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A UN PRISONNIER

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107 a.

La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit tousjours sur vous, par la communication de son Sainct-Esprit.

Mon frère, combien que la cause pour laquelle vous souffrez estant commune à tous enfans de Dieu, nous doibt induyre à estre participans en tant qu'en nous est de vostre affliction, toutesfoys puisque nous n'avons aultre moyen de nous aquiter de nostre devoir, sinon de rendre tesmoignage devant Dieu en nos prières de la compassion et sollicitude que nous portons de vous, je vous prie d'estimer que nous ne deffaillons point en ces! endroit, et c'est la principale cause qui m'esmeut à ceste heure à vous escrire, affrn que vous soyez adverty que nous avons telle mémoire de vous comme de celuy qui maintient la querelle de la parolle de Dieu , de la gloire de nostre Saulveur unique et de la doctrine de nostre salut. Vray est que nous aurions aussy à vous consoler, comme il ne se peult faire que vous n'en ayez besoing. Mais pource que la distance du lieu est grande, et l'accès difficile à nos lettres, cela nous retardera à

* En titre : A un homme détenu prisonnier pour la parole de Dieu. — 13 novembre. Sans date de l'année : 1559.

faire ce que nous vouldrions bien. Et aussy je ne doubte pas que ce bon Dieu ne supplée au défaut qui est en nous du costé des hommes, tant en ce que vous pouvez prendre de sainctes admonitions en sa parolle, qu'en ce qu'il imprime par son Esprit en vostre cueur, et que il congnoist estre propre à vous conformer. Et de faict quand nous aurions en main tous les moiens qu'on pourroit souhaitter, et que cbacun y travailleroit, le tout ne serviroit sinon d'autant que le feroyt valloyr celuy qui peult luy seul assez besongner sans nostre labeur. Parquoy la meilleure exhortation que je vous puis faire est que si vous avez moien de lire en la parolle de Dieu , que ce soit vostre exercice continuel, ou, si vous estes privé de ce bien-là, que vous réduisiez en mémoire ce qu'il a pieu à Dieu vous en donner congnoissance par cy-devant , le priant qu'il vous face tellement savourer la substance que vous en soyez nourry et contenté. Au reste qu'au milieu de vos fascheries , il vous souvienne tousjours de ce qu'il les peult adoulcir. C'est que si Dieu promect d'assister à ceux qui sont chastiéz par leurs meffaits , quand ils l'invoqueront, que par plus forte raison il ne lairra pas ceux qui endurent pour le tesmoignage de la vérité. Et affin que vous ne trouviez estrange qu'il vous faille tant souffrir, pensez combien est le nom de Dieu et le Royaulme de Jésus-Christ plus précieux que nostre vie, ne tout ce qui est au monde. Et de faict, ce nous est une consollation inestimable quand nous venons à penser que Dieu qui nous pourroit justement punir pour nos faultes, nous faict cest honneur que nous soyons persécutez comme tesmoins et deffenseurs de sa parolie , et que nous portions les marques de son Fils qui sont

plus honorables que tous les sceptres et couronnes des princes terriens , voire devant luy et ses anges, quelque contumélie et honte qu'elles aient devant les hommes. Je considère bien cependant que vous n'estes pas de fer ne d'acier, et qu'il ne se peult faire que vous ne sentiez une grande contrariété de vostre chairqui vous fait sentir de merveilleux assaulx. Mais puisque jusques icy vous avez senty l'assistance de nostre bon Dieu si vertueuse, espérez qu'il n'en fera pas moins à l' ad venir, et tenez-vous hardyement asseuré que comme il prolonge . vos afflictions, qu'il continuera aussy quand et quand sa grâce pour vous faire persévérer en patience. Car puisque nous expérimentons la vérité de ses promesses, quand il nous tient la main ferme en nos tribulations, une telle approbation doit bien confermer nostre espérance, comme aussy dit saint Paul. Le tout est qu'en vous laissant gouverner par sa parolle , vous attendiez patiemment telle yssue qu'il voudra donner, car comme nous devons estre tousjours prests de le glorifier par la mort, aussy fault-il que nous soyons disposez à vivre, et languissant tant qu'il luy playra. Et de sa part comme il congnoist nostre pouldre, il est fidelle pour donner bonne yssue aux tentations. Ne doutez pas que vostre partie ne soit comme prisonnière de cœur avec vous , portant tel soing de vos destresses qu'elle doit. Mais ce ne luy est pas un petit allégement quant elle entend que vous avez telle constance en nostre Seigneur , comme doibvent avoir ceux qui sont pleinement desdiéz à luy, et c'est inesme la resjouissance de tous les membres de Jésus-Christ quand ils voyent que son nom est magnifié par la constance invincible de ces martyrs, malgré la

