A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SLPKMËl'RE A PIGNEROL
II n'est pas nécessaire que !e Coutumier soit approuvé de Rome. — Se tenir étroitement attachées à l'observance; mais en province étrangère on peut faire quelquefois de petites concessions, afin de mieux conserver l'essentiel de la Règle.
VIVE -j- JÉSUS !
Annecy, 23 avril 1641.
» Ma toute bonne et chère fille,
Vous avez parlé fort à propos à M. le grand vicaire. Il est vrai, ce qu'il dit, que le Coutumier n'est pas passé à Rome; mais il est très-vrai aussi, et je l'ai appris de personnes de grande doctrine et expérience, que les Directoires et Coutumes d'un Institut n'ont nullement besoin d'être passés à Rome; il suffit que les Constitutions le soient. Faites-lui voir comme en divers endroits des Constitutions, qui sont approuvées à Rome, elles renvoient au Directoire. Nous n'avons point besoin de faire de consulte pour nous tenir dans cette observance dans laquelle, grâce à Dieu, toute la Congrégation vit en paix. Il faut, ma fille, que vous et vos Sœurs vous vous comportiez avec grande douceur et humilité à l'endroit de ce bon M. le grand vicaire, vous montrant toujours très-affectionnées à votre fidèle et ponctuelle observance, fort unies ensemble et uniformes en volonté, lui
témoignant que cette sorte de vie est douce et paisible, que les Sœurs y vivent très-contentes, parce qu'elles s'occupent beaucoup auprès de Dieu, qui doit être l'unique joie des âmes religieuses.
J'écris à M. l'ambassadeur de France, selon votre désir, afin qu'il vous procure quelque soulagement dans cette affliction. Mais enfin, ma chère fille, nous portons la croix pendue au col, il faut que nous ressentions quelquefois la pesanteur des tribulations. Celles qui viennent du côté de nos Supérieurs et pour le sujet de nos observances sont les plus sensibles. Il faut avoir un grand recours à Dieu, qui tient en sa main les cœurs de ses créatures, et qui peut les incliner vers nous lorsque nous y pensons le moins. Nous ne manquerons pas de prier et faire prier pour vous; car je puis dire que je participe à votre souffrance. Vous avez bien fait de ne pas faire une résistance absolue au Supérieur pour donner l'habit de novice à cette fille; mais, si c'était pour la profession, il faudrait être bien plus ferme, remontrant avec respect que nous ne pouvons trahir notre Religion, y incorporant un mauvais membre qui étant gâté et pourri pourrait infecter tout un corps innocent; et qu'enfin nos Supérieurs sont nos Supérieurs et établis sur nous, non pas pour abolir nos lois et observances, mais pour nous maintenir en icelles. Mais, mon Dieu! ma chère fille, il faut faire la représentation de nos raisons avec tant d'humble respect et cordiale soumission que cela même touche le cœur des Supérieurs.
Etant en une province un peu étrangère, je crois qu'il faut condescendre à laisser quelquefois certaines petites choses pour conserver ce qui est de l'essentiel de l'observance. Je vous prie, ma fille, n'entrez point en peine ni en crainte de me fâcher; je connais si bien la sincérité et droiture de votre cœur et son zèle pour l'Institut, que je ne vous puis blâmer, et je sais qu'en de telles occasions les pauvres Supérieures ne savent que faire,
et souffrent beaucoup sans coulpe, mais non pas sans mérite, si elles se tiennent bien unies à la volonté de Dieu. Demeurez courageuse et pleine de confiance en ce divin Maître, et le priez bien pour moi, qui ne cesserai jamais de me dire de cœur, votre, etc.
LETTRE MDCCLXXVI
A MADAME LA DUCHESSE DE MONTMORENCY
A UOL'LIXS
Oppositions que fait Mgr de Genève au voyage de la Sainte à Moulins. ■
vive f jésus!
[Annecy], 25 avril [1641].
Madame, Je ne saurais vous exprimer les sentiments que mon cœur reçoit de vous voir dans l'attente de ma chétive personne, et que vos désirs soient en cela éconduils. Ainsi que Mgr de Genève vous l'a écrit, lequel, à cause des accidents qui me sont arrivés les deux mois passés, s'est résolu, par l'avis des médecins, de ne point me laisser sortir de ce monastère '. Croyez, Madame, que j'ai reçu à cette nouvelle une très-sensible touche pour votre seule considération, ainsi que je vous ai déjà écrit, mais enfin il faut plier et se soumettre à la très-adorable et toute sainte volonté de Dieu, qui sait l'incomparable amour et respect que sa Bonté a mis dans mon cœur pour le vôtre très-précieux, duquel la consolation m'est plus désirable que la mienne propre. Cette souveraine Providence qui est le guide et l'arrêt de tous nos désirs et desseins, sera, s'il lui plaît, votre consolation et le remède de cette chère famille de Moulins; et moi, ma très-
1 Madame de iMontmorency ne se laissa point décourager par les oppositions de l'évêque de Genève. « Malgré les obstacles que l'on met à votre voyage, écrivait-elle alors à la sainte Fondatrice, Dieu fera pour moi ce que les hommes ne veulent pas m1 accorder. »
honorée Madame, je vous serai toujours et à jamais entièrement vouée pour vous révérer, chérir et souhaiter le comble de toute sainteté, en qualité, Madame, de votre très-humble, très-obéissante et très-fidèle servante en Nôtre-Seigneur.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Neuers.
LETTRE AÏDCCLXXVII
A LA MÈRE BARBE-MARIE BOUVART
SUPÉRIEURE AU 1IAVS
Le bonheur d'une communauté consiste clans l'union des cœurs. — Avantages de la tentation. — Les réflexions sur soi-même sont un grand obstacle à la perfection.
VIVE f JÉSUS !
Annecy, 30 avril 11541 .