A L'EGLISE DE VALENCE
Copie. V5ibl. de Genève. Vol. 107.
La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit tonsjours avec vous , par la communication du Sainct-Esprit.
Très chers seigneurs et frères, puisqu'il a pieu à Dieu que les choses se soient si fort avancées par delà, il vous i'ault apprester à soustenir de grands combats, comme il
* Siège d'une université célèbre, et d'un évêché qu'administrait un prélat tolérant, Jean de Montluc, Valence compta de bonne heure de nombreux réformés qui se réunissaient en secret dans les faubourgs de la ville. Fondée en 1559 par un ancien avocat de Me-lz,
n'y a double qu'ils tous seront dressés en brief par Sathan, lequel met desjàsessupposts en œuvre pour machiner la ruine de loui l'édifice de Dieu. Mais quoy qu'il en soit, vous avez à vous fortiffier non pas pour résister à la rage des ennemys par Fayde du bras charnel, mais pour maintenir constamment la vérité de l'Evangile en laquelle nostre salut consiste , et le service et honneur de Dieu que nous devons plus priser que nos corps et nos âmes. Nous ne pouvons mieux faire que de prier avec vous que le Père céleste nous tienne en sa protection. Car de faict, quand vous serez assaillis, nous ne serons pas loing des coups. Mais celuy qui a nostre vie et nostre mort en sa main despitera tous les efforts de ceux qui ne nous hayssent sinon d'aultant que nous sommes siens. Geste retraite nous doit suffire pour n'estre jamais estonnéz. Cependant, selon que vous avez requis, nous
Pierre Bruslé, affermie par les prédications de Gilles Solas, et d'un gentilhomme angevin, nommé Lanoelot, l'Eglise de Valence eut des commencements orageux et troublés : — « Quant au Dauphiné, dit Bèze, il y eut de terribles rernuemens qui commencèrent premièrement à Valence. Car quelques esprits pétulants qui ne se contentèrent d'un état médiocre et passible, vouloient se manifester en public; les autres, non. Voilà le commencement de leurs divisions, et la source dont un grand mal survint puis après. » — Le parti le plus ardent, composé de gentilshommes et d'écoliers, s'empara en 1560, malgré le Consistoire, de l'église des Cordeliers, y installa les ministres, et veilla en armes autour des assemblées. Ces actes imprudents, imités à Romans, à Montélimart, et sévèrement blâmés à Genève, amenèrent de tristes représailles. Maugiron, lieutenant du duc de Guise, étant entré par surprise dans la ville, lit décapiter deux ministres et pendre trois des principaux citoyens comme séditieux. Ce fut l'origine des longs troubles qui agitèrent tout le pays, et qui précédèrent l'explosion des guerres civiles dans le Dauphiné. Ilist. eccl., t. I, p. 219, 342 et suivantes; d'Aub*gné, Hlst. univ,, L. ïî, et de ThOU, L, XXV.
avons cslii le frère qui va vers vousi, lequel s'est employé par cy-devant fidèlement en l'œuvre du Seigneur, et j'espère qu'il continuera à l'advenir, et que Dieu tirera tel fruict de son labeur que son nom en sera gloririfié, et nous aurons tous ensemble de quoy nous en resjouir. Sur quoy nous le prions de vous tenir en sa saincte garde, vous animer de constance invincible, et vous augmenter tous les dons de son Esprit. Ce 22e d'apvril 1 560.
A L'EGLISE DE MONTELMART *
Minute originale. Bibl. de Genève. Vol. 107 a.
Très cbers seigneurs et frères, comme nous bénissons Dieu du bon plaisir qu'il vous a donné de vous assembler en son nom pour l'invocquer et estre ensei-
1 Le ministre Lancelot, originaire de l'Anjou.
* Sans date. Avril 4560.
