A LA MÈRE MARIE-PHILIBERTE AYSEMEXT
SL'PÉRIELRE A flPT
Extrême indigence des Sœurs de Nancy. — Estime qu'on doit faire de la pauvreté. — Avis au sujet d'une fondation. — Xe pas sortir de la clôture pour traiter d'affaires qui peuvent l'être par écrit.
vive j JKSUSÎ
[Annecy], 8 avril [1(341].
Ma boiywe et très-chère fille,
Je vois, par votre dernière lettre, que vous n'aviez pas encore reçu ma réponse aux vôtres précédentes, et à celle de ma Sœur F. -Catherine [de Pingon]. Nous apprenions par icelle votre résolution de la garder et sa détermination de demeurer; et je vous disais, ma très-chère fille, que sitôt que nous le pourrons, nous vous accommoderons de six ou sept cents francs. Je vous assure que Dieu permet que la pauvreté soit si généralement dans l'institut, que ce m'est une douleur sensible de voir souffrir nos pauvres Sœurs sans pouvoir tendre la main partout, comme nous en aurions la véritable affection. Quand je pense à nos pauvres Sœurs de Nancy qui vont nu-pieds et nu-jambes, qui vivent du pain de munition des soldats dont le Roi leur fait la charité, qui ont pour toute pitance un peu d'herbes pour faire du potage avec de l'eau et du sel, sans qu'il soit entré une goutte de beurre ni de graisse chez elles dès trois ans, de vrai, cela m'est une compassion extrême, aussi bien que l'état de votre pauvre chère maison. Ma très-chère fille, pour l'amour de Dieu, continuez à faire de plus en plus peser à nos Sœurs la riche part que Dieu leur donne des souffrances et pauvretés de son Fils notre Sauveur, de la sacrée Vierge et du glorieux saiut Joseph; et qu'elles soient assurées que, si elles persévèrent à faire profit de ces bonnes occasions, leur patience et humble souffrance toucheront notre bon Dieu. Mais qu'elles s'abandonnent fort à sa Providence, qui sait le moment auquel elle veut les secourir,
et qu'elles s'assurent sur celte divine parole qui a promis que qui cherchera véritablement sa justice et son royaume, toutes les autres choses nécessaires suivront. Faites quelque dévotion à la Sainte Vierge et au grand saint Joseph.
Je suis bien aise, ma très-chère fille, que votre fondation [de Castellane] soit retardée. Pour l'amour de Dieu , prenez bien garde à foire vos conclusions avec Mgr de Senez quand il sera de retour, en sorte que d'une pauvre maison vous n'en fassiez pas deux pauvres, comme ont fait nos Sœurs d'Autun établissant à Charolles. Toutes deux sont dans l'extrême pauvreté; mais si Monseigneur fait quelque bon avantage et qu'il y ait là des filles disposées et dotées pour être reçues , vous pourrez un peu décharger votre pauvre maison. J'écris encore à ma Sœur la Supérieure d'Avignon, pour vous décharger, s'il est moyen, de cette Sœur Marthe-Angélique, par le moyen de leur fondation de Tarascon. Je m'assure que son bon cœur fera tout ce qu'elle pourra obtenir de ses Sœurs; car, pour elle, oh certes! c'est une âme accomplie en bonlé et en charité.
