ASSISTANTE COMMISE, A MOL'LIXS
Eviter les réflexions inutiles sur soi-même. — Comment faire la correction.
vive -J- jésus!
[Annecy, 1641.]
Je suis marrie, ma très-chère fille, de vous voir varier dans l'entière soumission où Dieu vous appelle : vous faites trop de réflexions et de discours; je vous prie, cessez, afin que, de toutes vos forces, avec plus de liberté , vous travailliez pour acquérir le dessus de vos inclinations; car la seule raison vous doit servir de guide et la charité.
Si vous n'avez pas la compassion naturelle, n'importe; ayez la raisonnable et charitable, car il faut excéder du côté de la douceur, plutôt que de celui de la rigueur, quoique aussi il ne faille pas être molle à corriger lorsque la charité le requiert. Rendez-vous suave, de facile accès et ouverte, afin que les filles aient une juste confiance d'aller à vous : ne leur soyez point sèche ni rabrouante, mais douce, respectueuse et cordiale. Et quand la charité et leur utilité requerront que vous fassiez quelques corrections, que ce soit avec un esprit reposé et cordial : enfin ce sont vos Sœurs, vos compagnes et les épouses de Jésus; il les faut traiter avec amour et honneur. Notre-Seigneur vous conduira, si vous regardez à Lui. Je suis toute vôtre, ma très-chère fille.
Conforme à l'original «jardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCIV
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTI.Y
SCPÉRIEL'RE A THOXO.V
fcncouragements pour l'exercice de sa charge. — 11 faut travailler à la perfection des âmes avec calme et patience.
Ma très-chère fille,
Je bénis Dieu qui vous donne le courage de porter de bon cœur le fardeau , nonobstant les répugnances que votre nature y sent. L'on voit toujours mieux que Notre-Seigneur vous a destinée pour le bien et bonheur de cette maison-là.
Je veux bien décharger ma Sœur M. -Françoise du noviciat et du soin de votre personne, et s'il en est besoin nous lui en écrirons; mais pourtant je ne me saurais entièrement fier en vous pour le regard de votre santé; car si celle bonne Sœur est
insupportable en son trop de soin, vous êtes aussi trop forte en votre propre jugement et rigidité sur vous-même, vous faisant toujours croire que vous n'avez pas besoin de ce que les autres jugent être nécessaire. Si l'on décharge ma Sœur M. -Françoise, je prierai ma Sœur l'assistante de pensera vous. Or sus, ma très-chère fille, tâchez de vous tenir joyeuse et contente, puisque Dieu vous veut au lieu où vous êtes pour y accroître sa gloire. Faites bien ce que je vous ai déjà dit autrefois : travaillez autour des âmes doucement par œuvres, paroles et bons exemples, sans vous trop peiner de celles qui ne profitent pas, car vous ne sauriez qu'y faire. Notre bon Dieu y a plus d'intérêt que vous; sa douce Bonté leur touchera le cœur quand il lui plaira. Prenez toujours bien garde à ne pas ajouter croyance à ce que les Sœurs disent les unes des autres; car bien souvent l'on se peut tromper. Voyez-vous, ma très-chère fille, je vous conseille et vous prie de ne vous pas tant peiner autour de ces filles qui se rendent rétives à votre conduite; dites-leur toujours, mais doucement, sans vous écrier, ce que vous jugerez pour leur bien ; si elles le font, vous en bénirez Dieu, sinon vous en demeurerez en paix et prierez pour elles, vous tournant aux autres sans vous fâcher ni vouloir le gagner sur elles. Dieu qui est le Maître agit ainsi sur nous , lui qui a tout pouvoir de faire ce qu'il lui plaît. N'écoutez guère ces filles que vous verrez n'agir par la pure charité , et inculquez à toutes le retranchement de tout rapport et le peu parler, sinon quand la charité ou nécessité le requiert.
Je vois, ma toute chère fille, que votre âme est toujours parfois angoissée quand les grâces lui manquent, ou qu'elle fait quelque manquement contraire à la rigueur avec laquelle vous voulez qu'elle chemine dans une pureté qui ne se trouve pas en cette vie. Je vois que vos manquements ne sont de nulle considération ; je pense toujours que votre mieux est de ne vous point regarder, et tenir votre âme un peu au large dans une sainte
confiance et joie, et éviter ces pressures tant que vous pourrez. J'attendrai vos articles pour y répondre. Dieu me veuille donner pour cela ce qui sera de sa sainte volonté! Priez pour moi, qui suis si intimement vôtre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCV
A MONSIEUR CHAUDON
PliRR SPIRITUEL DU MONASTÈRE DE LA VISITATION DE DIJON'
Sainte mort de Mgr de Bourges. — Affaires concernant les communautés de Beaune
et de Semur.
vive -j- jésus!
Annecy, 26 juin 1641.
Monsieur,
Dieu nous rende pour jamais si amoureux de sa divine volonté, qu'elle nous tienne lieu de toutes les consolations possibles es plus fâcheux et douloureux événements de cette vie ! Celui du décès de notre bon et vertueux Mgr de Bourges mon très-honoré frère, m'a été bien sensible ; mais je vous confesse, Monsieur, que Dieu a adouci ce coup par tant de miséricordes et de grâces faites au cher défunt, qu'au milieu des ressentiments naturels, j'ai une très-suave consolation à remercier cette souveraine Bonté d'avoir donné une si heureuse fin au pèlerinage de ce bon et cher défunt. Il me semble que je dois avoir plus de désir de le suivre que de regret de ce qu'il m'a devancée en notre patrie céleste, comme étant beaucoup meilleur que moi, qui vous remercie très-humblement, Monsieur, de l'oraison funèbre qu'il vous a plu nous envoyer, et des soins paternels avec lesquels vous continuez vos assistances à nos chères Sœurs vos filles.
