‹ LettresChapitre 34 sur 71 · A JAMES STUART · texte numérisé non relu

A JAMES STUART

Copie. Bibl. imp. Coll. Dupuy. Vol. 102.

Monsieur, combien que je ne vous congnoisse point de face , toutesfois le zèle et constance que vous avez monstre pour avancer le règne de nostre Seigneur Jésus- Christ, et rétablir le vray service de Dieu et la religion, non-seulement me donnent familiarité à vous escrire , mais aussy m'obligent à vous confirmer en ce sainct propos. Non pas que je pense que vous ayez besoing d'estre poussé d'ailleurs, comme s'il y avoit crainte que vostre courage fust affaibli ou refroidi, mais pource que je sçais bien que vous ne pouvez pas si vertueusement

* En titre : Au seigneur Jacques Stuart, frère aisné de la royne d'Escosse.

Jacques Stuart, tils naturel du roi Jacques V, et prieur de Saint- André, joua un rôle important dans l'histoire d'Ecosse, sous le règne de Marie Stuart. Partisan déclaré de la Réforme, il fut député auprès de Marie, pour l'inviter à rentrer dans son royaume après la mort de François II son époux. Il la protégea contre les excès du parti réformé, fut nommé successivement comte de Mar, comte de Murray, et devint régent en 1567. Opposé dès lors à la reine, il rechercha constamment la faveur et l'appui d'Elisabeth. Vainqueur de l'armée royale à Langside (4 568), il accusa publiquement Marie du meurtre de Darnley, son second époux, et périt lui-même, en 4 570, assassiné par un seigneur de la maison d'Hamilton. L'historien Robertson, en l'accusant d'ingratitude envers Marie Stuart, et de servilité auprès d'Elisabeth, rend hommage à ses talents militaires et à la vigueur de son administrai ion. Longtemps après sa mort, la reconnaissance populaire lui décernait encore le titre de bon régent.

travailler que vous faictes à maintenir la vérité de Dieu, que vous n'ayez à soustenir beaucoup d'assaulx. Je ne doubte , quand de mon costé je tascheray à vous aider par quelques exhortations, que vous ne le preniez bien en gré, comme de faict ceulx que Dieu a le mieulx fortifiez, sentent tant plus ce qui est de résidu de foiblesse en eulx, et désirent d'estre tellement conferméz que jamais ils ne défaillent. C'a bien esté une grande vertu à vous de fermer les yeulx à tous les objets de ce monde qui vous pouvoient empescher ou retarder de vous employer franchement à combattre pour la querelle de l'Evangile, mais croyez que le diable ne cessera de toujours se rebecquer, et il a un nombre infini de supposts dont la rage est assez emflambée pour renverser la pure doctrine de salut, s'il leur estoit possible. Il vous fault donc apprester à beaucoup de troubles, et vous munir de la vertu d'en hault pour y résister. Quant vous aurez prémédité de longue main qu'il ne se fault jamais lasser en ceste saincte entreprise, rien ne vous estonnera. Plus tost quant les malings et réprouvez bataillent furieusement contre Dieu à leur perdition , nous devons estre tant plus incitez h combattre sous l'enseigne de nostre Seigneur Jésus à nostre salut, estant certains de la victoire. Sainct Paul avoit beaucoup faict quant toutesfois il proteste qu'il n'est point encore parvenu au but , mais qu'il s'y efforce. Se voyant prochain de la mort, il se glorifie de n'avoir point combattu en vain , puisque la couronne de justice luy est apprestée. Je ne doubte pas que Dieu qui a si bien commencé à vous conduire , ne continue jusques à la lin, et qu'avecques la vertu il ne vous donne aussy prudence , pour résister et obvier à

toutes les mauvaises ruses et praticques des ennemys , comme il en est bien besoing, car il est certain qu'il ne machine que desloyauté et trahison .

Vous aurez aussy à veiller sur ceux qui contrefont à demy les chrestiens, et cependant meslent leurs erreurs et blasphesmes parmy la vérité, pour les rejeter, (afin) qu'ils ne s'insinuent, ou bien pour en purger l'Eglise à ce qu'elle ne soit infectée de leur poison, car ce sont les pires pestes et plus mortelles. Parquoy il nous fault soigneusement praticquer l'exhortation de l'apostre, de ne point laisser pulluler l'amertume des maulvaises herbes, afin que la bonne semence n'en soit corrompue, et pource qu'il nous fault toujours avancer en l'œuvre de Dieu, pour le moins il vous conviendra tenir main forte que ce qui a esté bien commencé, n'aille point en décadence.

Sur quoy, Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce , je supplieray nostre bon Dieu vous tenir en sa saincte garde, vous guider par son Esprit à faire ce qui luy sera agréable, et vous fortifier de vertu invincible. De Genesve ce 11 juillet

A L'AMIRAL DE COLIGNY

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.

