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AU CURE DE CHIRE

Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107-

Monsieur et frère, il y a desjà assez bon espace de temps que les plaintes du mariage que vous avez l'ait, ont volé jusques icy. Mais devant que nous feussions advertis que c' estiez vous (sic), les frères de Poitiers nous en demandèrent conseil, et leur envoyasmes par escrit ce qui nous en sembloit. Mesmes nous respondismes à quelques points de vosfre apologie, regardans le simple fait, pource que l'aulteur nous esloit encores

* Au dos : Touchant ce qu'il avoit fait le mariage de celuy qui espousoit la sœur de sa femme.

Pierre Desprès, ministre du Poitou, surnommé le curé de Chiré Il prêcha plusieurs fois au château de Poitiers devant la reine de Navarre, « chascun y arrivant pour le bruit qu'il avoit déjà acquis, joint qu'il estoit gentilhomme et ministre. Ceste qualité le faisoit respecter et suivre delà noblesse du pays. Hist. eccl., t. I, p. 764. On peut lire (Mss. de Genève, vol. 196) une lettre justificative du ministre Després à Calvin, du Ier mars i 562.

incognu. Voylà quant à nostre escrit. Depuis courut qu'ayant esté mal adressé à faire ledit mariage, vous redoubliez la faulte en le maintenant contre tous estre ordre bon et légitime. Mais depuis que vous y avez esté meslé, nous n'en avons parlé en bien ni en mal. Vray est que nous en avons esté offensez, ce que je ne vous eusse pas dissimulé, si j'eusse eu plus de privauté avec vous. Maintenant après que vostre lettre a esté leue en la Compaignie, nous avons remercié Dieu de la grâce qu'il vous a faite de n'estre point adonné à vostre sens, avec un désir de vous entretenir en concorde et union fraternelle avec les Eglises. Quant au fait en soi, Luther estoit encores assez novice et mal exercé en l'Escriture, quand il fit le sermon que vous alléguez l. Nous avons esté esbahis de l'annotation qu'on a mise sur le 18 du Lévitique. L'avarice des imprimeurs nous engendre beaucoup de confusions, et selon qu'ils cherchent comme gens affamés çà et là des rempars de marge qui ne sont qu'attrape deniers, ils trouvent aussi gens à leur porte qui s'ingèrent témérairemet et outre leur mesure à brouiller le papier , au nombre desquels nous mettons ce grand prometteur qui se vante d'avoir fait merveilles en l'impression de Rebul (?) , Combien qu'à la vérité nous pensons que le mariage s'est faict assez longtemps auparavant. Mais pourceque nous avons déclaré en brief ce que Dieu nous avoit donné, je ne passeray point outre, sinon qu'on s'est abusé en la loy qui commande au plus prochain parent de susciter semence à son frère trespassé, veu qu'elle doit estre entendue des degrés auxquels le mariage est

1 De matrimonio, Luthcri opéra, L V, p. 1 1 9 à 129, édit. de 1 554.

licite. Et quand il est défendu de prendre à femme la sœur qu'on a en son vivant, on s'est aussi trompé pensant que l'inceste fust là condamné, veu qu'il y a raison diverse exprimée au texte, à savoir pour ne point mettre débat entre les sœurs quand l'une sera angoissée à tort. Or pour le présent les offices et protestations contenues en vostre lettre nous contentent. Et si quelques-uns estoyent entrez en pique avec vous pour ceste occasion, nous désirons que le tout soit bien amorty, et ne tiendra point à y tascher en tant qu'il nous sera possible. Mais je vous prie aussy de vostre costé vous abstenir de ce qui pourroit refreschir la playe, comme en hantant avec monsieur de Crillon vous ouvrirez la bouche à beaucoup de gens pour mesdire de vous. Yray est qu'il nous est bien permis de subvenir à un homme excommunié en sa nécessité. Mais vous sçavez que cela ne s'estend point jusques à converser privément avec eux, veu que nous sommes exhortez par sainct Paul de leur faire honte, ne laissant pas toutesfois de nous monstrer frères pour les réduyre. Je vous confesse bien que l'enfant ne devoit pas estre rejette du baptesme , estant piégé par homme suffisant, voire moyennant qu'il y eust protestation, comme vous sçavez que la police de l'Eglise le requiert. Mais ce qui a esmeu le scandale, est que le baptesme sembloit conporter confermation du mariage, ce qui n'estoit nullement licite. Ce que je vous escris non pas tant par reproche de ce qui est faict, comme par forme d'advcrtissement qui vous serve à l'advenir. Au surplusje ne vous dissimuleray pas qu'on a icy semé des mauvais rapports dont nous avons les oreilles battues malgré

nous. Car on dict en général que vous estes par trop enclin à gratifier, caller souvent la voile, comme on dit, et couvrir des vices qui méritent correction et ne sont à supporter. Ce n'est pas à dire que nous croyons tout pour vous condamner, mais si est-il bon que cecy vous soit remonstré, afin que vous soiez tant plus soigneusement sur vos gardes. Mesmes on a icy fait un récit qu'à Poitiers pour complaire à un certain greffier, vous avez baptisé son enfant en secret, ou à part. Il y a un aultre acte qui est de plus fresche mémoire, que vous avez donné ouverture à quelques brigueurs de Loudun de ravoir en dépit de l'Eglise leur schismatique de moine, lequel mérite plus d'estre pendu en un gibet que de monter en chaire \ Je sçay que tous ne l'avez point remis. Mais sous ombre que vous promistes d'estre moyenneur, ceste meschante faction et canaille (ainsi les faut-il appeler) a pris audace de se desborder jusqu'à la confusion qui est advenue. Je vous asseure que ce n'est pas sans tristesse que je vous mande des matières si odieuses. Mais depuis que vous m'avez donné accès à escrire, je vous seroys traistre, si je ne parloys ainsi franchement. Quoy qu'il en soit je vous prie de ne point vous fascher de ceste liberté et rondeur, et vous persuader que non-seulement je désire d'estre conjoint avec vous en fraternité mutuelle, mais qu'en tout et partout je mettray peine à vous ayder à ce que vostre doctrine soit receue en révérence. Je vous en responds autant pour nostre Compagnie, car de fait nous sommes tous tenus d'honorer les dons que Dieu a mis en vous, et les faire valoir. Croiez , quand il sera besoin , que

1 Voir la lettre, p. 407.

nous vous tiendrons la main, croyez que nous serons prests à nous y employer. Sur quoy, monsieur et frère, après m'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce, comme aussy fait la Compagnie, je siipplieray nostre bon Dieu vous avoir en sa garde, vous accroistre en tout bien et faire participans [de sa gloire]. Ce jour de Pasques 1562.

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