J'ai été parfaitement consolée du témoignage qu'il vous a plu me rendre du bon état spirituel auquel vous avez trouvé nos
chères Sœurs de Seraur, et vous assure, Monsieur, que sans qu'il soit besoin que d'autres m'en parlent, j'ajoute une entière créance au jugement que vous en faites. Il est vrai que l'on avait voulu m'en donner quelque impression contraire; mais comme j'avais vu cette famille en bon train, et que je connais^sais la sincère vertu de la chère Sœur M. -Delphine Malteste, je n'en pus recevoir ombrage.
C'est vraiment faire une grande charité, Monsieur, que de retirer ma Sœur F. — Pour ma Sœur Parise, Votre Révérence lui a parlé en vrai père de la Visitation. Il est bien raisonnable que le monastère de Beaune, auquel elle appartient par droit de fondation, la retire ou lui donne pension; et croyez, Monsieur, qu'avec la divine miséricorde, je désire de tenir la balance juste. Et je serais bien marrie de surcharger un monastère pour en accommoder un autre ; tous me sont très-chers en Notre-Seigneur. Comme l'on m'a représenté une grande nécessité à Semur, je me suis adressée à la maison de Dijon, à laquelle il appartient d'y pourvoir; mais ce n'est pas que je voulusse prescrire ni ordonner ceci ou cela, il ne m'appartient pas : et c'est chose que je laisse à votre prudence, Monsieur, et à la charité de ma chère Sœur la Supérieure, et en demeure en repos avec grande consolation, vous suppliant, Monsieur, que nos chères Sœurs vos filles ne soient pas seules à ressentir les effets de vos paternelles affections, que vous les étendiez jusqu'à moi, vous souvenant en vos saints sacrifices des besoins de celle qui se dira toute sa vie, Monsieur, votre, etc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Dijon.
LETTRE MDCCCVI
A MONSEIGNEUR J. J. DE NEUCHÈZE
SON NEVEU, ÉVÈQl'E DE CHALOX
Se consoler de la mort de Mgr de Bourges par un humble acquiescement à la divine volonté.
vive f jésus!
[Annecy], 27 juin 1641.
Monseigneur très-honoré et très-cher,
J'ai reçu votre lettre sur le trépas de celui qui m'était plus précieux que ma propre vie. Je pense aussi que vous aurez reçu celle que je vous écrivis sitôt que j'eus reçu la nouvelle de son départ de cette misérable vie. De vrai, les douleurs et ressentiments sont inévitables en telles occasions, et votre bon naturel ne pouvait que ressentir la juste affliction qu'il a reçue pour la privation de celui qui vous a toujours été vrai père; mais, mon très-cher seigneur, il nous faut accoiser par un humble acquiescement à la très-adorable volonté divine, et nous réjouir avec action de grâces des miséricordes qu'elle a faites à cette chère âme, et de la gloire dont nous espérons qu'elle jouit. Monseigneur, que pourrions-nous désirer en cette vie, sinon un semblable trépas, après qu'avec la divine grâce nous aurons passé nos jours en l'accomplissement du bon plaisir de Dieu, chacun selon nos obligations. Oh! que les nôtres sont grandes, mon très-cher seigneur! c'est pourquoi je réclame le divin secours, afin qu'il nous guide et assiste incessamment. Priez pour moi aussi, qui suis de cœur, mon très-cher seigneur, votre trèshumble, etc.
Conforme aune copie de l'original gardé à la Visitation de Lyon.
LETTRE MDCCCVII (Inédite)
A LA RÉVÉRENDE MERE MARIE DE LA TRINITÉ
PRIEURE DES CARMÉLITES, A TROYES
Assurance de religieuse affection. — Demande de prières. — Eloge de madame
de Montmorency.
vive -f- jésus!
[Annecy], 27 juin 1641.
Ma toute très-chère et Révérende Mère,
L'amour sacré de notre divin Maître consume nos cœurs de son feu sacré! Vous ne sauriez penser, ma bonne Mère, combien chèrement vous m'êtes précieuse en Notre-Seigneur, et la consolation que je ressens de me voir en votre souvenir devant sa souveraine Majesté. Ma chère Mère, continuez-moi cette charité, j'en ai une grande nécessité, et me recommandez à vos chères filles, que je chéris comme mes bonnes Sœurs. Je suis à septante ans, et partant j'avoisine le trépas. 0 ma toute chère Mère! assistez-moi fort à ce que la divine miséricorde me reçoive en paix; je l'espère de son infinie Bonté, et du soin maternel que vous avez de ma pauvre àme. — Dieu m'a fait la grâce d'obtenir ma décharge de la conduite de ce monastère. L'on m'a élue en un autre, mais je ne puis plus accepter tel emploi. C'est notre maison de Moulins qui pourra m'avoir quelque peu de mois, poursuivant cela il y a fort longtemps. Madame de Montmorency s'y veut faire Religieuse : elle presse cela; c'est une grande bénédiction à notre Ordre d'y avoir une àme si bien faite, car [je] n'ai rien connu dans ce siècle entre les séculiers de comparable aux saintes dispositions de cette dame. Dieu parachève en elle
son œuvre! Je la recommande à vos prières mais je suis de
cœur, ma toute chère Mère, votre, etc.
C'est sans loisir que j'ai fait ce billet.
Conforme à une copie de l'original gardé" chez les Réeérendes Mères Carmélites de Troyes.
