‹ LettresChapitre 22 sur 71 · A FRANÇOIS DANIEL · texte numérisé non relu

A FRANÇOIS DANIEL

Copie. Bibl. de Berne. Coll Bongars. Vol. 141,

Monsieur et bien-aymé frère, j'ay différé jusques à maintenant à vous escrire devostre fils ', tant pour résouldre mieulx avec le temps de ce que j'avois à vous mander, que par faulte de messager seur et propre. Je ne doubte pas que n'ayez esté fasché de son partent ent estant frustré de vostre esprit et intention quant

* François Daniel, avocat à Orléans, condisciple et ami de Calvin à l'université de cette ville. Gagné dès sa jeunesse aux croyances réformées qu'il tenait sans doute de Calvin lui-même, il n'en demeura pas moins extérieurement attaché à l'Eglise catholique, malgré les censures du réformateur. L'aîné de ses fils, Pierre Daniel, avocat au parlement de Paris, cultiva les lettres avec succès et entretint une correspondance avec Joseph Scaliger (Mss. de Berne, vol. 144). Le second, François Daniel, porté par ses goûts vers la théologie, mais contrarié par son père qui le destinait au barreau, s'enfuit d'Orléans, et se rendit en 4 559 à Genève. Accueilli avec bonté par le réformateur, et docile à ses conseils, il consentit un an après à rentrer dans la maison paternelle, et à suivre la carrière du droit. Voir la Corresp. lat. de Calvin, 1559, 1560. — Il existe (Mss. de Genève, vol. 496) une lettre du jeune François Daniel à Calvin, sollicitant la faveur d'étudier en même temps la théologie et le droit. Cette lettre est datée d'Orléans, 5 avril 1561.

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au train que vous luy vouliez faire tenir. Mais je vous prie de ne pa^ tellement lascher la bride à vos passions que vous ne jugiez en équité, pour trouver bon ce qu'il a faict, s'il est de Dieu. Si vous eussiez un tel courage

qu'il estoit bien requis de vous acquiter de vostre debvoir, il y a longtemps que vous luy eussiez monstre le chemin. Mais si vous estes froid et tardif à sortir de l'abysme où vous estes plongé, pour le moins ne portez pas envie à vos enfans, si Dieu les en délivre, mais prenez occasion de leur exemple à vous inciter de faire tous efforts pour vous en isoler.

Selon que j'ay aperceu, il me semble du tout que vostre fils n'a pas esté poulsé ni induict de légèreté, mais que la crainte de Dieu l'a contraint de se retirer des superstitions auxquelles Dieu estoit offensé. Vous ne debvez estre marri que l'authorité de Dieu soit préférée à vostre contentement. Ce qui me fait juger que le jeune homme n'a eu aultre regard que de servir purement à Dieu, et qu'il se porte ici modestement, et sans aucun signe que de droicte chrestienté. Il n'a encor eu nul secours de moi, combien qu'il n'ait pas tenu à luy offrir de bon cœur, etseray tousjours prestpour l'amour de vous, à l'aider selon que ma petite faculté le portera. Mais surtout je désire que vous soyez appaisé envers luy. Ce n'est pas comme s'il vous eust quitté à la façon des garçons desbauchéz , mais puisqu'il a eu zèle de suivre Dieu, vous avez bien à vous en contenter, de quoy je vous prie bien affectueusement. J'espère, après avoir eu quelque response, de vous escrire plus à plain ; cependant après m'estre de bon cœur recommandé à vous, à Madame vostre mère et à vostre femme, je sup-

plieray nostre bon Dieu vous avoir tousjours en sa garde, vous gouverner par son Esprit, et vous accroistre en toute prospérité. Ce 25 de juliet 1559.

Vostre humble frère et entier amy,

Charles d'Espeville.

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