‹ Lettres (volume 2)Chapitre 99 sur 163 · A .10STE · texte numérisé non relu

A .10STE

La fondation de Verceil a été proposée au monastère d'Annecy, qui la céderait volontiers à celui d'Aoste. — Justification de la Alère J. S. de Chamousset; persécution dont elle est victime. — Sentiment d'estime pour Sœur F. C. Solar.

vive -}• JÉsus!

(Annecy], 20 mars [1641].

Mon Révérexd Père, J'ai communiqué votre lettre silôt que je l'eus reçue, qui fut avant-hier seulement, à Mgr de Genève. Il se trouva de même sentiment que celui de Mgr d'Aoste et le nôtre, mon très-cher Père, jugeant qu'il est nécessaire de donner des filles bien solides en la vertu et l'esprit de l'Institut pour la fondation de Verceil. Madame l'Infante Marie lui avait écrit, le priant d'y pourvoir par des filles de Savoie ou du Piémont, ou bien, lui dit-elle, l'on en prendrait au monastère d'Aoste, sur quoi j'ai

dit à noire prélat, que j'avais reçu une lettre de nos Sœurs d'Aosle qui m'écrivent que Mgr leur digne prélat voulait, conformément au désir de la Sérénissime Infante, que la fondation de Verceil se fit des Sœurs de votre maison ; à quoi j'avais répondu que j'en serais fort aise, me semblant que l'on m'ôtait une montagne de dessus les épaules, de nous décharger du soin de cette fondation-là, ajoutant que j'appréhendais un peu que la Sœur qu'elle me nommait pour y être Supérieure n'eût pas tout ce qui serait requis pour la conduite d'une maison, que néanmoins il fallait espérer que Dieu suppléerait. Là-dessus, je ne pensais plus à celte affaire quand nous avons reçu voire lettre, mon très-cher Père, sur laquelle Mgr de Genève trouve bon que nous préparions deux ou trois de nos professes des plus propres à cet emploi; que si Mgr d'Aoste continue en son désir, elles se trouvent prèles; mais nous ne remuerons rien que nous n'ayons son ordre et son commandement, suppliant Noire-Seigneur de lui faire voir ce qui sera de sa très-sainte volonlé, et nous de l'exécuter à sa plus grande gloire, n'y prétendant que cela, m'étant très-indifférent où l'on prenne des filles pour celle œuvre. Et je vous assure, mon très-cher Père, que nos Sœurs sont si bonnes, que je serais toujours plus aise de les garder que de les mettre dehors , si le bon plaisir de Dieu était tel. En tout, sa très-sainte volonté soit faite!

Je suis extrêmement touchée du dégoût et déplaisir que Voire Révérence reçoit de nos Sœurs. Si jamais j'ai la liberté de leur en dire ma pensée, je le ferai fort librement, car vraiment elles ont Irès-grand tort. Je suis étonnée que la Mère y ait part, elle que j'ai toujours crue et connue fort bonne ; vos Révérends Pères m'en avaient rendu de fort bons lémoignages. Je pense que cela procède de la personne que vous me marquez sans la nommer '.

1 II s'agit ici d'un personnage fort savant qui, n'ayant pu réussir à gagner la confiance de la Mère J. S. de Chamousset, se vengeait en répandant contre

Hélas! mon très-cher Père, si elle s'oublie en sorte cette personne-là, que le monde en soit mal édifié, comment votre bonté et sainte affection pour l'Institut peuvent-elles souffrir cela, sans avertir Mgr l'évêque , qui est si bon et pieux, que je m'assure il ne lui permettrait pas la continuation du service qu'il rend? Cela est bien important. Je prie Dieu, par sa bonté, d'y mettre remède nécessaire , et de donner à nos Sœurs de là le respect et la confiance que toutes les Filles de la Visitation doivent à tous ceux de votre Compagnie, à laquelle nous avons des obligations infinies. Faites-moi la charité, mon très-cher Père, de votre souvenir au saint sacrifice; et je prie Dieu vous combler de son saint amour, demeurant de Votre Révérence, mon trèscher Père, etc.

[P. S.] Mon très-cher Père, j'ai considéré qu'il est impossible de bien fournir cette fondation, qu'il n'y ait quatre professes, tant pour les raisons que vous dites que pour celles de dire l'Office, et plusieurs que l'expérience m'a fait voir en la fondation de Turin. Et si l'on prend des Religieuses en cette maison, il serait tout à fait nécessaire, ce me semble, de ne prendre en Aoste que la Sœur Catherine-Françoise [Solar] avec des novices; car si l'on y prenait encore une autre professe, je craindrais que son esprit ne se put pas si bien unir avec les

elle les plus noires calomnies. Il porta même ses accusations mensongères jusqu'à sainte de Chantai, qui écrivit à l'innocente inculpée : « Je me suis aperçue qu'il y a beaucoup de persécution en cette affaire, et la quantité de lettres que j'ai contre vous m'a fait dire que c'est trop. Et si je ne connaissais votre vertu, on m'aurait mise en peine, ne pouvant croire qu'une Fille de la Visitation fût capable des manquements dont celle personne vous accuse. » Le malheureux imposteur, reconnu comme tel, ne larda pas à voir retomber sur lui toule la confusion dont il voulait envelopper la digne Supérieure. De toutes parts on rendit hommage à la vertu de celle-ci, qui reçut enlre autres ce beau témoignage de son prélat : « Vous êtes la femme forte ; voire générosité a triomphé de la faiblesse de vos ennemis. » (Histoire de la fondation d' Aoste.)

