‹ LettresChapitre 65 sur 71 · TESTAMENT DE CALVIN · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE CALVIN

Imprimé. Fie de Calvin, par Théodore de Bèze.

Testament et dernière volonté de Me Jean Calvin.

Au nom de Dieu, à tous soit notoire et manifeste comme ainsi soit que Fan 1564, et le 25rae jour du mois d'avril, moy Pierre Chenelat, citoyen et notaire juré de Genève, ay esté appelé par spectable Jean Calvin, ministre de la parole de Dieu en l'Eglise de Genève, et bourgeois du dit Genève, estant malade et indisposé de son corps tant seulement. Iceluy m'a déclaré vouloir faire son testament et déclaration de sa dernière volonté, me priant de l'escrire selon qu'il seroit par luy dicté et prononcé; ce qu'à sa dite requête j'ay fait, et l'ay escrit sous luy, et selon qu'il me l'a dicté et prononcé de mot à mot, sans y rien omettre ni adjouster, en la forme qui s'en suit.

Au nom de Dieu , je , Jean Calvin , ministre de la parole de Dieu en l'Eglise de Genève, me sentant tellement abattu de diverses maladies que je ne puis autrement penser sinon que Dieu me veut retirer en brief de ce monde , ay advisé de faire et coucher par escrit mon testament et déclaration de ma dernière volonté en la forme qui s'ensuit.

C'est en premier lieu que je rends grâces à Dieu de ce que non-seulement il a eu pitié de moy, sa povre créature, pour me retirer de l'abysme de l'idolâtrie où j'estois plongé, pour m'attirer à la clarté de son Evangile et me faire participant de la doctrine de salut, de laquelle j'estois par trop indigne, et que continuant sa miséricorde, il m'a supporté en tant de vices et povretés, qui méritoit bien que je fusse rejette cent mille fois de luy; mais qui plus est, il a étendu vers moy sa mercy jusques-là de se servir de moy et de mon labeur pour porter et annoncer la vérité de son Evangile ; protestant de vouloir vivre et mourir en cesle foy laquelle il m'a donnée , n'ayant autre espoir ni refuge sinon à son adoption gratuite, à laquelle tout mon salut est fondé; embrassant la grâce qu'il m'a faite, en nostre Seigneur Jésus-Christ, et acceptant le mérite de sa mort et passion, afin que par ce moyen tous mes péchés soyent ensevelis, et le priant de tellement me laver et nettoyer du sang de ce grand Rédempteur qui a esté espandu pour nous povres pécheurs, que je puisse comparoistre devant sa face, comme portant son image.

Je proteste aussy que j'ay tasché, selon la mesure de grâce qu'il m'avoit donnée , d'enseigner purement sa parole, tant en sermons que par escrit, et d'exposer fidèlement l'Escriture saincte; et mesmes qu'en toutes les disputes que j'ay eues contre les ennemis de vérité, je n'ay point usé de cautelie ne sophisterie, mais ay procédé rondement à maintenir sa querelle. Mais hélas! le vouloir que j'ay eu, et le zèle, s'il le faut ainsi appeler, a esté si froid et si lasche que je me sens bien redevable en tout et partout, et que si n'estoit sa bonté

infinie, toute l'affection que j'ay eue ne seroit que fumée; voire mesme que les grâces qu'il m'a faites me rendroient tant plus coupable, tellement que mon recours est à ce qu'estant Père de miséricorde, il soit et se monstre Père d'un si misérable pécheur.

Au reste, je désire que mon corps après mon décèz, soit ensevely à la façon accoustumée, en attendant le jour de la résurrection bienheureuse.

Touchant le peu de bien que Dieu m'a donné icy pour en disposer, je nomme et institue pour mon héritier unique mon frère bien-aymé, Antoyne Calvin, toutesfois honoraire tant seulement, luy laissant pour tout droit la couppe que j'ay eue de Monsieur de Yarannes ', le priant de se contenter, comme je m'en tiens asseuré, pource qu'il sçait que je ne le fais pour aultre raison qu'afin que ce peu que je laisse demeure à ses enfans. En après je lègue au Collège dix escus, et à la Bourse des povres étrangers autant. Item à Jeanne, fille de Charles Costan et de ma demy-sœur2, à sçavoir du costé paternel, la somme de dix escus; puis après à Samuel et Jean, fils de mon dit frère 3, mes nepveux,

1 Guillaume de Trie, seigneur deVarennes. 11 était mort en 1562, en laissant la tutelle de ses enfants à Calvin.

2 Marie, fille, du second lit, de Gérard Cauvin. Elle avait quitté Noyon en 4536 pour suivre ses frères, Jean et Antoine Calvin, en Suisse.

