A LA MARQUISE DE ROTHELIN
Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.
Ma dame, je ne doubte pas qu'en ces changemens et résolutions vous n'ayez à soustenir beaucoup d'alarmes, et que vous ne soyez agitée d'un costé et d'aultre. Si vous y estes empeschée, vous sçavez à qui il vous
* Lettre incluse dans la précédente au duc de Longueville, avec ces mots : A Madame la marquise sa mère.
fault avoir voske refuge pour obtenir secours. Nous avons la promesse de Celuy qui a toute force en main, que nostre foy sera victorieuse par-dessus tous les ennenrys de nostre salut. Appuyons-nous donc sur luy, et invoquons-le en toutes nos nécessités, et nous ne serons jamais frustrez dans nostre attente, qu'il ne nous tende la main pour nous subvenir. Je vous prie, ma dame, quoyque beaucoup d'aultres soyent tardifs ou mesmes reculent, de ne point décliner du droict chemin, mais poursuyvre victorieusement la saincte vocation à laquelle nous sommes appeliez jusques à ce que vous ayez atteint le but. Car nous sommes esleus et adoptez d'un trop bon père, pour nous lasser du luy playre et conformer toute nostre vie à sa volunté. Et l'héritage auquel nous sommes appeliez est trop excellent, pour n'estre point poursuyvi jusques au bout. Nous avons bien à louer Dieu, ma dame, de ce que nous entendons de vous. Mais quand il est question d'honorer Dieu , vous ne sçauriez vous y porter si vertueusement qu'il n'y ait occasion de souhaitter encores mieux, comme j'espère que vous tendrez tousjours à un plus grand advancement, et vous y efforcerez.
Vous verrez la lettre que j'escris à mon seigneur vostre fils. Pource que je sçay combien la maison à laquelle il est allié1, est pour la pluspart contraire à l'Evangile, je n'ay point faict difficulté de luy remonstrer qu'il se doibt tant plus garder d'estre séduit ou corrompu ou destourné, comment que ce soit, de la pure simplicité en laquelle nous debvons adhérer en
1 II était neveu de Marled e Lorraine, reine douairière d'Ecosse, mariée d'abord à Louis II d'Orléans, duc de Longueville.
nostre Seigneur Jésus-Christ. Je croy aussy que vous ne trouverez pas tel advertissement maulvais , veu la nécessité qui est.
Sur ce, ma dame, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplieray nostre bon Dieu vous tenir en sa saincte garde, vous conduire tousjours par son Esprit, et faire que son nom soit glorifié en vous de plus en plus jusqu'à la lin. (22 août 1559.)