A LA MÈRE CLAUDE-MARIE ROCHETTE
SUPÉRIEURE A SAIXT-ÉTIENXE '
Regret de ne pouvoir aller jusqu'à elle. — Inculquer à ses Sœurs l'humilité, la douceur et la simplicité.
[Lyon], 5 août [1641].
Mes très-chères filles,
Assurez-vous que j'ai autant de désir de vous voir que vous moi, et peut-être plus; mais je ne puis faire un si long détour , et partant il nous faut priver de celte consolation, puisque la Irès-douce Bonté de notre divin Sauveur ne le permet pas; il ne faut plus espérer de nous voir que dans la bienheureuse éter-
1 Fidèle disciple du divin Maître, la Mère C. M. Rochetle, professe du monastère de Saint-Etienne, « avait découvert dès son commencement, cà la lumière de la grâce (disent les anciens Mémoires), l'excellence inestimable de la sainte vertu d'humilité, et n'oublia rien pour posséder cette pierre précieuse qui est le fondement de la sainteté. Son intérieur et son extérieur ne respiraient qu'abaissement et humiliation, car elle s'étudiait de tout son pouvoir à vivre toute cachée et inconnue avec Jésus-Christ. Mais Dieu, qui l'avait destinée à être une digne Supérieure, voulut lui remettre le soin de
nité, et nous faut tâcher de faire les œuvres afin de jouir éternellement de notre bon Dieu, et le louer ensembleruent. Priez-le bien, ma chère fille, qu'il me fasse cette grâce.
Je vous recommande fort de faire votre possible afin que votre chère troupe marche dans une grande observance de tout ce qui est marqué, et qu'elle pratique soigneusement les saintes vertus qui sont selon l'esprit de notre saint Institut : savoir, l'humilité, douceur et sainte simplicité, et Notre-Seigneur les bénira; c'est ce que je souhaite à toutes nos très-chères Sœurs que je salue de tout mon cœur, et tout particulièrement votre tout bon et cher cœur, vous priant m'excuser si je ne vous entretiens pas davantage ; les occupations du parloir, et ce que je parle à nos chères Sœurs, ne m'en donnent pas le temps. Souvenez-vous, je vous supplie, de fort prier pour moi, afin que j'accomplisse parfaitement sa très-sainte volonté, en laquelle je suis de tout mon cœur, ma très-chère fille, votre, etc. — Notre-Dame des Neiges.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Thonon.
cette communauté qu'elle a gouvernée avec beaucoup de sagesse et de prudence. Le zèle constant qu'elle mit à pratiquer la mortification et le recueillement la conduisit assez tôt à l'oraison de quiétude, puis à celle d'union et enfin à une très-haute contemplation, où il ne lui restait presque d'autre action que celle d'un suave acquiescement aux opérations divines. Quelque temps avant son bienheureux décès, Dieu la mit dans un état de pure souffrance, où elle ne laissait pas de jouir d'une profonde paix, ne respirant qu'une entière séparation de tout le créé. Ce fut le 14 mars 1660 que cette belle âme quitta la terre pour entrer dans la joie de son Seigneur. » (Histoire de la fondation de Saint-Etienne.)
LETTRE MDCCCXXI
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE AU TREMIER MONASTÈRE d'aXNECY
Nouvelles de la communauté de Lyon.
vive -j- JÉSUS !
[Lyon, 1641.]
Je venais vous dire un mot quand j'ai reçu votre lettre, ma toute bonne et chère Mère. Dieu soit béni que vous soyez en santé! Jusques ici le voyage s'est fait heureusement, grâce à Dieu, et avec repos d'esprit et santé de corps, et il me semble que Notre-Seigneur m'y soutiendra, car même je sens que sa Bonté me fortifie l'estomac, afin de pouvoir fournir à ce continuel parler qu'il faut faire. Je parle à toutes les professes. Il y a ici de bonnes âmes ; et celles qui vous sont plus chères je leur ai donné tout loisir. Leur cœur est bon et assez content, grâce à Dieu; elles m'ont assuré n'avoir point été rudoyées, et que depuis l'élection tout va beaucoup mieux. Enfin, je les vois contentes et désireuses de se bien affermir et avancer en leur perfection; mais elles me conjurent fort de retourner, avec un grand séjour ici. Il m'est avis qu'elles ont une bonne raison en cela, et que, si Dieu m'assiste, il leur sera utile; Monseigneur ni vous ne direz pas que non.
Nous dirons tout au retour, je n'ai rien oublié à dire ici. Je vous conjure d'avoir votre cœur guéri, et de faire tirer profit à ma Sœur C. C. de tous ses amusements. Je vous recommande ses faiblesses, et suis de cœur toute vôtre incomparable.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCXXII
A LA MÊME Ne bc plaindre qu'à Dieu de l'ingratitude des créatures.
vive f jésus!
