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cause, comme de nostre part nous ne pouvons pas en saine conscience l'exempter qu'il n'y ayt quelque infirmité en cest endroict. Ce sera bien assez, ce nous semble, si aulcuns s'en offensent par trop, de modérer leur zèle et rabatre ceux qui l'escarmoucheroyent, tellement que sans l'approuver nous monstrions que le faict est supportable, et que pour cela on ne doit pas laisser de l'avoir en telle estime qu'il mérite. Quant à vous, Monsieur, nous remercions Dieu de ce que vous estes résolu, si tost que Monsieur le comte après estre arrivé en court, vous aura mandé qu'il n'y faict pas trop maulvais, de vous acheminer, car on a cognu par vostre absence, combien il eust esté profitable que vous y fussiez tousjours demouré, et mesme il semble que tout doibve aller de mal en pis, si Dieu n'y pourvoit bientost, ce que nous espérons qu'il fera par vostre moyen. Ainsy estant persuadez qu'il vous a réservez à cest usage, nous vous prions, Monsieur, tant qu'il nous est possible, de ne laisser passer la moindre occasion que ce soit. Car vostre face, quoy qu'il en soyt, estonnera vos ennemys.
Touchant l'alliance, nous remettons à un aultre temps à vous en mander, pource que aussy bien n'en pourriezvous rien entamer à ceste heure.
Monseigneur, après nous estre humblement recommandez à vostre bonne grâce, nous suplions le Père céleste vous tenir en sa protection , vous fortifier de sa vertu, et vous accroistre en toute prospérité. De Genève, ce cinquième d'aoust (1563.) Vos humbles serviteurs,
Jehan Calvin. Théodore de Besze \
1 Le nom de Bèze est écrit de la main de Calvin.
A L'AMIRAL DE COLIGNY
Orig. autographe. Bibl. imp. Coll. de Béthune, vol. 8702.
Monseigneur, je vous escrivis dernièrement à la haste des lettres d'effroy, comme j'estois saisy de grande destresse. L'affaire est celuy que vous avez deviné. Or je ne doubtois pas, combien que vous feussiez sollicité, que vous auriez eu la prudence de vous y gouverner si dexlrement qu'il n'y auroit que redire. Toutesfois ce scrupule me rongeoit le cueur, comme si vous n'eussiez prévenu, vos ennemis eussent prins occasion de faire grandes crieries. Ceste crainte doncq m'avoit esmeu à vous advertir que la venue de l'homme ne pourroit estre secrète et qu'on présumeroit merveilles si de vostre costé vous ne descouvriez ce qui seroit expédient pour exempter de toute calomnie. Or, Monseigneur, comme vous avez peu recueillir combien vostre réputation m'est prectieuse, aussi je ne doubte pas que vous n'aiez bien prins le tout. Cependant je loue Dieu que vous aiez bien proveu à tout ce que je désirois.
Monseigneur, après m'estre de rechef humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplie nostre Dieu et Père vous guider, maintenir et augmenter en toutes ses richesses spirituelles. Ce mesme jour (5 août 1563.)
J'avois tellement despéché la lettre que nul n'en avoit riensceu. Tellement que monsieur de Besze s'est esbahy
* A Monsieur l'admirai. — Cette lettre incluse dans la précé-
de ce qu'il n'entendoit pas. J'avois aussi oublié à vous dire, Monseigneur, que nostre frère des Gallars est icy attendant response de vous. C'est monsieur de Saules. Vostre humble serviteur,
Jehan Calvin.
A MADAME L'AMIRALE DE COLIGNY
Minute originale. Bibl. de Genève. Vol. 107.
Madame, ce que ma lettre vous fust envoiée sans y avoir mis le nom, n'advint pas tant par ma sottise ou nonchallance, que parla trop grande hastiveté de monsieur de Bèze, lequel les print de moy estant malade, et sans regarder s'il y avoit nom ou dacte du jour, il les ferma et mit au pacquet. Mais c'est bien assez que vous aiez deviné de qui elles estoient venues, car ma main n'y eust guères adjousté de grâce. Tant y a qu'une aultre fois je y veilleray de plus près. Au reste , Madame, je rends grâces a Dieu de ce qu'il vous a remise en convalescence d'un mal qui estoit bien à craindre comme mortel, combien que je n'aye point esté en soucy pour ce danger particulier. Toutesfois je n'ay point laissé
dente, et écrite le même jour, mais en termes plus couverts, parait relative au même objet.
* Ecrite en même temps que les deux précédentes, après une grave maladie de l'amirale.
d'avoir eu mémoire de vous, car c'est bien raison que tant Monseigneur l'amiral que vous soiez recommandez à tous vrays serviteurs de Dieu, au nombre desquels j'espère d'avoir lieu, combien que j'en sois plus que indigne. Vous sçavez, Madame, comment il nous fault faire nostre profit tant des chastimens qne nous recevons de la main de ce bon Père, que du secours qu'il nous donne en temps opportun. Il est certain que toutes maladies non-seulement nous doivent humilier en nous mectant devant nos yeux nostre fragilité, mais aussy nous faire entrer en nous-mesmes afin qu'aians congnu nos povretés, nous aions tout nostre refuge à sa miséricorde. Il y a aussi qu'elles nous doibvent servir de médecines pour nous purger des affections de ce monde, et retrancher ce qui est superflu en nous, et puisqu'elles nous sont messager de mort, nous debvons apprendre d'avoir ung pied levé pour desloger quand il plairra à Dieu. Cependant il nous faict gouster sa bonté, toutesfois et quantes qu'il nous en délivre, comme il vous a esté utile, Madame, de congnoistre le danger où vous estiez, et dont il vous a délivrée. Il reste que vous concluiez avec sainct Paul, quand nous avons esté retirez de plusieurs morts par sa main, qu'il nous en retirera encoresà l'advenir. Et ainsy prenez tant plus de courage pour vous emploier à son service, comme vous considérez très bien que c'est pour cela qu'il vous a réservée. Je suis très joyeux que Monseigneur l'admirai se délibère d'aller en cour à la première occasion qui s'offrira. J'espère que ce voïage servira beaucoup et en diverses sortes, comme nous prierons Dieu aussy qu'il le fasse prospérer, Madame, après m'estre humblement recommandé à
vostre bonne grâce, je supplieray nostre Dieu et Père vous tenir tousjours en sa garde, vous enrichir de ses dons spirituels, vous conduire tousjours afin que son nom soit glorifié en vous. De Genève, ce 5 d'aoust 1 563.