond Merlin, Berault qui devinrent les ornements de la nouvelle académie de Genève.

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endroit. Je vous prie donc, mes frères, que j'aye de quoy m'esjouyr, voire mesme alléger de mes autres tristesses, entendant que mes lettres vous auront profité et auront aidé et servi à vous réunir en bon accord. Le plus grand malheur est que mesmes vos deux pasteurs sont en débat l'un avec l'autre ', car si les bandes et contentions entre les particuliers sont peste en l'Eglise, que sera-ce quant les messagiers de la paix sont en guerre? Et voilà pourquoi il se fault tant plus haster à y donner remède, de peur que le mal estant creu, on n'y puisse venir à temps. Si sainct Paul s'est bien voulu empescher de réconcilier des femmes, et en a escrit à toute l'Eglise des Philippiens, d'autant qu'elles avoyent travaillé avec luy à l'Evangile, par plus forte raison s'il y a différent entre les pasteurs desquels l'office est d'appointer toutes querelles, il fault bien que chacun s'efforce d'accourir au secours, comme pour estaindre un feu qui seroit pour tout brusler. Cependant je ne juge point de la cause, sinon d'autant qu'on parle de quelques livrets qu'on a voulu introduire ou bien qu'on a voulu approuver, à sçavoir la Théologie germanique , et de Vhomme nouveau^. Quant à cela si jamais j'ay rien

1 François Péruçel et Guillaume Olbrac. Ce dernier éiait alors sur le point de quitter Francfort pour se rendre à Strasbourg. Voir la note, p. 95. Ces deux ministres étaient en démêlés sur la cène.

2 Est-ce l'ouvrage intitulé : Theologla germanica , libellus aureus, quomodo sit exuendus vêtus homo, induendusque novus, ex germanico anonymi equitis teutonici translatus, studio Johannis Theophyli, Basileœ, 1557; traduit du latin en français sous ce titre : La Théologie germanique, Livret auquel est traité comment il faut dépouillé le vieil homme et vestir le nouveau. Anvers, 1558, in-8°. — Monument remarquable de l'ancien mysticisme allemand, publié par Luther, traduit par Castalion, ce livre

cogneu ou gousté en la parolle de Dieu, je vouldroys bien que les autheurs s'en fussent abstenus. Car encores qu'il n'y ait point d'erreurs notables, ce sont badinages forgez par l'astuce de Satan pour embrouiller toute la simplicité de l'Evangile. Mais si vous regardez de plus près, vous trouverez qu'il y a du venin caché et mortel; c'est empoisonner l'Eglise. Parquoy, mes frères, devant toutes choses je vous prie et exhorte au nom de Dieu de fuir comme peste tous ceux qui tascheront de vous infecter de telles ordures. Je prie aussi ceux qui jusques icy s'en sont mesléz, d'estre mieux adviséz, et ne plus nourrir le mal lequel ils ne pourront pas réparer quand ils voudront. Cependant tendez à ce but que vos pasteurs soyent unis en bonne fraternité pour faire leur devoir, et gardez-vous de toute contention laquelle romproit ous liens de paix et augmenteroit la dissipation dont on voit desjà des commencemens trop mauvais. En quoy je prie nostre bon Dieu vous donner conseil et prudence, amortir toutes passions désordonnées, et en général vous maintenir en sa garde, vous fortifier en sa vertu invincible, et ne permettre point que ce qu'il a édifié en vous se ruine. Mes frères vous saluent, et moy par espécial (je) désire estre recommandé à vos bonnes prières. De Genève, ce 23 de febvrier 1559.

pouvait offenser l'orthodoxie rigide de Calvin, mais non encourir la censure des magistrats luthériens de Francfort. L'écrit dont la publication occasionna de nouveaux troubles dans l'Eglise française de cette ville, ne serait-il pas plutôt l'ouvrage mystique et anabapiste du médecin Velsius, intitulé selon les uns : Summa doctrinœ et vitx christianx; selon les autres : Liber de humanx vltx ratione et via, seu de hominis beatUudinibus. Voir Bayle, art. Velsius, et Document luthériens ^tl'Eglise de Francfort.

A AUGUSTIN 1EGRANT

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.

Seigneur Augustin, je suis fort marry pour l'amour que je vous porte d'ouïr si fascheuses nouvelles de vous, et encores plus d'estre contraint vous escrire plus rudedement que je ne voudroye. Combien que j'ay congneu en vous une trop grande véhémence d'esprit, et des bouillons que j'eusse bien souhaitté estre modérez et rassiz, toutesfois je n'eusse jamais attendu une telle légèreté que vous avez monstrée d'aller chercher des illusions du diable en ceste maudite eschole qui est pour anéantir toute religion, induisant les hommes par moyens obliques à se donner en la fin licence à se moquer de Dieu et de toute religion. L'expérience monstre ce que vous y avez prolité de semer des badinages farcis de venin mortel, qui est desjà un trop grand mal, et puis estre occasion de bander ceste poure Eglise, laquelle a esté tant deschirée qu'elle auroit besoin de se restaurer petit à petit. Vous en estiez adverty desjà, et tant plus vous avez esté volage, comme quant Saûl a eu son re-

