A MONSIEUR DE CRUSSOL
Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.
Monseigneur , si j'avois moien de vous escrire plus souvent, ii ne tiendroit point à mon vouloir que je ne
* Antoine de Crussol, gouverneur d'Abbeille et de Montreuil, eon-
m'en acquictasse. Et de faict encores que les chemins fussent fermez, je n'ay point laissé de ce faire quand il me sembloit qu'il estoit acquis. Mais sans nécessité je n'ay point voulu hasarder lettres. Quant à Testât de France, je le voy si confus de tous costés que je crains bien que ce ne soit à recommencer plus que jamais. Non pas que le remède ne fust aisé et prompt quand on y vouldroit entendre, mais vous voyez où nous en sommes. Il ne reste donc sinon de nous humilier en patience, attendant que Dieu y pourveoie, comme pour certain je ne double pas que nous n'en voions en brief quelques bonnes enseignes. Cependant il nous fault emploier plus vertueusement que jamais , car Dieu veut esprouver les siens à ce coup, leur proposant d'une part de grandes difficultés, et de rechef leur donnant occasion de s'emploier à bon escient à son service. Ainsy, Monsieur, je vous prie de prendre courage. Et comme vous voiez que Dieu vous a faict cest honneur de vous mectre en exemple et miroir , que vous n'y espargniez
seiller d'état, chevalier d'honneur de la reine-mère, duc d'Uzès en \ 565, etpair en 1 572, occupe, avec D'Acier son frère, une place importante parmi les chefs politiques du protestantisme français. Nommé en 1561 lieutenant-général dans le Dauphiné, la Provence et le Languedoc, avec la charge d'y pacifier les troubles religieux, il s'acquitta heureusement de cette mission, et se montra aussi fidèle serviteur du roi que partisan sincère de la liberté de conscience. La violation de l'édit de janvier le fit passer dans les rangs des huguenots. Il combattit vaillamment pour leur cause, sans partager entièrement leur croyance, et ne posa les armes qu'à la conclusion de la paix d'Amboise. Ainsi que les Chàtillon, Soubise et les principaux du parti, Antoine de Crussol déplorait la précipitation avec laquelle le prince de Condé venait de signer une paix désavantageuse aux Eglises réformées.
rien, de quoy je me confie tant, que je ne vous en feray plus longue exhortation. Mesmes, d'aultant que je voy que vous avez le soing que les aultres soient exhortez à faire leur debvoir, j'ay escrità Monseigneur le prince1, car aussy il m'a donné ouverture par ses lettres que m'a apportées Monsieur de Bèze. Mais pardonnez -moy si je n'ay pas suyvy le stile que vous eussiez bien voulu. Car de luy faire accroire que le blanc est noir, c'est trop contre mon naturel, et il ne me seroit pas possible. Si est ce que je me suis tellement modéré que je croy que vous en seriez satisfaict quand vous verriez de quoy. J'ay pareillement respondu à Monsieur l'admirai, le priant plus privément de tenir la main à beaucoup de choses, non pas tant pour besoing qu'il ait d'estre picqué, que pour ce qu'il m'avoit requis de ce faire. Quand il trouvera bon de monstrer les lettres, il n'y a point d'aigreur qui puisse offenser, et il y a quelques aiguillons pour inciter celuy qui les verra.
Monsieur, après m'estro humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplieray le Père céleste vous tenir en sa garde, vous gouverner par son Esprit en vos entreprises, vous fortifier en droicte constance, et augmenter en toute prospérité. De Genève le 7 de may
1 Voir la lettre au prince de Condé, datée, postérieurement à sa rédaction, du 4 0 mai 1563.