LETTRE MDCCCVIII
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Remercîment d'un secours envoyé au monastère de Nancy. — A quelle condition ou peut changer la destination d'un don fait pour l'autel. — Condescendance à permettre qu'une Sœur passe au rang de choriste. — Agir avec prudence et humilité quand il est nécessaire de changer les choses établies par une déposée. — Heureuse mort de Mgr de Bourges.
vive -J- Jésus!
[Annecy], 28 juin 1641.
Votre lettre m'a consolée dans toutes ses parties. Je bénis Dieu de tout mon cœur, qui a donné tant de cordiales affections au vôtre pour le secours de nos pauvres maisons. Celle de Nancy éprouvera que véritablement Dieu a mis de la charité véritable dans les cœurs des Filles de la Visitation.
Pour les vingt écus que vous voudriez distraire de l'aumône que cette bonne dame vous a faite pour l'autel, sachez, ma très-chère fille, de M. votre Père spirituel, si cela se peut; je crois qu'oui, pourvu que des ouvrages de la maison vous remplaciez quelque ornement pour l'autel, environ de cette valeur.
— Quant à cette pauvre fille qui tombe dans une si grande mélancolie qu'on ne sait à quoi la divertir, puisqu'elle est professe consolez-la et la mettez choriste , avec les observances toutefois que vous savez que la Constitution ordonne en tel cas.
— Si véritablement cette autre Sœur , dont vous m'avez écrit , est touchée de Dieu , ce sera un grand sujet de louer sa divine Majesté; sa persévérance au bien le fera voir.
Je vous conjure, ma fille, quand vous serez contrainte de changer quelque chose de ce que ma chère Sœur N. a fait en son gouvernement, que ce soit avec tant de prudence, d'humilité et de modestie, que cela ne paraisse comme point; car enfin c'est une très-bonne Religieuse, Dieu a béni sa conduite, elle a porté les premières peines de l'établissement : tout
cela est considérable. La confiance que votre bon cœur m'a donnée, fait que je lui dis tout simplement et sans réflexion ce qui me vient en vue pour son bien et la bonne odeur de sa maison.
Je pense que si vous avez su que Dieu a retiré à soi Mgr de Bourges, mon frère unique, vous lui aurez fait la charité de prier pour le repos de son âme; sa fin a été très-heureuse. Priez notre bon Dieu qu'il m'en donne une semblable et son saint amour et crainte. Ce sont les vertus, avec la divine humilité et la sacrée simplicité, que je souhaite le plus à nos chères Sœurs. Vous savez bien, ma fille, que c'est de cœur que je vous chéris, et suis sans fin toute votre, etc.
LETTRE MDCCCIX
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Compassion pour sa communauté. — Il faudrait bien se garder de disperser les Religieuses chez leurs parents. — Xe transférer le monastère dans une autre ville qu'à toute extrémité. Secours charitables qu'on se dispose à lui envoyer.
vive f jésus!
Annecy, 28 juin 1641.
Ma bonne chère fille,
Je n'entreprends pas de vous dire comme je ressens au fond de mon âme les calamités de votre pays. Dieu le sait, et combien j'ai sujet de m'humilier devant sa Bonté, me voyant indigne qu'il exauce les prières que je lui fais à cette intention. Vous avez, me dites-vous, une grande appréhension de vous retirer séparées, comme font d'autres Religieuses, chez leurs parents; certes vous avez grande raison de l'appréhender, et il se faudrait bien garder de le faire. Il est vrai qu'il n'y a point de ville où vous fussiez mieux qu'à Paris pour les grandes charités qui s'y font; mais il y a tant d'autres raisons à dire là-dessus, que c'est un coup qu'il ne faut faire qu'à la fine extrémité.
Mais que me dites-vous, ma fille, du soin que Notre-Seigneur a de ses servantes et de la charité de nos chers monastères! De tous côtés l'on m'écrit qu'on se dispose à vous donner du secours, moyennant lequel j'espère que vous serez un peu remise. Je vous supplie de m'envoyer une liste de toutes les maisons qui vous auront assistées, afin que je les en remercie, d'autant qu'elles m'ont plus consolée que je ne saurais dire; car je sais que plusieurs s'efforcent d'assister les pauvres monastères de ce qui leur fait besoin à elles-mêmes. Je salue toutes nos Sœurs et les supplie de se fondre devant Dieu d'une amoureuse reconnaissance; qu'elles prient beaucoup, et augmentent leur union avec leurs Sœurs qui leur sont si cordiales et si bonnes. Vôtre, etc.
LETTRE MDCCGX
A LA MÈRE MARIE-MARGUERITE MICHEL
SUPÉRIEURE A KRIBOURG
Affaires temporelles des monastères de Besancon et de Fribourjf. — Qualités que douent avoir les postulantes qui désirent être reçues au premier monastère d'Annecy.
VIVE -j- JÉSUS !
Annecy, 28 juin 1641.