[Lyon], 5 août [16-41].
Au resle, ma très-chère Mère, nous dirons, s'il plaît à Dieu, à notre retour, beaucoup de choses que je ne puis écrire. 0 mon Dieu! qu'il faut voir de choses en cette misérable vie! Je veux bien espérer de tout le monde; mais, voyez-vous, ma chère Mère, accoutumons-nous, je vous supplie, à recevoir des coups de dard des mains qui nous devraient caresser; recevons-les, dis-je, dans notre cœur, et ne les rendons jamais. Il n'y a guère sujets de plaintes plus sensibles que ceux-là ; mais ne nous plaignons point, ma très-chère Mère, je veux dire ne nous plaignons qu'à Dieu, déposons entre ses mains tous nos petits sujets d'amertume. J'espère que la Providence les guérira, et tirera beaucoup de bien de tout. Je crois, ma très-bonne Mère, que par la divine grâce, ni vous ni moi ne voulons que la volonté de Dieu et la suivre en tout, à la perle même de toutes nos inclinations et satisfactions. Oh Dieu! ma chère Mère, que la parfaite et épurée charité est rare! et cela, ce me semble, parce que nous ne nous appliquons pas bien à l'humilité et petitesse. L'esprit du monde et le propre intérêt gâtent tout: Dieu le veuille bien anéantir en tous ses serviteurs et servantes ! Conservez-vous, ma très-chère Mère, pour le service et consolation de nos bonnes Sœurs, que je salue de tout mon cœur. Je me tiens assurée que vos prières et les leurs m'accompagnent dans ce voyage , et je vous en conjure de la même affection que je suis parfaitement toute vôtre.
vin. 31
LETTRE MDCCCXXIII {Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTI.Y
SUPÉRIEURE A TH0N0X
Assurance d'un affectueux souvenir
vive •}• JÉSUS !
Ma très-chère fille,
De près et de loin, mon cœur est indivisible du vôtre. Vivons tout à Dieu et ayez soin de votre santé. C'est sans loisir.
Ma vraie très-chère fille, tout ce que je vous puis dire, c'est qu'en vérité je suis toute vôtre, et que vous êtes la très-chère fille de mon cœur, que je prie Dieu de bénir et toutes nos Sœurs. Portez-vous bien et je serai consolée.
Ma toute très-chère fille, il faut bénir Dieu qui a voulu le voyage. Espérons, si mon infidélité n'y met empêchement , qu'il réussira fort à sa gloire et au bien de celle maison et de celle de Lyon. Il y a beaucoup de bonnes âmes ; mais , mon Dieu ! qu'elles sont dignes de compassion ! J'espère que sa Bonté accommodera tout par une bonne Supérieure. Priez bien pour moi, vivez joyeuse et soyez soigneuse de votre santé. — Moulins, 16 août 1641,
Celle lettre est formée de trois post-scriptum ajoutés par la Sainte aux lettres qu'ell'" f isait écrire à la Mère de Rabutin, pendant son dernier voyage.
LETTRE MDCCCXXIV
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE d'aWECV
Etat du monastère rie Bellecour. — Admirables recommandations sur la charité.
— Le cardinal n'a pas permis à la Sainte d'aller au monastère de l'.Antiquaille.
— Voyage de la Supérieure de Màcon à Lyon, — Retard de la prise d'habit de madame de Montmorency.
vive -J- jésus!
Moulins, 17 août 164 h
Ma très-chère Mère,
Nous voici arrivées heureusement, grâce à notre bon Dieu, et avons laissé nos bonnes Sœurs de Lyon pleines de courage de passer leur carrière en paix, et de vivre dans leurs observances et à la suite des attraits intérieurs que notre bon Dieu leur donne, plus exactement et fidèlement qu'elles n'ont fait; car il faut avouer, ce qu'elles connaissent, qu'il y avait eu un peu de relâchement. Elles sont aussi résolues de rendre à notre chère Sœur la Supérieure leur devoir, comme aussi elle leur veut être Mère. Il m'est avis qu'à ce coup je l'ai mieux connue que je n'avais jamais fait; mais nous en parlerons de vive voix, Dieu aidant. Toutes désirent, selon qu'il paraît, d'un merveilleux désir, qu'au retour j'y fasse quelque séjour; il m'est avis qu'il y a, selon l'apparence, de la nécessité.
Je pense, ma très-chère Mère, qu'il sera bon que nos Sœurs de Nessy n'écrivenLpas plus qu'elles faisaient autrefois, et ne fassent point de connaissances nouvelles; cela paraît affecté, et toutes ces grandes joies de vous avoir, avec des prolestes que celles de Lyon ne vous auront plus et semblables, ne servent qu'à multiplier les inutilités et amusements.
