A LA COMTESSE DE ROYE
Minute originale. Bibl. de Genève. Vol. il 3.
Madame, les conditions de la paix sont tant à nostre désadvantage que nous avons bien matière d'invocquer Dieu plus que jamais à ce qu'il ait pitié de nous , et remédie à telles extrémités \ Tant y a qu'il nous fault baisser les testes, et nous humilier devant Dieu, lequel a des issues admirables en sa main, combien que les commencemens soyent pour nous estonner. Je ne vous puis pas dissimuler que chacun trouve mauvais que
* Sans date. Ecrite après la conclusion de la paix d'Amboise , c'est-à-dire dans les premiers jours d'avril 1563.
Eloignée de la France durant les négociations qui devaient aboutir au traité d'Amboise, la comtesse de Roye ne put exercer au profit du parti réformé l'influence que lui assuraient son crédit à la cour, et son ascendant sur le prince de Condé. Elle écrivait de Strasbourg à Th. de Bèze : — « Je n'ay eu aultres nouvelles de France, sinon la confirmation de ce que m'avoit apporté Millet, qui est que la royne et Monsieur le prince donnent fort bon ordre par toutes les provinces de France que la paix s'entretienne. J'ay espoir que vous verrez avec l'aide de Dieu que ceux qui se monstrent encores rebelles, seront chastiéz comme ils le méritent. Il m'arriva hier un g homme qui vient de la court, qui m'asseure que Monsieur le prince est fort bien venu, et qu'il faict tous les jours prescher dedans la maison du roi, où beaucoup de personnes se trouvent... Je m'achemine en France où je n'espargneray rien de ce que je congnoistray pouvoir servir pour l'advancementde la gloire de Dieu... » — Lettre du 7 mai 4 563. Mss. de Genève., vol. 196.
1 Voir la lettre précédente.
Monsieur le prince se soit monstre si facile, etd'advantage qu'il ait esté si hastif à conclurre. Il semble bien aussy qu'il ait proveu mieulx à sa seureté qu'au repos commun des povres ridelles. Mais quoy qu'il en soit ce seul poinct nous doibt imposer silence, quand nous sçavons que Dieu nous a voulu de rechef exercer. Je conseilleray tousjours qu'on se déporte des armes, et plus tost que nous périssions tous que de rentrer aux confusions qu'on a veu. J'espère bien , Madame , que vous mectrez peine, tant qu'il vous sera possible, d'avancer ce qui semble aujourd'hui reculé. Je vous prie au nom de Dieu de y faire tous vos efforts. Mesme je pense que la rage coustumière de nos ennemys picquera tellement la royne et ceulx qui par cy-devant ne nous estoientguères favorables, que le tout nous reviendra à bien. Voylà comment Dieu sçayt tirer la clarté des ténèbres. Ceste attente m'alleige aucunement mes douleurs. Mais je ne laisse pas de languir pour les angoisses qui m'ont saisy depuis les nouvelles. Madame , après m'estre bien humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplieray le Père céleste de vous avoir en sa saincte garde et vous rendre saine et sauve avec vos petis enfans, lesquels Dieu a honorez en les faisant pellerins en terre estrange *, de quoy ils auront à se souvenir estans venus en âge... avec pareille... affection en toute leur vie 2. (Avril 1563.)
1 La comtesse de Roye avait conduit avec elle à Strasbourg les jeunes enfants du prince de Condé , à l'exception du marquis de Conti, alors âgé de neuf ans, qui resta dans Orléans avec la princesse de Condé sa mère. Bèze, Hist. eccL, t. Iï, p. W .
2 Les derniers mots de la lettre sont illisibles.