* Augustin Legrant, un des anciens tle l'Eglise française de Francfort. Il commença à signer en cette qualité les Registres de cette Eglise, le dernier février 1558. Adversaire de Valéran Poulain, il eut avec ce ministre des démêlés qui ne se terminèrent qu'a la mort de ce dernier, en 1557; partisan de la Théologie nouvelle, il s'attira la censure de Calvin qui sans doute l'avait connu à Francfort.

coursa la sorcière. Pensez à cesie sentence : Malheur à celuy par qui scandale advient ! Je ne vous espargne point afin que Dieu vous espargne. Et de fait je désire de vous faire sentir vostre mal, afin que vous soyez plus enclin à prendre en gré le remède. C'est qu'en laissant ces légèretés auxquelles vous avez trop lascbé la bride, vous retourniez paisiblement au trouppeau et monstriez qu'à vous ne tient qu'il n'y ait bonne concorde. — Quand vous le ferez ainsi, croyez que tous ceux qui vous ont aimé par cy-devant, s'esjouiront pour vous aimer mieux que jamais. Et moy, en particulier, si je reçoy ces bonnes nouvelles, n'aiant nulle mémoire de ce que nostre Père céleste aura ensepvely, je vous aymeray mieux que jamais, et seray allégé de mon mal. Surquoyje prieray Dieu de vous gouverner par son Sainct-Esprit, et vous bénir avec vostre famille. De Genève, ce 23 de febvrier 1559.

A MADAME L'AMIRALE DE COLIGNY

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.

Madame , le bruyt commun touchant la délivrance de Monseigneur nous a donné courte joie pour quelque

* Transféré du château de l'Ecluse au château de Gand, l'amiral de Coligny était toujours captif des Espagnols. Il ne recouvra la liberté qu'en avril 1559, après la conclusion de la paix de Gâteau- Cambrésis.

petit de temps, et d'autant nous a esté plus grant regret d'entendre tantost après que nous étions frustrez de nostre désir et oppinion. Mais combien qu'il en soit aultrement advenu , si vous fault-il practiquer ce que l'Escripture nous monstre que la foy est de longue attente, et qu'il ne nous est point commandé d'estre patiens pour ungan ou deux, mais tenir nos affections en suspend jusques à ce que le temps opportun soit venu, et recourir tousjours à celuy auquel il apartient d'en déterminer, le priant d'exaulcer nos requestes , supporter nos infirmités , et , pour le temps qu'il vouldra que nous languissions, nous fortifier de constance. C'est le principal que nous aions affaire en nostre vie de nous accorder en toute subjection et humilité à son bon plaisir, car cela emporte qu'il joysse paisiblement de nous, que nous soions captifs soubs son obéyssance, et mesmes que nous luy facions sacrifices voluntaires, pour mourir et vivre selon qu'il voudra disposer de nous. Mesmes ceste affliction n'est pas si dure que vous n'ayez de quoy alléger vostre tristesse en beaucoup de sortes, pour vous tenir quoie jusques à son retour. Cependant aussy, Madame, je vous prie vous apprester à tenir bon contre les allarmes qui vous pourront estre alors dressées. Car quelque bonne affection qu'il ait de se dédier à Dieu, je crains qu'il ne se tienne aucunement ébranlé ou par les murmures ou par les menaces de l'oncle l, ou par

1 Le connétable Anne de Montmorency, zélé catholique, et ennemi juré des huguenots. Membre du Triumvirat en 4561, il se signala par la dévastation des prêches de Paris, qui lui valut le surnom de capitaine Brule-ban , fut l'ait prisonnier à la bataille de Dreux, et périt en 1567 à la bataille de Saint-Denis.

la sollicitation du frère1. Et aussy pensez que vostre debvoir sera de luy ayder par vostre exemple à prendre couraige. Nous prierons aussy Dieu, de nostre costé, qu'il lui donne magnanimité plus grande que n'a eu celuy qui avoit si bien commencé et n'a pas continué de mesme '2. Toutesfois, quelques difficultés que nous voyons, la promesse qui nous est donnée que Dieu pourvoira à tout et y donnera remède, nous doibt bien suffire pour ne point fleschir en nulle tentation, mais nous faire penser si bien et nous arrester à ceste vie céleste, que ce monde ne nous soit rien ; pour le moins que nous y passions comme estrangers , ayant bien tousjours ceste sentence imprimée en nostre mémoire, qu'e/ nous fault estre conformes à nostre Seigneur Jésus en ses afflictions pour estre participans de sa gloire.

Sur ce, Madame , après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplieray le Père de miséricorde vous tenir en sa garde, vous augmenter les dons de son Esprit, vous soustenir par sa vertu, et vous faire grâce de persévérer à le servir et honorer jusques en la fin. Ce 27 de février 1559.

1 Odet de Coligny, cardinal de Châtillon. Il ne s'était pas encore prononcé pour la Réforme.

2 Allusion à d'Andelot. Voir les lettres, p. 194, 202 et 219. Réprimandé par les ministres de Paris, d'Andelot reconnut sa faute, et promit de la réparer : — « Attamen admonitus a Gaspare nostro, non causam suam tutatus est uti dudum, sed maerens ingénue confessus est, seque annisurum dixit ut libère posthac Deum colère posset. » — François de Morel à Calvin, 27 déc. 1558. Mss. de la Bibl. de Gotha.

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