nôtres, ce que fera celui de notre Sœur Catherine-Françoise que je trouve dans une disposition fort à mon gré. Je vous dis ainsi simplement toutes mes pensées, mon très-cher Père, et que nous désirons aussi que si Monseigneur se résout de prendre ici des filles, l'on nous avertisse à l'avantage, car nous désirons de bien accompagner la Mère, qui est une fille de solide vertu, qui a déjà gouverné, et qui y était destinée dès il y a cinq ou six ans que l'on nous pressait de la faire venir, laquelle parle et entend le piémoniais, ayant demeuré en ce pays-là plusieurs années. Je ne dis rien du temporel, parce que je vois qu'outre les revenus du monastère, Messeigneurs les princes et Madame l'Infante Marie donnent suffisamment pour l'entretien de celles que l'on enverra. Quand feu Son Altesse Victor-Amédée voulut que le monastère de Verceil nous fût remis, il nous assigna de sa bonne volonté quatre cents écus d'or; mais Mgr de Genève, qui avait les papiers, ne sait ce que tout cela est devenu. Je vous dis tout ceci comme il me vient, mon très-cher Père. Dieu veuille conduire tout ce dessein à sa gloire et soit béni éternellement !

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Lisbonne.

LETTRE MDCCLXI

CIRCULAIRE ADRESSÉE AUX SUPÉRIEURES DE LA VISITATiOX

Union de prières entre l'Ordre du Carmel et celui de la Visitation. Insérer cet ac(e dans le Livre du Chapitre.

VIVE -J- JÉSUS

Annecy, 20 mars 164 1.

Mes très-chères Soeurs,

La très-adorable Trinité ayant inspiré à feu M. le commandeur de Sillery, notre très-honoré Père et bienfaiteur, un désir extrême qu'il y eût une particulière union et sainte liaison entre le saint Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et le nôtre, il en parla au Révérend Père Gibieux, Supérieur de ce saint Ordre,

et à la Mère Marie de la Trinité, qui reçut cette proposition avec une affection toute sincère, ainsi que me l'a écrit le Révérend Père Gibieux , ajoutant qu'il a aussi reconnu le même désir en l'âme de la Bienheureuse Mère Madeleine de saint Joseph. Ce dessein étant d'une très-grande consolation et utilité spirituelle, nous l'avons accepté cordialement pour toute notre Congrégation, avec action de grâces à Dieu et envers ces saintes âmes qui nous font celle de le désirer. La fin de cette sainte liaison est d'honorer par icelle le saint mystère de l'Incarnation du Verbe et ses liaisons adorables avec notre humanité, qui est une chose beaucoup plus efficace que tout ce qui se pourrait faire à l'extérieur, appliquant à cette intention et pour les besoins des deux Ordres les communions qui s'y font le samedi. Pour cela, la Révérende Mère Marie de la Trinité m'écrivit, comme première professe de leur Ordre en France et plus ancienne prieure, qu'elle offre sa volonté à Dieu pour faire cette sainte liaison en toutes les âmes de leur Ordre, selon les desseins et conseils adorables de sa divine Majesté et de sa très-sainte Mère sur ces deux Ordres, qui lui appartiennent plus particulièrement. Je fais le même pour toutes celles de notre Institut, me confiant en Vos Charités, mes très-chères Sœurs, que vous ne me désavouerez pas, ains que vous joindrez votre intention à la nôtre, ce que je vous supplie très-humblement de faire en une communion générale faite à ce dessein,

Et afin que rien n'alentisse celte sainte union, la bonne Mère de la Sainte-Trinité et nous désirons qu'à chaque fête de l'Immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge Notre-Dame et à celle du disciple bien-aimé saint Jean, nous renouvelions cette offrande de nos volontés, et. pour relier de nouveau nos cœurs en la dilection de Xotre-Seigneur et de sa très-sainte Mère, avec celte sainte intention encore les unes pour les autres, pour nous aider à obtenir la grâce de mourir en acte de pur amour et vraie contrition.

Fait en noire premier monastère d'Annecy, le 20 mars 1641.

[P. S.] Cet écrit, mes très-chères Sœurs, doit être inséré dans votre Livre du Chapitre, de crainte que dans la suite du temps, venant à s'en oublier, on perde les fruits d'une si sainte union, que je vous prie de tout mon cœur de conserver chèrement; et dès que vous serez établies, dans la suite, en quelque ville où il y aura des Religieuses Carmélites, vous leur fassiez savoir, afin de la renouveler avec elles, et cela pour toujours, je vous en conjure.

Conforme à la copie insérée dans le Litre du Cl;apilre de la Visitalion d'Annecy.

LETTRE AÏDCCLXIÏ

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIX

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