‹ LettresChapitre 41 sur 71 · A MONSIEUR DE PASSY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE PASSY

Minute originale. Ribl. de Geni-ve. Vol. io7.

Monsieur et honoré frère, quand je vous escrivis naguères de la part de nostre Compaignie à la requeste de l'Eglise de Paris, je vous priois de regarder selon vostre prudence à ce qui seroit le plus expédient, comme vous en pouviez mieulx juger par l'expérience du temps passé, et aussi estant plus prochain du lieu que nous1. Devant qu'avoir response je suis sollicité par Monseigneur le comte d'Eu et l'Eglise de Nevers de vous prier, exhorter, sommer et adjurer, si besoing est, de vous aller acquitter de vostre debvoir envers ce peuple au-

* Jacques-Paul Spifame, seigneur de Passy, évêque de Nevers, résigna volontairement son évêché pour se retirer, en 4559, à Genève. Il y fut reçu bourgeois et ministre, devint en 4561 pasteur de l'Eglise d'Issoudun, et se vit chargé par le prince de Condé de plusieurs missions importantes en Allemagne. Appelé à la cour de la reine de Navarre, il encourut le blâme de cette princesse par des actes inconsidérés qui firent suspecter à Genève la sincérité de ses convictions. On soumit à une enquête sévère sa vie passée. On y découvrit des désordres que Spifame avait essayé de cacher par la fabrication d'un faux contrat de mariage. Emprisonné comme adultère, il se reconnut coupable, et sollicita en vain l'indulgence de ses juges qui, par un excès de rigueur, le condamnèrent à mort. 11 périt sur l'échafaud, le 23 mars 4 566, « avec une grande repentance de ses fautes qu'il témoigna par une bonne remontrance qu'il lit au peuple...» Spon, Hist. de Genève, t. II, p. 442, note Q de Gautier; et Sénebier, Hist. litt, t. I, p. 384.

1 Spifame était alors ministre à Issoudun,

quel vous estes redevable , et surtout de récompenser le deffault du temps passé, monstrant que si vous n'avez esté pour lors évesque que de tiltre , vous le soiez à ceste heure par effect \ Toute nostre Compaignie a trouvé ceste remonstrance si juste, qu'il fault que je vous prie et obteste au nom de Dieu si vous ne trouvez le voiage de Paris utile pour l'édification de toute l'Eglise , que vous acceptiez ceste charge. Nous sçavons bien qu'en ce cas il fauldroit pourvoir l'Eglise d'Issouldun d'un successeur. Mais nous y avons mis peine de nostre costé, car mesme devant qu'avoir entendu vostre résolution nous avons ouy un homme qu'ils nous ont présenté, afiîn que si vous allez vers eux, ils ayent de quoy récompenser l'Eglise d'Issouldun.

Sur quoy, Monsieur et honoré frère, après vous avoir présenté mes affectueuses recommandations et de toute la Compaignie, je suppîieray nostre bon Dieu vous tenir en sa saincte garde, vous soustenir par sa vertu, et accroistre en tout bien, faisant profiter vos labeurs à l'avancement de son règne. De Genève, ce 24 janvier 1562.

Vostre serviteur et humble frère ,

Jehan Calvin.

Sçachez que vous serez retenu pour conseiller. Or nous ne voulons pas vous perdre ne quicter.

1 Les réformés de Nevers s'assemblèrent pour la première fois le 23 mars 1561. Leur Eglise fut établie par le ministre La Planche, sous les auspices du comte d'Eu et du marquis d'Isles, lils du duc de Nevers, gouverneur de la province.

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