‹ LettresChapitre 4 sur 71 · AUX FIDELES DE LOUDUN · texte numérisé non relu

AUX FIDELES DE LOUDUN

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.

La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur J. -G. soit tousjours sur vous, par la communication du Sainct-Esprit.

Très chers seigneurs et frères, nous glorifions nostre bon Dieu de ce qu'il multiplie sa semence en vous, et

* Au dos, de la main de Charles de Jonvillers : « Il escripvit ceste lettre aux fidèles qui estaient à Loudun, par Monsieur Puinisson qui fut là comme ministre. »

La ville de Loudun, située à peu de distance de Poitiers, dut par-

la faict aussy valoir, vous fortifiant à son service; car il fault bien qu'il besongne par sa vertu céleste pour vous renger à vous faire tenir le bon chemin, au millieu de tant de corruptions qui régnent par delà. Mesme le courage que vous avez de vous assembler soubs son nom en un troupeau, est une œuvre de son Esprit. Aultrement il seroit impossible qu'estans une petite pongnée de gensy voire comme trois ou quatre brebis au milieu d'un nombre infiny de loups ravissans, vous ne fussiez estonnéz, et que chacun ne se retirast à part. Ainsy congnoissans que ce bon Dieu vous a donné zèle et vertu de surmonter toutes frayeurs de la chair, espérez que de plus en plus il l'augmentera, et ne permettra point, quand vous l'invoquerez incessamment en crainte et sollicitude, que ce qu'il a commencé en vous périsse, et s'en aille en fumée. Cependant il n'y adoubte que Sathan machinera par tous moiens à vous dissiper; et fault bien que chascun de vous s'appreste à tels combatz pour tenir bon. Mais quoy qu'il en soit, celuy qui vous donne la grâce de vous recueillir soubs son enseigne, fera prospérer et valoir à sa gloire et à vostre salut l'obéissance que vous luy rendez. Car en désirant

ticiper de bonne heure au réveil religieux qui suivit le séjour de Calvin dans la capitale du Poitou. Appelés par Calvin lui-même à Genève, Jean Vernou et Philippe Véron revinrent à Poitiers, munis des instructions secrètes du réformateur pour la propagation de l'Evangile dans leur patrie. La réforme se répandit de proche en proche, malgré la violence des persécutions, et gagna Saintlïïaixent, Niort, Chalellerault, Loudun. L'Eglise de Loudun, mentionnée pour la première fois par Théodore de Bèze en 1561 (Hist. eccL, t. ï, p. 766), existait donc déjà en 1555, comme le prouve la lettre de Calvin aux fidèles de celte ville.

d'avoir quelque bon ordre estably pour invoquer son nom et ouyr sa parolle, vous n'attentez rien à Ja volée, mais seulement cherchez ce qu'il commande.

Si la force de vos ennemys est grande, si vous estes foibles auprès, tant s'en fault que vous deviez perdre courage, que cela vous doibt tant plus inciter et picquer à recourir sous la protection de celuy qui a dit : Ne craignez point , petit troupeau. Ainsy, mes frères, persistez en ce que vous congnoissez estre agréable à Dieu, despitans Sathan et tous ses supposts, mesmes les sages, c'est-à-dire (les) braves et glorieux de ce monde qui se mocqueront de vostre simplicité. Cependant tenez-vous cachez le plus coyement qu'il vous sera possible, ne provoquans point la rage de vos ennemys, mais plus tost taschans par modestie , doulceur et honnesteté de vie gaigner ceux qui ne sont pas du tout incorrigibles.

Mais ce seroit quasi un labeur superflu à nous de vous faire plus longue exhortation par le frère présent porteur *, lequel nous vous présentons pour pasteur au nom de Jésus-Christ, l'ayans esleu à vostre requeste comme celuy que nous congnoissons estre idoine et suffisant pour vous instruire fidèlement. Quant au sçavoir, il est de longtemps exercé en l'Escriture, et a tousjours eu son adresse au but , tellement qu'il ne doibt estre tenu pour novice. Quant à sa vie , rnesme du temps qu'il a vescu en la papaulté , il a tousjours eu bon tesmoignage de crainte de Dieu et intégrité. Ainsy nous ne doubtons pas qu'il ne vous édifie très bien par son exemple. Vous avez assez bonne approbation de son zèle et de l'amour qu'il vous porte, et du désir qu'il a

1 Le ministre Puinisson.

de servir à Dieu en vostre salut, en ce qu'il n'espargne point sa personne ne sa vie pour s'emploier à vostre instruction. Et pource que nous espérons qu'il se portera en fidelle ministre, comme nous le vous envoions au nom de Dieu, nous vous prions de le recevoir, et en monstrant que vous portez révérence au Maistre auquel nous sommes tous, et vous rendans dociles à la doctrine de l'Evangile , vous luy donniez courage de s'efforcer tant mieux. Car selon que le peuple est affectionné à ouyr et suyvre ce qu'il a entendu , il ouvre le cœur et la bouche à celuy qui enseigne. Au reste que, d'un accord avec son conseil, vous ordonniez telle police que les scandales soient corrigez entre vous, que les admonitions ayent leur vigueur et authorité, et que paix et concorde soit nourrie. Vous le trouverez homme si traictable, comme nous pensons, qu'il ne tiendra pas à luy que tout ne soit doulcement conduit.

Sur quoy, très chers seigneurs et frères, après nous estre affectueusement recommandez à vos prières, nous supplions le Père de grâce d'avoir sa main estendue pour vous préserver, vous soustenir par sa vertu , vous augmenter en tous dons spirituels, et vous guider tousjours selon la pure reigle de sa parole. Ce 9 septembre

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