Monseigneur, combien qu'il seroit à désirer que le * Pendant que sous l'influence du chancelier L'Hôpital, le gou-

royaume de Dieu s'avançast plus en vostre pais , et que l'Evangile eust son cours plus paisible , toutesfois il ne vous fault point trouver estrange si Celuy qui conduit tout par son conseil admirable, veut exercer la patience des siens, en prolongeant le terme de leurs combats, moyennant que tous ceux qui tiennent le bon parti , prennent le frein aux dents pour s'emploier constamment et franchement, comme ils doibvent, à l'édifice du temple de Dieu. Et vous sentirez en brief que il veille, plus que nous ne comprenons, à faire prospérer son œuvre. Seulement que nous gardions de nous lasser, et combien que le fruict de nos labeurs soit à présent caché, il apparoistra en temps opportun. Les efforts aussy que font les adversaires de vérité , vous doibvent estre occasion de vous esvertuer tant plus, afin que leur audace et présomption soit mattée et rompue par la constance que Dieu vous aura donnée. C'est beaucoup que vous estre asseuré , quelques molestes qu'ils vous donnent, que l'issue en sera heureuse pour vous, et leur tournera à confusion. Dieu aussy vous propose un beau miroir pour vous encourager, quand au milieu des craintes et menaces les pauvres fidelles de France ne se

vernement se montrait moins hostile au parti réformé, et que se formait le triumvirat pour la défense du catholicisme et l'extermination de l'hérésie, l'amiral de Coligny redoublant d'énergie, réclamait la libre prédication de la Réforme en France : — « Uniusadmiraldi lides nobis est certa. Strenue quoque in eo animando laborat collega noster quem ad eummisi... Palam maxima frequentia non procul a régis palatio concionatur. Clamitant omnes adversarii non ferendam esse audaciam. Regina blande ut désistât precatur, sed nullo profectu. Statuit quidvis experiri, quam retroflectere... Incredibile vero est quam fervido impetu nostri ad majores progressus festinent. » — Calvin à Bullinger, 25 mai 4564.

lassent point de poursuyvre leur course. L'Estat y est fort confus ; mais nous espérons que Dieu trompera les plus fins , et qu'ils se trouveront pris en leurs filets. Ceiuy qui devroit estre le premier, est si froid que rien plus . Les ennemys sont plus enragez que jamais à tout ruyner, si Dieu ne leur tenoit la bride courte. Mesme ce sot insensé qui vous a faict quelques fois la guerre , en a prins naguères environ 300 prisonniers à Chinon. Mais il luy a esté commandé estroitement de tout lascher, et de venir incontinent en cour avec bonne menace s'il faisoit de l'asne rétif2. Pour le moins c'est quelque soulagement que Dieu donne à ses enfans. C'est pour le moins, Monseigneur, qu'estant animé par tels exemples, vous ne vous unissiez point à ceux qui s'acquitent mal de leur debvoir, mais plus tost taschiez de leur faire honte et corriger leur lascbeté, et, quelque résistance que Satan vous dresse, vous surmontiez tout, par la vertu de Celuy qui a promis que nostre foy sera victorieuse par-dessus tout le monde. Pensez aussi que vous n'avez pas seulement à résister aux ennemys manifestes mais aussy bien aux domestiques qui s'introduisent à fausses enseignes. Mesmes, en ces commencemens, d'aultant que plusieurs esprits volages et desbordéz

1 Le roi de Navarre, séduit par les artificieuses promesses des Guises, et sourd aux énergiques représentations de sa femme, se montrait chaque jour moins zélé pour la cause de la Réforme.

2 Le seigneur ainsi désigné paraît être Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, ennemi déclaré de l'amiral de Coligny. Un édit récent du roi (avril 4 564), avait ordonné la mise en liberté de toutes les personnes emprisonnées pour cause de religion. Le parlement de Paris, inexorable dans ses rigueurs contre les protestants, refusait d'enregistrer cet édit.

se donneront trop de licence, il sera requis d'y tenir tant meilleure police. J'ay cognu un jeune soldat de vostre nation qui n'a pas, que je croy, son pareil en outrecuydance. Je ne doubte pas qu'il ne s'ingère à brouiller tant qu'il pourra. Si telles gens n'estoyent réprimez, il y adviendroit bien tost dissipation à laquelle on ne pourroit remédier. Mais j'espère qu'en tout et partout, Dieu vous munira de prudence et vertu pour parachever heureusement ce qu'il vous a fait la grâce de commencer.

Monseigneur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce , je supplieray nostre bon Dieu augmenter de plus en plus les dons de son Esprit en vous afin que son nom en soit glorifié, faire prospérer tous vos actes et vous tenir en sa protection. De Genève ce 11 de juillet 1561.

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