Vous me dites que vous et vos Sœurs avez jugé à propos que ma Sœur M. -Marguerite [de Rajat] allât à Avignon, pour parler de cette affaire avec la bonne Mère. De vrai, ma très-chère fille, il ne faut pas faire des sorties pour des choses qui se peuvent traiter par lettres, surtout avec une Mère de si grande bonté, charité et vertu, qui croira autant à vos lettres qu'à vos paroles. Ma Sœur M. -Marguerite ne me dit rien de son voyage. J'eusse bien voulu qu'elle m'eût un peu dit comme elle a trouvé les choses à Avignon, et la fondation de Tarascon, cela m'aurait consolée, et le résultat de ce qu'elle a conclu avec la bonne Mère. — Je crois bien certes, que nos Sœurs d'Aix feront ce qu'elles pourront pour votre procès, je les en prierai encore, et je conjurerai incessamment notre bon Sauveur de faire la grâce à nos chères Sœurs de le glorifier en la manière dont la divine Bonté leur offre le moyen. Je les salue de tout mon cœur et me
recommande à leurs prières. De vous dire, ma toute chère fille, que je me recommande aux vôtres, ce serait, ce me semble, chose superflue, puisque je sais que votre cœur me fait ce bien, et que vous savez que c'est d'une affection très-sincère et trèsvéritable que je suis, ma très-chère fille, votre très-humble, etc.
LETTRE MDCCLXX
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPERIEURE A BOURG E\ BRESSE
Envoi de son obéissance pour revenir à Annecy.
VIVE y JÉSUS !
[Annecy, avril 1641.]
Ma toute chère fille,
Après avoir très-respectueusement baisé l'obéissance que nous avons obtenue pour vous, je vous l'envoie. Venez donc, au nom de Notre-Seigneur, régir cède chère maison, et en particulier ma pauvre âme. Je vous supplie de partir de Bourg aussitôt que la nouvelle élection sera faite. Ne retardez point ma satisfaction. Il me semble que tous les ennuis que mes misères intérieures et ma vieillesse me donnent seront chassés par cette bénite et tant attendue venue.
LETTRE MDCCLXXI
A MADAME LA DUCHESSE DE MONTMORENCY
A MOULINS
Regret de ne pouvoir se rendre à Moulin*. — Disir de voir la duchesse faire un pèlerinage au tombeau de saint François de Sales.
vive y JÉSUS !
Annecy, 10 avril [16-41].
Madame,
Mgr de Genève, qui est toujours malade, m'envoya hier soir la lettre qu'il écrit à Votre Grandeur. Je vous confesse, Madame,
que, nonobstant l'indifférence que Dieu me donne pour l'emploi du reste de mes jours, mon cœur a été touché à cette nouvelle, non certes pour un autre sujet que pour voir vos désirs privés de leur attente; car je sens bien que votre bonté et humilité vous donnent une certaine créance et confiance en ma chétiveté, quoique très-indigne de cette grâce, que facilement vous ne la prendriez pas à une autre. Quand je regarde cela, Madame, Dieu seul sait ce que mon cœur en ressent, et avec queile franchise j'exposerais ma vie pour votre consolation et obéissance, si c'était son bon plaisir; mais ne le pouvant mieux savoir que par la volonté de mes Supérieurs, je demeure en paix, me confiant que Notre-Seigneur pourvoira par des moyens plus utiles et efficaces à votre contentement, Madame, et au bien de cette maison, comme j'en supplie sa souveraine Bonté de toutes les forces de mon âme.
On pensait, Madame, que, à cause de la bonne intelligence de la France avec la Savoie, votre piété pour notre Bienheureux Père vous exciterait peut-être à désirer de faire quelque jour un pèlerinage à son tombeau. 0 Dieu ! si cela arrivait et que je fusse encore en ce monde, mon âme serait comblée de joie de recevoir cet honneur et consolation incomparables de voir encore une bonne fois Votre Grandeur et l'entretenir à souhait; si c'est le dessein de Dieu, il arrivera. Cependant, je supplie son infinie douceur de remplir votre digne et très-chère âme de ses plus précieuses et saintes consolations et bénédictions; et vous, Madame, de m'honorer toujours de votre sainte et désirée bienveillance. Croyez que c'est un trésor pour moi, que j'estime plus que de posséder tout le monde, vous révérant et ce que Dieu a mis en vous avec un très-profond respect et une très-intime affection, à laquelle je demeure pour jamais, Madame, votre, etc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers
LETTRE MDCCLXXII
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A BOURG EN BRESSE
Dispositions à prendre pour son retour à Annecy. — Pauvreté de plusieurs
monastères.