Ma bonne et très-ciièhe fille,
Voilà nos réponses à madame et à M. le marquis de Listenais. Je ne sais pourquoi, ma chère fille, l'on me fait recevoir des lettres de ces grands du monde que j'honore beaucoup, mais auxquels je ne sais pas correspondre, outre que, Mgr de Besancon ayant ordonné à nos Sœurs de payer les pensions échues et celles qui écherront désormais de ma chère Sœur M. -Agnès [de Bauffremont], il n'y a point de doute que si elles ne les ont encore payées, elles les payeront le plus tôt qu'elles pourront. Les misères des temps ne permettent pas de faire tout ce que
l'on voudrait. Elles ont à Besançon une grande famille et ont prou peine à rouler. Et puis, ma chère fille, faut-il que les gens du monde soient imbus de nos petits différends? J'ai appris que maintenant l'on redemande de nouveau au monastère de Besancon de quoi entretenir une fille pour le service de ma Sœur M.-Agnès. De vrai, ma fille, toutes ces nouvelles demandes ennuient l'esprit; est-il possible que cent écus ne suffisent pas pour l'entretien d'une Religieuse? Je trouve que ce serait assez pour trois; outre qu'ayant fait vœu de pauvreté, et étant dans l'occasion de le pratiquer, il faut tâcher de le faire. Suivez en tout la frugalité religieuse, je vous prie. Pour l'amour de Dieu, ma très-chère fille, que l'on ne trouve plus ces nouvelles inventions, et que le monastère de Besançon satisfaisant à ce qui est porté par le contrat, de donner cent écus à ma Sœur M.-Agnès, l'on se contente.
Vous ne me mandez point si vous avez accepté l'accord que Mgr de Besançon avait dressé, que la maison de Besançon donnerait mille écus, à savoir deux cents pour la Sœur domestique et huit cents pour la Mère de Gruyères, sinon qu'elle voulût ou que vous voulussiez la renvoyer à Besançon , ce que je crois qu'elle aimerait le mieux. Je vous conjure, ma très-chère fille, faites en sorte que quand ma Sœur M.-Agnès écrira à messieurs ses parents, ce soit sans rien dire qui les puisse fâcher contre la maison de Besançon, que vous devez aimer comme la vôtre propre et lui procurer des amis. Et quand vous écrivez à Mgr de Besançon et à nos Sœurs, voire, à qui que ce soit, témoignez la générosité que Dieu a donnée à votre cœur; qu'il ne se fasse plus de tracasseries pour les choses temporelles.
Je viens déparier à ce digne porteur, lequel vraiment est un fort brave homme. Il m'a parlé de cette terre proche de Genève, sur laquelle vous voudriez mettre les dots des novices que vous recevrez. Ma très-chère fille, si, comme il y a apparence, votre établissement se fait à Fribourg, vous serez bien aise d'avoir les
dots. Que si l'établissement ne se fait pas, nous ne voulons point être engagées, et désirons que l'on nous apporte les dots, en nous amenant les filles. Il nous a aussi parlé pour la Sœur de M. Renaud, lequel mérite bien de trouver gratification, et vous la pourrez recevoir encore pour notre maison à même condition que les autres, pourvu qu'elle soit bien appelée à la Religion, et qu'elle ait courage pour entreprendre l'exacte observance. Et je vous conjure encore une bonne fois pour toutes, que vous preniez grandement garde aux filles que vous recevrez, qu'elles aient bonne vocation, et qu'étant en( Religion il ne faille point, pour les y maintenir, leur donner des exemptions et libertés contraires à l'observance ; car si elies venaient ici, ma très-chère fille, vous savez qu'il faut qu'on y marche exactement selon la Règle : si elles vous demeurent, vous en aurez la consolation. Au nom de Dieu, prenez soin qu'on les fonde bien en l'esprit de la vocation, au mépris du monde, à l'amour de la petitesse, en cette véritable sincérité et douce charité : et vous-même, ma très-chère fille, montrez-leur de plus en plus l'exemple de ces saintes vertus, et que chacun connaisse en toutes vos procédures [procédés], que vous êtes la vraie fille de notre Bienheureux Fondateur, qui était homme si droit, si humble et si véritablement charitable,
11 me vient encore une crainte qu'il faut que je vous dise : c'est que M. N. m'a assuré qu'il y avait grand nombre de filles qui désiraient notre manière de vie. Quand nous avons eu donné place à une, céans, celle-là en a attiré quatre autres; à ces quatre en voilà une cinquième ajoutée, la sœur de M. Renaud. Je crains que les parents ne veuillent tous avoir recours ici pour en faire recevoir d'autres j c'est pourquoi je vous dis par avance, qu'en ces deux maisons [d'Annecy] il nous est impossible d'en recevoir davantage ; mais nous avons nos maisons de Rumilly, Thonon etChambéry, toutes trois en Savoie , qui pourront bien encore assurer [la place à] quelqu'une, pourvu, comme j'ai dit,
que ce soient des esprits bien faits, et quine prétendent autre chose que de vivre dans la très-sincère observance. Et vous supplie encore, ma très-chère fille, que les cinquante pistoles que vous prenez de chaque fille pour leur réception et habits soient bien ménagées, afin que si elles allaient en d'autres maisons tout cela ne fût pas perdu pour le monastère qui les recevrait. Et pour leurs dots, vous les devez loger et assurer selon l'avis et conseil de vos meilleurs amis et selon que vous le jugerez le mieux, ou pour le bien de votre maison si elle subsiste, ou pour le bien de celles où les filles pourraient être retirées, afin qu'il n'y ait point d'embrouillement ni de mécontentement. — Vous avez un grand sujet de bénir Dieu, ma très-chère fille, que sa Providence vous ait si heureusement déchargées de la maison de Mgr de Lausanne.
J'écris encore à ma Sœur la Supérieure de Besançon pour les pensions de ma Sœur M. -Agnès; et me semble, ma chère fille, que si elles vous ont présenté chaque année de vous payer cette pension, selon la valeur où les espèces étaient à Besançon et que vous ne l'ayez pas voulu, selon justice et équité vous ne pouvez les demander maintenant que selon la valeur que les monnaies sont présentement [dans cette ville] ; car le monastère de Besançon n'est nullement obligé de vous donner cette somme selon la valeur des espèces à Fribourg. Je vous supplie, ma trèschère fille, de la plus tendre affection de mon cœur, que vous vous montriez généreuse en cette occasion, pour ajuster toutes choses selon la douceur de l'esprit de votre vocation ; vous verrez, si vous le faites, que Dieu vous récompensera de plusieurs bénédictions. Je l'en supplie de tout mon cœur, et vous, ma très-chère fille, de croire que je suis d'une dilection invariablement sincère et cordiale, votre, etc.