A l'époque où, selon l'expression de Bèze, les Eglises se multipliaient avec une merveileuse ardeur dans les villes et les bourgs du Dauphiné, « ceux de Montélimart aussi soulagés par le sénéehal du pays de Yalenlinois, nommé Bourjac, acheminez par un cordelier nommé frère Tempeste, preschant la vérité assez rondement en son habit, dressèrent leur Eglise par le ministère de François de S. Paul, à eux aussi envoyé de Genève. » Hist. eccl., t. I, p. 219 et 343. C'est le ministre dont il est question dans la lettre de Calvin aux fidèles de Montélimart. Renommé pour son savoir et son éloquence qui le rendirent digne de prendre part aux conférences de
gnéz et conformez en la doctrine de salut, aussy nous n'avons pas voulu faillir de nostre part à vous y aider, en tant que nous en avons eu le moyen. Or pourceque nous en avons esté advertis qu'il estoit besoing de vous adresser homme suffisant en sçavoir et prudence, nous avons requis le frère présent porteur de vouloir accepter ceste charge, pour ce que nous n'avions pas homme en main lequel à nostre advis vous peust mieulx contenter, ce que nous aymons mieulx que vous congnoissiez par expérience, que de vous en faire plus long récit. Et voylà aussy qui nous a induits à l'exhorter plus instamment, car à la vérité il avoit bien quelques raisons pour s'excuser , mais en la fin il s'est submis à s'employer envers vous avec les conditions que nous avons trouvé et jugé estre équitables; c'est qu'en premier lieu il soit en liberté de retourner à une aultre Eglise à laquelle il est obligé, s'il plaist à Dieu par sa bonté infinie de remédier à la dissipation qui y est advenue \ Car corn-
Poissy, François de Saint-Paul avait été pasteur de l'Eglise française de Berne, et prédicateur de la réforme dans la Saintonge et le Poitou. Les troubles qui s'élevèrent, en 4560, dans le Dauphiné, ne lui permirent pas de faire un long séjour à Montélimart, qu'il dut quitter l'année suivante pour se rendre à l'appel de l'Eglise de Dieppe. Les progrès de l'Evangile n'en continuèrent pas moins dans cette contrée, ainsi que le prouve une lettre du synode de Valence à la Compagnie de Genève, du 8 juin 1562 : — « Comme le zèle à servir Dieu que nous apercevons au peuple de ce pays , nous resjouit merveilleusement, aussi nous ne pouvons penser à la faulte que nous avons de pasteurs, et ouïr les gémissemens du paoure peuple sans grande tristesse. Car en ceste province où mille ministres ne suffiraient pas, à peine y en a-il quarante. » — Mss. de Genève. Portef. 1. Voir également (vol. 196), deux lettres de l'Eglise de Montélimart à Calvin, du 18 juillet 4561 et du 29 mars 4 562.
1 Est-ce l'Eglise de Poitiers? Nous lisons dans les Registres de
bien que selon les hommes, il pouvoit quitter ceux qui se sont portez laschement aux combacts , toutesfois selon le debvoir d'un vray et fidèle serviteur de Jésus- Christ, il s'est seulement retiré d'avec eux pour quelque temps, s'offrant à y retourner quand le trouppeau seroit recueilli: Afin doncques de ne point donner occasion à ceux qui ne sont que trop foibles de se refroidir ou se desbauscher du tout, nous ne l'avons pas osé induire plus outre que de vous aller servir pour le temps qu'il pourra, sans faire tort à ceux qui s'attendent à luy. Ainsy nous vous prions de ne point trouver mauvais si vous ne l'avez que par emprunt, et qu'il ne soit accusé de légèreté s'il estoit contraint de tenir la promesse qu'il a desjà faite ailleurs. Toutesfois, ce cas advenant, nous ne fauldrons point à vous pourveoir le mieulx que Dieu le nous permettra. Et nous espérons qu'il ne vous faudra pas au besoing, et aussy qu'il vous guidera par son Esprit pour eslire homme qui vous soit propre, il y a aussy un autre point, à sçavoir qu'il ne peut pas estre longtemps absent d'avec sa femme , et surtout d'autant qu'il la laisse longtemps malade pour le service de l'Eglise, et s'il continuoit encore, on l'estimeroit inhumain. Parquoy s'il plaist à Dieu qu'il réside avec vous, il seroit besoing qu'il retirast sa dicte femme et son mesnage pour s'emploier plus librement à son office. Cependant nous vous prions affectueusement d'avoir esgard à leur subvenir, comme chascun de vous peut juger quel regret c'est à un homme
la Compagnie, mars 1559 : — « Environ ce temps-là M. François de Sainct-Pol fut esleu pour aller prescher l'Evangile à Poictiers, au lieu de M. duBrueil. » Mais Bèzc ne mentionne aucune dissipalien dans l'histoire de celte Eglise en 1560.