Je vous assure, ma très-chère Mère, quejepensa qu'il serait bon que vous n'écriviez guère aux filles qu'en répondant et les encourageant au bien. Ma bonne Mère, vous ferez de tout ce que je vous dis comme vous le trouverez le mieux selon Dieu.
La Supérieure m'assure qu'elle vous chérit aulant que jamais. Encore bien que peut-être cela ne soit pas, toutefois, si vous m'en croyez, vous traiterez avec elle comme si vous le croyiez, et ne ferez aucun semblant du contraire. Vous devez, ce me semble, pour l'amour de notre bon Dieu, oublier toutes les choses passées, en sorte que, dans les occasions mêmes, vous n'écriviez ni ne disiez rien du tout, qui tant peu que ce soit puisse paraître sorlir de cette source ; car je vous assure, ma très-chère Mère, que pour vivre en paix il faut beaucoup passer de petites choses entre Dieu et soi, et ne pas relever tous les coups qu'on nous tire. — Mgr le cardinal n'a pas voulu que j'aie été à l'Antiquaille, dont nos Sœurs ont été touchées sensiblement, et moi, tendrement; mais il n'en faut rien dire... La rencontre de ma Sœur la Supérieure de Màcon [plusieurs mots illisibles] a bien fait philosopher, surtout M. Deville, si que l'on dit à ma Sœur Jeanne-Thérèse que cette rencontre n'était pas inopinée entre nous; et, à la vérité, cette bonne Mère eût très-bien fait de ne pas venir, même que je n'ai connu en son voyage aucun légitime sujet pour rompre la clôture. Enfin il faut être plus considérée et retenue. Ils m'ont aussi dit la grande fâcherie de Son Eminence contre moi, louchant cette lettre que je vous écrivais, que je vous ferais élire en notre seconde maison deNessy. Certes, je m'en ris avec AI. Deville. Enfin, ma toute chère Mère, ils sont tous fort bons et bien intentionnés. Ne nous arrêtons à rien qu'à bien servir et faire la volonté de notre bon Dieu.
J'ai écrit jusqu'ici au logis du voyage, et je vous prie, ne m'écrivez rien de Lyon , car j'ai connu que nos marchands de Nessy donnent tous les paquets que l'on leur remet, chez nos Sœurs de Bellecour, et ne prennent garde quand ils s'adressent à M. Cœursilly.
Voilà notre bon M. Dupéron qui s'en va; il vous écrira au long toutes les particularités du voyage qui s'est parachevé fort heureusement, grâce à Notre-Seigneur ; et certes, ma très-chère
Mère, Dieu me] fait voir qu'il a voulu que ce voyage se fit et pour Lyon et pour Moulins. Que s'il plaît à sa Bonté de continuer son assistance pour le bien de cette maison, il y a toute apparence que les choses se mettront en un état qui sera solide et constant; les filles en ont un grand désir. Le principal est de les bien ajuster avec une Supérieure, et la Supérieure avec elles, car cela a manqué. Je trouve beaucoup de bonnes âmes et zélées pour leurs observances; mais il les faut éclairer : Dieu nous assistera, s'il lui plaît, et nous ferons son bon plaisir. — La bonne et très-vertueuse madame de Montmorency sera un grand trésor dans celle petile Congrégation. Elle ne peut prendre l'habit qu'après la Toussaint, M. le prince l'ayant remise à ce temps pour conclure leurs affaires; cela me donne de la peine, car je vois bien qu'elle ne serait pas contente, si je me relire, qu'elle n'ait entièrement disposé ses affaires et pris notre saint habit. Noire bon Dieu nous fasse la grâce de faire en tout sa très-sainte volonté! et vous conserve et comble de son saint amour, ma très-bonne et chère Mère, et toutes nos Sœurs avec vous queje salue de tout mon cœur, toutes en général et chacune en particulier, les chérissant avec celle continuelle affection qu'elles vivent en l'union de la sainte dilection dans une exacte observance. Ma toute chère Mère, je suis incomparablement toute vôtre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCXXV
A LA MÊME La Mère de Chastellux va gouverner la communauté de Semur.
vive -f- JÉSUS !
[Moulins, 1641.]
En votre absence, ma très-chère fille, j'ai trouvé beaucoup de soulagement à parler de mon intérieur à la Sœur de Chas-
tellux. C'est une âme droite, sincère, qui a de grandes lumières et qui est bien pleine de Dieu. Nos Sœurs de Vannes et nos Sœurs de Semur, sachant qu'elle était déposée, l'ont élue; mais comme elle ne peut être que pour une maison, j'ai prié Mgr d'Autun de donner son obéissance pour la maison de Semur,
LETTRE MDCCCXXVI