Annecy, 12 avril [1641].
Ma très-chère fille,
Je crois qu'à présent vous aurez reçu celle que je vous avais écrite par la voie d'un Père Jésuite , en vous envoyant votre obéissance que Son Eminence a envoyée à Mgr notre digne prélat, et lui a écrit fort cordialement. Je vous ai mandé qu'il faudrait vous en venir ici avec une tourière après que l'élection de Bourg sera faite. Mais depuis j'ai pensé, à cause de vos infirmités, qu'il sera mieux que vous preniez la nouvelle Supérieure ou votre compagne, ou celle que vous voudrez de vos Sœurs pour vous accompagner jusques ici. Vous ferez bien encore d'amener une de vos Sœurs tourières pour s'en retourner avec celle que vous amènerez.
Ma très-chère fille, je sais un peu le jeu de Lyon. J'écrivis l'autre jour à ma Sœur la Supérieure que j'avais la pensée que vous devriez aller mener votre compagne à Lyon, et par ce moyen dire adieu à vos filles, et l'assurer que dorénavant il ne se parlerait plus du passé, comme en vérité il n'en faut plus parler. Je lui disais encore qu'elle vous ramènerait ici, et que j'espérais que ce voyage ne lui serait point inutile; mais enfin sachant les dispositions du chef de ce lieu-là, et combien puissamment il influe sur tout ce corps-là, le mieux sera que vous veniez droit, passant toutefois parles monastères qui se rencontreront le long de votre chemin, car assurément vous ne recevriez à Lyon que de nouvelles douleurs et amertumes, [ainsi que] celles qui vous témoigneraient de l'affection. — Enfin,
Dieu veut que vous retourniez en votre petite maison de Nessy, où vous serez reçue et regardée avec amour et estime. Je crois vous avoir mandé que le voyage de Moulins est rompu. Venez gaiement , ma toute très-chère fille, Dieu vous amène et soit béni !
Je suis grandement consolée de voir la bonté et charité de nos chères Sœurs vos filles, à l'endroit des pauvres monastères. L'auriez- vous pu croire que Semur et quatre ou cinq autres maisons sont peut-être presque autant en nécessité que celle de Nancy, laquelle, grâce à notre bon Dieu, aura à présent reçu les charitables aumônes de plusieurs de nos monastères? Nous leur avons aussi fait donner quelque chose. Je vous prie de dire à la bonne chère Mère de Paray qu'elle ne se refroidisse pas encore de ses charités pour nos chères Sœurs de Charolles, car peut-être que si les Sœurs de Châlon n'y sont pas encore allées, quelque occasion les en pourrait empêcher ; mais qu'elle se dispose à faire la charité de donner pour chacune deux mille francs.
Si le Visiteur [supérieur de Lyon] vous va trouver, je vous prie, ma fille, qu'il ne se parle que de l'estime, honneur et affection que vous portez à Son Eminence, et de l'amour et dilection que vous avez à la bonne Mère de Lyon et à toutes ses filles; et, au reste, toute joie et consolation de vous en revenir dans ce monastère auprès de votre vieille Mère. Nous attendons de vos réponses par l'homme qui ramènera le cheval du Père Jésuite.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCLXXIIÏ v
A LA MÈRE CATHERINE-ELISABETH DE LA TOUR
SUPÉRIEURE fl GR3Ï
Moyens à prendre pour correspondre plus facilement. — Félicitations sur le bon état spirituel et temporel de la communauté de Gray. Accommodement avec celle de Fribourg. — Maladie de l'archevêque de Bourges.
Annecy, 18 avril 1641.