contradiction des iniques. Et non-seulement les fidelles qui sont en ce monde ont de quoy s'en resjouyr, mais aussy les anges du ciel. Mais il y a plus pour les hommes , c'est qu'ils sont d'autant plus confirmez comme l'inconstance et lascheté des pouvres malheureux qui renoncent la vérité , est cause de subvertir la foy de plusieurs infirmes. Vray est que j'en parle à ceste heure estant hors des coups , mais non pas fort loing , et ne sçay jusques à quand , car à ce qu'on peult juger , nostre tour est bien prochain1. Parquoy tous ensemble apprenons de regarder au ciel et ne nous jamais lasser, jusques à ce que nous ayons achevé nostre course , et que un chacun ait ceste sentence imprimée en son cœur de suivre Jésus-Christ quand il appelle , sans regarder que font les aultres, car attendu la desloiaulté de la plus part, ce n'est plus le temps de regarder aux hommes.

Pour faire fin je prieray nostre bon Dieu de vous tenir tousjours la main forte pour vous donner victoire en vos combats, vous guider par son Saint-Esprit et vous avoir en sa protection, et finalement vous faire sentir qu'il a le soing de vous, tellement que vous y puissiez avoir ferme repos, après m'estre aussy recommandé à vostre bonne grâce. Ce 1 3 de novembre (1559) .

Vostre bon frère et serviteur,

Charles d'Espeville.

1 Depuis la paix de Cateau-Cambrésis, Genève était constamment menacée par les armes du duc de Savoie, unies à celles de l'Espagne et de la France.

AUX FIDELES DE FRANCE

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107 a.

La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit toujours sur vous, par la communication du Sainct-Esprit.

Très chers seigneurs et frères, pource que nous avons à vous escrire appartient pour la plus grant part à chacune des églises de par delà, nous avons pensé que le meilleur seroit d'adresser nos lettres à tous en commun, non pas tant pour espargner nostre peine que pour éviter langaige superflu, et aussi que vous soiez tant mieulx asseuréz que nous ne varions point envers les uns et les autres, mais désirons que nostre accord soit congnu et testiffié égallement à tous.

Pour le premier, d'àultant que nous avons esté advertis qu'aucuns ne trouvent pas bon d'estre examinez

* Sans date. Lettre circulaire écrite sans doute en 4559, l'année même où les Eglises réformées de France, s'organisant courageusement sous le feu de la persécution, resserraient les liens qui les unissaient les unes aux autres, et souscrivaient en commun à la confession de foi et à la discipline que venait de dresser le Synode de Paris. Bèze, Hist. eccL, t. I, p. 172 et suivantes. L'application de la discipline suscitait chaque jour de nombreuses difficultés parmi les communautés nouvelles. Consulté sur les points douteux, Calvin multipliait ses instructions, et sa voix respectée tenait lieu de règle aux Eglises, dans leur passage laborieux de l'anarchie à l'ordre, de l'isolement à l'unité.

de leur foy, et en cas qu'ils soient trouvez insuffi sans, qu'on ne les admecte point à la cène jnsques à ce qu'ils aient mieuîx profité, nous prions au nom de Dieu tous ceulx auxquels ceste rigueur desplaist de ne se flatter point en leur vice, et ne point chercher aussi d'estre flattez, car ce ne seroit qu'à leur perdition. Ceste sentence de sainct Paul doibt estre bien congnue entre les chrestiens, c'est que tous ceulx qui mangent le pain du Seigneur indignement sont coulpables de sacrilège. Or pour en user dignement, il requiert que chacun s'esprouve soy-mesme, en quoy il monstre que ceulx qui ne sont point capables de s'examiner ne peuvent approcher de ceste saincte table. Parquoy si quelque ignorant s'ingère de recevoir la cène à la volée sans recevoir la foy, il se mocque bien de Dieu. Ceulx donc qu'on empesche de se précipiter ainsy, ne doibvent point estre marris qu'on ait le soing de leur salut. Si chacun estoit bien advisé, nul n'auroit que faire d'aultre juge que de soy-mesme, mais pource que beaucoup s'oublient, il est requis qu'il y ait quelque ordre en l'Eglise. Car il y a esté de tout temps, surtout afin que les sacremens ne soient point profanez. Car quant tous y sont admis indifféremment, sans discrétion, c'est ung mespris que Dieu ne peult supporter. Vous sçavez que nostre Seigneur n'a distribué la cène qu'à ses disciples. Ainsi quiconque n'est enseigné en la doctrine de l'Evangile, n'y a point d'accès, selon l'institution du Seigneur. Nul doncques ne se doibt plaindre quant on esprouvera s'il est chrestien , quant on le doibt recevoir à la cène. Aultant en est-il de tout le cours et ordre de la discipline qu'on doibt tenir en l'église, pour rejecter ceulx