[P. S.] Je salue cordialement toutes nos bonnes Sœurs, et en particulier ma chère Sœur M. -Agnès et ma chère Sœur M. Désirée, avec les quatre prétendantes, que je supplie de ira-
vailler de tout leur cœur à se donner absolument à Notre-Seigneur, et à prendre l'esprit humble, doux et simple de la Visitation. Dieu les bénisse toutes! Je me recommande à leurs prières.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCXI {Inédite)
A MONSIEUR LE MARQUIS DE PIANESSE
A TURIN
Pieus souhaits. — Remerciaient.
vive -J- jésus!
Monsieur,
Ce porteur m'ayant assuré que Votre Excellence était à Turin, je me suis infiniment réjouie, suppliant Notre-Seigneur que vous ne retourniez plus dans le péril de cette furieuse guerre du Piémont, ou qu'il plaise à son infinie Bonté vous servir toujours de muraille et de protection ; c'est ma continuelle prière.
Nous reçûmes depuis peu de jours la [cassette] dont votre lettre me faisait mention; je vous en remercie très-humblement, Monsieur; tout cela me sera cher pour le respect du cœur qui me l'a destiné, dont la mémoire m'est en vénération. Et derechef je vous en rends mille grâces, suppliant Notre-Seigneur faire redonder sur Votre Excellence les richesses de son amour, et sur madame la marquise et tout ce que vous chérissez, demeurant en tout respect de cœur, Monsieur, votre, etc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visilatiou de Pescia (Toscane).
LETTRE MDCCCXII (Inédite)
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Nos manquements servent à nous faire acquérir la connaissance de nous-même. —, Porter courageusement le poids de la supériorité.
vive f Jésus!
Annecy, 29 juin 1641.
Ma très-chère fille,
Vous prenez trop à cœur ces rencontres inévitables de cette vie, et puis votre esprit s'en fâche, et voilà la cause de vos ennuis et abattements. Ces choses servent de bon présage au commencement du service de Dieu : mais maintenant, ma fille, [elles] ne sont plus de saison; il s'en faut affranchir et bien vous [reprocher] ces manquements. Pensez-vous être impeccable et les éviter tous, tandis que vous serez en cette vie? chose impossible ! et ne voyez-vous pas que Dieu ne les permet que pour un plus grand bien? C'est la meilleure prédication que l'on puisse faire, et qui nous affermit plus en l'humilité, par la connaissance expérimentale et méfiance de nous-même. Vous le voyez, puisque depuis cette échappée cette bonne Sœur a reconnu sa faute et fait mieux. Voyez-vous, ma fille, vous devez, ce me semble, ne pas laisser croupir cette chère Sœur dans ses imperfections; elle a le cœur bon, et je crois que, la redressant et lui faisant voir ses manquements, par zèle de son bien, qu'elle en profiterait et vous gagneriez son cœur, en sorte que vous lui pourriez dire tout ce que vous voudrez.
Vraiment, penser à vous faire décharger ! j'ai peine à vous pardonner cela, toutefois je le fais; mais voyez-vous , ma toute très-chère fille, il faut être plus généreuse et ramer constamment, nonobstant toute difficulté, et de même de cette timidité naturelle qui vous fait craindre les jugements de Dieu, pour des manquements où sa Bonté permet que vous tombiez pour sa gloire et votre bien, et qui ne sont au pis que quelque [légère vin. 30
faule]. Il faut relever de tout cela votre chère âme dans une plus grande et parfaite confiance en Dieu ; mais je vous en prie, et de vous tenir au-dessus de ces petits abattements, ne faisant semblant de les voir, encore que vous les sentiez bien. Tenezvous joyeuse en Noire-Seigneur. Je ne voudrais pas que vous fussiez quitte pour un triennal de la charge que vous avez.
Au reste, notre Sœur votre directrice m'écrit simplement [plusieurs lignes inintelligibles], sans me dire un mot d'elle ni de la maison : cela me fâche. Ne sauriez-vous lui persuader de me parler de son cœur, ou lui dire si elle voudrait que vous m'en parlassiez?
Ma très-chère fille, vivez au-dessus de vous-même et tout en Dieu, que je supplie être votre consolation. Croyez que de plus en plus, si je peux plus, je suis toute vôtre, mais votre incomparable Mère. — Ne m'oubliez point devant Dieu, ni nos bonnes Sœurs que je salue avec vous.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Boulogne -sur-Mer.
LETTRE AIDCCCXIII (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-ANTOINETTE TESTE DE VOSERY
SUPÉRIEURE AV DEUXIÈME MONASTÈRE d'aNXECV
Satisfaction que donne la Mère de Rlonay. — On ne doit pas surcharger la communauté d'ouvrage.
vive ■{• JÉSUS !
[Annecy, 1641.]
Je désire un peu des nouvelles de votre bon cœur, ma trèschère fille, et vous dire que tout va bien ici, grâce à notre bon Dieu. Notre chère Mère [de Blonay] a toujours quelque petite souffrance en son corps, mais elle ne laisse pas d'aller et de faire tout ce qu'il faut; elle a parlé à toute nos professes, dont elle a reçu grande satisfaction et nos Sœurs aussi.