chrestien d'abandonner sa famille et la laisser en disette et nécessité. Car nous vous pouvons testifier qu'il n'a jamais fait amas des biens de^ce monde, tellement qu'il fauldroit que sa femme et ses enfans endurassent faim et soif en son absence , s'ils n'estoyent secourus par vous. Mais pource que nous pensons bien que vous serez enclins de vostre bon gré à user de toute humanité en cest endroit, ce nous est assez de vous en avoir advertis. Le principal est que vous le receviez comme vous estant adressé de nostre Seigneur Jésus-Christ pour vous porter la pure vérité de l'Evangile, qui est le thrésor inestimable auquel gist toute perfection de félicité. Car de faict c'est aussy ce qu'il cherche surtout de voir le fruict de son labeur, quand il travaillera fidèlement pour vostre salut. Or si vous portez telle révérence que vous devez à la parole de Dieu laquelle il vous annoncera, nous espérons bien que vous ne défaudrez point quant au reste.
Pour faire fin, d'autant que le frère que vous avez envoyé nous donne à entendre qu'avec le temps vous seriez en délibération de faire prescher en public, nous vous prions de vous retenir quant à cela, et n'y penser point jusqu'à ce que Dieu donne meilleure oportunité. Yray est que nostre affection est de vous espargner. Mais aussy nous ne voyons pas qu'il soit requis vous advancer si fort \ Plus tost il nous semble qu'il suffit bien que vous taschiez et mettiez peine d'augmenter le trouppeau, et recueillir les poures brebis esparses, et
1 Les sages conseils du réformateur ne furent malheureusement pas écoutes. Le ministre François de Saint-Paul fut séditieusement installé dans l'église des Cordeliers, et les réformés de Montéli-
cependant vous tenir quois, sans rien changer pour les temples, moyennant que vous soyez séparez de toutes les pollutions qui s'y commectent. Quand vous ferez vos assemblées paisiblement par les maisons, au moins la rage des malins ne sera pas sitôt en flambée, et vous rendrez à Dieu ce qu'il requiert, à sçavoir de glorifier son nom purement, et vous garder impollus de toutes superstitions, jusqu'à ce qu'il luy plaise ouvrir plus grande porte. Sur quoy nous le supplions, très chers seigneurs et frères, vous gouverner par son Esprit en telle prudence, vertu et simplicité qu'il verra estre bon, cependant vous tenir en sa sainte garde, et vous fortifier en telle persévérance qu'en la fin nous soyons recueillis ensemble en son reposéternel. Ce. . . (avril 1 560.)
A L'EGLISE DE
Copie. Bibl. de Genève. Vol. 145.
Très chers seigneurs et frères , la suffisance du por-
mart, comme ceux de Valence et de Romans, veillèrent en armes autour de leur pasteur. « Si la sagesse des mieux adviséz, ditBèze, eust sceu vaincre l'impatience de quelques-uns, il y a grande apparence que la plus grand part du païs sans comparaison se fust reniée de soy-mesmes, et se fussent leurs affaires beaucoup plus facilement portées. » Eist. ceci., t. I, p. 219.
* Au dos : Commun formulaire de lettres pour envoy de ministres, en termes couverts à cause de la persécution.
teur sera cause que nous ne ferons point plus longue lettre, comme vous debvez bien penser que la compaignie ne vous l'eust point adressé sans l'avoir cognu loial, fidelle, et mesmes propre à vous déchirer ce qui vous est expédient de congnoistre. Nous vous prions donc de le recevoir comme l'un de nous, l'ouyr et adjousler foy. Quant il verra son labeur profiter envers vous, nous espérons qu'en la fin vous congnoistrez par expérience qu'il n'a pas esté mal clioisy.
Sur quoy 1res chers seigneurs et frères, après nous estre affectueusement recommandez à vous et à vos bonnes prières , nous supplierons nostre bon Dieu vous avoir en sa garde , vous fortifier par la vertu de son Esprit , et vous augmenter en tous biens. Ce 15 juin 1560.
Copie. Bibl.de Genève. Vol. 107.
