SUPÉRIEURE A THO.VOX
Démarches faites par les Sœurs de Thonon pour conserver leur Supérieure. Désir de lavoir élire au deuxième monastère d'Annecy. — Avis spirituels.
vive -|- jésus!
[Annecy], 20 mars 1641.
Nos bonnes Sœurs vos filles font enfin tout ce qu'elles peuvent pour avoir la consolation de vous ravo/r, en quoi elles ont raison; mais je ne vois encore point d'apparence que cela se puisse faire, n'ayant point encore l'assurance si nous pourrons avoir ma Sœur de Blonay. Si donc ma Sœur M. -Antoinette [Teste de Vosery] est en cette maison, il est très-nécessaire que vous soyez dans la seconde; car, comme je vous ai déjà dit, la petite Mère est très-bonne, mais elle n'a pas ce qui lui est nécessaire pour faire estimer sa conduite à plusieurs de ses filles, ce qui porte grand préjudice dans cette maison-là. Vous connaissez combien elle est craintive et appréhensive, toutes choses l'accablent, si qu'il lui serait impossible de faire encore un triennal; elle vous désire passiounément. Je vous prie, ma fille, regardez
ANNKE 1641. 381
un peu bien devant Dieu laquelle des deux maisons, savoir, celle où vous êtes ou la seconde, a plus de nécessité de vous avoir, et me dites en cela, comme en toute autre chose , votre pensée; car je vous assure que, si vous ou ma Sœur AI. -Antoinette n'y êtes, je ne sais qui leur donner. Je crois qu'elles ne goûteraient pas ma Sœur Fr. -Emmanuelle, que nous faisons pourtant revenir. Si vos Sœurs la pouvaient goûter, j'en serais bien aise, et je m'assure qu'elle suivrait exactement le bon règlement que Dieu a établi par vous dans votre maison. — Ma Sœur la Supérieure d'Arles est si fort infirme que l'on craint qu'elle ne soit percluse de ses bras.
Voilà que nous nous venons d'obliger pour votre maison, car jamais l'on n'eût eu de l'argent autrement. Or, c'est une rente qu'il faut payer à jour nommé, et avoir promesse bien faite d'en dédommager le maître. — Non jamais, ce me semble, vous ne correspondrez à la conduite intérieure de Dieu sur vous, que par la fidélité du retranchement de tous ces actes que votre esprit veut faire soi-même sans y être attiré [de la grâce], qui ne veut de vous que cette vue et simple regard en Dieu sans mélange. Et plus vous vous tiendrez ferme là, plus vous avancerez, retranchant toutes ces réflexions et peines que vous vous donnez pour vos lâchetés et infidélités, car je sais que vous n'y faites aucune faute contre votre devoir qui vous presse. Il faut vous modérer, et bien prier Dieu pour moi qui suis toule vôtre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCLXIII
A LA SOEUR PAULE-JÈRONYME DE MOXTHOUX
A DLOIS
A'e pas s'opposer à ce qu'on l'inscrive sur le catalogue pour la prochaine élection.
vive ■{■ JÉSUS.'
[Annecy, 16-41.]
Ma très-chère fille ,
Je reçus seulement hier une lettre à laquelle je suis nécessitée de répondre un peu brièvement, pour ne pas perdre l'occasion qui se présente demain de faire tenir nos lettres. Je vous dis donc, ma très-chère fille, que Dieu sait les misères qui sont en nous; mais II sait aussi les biens qu'il y a mis pour le service de sa gloire; c'est pourquoi, ma très-chère fille, je vous prie de n'apporter point de résistance pour empêcher que vous ne soyez mise sur le catalogue. Laissez-vous à la merci de la divine Providence, sans aucun empêchement de votre part, car si vous n'êtes bien changée, ce que je ne crois pas (ains que vous vous serez rendue toujours plus solide en la pratique des vraies vertus de l'Institut), j'espère en Noire-Seigneur que vous servirez très-utilement cette maison-là, et la maintiendrez nonseulement en bon état auquel elle est, mais l'irez toujours perfectionnant davantage : j'ai celte confiance en Dieu. Demeurez donc humblement soumise à tout ce que l'on voudra faire de vous, et me recommandez sans cesse à la divine miséricorde. Croyez que je serai inviolablement et de tout mon cœur, votre, etc.
[P. S.] Ma très-chère fille, votre cœur va bien : tenez-le fortement dans cette sainte simplicité de ne se point regarder, ni ce qui se passe en vous, mais de vous laisser à Dieu telle que vous êtes, tâchant seulement de marcher fidèlement dans vos obser-
vances avec l'esprit d'une profonde humilité, douceur et trèsgrande charité et support envers le prochain. Dieu vous en fasse la grâce.
Conforme à une copie gardée auv Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCLXIV
A MADAME LA DUCHESSE DE MONTMORENCY
A MOULINS
Promesse de se rendre à Moulins. Incertitude pour l'époque précise du départ.
vive f jésus!
[Annecy], 3 avril [16-41].
Madame, J'ai pensé que je devais vous accuser la réception de vos lettres, attendant que, par la guérison de Mgr de Genève, je vous puisse dire assurément le temps qu'il faudrait envoyer l'équipage; car je n'ai su voir ce bon seigneur depuis la réception de vos lettres. Ne craignez point, Madame, que j'apporte aucune difficulté à ce désiré voyage; je pense que je choisirais plutôt la mort que d'avancer une parole pour cela, ni aussi pour le faire, désirant absolument de n'avoir aucune part à la disposition de ce peu de jours qui me restent, que celle de la simple obéissance, bien que je vous puisse assurer, Madame, que lorsque Mgr de Genève me dit qu'il vous avait accordé votre désir, j'en ressentis quelque soulagement pour votre respect particulier; car Dieu sait en quel degré d'honneur, d'estime et d'amour, votre digne personne est au milieu de mon cœur. Mais ce qui me fit écrire douteusement, c'est que je ne savais pas ce que Mgr de Genève avait écrit, et qui me fâcha un peu que nos Sœurs de Moulins eussent écrit à [quelques-uns] de nos monastères, et à moi aussi, que je leur avais promis d'aller, ce que je savais bien n'avoir pas fait, ains seulement que je leur avais
écrit que si l'obéissance m'ordonnait d'aller, je le ferais de tout mon cœur, ce qui est vrai. Dieu me fasse la grâce de faire toujours sa sainte volonté, et comble de son pur amour votre chère et digne âme, demeurant avec une profonde révérence, Madame, votre, etc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers.
LETTRE MDCCLXV