Certes, vous ferez bien, petit à petit, de décharger votre
maison de lanl d'ouvrages. J'admire que ma pauvre Sœur ait attiré cela; c'est qu'elle est si bonne qu'elle donne confiance de lui demander, et puis elle n'ose refuser. Je ne savais rien du voile de M. Marcher, mais oui bien de la serge, et cela fut fait parce qu'il les confesse et dit souvent la sainte messe, et elles ne lui donnent point d'argent; mais certes il suffit bien pour plusieurs années. Il n'en faut rien témoigner aux unes ni aux autres, cela affligerait trop. Or sus, ma très-chère fille, tenez votre cœur tout en Dieu et plein de sainte joie et courage, et croyez que tout le mien chétif est tout vôtre en vraie sincérité.
Conforme à l'original gardé aux Archive» de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCXIV
A LA MÈRE LOUISE-DOROTHÉE DE MARIGNY
SUPÉRIEURE â MONTPELLIER
Election de Grasse. — Voyage à Moulins. — La question du Visiteur est entièrement abandonnée. — Pauvreté du monastère de Nancy.
VIVE -J- JÉSUS
[Annecy], 7 juillet [1641].
Ma très- chère fille, Je ne vous fait ce petit mot que pour vous saluer très-cordialement et vous assurer que nous avons reçu votre grande lettre, et celle par laquelle vous me parlez de madame de Montmorency, et du bon témoignage que vous me rendez de ma Sœur [F.-Em. de Vidonne de Nouvery] à présent supérieure de Grasse. Je fus un peu marrie qu'elle fût élue à Grasse , mais ma consolation est qu'elle va avec une Mère déposée qui, je crois, lui profitera j car elle est parfaitement humble et bonne : cela, avec ce qu'elle aura appris de votre bon cœur, lui aidera à passer doucement. Je n'ai pas manqué de lui écrire tout ce qui m'a semblé lui être nécessaire pour son bien; elle m'a témoigné beaucoup de satisfaction de vous et de toutes nos bonnes Sœurs vos chères filles.
Je crois, ma chère fille, que nous ferons bientôt le voyage de Moulins; nous en attendons des réponses; mais non pour y être Supérieure, ains seulement y être environ deux mois. Pour le Visiteur, il y a environ dix-huit mois que l'on n'y pense plus, car je ne saurais permettre que l'on fasse aucune chose qui heurte tant soit peu l'autorité de Messeigneurs nos prélats. Nous n'avons pas encore eu le bonheur de voir en ces quartiers Mgr de Montpellier.
Ma chère fille , je ne puis dire autre chose pour le présent, car c'est par l'occasion de l'équipage de notre chère Sœur Françoise-Angélique [Garin]. — Vous ferez grande charité d'envoyer à nos chères Sœurs de Nancy ce que Notre-Seigneur vous a inspiré de leur envoyer; vous me consolez fort de vous voir affectionnée à assister les pauvres monastères. Dieu vous en saura bien récompenser; je l'en supplie de tout mon cœur. S'il y a encore quelque chose à répondre en votre grande lettre, nous le ferons à loisir, car je n'ai pas le temps de la revoir. Je suis d'une entière affection, ma très-chère fille , toute vôtre de cœur et d'incomparable dilection.
Conrorme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCXV
A LA MÈRE BARBE-MARIE BOUVART
SlTÉlUEL'RE AU MAXS
On désire que la Sainte fasse un voyage à Paris. — Maladie de Sœur M.-Anastase Pavillon. — Tenir main à ce que la visite canonique se fasse exactement. — J es difficultés notables qui pourraient survenir avec le Supérieur doivent être soumises au prélat. — Conseils de direction.
vive -f- jésus!
Annecy, 9 juillet Ifl41.
Ma toute bonne et toute chère fille, Quand je vois de vos lettres, il me semble de voir votre cœur si bon et si désireux du vrai bien, que j'en suis tout à fait con-
solée. Je crois bien avec vous, ma très-chère fille, qu'il se perd prou de lettres par les chemins : je n'en recois aucune des vôtres auxquelles je ne fasse fidèlement réponse; il est vrai que d'ordinaire elles sont de fort vieille date quand je les reçois. Il faut subir cette petite mortification que l'éloignement des lieux nous cause, mais que la divine Providence ordonne; c'est pourquoi il la faut aimer.
Je vous confesse , ma très-chère fille , que ce me serait une très-douce consolation s'il plaisait à Dieu que nous nous vissions, mais je n'y vois pas grand jour ni apparence ; Dieu conduise tout pour sa gloire ! L'on désire fort que je fasse ce voyage de Paris, sur lequel je ne sais que vous répondre, sinon que la voix de mon Supérieur et l'événement feront voir quelle est la volonté de Dieu, et il ne faut vouloir que cela. Il est vrai, ma très-chère fille, notre chère Sœur F. -Angélique m'a écrit touchant la préoccupation de ma pauvre chère Sœur M.-Anastase [Pavillon] ; mais vous me faites encore mieux comprendre et concevoir ce que c'est. De vrai, ma très-chère fille, selon la vue que Dieu m'en donne, je ne puis porter autre jugement sinon qu'il y a un peu d'humeur hypocondriaque ; et cette chère Sœur étant si bonne, et sa volonté étant séparée de ces jugements que la force de son imagination lui fait faire, je ne pense pas qu'elle pèche en cela. Ce qui me fait le plus penser qu'il y a de l'humeur hypocondre, c'est d'avoir cette préoccupation contre toute une communauté, car si ce n'était que contre quelques particulières, l'on pourrait croire qu'elle aurait vu ou su quelque chose qui lui aurait donné sujet de former ces soupçons. Ce sera un grand bien qu'on la change de monastère; mais si son mal est bien enraciné, possible aura-t-elle la même peine contre une autre communauté que contre la vôtre, qui s'est comportée très-sagement et très-vertueusement.