3 Antoine Calvin avait épousé en premières noces Anne de Fer, qu'il répudia pour cause d'adultère en 4 557. Il se remaria le 14 janvier 4560 avec Antoinette Commelin, veuve du ministre Saint-André. Il eut du premier lit deux fils, Samuel et David, et deux filles, Anne et Susanne; du second, un fils, Jean, mort sans postérité en 1601, et trois filles, Dorothée, Judith, Marie, mortes de la peste en 4571. Galiffe, Not. généal., t. III, p. 4 4 3.

chacun quarante escus, et à mes niepces, Anne, Suzanne et Dorothée, chacune trente escus. Quant à mon nepveu David, leur frère, pource qu'il a esté léger et volage, je ne lui donne que vingt-cinq escus pour chastiment1. C'est en somme tout le bien que Dieu m'a donné, selon que je l'ay peu taxer et estimer tant en livres2 qu'en meubles % vaisselle et tout le reste. Toutesfois, s'il se trouvoit plus, j'entends qu'il se distribue entre mesdits nepveux et niepces , n'excluant point David, si Dieu luy fait la grâce d'estre plus modéré et rassis. Mais je croy, quant à cest article, qu'il n'y aura nulle difficulté, surtout quand mes debtes seront payées, comme j'en ay donné charge à mon frère, sur qui je me repose, le nommant exécuteur de ce présent testament, avec spectable Laurent de Normandie, leur donnant toute puissance et authorité de faire inventaire

1 Ce David, ainsi que Samuel, son frère, furent déshérités par Antoine Calvin à cause de leur « désobéissance. »

2 Les livres de Calvin furent achetés après sa mort par la Seigneurie, comme on le voit par les Registres du Conseil, 8 juillet 4564 : « Arrêté d'acheter pour la République les livres de M. Calvin que M. de Bèze jugera à propos. »

3 Une partie des meubles de Calvin appartenait à la république de Genève, comme le prouve l'inventaire conservé aux Archives. (n° 4426). Nous en extrayons la liste des meubles prêtés au réformateur le 27 décembre 1548, et restitués à la Seigneurie après sa mort :

Premièrement un chalict de noier, non point minusé.

Plus une table de noier, carrée, ferrée.

Ung banc tornier de plane auprès de ceste table.

Ung buffet de noier ferré.

Le bois d'un lavemain de noier.

Ung aultre chalict de plane minusé.

Ung couffre de noier ferré.

sans forme de justice, et de vendre mes meubles pour en faire et retirer argent, afin d'accomplir le contenu tel qu'il est icy couché, ce 25 avril 1564. Il est ainsi :

Jean Calvin.

Après l'avoir escrit comme dessus, au mesme instant le dit spectable Calvin a soussigné de son seing accoustumé la propre minute du dit testament. Et le lendemain, qui fut le 26 du mois d'avril 1564, le dit spectable Calvin m'a de rechef fait appeler, ensemble spectable Théodore de Besze, Raymond Chauvet, Michel Cop, Louis Enoch, Nicolas Coladon, Jacques Desbordes, ministres de la parole de Dieu en ceste Eglise, et spectable Henri Scringer, professeur es arts, tous bourgeois de Genève, en la présence desquels il a déclaré m'avoir fait escrire soubs luy et à sa prononciation le dit testament en la forme et par les mesmes mots que dessus, me priant de le prononcer en sa présence et desdits tesmoins à ce requis et demandez, ce que j'ay

Une chaise à dos de noier minusée.

Une table de bois carrée.

Ung buffet de plane sans serrure. {Ne s'est point trouvé.)

Ung couffre de bahut.

Ung long banc tornier de plane.

Une autre table de noier carrée.

Ung chalict de noier.

Oualtres longues tables avec leurs bretheaulx de sappin, et une aultre longue table de noier.

Une dozenne d'escabelles tant bonnes que meschantes. {Rendu neuf.)

Ung pupitre à livres.

Rendus les présens meubles ce 25 de septembre \ 564.

Rufi.

fait à haute voix et mot à mot. Après laquelle prononciation il a déclairé que telle estoit sa volonté et dernière disposition, voulant qu'elle soit observée. Et en plus grande approbation de ce, a prié et requis les susnomméz de le souscrire avec moy, ce qu'aussy a esté fait, l'an et jour cy- devant escrit, à Genève, en la rue appelée des Chanoines, et maison d'habitation d'iceluy. En foy de quoy et pour servir de telle preuve que de raison, j'ay mis à la forme que dessus le présent testament pour l'expédier à qui appartiendroit, sous le sceau commun de nos très honorés seigneurs et supérieurs, et mon signet manuel accoustumé.

Ainsi signé,

P. Chenalat.

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