MAITRESSE DES NOVICES, A DRAGUIGNAN
Départ de la Sainte pour Moulins; sa profonde humilité. — Conseils pour la direction du noviciat.
vive -j- JÉSUS.'
Annecy, 27 juillet 1641.
Nous voici prêtes pour partir demain ' et nous en aller à Moulins. Ma toute chère fille, il ne faut pas sortir sans répondre à
1 Voir dans les Mémoires de la Mère de Chaugy (page 312) quelques détails sur le départ de la Sainte et son dernier voyage en France.
votre grande lettre, qui m'a donné tant de consolation; mais avant que d'y répondre, je vous veux reprendre, ma fille, de ce que vous m'appelez sainte. Seigneur Jésus ! à quoi pensezvous? Avez-vous si peu de respect aux choses qui concernent le culte divin , que de profaner ainsi le nom de sainteté pour une personne si éloignée des mœurs et des vertus des Saints? Oh! de vrai, ma fille, cela me touche tout à fait; n'y retournez jour de votre vie.
Toutes les nouvelles de votre noviciat me plaisent fort. L'attrait de cette fille est fort hon , laissez-lui suivre sa voie , et discernez qu'il n'est pas requis que les âmes conduites par ce chemin aient des ardeurs sensibles à la recherche des pratiques des vertus : cela même serait contre la simplicité de leur voie; il suffit qu'elles soient amoureuses et fidèles à la pratique des occasions qui se présentent. Servez avec courage ces chères âmes, ma toute chère fille, et servez votre propre cœur avec une libre et sainte générosité, sans vous tant regarder vous-même. Je prie Dieu qu'il bénisse votre cœur de sa grande bénédiction; vous savez bien, ma fille, que je suis votre, etc.
[P. S.] Ma chère fille, vous m'avez fait un siugulier plaisir, en ce que vous m'avez dit de celle que vous savez. Oh! vraiment, la Mère des Roches était une sainte âme ; mais si éloignée d'avoir ce qu'il faut pour Nessy,que cela est hors de raison. Celle que Dieu nous a donnée pour Mère, et qui est professe de céans, est incomparable; je l'admire en toutes ses actions, et c'est conscience de m'avoir si longtemps laissée mal servir Annecy.
Conforme à l'original gardé aux Archives de !a Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCXIX
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Le charitable support attire les bénédictions de Dieu. — Eloge de la Mère
de Blonay.
VIVE -j- JÉSUS.'
Annecy, 27 juillet 1641.
Ma toute bonne et chère fille,
Je bénis Dieu de votre réélection : fortifiez-vous en Dieu , ma fille; le continuel recours à sa bonté et à la sacrée Vierge est un grand revenu. Maintenez-vous fort aux bonnes grâces de Mgr votre prélat.
Nous avons ici ma Sœur [F. A. Garin] que je trouve toujours meilleure, une fille humble et solide qui édifie bien fort notre communauté. Vous savez, ma chère fille, que Dieu me fait la grâce de parler des Sœurs sans autre intérêt que de louer ce que Dieu met en chaque âme. Que plût à Dieu que celle qui parle d'elle eût, avec ce qu'elle a de bon, autant d'exactitude à l'humilité et simplicité. Mon Dieu ! n'eussiez-vous osé dire en confiance ce que vous remarquiez contraire à ces bénites vertus ! — Ce que je vous avais dit , ma fille, de passer le nombre des jeunes filles, était pour votre accommodement; mais faites en cela comme vous jugerez pour le mieux.
La réponse de vos conseillères est un peu bien verte : il faut la cuire au feu de la divine charité, et puis l'avaler doucement et suavement, continuant envers ces bonnes Sœurs votre humble cordialité et déférence ; avec cela Dieu sera de votre parti et vous enverra des bénédictions spirituelles et temporelles. — Je salue d'une très-infinie affection vos chères Sœurs. Faites
1 Dans l'édition de la Mère de Blonay , celte lettre (la 127« du IIe livre) contient un paragraphe qu'on a dû retrancher ici, vu qu'il est la reproduction du commencement de la lettre précédente dont l'original est conservé,
qu'elles recommandent bien à la divine Bonté notre voyage, lequel j'entreprends d'autant plus allègrement que c'est la volonté de Dieu, et que je laisse en cette maison notre chère Mère de Blonay qui est une vraie mère de la Visitation, capable de servir non-seulement cette maison, mais très-dignement tout l'Institut. Vous ne sauriez croire combien je suis consolée d'avoir une si bonne Mère. Dieu nous la conserve, et vous bénisse toutes de celte grande bénédiction d'une parfaite observance, avec paix, suavité, liberté d'esprit et sainte joie ! — Adieu , ma très-bonne fille , votre , etc.
LETTRE MDCCCXX