MA TRÈS-CHÈRE ET BONNE FILLE
Nous venons de recevoir, ces derniers jours du mois d'avril, vos lettres du 24 juin de l'an passé , et à même temps celle du 13 février ; vous voyez, ma très-chère fille, comme j'ai été longtemps sans avoir la consolation d'avoir de vos nouvelles. Quand il passe six mois, c'est bien assez selon mon affection cordiale, qui a été toute satisfaite de voir de vos lettres vieilles et nouvelles : tout cela m'est à consolation, voyant que notre bon Dieu bénit votre petite communauté, et qu'elle continue à marcher son petit train fidèlement dans l'observance. Surtout je rends grâce à Dieu de celte paix, de cet esprit de paix, dis-je, d'union et de cordiale franchise que sa Bonté a répandu parmi vos Sœurs, et non-seulement pour votre maison, mais encore pour tout l'Institut, et singulièrement pour vos pauvres petites Sœurs de Mamers qui sont si bonnes. Il faut bien persévérer en cette cordiale et sainte communication , surtout quand on est comme vous êtes avec ce cher monastère-là, un peu écarté des autres; les nouvelles et encouragements de nos chères Sœurs font si grand bien que rien plus, et nous font de nouveau expéri-
menter que c'est noire grand bien et suave consolation de nous tenir humblement closes et couvertes en notre petit Institut. Je congratule de tout mon cœur vos chères Sœurs de n'être point parleuses au dehors; plus elles iront avant, plus elles expérimenteront que c'est leur mieux de se tenir ramassées auprès de Dieu, attachées à leurs Règles sans rien chercher hors de là.
Vous m'avez fait très-grand plaisir, ma très-chère fille, de me dire un petit mot de ma très-chère Sœur Grasseteau : c'est bien une des filles qui est dans mon cœur, je l'en assure. Et qu'elle ne s'étonne point de ses tentations et difficultés : c'est pour son grand bien que Dieu les lui envoie; qu'elle souffre avec humilité, qu'il lui suffise [de savoir] que sa volonté ne consent pas. C'est glorifier Dieu dans nos infirmités d'être combattue et non pas abattue. Qu'elle serve Noire-Seigneur avec un courage toujours nouveau sans s'abattre; mais, au contraire, qu'elle relève son cœur par confiance vive et joyeuse. — Quant à celte pauvre bonne Sœur si tendre sur elle-même , vous feriez un petit miracle si'Dieu vous faisait la grâce de la pouvoir affranchir de cette imperfection. Il faut avoir compassion d'elle et un généreux support, tâchant toul doucement de relever son courage : mais c'est un grand bien qu'elle soit si craignant Dieu; elle a en cela un grand et désirable trésor.
Et vous, ma très-chère fille, avez reçu de cette souveraine Bonté un don très-précieux en cet attrait d'abandon et remise de vous-même entre les bras de cette souveraine Bonté, puisqu'elle vous a fait la grâce d'être affranchie des réfléchissements sur vous-même. Tenez ferme, ma très-chère fille, pour n'y jamais laisser embarrasser votre esprit : c'est l'un des grands empêchements qui soient en la vie spirituelle. Je suis tout à fait consolée de l'union mutuelle qui est entre Votre Charité et ma chère Sœur M.-Anastase [Pavillon] : il est vrai que c'est une âme de vraie vertu. Il me fâche bien de la voir si malsaine [maladive] ; mais il faut acquiescer en tout à la très-sainte
ANx\ÉE 1641. 411
volonté de notre bon Dieu, en l'amour duquel je salue et embrasse cordialement toutes nos très-chères Sœurs, les conjurant de s'avancer toujours plus eu la parfaite observance. Qu'elles me fassent bien la charité de me recommander à la souveraine miséricorde. Faites-moi vous cette même charité, et me croyez très-absolument et d'un cœur sincère, votre, etc.
Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans.
LETTRE AIDCCLXXIIII
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE fl BOURG EX BltESSE
Joie que la Sainte attend de l'arrivée de cette Supérieure.
vive -J- jésus!
[Annecy], 1er mai 1641.
Ma toute très-chère fille,
ODieu ! quelle consolation de nous revoir ensemble en notre premier et petit séjour! Il m'est airis que nous prendrons un nouveau courage pour servir de mieux en mieux notre divin Sauveur en cet aimable premier esprit de pauvreté et vraie simplicité. Dieu nous en fasse la grâce, ma toute chère fille! Mon Dieu! que vous serez la très-bien venue, et tendrement reçue. Je souhaiterais pouvoir consoler votre chère compagne la retenant ici; mais, outre qu'il nous est impossible pour notre grand nombre, il y a d'autres considérations et conséquences que je vous dirai, si Dieu plaît, qui ferment tout à fait ce passage, où d'autres voudraient passer, comme l'on a voulu faire autrefois. Hélas ! je ne suis mortifiée que de celle que la toute bonne Mère de Màcon recevra de ne vous pouvoir voir. Voilà la réponse de Mgr de Genève, écrite de la main de notre bon M. Pioton, que vous lui enverrez.
Certes, si nous avions le pouvoir d'une litière, nous vous
l'enverrions ; mais chose impossible de trouver des portants. Il faudra que nos chères Sœurs de Bourg en aient une d'ami; nous vous aiderons un peu aux dépenses. Certes, il est vrai que partout et surtout ici l'argent est fort court, mais Dieu nous aide. Au reste, venez gaiement et à la légère des bienfaits de Lyon; rien ne vous manquera ici, Dieu aidant. Jésus! qui eût jamais pensé de voir telle chose, et encore ce que je vois qui se passe! Enfin, ils ne vous veulent point voir; ne montrez aucun désir [d'y aller]. Il m'est déjà avis que je vous tiens. Dieu vous amène heureusement et nous fasse la grâce de le louer éternellement ensemble ! Amen.
Conforme à l'original gardé aui Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCLXXIX