‹ Lettres (volume 2)Chapitre 107 sur 163 · A LA MÈRE MARIE-RENÉE DE GUÉROUST · texte numérisé non relu

A LA MÈRE MARIE-RENÉE DE GUÉROUST

SUPÉRIEURE A RENNES

Avant de confier aux jeunes Religieuses les emplois importants, il faut les consumer dans la soumission. — Vertus nécessaires à une maîtresse des novices. — Une Sœur tourière infirme doit être gardée dans l'intérieur du monastère sans toutefois la faire changer de rang. — La Supérieure peut ordonner le silence dans quelques lieux du monastère, • — « Exhortation à la pratique de la pauvreté.

vive -J- jrésus!

Annecy, 12 mai 1641.

Ma très-aimée fille,

Vous m'avez fait très-grand plaisir de laisser reposer vos anciennes, pour mettre un peu en œuvre votre brave et fervente jeunesse, et voir par cette épreuve si elle est solidement fondée en la vertu; mais je vous dirai bien néanmoins qu'ordinairement deux ou trois années de Religion ne suffisent pas pour faire une bonne maîtresse des novices. Il est bon que les jeunes Religieuses, qui ont des talents et des dispositions pour de tels emplois, soient un peu consumées dans les petites charges et dans la soumission. Si vous avez quelque fille de vingt-quatre ou vingt-cinq ans, qui ait de bonnes conditions pour la charge de directrice, vous pourriez la mettre assistante du noviciat, s'il

y a quantité de novices, pour un peu apprendre le train et la conduite; l'année suivante, vous la lairrez directrice. Il est trèsimportant que le noviciat soit bien cultivé, c'est le principal de la Religion. Prenez garde que celles que vous destinez à cet emploi soient fort désintéressées, fondées en l'amour de la bassesse, afin qu'elles y puissent bien établir les novices.

Pour l'amour de Dieu, ma fille, soyez bien soigneuse de l'Office divin, afin qu'on le dise comme il est marqué. — Il n'y a nulle difficulté, ma fille, que vous ne puissiez garder cette vieille Sœur tcurière dans la maison; au contraire, c'est une cbarité, et il ne faut point parler de la faire passer en d'autres rangs, ni de lui donner l'habit de Religion. Ne voyez-vous pas que la Constitution, parlant des Sœurs domestiques vieilles ou chargées d'infirmités, dit qu'o/z leur pourvoira de repos en leur condition? Il faut faire la même charité aux Sœurs tourières , quand elles ont la même nécessité. — Je suis très-aise que votre seconde maison s'achemine fort; mais je suis bien plus consolée de la parole que vous me dites des Sœurs que vous y voulez envoyer, que vous pensez plus à vous dépouiller qu'à vous décharger '. Certes, celles qui font des fondations devraient avoir ce zèle d'y donner de si bonnes et vertueuses Religieuses, qu'elles puissent établir une parfaite observance et une solide humilité; car ce sont des pierres de fondement.

Au reste, ma fille, ceux qui vous ont dit que c'était une obligation d'observer le silence au cloître ne savent pas que nous

1 Depuis l'année 163i, toutes les permissions avaient été obtenues pour l'établissement d'un deuxième monastère de la Visitation à Rennes. Les constructions commencées peu après ne furent cependant terminées qu'en juillet 1641, époque où les Religieuses fondatrices allèrent en prendre possession. Ce fut au prix d'énormes sacrifices que la Mère M. -Renée de Guéioust et sa communauté avaient conduit à bonne fin cette difficile entreprise. Aussi sainte J. F. de Chantai, s'associant aux sollicitudes de la digne Supérieure, lui écrivait-elle dans une lettre dont ce fragment seul a été conservé : « Que vous reste-t-il de fonds et de revenu, ma chère

ne nous tenons obligées qu'à ce qui nous est marqué. Il est vrai que, pour quelque temps ou pour quelque occasion, la Supérieure peut bien ordonner le silence clans quelques lieux du monastère pour la plus grande tranquillité, ce qui ne sera pas beaucoup nécessaire si nous observons bien la Constitution de la Modestie. — Je vois, ma fille, que votre maison est chargée, et que vous n'êtes pas riches, ayant peine de faire rouler la dépense ordinaire. Il ne faut pas toutefois être chiche ni chicaneuse dans la maison de Dieu. Il ne faut pas aussi qu'il y ait rien [au delà] du nécessaire , les superfluités étant tout à fait messéantes et nuisibles aux Religieuses. Il est raisonnable que les officières aient suffisamment ce qu'il leur faut pour leurs offices; mais d'y vouloir avoir toutes sortes de petits ajustements, tellement que rien ne manque, cela n'est .pas compatible avec notre saint vœu de pauvreté, vertu si précieuse que notre Bienheureux Père la nommait « une délicieuse maîlresse » . Apprenez à nos Sœurs d'en être saintement amoureuses. Certes, si les Filles de la Visitation savaient combien leur saint Fondateur les désirait pelites en toutes choses, et combien il avait d'aversion à la superfluité et abondance temporelle, je crois qu'elles ne seraient pas à leur aise si elles ne vivaient avec quelque petite nécessité et disette des choses extérieures. Dieu nous veuille bien enrichir de son saint amour! Amen.

fille, pour nourrir les colombes qui vous restent dans l'ancien colombier, après avoir fait un si beau bâtiment, une si grande et belle dépense? Il a bien fallu que Notre-Seigneur ait tendu la main de son divin secours à votre maison pour y avoir pu fournir. Je ne serai donc pas en peine de vos dettes, mais bien consolée que vous n'aimiez point à devoir. C'est un trèsgrand bien de ne point engager les maisons; il vaut mieux pâtir quelque chose. » {Histoire de la fondation du deuxième monastère de Rennes.)

LETTRE MDCCLXXXII

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN

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