J'ai été tout à fait consolée, ma très-chère fille, de voir votre conduite et de ma chère Sœur [M.-Augustine] Grasseteau, avant
que vous fussiez Mère; cela m'étant un bon témoignage que Dieu vous a donné à toutes deux l'esprit de discernement et de votre vocation et que sa bonne main vous conduit, car vous ne pouviez mieux faire que ce que vous avez fait : couvrir discrètement et charitablement le défaut de votre Supérieure et n'en parler point du tout au dehors. [Le contraire] n'aurait servi qu'à augmenter le mal et à donner à discourir à ceux auxquels vous l'auriez communiqué. Mais ce qu'il fallait faire, ma très-chère tille, c'est qu'il ne s'en allait pas affliger, et encore ne le faut-il pas faire, ni moins essayer de lui faire concevoir le contraire de ses imaginations. Quand elle en parle, il en faut doucement divertir le discours comme d'une chose indifférente. La conséquence que vous devez en tirer, ma très-chère fille, c'est de voir la misère et chétiveté de la créature et le sujet que nous avons de nous tenir humbles. Il est vrai que l'on a fort exalté celle chère Sœur, qui vraiment est bien bonne, et Notre-Seigneur qui l'aime, pour l'humilier et la tenir en abjection, a permis ce défaut en son esprit. Plaise à sa Bonté qu'il ne passe pas plus avant!
Je serai bien aise que vous teniez main à faire faire vos visites [canoniques] le plus exactement qu'il vous sera possible, surtout maintenant que vous avez un si bon et si digne prélat; que je vous en estime heureuse! Et vous dirai, ma très-chère fille, que pour ce qui est du Supérieur, quand il vous arrive quelque difficulté notable, après l'avoir recommandée à Notre-Seigneur, vous devez l'exposer à votre prélat et attendre de lui la résolution, car Dieu leur a donné son esprit, et tandis que nous procéderons avec eux selon nos observances, sincèrement et humblement, jamais, comme disait notre saint Fondateur, nous ne serons mal guidées. Pour les choses ordinaires et petites difficultés de la conduite, vous avez le cher monastère de Saint- Antoine, qui est vraiment une maison de vertu et de bénédiction. La chère Sœur H. -Angélique Lhuillier et la Mère ont leur bonne part du vrai esprit de notre Bienheureux Père, et certes toute
la communauté est parfaitement bonne. Je prie Dieu qu'il continue et augmente ses bénédictions sur la vôtre très-chère, par une toujours nouvelle fidélité à la vraie observance. Je suis grandement consolée de voir que tout y va si bien et dans l'union.
Maintenez ainsi ces chères Sœurs et vous-même, ma chère fille, dans un esprit de suavité et de sainte joie, et pour cela ne vous amusez point trop , ma chère fille, à regarder vos misères : regardez les souveraines bontés et miséricordes de Dieu , et pour son amour et respect rendez-vous bien fidèle à vos exercices spirituels, à l'imitation de notre Bienheureux Père qui, allant à la prière, laissait toutes les affaires comme s'il n'en eût jamais eu.
Allons à Dieu, ma chère fille, avec un cœur le plus désoccupé qu'il nous sera possible : quand vous serez devant ce divin Sauveur, je vous conjure, ma chère fille, de vous souvenir quelquefois de mes besoins. Procurez-moi la même charité vers nos chères Sœurs, que j'embrasse en esprit bien chèrement et cordialement, et les conjure de se rendre de plus en plus vraies Filles de notre Bienheureux Père, par une fidèle pratique de ce qu'il nous a laissé. Je conjure ce débonnaire Père les vouloir bénir, et tout spécialement Votre Charité et ma chère fille [M.-Augustine] Grasseteau. Je suis fort aise que vous soyez bien unies, cela vous rend plus fortes pour bien rendre votre devoir à Dieu et à votre Institut. Croyez toutes deux que vous êtes bien mes vraies filles, et que c'est bien de cœur que je me dis sans réserve, ma très-chère fille, votre, etc.
Conforme à l'original gardé à la Visitation dn Mans.
LETTRE MDCCCXVI
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Avoir des âmes sans malice, qui ont la crainte de Dieu, le désir du bien et l'amour de leur vocation, c'est une grande grâce. — Prière d'avoir un soin spécial de deux professes d'Annecy qui se trouvent dans sa communauté. — La Supérieure ne doit jamais témoigner aucune défiance à ses Religieuses. — Conseils de direction. — Départ pour Moulins. — Eloge de la Mère de Filonay.
vive -J- j'ésus!
Annecy, 1641.
Ma très-chère et très-aimée fille,
J'ai certes été bien consolée du récit que vous me faites de la bonne disposition de nos chères Sœurs vos filles. Mon Dieu ! quelle grâce quand Dieu donne des âmes qui n'ont point de malice, et qui ont la crainte de Dieu et l'amour à leur vocation avec le désir du bien; car avec cela, ma très-chère fille, il ne faut avoir que patience et courage à les cultiver, comme grâce à Dieu, vous faites, y ayant toute apparence qu'un si bon fonds et des cœurs bien disposés feront enfin des fruits de solide perfection. Ma fille, il m'est avis que Dieu vous donne bien sujet de vous plaire à les servir, et à moi une consolation incroyable de vous y voir soigneuse et attentive. Combien puissamment attirez-vous par ce moyeu les faveurs célestes sur votre chère âme et sur toute votre bénite famille! Car enfin Dieu se plaît avec les âmes généreuses et qui se plaisent à travailler, quoique péniblement, pour l'accroissement de sa gloire et le bien des âmes. Si Dieu fait la miséricorde à cette petite famille, que vous la cultiviez en qualité de Supérieure encore trois ans, j'espère que vous la verrez solidement établie. Enfin cette maison est à Dieu et à sa sainte Mère, Il vous y maintiendra, et puis II pourvoira de ce qui lui sera nécessaire dans son besoin.