Madame, combien que j'ay esté souvent requis et solicité de vostre part, je n'ay peu estre induit de vous envoyer l'homme tel qu'on demandoit, craignant que
* Cette princesse était alors sur le point de quitter l'Italie. Veuve d'Hercule d'Esté (3 octobre 4559), elle reprit, au mois de septembre 4560, le chemin de la France, accompagnée des hommages et des regrets de la population de Ferrare : — « Sommamente dispiacque al popolo di Ferrara la perdita di questa real principessa , perché obbligando tulti colla vivacità del suo talento e colle sue dolei mail. ->9
ceux que m'en portoyent la parole ne s'avançassent par bon zèle oultre vostre intention. Car je n'avoys nulles lettres de vous pour me certifier si ainsi estoit ou non, et maintenant encores, madame, j'eusse bien désiré d'avoir quelque meilleure assurance, a(in de vous escrire plus librement. Non pas que je me défie du porteur, lequel m'a donné assez bonnes enseignes pour monstrer qu'il estoit envoyé de par vous, mais vous sçavez, madame, combien de gens pourroyent estre subornez pour tirer de moy choses qui vous tourneroient à grande fascberie et regret.
Quant au serment qu'on vous a contraincle de faire1, comme vous avez failli et offensé Dieu en le faisant, aussi n'estes-vous tenue de le garder, non plus qu'un vœu de superstition. Vous sçavez, madame, que nonseulement Hérode n'est pas approuvé d'avoir trop bien observé le serment qu'il avoit fait à la volée , mais que cela lui est imputé à double condamnation , ce que je dis, non pas pour vous importuner de m'escrire, mais afin que vous ne faciez scrupule en ce que Dieu laisse en vostre liberté , et dont il vous absout. Je me seray acquitté^ madame, de vous en avoir advertie.
niere, da tutti era al maggior segno amata. E tanto più perché non avea pari nella liberalità, ne mai si stancô in sovvenire i bisognosi colle limosine. » — Muratori. Antich. Estcnsl, t. II, p. 389. Tante du jeune roi François II, et de la régente Catherine de Médicis, la duchesse de Ferrare espérait exercer à la cour de France une influence utile au parti réformé. Son départ de Ferrare excita les regrets de Calvin, qui n'avait jamais cessé de fonder sur cette princesse de grandes espérances pour la propagation de la Réforme en Italie.
1 Hercule d'Esté, à son lit de mort, avait exigé de sa femme le serment de ne plus entretenir de correspondance avec Calvin. Mss. de la Bibl. de Ferrare.
Du voiage lequel vous avez entreprins , combien que la captivité en laquelle vous estes et avez esté par trop détenue, soit dure et pitoiable, toutesfois si fauit-il que je vous déclaire, madame, que vous n'aurez pas beaucoup gagné d'estre sortie d'un abysme pour entrer en Taultre. Car je ne voy pas en quoy ce changement puisse amender vostre condition. Le gouvernement auquel on prétend vous mesler, est aujourd'huy si confus que tout le monde en crie alarme. Quant vous y seriez, et qu'on vous escoutast, je croy bien, ma dame, que les choses n'iroyent point du tout si mal , mais ce n'est point ce qu'on cherche. On se veut couvrir de vostre nom pour nourrir le mal qui ne peult plus estre enduré. Or vous aller maintenant fourrer en telle confusion, c'est manifestement tenter Dieu. Je désire vostre prospérité, ma dame, tant qu'il m'est possible. Mais si la haultesse et grandeur du monde vous empesche d'approcher de Dieu, je vous seroye traistre, vous faisant croire que le noir est blanc. Si vous estiez bien résolue de vous porter franchement , et en aultre magnanimité que n'avez fait jusques icy, je le prieroye de vous advancer bien tost en plus grand maniement qu'on ne vous présente , mais si c'est pour dire amen à tout ce qui est condamné de Dieu et des hommes , je ne sçay que dire sinon que vous gardiez bien de tomber de fiebvre en chauld mal. Ce n'est pas à dire pourtant, madame, que je vous conseille de vous plus tenir en la servitude ou vous estes, ne vous y endormir, car c'est trop du passé. Seulement je vous prie de changer tellement que ce soit pour servir à Dieu à bon escient, et tendre au droit but, non plus vous envelopper en des
filets qu'il vous seroit difficile de rompre, et lesquels vous tiendroient serrée aultant et plus que les premiers. Quoy qu'il en soit, c'est par trop languir, madame, et si vous n'avez pitié de vous, il est à craindre que vous ne cherchiez trop tard remède à vostre mal. Oultre ce que Dieu vous a de long temps monstre par sa parole, l'âge vous advertit de penser que nostre héritage et repos éternel n'est pas icy-bas, et Jésus-Christ vaut bien de vous faire oublier tant France que Ferrare. Et Dieu par la viduité vous a rendue plus franche et libre, afin de vous retenir du tout à soy. Je voudroye avoir le moyen de vous remonstrer de bouche ces choses plus à plein , et non pas pour un coup, mais de jour à aultre. Mais je vous en laisseray plus penser selon vostre prudence, que je n'en ay escrit.
Madame, après m'estre très humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplie nostre bon Dieu vous tenir en sa protection, vous gouverner par son esprit, et vous accroistre en tout bien. Ce 5 juliet 1560.
AUX SEIGNEURS DE BERNE
Minute originale de la main de Calvin.
Arch. de Genève. Lettres de la Seigneurie. Année 1560.
Magnifiques seigneurs, nous avons receu vos lettres ' Le règlement des difficultés pendantes entre Berne et Genève
datées du 16me de ce mois, par lesquelles vous nous priez de remectre entre les mains de nos condamnés les biens qu'ils possédoient du temps qu'ils estoient en nostre ville, et desquels ils ont jouy quelque temps par nostre patience. Pour nous induire à ce faire vous alléguez la paoureté et misère en laquelle ils sont, de laquelle on doit avoir pitié. Après vous alléguez qu'ils ne sont pas comparu quant la sentence de Moldon a esté confermée par le superarbitre, d'advantaige qu'ils ne doibvent estre privez du droict qu'ils ont obtenu. Or en premier lieu, nous sommes contraincts de vous déclarer que si on doit avoir compassion d'eux, ce seroit pour les ramener au bon cbemin duquel ils sont encore bien loing. Mais quant nous voions qu'ils ont esté par trop longtemps nourris en leur malice, et s'y
(voir les lettres, p. 426 à 4 36) avait été soumis à une journée assignée à Moudon le 22 janvier 1559, sous la présidence d'un arbitre de Bàle. Les Bernois demandaient l'exécution de la sentence du bailli de Ternier; les Genevois réclamaient son annulation. Les deux parties ne purent s'accorder, et l'arbitre bàlois n'osa prononcer un jugement. Le 5 août suivant, il rendit une sentence favorable à ceux de Genève, mais les Bernois refusèrent de s'y soumettre, et en appelèrent à un nouveau tribunal, qui maintint la sentence de l'arbitre, et régla le différend à l'amiable.
Durant cette longue procédure entre les deux villes, les biens des réfugiés avaient été vendus pour couvrir les frais de justice. La seigneurie de Berne présenta sur ce sujet une dernière réclamation à celle de Genève :
« 25 nov. 4 560. Lettre de Messieurs de Berne pour laquelle ils nous prient de restituer les biens aux dits condamnés.
« Arrêté de leur répondre qu'il nous est impossible de restituer aux dits condamnés leurs prétendus biens, et que s'il y en avoit davantage, il ne satisferoit pas aux despens et dommages par nous
supportez. »
(Extraits des Registres des Conseils.)