Ma vraiment très-chère fille,
Je vous écrivis l'autre jour par un Père Carme, qui nous promit de remettre notre lettre à Genève, au correspondant de Bourgogne. Je voudrais bien, ma très-chère fille, que vous prissiez audit Genève un correspondant, que nous sussions son nom et l'endroit où il demeure. Quasi toutes les semaines il y va des gens d'ici; nous ferions regarder s'il n'y a point de vos lettres pour nous, et nous y enverrions aussi les nôtres, que vous feriez prendre par ceux de Gray qui vont à Genève. Ainsi nous ne serions plus en la peine où j'ai été de vous, ma vraie chère fille, n'ayant reçu aucune de vos lettres dès le Révérend Père Jésuite jusqu'au passage de M. Jobelot, et le 14 de ce mois votre paquet du 8 octobre. Nous sommes dans l'espérance de recevoir celui que vous nous mandiez, par M. Jobelot, avoir envoyé, il n'y avait que huit jours, et nous voudrions bien savoir, ma chère fille, quelle adresse vous donnez à vos lettres, lesquelles me consolent toujours plus que je ne saurais dire, et si vous avez reçu tous les petits reproches que je vous ai faits de nous laisser si longtemps sans nous écrire. Vous verrez, ma très-chère fille, que je m'oublierais plutôt moi-même que de vous oublier; ce que je dis selon la vérité du sentiment de mon cœur. Le vôtre très-cher, ma bien-aimée fille, me fait grand plaisir de se tenir courageux en la confiance en Dieu;
ANNÉE 1641. i03
espérez toujours, ma fille, que ce bon Père céleste ne vous abandonnera pas.
Que votre chère communauté continue à s'avancer en l'observance et esprit intérieur, cherchant tout premièrement le royaume des cieux. Vous êtes bienheureuse d'avoir une si bonne troupe; c'est le grand allégement des pauvres Supérieures que les bonnes filles. Après ce bon état spirituel, voire petit et bon ménage temporel m'a fort contentée. Certes, ma chère fille, c'est une grande grâce à un monastère d'avoir des Supérieures qui ménagent dans la pauvreté, la raison et la charité. Ce que je dis encore pour la consolation que j'ai eue de voir comme, selon votre petite portée, vous faites cordialement la charité aux autres, et que notre bon Dieu vous le rend si amoureusement : tout cela me sont des marques que sa Bonté porte voire faix, ma très-chère fille, et daigne bénir votre conduite; voyant cela, vous devez, en vous humiliant profondément de ses grâces, vous conserver pour obéir à sa sainte volonté. Cette fièvre et cette défluxion sur la poitrine sont un peu à craindre et me donnent de la peine. Je vous supplie, laissez-vous traiter selon votre besoin : faites-moi ce plaisir, ma bonne et très-chère fille.
Quant à votre affaire de Champlitte, je vous ai fait ample réponse aux lettres que le Révérend Père Jésuite nous apporta. Je ne pense pas que la pauvre Mère de Fribourg, que je plains en toute façon, se retire là, puisque l'on ne s'y peut retirer tandis que les guerres durent, et je trouve, ma très-chère fille, qu'encore les chargeriez-vous prou, leur cédant votre maison de Champlitte avec huit mille francs de biens fonciers, de les charger de sept ou huit Sœurs. Je crois qu'il ne vous en reste guère plus que cela de celles qui sont venues de Champlitte. Or sus, l'on n'en est pas encore là; s'il faut en venir à terme de transport et d'accommodement, l'on verra, avec la grâce de Dieu, à faire tout avec une égale charité. Je sais bien que votre cœur ne veut que cela, ma très-aimée fille, étant, comme vous
êtes, amoureuse de l'esprit de notre Bienheureux Père, que je prie vous bénir avec toute votre chère troupe, que je vous prie d'embrasser pour moi bien cordialement, et de recommander à leurs prières le bon Mgr de Bourges, qui est fort mal. Bonjour, ma toute très-aimée fille; ne recevez jamais l'ombre d'un doute que je ne sois à l'éternité et d'un cœur tendrement maternel, ma très-chère fille, votre, etc.