Je vous supplie de prendre un soin spécial de nos deux pro-
fesses, afin de les affranchir de leurs défauts, car loutes deux ont le fonds bon. Vos encouragements cordiaux et vos charitables avertissements leur feront voir amiablement leurs défauts et la beauté de la vertu contraire, et que vous n'êtes incitée à les presser que par l'amour que Dieu vous donne à leur bien; sans doute, je pense que cela leur profilera. J'en ai un si grand désir que je voudrais donner mes yeux pour acheter leur perfection, afin que Dieu en fût glorifié et cette maison plus appuyée; car enfin, quand toutes les pierres d'un bâtiment sont solides, l'édifice en est stable. — Il est vrai que je ne vois pas d'ordinaire les lettres que nos Sœurs écrivent, étant accablée d'affaires; de même que je puis me dispenser pour juste cause d'assister à l'Office du chœur, aussi le puis-je faire de voir les lettres, ce que pourtant je fais faire quelquefois, si elles ne sont pas des lettres que je sais bien n'y avoir rien à craindre et où je me confie entièrement; mais les Sœurs ne savent pas si je les vois ou non, et je trouverais bien mauvais qu'elles y prissent garde et ne le souffrirais pas. Il ne faut jamais se témoigner préoccupée de méfiance. Quand une fille s'aperçoit que sa Supérieure se préoccupe contre elle, cela lui nuit, et elle ne fait pas tant de profit des remontrances qui lui sont faites; car enfin l'assurance qu'une Religieuse a d'avoir part à l'amour cordial de sa Supérieure, sert d'une aiguille bien polie pour faire entrer doucement dans son cœur et avec profit, toutes les corrections, avertissements et directions qui lui sont faites. J'espère, ma fille, que vous recevrez cordialement ce que le seul zèle me fait dire pour la gloire de Dieu et le profit de toutes.
Je vois que vous avez bonne part aux pertes communes, et certes il ne serait pas raisonnable d'en être exempte; mais béni soit Dieu qui vous tient au-dessus de tout, et qui vous fait remettre toutes choses à son soin! Ma fille, demeurez là en repos, et tâchez de vous tenir ferme dans cette conduite de douceur, intérieure pour vous-même, et extérieure pour les
autres. Vous verrez que Notre-Seigneur bénira votre chemin par un saint avancement aux vraies vertus. — Vous vous plaignez toujours de vos sécheresses; mais, parla grâce de Dieu, je ne les vois pas si grandes, puisque vous avez un profond instinct qui vous porte à vous unir à Dieu et à fuir tout ce qui lui peut déplaire; cela vaut mieux que tout sentiment sensible. Contentezvous et exercez-vous fort à la douceur et support des esprits qui ont des inclinations, humeurs et façons contraires aux vôtres; cela est nécessaire à votre perfection, et à la consolation et profit spirituel de ces âmes-là, et ainsi chacune trouvera son compte et son utilité.
J'ajoute encore ce petit mot d'adieu à Votre Charité et à toutes nos chères Sœurs, étant sur mon départ pour aller en notre monastère de Moulins, vous conjurant que vous ne soyez point en peine de moi , mais que vous m'accompagniez toutes de vos prières. Je pars saine et gaie et espère, si rien n'arrive, de revenir dans quatre mois, Dieu aidant. Mon indicible consolation est de laisser cette chère maison entre les mains d'une si bonne, sage et digne Supérieure, comme est notre bonne Mère de Blonay , laquelle j'avais toujours trouvée extraordinairement bonne; mais maintenant je puis dire qu'elle est excellemment bonne et propre à cette communauté, N'ai-je pas de quoi bénir Dieu, ma vraie fille, qu'il m'ait déchargée, en remettant le fardeau sur des si bonnes épaules comme sont celles de cette chère Mère? Béni soit-il à jamais ! Je suis de plus en plus, en son divin amour, toute vôtre.
LETTRE MDCCCXVII
A LA MÈRE MADELEINE-ELISABETH DE LUCINGE
SUPÉRIEURE A TURIM
Eloge des Sœurs de Turin. Prédiction en leur faveur.
vive f Jésus !
[Annecy, 1341.]
Ma fille, je vous emporte dans mon cœur et toutes nos chères Piémontaises. Je vous prie de les bien aimer, ces chères Sœurs; tenez-vous joyeuse parmi elles, et croyez que je vois tous les jours davantage que j'ai eu raison de dire à leur égard que le Seigneur est le Dieu de toutes les nations, parce que je connais en ces chères enfants- de très-bons cœurs qui aiment la vertu, La leur est solide, aussi bien que leur amitié.
Pour votre temporel, n'en soyez point en peine; lorsqu'il en sera temps Dieu vous aidera et vous enverra le secours qu'il vous destine, et qui vous sera nécessaire pour bâtir, par le moyen de la petite fille de ma filleule. Soyez certaine que le monastère de Turin, qui doit peupler l'Italie des Filles de la Visitation , sera un jour un des premiers de l'Institut, et que vous le servirez très-longtemps fort heureusement.
Extraite de l'Histoire de la fondation de Turin.
LETTRE MDCCCXVIII
A LA SOEUR MARIE-SUZANNE DURET