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A L'EGLISE DE SAUVE

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107 «.

Très chers seigneurs et frères, si chacun practiquoit bien la reigle que le Sainct-Esprit nous a donnée par la

* Au dos, de la main de Calvin : Contre la témérité du prescheur de Sauve.

Lettre sans date, mais écrite au mois de juillet 1564, ainsi que l'indiquent les réponses du ministre et de l'Eglise de Sauve, du 4 3

bouche de sainct Paul, de cheminer prudemment et en toute modestie, pour ne donner point aux autres l'occasion qu'ils cherchent, vous ne seriez point en telle angoisse que vous estes, craignans de jour en jour de voir une dissipation bien triste des églises de par delà, et nous aussy ne serions pas en peine de vous conseiller et exhorter de remédier au scandale qui est desjà advenu, et de pourvoir que tels actes ne se facent plus pour l'advenir. Nous entendons ceux du fol exploit qui s'est faict à Sauve, de brusler les idoles et abbatre une croix. Nous sommes bien esbahis qu'il y ait eu une telle témérité en celuy qui devoit modérer les aultres et les tenir en bride. Car à ce que nous entendons non-seulement il y a consenty, (qui seroit desjà un trop grand mal), mais il a incité le peuple comme le plus mutin de tous. Mais s'il s'estoit oublié, estant surpris de quelque ardeur incondérée, c'estoit pour le moins qu'il congnust sa faute et se despleust en icelle, surtout quand il en a esté adverty et exhorté. Mais de maintenir qu'il a fait cela en bonne conscience, c'est une obstination insupportable. S'il le nous veut faire acroire, qu'il prouve comment il est fondé en la parolle de Dieu. Mais nous sçavons tout le

et du 31 août 4561. Sous le régime de tolérance précaire inauguré par l'avènement de Charles IX, de regrettables excès furent commis par les protestants du Languedoc et du Dauphiné. Plusieurs églises catholiques turent saccagées. La population réformée de Sauve, petite ville des Cévcnnes, commit des actes de violence sacrilège, que réprouva énergiquement Calvin. Déposé par le synoae provincial de Sommières, maintenu par le consistoire de Sauve, le ministre Tartas, auteur principal de ces excès, s'humilia devant la Compagnie de Genève, et en obtint son pardon, assurant « n'avoir rien fait que par un bon zèle et pour prévenir beaucoup de scandales. » Wss. de Genève, vol. 497 «.

contraire. Car jamais Dieu n'a commandé d'abatre les idoles, sinon à chacun en sa maison, et en public à ceux qu'il arme d'authorité. Or ce n'est pas sans cause qu'il est notamment dit au peuple d'Israël, quant lu seras venu en la terre laquelle ton Dieu te donne, et que tu la posséderas, lors, etc. Àinsy que ce boutefeu nous monstre à quel tiltre il est seigneur de la terre où il a fait son exécution de brusler. Or d'aultant que Dieu ne l'a point authorisé à ce faire, sa bonne conscience qu'il appelle n'est aultre chose que la bonne intention des Papistes. En parlant ainsy nous ne sommes pas devenus advocats des idoles, et plust à Dieu que tout fust exterminé du monde, quant il nous devroit couster la vie. Mais puisqu'obéissance vaut mieux que tous sacrifices, nous avons à regarder à ce qui nous est licite, et nous tenir entre nos bornes. Car c'est faire du cheval eschappé d'attenter plus que ne porte nostre vocation. Nous pensons bien que Daniel et ses compagnons, et Eséchiel et beaucoup d'aultres estoient aussy zélatriaires que ce poure homme qui se glorifie en son outrecuidance ; tant y a qu'estans captifs en Babylone, ils se sont contentez de despiter les idolâtries, sans usurper la puissance qui ne leur appartenoit point. Il seroit bien temps que ce poure homme s'estant ainsy oublié, baissast les yeux. Mais c'est merveille qu'il soit si stupide de ne penser point à ceste ouverture qu'il a donnée au malin pour tout ruiner. Mais le comble de la fierté et audace est qu'il s'opiniastre en son fait, et ne se veut renger à bon conseil. Or puisqu'ainsy est, très chers frères, nous vous prions qu'ayans pitié des poures églises, pour ne les point exposer à la boucherie à vostre escient, vous désavouiez ccst acte, et n. 27

déclairiez ouvertement au peuple qui a esté mal conduit, que vous estes séparez de celuy qui en a esté le principal autheur, et que pour sa rébellion vous le retranchez de vostre compagnie. S'il se fust submis, et eust voulu acquiescer à raison, on le pourroit plus doulcement traiter. Mais maintenant puisqu'il est revesche , on ne le peut espargner, que tout ordre ne soit violé et rompu. Mais possible que Dieu le domtera, comme nous l'en supplions humblement , et aussy de vous avoir en sa garde, vous fortifier et vous gouverner par son Esprit, après nous estre de bon cœur recommandez à vous et à vos bonnes prières. (Juillet 1561.)

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