qui seront congnus indignes d'y venir. Nous sçavons bien que cecy est trouvé dur et estrange entre ceulx qui ne seavent discerner le joug de nostre Seigneur Jésus d'avec la tyrannie papale. Mais vous avez à regarder plus tost quel est le vouloir de Dieu pour vous y renger, que de vous lascher la bride à vos appettis. Mesmes les païens nous debvroient faire honte en cest endroit, car combien qu'ils n'aient point observé telle révérence en leurs superstitions que nous la devrions aux saincts sacrements , toutesfois ils ont confessé que tous ceulx qui estoient poilus en quelque crime n'y debvoient point participer. Or quant il sera défendu à quelqu'un de recevoir la cène, ce n'est pour toujours qu'on l'exclud. Aussi ce n'est pas pour le faire désespérer, mais c'est afin qu'il se humilie, et que les aultres y prennent instruction. Puisque tout cecy est ordonné par la parole de Dieu à laquelle il n'est licite de contredire, nous vous prions au nom de Dieu de n'avoir honte de vous assubjectir à ce que vous voiez estre si bon et sainct.

Nous ne doubtons pas que vous n'aiez gens esleus et establis pour corriger les scandales , admonester ceulx qui auront failly, et veiller à ce que tous se gouvernent honnestement. Ceulx qui sont appeliez à telles charges doibvent , de leur côté , se porter si humainement et avec telle modération , que soubs ombre de censure fraternelle nul ne soit diffamé ou grevé par calumnies, faulx raports ou sousbçons. Nous touchons le point en particulier, afin qu'on escoute les advertissements qui se pourront faire en telle sorte que la partie (soit) onyeen ses excuses, et qu'on ne donne point licence de détracter

ny de molester les innocens. Ainsi le vray expédient est que celuy qui pour se descharger en vouldra advertir les surveilîans, le face , mais que celuy qui sera chargé ait liberté de se purger, et en cas qu'il se trouve innocent, que le délateur soit corrigé de son inconsidération. S'il se trouvoit malice en quelqu'un qu'il ait calumnié son prochain à son escient , cela seroit du tout insupportable. Mais vous avez à prier Dieu qu'il gouverne ceulx que vous avez commis à tel office par son esprit en prudence , doulceur, zèle et droicture. Cependant souffrez d'estre tenus en bride, selon que nous en avons tous besoing, et que ceulx qui doibvent veiller sur le troupeau , soient les premiers repris et chastiéz.

Entre les aultres vices que plusieurs vouldroient qu'on leur pardonnât, il y en a ung de tenir bénéfices en la papaulté et d'en faire trafique, ce qui doibt estre ordonné sans long procès ne dispute, car c'est ung crime incompatible avec la chrestienté que se souiller parmy tels sacrilèges. Il y en a un aultre qui sembleroit de prime face n'estre point si grief, à sçavoir de présenter les enfants au baptesme, ou conduire les morts à la sépulture Mais quant ceulx qui cherchent d'avoir tel congé , ou se dispensent de faire tels actes , auront pensé à eulx de plus près, se proposans Dieu pour juge, ils passeront aisément condamnation. Car vous estes assez informez combien le baptesme est souillé en la papaulté par vilaines superstitions et détestables, voire pures mocqueries de Satan. Quiconques doncques présente là son enfant, le poilue autant qu'en luy est, au lieu de luy faire recevoir bénédiction de Dieu. De par-

ticiper aux prières qu'on fait pour les trespasséz, il est impossible sinon en desrogeant au sacrifice unique de nostre Seigneur Jésus-Christ, d'aultant que le purgatoire est fondé sur les satisfactions humaines. Advisez si tout cela est excusable , et quant aucun scandalize l'Eglise en cest endroit, si cela doibt estre dissimulé ou bien supporté comme faulte légère, et si plus tost il ne mérite point correction qui l'incite à se mieuix porter à l'advenir. Nous sçavons bien la captivité où vous estes , et en avons telle compassion que la reigle de charité nous enseigne. Mais puisque vous ne gaingnez rien d'estre absoubs de nous , souffrez d'estre condamnez par la parole de Dieu, le tout à vostre bien et salut.

