A LA MARQUISE DE R0THEL1N
Minute originale. Bibl. de Gcnrve. Vol. 107 a.
Madame, combien que depuis ung an j'ay souvent entendu de vos nouvelles, voire lesquelles m'ont donné ample matière de me resjouyr et louer Dieu, toutesfoys j'ay esté bien aise d'entendre par vos lettres ce que je ne pouvois si bien comprendre par le rapport d'aultruy. Vray est que vous ne mandez pas ce que nous avons entendu d'ailleurs, assavoir qu'au milieu des plus grans troubles vous n'avez jamais eu honte ne crainte de vous advouer du troupeau de Jésus-Christ, mesmes que vostre maison a esté ung hospital pour recevoir les povres brebis dissipées, en quoy Dieu a esté gloriffié par la bouche de tous ses fidelles, comme aussy ce luy a esté ung sacrifice agréable que l'humanité que vous avez exercée envers ceulx qui estoient affligez pour son nom.
* Sans date. Ecrite après la conclusion de la paix d'Amboise, c'est-à-dire en avril 4 563.
Retirée durant la première guerre civile au château de Blandy, près de Melun, la marquise de Rothelin n'avait pas cessé de témoigner son attachement à l'Evangile, qu'elle professait publiquement avec le duc de Longueville son fils, depuis 4561 : — « Dux a Longavilla, praecipuae nobilitatis et magnae spei adolescens, proxime elapsis Pascîiae feriis, caenae una cum matre interfuit, et idolatriam prorsus abjuravit. » — Lettre de Bèze à Calvin, 24 mai 4 564. Mss. de Genève. Le mariage du duc de Longueville avec Marie de Bourbon, veuve de François de Clèves, duc de Nevers, ramena ce jeune seigneur dans les rangs du parti catholique, tandis que la marquise sa mère demeurait invariablement fidèle à la foi réformée.
Si les malins en ont esté envenimez, c'est assez que vous aiez la promesse de nostre Seigneur Jésus-Christ que cehry qui donnera seulement ung verre d'eau fresche à l'un des plus petis de ses disciples, ne perdra point son salaire. Ce qui m'a le plus resjouy en vos lettres, Madame, c'est l'espérance que vous me donnez que nous aurons ce bien de vous voir icy en brief, et si vous trouvez icy pour vous alléger de vos angoisses, le contentement redoublera. Je ne doubte point que vous n'ayez enduré beaucoup de fascberies et tormens, mais il nous fault praticquer ceste doctrine de remectre nos sollicitudes en Dieu, comme je sçay bien que vous faictes. Je ne poursuis point plus oultre, résignant le principal àvostre venue, laquelle je prie Dieu d'avancer. Puisque vous avez trouvé bon, Madame, que nostre frère Pierre allast envostre ville de Noiers, il a esté ainsy résolu et s'y estaccordé. Madame, après m'estre très humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplieray le Père céleste vous maintenir en sa protection, vous fortifier déplus en plus et accroistre en tout bien et prospérité. (Avril 1563.)