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AUX SOEURS DE LA VISITATION DE MOULINS

Même sujet. — Dieu a fait un grand don à la Visitation en la personne de madame

de Montmorency.

vive -j- JÉSUS !

[Annecy], 18 juin 1641.

Mes très-chères filles, Je viens tout maintenant de recevoir votre lettre commune l, par laquelle vous me donnez avis du pauvre choix que vous avez fait de m'avoir élue. Je ne puis m'empêcher, mes chères filles, d'être obligée à votre affection pour moi; mais je vous dis sincèrement que je ne puis ni ne dois, en façon du monde, aller faire un triennal chez vous. Vous aurez maintenant appris comme ayant représenté à nos Supérieurs la grande surcharge où je me trouvais en la conduite de cette maison, qui est toute douce et de bonté, à cause de la continuelle occupation où je suis de correspondre à nos chères maisons, Mgr de Genève conclut si absolument que je ne serais point réélue, que, bien que je m'en fusse mise en indifférence, jamais nos Sœurs n'en ont pu obtenir de lui la liberté ; et si bien je vous assure qu'elles y ont employé le vert et le sec. Pensez donc, mes chères filles, si jamais ce bon seigneur permettrait que j'allasse conduire votre maison; aussi ferais-je conscience de l'entreprendre en l'âge de soixante et dix ans où je suis, et surchargée d'affaires. Que si la divine Providence permet que vous puissiez obtenir de Monseigneur qu'il me commande d'aller pour quelques mois chez vous, j'ai déjà mandé diverses fois, mes très-chères filles, que non-seulement je n'y apporterai point de résistance, mais que de très-grand cœur je tâcherai de correspondre à vos désirs

1 Cette lettre commune, demeurée si longtemps en route, avait été écrite le 19 mai : elle annonçait à la Sainte son élection au monastère de Moulins, et le désir que témoignait madame de Montmorency d'entrer prochainement au noviciat.

et affections. C'est tout ce que je puis faire en la condition d'obéissance où je suis. Oh ! quelle incomparable consolation pour moi si Dieu veut que je voie notre très-chère madame, ains notre uniquement digne d'être aimée et chérie Sœur Marie-Henriette ' ! Vrai Dieu ! mes chères filles, que son exemple vous doit profiter! Vraiment nous ne saurions assez remercier notre bon Dieu d'avoir rangé en l'Institut cette grande et chère âme. Dieu nous donne la grâce de lui faire trouver en nous ce qu'elle y prétend. Voilà, mes chères Sœurs, ce que la présente commodité me permet de vous dire et que je suis, votre, etc.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers.

LETTRE MDCCXCVIII

A MADAME LA DUCHESSE DE MONTMORENCY

A MOULINS

Joie de la Sainte en apprenant que la duchesse est entrée au noviciat de Moulins,

vive f jésus!

[Annecy], 19 juin [1641].

Ma très-honorée et très-chère Madame, et, par la divine grace, notre vraie et uniquement rien-aimee soeur,

Je bénis et remercie la souveraine Providence de notre bon Dieu d'avoir fait éclater en vous si hautement les effets et pouvoir de son divin amour, pour sa très-grande gloire en vous et pour l'honneur et le bonheur de notre petite Congrégation. 0 ma très-chère Sœur et bien-aimée de Dieu! que vous avez rempli mon âme d'une grande consolation! Je viens pourtant de recevoir tout maintenant votre lettre , qui a demeuré long-

1 En devenant l'humble postulante de la Visitation, la duchesse de Montmorency avait voulu, non-seulement abdiquer ses titres de noblesse, mais encore changer son nom de baptême contre celui qu'elle devait recevoir avec le voile sacré. Nommée Marie-Félice, du nom de Marie de Médicis et de Félix Peretti (Sixte-Quint), son oncle maternel, elle désira, dès son entrée au noviciat, n'être plus appelée que Sœur M. -Henriette.

temps par le chemin. Pour ne perdre l'occasion de ce porteur qui va droit à Lyon, je fais promptement ce billet pour vous dire que je ne crois en aucune manière avoir des forces et de la capacité pour me charger de la supériorité d'un monastère quel qu'il soit; c'est en partie ce qui m'a fait obtenir de Mgr de Genève et de nos Sœurs, quoique bien malgré elles, que je n'ai pas été réélue ici; mais assurez-vous, ma très-honorée Sœur, que si Mgr de Genève me commande d'aller à vous, jamais, ce me semble, je ne ferai une obéissance de meilleur cœur, ni plus allègrement, et je prie Dieu que si c'est son dessein, Il veuille lui inspirer de me laisser aller. Oh! quelle consolation et bonheur ce me serait de voiler une àme si disposée à faire revivre le vrai esprit de noire Bienheureux Père! Notre bon Dieu parachève ce qu'il a commencé en vous d'une manière si élevée et excellente! Je suis de cœur, votre pauvre, très-humble et indigne servante en Noire-Seigneur, toute vôtre.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Nevers.

LETTRE MDCCXCIX

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