sont tellement endurcis qu'ils ne taschent que d'aller de mal en pis, nous ne pouvons mieux faire que de les laisser au jugement ou à la miséricorde de Dieu, selon qu'il Iny plaira. Pour ce que nous pensons bien que vous estes assez advertis de ce que font à présent quelques-uns de leurs complices , nous ne vous en parlons point. Touchant ce que vous remonstrez que la sentence de Moldon et la confirmation du superarbitre ne leur doit point préjudicier , nous n'avons saisy ne vendu leurs biens en vertu de ceste sentence. Car il nous semble bien que le droict de nostre ville doit valoir sur nos citoyens et bourgeois. Vous devez sçavoir que portent les sentences de condernnation données contre eux par les syndiques et conseil. Exéquution n'en doit pas estre frustratoire. Parquoy en vous alléguant ce poinct, ils n'ont faict sinon empirer leur cause. Du droict qu'ils ont obtenu, nous ne sçavons comment vous l'entendez, et aimons mieux de nous en taire que d'user de language superflu. 11 reste de faire nos excuses en ce que nous ne pouvons pas vous accorder la requesie que vous faictes pour eux. Nous sommes bien records qu'en passant la combourgeoisie nous déclarâmes aux honorés seigneurs vos combourgeois que nous n'avions et ne voulions avoir que faire avec nos dicts condamnés, mais que pour vous gratifier nous estions contens de leur quicter leurs biens situés rière nous avec certaines conditions. Dieu aveugla tellement nos condamnés que telle offre si libérale nous leur a point profité. Or maintenant les choses sont tellement changées qu'il ne nous est possible de leur lascher ce qui n'est plus en nos mains. Car le tout a esté vendu et subhasto(s/c)? et l'argent
a esté employé tant pour nous descharger des vieilles debtes où ils avoient plongé nostre ville par leur maulvais gouvernement, que pour réparer les confusions où ils ont tasché de nous mectre. Car nous pourrions facilement monstrer que dix fois aultant qu'ils ont eu jamais vaillant, ne saiisferoit pas aux dommages qu'ils nous ont faicts. Parquoy nous vous prions affectueusement ne prendre pas en mal si nous ne vous accordons pas ce qui ne nous est possible. Quant vous aurez tout bien considéré , nous espérons que selon vostre prudence et équité vous accepterez les raisons que nous avons alléguées pour bonnes. Sur quoy, etc.. Donné ce 26n,e de novembre 1560.
AUX SEIGNEURS DE BERNE
Minute autographe.
Arch. de Genève. Lettres de la Seigneurie. Année 1560.
Magnificques seigneurs, il advint samedy (24) de ce mois , qu'un certain paisant que depuis nous avons congnu estre de nos subjects à cause de Chapitre1, et
* Entourés d'espions étrangers, ayant à redouter sans cesse un coup de main de la Savoie et de la France, les Genevois vivaient dans de continuelles alarmes, dont on retrouve l'expression dans les Registres des Conseils (4 559-4 560).
1 Celait le territoire anciennement dépendant du Chapitre de
encor avons entendu estre serviteur de Domeine Fabrice, nostre citoien, fut arresté sur le soir à la porte, pource qu'il portoit une robbe double, dont la replieure estoit de vostre livrée cacbée dedans. Or s'il se fust dit vostre officier, vous sçavez bien qu'il eust esté amyablement receu. Mais pource qu'il nous a mis en avant des subterfuges qui n'ont nulle couleur, nous avons pensé que le meilleur seroit de vous en advertir, et vous prier de nous vouloir déclarer ce qui en est. Il dit que ceste robbe a esté oictroiée par vos Excellences à feu François Fabvre, pour s'en ayder à commander et exéquuter sur vos terres. De cela nous n'y voulons contredire, mais il nous est difficile de le croire. Mais surtout en ces temps si troubles, suspects et dangereux, vous voyez qu'emportent ces desguisemens de tenir vos couleurs et livrées cachées pour les monstrer où bon semblera à personnes privées. Car on en feroit comme des fausses escharpes. Parquoy nous vous prions qu'il vous plaise nous en déclarer ce qui en est, affin que tout ce face par bon accord et advis commun.
Il y a aussi, magnifiques seigneurs1, que suivant le départ à nous dernièrement apporté par nos ambassadeurs, avons escript à vostre baillif de Ternier d'establir jour au plus bref pour commencer à la vuidange des appellations de Saint- Victor et Chapitre, lequel nous a répondu n'en avoir eu de vous mandement, à cause de quoy nous vous prions luy faire sçavoir ce qu'en a esté ar-
Saint-Pierre, et concédé à Genève par le traité de 4 536 avec Berne. La juridiction de ce pays était partagée entre les deux villes.
1 Ce dernier paragraphe est écrit de la main du secrétaire de la République.
resté, affiu que l'on ne retarde plus de faire justice à tant de poures gens qui la réclament, quoy attendans nous prierons Dieu vous maintenir en sa sauve-garde et protection. Donné ce 26 de novembre 1560.