Mais, ma fille, je suis vôtre d'une affection incomparable, qui me fait prier notre bon Dieu de combler votre chère âme des plus saintes grâces de son saint amour, et toutes nos Sœurs que je salue.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCLXXIV
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DK RARUTIN
SUPÉRIEURE a THOXOX
De l'élection de Thonon. — Affaires. — Hors du monastère de sa profession, on ne donne pas de voix pour l'élection de la Supérieure. — Le bonheur et l'avancement de l'âme consistent à suivre l'attrait intérieur de Dieu.
[Annecy], 18 arril!641.
Ma très-chère fille, Nous ne pouvons encore vous donner une entière résolution touchant le désir que vos Sœurs ont de vous remettre sur leur catalogue. Assurez-les pourtant que si l'on ne leur permet pas, ce ne sera pas faute d'affection. Vous ne devez pas vous étonner de ce qu'elles font leurs efforts pour vous ravoir, car elles ont raison en cela. Nous ne sommes pas encore résolues pour nousmêmes de ce que nous pourrons faire. La semaine qui vient l'on fera notre visite [canonique], après quoi l'on résoudra ce qui se devra. Je ne pense point à leur donner des Sœurs de céans pour leur être proposées, au cas que vous ne le soyez pas, à
cause de ce qu'elles nous firent entendre, que si elles ne vous avaient pas elles penseraient à se tenir chez elles. Et, pour moi, je trouve que nos bonnes Sœurs ont grand tort de ne pas agréer que l'on mette sur leur catalogue ma Sœur Anne-Françoise; car c'est une bonne Sœur, et si elle ne leur agrée pas, elles ne seront pas obligées de l'élire. L'on ne peut pas avoir des Sœurs d'égale vertu sur un catalogue. Pour moi, je pense qu'elles doivent proposer ma Sœur l'assistante, ma Sœur M. -Françoise de Blonay, et ma Sœur Anne-Françoise [Dunanl]. Si Dieu permet que vous y soyez, l'on retranchera celle qu'elles voudront.
Si Votre Charité nous mandait ce qu'elle désire faire venir de Lyon, nous le recommanderions comme le nôtre propre. L'on ne fait pas ce que l'on veut; ces chères Sœurs ont beaucoup de surcharge pour les affaires d'autrui. Il y a plusieurs mois que l'on nous a mandé de Paris que l'on nous envoyait des livres qui sont à Lyon, et que néanmoins nous n'avons pas encore pu avoir, ni d'autres choses que nos Sœurs de Lyon nous ont achetées, parce que les marchands n'ont pas pu y aller à cause des grandes eaux. Ces jours passés, ils sont sortis avec beaucoup d'appréhension, pour la crainte qu'ils ont des soldats qui font bien du mal, à ce que l'on dit. Il faut prier Dieu pour eux. — Quand l'on sera assuré si vous demeurerez à Thonon ou si vous reviendrez, l'on vous mandera ce qui se devra faire (pour] le retour de ma Sœur Jeanne-Françoise Marcher. Cependant, vous lui devez dire tout confidemment qu'il ne faudra pas qu'elle se trouve au Chapitre ou assemblée où il sera requis de parler de l'élection. Il ne faudra pas non plus qu'elle donne sa voix, parce qu'elle n'est pas destinée pour toujours demeurer là; on le pratique ainsi dans ce monastère.
Quant à votre peine de ne point penser aux mystères que la sainte Eglise nous représente, hélas! ma très-chère fille, si vous le pouvez et y avez tant soit peu d'attrait et de facilité, faites-le. Mais Dieu les comprend tous en soi; quand on est
uni et attentif avec Lui, cela est plus que de méditer un mystère. Il est vrai que, pendant leur octave, notre Bienheureux Père conseillait que quelquefois l'on fit quelque acte d'adoration comme serait : Je vous adore, mon Dieu, selon toute l'étendue de la vérité de ce sacré mystère. Enfin notre bonheur gît et notre avancement à suivre l'attrait intérieur de Dieu. Sa Bonté nous en fasse la grâce et soit éternellement bénie! Amen.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy,
LETTRE MDCCLXXV