‹ Lettres (volume 2)Chapitre 114 sur 163 · AU PREMIER MONASTERE DE PARIS · texte numérisé non relu

AU PREMIER MONASTERE DE PARIS

Le li op <un\\:d en.presi-ement à acquérir la perfection est un obsl.icle à la perfection même.

VIVE -J- JÉSUS

[Annecy, 16-il ]

Ma très-chère fjlle,

Sans vous avoir vue de mes yeux mortels, je ne laisse pas de vous connaître et de vous chérir très- cordialement. Votre lettre m'a fait voir bien clairement l'état de votre esprit et la source

1 La vocation de mademoiselle de La Fayette appartient si fort au domaine de f Histoire qu'il est superflu d'en rappeler ici les circonstances providentielles. Douce et pute colombe, elle s'envola de sa famille à la cour, et de la cour au désert de la Religion (19 mai 1637), sans que sa blancheur fût souillée en traversant des régions funestes à l'innocence et à la piété.

Le premier monastère de la Visitation de l'aris admira bientôt la puissance de la grâce en celle âme d'élite. La vénérable Mère de Fontaine, alors maîtresse des novices, a pu rendre le témoignage suivant du premier essai de mademoiselle de La Fayette dans la pratique des vertus religieuses : « Elle s'est donnée parfaitement à Dieu dès son commencement. Son cœur et son esprit furent de saintes victimes qu'elle immola si entièrement qu'il ne lui resta rien, pour ainsi dire, du propre amour; tout en elle fut sacrifié

:'i Dieu par un parfait bolocausle On était surpris qu'une personne

élevée dès sa plus tendre jeunesse au milieu de la cour en eût si tôt oublié les principes... » — « Les œuvres pénibles et basses (disent les anciens Mémoires), balayer le monastère, laver la vaisselle, servir les malades, aider aux lessives, etc., etc., -étaient ses occupations favorites, Jamais elle n'était plus con-

de son mal et embarrassement , qui ne procèdent que de votre empressement à la recherche du vrai bien que vous désirez , et au défaut de patience et soumission à la volonté de Celui qui seul vous le peut donner. Or, si vous voulez vraiment acquérir l'esprit de votre vocation, il faut nécessairement corriger votre empressement, faisant avec douceur d'esprit et fidélité ce qui vous est enseigné, pour parvenir au lieu où l'on veut vous conduire, retranchant les désirs et pensées d'y parvenir, sinon quand il plaira à la volonté de Dieu de vous en accorder la grâce. Je crois, ce me semble , que vous ne vous contentez pas de faire des actes requis à votre perfection, mais que vous voulez avoir le sentiment et la connaissance que vous les faites. C'est

tente que lorsqu'elle avait la hotte sur le dos. Son premier emploi fut le soin de la basse-cour. A la voir courir joyeusement les sabots aux pieds, après la poule et ses poussins , on eût dit un chercheur de perles. » Elle trouva en effet la plus précieuse de toutes, l'amour de l'abjection, parure d'une beauté sans égale, qui attira sur son âme les complaisances du Dieu de toute sainteté.

En 1651, saint Vincent de Paul choisit Sœur Louise-Angélique pour coopérer à la fondation du monastère de Chaillot, destiné à la retraite de l'infortunée Henriette de France, reine d'Angleterre. Elle y seconda activement le zèle de la Mère Lhuillier, et à la mort de cette vénérable Supérieure fut élue pour lui succéder. Quoique toujours altérée de silence et d'oraison, elle dut s'incliner devant la marche de la Providence, « qui lui avait départi le don spécial de consoler et d'instruire les rois ». Louis XIII et Louis XIV, Charles II d'Angleterre et son malheureux successeur, Anne d'Autriche et Marie-Thérèse, vinrent tour à tour lui demander le secret de sanctiûer leurs triomphes et leurs infortunes. Henriette d'Angleterre, la*princesse Bénédicte, fille du prince Palatin, devenue plus tard duchesse de Brunswick; mademoiselle d' Aumale, destinée à monter sur le trône de Portugal ; la princesse Louise- Hollandine, fille de Frédéric V, roi de Bohème, et petite-fille du roi d'Angleterre Jacques Ier, lui durent le bonheur de comprendre leurs devoirs de chrétiennes et le courage de les accomplir. Plus tard, la veuve de Jacques II, Marie-Béatrix d'Esté, allait à Chaillot pour s'y consoler d'un trône perdu et d'un sceptre à jamais brisé.

Grâce à la vigilance de la Mère de La Fayette, les apparitions successives de ces grandeurs terrestres ne portèrent aucune atteinte à l'esprit de fervih. 28

434 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

cela qu'il faut retrancher, et vous contenter de dire à Dieu sans goût : Je veux de tout mon cœur faire telle et telle pratique de vertu pour votre seul plaisir, et en faire les actes, quoique sans sentiment, et ne vouloir rien de plus, vous résolvant amoureusement de servir Dieu de cette sorte. Si vous le faites, vous vous trouverez bientôt dans la sainte pais et tranquillité tant nécessaires aux âmes qui veulent vivre selon l'esprit et la vertu, et non selon leurs inclinations et propre jugement. Voilà ce que je vois être requis à votre repos et avancement spirituel. Dieu nous veuille toutes remplir de Lui-même, et vous fasse la grâce de mettre en pratique lout ce que vous dira celle qu'il a commise pour votre conduite ! Je suis de cœur vôtre.

Conforme à une copie gardée aus Archives de la Visitation d'Annecy.

Veur et de pénitence. Le monde, au contraire, aimait à publier que « ce monastère était un séjour de sainteté, que la régularité y était admirable, qu'on y voyait un miracle d'amour de la retraite, de simplicité et de mépris du monde, au milieu du monde même » . Surtout on ne se lassait pas d'admirer les vertus de l'éminente Supérieure, dont la vie était vraiment angélique. A l'imitation de saint François de Sales, « elle n'étouffait pas les passions, elle les épurait; elle n'éteignait pas la sensibilité, elle l'alimentait au foyer de l'amour divin ; elle se perdait en Dieu pour ne pas s'égarer parmi les créatures... Diriger, concentrer toutes les vives forces de son être vers un but que la foi seule lui montrait, se soutenir toujours à la même hauteur sans chute et sans fatigue; se mêler aux agitations du monde, sans les partager; à ses passions, pour les combattre et les redresser; à ses misères, pour les plaindre et les soulager », telle a été la conduite de la Mère L. A. de La Fayette au milieu de la cour et dans l'obscurité de son cloître.

Mais, si élevée que fut cette àme, elle ne pouvait être à l'abri des orages de la calomnie. L'épreuve vint donner à ses vertus un dernier degré de perfection, et révéler à tous que les blâmes les plus injustes ou les témoignages d'admiration étaient aux yeux de sa foi une seule et même chose.

L'élection de 1664, qui rappela cette digne Mère au gouvernement du monastère de Chaillot, sembla n'être pour elle que le prélude du triomphe éternel. L'Epoux divin la couronna le 11 janvier 1665. (Histoire de la fondation du premier monastère de Paris. — Année Sainte, IVe volume.)

LETTRE MDCCXCI {Inédite)

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