Nous entendons aussi qu'il se demaine une aultre difficulté entre vous, à sçavoir s'il est licite à quelqu'un de s'ingérer à prescher en lieu où il y a Eglise réformée sans estre advoué par icelle , et en cas qu'il y en eust de tels, si on les peult aller ouyr ou non. Sur quoy nous vous prions de bien notter que si Dieu vous a faict la grâce de vous recueillir en un troupeau, ce n'est pas à dire qu'en la confession publicque , qui est par delà, il n'y ait beaucoup de choses à souffrir qui seroient à condamner en une église bien policée. Nous ne parlons point des actes où Dieu est offensé et qui font répugnance à sa parole. Mais veu que les poures papistes sont comme brebis esgarées , quant Dieu suscite gens pour les retirer de telle dissipation , tant s'en fault que nous devions empescher telle ayde, qu'il nous fault praciiquer la sentence de nostre Seigneur Jésus , c'est de tenir pour nostre ce qui n'est point contre nous.

Car il n'est point icy question d'office de pasteur, mais seulement d'un qui enseigne pour amener petit à petit à Jésus-Christ ceulx qui en sont esgaréz. Ii n'est pas question aussy d'un ordre continuel , mais d'un moien extraordinaire duquel Dieu se sert en la confusion papale. D'avantage il vous doibt souvenir de ce que dict sainct Paul que ceulx qui ne sont point domesticques de l'Eglise ne sont point subjects à la règle d'icelle. Bref il nous fault observer ce que le mesme apostre dict aultrement de nous en resjouir quand l'Evangile s'annonce, encores que ce ne soit que par occasion. Pour ceste cause , nous n'oserions pas deffendre aux fidelles d'ouyr les sermons de telles gens, moiennant qu'il y ait bonne doctrine et pure, sans prières superstitieuses ni aultre meslange, non pas que soubz ombre de cela, ils se retirent de l'assemblée, ou qu'ils soient plus noncbalans que de couslume à venir recevoir la doctrine commune de leur pasteur, car plus tost ils doivent estre incitez et confermézà suivre l'ordre, auquel Dieu par sa grâce les a introduicts. Parquoy il vous fault bien estre sur vos gardes pour n'estre point circonvenus de ceulx qui cherchent par voies oblicques de retirer les brebis du troupeau, pour les desgouster de leur pasteur ordinaire. Cependant il nous semble bien que ceulx qui n'y vont point par curiosité ny pour se destourner du bon chemin doibvent bien estre supportez.

Il y a plus de scrupule en ceulx qui fréqentent les prédications des caphars , lesquels mesleront quelque mot de la vérité parmy les mensonges pour s'insinuer en faveur. Car nous ne sommes que trop subjects à vanité et menterie de nous-mêmes, sans que nous cher-

chions tels maistres qui nous y attirent. Et de iaict c'est à bon droict que Dieu punit tous ceulx qui désirent d'estre abreuvez de tel meslinge , comme on voit que la plus part se destournent de la vérité et s'infectent des illusions de Satan. Ce qui n'advient que par leur ingratitude , d'aultant qu'ils ne se peuvent contenter de la pure doctrine , mais veulent estre repeuz de vent. Or Dieu par sa juste vengeance permet qu'ils soient empoisonnez du tout. En général gardez-vous d'estre du nombre de ceulx dont parle sainct Paul, qui apprennent tousjours et ne parviennent jamais à la science de vérité, et aussi qu'il vous souvienne de l'advertissement de nostre Seigneur Jésus-Christ, c'est de vous retirer du levain des scribes et des pharisiens, veu mesme qu'il nous est difficile à tous qui en avons gousté d'en estre bien purgez , qu'il n'y demeure tousjours quelque relique de corruption. Que sera-ce donc de ceulx qui en appétant de s'y entretenir, tentent Dieu à leur escient? Aultant en est-il des heures, patenostres, et tous instruments d'idolâtrie, car nous debvons avoir les idoles en telle détestation que leur nom mesme ne passe point par nostre bouche, car il est dit au pseaulme, à quoy s'accorde ce qui est dict en Ezéchiel, qiïestans repentans des chemins auxquels nous aurons esté esgaréz, nous en aurons honte.

Il y a d'aultres corruptions qui approchent de cela, car les dez et les cartes qui n'ont point servy aux superstitions , mais à aultres desbauchemens, ont apporté beaucoup de ruines et corruptions au monde. Vray est que nous n'oserions pas condamner du tout les jeux, si on en sçavoit user licitement, mais où se trouve telle

sobriété? Premièrement il n'y a rien au monde qui acangnarde (sic) plus les gens que les jeux, voire jusques à tenir leur sens eaptifs, comme une espèce de sorcellerie. Mais comme ceulx qui y sont accoutumez ne s'en peuvent retirer, celuy qui s'en sera retiré pour un peu de temps les aura tousjours en desdaing. Au reste ceux qui s'y adonnent et continuent en telle folie, tombent en beaucoup d'inconvéniens. C'est cbose notoire que les jeux ne sont quasi jamais sans blasphème contre Dieu, sans fraude, ne colère envers les hommes. Après, combien de mesnages en voit-on dissipez , car nul ne tient mesure qu'il ne se destruise ou se mine petit à petit. Sur tout il est quasi impossible de jouer pour l'argent, que Dieu n'y soit offensé en quelque sorte. Par quoy il est bien requis de s'en eslongner tant qu'on peult. Le meilleur est de s'en abstenir du tout.

Vous ne trouverez point aussi mauvais si nous vous prions, à savoir ceux qui ont des pasteurs chargez de femme et enfans, d'y avoir esgard pour subvenir à leur nécessité. Vous savez qu'un poure frère ne sera point en liberté ne repos d'esprit pour s'applicquer entièrement à son olfice, voiant sa famille en disette, et n'y pouvant point donner ordre. Et de faict quand nous sommes exhortez de nourrir ceux qui travaillent en l'Eglise de Dieu, cela ne se restrainct point à leur personnes seules, comme de faict ils seroient inhumains s'ils n'avoient pareil soing de leurs femmes et enfants comme d'eulxmesmes. Nous y faisons ce que nous pouvons de nostre costé ; mais croiez qu'il y a si grande indigence en beaucoup que nous n'y pouvons fournir. Or pource que nous ne doubtons pas que sans estre beaucoup pic-

quéz no sollicitez, vous serez prests à faire tout debvoir, ce nous est assez de vous en avoir advertis.

Pour faire fin à la présente, d'aultant que nous ne doubtons point que vous ne soiez journellement assaillis et molestez par les ennemys de la foy, nous vous prions de batailler vertueusement et ne point défaillir jusques à ce que vous aiez surmonté tous les efforts de Satan, et que vous aiez accomply vostre course. Mais qu'il vous souvienne quelles armes nous sont données d'en hault, c'est d'avoir tout nostre refuge à celuy qui nous faict ce bien et honneur de nous tenir en sa garde, et ainsi posséder nos âmes en patience. Car de le gaingner par force il ne nous est pas licite. Vous sçavez que tout ce que nous attentons temporairement et sans le conoé dn maistre, ne peult avoir bonne yssue ne heureuse. Nous sçavons combien ceste tentation est dure et difficile à surmonter, de permettre aux ennemys d'exercer ainsy leur rage sur nous et sur les innocens. Mais si fault-il regarder à quoy nous sommes appeliez, et puisque la volonté de Dieu est que nous souffrions, ne le trouvons point estrange, rnesme pour maintenir une cause si précieuse, et nous efforçons d'apprendre à préférer l'honneur de son nom, l'obéyssance que nous luv debvons, le reigne de nostre Seigneur Jésus-Christ, et l'espérance de nostre salut éternel à ceste vie caducque. En cest endroict doncques, et en général practiquez ce que l'Escripture enseigne , de renoncer à vous-mesme, pour estre sacrifice de bonne odeur à Dieu. Sur quoy, après nous estre affectueusement recommandé à vous et à vos bonnes prières, nous supplions nostre bon Dieu de vous regarder en pitié afin de vous garantir contre

tous adversaires, de vous tenir soubs sa protection, vous gouverner par son Esprit , et vous augmenter en tout bien. (1559.)

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